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La tradition aupays basque
Societe d'Ethnographie Nationale et d 'Art Populaire Congres (,
Societe d'ethnoqraphie nationale et d'art populaire, Gustave ..
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DANS LA M£ME COLLECTION!
La Tradition
en Poitou et Chorentes
Recueil des travaux, conferences et communications ayant trait a l'Exposi-
tion 'ethnographique ou lus au Congres organ is6 a Niort par la Societl
d'Ethnographie nationale et d'Art popuiaire. — Un volume in-8*, luxueuse-
ment impnme, avec illustrations d'apres les cliches photographiques de
MM. Demay et G. Clouzot, ct les dessins de MM. Arthur Bouneault et
O. Gelin.
TABLE DES MATURES DU VOLUME
CHAP1TRE PR^LIMINAIRE
— M. Andre Theuriet : L'ethnographie et Tart popuiaire, conference don-
nee a Niort, le 8 mars 1896.
— Gompte rendu des fetes de Niort, contenant les di scours de MM. Andre*
Theuriet, Georges Lafenestre et Th. Leaud, et la liste des artistes recom-
pense*.
PREMIERE PARTIE. — L'Exposition
— M. H. Gelin : L'ethnographie poitevine et charentaise a rExposition de
Niort, avec gravures hors texte.
— M. Baguenier-Desormeaux : La section des Guerres de Vendee a FExpo-
sition de Niort, avec gravures hors texte.
— M. G. B. : L'ceuvre de M. Arthur Bouneault a rExposition de Niort, avec
gravures hors texte.
DEUXIEME PARTIE. — Les conferences et communications
La musiqur populairb. — 1. Le R. P. Lhoumeau, de la Congregation de
Marie : La musique popuiaire a l'eglise, avec citations et exemples (notation
en caracteres gregoriens).
La liturgik. — 2. Le it. P. Dom Pari sot, Binedictin de Ligugi : La Litur-
gie en Poitou. — 3. Le R. P. Dom Augouard, Btnedictin de Liguge : Le Poi-
tou Chretien au point de vue hagiographique. — 4* Le R. P. Texier, de la
Congregation de Marie : La vie et les oeuvres du bienheureux Grignion de
Montfort en Poitou et dans les Charentes.
Lbs noels. — 5. M. Aug. Gaud : Impressions et souvenirs, avec auditions
de noels poitevins (airs notes).
Lkgbndbs bt superstitions. — 6. M. C. Roy, projesseur au lycee de Poi-
tiers : Melusine. — 7. M. Puichaud : Superstitions dans le canton de Mon-
coutant. — 8. M. Tabbe^ Nogues : Pratiques medicales superstitieuses relatives
aux personnes et aux animaux.
La sorgbllbrib. — 9. M. J.-K. Huysmans : Gilles de Rais. — 10. M. Gustave
Boucher : Urbain Grandier.
Mckurs bt goutumes. — ii. M. Henri Clouzot : Les spectacles populaires en
Poitou. — ia. M. Boissonnade, professeur d la Faculte des lettres de Poitiers :
Les fetes de village en Angoumois ct en Poitou au dix-huitieme siecle.
— i3. M. Boissonnade : La vie de l'ouvrier en Poitou et au moyen &ge.
Lbs chansons. — 14. M. Jean Philippe : La chanson popuiaire en Poitou et
dans la Haute-Bretagne. — i5. M. Aug. Gaud : Rondes et chansons du Pays
Mellois (airs notes). — 16. M. Trebucq, projesseur au lyce*e de la Rochesur-
Yon : La chanson de manage en Vendee (airs notes).
La dansr. — in. M. Leo Desaivre : La danse en Poitou (airs recueillis et
notes par M. S. Trebucq).
Lbs patois. — 18. M. H. Gelin : Les parlers poitevins. — 19. M. Lacuve :
Gauseries et fables de La Fontaine en patois poitevin. — 20. M. Farault,
bibliothicaire adjoint : In pesan chez Ghauvinet. — ai. M. Farault : Une
visite a rExposition de Niort (compte rendu en patois).
Histoirb locale. — 22. M. Van der Cruyssen : Le vieux Niort.
TROISIEME PARTIE. — Documents relatifs a la Societ6 d'Ethnographie
nationale et d'Art popuiaire.
EN PREPARATION
LA TRADITION AUX PAYS NORMANDS
PRIX DE GHAQUB VOLUME I 10 frailCS.
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LA TRADITION AU PAYS BASQUE
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Eglise de Saint-Jean-de-Lu^
I
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ft
eo-i:.,
_BIBLIOTHiQUE DE LA TRADITION NATIONALE
Honorie d'une souscription du Miniat&re de V Instruction publique,
Publie'e sous les auspices de laJSocie'te' d'Ethnoqraphie nationale et d'Art populafre,
Sous la direction de M. Gustave Boucher.
LA TRADITION
AU PAYS BASQUE
Ethnographic — Folk-Lord — Art popnlaire
Histoire — Hagiographie
PARIS
AIX 13URKAUX I)K LA THAIMTION NATION AI,K
* 24, rue Visconti
EN VENTE CHEZ LUCIEN GOL'C.Y, LIRKAIRE-EDITEUR, 5, QUAI CONTI
1^99
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ERRATA
Page a : an lieu de : instincts nationalistes, lire : instincts tra-
ditionnalistes.
Id. : ail lieu de (1898), lire (1899).
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' # . f
INTRODUCTION
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1
€ La rentauration de la vie provinciate par
Vart et les mceurs. »
Le but de la Soctete' dEthnographie Rationale et a" Art popalaire est
tout entier formula dans la devise qui precede.
Pour Vatteindre pratiquement, la Socie'te choisit chaque annie line
province oil, sous son patronage et avec son concours, s'organisent des
fetes populaires destinies a mettre en lumiere les traditions locales,
religieuses et profanes, les moeurs, coutumes, chansons, danses, etc.
Une exposition d'ethnographie et dart complete ces manifestations,
auxquelles des travaux comme ceux dont se compose le present volume
serve nt de commentaire.
La consequence naturelle de ces fetes est, sur le territoire de la pro-
vince e'tudie'e, la creation de musees regionaux et de centres d etudes
consacris a une tranche particuliere de I'ethnologie, de Vesthitique ou
de Vhistoire ; la concentration des Jorces intellectuelles et leur retour
aux sources de Vinspiration traditionnelle ; une impulsion nouvelle
donne'e aux industries dart local; parfois la remise en honneur des
costumes nationaux, des fetes patronales et corporatives, etc., en un
mot le r4veil des instincts nationalistes auxquels le genie populaire est
reste* fiddle en dipit dune centralisation outranciere.
Le premier Congres de la Socie'te' d ' Ethnographie Rationale s'est
tenu a Niort en i8q6 (la Tradition en Poitou et Charentes) Celui de
Saint-Jean- de-Luz (la Tradition au Pays Basque), est le second. Le
troisUme (la Tradition au Pays Normand) aura ses assises a Honfleur
au mo is d'aodt de cette ann4e (i8q8).
La Socie'te d Ethnographie nationale laissant leur entiere autonomic
aux groupements regionaux qui Vaident dans sa tdche. ceux-ci sont
seuls responsables des idees tmises par les congressistes.
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DISCOURS
prononcl a Saint-Jean-de-Luz
a l'occasion de l'ouverture du congres de la tradition basque
le 15 »o0t 1897
PAR
M. DE FOURCAUD
diUgui de M.le Ministre de V Instruction publique et des Beaux 'Arts
Mesdames, Messieurs,
M. le Ministre de l'lnstruction publique et des Beaux- Arts a bien
voulu me designer pour le representer aujourd'hui parmi vous et
vous porter le temoignage de la sollicitude du gouvernement en ce
qui touche la conservation des vieilles mceurs, la sauvegarde des
arts anciens et populaires. le respect du aux francs caracteres
d'une vie r£gionale fortement accentuee, — ce qui constitue, en fin,
1' expressive et traditionnelle physionomie de nos provinces. J'ai
accepts cette mission avec reconnaissance, et conime un grand
honneur. On est profondement heureux, en effet, lorsque, s'£tant
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4 INTRODUCTION
voue soi-meme, de ferme conviction, a la cause de la decentralisa-
tion intellecttielle, on se voit accredit^ pour dire aux energiques
soldats, aux propagateurs de l'idee feconde, que leurs efforts sont
recompenses. Et ce n'est pas seulement de la joie qu'on eprouve,
c'est aussi une juste fierte* lorsqu'il s'agit de proclaraer la vitality
merveilleuse de i'esprit des aieux precisement dans une contr^e
corame la vdtre, si riche de sa gloire iintii&noriale, si legitimement
confiante en son avenir.
Je sais, Messieurs, devant qui je parle. Dans vos rangs, ii y a
des erudits et des artistes, des letti*6s, des dilettantes, de simples
curieux : il n'y a que des hommes de coeur, Basques purs, Francais
sans reserve. Ne laissons jamais insinuer que la decentralisation
intellectuelle puisse etre nulle part, a aucun moment, en aucune
mesure, une facon de s^paratisme. Elle est une des rigoureuses et
magnifiques consequences de la liberty — de cette liberty dont vos
tant de fois seculaires Fueros ont pose ie fait et le principe. Elle
est, en mfime temps, par la force sacr^e des choses, Tune des plus
belles garanties, la plus belle peut-Otre, de i 'indestructible unite.
Le lieu natal nous apparalt com me Fendroit du monde ou nous
sommes le plus pres du cceur de la patrie. Impossible de se
m£prendre au sentiment qui nous y attache : c'est le vrai sentiment
national pdnetre de toute la tendresse de nos chers souvenirs. Par
ce sentiment, on vit sans deTailiance et, pour lui, Ton va heroique-
ment au-devaut de la mort. Personne ne me d£mentira si j'enonce
cette verite sous cette forme absolue : Qui aime le mieux sa petite
patrie donne les meilleurs gages a la grande. Dites-moi done en
quelle bataille francaise le sang basque s est menage, sur la terre
ou sur la mer ?
Je compare les provinces a des families distinctes, collaterales
ou ailiees, egales en droits et en devoirs, solidaires entre elles,
indissolublement unies par un lien essentiel. De m£me que chaque
famille a son nom et ses traditions, son patrimoine et, pour ainsi
parler, ses allures, chaque province a sa personnalite, sesressorts,
ses ressources, ses heredites. Chacune se particularise et toutes
s'absorbent dans l'indivisible nation. Pas une n'est la nation a
Texciusion des autres, mais la nation est a la fois en toutes et en
chacune. Tel s'aflirme un organisme inviolable en soi.
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INTRODUCTION 5
Cependant, de ce que nous formons un peuple integral, de ce que
nous sommes soumis aux memes disciplines, nourris du mOme ideal,
abrit£s sous les plis du m£me drapeau, s'ensuit-il que, pareils de
coeur, nous devions, de province a province, nous require a Tuni-
formite* ? — Non pas, Messieurs. Nous avons ie droit d'Stre nous-
m&mes. Nous l'avons de par la nature avant de 1' avoir de par la
soci6te\ Nous l'avons au meme degre* que la terre dont les produc-
tions varient, en n'importe quel empire, suivant les zones, les cli-
mats et les sols. Or, cette vartete" des productions naturelles est un
bienfait inestimable, assurant au pays entier le b£n£fice de ce qui
se recueille en la moindre de ses parties. Toute region donne et
re^oit. Toute richesse arrive, en quelque sorte, a se r^partir. Ainsi,
la diversity des apports cr6e la loi de reciprocity, d'ou nalt l^qui-
libre. Dans le domaine moral, il n'en saurait 6tre autrement.
Imaginez un vaste territoire comme la France uniformise' sur le
modele d'un canton. II en rtssulterait un ennui morne, une para-
lysie de la spontaneity — par consequent, le ravalement des intel-
ligences privies d'emulation, condamn£es a l'autoinatisrae. Mais,
heureusement, les Bretons ne peuvent 6tre identiques aux Gham-
penois, les Bourguignons semblables aux Provencaux, les Poite-
vins fa its a l'exemple des Basques. De proche en proche, les apti-
tudes et les humeurs changent ; les facons d'etre, les manieres de
sentir se modifient comme sont diffe>encies les horizons et les ter-
roirs. Ni les types, ni les gouts, ni les coutumes, ni les arts, ne se
repetent exactement. On ne peut pas toujours tout s'expliquer paries
donn£es purement scientifiques, car trop de choses nous £chappent
dans la deduction des atavismes et la primordiale constitution des
milieux. Le fait certain, c'est que les manifestations d'originalite
regionale sont flagrantes. Des sources 6ternellement vives emer-
gent de toutes parts. Ellcs ont a Tenvi des qualites speciales, mais
il n'y a pas a s'y tromper, ces sources sont uniquement franc ai ses.
Laissez-les jaillir, facilitez leur cours. Le g£nie francais trouvera
partout les eaux fatidiques, les eaux limpides et chantantes, sorties
des rocs natifs, ruisselant pour ie d£salte>er — mieux encore pour
le retremper et le charmer.
Qu'on ne vienne pas vous dire que Paris vous opprime. Celui-la
seul subit l'oppression qui va la chercher, qui s'y asservit d'avance.
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T»
6 INTRODUCTION
Regardez plut6t, ici m^me, autour de vous. Est-ce que les objets
r£unis dans cette belle Exposition, que nous avons ouverte ce
matin, ne vous appartiennent pas, pour la plupart, en propre?
£largissez le cercle de vos observations. Est-ce que votre langue
n'est pas a vous, et a-t-elle nui, nuira-t-elle jamais au d^veioppe-
ment de la grande langue nationale? Est-ce que vos Pastorales,
vos Mascarades, vos Danses, vos improvisations, vos jeux, ne sont
pas marques de signes frappants ? Votre peuple ne sait-il pas d'ad-
mi rabies chansons et de nobles ou joyeux contes? Vos types ne
sont-ils pas infiniment precis? Vos conceptions n'ont pas a souffrir
des influences de Paris, non plus que de celles d'ailleurs. Et vous
les mettrez a l'abri des contagions facheuses, si vous le voulez
franchement.
N'imitez rien du dehors ; soyez en tout ce qu'il est en vous d'etre ;
vivez sur le fond de votre nature et n'acceptez comme des progres
que ce qui est conforine a vos authentiques, a vos fondamentales
aspirations .>-^ en un mot, soyez de plus en plus soucieux de vous
bien connattre et, pour y parvenir, prenez assiddment conscience
de vos traditions. Rappelez-vous qu'il n'est pas question de revenir
vers le passe* et d'en pasticher les formes, mais qu'il sied de proflter
fid&lement des lemons des ancfctres, en ce qu'elles gardent de libre
et de naif, d'a jamais populaire.
II y a une tradition qui viviQe : c'est la tradition des pens6es
spontan£es de generation en generation. II y a une tradition qui
desseche et qui tue : c'est la tradition des formules. Les choses
d'antrefois pers6verent, a maints 6gards, en celles d'aujourd'hui.
Nous perdrions trop a ne pas faire le compte de ces instinctives
survivances. A consuiter le peuple, ses mceurs, ses usages, son
langage, combien Ton voit, souvent, s'^clairer de profondeurs!
Sans contredit, au point de vue supe>ieur, nous avons, nous aurons
toujours besoin les uns des autres. Mais il n'est pas vrai que le
point de vue superieur reclame d'inutiles sacrifices. Non, plus
vous serez Basques, mieux vous serez Fran<?ais. Vous travaillerez
selon votre ame entiere a l'avancement de votre province. Vous
fournirez a la France — la douce France, comme parlaient les
poetes de nos chansons de geste — des elements originaux.
Au nom de M. le Ministre de l'lnstruction publique et des Beaux-
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INTRODUCTION * 7
Arts, je salue tous ceux qui participeront a ces frtes. Je salue le
Comity de F Ex position organised sous les auspices de la Munici-
pality et de la Society d'Ethnographie nationale, et les membres
du Congres qui, des demain, entreront en stance. Je salue vos
improvisateurs, vos chanteurs, vos musiciens, vos comediens
paysans et vos joueurs de paume. Ghacun d'eux, pour sa part,
porte en lui quelque chose de la petite pa trie, tend rem en t infeodee
a la grande. Et puissent d'autres villes, en d'autres regions, s'ins-
pirer de Tinitiative de Saint- Jean-de-Luz et de ses autorit£s muni-
cipales ! En de telles journees, la decentralisation efficace, celie que
nous voulons et qui tend a fa ire vivre chaque partie de notre sol
de sa vie parfaite dans 1' unit 6 du fier pays bien-aime\ cette decen-
tralisation avance a coup sur.
De Fourcaud.
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-*-#*-.
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LA TRADITION Al PAYS BASQUE
PREMIERE PARTIE
COMPTE RENDU DE L'EXPOSITION
ET DES FfiTES
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-'"!£
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Le bassin et la bale de Saint-Jean-de-Luz
COMPTE RENDU
FETES DE LA TRADITION BASQUE
A SAINT - JEAN - DE - LUZ
du 15 au 22 aoOt 1897
SOUS LE PATRONAGE DE LA SOCIET& d'eTHNOGRAPHIE NATIONALS
ET d'aRT POPULAIRE
BT SOUS LA PRKSIDENCE d'HONNEUR
DU GENERAL DERRECAGA1X, COMMANDANT LA 36 e DIVISION, A BAYONNE
DE M. DOUX, PREFET DES BASSES- PYRENEES
ET DE S. G. M* r JAUFFRET, EVEQUE DE BAYONNE
PAR M. BERNADOU
La SoeUti frangaise d'Ethnographie et (TArt populaire date
d'hier : c'est Tan dernier que, pour la premiere fois, elle a
tenu ses assises a Niort et qu'elle a £tudie" la Tradition en Poitou et
dans les Charentes ; de ce premier Congres est sorti un beau volume
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12 COMPTE RENDU DES F&TES
ou les Irudits les plus compe tents, des litterateurs exquis, se soat
associes pour nous donner de l'histoire, des contes, des danses,
des chansons de ces vieilles provinces de notre France le tableau
le plus vivant, le plus aim able et le plus complet qui se puisse
imaginer, realisant a inerveille les grandes lignes du programme
de la Societe :
« Repandre le gout des Etudes traditionnistes francaises, r6agir
dans la mesure du possible contre 1' unification chaque jour plus com-
plete des moeurs et des modes; mettre en relief les industries d'art
propres a chaque contr^e; inciter au respect pour les mi lie objets
de la vie locale ayant un caractere d'originalite" ; faire connaitre
par des expositions, des representations, des conferences, les par-
lers, les chansons, les danses, les legendes, la musique, la iittera-
ture de chaque province ' . »
Pour mettre en oeuvre ce beau programme, autour d' Andre
Theuriet, Tillustre acadeiuicien, son president, s'etaient group^s
MM. Gaston Paris, de l'Academie francaise, Gustave Boucher,
secretaire general de la Societe, le R. P. Lhoumeau, Dom Parisot,
Huysmans, Boissonnade, toute une pieiade d'esprits d'eiite, de
ccauTS genereux.
(Test a Saint- Jean-de-Luz , l'antique Lohitzun, la ville de
Louis XIV et Tune des plus originates cites de notre pays de
Labourd, que la Society a voulu, cette annde, tenir pour la seconde
fois ses assises, et certes elie ne pouvait mieux choisir.
Deux fois deja, en eflet, en 18911 et 1894, M. le docteur Goye-
neche, maire de SaintrJean-de-Luz, suivant le noble exemple
donne par M. Antoine d'Abbadie, avait organise des fetes de la
Tradition basque qui avaient eu un piein succes. Le terrain etait
done merveilleusement prepare, et grace a M. Charles Petit, con-
seiller a la Cour de cassation, l'eioquent orateur et Tardent patriote
basque, grace a notre eminent compatriote Leon Bonnat, le der-
nier Gongres de la SacUU dEthnographie nationale et dArt
populaire a ete tout aussi interessant, tout aussi complet que le
Congres de Niort.
Pendaut huit jours chants liturgiques, discours eloquents, danses
historiques, parties de peiote, pastorale et mascarade souletines,
concours de poetes improvisateurs, conferences historiques et
1. Societe d'Ethnographie nationale et d'Art populaire. Congres de Niort,
i8q6. La Tradition en Poitou et Charbntbs. — Paris, Niort, 1897, p. xix.
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DB LA TRADITION BASQUE 1 3
artistiques, ont tenu en haleine et sous le charme Basques et Fran-
cais; pendant Quit jours et depuis, jusqu'a la mi-septembre, dans
le grand casino de Saint- Jean-de-Luz, gracieusement mis a la dis-
position de M. le Maire et du Comity par son proprtetaire,
M. Arnaud D^troyat, de nombreux visiteurs ont pu voir, r£unis et
admirablement grouped, d'un cdt6 des objets d'art, de vieilles
chartes, des meubles antiques, des plans, des gravures, des
armures, des vases et des orneinents sacrls, des costumes anciens,
— de l'autre une collection de tableaux uniques et doublement
inte>essants au point de vue historique et artistique.
Nous allons essay er de reunir quelques impressions rapides,
mais fldeles, de ces journ6es radieuses et de cette exposition
unique.
fcc
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'- /■ v*s
InUrieur de VGglise de Saint-Jean-de-Lui
I
LES FfiTES
L'ouverture des fi&tes a eu lieu dimanche i5 aout, fete de l'As-
somption de la sainte Vierge, et cette premiere journee a brillani-
ment realise* toutes les promesses du programme.
Des le matin, et inalgre* la piuie et un temps un peu maussade,
nombreux 6taient les Strangers et voyageurs attendant l'heure de
la grand'messe. A neuf heures et demie, le cortege se formait a la
mairie et se d^ployait bient6t sur la place Louis XIV : en tftte la
brillante fanfare, executant une marche entrat nante, l'etendard des
Zaspiak bat (des sept provinces sceurs), le groupe alerte et gra-
cieux des jeunes danseurs de Beasain, b£ret rouge, veste bleue
avec passements blancs, cravates multicolores, pantalons blancs,
alpargates blanches agr^mentees de rubans roses ; iis portent des
deux mains de gracieux cerceaux enrubann6s aux couleurs espa-
gnoles, rouge et jaune. Le coryphee, leur maltre, aux traits
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LES FETES DE LA TRADITION BASQUE 1 5
graves, et un tout petit boahomme coiffe* aussi de la botna rouge,
portent une veste rouge rehaussee de parements jaunes et ont en
main un petit drapeau espagnol.
M. le docteur Goyeneche, maire de Saint-Jean-de-Luz, ses
adjoints et une partie du conseil municipal marchent a leur suite,
entre deux haies de pompiers au casque £tincelant, au mousquet
poli et fierement porte\
Deja les trois hautes galeries de la vaste Iglise paroissiale sont
garnies d'homnies ; la grande nef, de dames et de demoiselles ; pres
du choeur, a droite et a gauche, ont pris place les nombreuses
fillettes et jeunes filles des eeoles et des congregations en voile
blanc ; un nombreux clerg6 se tient aux stalles ; le vaste ratable du
maltre-autel et les quatre autels latlraux de cette grande et belle
6glise 6tincellent de mille feux.
M* r Diharce, vicaire general, gravit les nombreuses marches de
l'autel, et aussitdt la Schola de Saint-Jean-de-Luz, dirig£e par
M. Figment, vicaire de la paroisse, entonne l'intro'it de la messe
de l'Assomption; et ce Gaudeamus, module* avec une douceur
exquise et digue des Ghanteurs de Saint-Gervais et de leur illustre
maltre, M. Charles Bordes, qui est la, suivant attentivement
l'ex£cution, previent agreablement l'auditoire. Le Gloria vient
ensuite, de la messe Quarti Toni, du vieux mattre palestrinien
Tomas-Luis da Vittoria, et ces modulations polyphones, auxquelles
nos oreilles ne sont pas encore accoutumtas, surprennent. Mais
V Alleluia qui suit, en pur chant gr^gorien, est dit dune ravissante
facon.
Apres T6vangile, M. le cur6-doyen monte en chaire et remercie
tout dabord M. le Maire et les £diles d'avoir voulu que le premier
jour de ces fetes de la Tradition de notre chere Eskual-Herria fut
la plus glorieuse des fates de la patronne bien-aimee des Basques,
la Vierge Mere du Christ.
Car c'est avant tout a leur foi religieuse, vive, inalterable, que
les Basques doivent d'etre demeures dans le passe\ de demeurer
encore aujourd'hui attaches a leurs traditions du foyer domestique
et de la vie publique, si cheres a tous. Escualdun Fededun, Bas-
ques et croyants, c'est tout un. Essentiellement originale, en effet,
par sa langue a nulle autre pareille, la race euskarienne a su con-
server ces traditions de famille, ces jeux s£culaires, ces chants, ces
danses harmonieuses et modestes, mais surtout sa foi au Christ
R6dempteur. Aussi les heresies ont-elles vainement essaye* de fran-
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l6 GOMPTE RENDU DES FETES
chir ses frontieres, le protestantisme lui-mdme a eu beau faire
rage, il n'a pu r£ussir a l'entamer : tout Basque sent couler dans
ses veines, quand on attaque sa foi de cat hoi i que, cette sainte et
noble indignation qui mit la hache vengeresse aux mains d'un
noble Basque de Mauleon pour briser la chaire de v£rit6 profaned
par Ther^sie de Calvin.
Gloire done, conclut I'eloquent cur^-doyen, gloire a nos peres, a
leur foi, a leurs moeurs patriarcales ! gloire aussi a leurs fils qui
travaillent a leur demeurer fideles, et entre tous a ce Basque 6ner-
gique et a son vaillant journal qui porte d'une main si fiere le dra-
peau de nos traditions (tout le monde a no mm 6 M. Etcheverry,
ancien depute\ et le vaillant E$kualduna)\ Daigne en ce beau jour
la Vierge Mere du Christ nous donner a tous, fils de cette race si
chr6tienne, de conserver ces nobles traditions que ces fetes vont
faire revivre sous nos yeux !
Apres ce chaleureux discours, dont nous ne pouvons recueillir
que quelques echos, grace a un auditeur basque et aimable (ce qui
est tout un), le choeur entonne le Credo en plain-chant, redit a
pleine voix par les galeries et la nef tout entiere.
A Toffertoire, un choeur de jeunes filles module sur un vieil air
basque un cantique sur les quatre fins de l'homme, comme pour
nous rappeler qu'au milieu ui&me de ses joies les plus vives, les
plus legitimes, le chr£tien ne doit jamais oublier qu'il n*est ici-bas
que le passant d'un jour.
Le Sanctus et V A gnus de la messe de Da Vittoria sont ex6cut£s
avec une perfection achev^e.
*
* *
A onze heures et demie, le cortege se reforme a la porte de
l*6glise et remonte, aux accords d'un pas redouble" digne des j arrets
basques, la Grand'Rue, se dirigeant vers le grand casino ; les mem-
bres du comite d'organisation des fetes suivent M. le Maire de
Saint-Jean-de-Luz, qui a a sa droite M. de Fourcaud, d£16gu£ du
ministere des Beaux- Arts, et a sa gauche M. Gustave Boucher,
secretaire g£ne>al de la Soci6t6 & Ethnographic
Dans le grand hall et les salles adjacentes se dispersent les
invites, parmi lesquels nous citons, un peuau hasard de la plume,
M. Henri de Larralde-Diust£guy, maire d'Urrugne, M. Leremboure,
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DE LA TRADITION BASQUE lj
maire de Sare, M. L6on Guichenne\ tous trois conseillers g6n6-
raux, M^ Diharce, vicaire g£ne>al, M. Elissague, cur£-doyen,
M. Fabbe* Figment, vicaire et fondateur de la Schola de Saint- Jean-
de-Luz, M. l'abbe* Dubarat, aumdnier du lyc£e de Pau, M. Ch.
Petit, conseiller a la Cour de cassation, M. Charles Bordes, le vail-
lant et modeste maltre de chapelle de Saint-Gervais, Tun des plus
actifs organisateurs, M. Leon Bonnat, D. Tirso de Olazabal, seca-
teur de Guipuzcoa, M. Etcheverry, de Saint- Jean-le-Vieux, ancien
depute, M. Salaberry, de Maul£on, M. Dutey-Harispe, de Lacarre,
M. L6on Hiriart, biblioth6caire-archiviste, et M. Duce>e\ bibliothE-
caire-archiviste-adjoint de Bayonne, M. Ducourau, president de la
Society B6arnaise et Basquaise de Paris, M. Aguirre, de Valcarlos,
M. le capitaine Darricarrere, de Bayonne, MM. Victor Duhart,
secretaire de la raairie de Saint-Jean-de-Luz, Ahets Etcheber, con-
servateur de l'Exposition ethnographique, Pochelou, geraiit de
YEskualduna, tous trois modestes et devours collaborateurs de
M. le Maire de Saint-Jean-de-Luz.
A gauche du grand hall, trois grandes salles ont £te" converties
en galeries de tableaux, et nous y remarquons tout d'abord les
belles toiles de Bonnat : les deux ravissants portraits de M me Ca~
mille MoUnit, de Bayonne, et de M™ de Olazabal, de Saint-Jean-
de-Luz ; le portrait de notre vieux Darracq, aussi vivant, aussi
plein de relief que lorsqu'il fut expose\ il y a vingt ans et plus, a
notre mus£e de peinture bayonnais ; le portrait de M. Mdzttres ;
un aigle liant un lidvre, plein de vie et de relief; un beau portrait
de Rose Caron, la Salammbo de l'Op6ra, dont le masque tragique
fait un vivant contraste avec les traits de nos dames de Bayonne et
du Guipuzcoa. Qk et la d'autres toiles dont Enumeration fatigue-
rait, le Martyre de saint L4on, de Berges, de ravissantes aqua-
relles d'Achille Zo, le portrait du Docteur Rectus, de M. Bordes,
des vues sans nombre du pays.
Et a droite, un peu partout, dans les petites salles et galeries
collate rales, des objets dart, des meubles, des medailles, de vieux
rouets : le superbe portrait du Marshal Harispe, de Rixens, avec,
au pied, une vitrine contenant ses reliques : le baton de marshal,
sa croix, ses Epaulettes, ses £p£es; un bahut de sacristie, un coin
d^glise basque : — une veuve envelopp^e dans la mante basquaise,
au capuehon rabattu, agenouillee sur un large drap noir, a ses
cdtes le rouleau de cire file, devant elle un de ces beaux crucifix
d'ivoire avec cadre en bois dore\ a dessin naif, dout il y a c£ans
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l8 COMPTE RENDU DBS FETES
maint exemplaire. Un peu plus loin la bandera de Lesaca, la
reconstitution d'une Cuisine basque un matin de mascarade : la
bonne vieille filant sa quenouille, YEtcheco-Yauna en be>et, veste
et culotte, 1' Etcheco- Andrea k la blanche gorgerette, au corsage et
k la jupe rouges, avec au cou les breloques traditionnelles ; dans
un coin, un petit bonhomme si expressif qu'il en parait vivant.
Un peu plus loin des faiences, un Manuale Pampilonense 6dit£
k Estella, en Navarre, en i56i, le portrait dun grand seigneur
basque aux longs cheveux blonds, portant sur sa cuirasse une
riche dentelle. Est-ce un Luxe, un Gramont, un Saint-Esteben? En
tout cas, personnage et tableau' sont du pur Louis XIII.
*
* *
Mais nous nous oublions k 6num£rer ces richesses que nous
reverrons avec plus de detail et tout a loisir, et d6ja dans Tun des
salons les discours commencent : c'est d'abord M. le Maire de
Saint-Jean-de-Luz saluant M. le delegu^ du Ministre des Beaux-
Arts, MM. les membres du comite, tous ceux qui ont bien voulu
prater leur concours a ces fetes de la Tradition basque, et surtout
ce maltre que Saint-Jean-de-Luz dispute k Bayonne, mais qui
appartient bien k notre cher coin du Sud-Ouest, M. L6on Bonnat.
Les applaudissements retentissent, etM.de Fourcaud, d^legue,
remercie k son tour M. le Maire. II est heureux et fier d'avoir £t£
choisi pour porter ici les souhaits de M. le Ministre, a cette vail-
lante population basque qui a su, tout en restant francaise, con-
server ses plus pures, ses plus originates traditions. Ici comme k
Niort Tan dernier, on verra ce que peu vent toutes les bonnes
volont^s pour travailler k conserver a chaque province son carac-
tere special, son originality.
A son tour, M. Gustave Boucher, secretaire de la Soci6t6
d* Ethnographie nationale, salueau nom du president, M. Theuriet,
l'aimable romancier retenu k Paris par F Academic et la municipa-
lity de Saint-Jean-de-Luz, et tous ces amis nombreux de ce cher
Pays Basque, oil letranger, surpris et ravi tout k la Ibis de la beauts
du pay sage et de l'originalite" des coutumes, a tant k observer, a.
apprendre, a noter.
Le vin d'honueur coule k Hots, les toasts retentissent, faisant
6cho a la fanfare qui, sur la terrasse, enleve avec brio le Guer-
nikako Arbola.
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DE LA TRADITION BASQUE 19
* *
A trois heures sont chanties les vepres, pr6sid£es parM* r Diharce.
IS Ave maris Stella est gracieusement moduli par la Schola, avec
des nuances et un tini d'execution que nous avouons humblement
n'avoir jamais entendus et que nos chantres bayonnais devraient
bien ap prendre... A la suite sont chanties les Complies, car Saint-
Jean-de-Luz, ancien fief du chapitre de Bayonne, ainsi qu'en
t&noigne la crosse d' argent de ses vieilles ariues, a conserve ce
vieil usage en lui donnant in£me une certaine solennite que notre
cathldrale ne connalt plus depuis longtemps : dans la grande nef
les petites filles, au haut de la troisieme galerie les petits garcons,
font vaillamment et harmonieusement leur partie, nous donnant
ainsi la vivante preuve de cette vie paroissiale que tant nous vou-
drions voir pratiquer a Bayonne par les enfants de nos e*coles
chretiennes libres et nos pensionnats.
Vers quatre heures et demie, la procession du vceu de Louis XIII
franchit la porte donnant sur la Grand' Rue : en tele les enfants et
les Sceurs de Charite, de la Providence, les congregations de jeunes
filles tout en noir, les unes portant de blancs voiles, d'autres de
legeres mantilles noires, des rubans violets ; viennent ensuite les
enfants des 6coles avec les bonnes Scaurs de la Croix, les Freres
Maristes, les hommes en grand nombre ; de distance en distance, de
riches et belles bannieres : Notre-Dame du Rosa ire, saint Blaise,
l'Assomption, les mysteres du Rosaire figures par trois bannieres
et trois groupes de fillettes portant des cordons aux noeuds blancs,
rouges et d'or. Une belle statue de la sainte Vierge est port£e par
quatre seminaristes devant M* r Diharce et ses assistants en chape.
Derriere le clerg£ marche un long cortege de dames et de demoi-
selles dans les costumes les plus divers et, il faut le dire, les moins
convenables en une procession; c'est a peine si quatre ou six
dames sont revenues de 1' antique capa du Pays Basque, avec capu-
chon et dentelle noire.
Ce long cortege descend la Grand' Rue jusqu'a la place, remonte
la rue Sopite, longe la rue Saint-Jacques et revient a I'lglise par le
haut de la Grand'Rue, c ban taut les litanies et le Magnificat accen-
tue* des populaires Ave, Ave, Ave Maria.
Un salut solennel couronne cette belle cer^monie, et nous y
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r
20 GOMPTE RENDU DE8 FETES
entendons de beaux morceaux palestriniens, puis un ravissant
cantique basco-espaguol dout le refrain puissant est repris par
Passistance et sayamment moduli par Y excellent organiste de la
paroisse, M. Haramboure :
Yainkoaren Ama,
Ama guzix ona,
Dezagwx maita \ ..
Bethilbethi! S Dls -
(Mere de Dieu, — Mere toute bonne, — Que nous vous aimions, — Tou-
joups ! toujoars !)
Encore tout 6mu de cette belle manifestation, nous prenons
place, vers cinq heures et demie, dans la grande cour du pen-
sionnat Sainte-Marie, tout orn£e de mats v^nitiens, porta nt des
oriflammes aux couleurs de France et d'Espagne, et l*£cusson de
Pantique cit£ labourdine : mi-partie de gueules au lion d'or, et
d'azur a la crosse d'argent, en chef un navire toutes voiles au
vent. Sur Pestrade se d^ploie fierement Petendard rouge orn6 des
sept 6cussons des provinces sceurs.
Au premier rang, entourant M. le Maire, se tiennent les membres
du comity et des dames en grand nombre; derrifere nous des
enfants, des fillettes aux yeux vifs et joyeux, de graves meres de
fa mi lie.
M. de Fourcaud, d6l6gu£ du Ministre, en un aimable et spirituel
discours', salue le Maire, la municipality, la cite* de Saint-Jean-de-
Luz, et c^lebre les gloires et Poriginalit6 de ce Pays Basque dont
la langue, les traditions, les jeux, les danses, la fiert6, prouvent si
eloqueiument que le butdela Soci6t6 Ethnographique Rationale —
une sage et pratique decentralisation — n'estpoint ici une chimere,
mais une admirable r£alite\ Oui, tous soyons Francais, aimons la
grande patrie, la doulce France des chansons de geste ; mais pour la
mieux aimer et comprendre, aimons chacun notre petite patrie.
Bretons, Champenois, Picards et Basques, conservons chacun a
nos provinces leur cachet, leur vie propre, ainsi qu'on voit dans
une grande cite* chaque famille garder avec un soin jaloux ses tra-
ditions particulieres, son air, ses allures. Ne se laissent absorber
i. Ce discours est publie en tele du volume.
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LES F&TE8 DE LA TRADITION BASQUE »3
par Paris ou la grande ville voisine que ceux qui ne saveut pas ou
ne veulent pas appr^cier les charmes et Foriginalite* de leur pays
propre. Ici, gr&ce au ciel, il n'en va pas de meme, et en terminant
M. de Fourcaud se declare heureux et fier d'ouvrir ces belles fetes
sous le haut patronage du Ministre.
Flutes et tambourins retentissent sur un rythme tantdt lent,
tantot presse\ et les douze petits danseurs de Beasain montent sur
le theatre. Le coryphee execute d'abord quelques pas et quelques
sauts rapides, cadences ; le petit bonhomme Fimite, et bientot les
danseurs battent des entrechats, sautent, se croisent, s'entre-croi-
sent, le corps toujours droit, s'enlevent et retombent en cadence,
et toujours avec un ensemble parfait. La danse des batons, la danse
des 6p6es se succedent, et toujours le meme rythme un peu bizarre
les accompagne.
Les improvisateurs montent k leur tour sur les planches ; ils
sont quatre : un instituteur en paletot, trois paysans en blouse
noire, tous le beret k la main.
Le jury leur donne d'abord k d£velopper le theme suivant :
deTendre et attaquer le Pays Basque. Mais demander k des poetes
basques d'attaquer leur cher pays, c'est vraiment peu sSrieux. Et
nos quatre improvisateurs, en une romance de quatre k cinq stro-
phes de huit vers chacune, saluent la noble assistance et rivalisent
de verve, d'images po^tiques, pour les gloires de la chere Eskual-
Herria, des sept provinces scaurs.
Deux d'entre eux celebrent qui le palais, qui la chaumiere ; le
citadin raille le paysan : il n'a pas de marche* bien fourni, ni aucun
des agr6ments de la ville. — Qu'en ai-je besoin? r^pond le paysan,
n'ai-je pas chez moi, au grenier, mais et froment, et mon four k
pain?
Les deux autres vantent chacun leur jeu favori, la pelote et les
cartes : la pelote, jeu fier et tout basque, au grand soleil, deman-
dant et dormant force et vigueur. — J'aime mi eux les cartes, fait
Tautre, et la dispute au coin du feu...
Et c'est un feu roulant de plaisanteries qu on nous traduit k la
vol^e et que nous regrettons de ne saisir pas en leur jeu primitif,
k voir les visages £panouis et k entendre les francs rires des heu-
reux Eskualdunacs.
Vers sept heures s'achevait cette premiere journ6e, nous laissant
sous la meilleure impression, cependant que nous reprenions le
train de Bayonne, regrettant de ne pas rester, pour voir, le soir.
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24 GOMPTE RENDU DE8 FETES
sur la place Louis XIV, danser ces heureux Basques, pour lesquels
pendant ces huit jours tout sera joie et gaiety 1
Lundi, M* r I'Ev&que de Bayonue se rendait a Saint- Jean-de-Luz
des les premieres heures de la matinee, accompagne de M. le cha-
noine Adema, et tout d'abord visitait la curie use exposition de
tableaux et d'objets d'art, dout les honueurs lui 6taient faits par
M. le Maire, M. Leon Bonnat et M. le doyen. Vers dix heures et
demie, Sa Grandeur gravissait la tribune d'honueur de la place du
jeu de paume ; a ses cotes prenaient place M. le Maire, M. de
Le jeu de paume
Fourcaud, deleguc du Ministre des Beaux-Arts, M. le chanoine
Adema, M* r Diharce, M. le doyen, MM. Boucher, Adrien Planted
Dutey-IIarispe, Gh. Petit, M. et M l,,e Etcheverry, M me Goyeueche,
Leon Bonnat; sur les gradins un nombreux public, au milieu
duquel beaucoup de prStres et non des moins euthousiastcs.
La fanfare municipale execute avec entrain cette Marche des
Chasseurs basques que le marshal Harispe aimait taut a faire
jouer a Bayonne et qui faisait courir aux fenetres nos cuisiuieres
basques oubliant leur roti.
Les joueurs de paume se pr6sentent en ligne devant M& l'fivSque
et saluent gravenient. M« r rfiv&que les benit : ils sontdix, dont huit
Espagnols et deux seulement (6 douleur!) de notre cher Labourd.
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DE LA TRADITION BASQUE a5
Tous illustres d6ja et do at les noms ont retenti de Bilbao a Maullon
et de Vera a Vitoria, voire par dela l'Atlantique : Yrun, deux fois
amput£, el Manco de Villabona, les deux butteurs c^lebres, Ziki
et Beloqui, le vieux Larralde, de Sare, etc. Des le d6but la partie
se dessine en faveur du Manco, qui eulfcve six jeux, inais Yruu se
relfeve bientdt et arrive a sept contre neuf. Le jeu est a la fois bril-
lant, rapide, serr6 : daus le nigme jeu il y a un ados neuf fois
r6p£t6. En ce moment Yrun soul&ve l'enthousiasme de toute la
place par son jeu foudroyant, sa merveilleuse dext£rit£; il nous
le semblait voir deux ans plus tdt quand, aux fetes de Vera, il
entbousiasmait avec ses coups redoutables le v£nlrable M. Antoine
d'Abbadie.
Si ardent m&me et si fougueux, cet Yrun, qu'il torn be, et c'est
alors un cri : va-t-il pouvoir continuer? Mais il se relive plus
ardent que jamais. Hdlas! c'est le Manco de Villabona qui dlcide-
ment Temporte, a treize jeux contre neuf.
Midi sonne, les clairous vibrent aux champs, tout le monde se
l&ve, et M* r TEv£que dit YAngelus, entr'acte sublime qui a
du rejouir le cceur de I'fivSque d'un dioc&se si franchement Chre-
tien.
La partie finie, (lutes, chirolas et tambourins reteutissent et
bieutot apparaissent, lestes et vigoureux, quatorze danseurs de
Bilbao en b£ret rouge, veste noire, culotte blanche garnie de gre-
lots souores, espadrilles : Tun d'eux porte le drapeau biscayen et
salue respectueusement TfrvSque. Puis les danses commencent,
voltes, pirouettes, croisements d'ensemble ; deux de ces danses
surtout sont vraiment gracieuses et h^ro'iques tout ensemble, la
danse des 6p£es, la danse des massues : cliaque danseur, brandis-
sant epee ou massue, figure avec son adversaire un corps a corps
qui parfois se termine par une m£lee generate ou toujours, sur I'air
rythnie et sonore des tambourins et des chirolas, les danseurs se
retournent, se croisent, s'entre-croisent. Ces danses h£ro'iques
sont, a n'en pas douter, des souvenirs des vieilles luttes des Bas-
ques contre les Maures ou contre leurs voisins trop turbulents de
Navarre ou d'Aragon.
Aprfcs le diner, les jeunes danseurs de Beasain vieunent, sous
les fen&tres du presbyt&re, saluer 1'livSque de Bayonne, et ex6cu-
tent d'aimables et gracieux pas de danse.
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26 GOMPTB RENDU DBS F&TES
Quelques heures plus tard, le plus s£duisant des causeurs bear-
nais, M. Adrien Plants, ancien raaire d'Orthez et president de la
Soctite des Sciences, Lettres et Arts de Pau, ouvre le feu des confe-
rences par l'etude d'une question piquante entre toutes : Les Bas-
ques ont-ils line histoire ?
Et M. Plante* de parler avec verve de la nebuleuse origine des
Basques, de leurs luttes 6piques contre les Romains et de la terreur
qu'ils inspiraient aux legions du peuple-roi et dont les poetes,
et des meilleurs s'il vous platt — Horace et Lucain, — se sont faits
P6cho.
Plus tard ils insistent comrae un mur d'airain k toutes les inva-
sions, et Roncevaux dit encore leur cruelle victoire sur le preux
Roland et ses fideles.
Une toute petite objection : ces vaillants guerriers, vainqueurs
des Romains et du neveu de Charlemagne, sont-ce des Basques ou
des Gantabres ? Est-il bien prouv6 que c'est tout un ?
M. Plante* ne le dit pas, et nous montre au moyen Age la vaste
federation des peuplades basques fidele k ses fueros.
Fueros en Espagne et en Pays Basque, fors en B6arn, ces
vieilles lois traditionnelles sont marquees d'un cachet deja tout
chr^tien, le respect de la femme': la fille atn£e toujours he>itiere a
l'exclusion du cadet ni&le.
Annibal Favait dej& remarque* k son passage aux Pyr6n6es.
Qu'on dise apres cela que les Basques ne sont pas k la tSte du pro-
gres ! Ils avaient invents le feminisme avant Jules Cesar !
Mais, encore un coup, sont-ce les Basques ou les Cantabres?
M. Plants ne distingue toujours pas, et nous montre les Basques
faisant les premiers le tour du monde, k la suite de Christophe
Colomb, et triomphant & Pavie de Francois I^, le roi chevalier,
qui dut remettre son 6p£e k un fiis de Hernani.
M. Plante* termine sa spirituelle conference par l'histoire, un
peu touffue, du royaume de Navarre trans et cis-pyr6n6en. Jusqu'au
bout les rois de France ont jur6 de respecter lessors de Navarre...
Mais enfin, gr&ce k la vaillance de Henri IV, le B6arn finit par
s'annexer la France, apres quoi la Revolution mit d'accord
Basques et Navarrais et cadets de Gasoogne
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LES FETES DE LA TRADITION BASQUE ig
en les jetant tous dans le mgme moule banal de la civilisation con-
temporaine.
Heureusement, conclut M. Plants, que les Basques ont su, des
deux cdt6s des Pyr£n6es, et sauront toujours conserver leurs cheres
et s6culaires traditions.
Des applaudissements chaleureux accueillent cette vibrante
pe>oraison.
* *
Mardi, la journ^e debute comme la veille sur la grande place du
jeu de paume. II s'agit d'une partie inter nationale de blaid au chis-
tera % trois Espagnols, Cesario, Gamborena et Marnac, contre trois
Francais, Eloy, Olaiz et Lemoine ; quelques points sont bien dis-
putes, mais l'ensemble est pale a c6te" de la furia et de la maestria
des joueurs au rebot de la veille. Les Francais cependant font les
soixante-dix points, Eloy recoit la ceinture d'honneur.
Les jeunes Souletins de Barcus et de Cheraute dansent, comme
couronnement, un saut basque vif et anime\ Quels j arrets !
* *
A deux heures, deuxieme conference dans la grande salle du rez-
de-chauss£e du pensionnat Sainte-Marie. Tres curieuse cette
maison du dix-septieme siecle, un peu transformed il est vrai, mais
qui porte encore au-dessus de la porte d'entr^e l'inscription sui-
vante :
Id FAIT L'HOMME CE QUI PBUT. Et
FORTUNE CE QUE BLLB VBUT. JEAN
DB GaSAVIBLHB MB FIT FAIRE EN l63a.
Douce et chr£tienne philosophic que celle de ce proprtetaire, qui
dut joliinent Stre mise a l'6preuve quand quatre ans plus tard, en
i636, les Espagnols pillerent Giboure et Saint-Jean-de-Luz !
Mais c'est bien plus haut que Louis XIII et Richelieu que nous
fait remonter le docte confe>encier, M. Nicoiai, avocat et secretaire
de la Socttte ArcMologique de Bordeaux. II s'agit encore et tou-
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'jr^jr
3o GOMPTE RENDU DBS FETES
jours de YHistoire des Basques. Eile est encore a faire, paratt-il.
Jusqu'ici on s'est beaucoup occupy de la langue euskarienne ; ca et
la quelques bonnes monographies ont paru ; mais peu de travaux
d'ensemble sur les trois grandes pe>iodes historiques : antiquity
— et entre toutes antiquity romaine, — moyen age, temps
modernes.
M. Nicolai paralt ne croire pas a la rudesse indomptable des
Basques, qui se seraient parfaitement laiss£ civiliser par les
Romaius : a preuve Tinscription de Hasparren dont notre ami,
M. Henry Poydenot, a si bien 6tabli l'authenticit6 et la date. Les
Basques ont parfaitement adopts le Pantheon romain, avec
quelques dieux topiques : Baigorisco, Leherunen, Harbelex, Ar-
belbide...
Diable ! voici du nouveau, et Chaho doit Ire mi r dans sa tombe 1
Et M. Blad6, le savant auteur de YOrigine des Basques, qui, lui,
affirme, textes en main, que les Basques n'ontfranchi les Pyrenees
que cinq ou six cents ans apres Jesus-Christ ! La Novempo-
pulanie n'aurait jamais 6t£ basque, et Tinscription de Hasparren et
tous les autres dieux et demi-dieux seraient oeuvre de civilisation
purement aquitaine, c'est-a-dire gallo-romaine... Auquel croire, de
M. Nicolai ou de M. Blad6?
Quant aux Iberes, continue M. Nicolai, chassis et traques par
les invasions, ils auraient fini par former, de Fun et de 1' autre cdt6
des Pyrenees, ce solide noyau des tribus euskariennes qui, plus
tard, r^sisterent meme aux preux de Karl le Grand.
Gomme conclusion, M. Nicolai nous parle des pelerinages de
Saint- Jacques de Compostelle, qui ont laiss£ de si vives traces au
Pays Gascon et au Pays Basque.
M. Pabb6 Haristoy termine la seance par une piquante elude sur
les proverbes basques, cette mine ou Sancho Panca lui-m&me trou-
verait du nouveau.
Mais tout le monde est debout, ; tout le monde, conferenciers
graves et gentes damoiselles (car il y a des dames et non des
moins attentives a ces doctes conferences), se hate de prendre
place dans la grande cour, pour voir et applaudir les danseurs
bilbaiens : ce sont toujours, marques par la flute et les tambou-
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DE LA TRADITION BASQUE 3 1
rins, les m&mes pas graves et h6roiques : aux genoux des dan-
seurs sont attaches des chapelets de grelots qui vibrent a chaque
saut. A certain moment le porte-drapeau agite de droite a gauche,
de gauche a droite, le vaste bandera aux amies de Biscaye, et
tous les danseurs saluent le drapeau, genoux a terre.
Apres les danses guerrieres, YAurrescu, male et gracieux tout
ensemble, tel que nous l'avons vu a Azpeitia et a Vera ; les jeunes
Les aanseurs de Bilbao
gens commencent un pas grave, puis tour a tour vont chercher
chacun une des jeunes lilies de l'auditoire; bientflt, apres une
longue promenade aux accords des flutes et tambourins, tous les
jeunes gens, garcons et filles, se tenant par un mouchoir, la chalne
se rompt, et c'est un bolero par couple et g£ne>al. Rien de plus
gracieux et, il faut le dire, de plus aimable, modeste et noble. Ah !
que cela est done plus beau, plus original que ces valses et
mazurkas que nous avons empruntees aux gens du Nord !
Et comme nous comprenons mieux, a voir jeunes gens et jeunes
filles executant ces pas tantdt nobles, tantdt sauti Hants, toujours
gracieux, l'enthousiasme que niit, au siecle dernier, le P. Larra-
mendi a dlfendre ces divertissements populaires contre le rigo-
risme etroit de certains confesseurs et pr^dicateurs ! Le grave
auteur du Dictionnaire trilingue (castillan, basque et latin), et de
tant d'autres doctes travaux, ne consacre pss moins de quatre cha-
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3a COMPTE RENDU DES PETES
pitres de sa curieuse Corografia o description de la M. N. y
M. L. Provincia de Guipuzcoa, aux jeux, fttes et danses de ses
chers compatriotes.
*
* *
Apres les danses, la pastorale. Abraham coiffig a la Henri II,
avec habit bleu de i83o t et bottes a l'lcuyire, Sarah et Agar por-
tant des robes rouges et bleues a manches bouffantes, a la mode
du jour, Isaac d£cor£ d'une plume blanche a son feutre mou, les
rois de Sodome et de Gomorrhe, les Satans, Bulgifer et Lucifer,
les six rois fideles portant tous des costumes plus extravagants
les uns que les autres.
Tous ces braves gens, avec une prodigieuse mlmoire, deMdent
des centaines de vers hlro'iques en faisant de grands pas sur la
scene, ni plus ni moins que les h&ros d'Eschyle. Et cependant ces
simples paysans ont une noblesse de gestes et de tenue si naturelle,
a certains moments des chants si beaux viennent couper la mono-
tonie du r£citatif, a d 'autres les Satans battent de si burlesques
entrechats, que les spectateurs suivent avec inte>et non pas le
drame, car Dieu sait ou commence et finit Taction! mais les divers
Episodes.
Bravo a ces jeunes Souletins, acteurs vraiment originaux I bravo
a Yimpresario, Tintr£pide Heguiaphal, de Ch^raute ! ce qu'ils ont
tuontre mardi de la pastorale d' Abraham donne l'idee d'un original
et h£roique spectacle qui serait bien mieux a sa place au theatre
d'Orange que les pauvret^s mod ernes qu'y jouait r£cemment la
Com^die Francaise. Mais non, c'est en Soule, dans une belle prairie
encadree de vieux chdnes, avec dans le fond les montagnes de
Tardets et de Sainte-Engrace, qu'il faudrait voir Heguiaphal et sa
troupe.
Mercredi, ciel couvert et par moments pluie maussade : et cepen-
dant le matin, entre deux ond£es, troisieme et derniere partie de
paume a la grande place, Giki, Santiago et Th^ophile contre Dar-
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DE LA TRADITION BASQUE 33
ritchon, Bourou et Chabatene. Gette partie de blaid a main nue a
6t6 vivement dispute et on ne peut pins interessante ; on a coinpte
qtiarante a cinquante coups par point, et cela nous rappelait
l'acharnement des joueurs basco-espagnols a pareille ftte, il y a
trois ans.
Un simple vceu : pourquoi ne supprimerait-on pas le chistera ou
m£me le gant carr6 au jeu de blaid? Le jeu a main nue, tel que
nous le jouions a quinze et vingt ans (la, ma belle, qu'il y a long-
temps !) est autrement vif et gai !
*
Mais l'heure grave des conferences a sonnl, et M. Charles Petit,
conseiller a la Cour de cassation, nous parle de celui qui toute sa
vie fut le plus acharnl deTenseur du royal jeu de paume au rcbot
avec gant et au blaid a main nue, M. Antoine d'Abbadie.
Dans une langue vive, imag£e, parfois ^mue et toujours 6io-
quente, M. Petit nous donne le portrait en pied et vraiment magis-
tral du grand chr£tien, de l'explorateur intrlpide, du savant ori-
ginal et modeste, et surtout du patriote basque, ardent ct convaincu,
que fut le chatelain d'Abbadia. *
A vingt et trente ans c'est de l'Afrique qu'il rSve, et avec son
fr&re Arnaud, c'est l'Abyssinie qu'il d^couvre, une Abyssinie a
demi civilise*e et chr^tiennc que 1' Europe ne soupconnait pas et
dont l'ltalie, pour son malheur, a tout r^cemment re\6\6 l'h£-
roisme.
M. d'Abbadie avait connu et estime* M&ielik, bien avant les pri-
sonniers du Choa et le prince Henri d' Orleans ; il sut le defendre
contre d'injustes attaques.
A Paris, il a bientdt sa place a l'lnstitut, section des sciences
astronomiques, et sa nomination fit scandale dans le monde des
libres-penseurs. Songez done, un clerical, un catholique pratiquant !
Ce fut Arago qui fit rougir ses confreres de leur pusillanimity :
« Plut a Dieu, leur dit-il, que j'eusse sa foi ardente et convaincue ! »
Mais c'est ici, en son cher Pays Basque, qu'il aimait a revenir
pour y vivre de la vie traditionnelle des Basques. Comme son pere
encourageant vers 1820 le fameux abbe Darrigol, Antoine d'Ab-
3
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34 COMPTE RENDU DES FETES
badic s'^tait epris d'enthousiasine pour la langue et les traditions
de sa chere Eskual-Herria. Ii fonda des jeux, et chaque annee,
dans Tune ou l'autre des villes ou bourgades basques, a Urrugne
d'abord, puis k Guernica, Azpeitia, Saint-Jean-Pied-de-Port, Saint-
Jean-de-Luz, ce furent des parties de pelote au rebot, des danses
locales, des concours de po6sie ecrite ou d'improvisation qui rem-
plirent d'une noble Emulation et les spectateurs et les auditeurs, et
surtout les he>os de ces luttes paciQques : pelotaris, danseurs,
poetes et jusqu'aux jeunes filles.
Et quel charme en ces fetes quand les vainqueurs toucbaient de
beaux louis dor, et que dans leur enthousiasme, les Basques
criaient, jetant leurs burets en Tair : Bib a Aita Abbadia I
Et ici M . Petit rappelle avec bonheur combien les esprits les plus
lininents, d'accord avec l'enthousiasme populaire, encouragerent
M. Antoine d'Abbadie. Le venerable abbe Inchauspe\ Tauteur du
Verbe basque et de tant de doctes travaux, M. l'abbe* Maurice
Harriet, l'6rudit infatigable, mais trop modeste, dont le Diction-
naire est inalheureusement encore inedit, le capitaine Duvoisin,
l'e>udit collaborateur du prince Lucien Bonaparte, de nos jours
M. le chanoine Adema, le P. Joannatey, M. l'abbe Haristoy et tant
d'autres, furent heureux d'apporter k l'illustre savant le concours
de leurs lumieres et de leur ardent patriotisme.
« Ah ! chers Basques, s'6crie ici avec emotion M. Petit, gardez
soigneusement ces traditions qui ont fait la joie et I'orgueil de
M. d'Abbadie! Aimez comme lui sa langue, vous surtout, prfitres,
dans la chaire chretienne, et vous, chers bons Freres, bonnes
Sceurs de la Croix, dans vos 6coles. Sans doute, cultivez le fran-
cais ; mais pour les sermons, pour le cat£chisme et les prieres, le
basque, toujours le basque, pur et chatie, sans barbarisme fran-
cais ou gascon ! c'^tait le voeu de M. d'Abbadie, c'est le voeu de
tous ici ! »
M. Antoine d'Abbadie est inort comme il a v£cu, « faisant le
bien sans bruit, le bruit ne faisant pas de bien » ; il s'est eteint en
ce modeste h6tei de Paris ou avait v6cu. ou etait mort Chateau-
briand, laissant une veuve qui tient a honneur de continuer ses
traditions de charite* secrete.
Cette biographie vraiment remarquable de l'amant passionn£ de
son cher Pays Basque a 6te" couple, faut-il le dire? de vifs et fre-
quents applaudissements. Et toutefois, l'avouerons-nous ? le mot
de la fin nous a surpris. Comparant Chateaubriand et Antoine
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DE LA TRADITION BASQUE 35
d'Abbadie, M. Petit a fait ressortir le contraste die ces deux tombes,
Tune simple pierre avec croix de fer t la-bas a Saint-Maio,
Sur an rocher battu par la vague plaintive,
l'autre dans la crypte de la chapelle A'Abbadia.
Mais toutes deux ne sont-elles pas 6galenient originales? et la
moindre tombe du cimetiere, a l'ombre de la croix de la paroisse,
a cdt£ des a'ieux et des amis, n'est-elle pas plus vraiment humble
et chr£tienne ?
M. Salaberry, notaire et conseiller d'arrondissement de Maul6on,
lit une spirituelle description de la mascarade souletine que nous
M aaoarade nonletine
allons voir en quelques minutes, et d'avance dlfilent sous nos
yeux les Samalsain (chevaucheurs), YEtcheco Yauna, YEtcheco
Anderia, les remouleurs, les bohe miens, tout ce monde endiabl6
qui, toute une journ£e durant, marche, saute, pirouette, dansetous
les pas possibles. Quant a l'origine de la mascarade, vainement
recherchee par M. Salaberry, n'est-elle pas aussi vieille que cet
kernel besoin de Thomme de se derider de temps en temps pour
oublier que
La vie est courte et les chagrins nombreux ?
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36 COMPTE RENDU DBS F^TES
*
* *
Ges conferences sont couronn6es par une delicate fantaisie de
M. le chanoine Ad6ma (le poete Zalduby), sur le chene de Guernica,
chante* par Iparraguire et sabie* en 1793 ou 1794 par le brave La
Tour-d'Auvergne et ses grenadiers. Cet arbre symbolique, l'aleul
de tous les arbres de la liberty, voyait a ses pieds les seigneurs de
Biscaye jurer de respecter les Jueros, et quand ii y a quelques
ann^es M. Gladstone, Void man cher aux Anglais, demandait a
l'alcalde de Saint-S6bastien, lui montrant le fameux vitrail du palais
de la Deputation, si les rois tenaient toujours leurs serments, l'al-
calde aurait pu lui rSpondre : Oui certes, et il a fallu arriver a
notre temps de pre"tendue liberty pour que les rois d'Espagne l'aient
viole* !
Et cependant M. le chanoine Adlma regrette, tout en ad mi rant
le Guernikako Arbola, certain chant patriotique qui se chantait
encore il y a quelque cinquante ans en Pays Basque-Francais et
que nos libe>aux taxeraient de r^volutionnaire :
Laphurdi, Baehenabarre,
Zuberoa heiekin
Gerlarajaun behar giro.
Guziak elgarrekin
Madrileko plazaraino
Guziak lerro lerro
Kantatzen dagularikan :
Bego Frantsesa libro.
(Labourd, Basse-Navarre et Soule, a la guerre nous devons aller les uns
avec les autres, jusqu'a la place de Madrid, tous en ligne et en rang, chan-
tons cependant que nous travail Ions a rendre le Francais libre.)
*
A la fin de cette aimable causer ie, un bascophile enthousiaste
de Bilbao, Don Resurreccion de Ascue, directenr a Bilbao de
YEuskalsale (le Bibliophile Basque), revue hebdomadaire de
literature, de musique et d'art, offre a M. le chanoine Ad6uia une
feu i lie authentique de Tarbre de Guernica. MM. de Fourcaud,
de!6gu6 du ministre, Boucher, Salaberry, Plants et autres la
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DE LA TRADITION BASQUE 3j
regardent avec admiration. Mais le docteur Goyeneche nous
declare en avoir depuis longtemps recu. Et au fait, le vaillant
maire basque ne la porte-t-il pas en son cceur, cette chere relique
du Zazpiak bat ? *
Tout le monde court au jeu de paume ou se tremousse d£ja la
mascarade souletine. Mais, helas ! a peine sommes-nous la, que la
pluie ou plutdt un grain impitoyable balaie la place et ne nous
laisse plus d'autre ressource que de prendre le train de 5 h. 45
sans avoir eu le temps de revoir l'Exposition, qui depuis dimanche
s est enrichie, parait-il, de nouveaux tresors. Les Guipuzcoans
surtout auraient envoye* des chartes, des croix, des objets d'art du
plus haut interet artistique et nistorique... Mais nous reverrons
tout cela.
*
Le lendemain jeudi, cinq d£l£gues de la commission des fetes,
MM. Emile Ducourau, president de la Soci&e* amicale Bearnaise
et Basquaise de Paris, Carlos Petit, adjoint au maire de Saint-Jean-
de-Luz, Charles Petit, conseiller a la Cour de cassation, Salaberry,
de Mauleon, et Aguirre, de Valcarlos, accompagnes de l'aimable
M. Adrien Plante, gravissaient les premiers contreforts de la
Rhune pour aller dlposer a Sare, au cceur meme du pays de
Labourd, une plaque commemorative en Thonneur de M. Antoine
d'Abbadie.
Rien de gracieux et de pittoresque tout ensemble com me cette
montee d'Ascain a Sare, et malgr6 les rafales, les dengues jouis-
sent longtemps du charme du paysage.
A l'entr£e du bourg, M. le maire, Gustave Leremboure, recoit
les d^l^gu^s et les conduit a la modeste mais illustre mairie, ou se
trouve graved Tinscription qui dit en termes eloquents Fh^roisme
de ces habitants de la frontiere lors des trop nombreuses guerres
du grand siecle :
Sarari balhorbahbn eta leyaltassunarkn
Saria emana Luis XIV
i693
(Recompense du courage et de la fidelity, donnee a Sare par Louis XIV, i6o3).
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38 GOMPTE RENDU DBS FST£S
C'est au-dessous de cette inscription qu'est placed la plaque
apport£e par ces messieurs et portant siniplement :
Antonio Abbadiari
ESKUAL HbRRIAHBN
Orhoitzapbna
aoorrilarbn iq" 1897"
(A M. Antoine d'Abbadie — Souvenir da Pays Baaqu© — 19 aout 1897)
MM. Leremboure et Charles Petit prononcent quelques paroles
6mues en l'honneur de l'illustre savant, et certes pareil hommage
a l'intelligent et enthousiaste soutien de nos vieilles traditions ne
i
Vue de Sare
pouvait nulle part 3tre mieux place* qu'en cette vieille mairie de
Sare, theatre de l'indomptable valeur de nos chers Basques.
Dans la soiree, le lendeniain vendredi et meme le lundi a3 aout
(tant £taient nombreux les travaux envoy^s au comite), il a ete*
donne lecture de diverses 6tudes et conferences qui prennent place
dans le present recueil.
Nous entrons, le samedi a4> dans Teglise de Saint- Jean-de-Luz,
vers dix heures et demie, alors que la messe tire a sa fin et que la
plupart des chants gr^goriens et palestriniens ont 6t6 executes par
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DE LA TRADITION BASQUE 39
la Schola paroissiale. M** Tfev^que est au choeur, et au banc de la
municipality, a cdte* du Maire, ont pris place les deputes et d^le-
gu£s de la province du Guipuzcoa.
C'est, en effet, le dernier jour de ces belles fetes, le jour ou nous
devons entendre et M. Bordes, l'eloquent et intelligent directeur
des Chanteurs de Saint-Gervais. et MM. les Basques-Espagnols,
nos voisins. Mais M. Bordes est cloue* au lit par une douloureuse
phlel>ite, et Ton se demande avec anxiety qui va le remplacer et
nous initier aux beaut£s de ces melodies gr£goriennes et de cette
suave musique palestrinienne qui doivent £tre le couronnement de
ces fetes.
La messe g'acheve cependant, la Schola chante un d£licieux
motet du seizieme siecle ; Torganiste, M. Doney, de Bordeaux,
joue une fugue de Bach, et nos amis nous apprennent que Dom
Mocquereau, T^mule et l'ami de Dom Pothier, vient d'arriver de
Solesmes, rlpondant avec empressement a l'appel de M. Charles
Bordes.
M* r r£v£que, suivi de nombreux prfctres et de quelques ama-
teurs, se rend en effet dans la petite chapelle du Tiers-Ordre, dite
des Roses, toute voisine de l^glise, et la l'e>udit B6n£dictin nous
donne comme un avant-gout des conferences de l'apres-midi en
initiant ses auditeurs attentifs et charmed aux secrets de la melodie
gregorienne ; le plain-chant, c'est le r£citatif a voix t£nue et
61eve*e, i'accent aigu indiquant toujours une intonation plus eleve*e
et rapide. Avant tout il faut lire simplement, nettement. Et Dom
Mocquereau lit fort bien, en effet, mais a l'italienne, mouillant
les o.
Nous sortons enchants de cette premiere initiation et allons
contempler la mer bleue de cette magnifique baie de Saint- Jean-
de-Luz, Itincelante de mille feux sous le soleil de midi ; nombreux
sont les Strangers qui prennent leurs ebats, soit sur la plage, soit
dans les Hots bleus ; nombreux aussi les promeneurs faisant les
cent pas sur cette belle estacade, de l'embouchure de la Nivelle
aux falaises de Sainte-Barbe.
Entre temps M. le Maire, MM. L6on Bonnat, Boucher, secretaire
de la Soci^te* d 'Ethnographies Henry de Larralde-Diust6guy et les
membres de la commission faisaient les honneurs de l'Exposition
a MM. les membres de la Deputation guipuzcoane, MM. Manuel
Lizarritury, president, et Luis Echeverria, Aranguren, Lafitte,
Guerendiain, Pavia, Eloseguy, deputes provinciaux, Arthur Gam-
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- K T^FZ
GOMPTE RENDU DES FETES
i, ancien depute de Pampeluue aux Cortes et bascophile
trite, Pedro Manuel de Soraluce, membre correspondant de
tademie d'histoire, Antonio Arzac, 1' aim able et erudit directeur
'Euskal Erria, revue basque de Saint-Sebastien.
*
. deux heures, M« r rfivSque de Bayonne, accompagne de tous
messieurs, prenait place an fauteuil de la pr£sidence, dans la
ide salle des conferences du palais de l'Exposition : un elegant
lie remplissait dej& cette vaste et belle salle, et les dames et
loiselles aux claires et elegantes toilettes etaient en grand
ibre ; qk et Ik aussi de nombreux prGtres et parmi eux M. 1 abbe*
>arat et Don Resurreccion de Azcue.
ur Festrade, entourant les membres de la commission des
s, se tiennent Dom Mocquereau, et les yingt demoiselles et les
^t-cinq k trente jeunes gens de la Schola de Saint-Jean-de-
[. Charles Petit salue tout d'abord M** FEvSque et MM. les
nbres de la Deputation du Guipuzcoa, les remerciant des hauts
oignages de sympathie que leur presence apporte k ces fetes
a Tradition Basque ; puis ii dit les regrets de M. Charles Bordes,
nopinement frappe au moment oh il allait recueillir les levi-
es fruits de sa vaillante cooperation k ces fetes et a cette belle
>osition ; il a voulu du moins, de son lit de doulcur, adresser
excuses, ses remerciements et ses regrets k tous.
It M. Petit lit uiie lettre 6niue de M. Charles Bordes, ou le
llant champion de la restauration du chant religieux salue,
c M* r l'6v6que et M. le Maire de Saint- Jean-de-Luz, M. Fabbe
ment, le devout vicaire de la paroisse, qui en quelques mois a
former cette Schola dont les diverses executions musicales
is ont enchantes et etonnes tout k la fois depuis huit jours,
is les regrets de M. Bordes sont bien attenues, puisque le
P. Mocquereau a bien voulu repondre k son pressant appel.
*
ie R. P. Mocquereau se leve, en efFet, et e'est pour nous tenir
idant pres d'une heure sous le charme d'une parole facile, eie-
te et d'une precision achevee. Pris au depourvu, au debotte
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DB LA TRADITION BASQUE 4 1
pour ainsi dire, de quoi parler ! Mais il s'agit, en ces fetes, d'art et
de tradition populaires, et quoi de plus populaire, de mieux adapts
k un pareil programme que la mtlodie grtgorienne ?
Fille de F Orient hebra'ique et de la Grece antique, la melodie
gregorienne a 6t6 faconnee par l'figiise pour Clever les Ames, les
purifier, les faire prier.
Rien de plus facile que cette melodie : c'est le chant h Vunisson,
la tonality sans accident. Rien ici de ces difficult 6s de la musique
moderne qui rendent si p£nibles les premieres lecons.
Tandis que la musique moderne, melancolique, passionnee,
fougueuse, exaspere les passions ou amollit les coeurs, parfois
m£me se fait toute sensuelle et enervante, la melodie gregorienne,
toujours unie, douce, maltresse d'elle-mfime, apporte le calme, la
paix, s'adressant toujours aux parties sup^rieures de noire etre,
les dirigeant vers le ciel.
Dans la pratique rien de plus ais£ : la melodie gregorienne se
compose de timbres ou Hairs toujours les m^mes et se r£p£tant
souvent : il suffit d'apprendre une phrase pour apprendre vingt
pages du graduel.
II est k noter toutefois que la pure melodie gregorienne n'a
regno* en souveraine que du cinquieme au quatorzieme siecle ; a
dater du seizieme il y a mutilation, amplification, surcharge, bar-
barisme, et pour tout dire, decadence complete. II suffit, pour
s'en convaincre, de fouiller d'un ceil attentif et d'une oreille deli-
cate les manuscrits.
C'est ce que faisait tout recemment Dom Mocquereau avec un
jeune deiegue du patriarche d'Aquiiee, et quand le savant auteur
de la PaUographie musicale montrait au jeune homme intelligent
et vraiment artiste ces mutilations deplorables : Bast a, basta,
s'ecriait le fougueux Italien en jetant le manuscrit, je m* enrage !
Tel Berlioz ou Schumann menacant de brftler la cervelle k de
manvais executants.
Tels, pourrions-nous dire, heias ! les malheureux fideles condam-
nes, de par certaines modes stupides, k ecouter k Teglise de pre-
tendues messes triomphales ou des reveries wagneriennes sur le
grand orgue !
Dom Mocquereau conclut que les difficultes memes de la musique
moderne, ces etranges mutilations du plain-chant primitif, ont ete
et sont la cause du silence de plus en plus complet des fideles k
Teglise. Voulons-nous qu'ils reviennent enfin k cette melodie gre-
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4a COMPTE RENDU DE8 FSTES
gorienne ? Faisons comprendre par de fr^quentes executions que
seule cette nielodie primitive en son origiaale simplicity donne
l'expression douce et calme de la priere, et que son caractere
decisif c'est l'onetion. Plus le cosur est pur, Intelligence eclaire'e,
mieux ils goutent ce chant vraiment digne de la majeste* du culte
chr^tien.
*
* *
La parole ardente et fine de Dom Mocquereau est a mainte
reprise couverte d'applaudisseinents, etapres lui M. Adrien Plante*
nous lit la conference pr6par£e par M. Charles Bordes. Cette confe-
rence, presque uniquement consaor6e a i'oeuvre de la Schola Can-
torum, a ses debuts, a ses progres, aux rlsultats vraiment surpre-
nants qu'elle a su obtenir depuis trois ans a peine, avec une
m^thode, une opiniAtrete* dont elle ne s'est pas d^partie une
minute, interesse vivement l'auditoire et en particulier M* r l'iSvS-
que, dont l'attention a semble* constamment en eveil, et qui a,
paralt-il, fait transmettre a l'auteur, par M. le doyen de Saint-
Jean-de-Luz, toute sa satisfaction. Certes, elle est belle l'oeuvre
que poursuit M. Bordes, et pratique, ce qui n'est pas sa moins
pr^cieuse quality, comme on a pu s'en convaincre a Saint-Jean-de-
Luz. Que poursuit-elle ? La restauration du plain-chant selon la
tradition gr 4 gorienne. Quelle est-elie, la tradition gr^gorienne?
Celle que les Peres B£uedictius out remise au jour et que nous
exposait si lumineusement tout a Theure le R. P. Mocquereau. La
reforme est-elle pratique ? Certes, puisque ici-m6me un petit
choeur d'enfants de Marie et un groupe d'honimes de bonne
volonte* , dont les chantres, se sont pltes aux douces modula-
tions de ces cantilenes, qui ne sontautres que celles du plain-chant
que nous entendous vocif6rer chaque dimanche, et ce en quelques
lecons, et si joliment que toute une salle, composed en grande
partie de prStres, ne laissait pas les phrases s'6teindre sans les
applaudir, avant nieine que la melodie fut chantee en son entier.
*
* *
Oh ! quel d61icieux Alleluia nous avons eu le bonheur d'en-
tendre ! Et cette musique palestrinienne, dont ensuite M. Bordes
nous vanta les beautes et que ses Chanteurs de Saint-Gervais
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DE LA TRADITION BASQUE 43
sont en train eFimmortaliser une seconde fois, car elle le fut
en son temps, nous disent les vieux auteurs, comment put-elle etre
oubli6e? comment osa-t-on lui substituer cette musique de cour,
tonte de fioritures et de pr^tentieuses formules? fitait-elle trop
difficile ? Nous ne le croyons pas, puisque ce mSme choeur de voix
a peine formers nous a execute*, comme il convient, cette nifcme
musique re^putee inchaniable. Heureux ceux qui 1'ont entendue
dans son cadre, dans cette belle eglise de Saint-Jean-de-Luz, pleine
jusquau falte de fideles 6mus et priant. Car a Saint-Jean-de-Luz il
ne faut plus aller dire que cette musique n'est ni expressive ni
belle, la population est conquise, et jusqu'au dernier des paysans
a senti la mysterieuse influence qui s'en de*gageait. Pourquoi ?
Parce que ces chants gr£goriens et palestriniens sont simples ;
unis, ils forment un tout merveilleux inspirant un sentiment de
pi6te* infinie. Que faut-il de plus a Teglise? M. Bordes, voulant
nous prouver que Tart moderne pouvait, lui aussi, servir a ces
lois de la simplicity et de la since>it6, nous a fait chanter un Panis
angelicus de 1'abbe* Boyer, de Bergerac. Rien de postiche, un
style choral tr&s simple et tres religieux a la fois. La encore la
preave fut donnle.
4c
Pressentant a distance le succes de sa cause, le jeune confe>en-
cier, dans une peroraison tout enflainmee sur notre Bayonne, « la
jol|e escarboucle pos£e au pied de la France », sur le cher Pays
Basque et le Sud-Ouest tout entier, fait appel a tous pour la crea-
tion d'nne Soci^t^ regionale de la Schola Cantorum dite des
Pyrenees et des Landes, Soci£te semblable a celle qu'il a foudee
en Poitou, Vendue et Charente, et dout il nous 6numere un a un
les exploits.
Puisse sa parole 6tre ecoutee ! puissions-nous, a Texemple de
cette maltrise de Saint-Pierre de Poitiers, que fonda M« r Pelge,
voir, grace a l'intelligente initiative de notre v£ne>£ Prelat et de
quelques ecclesiastiques 6minents, notre chere et belle cathldrale
6tre douee d'une voix, ou plutdt des trois voix gr^gorienne, pales-
trinienne et moderne, dont nous parlait M. Bordes, voix qui lui
rendraient la vie et rembelliraient encore !
Ce r£ve n'est pas impossible, et nous savons beaucoup de
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44 GOMPTE RENDU DES FETES
Bayonnais qui y croient encore, landis que d'autres desesperent.
En attendant, le vaillant petit choeur de M. Tabbl Figment, a.
Saint- Jean-de-Luz, a donne" l'exemple. Quant aux « utopies » de
M. Bordes et de la Schola, comme certains aiment a dire, elles
sont entries dans la voie de la pratique. Elles sont devenues re*ali-
t6s. Certes, la SoctiU des Pyre'ne'es et des Landes serait un bien-
fait pour la region. Dut-elle ne nous donner qu'une maltrise, celle
de la cathedrale, clle mlriterait de vivre. *
A I'appui des theories de Dom Mocquereau et du chaleureux
plaidoyer de M. Charles Bordes, la Schola execute, sous la direc-
tion de l'lloquent B£n6dictin, Tintroit Gaudeamus et le graduel
Assumpta est de la messe de TAssomption, VAve maris Stella et
deux cantiques basques ; et ces airs larges, simples, dllicieusement
nuances, sont converts d'applaudissements.
*
De ces hauteurs toutes celestes, nous redescendons sur terre
pour entendre M. Pavia y Birminghan, depute* du Guipuzcoa,
ouvrir fort agr6ablement le feu des conferences de nos voisins
d'outre-monts par un discours tres Elegant et surtout tres documente
sur Thistoire des marins basques.
Et tout d'abord, quelle erreur de dire que les Basques ont a
peine quelques vagues traditions on n'ont m&me pas du tout d'his-
toire ! Que les sceptiques aillent done lire les chartes des quator-
zieme et quinzieme siecles que les Guipuzcoans ont H6 heureux et
flers d'oflrir a la belle Exposition de Saint- Jean-de-Luz : ils verront
dans ces cartas paeblas (chartes de peuplement), dont quelques-
unes remontent a 1226, que dans notre province e'est sous T£gide
des rois de Castille que se formercnt les premiers groupements de
population, au lendemain des grandes invasions ; mais ces grou-
pements conservaient jalousement leurs jueros, leurs lois particu-
lieres et leurs privileges. Pius tard, les d6put£s de chaque ville
eurent accoutume* de se r£unir dans Tune ou l'autre des a3 ciudades
de la province, et les premieres juntas, d'ou sortit le fuero g£ne>al
en 5o ou 60 articles, furent tenues le 6 juillet 1397 a San Salvador
de Guetaria, cette merveilleuse £glise ogivale qui tant demanderait
une restauration intelligente et complete !
Fueros, juntas, elections de deputes, tout cela offre, comme
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DE LA TRADITION BASQUE $>
dans notre Bayonne du moyen age, an caractere eminemment
religieax et democratique : avant les Elections, messe du Saint-
Esprit, les nouveaux elus patent serment sur la croix ; a la fin de
leur mandat, compte rendu devant le peuple, les juntas sont tou-
jours pr£sid£es par l'alcalde du lieu, parfois simple ouvrier, et
c'est ainsi qua Azcoitia on a vu un tail leur alcalde pr^sider une
reunion oil silgeaient des grands d'Espagne. D'autre part, soin
jaloux de la liberte Electorate : a Tolosa on annule la voix de tout
6lecteur qui a e*te vu causant avec un pr£tre a l'entr^e du scrutin.
Abordant ensuite la pittoresque et 6mouvante histoire des
marins de la cdte Gantabrique, M. Pavia nous les inontre a la fois
intr£pides pecheurs de baleines, ce dont t£moignent maintes
armoiries de nos ports, de Biarritz a Motrico, et vaillants guerriers
bataillant avec furie contre « le roi des mers », Edward III d'An-
gleterre, et les marins de Bayonne, Biarritz, Saint-Jean-de-Luz. II
y eut la de vaillants coups d^pee et d'aviron, dont les archives de
Guipuzcoa et notre Livre des Etablissements de Baj'onne de i336
donnent de trop eloquentes preuves. On y voit les fiers rois
anglais traitant de puissance a puissance avec de modestes marins ;
on y voit aussi que notre gascon bayonnais 6tait a Saint-S6bastien,
aux treizieme et quatorzieine siecles, la langue officielle.
Mais le peuple, les marins surtout, parlaient le pur basque ;
aujourd'hui encore c'est dans les barrios de la marine, a Saint-
S6bastien et ailleurs, que l'espagnol a le moins p£n£tr£.
*
* *
Pfccheurs ou guerriers, les marins basques 6taient aussi d'intr£-
pides commercants, formant entre eux des hermandades (soci6t£s)
de plusieurs villes, pour commercer ou batailler avec les Bayon-
nais, les Flamands, les Anglais. Chose curieuse ! un des nombreux
trails de paix entre nos marins de Tune et de i'autre rives de la
Bidassoa porte, en i3a8, que tous les deux ans deux dcl£gues de
Saint-Sebastien et deux de Bayonne doivent se r£unir en T6glise
de Saint-Jean-de-Luz en Labourd pour trancher les diflte rends.
L'histoire ne nous dit pas si ce tribunal couronnait la session par
un bon diner !
M. Pavia porte aux £toiles Legazpi, El Cano, Oquendo et tant
d'autres de ces vaillants conquist adores qui promenerent le lion
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. . *».vr**
46 LES FETES DE LA TRADITION BASQUE
de Castille sur tous les oceans. N'est-ce pas un pilote basque qui
montra a Colomb la route des Antilles ?
Ces marins n'ont pas d£g6ne>e\ conclut eloquemment M. Pavia :
on les a vus lutter avec rage — Ondarroa contre Saint-S6bastien
— en une rugate fameuse, et le lendemain, a la suite d'un naufrage,
le vainqueur allait au secours des veuves et des orpbelins.
Combien de ces marins obscurs ont p6ri, perissent cbaque jour
victimes de leur he>oisme k courir au secours des naufrag£s !
* *
Cette vivante etude, fort bien dite en pur castillan, est couverte
d'applaudissements cbaleureux. A la suite, M. Laflitte lit une int£-
ressante £tude de Don Garmelo de Ecbegaray sur le Sentiment
religieux et familial dans le Pays Basque.
M. Antonio Arzac, secretaire g6ne>al des Jeux Floraux du
Guipuzcoa et directeur de YEuskal Erria, cldture cette longue
raais interessante stance par une lecture sur Y Emigration Basque,
et nous montre, en un tableau enchanteur, le fils alne* revenant,
apres dix et vingt ans d'exil, embrasser ses vieux parents et relever
de ses ruines le caserio abandonne* mais jamais oublie. Ces pages
emues, dites en pur basque guipuzcoan et d'une voix vibrante, ont
6te couvertes d'applaudissements.
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■*^^r/T'r ■
Moules d fromage et ophites A cuire le lait
II
LE BANQUET
Au soir (Tune joum6e si bien remplie, un diner de trente-six
couverts r6unissait a FHdtel de France les membres de la munici-
pality de Saint-Jean-de-Luz, de la delegation basco-espagnole et
de la commission des fetes, sous la haute pr^sidence de M* r r6veque
de Bayonne.
Sa Grandeur avait a sa droite MM. L6on Bonnat, Luis Echever-
ria et Henry de Larralde ; a sa gauche, MM. Gustave Boucher,
Pavia et Dom Mocquereau.
En face de M* r TfevSque, M. le docteur Goyeneche, Maire de
Saint-Jean-de-Luz, avait a sa droite MM. Lizarritury, Ducourau et
Don Tirzo de Olazabal ; a sa gauche, MM. Carlos Petit, adjoint,
Aranguren et M. le doyen filicagaray.
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48 GOMPTE RENDU DES FETES
Le dfner a ete exquis, le menu en basque, tres bien execute :
EGUNGO BAZKARIA
HKTZEKARIA EDO OILLAKI-SALDA
ETCHE ANDOILA
TRIPAKIAK
CHIPIROILAK SALTZA BELTZIAN
CH1KHIRO APZIA MARIKOLA EDO 1LHARRRKIN
AUATE SALTSA
ONDDO BBLTCHAK
EPIIER ZANGO GORRIAK GERRENIAN
KORA ETA KAUSKRAK
GASNA, MAUATSAK
MADARIAK, MERTCH1KAK
EDARIAK
IROULEGUY ETA BAXgORRIKO
SARAKO SAGAR-ARDO UOBERENA
(Diner db cb jour. — Bouillon de poule, — Andouilles de la maison, —
Gras-doubles, — Gbipiroles a la sauce noire, — Gigot de mouton aux hari-
cots, — Canard en sauce, — Champignons noirs, — Perdrix aux jambes
rouges a la broche, — Coques et beignets, — Fromage, — Raisins, [wires,
peches, — Boissons : les meilleurs vins et cidres d'Irouleguy, Balgorry et
Sare.)
Basques, Provencaux et Parisiens ont gentiment fraternise, et a
Theure des toasts reioquence a couie a flots, tantot petillants,
tantot majestueux.
M. le Maire a lev£ son verre a tous ceux qui Font aide en ces
belles fetes de la Tradition Basque et aux deiegues espagnols.
Don Manuel Lizarritury, a l'indissoluble union de tous les
Basques, Zazpiak bat !
M. Henry de Larralde, aux repr£sentants des deux pays et au
Maire de Saint-Jean-de-Luz.
M. Charles Petit, president du Congr&s, aux trois presidents
d'honneur, M* r Jauffret, M. le Prefet des Basses-Pyrenees et le
General commandant la division. M. Petit a surtout chaleureuse-
ment plaide aupres de Sa Grandeur la cause de cette chere langue
basque qui doit etre pieusement conservee en nos ecoles, en nos
seminaires, en nos paroisses.
M* r FEveque a remercie et assure a Fasseniblee tout entiere que
le vceu de M. Charles Petit lui etait cher et que toute sa sympathie
est acquise a ce vaillant et chretien Pays Basque, a ses traditions,
a sa langue.
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DE LA TRADITION BASQUE 49
Puis, avec la simplicity d'un grand artiste, M. L£on Bonnat a
porte* la sante de ses compatriotes et de ses amis.
Enfin M. Gustave Boucher a olos la se>ie des toasts en une deli-
cate improvisation.
Nous so mines heureux de reproduire ici quatre de ces toasts,
ceux de MM. le docteur Goyeneche, Lizarritury, Leon Bonnat
et Gustave Boucher.
Voici d'abord le toast du vaillant Maire de Saint-Jean-de-Luz :
MoNSEIGNEUR,
Messieurs,
Le rdle du maire de la petite ville de Saint-Jean-de-Luz dans celte
reunion solennelle est aussi agitable que modes te : il se borne a vous
remercier tous et chacun de vous des initiatives hardies que vous avcz
prises, des sentiments gene re ux et Aleves qui vous ont r£unis de bien
loin dans une pens£e commune.
Vous avez voulu, en effet, glorifler notre chere patrie basque, lui
temoigner vos ardentes sympathies, vos admirations enthousiastes,
dignes d'elle et de vous ; vous avez voulu eJever un monument impc-
rissable k son antique civilisation, a sa forte nationality, a ses cheres
croyances, et empecher, comme c'est le vceu le plus cher de mon
amour filial, que tout un noble et glorieux passe disparaisse avec les
restes de nos plus antiques institutions provinciates et les plus glo-
rieux souvenirs de notre vie sociale d'autrefois.
Ma reconnaissance doit aller tout d'abord k la Sociele d'Ethnogra-
phie nationale et d'Art populaire pour avoir bien voulu prendre nos
fetes sous son patronage et, par la, leur donner un eclat particulier,
et parrai les membres si distingue^ de la Soci£te\ M. Ch. Bordes, l'in-
fatigable initiateur et l'ami fidele du Pays Basque, pour lequel il a tant
fait. Je ne saurais oublier le tres £rudit secretaire general de la Societe,
M. Gustave Boucher, que je suis heureux de saluer au milieu de nous,
ni notre compatriote et ami, M. Bonnat, qui a organist notre belle
exposition de peinture ; par une rare faveur, il nous a prele plusieurs
de ses tableaux qui sont tous des chefs-d'oeuvre... Venu parmi nous
pour se reposer, il n'a pas hesite a sacrifier ses gouts simples et
raodestes a son amour du pays natal, et tout en nous comblant de
ses bontes, il nous a cree par son influence et par son travail per-
sonnel une exposition veritablement rare et digne des plus grandes
cites, au prix d'un repos si ne*cessaire et si noblement merited
Je remercie le Gouvernement de nous avoir envoy6 avec ses encoura-
gements un delegue si sympathique et si distingue que M. de Four-
caud, pour le representor dans ces solennelles assises de l'art et des
initiatives communales.
Je remercie aussi M. le general Derr6cagaix, M. le prefet des Basses-
Pyrenees, M** l'eveque de Bayonne, d'en avoir daigne accepter la pr^si-
dence d'honneur.
4
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50 COMPTE RENDU DES FETES
Je suis heureux de rendre hommage k la cooperation active et
devouee de tous nos collaborateurs presents et absents qui ont paye de
leur personne pour i'organisation de Imposition d'ethnographie, qui
est leur oeuvre et qui est si interessante et si reinarquable. Et certai-
nement la tache de la municipality eut 6t6 au-dessus de ses forces, si
MM. Arcos, Delrieux, Ahetze, Etchevers, Figment, ne Favaient energi-
quement seconded.
Merci done k tous nos concitoyens et compatriotes du Pays Basque
tout entier qui nous ont envoye avec empressement les elements si
curieux et si divers de notre exposition retrospective ; a nos brillants
et c*rudits conferenciers, les Plante, Salaberry, Dibildos, Etcheverry,
Berdeco, Nicolaf, Etchebame, Webster, Etchegaray, Arzac et Pa via,
qui ont fait briller d'un si vif eclat, par leur erudition et leur eloquence,
notre Congres.
Le president de ce Congres, Feminent magistrat, notre excellent et
distingue compatriote, M. le conseiller Charles Petit, a des droits spe-
ciaux a notre reconnaissance, pour Feloquence, le zele, le devouement,
la competence avec lesquels il a su diriger ces travaux.
Et au milieu de Basques, surtout de Basques du canton de Saint-
Jean-de-Luz, je manquerais a tous mes devoirs si je n'adressais un
hommage £mu a notre ventre et respectable ami, M. de Larralde, qui
a su, par son amenite, sa bienveillance et sa bonte, qui ne se demen-
tent jamais, conserver au milieu de nous les meilleures traditions qui
nous font aimer notre Pays Basque, ou il remplit avec une distinction
incomparable le rdle devolu par M. Le Play aux vdritables antorMs
sociales.
Et tout particulieremcnt, Monseigneur, Messieurs, j'offre mes remer-
ciements les plus sinceres k l'illustre deputation de la province de Gui-
puzcoa, a la tete de laquelle je suis heureux de trouver mon excellent
ami et camarade d'enfance, M. Manuel Lizarritury, pour la grace era-
pressee qu'elle a mise a effacer les frontieres politiques et a r^unir
dans cette manifestation patriotique les enfants de la race basque,
realisant si heureusement en notre faveur le mot celebre de Louis XIV :
« II n'y a plus de Pyrenees ».
Je bois, Messieurs, a vous tous, les repr^scntants de Tidee mere de
ces fdtes, et aussi aux amis inconnus si nombrcux qui nous t£moignent
eloquemment par leur presence les sentiments sympathiques de leurs
ames.
Qu'ils sachent bien que ces sentiments trouvent dans les ndtres la
plus vive gratitude et la plus entiere reciprocite.
A la France ! a TEspagne !
Au Pays Basque !
Voici maintenant le toast de M. Lizarritury, Tun de nos anciens
condisciples au pensionnat Saint-Leon de Bayonne, aujourd'hui
president de la deputation provinciale de Guipuzcoa, et qui nous
prouve qu'il sait parler a merveille la langue francaise :
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t>E LA TRADITION BASQUE Si
monseigneur,
Messieurs,
Au nom da comity constitue sous le patronage de la deputation pro-
vinciate de Guipuzcoa, dont j'ai Fhonneur d'etre le president, je me
fais un agreable devoir de presenter mes respectueux hommages a
Feminent prelat qui preside cette brillante reunion et qui dirige son
diocese avec la sagesse traditionnelle dans Fepiscopat francais, et d'a-
dresser raes sinceres felicitations et mes meilleurs remerciements au
co mite qui a organise d'une facon si intelligente et si r£ussie la troi-
sieme serie des fdtes de la Tradition Basque, sous les auspices de la
Societe d'Ethnographie nationale et d'Art populaire.
L'appel chaleureux et fraternel fait a notre concours ne pouvait nous
laisser indifferents ; il a trouve" dans nos cceurs Fecho que vous etiez
en droit d'attendre, car nous aussi, nous aimons passionnement notre
Pays Basque; et, mus par un gene*reux sentiment de confraternite,
nous nous sommes empresses d'accourir a votre invitation avec cette
joie qu'eprouvent les membres d'une famille a se reunir en un jour de
fele au foyer paternel. Les resultats n'ont peut-ctre pas repondu a
notre enthousiasme et k nos desirs ; faute de temps, il a fallu nous
borner a une modeste participation a ces interessantcs assises de la
ville de Saint-Jean-de-Luz.
Les objets precieux anciens que nous exposons vous donnent une
idee de ce qui existe de richesses artistiques et historiques dans notre
province de Guipuzcoa ; nos manuscrits qui remontent au treiziemc
siecle vous demontrent qu'il fut un temps ou nos marins basques, vain-
queurs sur mer, traitaient directement et d'egal a egal avec les souve-
rains de Fepoque. Du reste, je m'en rapporte a la conference si cons-
ciencieuse et si pleine d'erudition qui vous a ete faite par mon ami et
collegue de la deputation provinciale, M. Pavia.
Notre consistoire des jeux floraux, qui veille avec un soin jalo.ux a
la conservation de notre langue et de nos traditions, vous donne une
preuve de son existence par une publication r6pandue jusqu'en Ame-
rique, grace aux travaux et aux connaissances de M. Arzac, son direc-
teur, qui vous a lu un discours en langue basque, plein de charme et
inspire par le plus pur amour du sol natal.
Nos peintres n'auraient pas ose affronter le jugement du maltre emi-
nent qui fait partie de votre comite, et qui, par sa reputation univer-
selle, est une des gloires artistiques de la France ; mais notre ecole,
jeune encore, a voulu. kce contact, se retremper pour Favenir en pro-
duisant des osuvres modes tes, il est vrai, mais empreintes de Famour
du clocher.
Les f&tes de la Tradition Basque qui se termiuent domain compe-
tent, par leurs manifestations populaires, Foeuvre inappreciable de la
Societe d'Ethnographic nationale, oeuvre couronnee de succes, grace
aux efforts et au merite de son secretaire general, M. Gustave Boucher,
et rendue aimable par la presence de M. de Fourcaud, le digne et
sympathique d&\6gu& du Ministre de FInstruction publique.
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5a COMPftt RENDU DBS FETES
Retenus par nos devoirs, nous avons eu le regret de ne pouvoir
assister & toutes les conferences annonce'es dans le programme, confe-
rences pleines d'attrait et dans lesquelles leurs auteurs, cueillant de
nouveaux lauriers, n'ont fait qu'affermir une reputation acquise
depuis longtemps. Nous avons eu toutefois la bonne fortune d'entendre
et d'appr£cier les sublimes harmonies du plain-chant qui, grace a
Thabile direction de son fervent apdtre M. Charles Bordes, nous a fait
eprouver ces douces Amotions que fait naltre la majesty de la musique
religieuse. Pour ma part, j'ai eu aussi 1'inefTable plaisir d'assister a
cette charmante conference de mon excellent ami, M. Plants, dont je
ne voudrais pas offenser la modestie, mais qui, tantdt galant comme
le sont les enfants du pays d'Henri IV, tantdt 6nergique, mais toujours
6rudit, nous a tenus sous le charme de sa parole eioquente.
Tout ce que nous avons vu et entendu nous servira d'encouragement
pour une exposition d'ethnographie que nous espe>ons pouvoir prepa-
rer dans un avenir prochain. Nous vous y convions d'ores et de" ja avec
les monies sentiments de fraternity dont vous nous avez donne* un si
tduchant exemple, et, avec votre pr£cieux concours, nous contribue-
rons a conserver jeune et vigoureux le caractere des habitants de
Euskal-Erria.
Pour terminer, Messieurs, je bois a la sante de tous les honorables
membres qui composent votre comity ; je bois a la prosp^rite" de cette
hospitaliere vieille cite de Louis XIV, dont le digne maire, M. Goye-
neche, mon ami d'enfance, a droit a la reconnaissance de tous et parti-
culierement a la ndtre. Je bois eniin a la langue, aux traditions, en un
mot a la race de ceux qui, avec juste flerte, se disent les flls de Zaz-
piak-Bat et servent de trait-d'union entre les deux nations, faites pour
toujours s'enlendre, et s'airaer — la France et l'Espagne.
Voici la delicieuse causerie qu'a su si bien dire Leon Bonnat :
monseigneur,
Messieurs,
Apres les paroles si 61oqucntes que vous venez d'entendre, l'histc-
riette que je vais avoir l'honneur de vous conter va vous paraltre bien
simple. Excusez-moi.
II y a quelques annees, a un banquet ou j'avais a prendre la parole,
j'6tais assis a cdte" de Jules Simon. Je lui dis que c'£tait un supplice
pour inoi que de parler en public, que devant ce p^nible embarras j'a-
vais 6crit ce que j'avais 1'intention de dire et que tout simplement je
lirais mon toast.
« Ne faites pas ca, mon cher ami, ne faites pas ca, me dit-il, rien
n'est plus difficile que de bien lire un discours. Dans ma longue car-
riere, je n'ai connu qu'un seul horn me sachant lire, un seul, c'6tait
Montalembert. Et qu'allez-vous leur dire ? » Je le lui contai en quel-
ques phrases et, quand j'eus lini : « C'est parfait, dites ce que vous
venez de me dire la et ce sera tres bien. Allons, allons, du courage...
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DE LA TRADITION BASQUE 53
et croyez-moi, ne lisez pas. » Helas ! je suivis sod conseil, et me levai
quand mon tour de parole rat vena.
Les premieres phrases marcherent tres bien (entre nous, je les savais
par coeur), mais ayant eu le raalheur de regarder en face de nioi et
ayant apercu des yenx braques sur les miens, je perdis toute espece
d'assurance et, apres avoir bredouille quelques mots peniblement tires
da fond de ma gorge, jefus, a ma grande confusion, force de m'asseoir.
« Eh bien ! qu*est-ce que vous me dites de l'aventure ? dis-je a
Jules Simon. — Ah ! mon cher ami, dit-il en riant, vous n'avez vrai-
raent pas £t£ brillant. — Eh bien ! lui repondis-je, demain je vais
vous envoyer une palette et des pinceaux, et j'irai vous voir peindre.
Nous verrons, alors, quel sera celui de nous deux qui rira le dernier !
Que voulez-vous, cher ami ? a chacun son metier. »
Je vous en supplie, Messieurs, ne me mettez pas dans l'obligation de
vous envoyer demain des toiles et des pinceaux, je me trouverais dans
un grand embarras. Ou pourrais-je, en elfet, me procurer ici, a Saint-
Jean-de-Luz, un assez grand nombre de palettes et de toiles ?
Monsieur le Maire,
Vous m'attaquez trop vivement pour qu'il ne me soit pas permis de
me defendre. Vous dites, a qui veut vous entendre, que c'est moi qui
ai fait l'Exposition ; vous prononcez meme le grand mot de reconnais-
sance, fites-vous bien sur de ce que vous dites la et suis-je vraiment si
coupable ? Vous me couronnez de fleurs d'une facon tres aimable, mais
etcs-vous bien certain que ce soit a moi qu'elles doivent etre adres-
sees ? Ne penscz-vous pas qu'il pourrait y avoir la une erreur ?
Eh bien ! je vais vous le dire, moi, le seal, le vrai coupable, celui
que vous devriez couronner de lauriers (rendons a Cesar ce qui est a
Cesar), le vrai coupable, c'est M. Charles Petit. C'est a lui, a sa parole
chaude, eloquente, persuasive, que nous devons notre Exposition. II a
et£ le general, je n'ai ete que le lieutenant. II a et£ la tete, je n'ai et6
que le bras. N'est-ce pas egalement a lui, si jaloux des gloires de notre
cher pays, que nous devons la pensee d'elever un monument au grand
cardinal Lavigerie ? N'est-ce pas encore a lui, a son energique volont6,
que nous devons, a Paris, la creation de la Society Basquaise-Bear-
naise, cette Society qui, a certains moments, fait battre nos coeurs a
Tunisson des v6tres ?
Vous m'avez fait Thonneur, Monsieur le Maire, de m'offrir avec une
grande insistance la presidence des fetes que nous cldturons aujour-
d'hui si amicalement. J'ai du refuser pour deux motifs : le premier,
c'est que je viens ici pour me reposer des expositions, des discours,
des banquets, but qui d'ailleurs me paralt bien imparfaitement atteint
ces jours-ci, ce soir tout particulierement, et le second, parce que je
ne sais pas un mot de basque. Or, comment aurais-je pu presider des
fetes basquaises, alors que je suis dans l'impossibilite non seulement
de parler, mais meme de comprendre votre belle langue ? Me voyez-
vous adressant des felicitations a des improvisateurs alors que je
n'aurais pas meme compris le sens de leurs chants ? C'etait inadmissi-
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54 COMPTE RENDU DES F&TES
ble. Je n'ai su, en fait de basque, que les quelques mots que ma nour-
rice, une brave femine de Sare, m'avait appris en me bercant. II y a
beau temps, helas ! que ces quelques mots sont oublies, mais Michel
Ange, le dieu de l'Art, pretendait qu'il devait son genie au lait de sa
nourrice ; peut-Stre pourrais-je dire, moi, que c'est a ia mienne que je
dois l'amour de votre admirable pays.
Je Taime, votre pays, je devrais dire notre pays, je l'admire sous
toutes ses formes, dans toutes ses manifestations. J 'en aime la nature
et j'en admire les habitants. — J'aime nos douces montagnes aux colo-
rations veloutees, j'aime les vieux chenes trapus de vos valines, les
cours d'cau solitaires et mysterieux qui coulent au milieu des fouge-
res. — J'aime vos sentiers couronnes de chevrefeuilles et vos grands
champs de mais. J'aime votre vent du Sud, chante naguere par un
romancier celebre, ce vent qui me rappelle mon enfance, ce vent brft-
lant qui vient du desert, ce vent, c'est la Bible qui le dit, qui inspirait
les prophetes et leur apportait la parole de Dieu. J'aime votre mer aux
puissantes lames qui, tantdt bleue comme la Med i terra nee et calme
commc un lac, s'aflfole a certains moments, se revoke et s'acharne
avec une fureur inconcevable, inouKe, contre la terre qu'elle semble
vouloir engloutir.
J'aime nos legendes. Sans* parler de Roland, dont le pas herolque et
chevaleresque est grave en caractercs ineffacables sur le ilanc de nos
montagnes, n'est-ce pas a vous, Basques, que nous devons cette ado-
rable, tendre et humaine vision de Notre-Dame de Guadeloupe, la
Vierge compatissante et secourable qui les jours de tempete se pro-
mene sur la crete des ilots pour arracher a la mort les naufrages
desempares ?
Et enfin et surtout j'aime l'homme, le Basque. J'aime votre race,
forte, entreprenante, cfui recherche et affronte le danger. Je n'oublie
pas (on vient de nous le dire) que c'est l'un des vdtres qui, cent ans
avant Colomb, decouvrit le Nouveau Monde. N'etes-vous pas aussi les
premiers colonisateurs qui avez ^te fonder au dela des mers une
secondc patrie?
Basques des deux versants des Pyrenees, je bois k vous ! Je bois a
vos vaillantes meres qui ont su enfanter votre race energique. Je bois
a vos femmes, a vos lilies, auxquelles j'cnvoie d'ici un agour emu et
respectueux. Je bois a ceux de vos fils qui, descendants de leurs afeux,
ont <H6 hardiment chercher fortune au loin. Je bois au Pays Basque !
Eufin la delicate improvisation de M. Gustave Boucher, secre-
taire general de la Society d'Ethnographie nationale et d'Art
populaire, termine la serie des toasts.
monseicneur,
Messieurs,
Je crains d'etre bientdt victime d'une mesa venture semblable a celle
que vient de vous raconter avec tant de brio votre Eminent compa-
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DE LA TRADITION BASQUE 55
triote. Je suis en effet pris an depourvu. J'espe>ais que M. Bonnat,
oubliant pour un soir sa participation si active a votre superbe expo-
sition, vous parlerait au nom de ia Societe d'Etnographie nationale
dont il est le vice-president. Je dois a son effacement volontaire, je
dois aussi, helas ! a la maladie de notre ami Bordes, d'occuper a ce
banquet une place dont vous me voyez tout con f us, mais dont je ne
songe pas a tirer vanity.
Mon embarras est d'autant plus grand que j'aurais besoin d'une ve-
ritable eloquence pour rendre les impressions que j'ai ressenties en
ces huit inoubliables journees. Ces impressions sont faites d'une emo-
tion constante devant le spectacle que j'ai eu sous les yeux a tous les
instants, lei, Monseigneur, Messieurs, j'ai eu la revelation de Tame
d'un peuple vraiment consciente d'clle-iu6me, vraiment vivante. Jamais
vous n'oubliez que vous etcs Basques. Dans toutes les circonstances
vous pensez, vous agissez, vous parlez en Basques; vos jeux, vos
danses sont vdtres; votre musique, votre theatre, votre litterature,
tout est basque. Et il ne s'agit pas la d'une reconstitution provisoire et
factice, mais de votre vie quotidienne et spontanea.
Et pourtant vous eliez inquiets. Que sont devenues, Messieurs, ces
craintes que quelques-uns d'entre vous manifestaient au debut de ces
fetes, touchant leur resultat particulier quant aux conferences, aux
eludes, a la publication d'un monument litteraire qui en perpetuera le
souvenir ? Nous sommes, disiez-vous, des gens de pie in air, d'exte-
rieur. Nos confe>enciers ne pourront lutter contre le soleil, ni contre les
jeux de pelote, les pastorales, les mascarades. Ce sera la le point
faible, nous manquerons notre congres.
N'etaient-ce pas la vos apprehensions exprim£es ou secretes ?
Eh bien ! le r6sultat, vous l'avez vu. Une foule elegante et compacte
faussant chaque jour compagnie au soleil et s'enfermant avec passion
dans la salle du pensionnat Sainte-Marie pour entendre de doctes mais
tonjours spirituels congressistes vous entretenir de votre histoirc, de
vos moeurs, de vos legendes, de vos chansons. Ces choses vous les
connaissiez tous cependant, mais vous etes alios, en grand nombre,
les ecouler et les applaudir comme si elles vous etaient etrangeres, et
de ces assises sortira un volume que je vous promets superbe et plein
d'interet.
Pourquoi un succes si complet? Pourquoi cet empressement au
congres, contre toute attente? Ah! Messieurs, le secret en est simple.
11 s'agissait de la patrie basque, de la religion de vos peres, chose
don l vous ne vous lassez jamais d'entendre parler. Religion, patrie,
deux mots qui partout sonnent le ralliement des esprits d'elite et des
creurs genereux. Et oh sont-ils, ces coeurs et ces esprits, plus nombreux
qu'en ce pays beni ?
Ah ! Monseigneur, Messieurs, je donne libre cours k mon inspiration,
et la facility imprevue de mon elocution vous est le meilleur garant
de ma since>it£ ; laissez-moi done encore vous entretenir a cceur ouvert.
Je vous parlais tout k l'heure demotion. II en est une que je n'ou-
blierai de ma vie : e'est celle que j'ai ressentie au moment ou, assis-
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56 lbs pStes db la tradition basque
tant au jeu de pelote, et Y Angelas sonnant k votre venerable 6glise,
je vis tout ce peuple se lever, se d6couvrir et se signer ; ou je vis les
joueurs, dans lout le feu de leur action, s'arrfiter subitement pour
s'associer a cet acte religious et universcl ! Et tout cela si simple, si
spontanea si visiblement habituel !
Monseigneur, vous aussi vous etiez debout, b6nissant ce peuple
fidele. A vos cdt£s se tenait M. le del^gue du Ministre de l'lnst ruction
publique. Quelle vision de paix et de concorde, de reconfortante union
dans la liberte traditionnelle ! Et comrae il faut remercier et aimer le
pays qui vous la procure si souveraine ! Oh ! certes, je n'oublierai
jamais ce moment.
Et tenez, ma confession sera complete, et si quelqu'un la trouve im-
prudente, os£e, eh bien, il est convcnu <jue dcpuis un instant, lc secre-
taire general de la Socicte d'Ethnographie nationale a disparu et qu'il
ne reste plus devant vous qu'un hdle plein d'enthousiasrue et de recon-
naissance.
A votre contact, Messieurs, au contact de vos corapatriotes, j'ai eu
la claire vue d'un temperament special auquel je suis fler de participer
largement. Vous le savcz, Messieurs, je suis Poitevin, et les circons-
tances m'ont fait naltre sur la limite du Bas et du Haut-Poitou, la ou
fin it la Vendee, rherolque Vendue, et ou commence une zone ou le scep-
ticisme et TindilTerence ont trop de fldeles. Souvent mes compatriotes
se sont etonnes de me voir si different d'eux ; mais comme ils sont
bons, indulgents et aimables, ils m'ont aide avec une synipathique sur-
prise dans la lourde tache que je me suis irapos£e. J'ai aujourd'hui, de
cette difference de caractere, l'explication vivante. Si je suis ne a
Niort, ma double origine ancestrale est toute vendeenne. Or, on vous
l'expliquait tantdt : en Vendee Ton re trouve de nombreuses colonies
basques, et une ville entre autres, Les Sables-d'Oionne, affirme son
origine euskarienne. N'y a-t-il done qu'une simple coincidence entre #
vos revendications traditionalistes jamais abandonees et celles des
heros vend£ens? fites-vous deux peuples semblables seulement par
hasard ? Non, Messieurs, il y a plus. II y a entre le Vend£en et vous
parente evidente; non pas seulement identite d'id6al, mais souvent
identite d'origine. Pour moi, Messieurs, je n'hesite pas k leproclamer,
au milieu de vous je me suis senti Basque ! Je ne suis pas un etranger !
En remerciant au nom de la Societe d'Ethnographie nationale et
d'Art populaire M. le Maire et ses collaborateurs du nouveau et grand
succes que nous leur devons ; en adressant mon plus respectueux
hommage k l'illustre president de la deputation du Guipuzcoa et aux
trds dislingues membres des Cort&s espagnoles, je l&ve mon verre et
je bois aux Basques des deux versants, k leurs J'ueros y k leurs reven-
dications r£gionalistes, a leur autonomic intellectuelle !
Pendant le banquet, la fanfare de Saint-Jean-de-Luz a jou6 les
plus brillants morceaux de son riche repertoire, enlevant entre
autres la Marche des Chasseurs Basques et le Guernicaco arbola.
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La bale do Saint-Jean-de-LuM
III
L'EXPOSITION
Le Grand Casino, dans lequel 6tait am£nagee l'Exposition,
avait 6ie tout d'abord gracieuseinent oflbrt a M. le Maire et a la
ville de Saint-Jean-de-Luz par son propri£taire, M. Arnaud
D^troyat.
C'est un gracieux Edifice forni^ d'un vaste et unique Itage tres
haut, tres elegant, 61eve sur un rez-de-chauss£e et en bordure sur
cette magnifique voie courant parallelement a l'estacade, du haut
de la Grand' Rue a Sainte-Barbe, voie deja bordec en partie de
villas pittoresques dont quelques-unes — la Villa Mauresque par
exemple — sont des bijoux.
Le Grand Casino, ceuvre de MM. Detraz et Jumel, offre des
lignes plus simples et aussi d'un ensemble plus grandiose ; un
double perron de quatre et huit marches conduit a une terrasse qui
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58 COMPTE RENDU DES F^TES
entoure tout r^difice sur la facade et le c6te nord. Une double
galerie, a droite et a gauche de la grande porte, forme un beau
promenoir ayant vue sur
la baie, le Socoa, Sainte-
Barbe. Les baies de cette
double galerie ont £te soi-
gneusement fermees et
forment aujourd'hui , a
droite et a gauche du
grand hall, deux vastes
couloirs garnis de gravu-
res, d'objets d'art, de ta-
bleaux.
• *
* *
Le graud hall est orne,
au fond, d'un vaste dra-
peau rouge portant les ar-
moiries des sept provinces
soeurs; a droite, deux fa-
mous rouges, avec fleurs
de lis d'or du 8 e bataillon
guipuzcoan, se delachent
sur une panoplie de sa-
bres, de fusils, d'^p^es,
souvenirs de la guerre
carliste , appartenant a
Tun des hdtes de Saint-
Jean-de-Luz, don Tirzo de
Olazabal. Qk et la quel-
ques nieubles anciens et
des photographies carac-
teristiques : la Procession
de Roncevaux, les Ga~
Keuble basque .
deaux de Noce a Aincille,
les belles gravures de Callot sur le siege de La Rochelle et le
debloquement de Hie de Re\ ou brillent au premier rang les
pinasses de Bayonne, Biarritz, Saint-Jean-de-Luz et Hendaye.
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COFFRES
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vra^xv \ ,
LES F^TBS DE LA TRADITION BASQUE 6l
Sans nos Basques et Bayonnais, Richelieu voyait sombrer son
6toile devant Buckingham et les calvinistes !
Et le grand cardinal le reconnut si bien qu'il mandait kM.de
Gramont qu'il rijr wait pas de meilleurs matelots que ceux de la
coste de Bayonne*.
Tout a cdt6, un autre t£moignage de la valeur de nos raarins, le
Combat du Corsaire le General Augereau contre deux vaisseaux
anglais, le 4 o.oiit 1804*
Ce curieux tableau, jadis ex6cut£ d'apr&s les indications du
cllebre Pellot, de Hendaye, et par lui offert a l'6cole d'hydrogra-
phie de Saint- Jean -de-Luz, est d6pos6 aujourd'hui, depuis la
deplorable suppression de cette 6cole, a la inairie de la ville : on y
voit le petit brick de douze caronades vaillamment accroch£ au
flauc droit d'un des gros vaisseaux, les marins montent a l'abor-
dage, et ddja le drapeau anglais descend de la come d'artimon.
Une singulifere preuve, pour le dire en passant, nous est rest£e
du naif orgueil de Pellot, qui 6galait au moins sa vaillance. Cinq
ans ay ant sa mort, et d6ja plus qu'octog6naire, il 6crivit a la
Ghambre de commerce de Bayonne pour demander qu'une gravure
de ce tableau fut faite par souscription :
«c Aucun de vous, Messieurs, disait-il, n'ignore les brillantes
courses que je fis pendant les guerres de la Revolution sur le cor-
saire le G6n6ral Augereau, arm£ au port de Bayonne par la
maison Basterreche et O... Je ne voulais pas descendre dans la
tombe ni aller donner ma froide main au vieux Garon sans laisser
a mes h^ritiers et a mon pays le tableau parlant de cette action
(le combat du 4 aout 1804) que je trouve h^rolque d'apr&s les t6moi-
gnages qui m'en ont 6t6 donnas... qu'un exemplaire (de la gravure)
puisse gtre remis a chaque *£cole de marine et a chaque batiment
de guerre en France, et a tous les marins curieux... »
Nos Bayonnais firent la sourde oreille, et la lettre dormit dans
les archives de la Chambre, oil notre ami Ducer6 l'a r^cemment
1. A oat 1627. Archives du ministire des affaires Mrangires. Recente
communication de M. l'abbe Dubarat, a qui nous adressons tons nos remer-
ciements.
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COMPTE RENDU DBS F&TE8
d^couverte * ; nos bons bourgeois craignaient sans doute de rappeler
aux descendants de tant d'armateurs les origines audacieuses de
leur fortune !
*
* *
Tout a cdte, le beau tableau de notre compatriote M ,,e H£lene
Feillet : VEntrte du due d'OrUans h Bayonne en i83g, avec le
comte Garat et ses chasseurs portant le be>et rouge au pompon
d'argent, veste rouge et culotte blanche.
Sur deux ou trois tables sont eta 16s : les oeuvres musicales de
Charles Bordes et de la Schola Cantorum, les Chants souletins dc
M. Salaberry, de nombreuses brochures de M. Tabb6 Haristoy, le
beau volume de la premiere session de la Soci6t6 d'Ethnographie
et d'Art populaire, La Tradition en Poitou et Charentes, Congris
de Niort, i8g6.
Tout le cote* droit, en entraut, est consacr£ a Tethnographie
basque proprement dite; tout le cote* gauche aux tableaux.
A droite s'ouvre une salie consacr^e a tous les meubles et
objets ty piques du Pays Basque : sur une table des rouets, des
quenouilles, une collection de gants et de pelotes de tous les ages,
gants de cuir, carres et longs, chisteras, etc., une lanterne de
bonne bourgeoise de Saint-Jean-de-Luz, a deux chandelles, et
telle que nos meres en portaient encore quand elles allaient en
visite. Un tambourin et son chiroula. Toute une se>ie en bois
de helre — Scuelles, moules avec rosace en creux, (litres, reci-
pients — accompagn£s de deux ou trois cailloux, le tout servant
a la fabrication du fromage dans les hautes montagnes du Labourd
et du pays de Soule; il paralt que dans les cqyolars ce mode de
fabrication remonterait aux temps pr£historiques et n'aurait rien
de com i n uq avec les raflinenients des caves de Roquefort. Un lit
basque du temps de Louis XIII, d'une inaison noble de Vergara,
avec au dossier trois statuettes sculpt£es. Une cloche ancienne,
6norme. Un bahut basque a deux battants portant au haut : 1669
Pierre de Biscai. Un trousseau nuptial, un ou deux crusots,
lampes a meches primitives qu'ont bien connues nos meres
grands; des pichera, des fuseaux. Deux vaisseliers orn£s de
1. E. Duckhk, Le Capitaine cormire EUenne Pellot. Bayonne, Lamaign&re,
1897, p. 57.
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CHISTERAS ET PELOTES
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D4vidoir
Table et Coffret
Trousseau de mariage
5
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LBS FETES DE LA TRADITION BASQUE 67
belles et naives faiences de Samadet, vieille fabrique landaise
du dix-huitieme siecle, car le Pays Basque ne connaissait pas cette
industrie et ne fabriquait que de grossieres et primitives poteries.
Aux quatre cdtes de ce salon sont appendues soixante a quatre-
vingts aquarelles donnant la se>ie des Costumes basques presents
a la ducbesse d'Angouleme, a Saint- Jean-de-Luz, en i8a3 : Etche-
coandria, danseurs, Basques en cacolets, couturieres, etc., toute
une collection de burets et de moucboirs gorrias a queue pen-
dante, qui fait rire aux larmes nos jolies Basquaises au moucboir
minuscule.
Mais, parmi tous ces monuments, grands et petits, de la tradi-
tion basque, nous cbercbons en vain quelques souvenirs de nos
marins de la cdte Gantabrique, anciens p&cheurs ou corsaires :
saufun minuscule trois-mats garni, en ivoire et sous verre, pas
un modele de pinasse, trincadoure, baleinier ou corsaire ; pas un
mousquet, un pierrier, une bacbe d'abordage, point d*engins de
peche, barpons de baleine, filets, etc. Rien ici ne rappelle la gloire
des marins de Sopite, de Haraneder et de tant d'autres dont
MM. Ducere* et Pavia nous ont parl£ en ces fttes. N'est-il done
rien rest6 a Lohitzun des vieux loups de mer?
A c6t6 de cette premiere salle est la Cuisine basque au matin
dune mascarade, un des clous de l'Exposition, et devant lequel il
y a toujours foule : sur le manteau de la cbeminle, des plateaux
de cuivre, et, au bas, un cordon de piments rouges ; a droite,
1'evier, la bucbe a pain, les seaux de cuivre etincelants ; a gaucbe,
le vaisselier bien garni ; au plafond, des touffes de fougeres
gobe-moucbes, des jambons soigneusement envelopp^s, des ta-
blettes suspendues pour le pain et le fromage; au milieu, une
vaste table. Devant la cbemin£e, garnie de beaux cbenets, une
bonne vieille . accroupie, filant ; devant la table, le maltre et la
maltresse du logis, eu beaux habits de fete — YEtcheco Andria en
collerette blanche garnie de bijoux modestes, corsage et jupon
rouge; YEtcheco jauna en be>et, veste et culotte brunes, ceinture
rouge, — tous deux prfits a suivre le chiroulirou qui se dresse
dans un coin, pret, lui aussi, a improviser quelque marche sau-
tillante.
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COMPTE RENDU DES FETES
*
Nous remoiitons le long couloir de droite, et ici les raret£s le
disputent aux merveilles : la magnifique armoire de M. DStroyat,
avec ses livres et gravures uniques, a faire palir nos bibliophiles :
la Notitia utriusque Vasconice, d'Oihinart, de i638; la Gramatica
escuaraz eta francese% , de Harriet, Bayonne, IJ4 1 ; El imposible
vencido et le Diccionario castellano, bascuencey latin, duP. Lar-
ramendi (i 729-1745) ; les Coustumes du pals et bailliage du
Labourd, edition de i5j6; les terribles ouvrages du conseiller de
Lancre sur la sorcellerie en Labourd au commencement du dix-
septieme siecle, etc.; dans un coin, Fint£ressant catalogue qu'a
dresse* de ces tr^sors notre ami M. Ducere.
En face, un beau portrait d'un seigneur basque du temps de
Louis XIII, en cuirasse, collerette de dentelle, longs cheveux ; —
les belles et rarissimes cartes du prince Lucien Bonaparte sur les
delimitations des dialectes et sous-dialectes de FEuscara, embras-
sant tout le Pays Basque de Tun et de l'autre cdt6 des Pyr6n6es ;
— un portrait de Bertrand d'Echaux, d'une vieille famille de
Basse-Navarre, 6v6que de Bayonne de 1598 a 1621, puis archeveque
de Tours et premier aumOnier du Roi, — le dernier mandement du
dernier e>eque de Bayonne sous l'ancien regime, M** de Ville-
vielle 1 , — un tableau sur bois de Zumaya, qui avait fait notre
admiration ii y a trois ou quatre ans, et qui est vraiment d*une
haute originality ; au haut, un triptyque : la Vierge avec FEnfant
J6sus entre saint Pierre et sainte Catherine, avec, au pied, le por-
trait de Juan de Mendazo, qui commandait la nef Zumaya\ au
bas, le combat naval des Guipuzcoans contre les Portugal s, en
i4j5 : les bastingages des deux nefs portent des ecus a croix
rouges, les hunes sont garnies de bottes de dards, — une vne de
Saint-Slbastien en i56o, d'apres d'anciennes gravures, une repro-
duction d'un curieux tableau sur bois repr£sentant los habitos y
tocados de laprovincia de Viscaya au seizieme siecle, — toute la
collection des belles gravures du Louvre sur Fentrevue de File des
Faisans, la conclusion de la paix des Pyr6n£es par don Luis de
1. Public par M. H. Poydenot dang la deuxieme partie de ses Re'cits et
Ligendes sur V his to ire de Bayonne (3* fascicule, p. 741).
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hi
a
Ul
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LES FSTRS DE LA TRADITION BASQUE J I
Haro et Mazarin, le mariage de Louis XIV et de Marie-The>ese a
Saint-Jean-de-Luz. Un beau portrait d'Arnaud de Maytie, F6ner-
gique evfique d'Oloron, ne* a Licharre, qui lutta si 6nergiquement
contre la ReTorme en
Blarn, dlpensant large-
ment sa fortune pour
la restauration de la foi
en son malheureux dio-
cese.
Au bout de cette
mgme galerie, un colo-
nel de la legion rurale
de Bayonne en 1808-
i8i5, portant be>et
bleu a franges d'ar-
gent, cocarde tricolore,
veste noire, ceinture de
soie cramoisie, panta-
lon nankin. En face, un
coin d'^glise frappant
de v^rite* : devant un
de ces beaux crucifix
d'ivoire sur velours
noir avec cadre sculpts
Gomme il y en a beau-
coup ici, une vieille
Basquaise est agenouil-
16e, drap6e dans le long
manteau k capuchon,
avec barbe de dentelle ;
a ses pieds, le rouleau
de bougie fil£e jaune,
la corbeille avec le pain de l'offrande, le large drap noir des
veuves ; sur sa t&te se balance un petit trois-mats en ex-voto,
comme on en voit tant dans nos 6glises de la cdte.
£a et la la reproduction de quelques inscriptions curieuses :
celle du pensionnat Sainte-Marie, de i63q, que nous avons relev6e
Tautre jour; une inscription mortuaire prise dans l'^glise de Saint-
Jean-de-Luz ;
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"H-
72 GOMPTE RENDU DES PETES
IH S
Gi gist Mar
TATOA DR LA
MAS8A QUI
DECBDA LB
XXVI DAO
UST 1573
Rbquibscant
IN PAGB
le fronton de la porte d'entr^e d'une maison du dix-septieme
siecle :
t
16 I H S 63
une vue du moulin d'Olhette qui remonterait a i3o6, au temps de
Philippe le Bel!
*
Ge long couloir, dont nous n'avons pu qu'effleurer quelques
merveilles, donne acces dans Tune des salles les plus richement
orrises. A droite, une haute vitrine nous offre le makila damas-
quine de Michel Renaud, l'ancien d£put6 basque et bon chrelien,
quoique trop jacobin avec ses tristes amis de Paris ; une quenouille
en os sculpts ; un charm ant petit manuscrit de M. £doiiard Mor-
ville, de Bayonne, PSches et d6couvertes des Basques & Terre-
Neuve, orne* de dedicates aquarelles, et dont la place est toute mar-
quee a la bibliotheque de notre ville.
L'autre moitte de cette vitrine est toute pleine des envois de
Messieurs du Guipuzcoa, qui se sont montr6s vraimeut d'une a ina-
bility exquise : une croix d'argent dore" du quinzieme siecle, Qne-
ment sculpted, un calice, une patene de travail tres ancien, de
Zumarraga ; un calice a clochettes, deux burettes, cinq clefs et une
bulle de Clement VIII, de la confre>ie des marins de Fontarabie ;
quelques ornements d'eglise, richement brod^s, d'Usurbil, etc.
Au milieu de la piece, une vitrine contient un vrai tr^sor
pallographique, eloquent commentaire de la belle conference que
nous donnait la veille M. Pavia sur les marins de la cdte Ganta-
brique :
Exemplaire manuscrit du Fuero de 1590, ordonnances de la Her-
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DE LA TRADITION BASQUE j3
mandad de i/JSj, Cartas Pueblas de Motrico (1237), de Mondragon
(1260), de Gestona (i4^i), lettres des Rois catholiques au Consejo
de Mondragon (i49*)> le ponvoir des Juntas de Zarauz en 1519, une
bulle da pape Paul V, de
1610, octroyant des gr&ces |^ U
k la confrerie de San li^RfcSBBI^ 1 ~** # ' "JtSt-*'
Temol, de Zumaya, etc.,
le tout avec de superbes
sceaux appendus, admira-
blemeut conserves; quel-
qucs parchemins ont de
belles enluminures. Dans
la meme vitrine, des actes
de notairesduquatorzieme
siecle constituant en dot a
des filles de bonne maison
des parts de mine, prou-
vent la richesse indus-
trielle du Guipnzcoa k
cette £poque.
Au-dessus de cette vi-
trine brille d'un doux 6clat
Tune des trop rares mer-
veilles de nos paroisses
labourdines, la croix
d'Ahetze aux six clochet-
tes, joyau du seizieme
siecle, accompagnee d'un
corselet et d'un morion
damasquines de la mSnie
6poque.
Entre les deux fenStres,
une plaque de foyer avec
sculpture et une inscrip-
tion eloquente :| Pax] optima rerum an° 1648, 24 oct., accoin-
pagnle d'un vaste brasero et de deux hauts landiers avec bas-
sinets.
A deux pas, trois fauteuils de bois, au dossier de fer forg£ He
Guernica; Tun d'eux porte une inscription :
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74 COMPTE RENDU DE8 FETES
ASIBNTO
A S
Alcalde
O destinee des vieux meubles ! Ges fauteuils, contemporains
peut-6tre de Ferdinand et d'Isabelle, ont 6te" decou verts a Pau chez
un antiquaire !
Fauteuils de Guernica
Sur deux des cdtes sont appendues aux murs les belles tapisse-
ries des Gobelins de M. Arcos, et les ornements sacr6s donnas en
1662 a la ville de Saint-Jean-de-Luz par Louis XIV, en souvenir de
son mariage. An pied de Tune des tapisseries, une belle console a
pieds sculpted qui ornait la chambre de Marie-The>ese dans la
maison de l'lnfante.
Le beau portrait du marfahal Harispe par Rixens orne un troi-
sieme cdte* ; a ses pieds, dans une vitrine, le baton de marshal, les
epces, les nombreuses decorations.
A cdte\ la ban ui ere et une hallebarde de Lesaca, de 1681, eta
l'autre bout deux perles : une Vierge d'albatre donn^e par Phi-
lippe III a don Francisco de Abaria, le deTenseur d'Oran; le por-
trait en miniature du capitaine de vaisseau Bavard, n6 a Saint-
Jean-de-Luz en i?65, morten 1828, blesse" et prisonnier a Trafalgar
(un des ancStres du docteur Goyeneche). Mais pourquoi Finscrip-
tion porte-t-elle 6vad6 des pontons anglais, alors que me* me
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DE LA TRADITION BASQUE j5
cheat les Anglais les o Aiders superieurs etaient honorablement
traites?
Dans one autre vitrine, nous trouvons un autre temoignage de la
valeur des Basques, le fanion du colonel du Royal Navarre, ce
valeureux regiment forme' de volontaires de la Basse-Navarre qui,
k Tinstar des milices du Labourd, se levaient au premier appel
pour la defense du pays : fine broderie d'argent dessinant en
relief tambours, mousquets 6% trompettes, avec le soieil rayonnant
de Louis XIV et les devises : Nee pluribas impar — Bellicosus
Cantaber.
En face, deux panneaux d'armoire du dix-septieme siecle
admirablement sculptes : l'automne et l'hiver, le printemps et
iete.
Nous quittons cette salle pour revenir au grand hall et voir enfin '
les merveilles qui, gr&ce k Leon Bonnat, orneift tout le cote* gauche
du Grand Casino, c'est-&-dire la grande salle des conferences, les
deux salons et la galerie.
La grande salle contient une se>ie de tableaux espagnols d'une
execution parfois naive, mais qui denote beaucoup d'observation :
Mouvement d'un air de flAte en Biscay e; Procession du Vendredi
saint, de Dario de Regoyos ; un Retour de pGche et un Amaiketako
en Ondarroa, de Ugarte; un Alcalde de village, de Zuolaga;
Caserio Errotaberry, de Gordon. Un peu plus loin, une bonne
copie du beau vitrail du palais de la Deputation, k Saint-Sebas-
tien : Alphonse VIII de Castille juraut sous l'arbre de Guernica
de respecter les Jueros. Dans le fond, un beau portrait de la reine
de Serbie, de M me Coeffier.
A droite de cette grande salle est le salon qua bon droit Ton peut
appeler le salon merveilleux : e'est celui oil brillent les six tableaux
de Bonnat, qui disent eloquemment les phases de ce souple et
vigoureux talent. Notre Darracq fait de chic, vivant, et qui semble
le disputer au portrait de Mtztere pour Tintensitedu relief. Entre
deux le portrait encore inachev^ de Rose Caron, si vivant, lui
aussi, mais ou domine la note tragique ; e'est ^videmment l'instant
on, sur la terrasse du temple, Salammbd evoque au troisieme acte
Tanit, la douce lune. Entre les portraits de M™ de Olazabal et de
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j6 COMPTE RENDU DES F&TE8
M** Camille Molini4, on disputera longtemps pour savoir auquel
donner la palme : quelle vigueur, quelle intensity de vie, calme,
sereine et forte dans le premier, mais dans le second, que de dou-
ceur exquise ! Entre ces deux tableaux, VAigle liant un More,
fantaisie du grand artiste.
Queiques autres toiles en ce salon ne p&lissent pas trop a c6t6
de ces chefs-d'oeuvre : un Portrait de M. Olazabal, — Oh sommes-
nous ? — Jeu de pelote de Hernani, de M. Arcos, un artiste cons-
ciencieux et bien personnel ; le Portrait de M mt de Urquijo* de
Bernoville ; un Portrait de M mt A'..., de Paul Gomes, etc.
En l'autre salle brillent queiques tableaux de nos je lines artistes
bayonnais : le Martyre de saint L4on, de Georges Berg&s, d'une
composition et surtout d'une couleur bien originates ; la Naissance
de Pe'gase, de Denis Etcheverry, trfes classique et correct de dessin,
un peu sombre de couleur; une Vieille Basquaise, d£licieux por-
trait de M ,,e Marie Garay; trois bons portraits de M. Bordes :
M mt Bordes. le Docteur Rectus, M. d'Arthez; deux perles de
M. Jolliet, le directeur de T6cole de dessin et de peinture de
Bayonne : Jeu de quilles et Mendiants; le Portrait de M me de
Ribera, par de Ribera; queiques Vues de Biarritz, de Nozal;
queiques paysages, la Nive a Bidarrqy, de Bourrousse ; la Fon-
taine de Saint-Lton, a Bayonne, et une Vieille maison de
Ciboure, deux bonnes aquarelles de M Uo Louise Garay.
Enfin, car nous n'avons pas la pretention d'gtre complet en cette
Enumeration, ca et la sont appendues de belles et fines aquarelles
d'Achille Zo (rue, passage dEspagne), quatre jolis portraits au
crayon de Pascau (encore un Bayonnais) ; le Vieux Trinquet de
Saint- Jean-de-Luz, de Saint-Germier ; des Vues de la cdte, de
Soulange-Bodin, de belles sepias de M. Arcos donnant toute une
s6rie de pelotaris (Partie perdue, AprH un fort quinze, Repos);
queiques vues de Biarritz, de Nozal (le Phare, la Roche Perce'e, le
Port des Picheurs), etc.
*
* *
Le 1 5 septembre, TEx position fermait impitoyablement ses
portes et, a cette heure, tableaux, objets d'art, manuscrits rares,
plans et gravures, tables et faiences, bahuts et tapisseries, ont
repris le chemin de leurs heureux proprtetaires.
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DE LA TRADITION BASQUE 77
Mais de tout cet ensemble le souvenir vivra longtemps dans le
pays, et ces fetes, cette belle Exposition, nous auront appris a
mieux connaltre et aimer d'un plus intelligent amour notre cher
Pays Basque.
Charles Bernadou.
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Laureate des Fetes de la Tradition Basque k Saint-Jean-de-Lnz
AOUT 1897
i° POESIES fiCRITES
Felipe Gasal y Oteguy, de Saint-Sebastien :
Oure ama maitia, sujet impose, i er prix : ioo fr.
Harrazpi (M. Tabb6 Becas, cure de Bidart) :
Santsin, non impose, a* prix : 5o fr.
Juan Pedro Otano, de Saint-Sebastien : [ ex (B( l UD
Limosnacho bat, non impose, a prix : 5o fr.
A. Pheza (M* r Diuarrassary, cure d'Osses) :
Menderen Mendetan (cantique en l'honneur de saint Jean-Baptiste),
paroles et urn si que. Prix : 5o fr.
a IMPROVISATEURS
^ubiat Iribarxe, de Behorteguy, i er prix : 60 francs.
Duhaldebehere, de Sare, a e prix : 3o fr.
Erguy, de Mendive, 3* prix : ao prix.
Larramendy, de Lecumberry, 4 e prix : i5 fr.
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* r: -
LES FETES DE LA TRADITION BASQUE 79
3° PARTIES DE PELOTE
AU REBOT
Prix de 200 fr. partage* entre :
Juan-Jos£ Gorosteguy, dlt Yrun, 100 fr.
Jean-Pierre Larre, dit Ciki, 5o fr.
Embhl, 5o fr.
blaid au chistera
Gastellumendy, Eloy, line ceinture de soie.
BLAID A MAIN NUE
Dabjuchon, de Hasparren, un makila.
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Ciboure, en face Ssdnt-Jean-de-Lux
POESIES COURONNtiES
GURE AHA MAITIA NOTRE H£RE BIEN-AIMfiE
par Felipe Cabal y Otbguy, de Saint-Stbastien
I
Mandubak duen Choko
Garbichuenian,
Ama bat triste dago
Laguntz biarrian;
Semiari ojuka
Bihotz barrunian
Asko sentidubela
Ezin egonian.
Dans le plus gracieux coin du monde,
une mere dlpourvue de tout aide fait
appel a son fils du fond de son coeur
desol6 ; elle s'ecrie dans sa douleur amere
qu'elle n'en peut plus, de tout oe qu'elle
Sprouve.
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Google J
"*?'
LES FETES DB LA TRADITION BASQUE
81
Aide gehienetatik
Baditu etsaiak,
At charra sartu nazan
Dabiltza guztiyak;
Berak aspaldichuan
Dauzka igarriyak
Zein diran oituru zar
Onan galgarriak.
De loos cotes l'ennemi l'environne :
c'est une vermine qui a penltre ni£me
dans son sein od elle ne cesse de s'agi-
ter, et od une soif cruelie la devore,
cherchant a y epuiser les restes de nos
vieilles coutumes.
Leoago pakeakin
Aberastasnna
Zuben, Ama guriak
Eta ontasnna ;
Orain nailiotcke
Hendu osasuna,
Banan! ez; baldin bada
Odol euskalduna.
Autrefois dans la paix notre mere jouis-
sait de grandes richesses et de vastes
terres. L'on voudrait aujourd'hui lui en-
lever aussi la vie. Mais non ! tant que
le sang basque coulera dans nos veines,
leurs efforts seront vains.
Bai othe da maithatzen
Ez duben semerik,
Euskal erriyan jayo
Eta azi danik;
Etzait iruditutzen
Ain seme gaistorik
Ama gore maitiak
Izango duenik.
Pourrait-il se trouver un enfant sans
amour, parmi ceux qui sont nes et nour-
ris en terre euskarienne? Non, notre
bien-aimee mere ne saurait avoir de flls
au coeur si dtfr.
Munduban ez da inon
Ederragorikan,
Ez ere nere ustez
Berdintzekorikan ;
Izana gatik zarra
Sustraietatikan,
Gaztia arkitzen da,
Lore emanikan.
II n'est nulle part un pays comparable
en beaut£ a mon pays. A mes yeux
il ressemble & un vieux chene qui,
presque deracine, raj e unit et reverdit
toujours.
6
Lore ori biegu
Guztiyak jorraitu,
Eta maitasunakin
Utzi gabi zaitu ;
Ama lotzaturikan
Ez dedin arkitu,
Ez bere semerikan
Atzian gelditu.
6
Entourons de nos soins ces rejetons
fleurissants : gardons avec amour ce
iresor precieux. Gardons bien notre
mere contre tout effroi, et qu'aucun de
ses ills ne se lie a l'etranger.
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GOMPTB RENDU DBS PETES
ten
eez
»tuak,
ak
\n dauzka
oak.
Geux qui, restes ici, lui furent secou-
rables Itaient vraiment des coeurs vail-
lants. lis n'eurent de l'ennemi aucune
peur honteuse; et maintenant Dieu lea
a dans son paradis.
8
mdo
zen
laaik
irtzen;
teren
8
lis farent tons vaillants 4 delendre
lean tors eontre des ennemis venus
pour les d&ruire. Volontiers ils repan-
direnl leur sang pour empeeher leurs
coutumes de tomber a terre.
k
i.
inak
ra,
igu
era;
Ti
tiyak
a.
Si de la sorte nous nous concertons
ensemble, notre mere l'Eskuara vivra
toojours. Nous n'avons ete jusqu'iei
on objet de frayeur pour personne :
allons done to us embrasser noire mere
cherie.
io
rean
ra
mak
Apres l'avoir embrasse>, tenons ferine
dans notre fidelity, pour qu'aucune de
nos coutumes ne soit abolie. Si nous
nous montrons de vaillance pareille,
notre mere ne pourra point se plaindre
que nous ayons failli.
ii
ta
k
r
k;
ure
a
k.
ii
Pleins d'amour pour notre bereeau,
nous devons vivre en paix dans notre
douce union. Notre mere Eskuara, con-
served parmi nous, vivra gloriense a
jamais.
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DE LA TRADITION BASQUE
83
Guaden bada aurrera
Nere anai onak,
Arturikan bfde on
Batetikan danak;
Aurrckuan odola
Hutzatzen degunak,
Ezan ill arterano
Gere Euakaidiina.
Rassemblons-nous done, 6 frer
aiines, et marchons tous ensemb
la voie bonne et droiie. Nous q
nos fronts montrons encore di
parlons jusqu'a la mort notre
enskarienne.
II
SANTSIN SANTSIN
par Harrazpi (M. L'abbe Bbcas)
AIRBA
3IJ g J'J'I JjJ ^RJg e ^^p
3=
Jakin tunen a- ra-be-ra Norcberae du be-re-a, etc.
Igande ilhuntze batez,
Btehe aide zohala
Brroz gora erori zen
Santsin zabal-zabala
Izarrac nihon ez ditu
Ikhusi ban bezala,
Ilhargia ferekatuz,
Gan zen gan berehala.
Un dimanche soir, Santsin, r
dans sa demeure, tomba de to
long. Jamais il ne vit autant d
que ce soir-la. II se releva poui
poursuivit sa route, tout en ca
sa lune.
Etchera'ta andreari
Erraten omen dio :
« Erori ko hunek ez din
« Samurtzea balio!
« Erran, no, Santsinen gattza
« Noiz gosta zain kario ?
« Beti badin, ostatuan,
« Merke botikario ! »
A peine est-il rentre chez lui, <
dressant a sa femme : a II ne vau
peine que tu te Caches pour cette
Voyons, quand est-ce que la mal
ton Santsin t'a coute cher? L's
est toujours pour lui une pham
bon raarche. »
Goiz aldera, ez errechki
Jeiki zen bada Santsin,
Ziolarik lagunari :
« Atch! hementehe dinat mini »
Hunek aldiz : « Sendatzeko
« Hauche behar due egin :
« Enekin bezein maiz hadi
« Samur botoilarekin. »
Vers le matin, Santsin se lev<
mais non sans peine, tout en d
sa compagne : « Atch ! e'est d'ici
son Are. » Sa compagne de lui rep
« Voici pour toi le bon moyen de
o'est de te facher avec la bouteill
sou vent qu'avec moi. »
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GOMPTE RENDU DBS FETES
egonen hiza
ski, ergela!
sen senhar gozoric,
idakin ez dela,
debru hunek zatan
ten ur ephela ;
aise uzten dan
sean igela. »
« Vas-tu done te taire, imbecile de
femme ! Tu sais qu'il n'y a pas de mari
aussi bonasse que moi. (Test cette dia-
blesse de hanche qui me reclame de l'eau
tiede. Toi aussi, tu laisses, sans peine,
l'eau froide pour les grenouilles. »
faizoaren ganat
en barbera,
han nonbeitic,
at athera.
egin zioten
sobera,
itsin gelditu sen
Santsin bera.
6
lunen idurico,
en bazterretan !
gar, eskatima,
rratsetan !
nic dagoena
itatuetan,
in izanen da
pu tzarretan.
Le medecin vint (aire one visite au
pauvre Santsin, et d'un certain endroit
lui arracha one epine. Je ne sais pas s'il
fut par trop rudoy£ ; to u jours est-il qu'il
demeura le Santsin d'autrefois.
6
Gombien de gens, ici et la, qui ressem-
blent a mon Santsin ! Que de pleurs, que
de disputes, les dimanches soirs ! Qui-
conque s'habitue, dea son jeune age, a
s'attarder dans les auberges, sera sou-
vent, sur ses vieux ans, convert de hail-
Ions.
in
OSNAGHO BAT UNE AUMONE
(pakba) (la paix)
par Juan Pbdro Otano, de SainUSebastien
ishkor bat itsu-aorreko.
damenian,
rusoll bizar zuribat
uren ganian,
nan ikusinuben
i joanian
[>n zan jakin nayian
nintzanian...
ho bat eskatu ziran
m izenian.
Un aveugle, t£te chauve, a barbe blan-
che, s'en allait sppuy6 sur deux be-
quilles, conduit par un garcon robuste,
quand je le vis au coin de la rue. Las
et fatigue, il n'en pouvait plus. Je me
retournai, voulant savoir qui il 6tait.
II me demanda l'aumone au nom de
Dieu.
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^r^
DE LA TRADITION BASQUE
85
Zerbait emanaz galdetu niyon
Alzan modu one nian,
Jayotzatikan alzeukan ala
Gaitzak ariuba mendian ;
Erautzun ziran; ez semia, ez
Nik sasoya nubenian,
Ez nuben uste irichitzerik
Onetara azkenian...
Gaur limosna bat eskatutzen det
Jaiukoaren izenian.
Tout en lui donnant mon aumone, je
loi demandai bien poliment si e'eiait
dds sa naissance que le mal l'avait ainsi
aaisi a la montagne. II me r6i>ondit :
Non, mon ills, non. Quand j'etais dans
la belle saison, j'6tais loin de penser
qu'enftn j'en viendrais a ceci; et voila
qu'aujourd'hui je demande l'aumone au
nom de Dieu.
Eta segitu zuben esanaz :
— Lengo gerrate denian,
Ni aurren shamar ibilltzennintzan
Beti edo geyenian ;
Nekatu gabe, aisa igoaz
Aldapik luzienian;
Etzan burura asko etortzen
Gu ala gebiltzanian
Gero limosna eskatutzerik
Bt il poursuivit en disant : Pendant
toute la guerre d'autrefois, je m'en allais
le plus souvent a l'aventure, et sans
fatigue avec grande aisance je gravissais
les plus longues cotes. II ne me venait
gu&re a la tete, alors que nous allions
ainsi, que je devais un jour demander
l'aumone au nom de Dieu.
Odolak bero eta burua
Arrua daguenian
Edozein moduz sartutzen da bat
Alako iisumemian;
Atsekabeta negar saminak
Badatoz ondorenian
Nolaerebait batek biziya
Utzitzen ez dubenian...
Limosnacho bat eskatubear
Jainkuaren izenian.
Ayant le sang chaud at la tete ardente,
quand l'age est a l'avenant, n'importe
qui, n'importe comment entre en pareil
aveuglement. Mais viennent ensuite les
malheurs et les larmes ameres ; et quand
par quelque chance on n'en a pas encore
flni avec la vie, il faut alors demander
l'aum6ne au nom de Dieu.
Ynoiz pentsatzen nere artian
Ni jarritzen naizenian
Gaur ere asko diraia joango
Lirakenak zuzenian
Ezluke inork sinistatuko
Zer pena ematen diran
1 Ai 1 orla nintzan ni ere sano
Tagazte nenguenlan...
Gaur limosna bat eskatutzen der
Jainkuaren izenian.
6
I Ai ! ehorakeri asko egiten
Da zentzurik ez danian ;
Sinista zazu ur au pasia
Quand parfois je me mets a reflechir en
moi-meme, que d'autres aussi s'egarent
qui pourraient suivre la voie droite ! Nul
ne croirait combien ils me font de la
peine. Ah ! j'etais comme eux aussi
quand j'etais jeune et bien portant, ct
aujourd'hui je demande raumone au
nom de Dieu.
6
H61as! on fait bien des folies quand
on n'a pas de bon sens. Groyez a la pa-
role de celui qui a passe par les eaux
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COMPTE RENDU DBS FETES
l; de l'epreuve. II vaut bien mieux, pen-
inarte dant que la saison dure encore, s'appli-
quer au travail, sans s'en aller en pleu-
jabe rant, alors qu'il n'er.t plus temps, ne
an... pouvant pas auiasser une aum6ne au
lu eziiiik nom de Dieu.
IV
ika I Cantiqne
tchtarta ohoretan | en rhonneur da saint Jaan-Baptiata
par A. Pheza (M r Diharrassary)
i amodio,
i laudorio,
ari
chtari
chtari.
REFRAIN
Amour daus les siecles des siecles,
louange dans les siecles des siecles au
lidele temoin de Jesus, a saint Jean-
Baptiste.
COUPLETS
iitatua, Elu par Dieu de toute eternite, an-
hatua, nonce depuis longtemps par les pro
ihanperat phetes, il se retire, des sa premiere jeu-
izitzerrat. nesse, au milieu des bois, pour y vivre
dans la solitude.
maritzat, 11 a pour nourriture du miel et des
itzat, sauterelles, pour boisson Peau du rocher,
kotzat, pour vetements des peaux de betes fe-
orentzat. roces. Oh ! quel modele pour tous 1
^iturik, Eclaire par une revelation divine, il
idurik, apprend la veoue de Jesus ; il voit l'A-
ikusirik, gneau du Seigneur et s'ecrie avec alle-
m, dio bozik. gresse : « Le voila! le voila 1 »
katzen, II preche la penitence : « Personne ne
r sartzen, pent entrer au oiel, s'il n'a fait la guerre
mturik a ses passions, s'il n'a veou dans la,
iziz baiaik. lutte, dans la peine. »
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DE LA TRADITION BASQUE 87
Eta gu, urguilaz hampatuak, Et nous, enfles par 1'orgueil, reculant
Bizitze arruntak lotsatuak, devant une vie simple, indifferent* dans
Jainkozko bidetan lazatuak, les voies de Dieu, nous avons soif de
Atzeginez gare gosetnak 1 plaisirs !
6 6
Nor da jarraikitzen zozenari ? Qui s'attache a la justice? Surtout, qui
Guziz nor jazartzen makhurarri? s'attaque a l'injustice? Qui, a l'exemple
Nork, nola Joanik Herodesi, de Jean devant Herpde, s'ecrie : « Ceci
Oihu egiten du : Hori gaizki 1 est mal 1 »
Herodesek preso du altchatzen ; Herode le met en prison. Toutefois, le
Saindua halere ez ichiltzen, Saint ne se tait pas; on le d6eapite, et
Burua diote ebakitzen, de son sang il seelle sa parole.
Odolaz du hitza zigilatzen.
8 8
Ochala Joanik lagundurik, Plaise a Dieu que, aides par Jean et
Haren urhatseri jarraikirik, nous attachant a ses pas, nous puissions,
Gu ere, non nahi eta bethi, nous aussi, partout et to uj ours, demeu-
Leial baginaude Egiari ! rer fideles a la verite !
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FllTES
TRADITION AU PAYS BASQUE
COMTTfi D'ORGANISATION
La Municipality db Saint-Jban-db-Luz;
Lb Consbil Municipal ;
MM. Bonnat, membre de llnstitut, vice-president de la Soci^le d'Ethnogra-
phie nationale;
Gh. Bordbs, compositeur de musique, commissaire dengue de la
Society d'Ethnographie nationale pres le Comite basque, membre du
comity de ladite Society ;
David, maire dlSspelette ;
6 mile Ducourau, president de la Soci£te Bearnaise et Basquaise de
Paris ;
Albert Dutby-Harispb, a Lacarre ;
Louis Etchbvbrry, ancien depute des Basses-Pyrenees, a Saint-Jean-le-
Vieux;
J. db Jaurqain, publiciste, a Mauleon;
H. db Larraldb-Diustbouy, conseiller general, maire d'Urrugne ;
G. Lbrbmbourb, conseiller general, maire de Sare ;
Tirzo db Olazabal, senate ur de Guipuzcoa ;
Gh. Petit, conseiller a la Gour de cassation ;
A. db Portal, a Mauleon;
J.-D.-J. Sallabbrry, conseiller d'arrondissement, a Mauleon;
A. db Souhy, conseiller general, maire de Mauleon;
Frbdrric db Saint-Jaymb, conseiller general, a Saint-Palais:
Arturo Campion, a Pampelune ;
Henri Aguirrb, alcalde de Valcarlos ;
Gh. Diriart, a Saint-Palais.
MM. Ahbtz-Btchbbbr, conservateur de l'Exposition
Duhart et Pochblou, secretaires ;
Poublan, tresorier.
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*oU
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---• jr-.T.'-T
LA TRADITION AU PAYS BASQUE
DEUXltME PARTIE
GONGRES
TRAVAUX ET COMMUNICATIONS
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LA RAGE BASQUE
lmJDE ANTHROPOLOGIQUE
PAR
LE D' R. COLLIGNON
M&tecin major d VlZcole supirieure de guerre
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^WT,
LA RAGE BASQUE
fiTUDE ANTHROPOLOGIQU
PAR
LED* R.COLLI6N0N'
Medecin major d fficole supirieure de guerre
On sait k quelles divergences de vues sont arrives t<
qui se sont adonne*s k l'6tude du peuple euskuarien ou
Qu'il s'agisse de ses coutumes, de sa langue, de son type j
mftne, on se heurte k des opinions inconciliables. Quant 2
gines, Ies t6nebres les plus 6paisses les couvrent, et ce peu]
doxal, \ivant debris de temps que Thistoire n'a pas enr
pose, comrae l'antique sphinx, son Iternelle £nigme aux hi*
aux Iinguistes et aux ethnographes, sans que ni les un
autres aient su, jusqu'ici, la re*soudre dune facon m&me j
mative.
Nous abordons, k notre tour, ce probleme en anthropoh
nous pensons 6tre autorise* k croire que, comme tel, nous
la v^rite" de plus pr&s que nos devanciers. Le type phyi
i. Les pages qui vont saivre ne sont qu'un resume succinct d'lin ti
paraltra in extenso dans les Me mo Ires de la SociSte d'Anthrop
Paris, Le leoteur nous pardonnera done si nous les altegeons de
chiffres qui constituent nos « pieces a 1'appui » et si nous le re
pour la justification des idees que nous a lions exposer, au
complet.
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"¥T7^
96 LA RAGE BASQUE
Basque se trouve, pensons-nous, d6finitivement fixe\ et les rappro-
chements qui d£coulent de cette de*couverte nous indiquent, sinon
les origines de la race, du moins ses relations ethnog£n6tiques, ce
qui limite le champ des recherches dans cet ordre d'id6es.
Effectu6 en 1893, au cours des operations du conseil de revision
des Basses-Pyr£n6es, notre travail porte : pour la France, sur I'en-
semble du contingent, c'est-a-dire sur tous l6s jeunes gens de 20 a
ai ans, n6s en Pays Basque ; pour l'Espagne (et seulement a titre
de contr61e), sur l'examen des hommes d'un regiment espagnol du
Ouipuzcoa; et enfin accessoirement sur tout le contingent annuel
des d£partements francais accoles au Pays Basque, Landes, Basses
et Hautes-Pyr£n6es ; ce qui nous a permis de comparer aux Bas-
ques leurs proches voisins, Bearnais, Gascons, etc., etc., et mfime,
grace a nos recherches ant6rieures, les populations plus eloigners,
comprises en bloc dans un vaste segment allant de La Rochelle a la
Bidassoa et aux Pyr6n6es d'une part, de rOcean a TAuvergne et
au Languedoc, de l'autre.
Nous ne pouvons entrer dans le detail des mesures relev6es, aussi
nous bornerons-nous a rSsumer, dans un tableau comparatif, les
principales moyennes obtenues en France et en Espagne, ren-
voyant, pour les details et pour la discussion des resultats, a notre
travail in exten&o.
Le simple vu de ces chiffres accuse, entre les deux series, de
notables dissemblances en ce qui concerne la conformation cra-
nienne. Les Basques de France sont brachyc6phales, ceux d'Espagne
doiichoc£phales ; en revanche, eile les r£unit en ce qui concerne les
caracteres de la face, en tendant au contraire a les 6carter des autres
populations deja 6tudi6es de l'Europe, et notamment de toutes celles
qui les entourent en France, soitau nord, dans les regions dolicho-
cephales de Dax ou tr&s brachyc6phales de Saint-Sever, soit a Test
dans les basses valines des Pyr6n£es, ou dans le Beam proprement
dit.
En deux mots, pris en bloc, les Basques different de tous leurs
voisins par des caracteres commons, et en outre leurs deux frac-
tions principales different entre elles.
Ce ph6nomene, signals par tous les pr£c£dents observateurs,
prouve-t-il l'antique duality de race d'une population tres ancienne,
dont les deux fractions survivantes n'auraient de commun que la
langue et dont les caracteres similaires s'expliqueraient, comme le
pensait Broca, par leur 6gale antiquity ? ou bien ne serait-il qu'un
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ETUDE ANTHROPOLOGIQUE gj
accident du aux croisements subis par les uns ou par les autres?
En ce cas ou chercher le veritable type basque, en Espagne ou
en France, chez les dolichocephales ou chez les brachycephales?
Question epineuse et que, apres mure reflexion, nous n'heaitons
pas k trancher en faveur des Basques francais.
L'anthropologiste qui, venant du B6arn ou des Landes, p£netre
dans les cantons basques, et qui snrtout a la bonne fortune d'avoir
pu, com me nous, examiner des deux c6t£s de la frontiere Unguis-
tique les individus qu'il voulait £tudier dans le costume primitif
exig£ pour le passage devant le conseil de revision, est imme*diate-
ment frappe du changement radical qu'il observe. On a maintes
fois fait remarquer combien pour les coutuines, pour les jeux, pour
le costume m^me, la transition est brusque entre les Basques et
leurs voisins. Non seulement d'un village k l'autre, mais menie
dune maison k la voisine. dans les hameaux de la frontiere ou il y
a eu Emigration r^ciproque, on observe avec surprise une -diffe-
rence du tout au tout, suivant que les habitants sont Basques ou
non.
(Test la meme impression que j'ai ressentie des qu'en seance du
conseil je me suis trouve* en presence du contingent basque, et
celle-ci n'a fait que se fortifier au fur et k mesure que, poursuivant
sa route de chef-lieu de canton en chef-lieu de canton, l'itin£raire
du conseil de revision me mettait en presence de toutes les frac-
tions de notre population euskuarienne. Un type d'hommes nou-
veau, profondement different non seulement de tous ceux que dans
les m&mes conditions j'avais observes en France, mais aussi de
tous ceux que j'avais etudi^s dans l'Afrique du Nord, se rEvelait
a mes yeux.
Ce type, en le degageant soigneusement de ce que des melanges
s£culaires ont pu y introduire d'elements adventices bien connus,
comme aussi des immigr£s, fils de fonctionnaires ou autres,
compris dans le contingent pris en bloc, peut se caracteriser de la
sorte :
Pour le corps. — Taille 61ev6e, de beaucoup supe>ieure k la
moyenne francaise dans les populations globales de m^me &ge.
Thorax tronconique allonge\ large aux epaules, qui affectent le type
carre des statues Egyptiennes ; tres d£veloppe dans son perimetre,
qui, a taille 6gale, est de plusieurs centimetres plus long qne celui
de n'importe quelle autre race de France. Bassin droit et r£tr6ci,
toujours comme les anciens figyptiens et comme la plupart des
7
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LA MAOB BASQUB
+
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^wtt- «^X ■
ETUDE ANTHROPOLOG1QUE 99
Berberes. Courbures rachidiennes tres accentuees, tres flexibles et
donnant a la demarche une grace toute particukere. Jarabes greies,
mallets pea saillants. Membres superieurs, greies egalenient.
Pour la tite. — Tete tres allongee dans le sens vertical ant6ro-
posterieur. Crane sous4>rachycephale par son indice cephalique,
qui attaint 83,oa (sur le vivant), mais long d'avant en arriere en
chiffres absolus r prodigieusement gonfle au-dessus des tempes, pre-
cisement an niveau du point ou se prend le diametre transversal
maximum, caractere absolument propre a cette race et qui permet
de considerer sa brachycephalie eomme factice et accidentelle*. Le
cr4ne eat en outre haul dans son diametre vertical.
La face est tres allongee, tres Itroite et affecte la forme d'un
triangle renvers£ ; le front, 6troit a sa partie inferieure, est haut et
droit. Les arcades zygoinatiques minces et e0ac6es lui succedent
sans elargir sensiblement la figure, qui ensuite se r£trecit brusque-
ment pour aboatir a un menton prodigieusement pointu et a une
machoire inferieure dont les angles post6rieurs se retr£cissent con-
centriquement. Sur le squelette on se rend compte des causes ana-
tomiques auxquelles se lie cet aspect, en remarquant la gracilis
extraordinaire des maxillaires superieurs, qui semblent comme etre
eomprimes en ions sens et renfonces sous la voute cranienne, fait
observe deja par Broca lorsqu'il remarquait que les arcades den-
laires tendaienrt a se rejoindre en arriere chez certains sujets et
$ue, bien loin d'etre prognathes, quelques-uns d'entre eux etaient
apisthognates.
De profil le front est elev6 , droit, la glabelle efTacee, la racine du
aez assez enfoncee; celui-ci est en general busque, long et leptor-
thinien, le bas de la figure allonge. Enfin les cheveux sont bruns,
I6gerement ondules, et les yeux, tout en se rangeant dans la categorie
des fonces, seraient a plus Juste tit re classables dans une categorie
interm&liaire entre les yeux bruus ve>itables et les yeux dits de
teinte moyenne; ils sont aux yeux reellement fonces ce que les
cheveux dits bruns sont aux cheveux noirs. De la barbe je ne sau-
rais parler, tous sont rases.
1. Ce sont, a mon avis, de faux brachycephales. Ii existe des races
doticheeephalea diles occipitalis ou frontales, suivant que leur crane s'elargit
en arriere ou en avant (Cro-Magnon d'une part, Hallstadt de I'autre). Les
Basques avec leur long crane sont des dolichocephales temporaux ; le ren.
dement* anortnal de leur tete, juste a sa partie mediane, leur donne un
indiee tvompear.
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lOO
LA RAGE BASQUE
Dans cet ensemble, les deux particularity frappantes et r^elle-
ment caracteristiques sont le renflement du crane au niveau des
tempes et le prodigieux r6tr6cissement de la face vers le mentoo.
La race qui les pr£sente n'a pu les tenir d'aucane autre race
connue ; ce sont done la de ve>itables caracteres ethniques, secon-
daires peut-Stre dans une classification g6n£rale des vari6t£s
humaines, mais strictement distinctifs pour celle dont il s'agit.
Ainsi d£termin£e, la veritable race basque est absolument facile a
reconnaltre. Grace a un pointage particulier, j'ai pu rechercher la
. proportion num&rique en laquelle elle se presentait dans le d6par-
tement entier des Basses-Pyr£n6es et dresstr le tableau ci-dessous.
Nombre des sujets pr6sentant le type basque
daxis les Basses-Pyr6n6es :
NOMBRE
TOTAL
8UJBT8 PBBSBNTAMT
LB TTPB BASQUB
DK
DBS
CANTONS
BXAM1NES
Nombre
total
Proportion
p. iOO
9
Cantons basques de langne et de race . .
73a
3oa
4i,a
9
Cantons basques de langue, mais de race
tres croisee
188
839
35
55
18,6
6,5
Cantons frontieres du Pays Basque . . .
ao
Cantons bearnais purs
aoo8
19
0,8
Canton d"Hasparen (maximum)
88
49
55,7
ii
Cantons du Beam ou il n'existe pas . . .
992
11 en ressort : i° qu'au coeur du Pays Basque, Ik oti les limites
arbitraires des cantons n'englobent pas des communes basques
avec des communes b£arnaises ou gasconnes, ce type de race par-
ticulier se rencontre dans toute sa pureti sur plus de 4 1 pour 100
de la population et ne laisse pas que dim primer un cachet special
au reste de celle-ci, compost de ses m£tis ; 2 que quelques Basques
se retrouvent dans les cantons frontieres, traverses du reste tres
capricieusement par la limite de separation des deux langues ; et
3° qu'enfm en dehors de celle-ci cette race n'existe plus. Les 19 jeunes
gens pr6sentant le type basque qui out 6t£ remarques au milieu
des 2008 conscrits du B£arn sont en eflet tous, ou r6cemment e*mi-
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ETUDE ANTHROPOLOGIQtJE IOI
gr£s dans des villes comme Orthez, Pan on Nay, on fils d'£migr£s
(carte II).
Une seule exception se rencontre. Hors de la frontiere linguistique
existe, & Test du Pays Basque, nn canton oix Ton rencontre 22,4 pour
100 de sujets du type basque : c'est le canton <T Aramitz. Mais ce nom
seul, profond6ment euskuarien, prouve qu'il s'agit d'un recul de la
langue, ph6nomene qui s'explique de lui-m£me par la situation
topographique de cette vallee, s6par6e par la montagne des cantons
basques de la Soule et qui n'a de communication possible qu'avec
Oloron et ses environs, c'est-k-dire avec le Pays B6arnais. L' excep-
tion ne fait done que confirmer la regie (carte I).
Ajoutons que pour faire contre-6preuve, chaque fois qu'en mesu-
rant les hommes des regiments de la region, regiments od le
recrutement regional verse naturellement de nombreux Basques,
chaque fois, dis-je, que j'ai remarqu6 un sujet pr6sentant. ce type,
je n'ai pas manque* de lui dire : « N'&tes-vous pas Basque ? » et
jamais je n'ai recu de reponse contraire ; tons 6taient Basques, ou
issus de parents basques. En Espagne, ou le type est bien moins
net, MM. les officiers qui voulaient bien me faire rhonneur de me
guider dans mon examen me disaient, aux premiers sujets que je
mesurais : « Geux-ci n'ont pas le type basque, ce sont des citadins,
ou des gens de plaine. » Mais des qu'un sujet du type que j'ai d6crit
pr6c£demment vint k se presenter, ils le signalerent unanimement
comme r6ellement Basque. Or, enfants eux-m&mes des provinces
vascongades, ils en connaissaient bien la veritable race, et ce fut
pour moi un pr6cieux moyen de contrdle que ce t£moignage impar-
tial qu'ils me donnaient.
Toutefois, il est incontestable que ce type, que d'un commun
accord nous conside>ons comme r£ellement basque, est relative-
ment rare en Espagne.
Le reste de la population, du moins dans le Guipuzcoa (car je
n'ai pu observer que bien peu de sujets de Biscaye, d'Alava ou de
Haute-Navarre), se compose d'un melange complexc d'616ments
helerogenes. Ce que j'appellerais volontiers l'Espagnol moyen, e'est-
k-dire ce type qui domine dans l'Espagne du centre et dans la valine
de Fi5bre (celui du midi est en effet un pur Berbere), en forme la
majeure partie. Son influence se fait sentir sur la taille, qu'il a
abaissee, sur le crflne, qu'il a rendu nettement dolichoclphale dans
les moyennes, sur l'indice nasal, dont il a, par le r£tr6cissement de
la largeur, accru la leptorrhinie . En outre, quelques sujets rappellent
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ioa
LA RAGE BASQUE
Carte I. — Le Pays Basque trancaia et lea regions environnantea.
Carte II. — Re'partition^de la race basque dans le d^partement des Basses-Pyre'ndes.
Cliches communiques par la revue V Anthropologic,
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BTUBE ▲OTHROPOLOGIQUE Io3
francaea&ent le type du vieillard de Cro-Magnon, d autree plus rares
dee types sporadiques tres particuliers, certainement anciens et
{aibletnent representes dee deux ctoes dee Pyrenees taut ea Pays
Basque que dans lee valines bearnaiees, gasconnes on hmguedo-
ciennes.
Ea sowme, par uu phenoiu&ae assez paradoxal, il ee trouve que
le type ethnique euskuariea est infiniment plus rare et moins net
en Eepagne, daus sou pays d'origine, qu'en France. Nous l'expli-
querons d , aiUeurs facilement dans un instant. Bornons-nous pour
le moment a poser oe fait preponderant, c'est que, s'il n'y avait,
dans le6 provinces vaacongades d'Espagne, une certaine proportion
du sang de cette race si particulifere que nous avons decrite plus
haul, ses papulations ne diff&reraient en rien de ceUesqui les avoi-
sinent en ce pays.
En France, tout au contraire, la separation ethnique est aussi
nette et aussi tranches que la separation linguistique.
Les populations qui avoisinent l'tlot basque, minutieusement
etudi6es par nous, ne sauraient d'aucune mani£re Gtre considerees
coimne dee elements modificateurs ayant pu donner a celui-ci ses
caract&res si speciaux. En effet, voici lear repartition :
Au nord, les environs de Dax sont habites par une population
plutdt dolichocephale (ind. c£ph. 80 a 81) \ plus petite de taille,
dolichopside, moins hypsicephale, moins leptorrhinienne, et qui est
sinon autochtone du moins extr6mement ancienne en ce pays. En
effet, les cranes neolithiques de Sordes, trouv6s dans une caverne
du canton de Peyrehorade, situe a la limite m&me de notrs Basse-
Navarre, rappellent prodigieusement ceux des habitants actuels de
ce canton et des cantons du Dacquois. 11 y a Ik filiation evidente ;
nous avons en presence les lointains aleux et leurs petits-fils. Rien
ni chez les uns ni chez les autres ne rappelle mfime de loin nos
Basques. Ge m£me type de Sordes, attenuation lointaine du type
bien connu de Cro-Magnon, se retrouvera vers Test auprfes d'Oloron
ainsi que dans les valines pyreneennes comprises entre les sources
du Gave d'Oloron et celles de la Garonne ; nous le trouverons pro-
babiement plus loin encore dans les valines de TAri^ge et des
Pyrenees-Orientales, lorsqu'elles auront pu etre etudiees comme
les precedentes.
1. Ne pas oablier que ces chiffres visent une population en bloe, sans en
separer les immigres et sans reduction pour comparer l'indice a eelui du
erans.
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104 LA RAGE BASQUE
Les populations apparentees a cette race (si ancienoe dans cette
region qu'il n'est pas douteux que ce ne soit elle que visaient C6sar
et Strabon en s£parant les Aquitains des Gaulois proprement dits
[Celtes et Beiges] et en les rapprochant des Iberes) bordent de tous
c6t£s Tilot basque sans le p6n6trer. Plus excentriquement, elles
sont a leur tour press£es de toutes parts par une ligne continue de
cantons peupl6s par une race brachyc6phale que rien ne nous permet
de differencier des Auvergnats, des Savoyards et des autres repr£-
sentants de ce type que Broca appelait « celtique », parce qu'il pr£-
dominait dans Tancienne Celtique de C£sar et de l'^poque romaine.
Pas plus qu'a la pr£c6dente, nous ne pouvons lui trouver Tombre
d'une analogie avec nos Basques. Ceux-ci ne peuvent, h aucun
titre, dtre regarded comnie un croisement d'une population sem-
blable a ce que sont les Guipuzcoans et les Biscalens actuels avec
n'importe quelle race de France. II s'ensuit qu'il est plus legitime
d'admettre qu'une influence modificatrice a agi sur les Euskuariens
d'Espagne, en respectant ceux qui peuplaient le versant nord des
Pyr£n£es, puisqu'aucune race francaise n'a pu produire la r&ultante
actuelle et qu'au contraire, comme nous l'avons vu, les points par
lesquels les Basques different en Espagne de leurs freres de France
sont pr6cis£ment ceux par lesquels ils se rapprochent des Espagnols
pris en masse.
La raison de ce ph&iomene nous semble assez simple. II faut
d'abord, conform&nent al'ensemble des historiens et contrairement
a l'opinion de M. Blade, qui ne peut plus se soutenir en presence de
la duality de race des populations situees au nord et au sud de
TAdour sur un territoire qui, aux temps de Strabon et de Ptol6mee,
6tait certainement occupy par un seul peuple, les Tarbelli, il faut,
dis-je, admettre l'arriv^e r^cente en France des Basques on plutot
des Vascons. Qu'elle se soit produite ou non en 587, peu m'importe,
elle est en tout cas postdrieure h la chute de V Empire romain.
Lorsque celui-ci florissait, divers petits peuples iberes, cantonn6s
dans les monts Cantabres ou sur le versant sud des Pyr£n6es,
avaient, grace a une tenacite* dont leurs descendants donnent encore
rex em pie, conserve dans leurs montagnes une semi-ind£pendance,
attested par la persistance de Tidiome national : c'Gtaient les Var-
dules, les Caristes, les Autrigons et les Vascons. Ces derniers occu-
paient le cours supe>ieur de l'Ebre, c'est-a-dire sensiblement la
Navarre actuelle.
Les invasions barbares mirent i feu et a sang la Gaule, et les
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£tude anthropologique ioS
documents de Fepoque nous prouvent combien l'Aquitaine avait
6te* particulierement ravaged et d£peupl£e par eux. Les Wisigoths,
maltres des deux versants des Pyr6n£es pendant un certain temps,
se virent pen a pen retinites par les Francks pins barbares encore
qu'eux-m£mes et finalement completement repousses de l'ancienne
Aqnitaine. On pent supposer que vers cette Ipoque ils voulurent
expulser les Vascons de leur territoire, notamment des environs
de Pampelune, region riche et d'une haute importance strat£gique
pour eux. Geux-ci, vaincus a la suite de luttes dont l'histoire ne
nous a pas conserve le souvenir, reculerent vers la montagne et,
tronvant devant eux des plaines presque d6peuplees, les occupe-
rent, tres probablement en 58j, comme le laisse penser Gregoire
de Tours 1 .
Plus tard, lorsque les Sarrasins conquirent l'Espagne, ce fut
dans les valiees des Pyre'ne'es et de la chafne cantabre que se
recr£erent les petites unites espagnoles qui devaient plus tard les
expulser de la peninsule ; en tout cas, il y a eu forcement, ne*cessai-
rement m&me, des refoulements dans les montagnes. Des reprSsen-
tants de toutes les nations espagnoles s'y reTugierent isolement on
par petits gronpes, la chose est absolument certaine, parce qu'il
est impossible qu'elle n'ait pas 6te\ d'od melange fatal avec les
populations primitives et constitution de gronpes humains, mixtes
par la race, mais gardant, par le fait nieme des circonstances, la
langue du groupe predominant an moment des apports de sang
exotique. Pendant ce temps, les Vascons 6migr6s hors d'Espagne
en Aqnitaine n'6taient, si j'en excepte le passage de Farmed d' Abd-
er-Rhaman, inquires en rien par les Sarrasins; nominalement
soumis aux Francks, ils conservaient avec leur rlelle ind£pendance
la purete* de leur sang, en sorte qu'actuellement leur type physique
primitif a pu rester predominant dans le pays, alors qu'il s'att£-
nuait en Espagne, ou de nos jours il n'est plus represents presque
que par ses metis.
Cette hypothese rendrait compte aussi de la repartition actuelle
des Basques en France. Nouveaux venus dans un pays presque
desert, ils out facilement soit absorbs, soit expuls£ les rares Gallo-
i. On pourrait 6galement supposer que cette peuplade, fort barbare elle
aussi, aurait protit6 de la mise hors d'etat de resister des Aquitains cis-pyre-
neens par les invasions du cinquieme siecle et de leur quasi-destruction,
pour quitter ses steriles montagnes et pour occuper les regions relativement
riches et fertiles ou nous les retrouvons aujourd'huL
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1 06 LA RACE BASQUB
Romains, on piutot Aqtiitane-Roniains qui mfesiataient. Lear eta-
bligt>ement fat d6unUif, paroe qu'il s'agiasait* dun** veritable Emi-
gration avec fetuuies et eufuuts, mais a aucun titre il ne pent Hre
admis, sauf en ce qui coucerne le petit canton d'Aramits, qu'ils
aient a aucane £poque d£passe lea homes de leur territoire actual,
marque exactement de nos jours par la frontiere linguistiqnc.
A aucun degre\ il ne peat &tre acceptable en tout cas qu'ils
l'aient occupy ni avant ni pendant la pe>iode gallo-romaine. Les
Tarbelli allaient jusqu'aux Pyrenees, nous le savons; or, comme
nous constatons dans le temps une filiation de race ininterrompue.
entre les n£olithiques qui enterraient leurs morts surce territoire,
a Sordes, et les habitants actuels de la region de Dax, ancienne
capitale des Tarbelli, nous somnies autorise* a conclure que des
populations de mgme race s'etendaient jadis jusqu'a la montagne
dans les valiees basques actuelles, comme elles le font encore de
nos jours dans celles qui se trouvent a Test du pays euskuarien.
L'enclave actuelle est due a une pouss£e relativement r£eente et
-ayant marche du inidi au nord, le fait pent 6tre consider^ comme
acquis.
Nous pouvons aussi nous expliquer de la sorte un fait qui jadis
frappait deja Broca : la plus complete conservation de la langue et
des coutumes basques en France qu'en Espagne. Broca ne connais-
sait en rEalite* que le type guipuzcoan, car sa serie de cranes de
Saint-Jean-de-Luz n'est basque que de nom, et, surpris de trouver
en France une population dififcreute de celle qu'il avait observee k
Zaraus, il etait persuade que celle-ci etait la seule exacte repre-
sentation de la race eusknarienne ; aussi s'etonnait-il a juste titre
que, tandis que la langue et que les coutumes gardaient sur le ver-
sant nord des Pyrenees un caractere de puret£ plus grand que sur
le versant sud, le type de race y eut au contraire presque disparu.
Nos recherches prouvent que Broca, ne jugeant la population
basque francaise que d'apres des cranes provenant de la plus deplo-
rable locality qu'il fut possible de choisir a ce point de vue, d'une
vilie cosmopolite par excellence depuis plusieurssiecles, appliquait
k tort repression, exacte d'ailleurs, qu'il ressentait au reste du
pays, et qu'en reality, race, langue et coutumes sont plus pures et
mieux conserves en France qu'en Espagne, comme le d£montrent
nos observations, quelle que soit d'ailleurs l'hypothese qu'on
accepte pour les expliquer historiquement.
Quelle Etait enfin, si nous voujons rejnonter plus haut dans le
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B Mrw;
ETUDE ANTHROPOLOGIQUE IO7
temps, Torigine premiere de la race basque ? Assortment les Vas-
cons out 6\& compris par les Remains au uombre ties peuples iberes.
Mais ce terme 6tait large, aussi large que peuvent, en ce qui con-
cerne la race, 6tre actuellement ceux de Francais, d'Espagnols ou
d'AUemands. C'&aient des Ibtres, mais rien ue permet d'affirmer
que c'elaient les Ibtres.
Ldir primitive patrie reste done inconnue. Toutefois, nous pou-
vons poser au nioitis un jalon dans cette recherche. Les caracteres
corporels proprement dits des Basques les rattachent indiscutable-
meut au grand rameau chamitique des races blanches, e'est-a-dire
aux anciens figyptiens et a diverses des races comprises par le
grand public sous le terme general de Berberes. Leur brachyc6-
phalie, faible d'ailleurs, ne saurait pr£valoir contre Fensemble des
autres caracteres qu'ils pr£sentent. Elle est du reste tout artifi-
cielle, comuie nous l'avous deja dit, et unique men t lie^e a une parti-
cularity anatomique secondaire. C est done de ce cote* et non dans
la direction des Esthoniens ou des Finnois qu'il faut chercher la
souche de cette race paradoxals Elle est nord-africaine ou euro-
peenne, suremeut elle n'est pas asiatique.
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II
LES BASQUES ONT-ILS UNE H1STOIRE?
PAR
M, ADRIEN PLANTS
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LES BASQUES ONT-ILS UNE HISTOIRE?
PAR
M. ADRICNf PLANT*
PRBBIDBNT DB LA SOCIBTB DBS SCIBRCBS, LBTTRB8 BT ARTS DB PAD
ASSOCIB CORRBSFONDANT NATIONAL DB LA BOCIBTR DBS ANTIQUAIRB8 DB FRANCB
INSPBCTBUR' DIVISlONNAtRB DB LA SDC1BT* PRABCA1SB D*ARt:BBOLOGIff
MBMBft* GORRBSPONDANT DB L*AC*DRttBfl D'BRftTOftRB DB MADRID
Mesdames, Messieurs,
PAaw dea Basques, en presence des Basques, sans avoir
i'bomeur dtetre Basque soi-m&sae, n'est-ce pas se montrer
troia foia andaeiem?
J'ai une excuse : je suis Btaruais'. Or, yeas saver tons* que,
dapiii&< j'annexion de \m grand* France au petit B4ara par mtre
bo* Henri I V et see yaUtauts parpaillotSs lea B£arnais se soot
pcrmis bien des* audaeea.
Ausai bien, sons le bfo£fice dn vieux cfteton latin qui pronet
amx aodacieux tons* les seuirirea de la fortune, representee ici pour
mm par l'aimable indulgence de cette admirable assemble, me
sois-j* empress^ de ripondre k l'invitatioo qui m'ltait facte, an
nam dn Gomit6 d f organisation des Fetes de la Tradition du Payer
Basque, par mon vieii ami, M. le decteur Goyen&che, Maire de
Saint-Jean-4e4Lu*.
S'il n'6tait pas si pafea de moi, je vous dirada combien il est
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112 LBS BASQUES
insinuant et aimable : il veut ce qu'il veut, et le veut si bien, qu'il
est bien difficile de lui refuser quelque chose.
Je suis venu me mettre k ses ordres et chercher avec lui un sujet
digne de vous 6tre oflert aujourd'hui.
Quand il m'a soamis le tableau des oeuvres promises par tant
d'auteurs basques jaloux de fair© connaltre et de c£l6brer les me>ites
du Pays Basque, j'ai senti, je vous l'avoue, d£faillir mon courage.
Philosophes, pontes, philologues, pal£ographes, jurisconsultes,
historiens, artistes et savants de tout ordre ont depuis dejk
longtemps d6poe6 le titre de leurs travaux : il ne restait que fort
peu de choix au pauvre confcrencier b£arnais ; il semblait que la
question basque etait £puis£e : j'6tais venu trop tard.
Je demande k M. le docteur Goyeneche s'il n'y a pas une histoire
complete des Basques, dans laquelle je pourrai, avec son aide
6clair£e, trouver k mon tour un sujet... M. le Maire, en Basque fier
et confiant, me r£pond : « Les Basques sont comme les femmes
honn&es : ils n'ont pas d' histoire ! »
Et bien, Mesdames et Messieurs, nous allons leur en faire une...
II est vrai qu'hier j'entendais dire dans un sermon prononce dans
un superbe langage basque, dont j' admirals en l'enviant la sonority
tout k la fois £nergique et souple : « Heureux les peuples qui n'ont
pas d'histoire! »... Je ne veux rien enlever k ce bonheur, mais
Thistoire se fera toute seule. Le mot du Maire me servira de texte
ou d'6pigraphe, et le Comit6 d'organisation, si Eminent dans son
intelligence, dans son z&le et dans son Erudition, me permettra de
vous presenter cette trfcs modeste causerie, comme la preface de
Thistoire complete et absolument documented dont il est en train,
par son Exposition et les travaux du Congrfes, d'6crire les pages les
plus int6ressantes et les plus belles.
Done, si vous le voulez bien, nous 6tudierons ensemble tout
d'abord les probl&mes n£buleux de Torigine des Basques et leurs
luttes triomphantes pour la vie; remarquez que je dis : nous
ttudierons ces probl&mes; je me garderais bien de vouloir les
r£soudre. Puis nous nous demanderons ce qui a fait la force de
cette petite nationality toujours si f&conde et si vivace, et nous
arriverons k £tablir — ceci nous reposera un peu, Mesdames, des
Grecs et des Romains forc^ment invoqu£s par moi dans le cours
de ma conference, — nous arriverons, dis-je, k etablir que nos
anegtres ont du une partie de leur force k 1'ascendant que, chez
eux, ils ont toujours laiss£ prendre k la femme.
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T^rr
ONT-ILS UNE H1STOIRB? Il3
Enfin, aprfes un rapide coup d'oeil sur l'influence des grands
faits de Thistoire uioderne dans l'existence des Basques, nous
admettrons cette conclusion logique, n£cessaire : le peuple basque,
qui est, qui a toujours 6t£, ne pent pas ne pas 6tre toujours.
Tous les auteurs qui se sont occup6s des Basques semblent s'Gtre
mis d'accord pour declarer que Ton ne connaissait rien ou pas
grand chose sur leur origine, ou sur leur existence primitive, en
dehors de quelques hypotheses dont le champ s'ouvrait fort large
devant eux.
De Ik, des fables et des 16gendes qui ont fait de vos ancStres des
portraits tres pen flatteurs, terrifiants m£me : la reproduction que
je vous en donnerai ne devra pas vous froisser — il n'y a que la
v£rit£ qui froisse, — mais le bien que les modernes en ont deja dit
et celui que nous sommes, tous, disposes a vous en dire encore
vous d£dommagera amplement du mal que les anciens ont pu
en penser.
Et finalement vous serez araenes a penser avec moi que, pour
des gens qui n'ont pas d'histoire, du moins beaucoup d'historiens
se sont occup£s d'eux.
Et d'abord les 16gendes! Le grand serpent ou le grand feu dort
sous le massif immense des Pyr6n6es : dans son sommeil, agit6 en
de grands soubresauts, il soul&ve les montagues. De ses sept
gueules blantes s'£chappent des volcans... le feu d£truit tout, pour
purifier d'abord le globe et le vivifier ensuite... Le Pays Basque
nalt de ces torrents mythiques.
Les monstres peuplent les forfcts : les souterrains de Balsola, en
Biscay e, restent defendus par une \6n6 ration m£l£e de crainte.
L'homme des bois et la femme sauvage qui y habitent y font des
apparitions dont les r6cits terrifient encore les veill^es de nos
chaumi&res; tandis que, du mont Anhie, arrivent les £chos
enchanteurs de noces inyst£rieuses : ce sont les noces de la
s£duisante Maithagarri et du beau Luzaide... ouvrant des horizons
po£tiques et charmants a l'imagination enilamm^e de la race du
feu...
Oui v Mesdames et Messieurs, voila vos ancStres, vos premiers
8
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Il4 LBS BASQUES
p&res : au dire de la l£gende, vous 6tes les fils et les fiUes da grand
feu initial, c'est-a-dire da soleil.
Oh ! ne rongissez pas de pareille origine : certes, elle est des
plus honorables et n'a rien qui nous puisse surprendre ; elle nous
explique suffisamment certaines beaut£s ethniques que notre
admiration se plait a relever en vous, certains Eclairs lumineux
qui animent votre physionomie si attirante, certains 61ans qui sont
la caract£ristique de vos coeurs ardents et g6n£reux, en ingme
temps qu'ils t£moignent d'un brillant, d'un trfcs glorieux atavisme.
L6gende, n'est-ce pas? L6gende, soit ! Mais, comiue Fa dit Voltaire,
il n'y a pas « jusqu'aux l£gendes qui ne puissent nous apprendre a
connaltre nos nations ».
Dans tons les cas, il n'y a de 16gende que lorsqu'il y a un Gait
myst6rieux dont la curiosity populaire demande anxieusement
Implication : or, ici, le fait, c'est l'existence du peuple basque : il
est, done il a 6X6 un jour...
Mais de quand date-t-il?
Mais d'ou vient-il done?
La 16gende doit nlcessairement, a un moment donn£, c6der le
pas a l'histoire : l'hypothese ne peut nuire a la these et r^cipro-
quement...
II vient d'oh sont venues toutes les generations humaines :
Race patriarcale, qui, au moment ou, du berceau de I'humanitl,
FAsie, les peuples se rlpandirent sur la terre, s'61anca elle aussi
de F Orient vers l'Occident, ob£issant a cette loi fatale qui, depuis
le commencement des ages, pousse Thomme vers les regions
encore insond£es oil le soleil se couche.
L'Occident, demeure du soleil, s£jour des dieux, 6tait pour les
peuples primitifs la region benie de leurs rftves; car dans le
voisinage des dieux et sous leur protection les hommes devaient
&tre les plus justes et les plus heureux de la terre.
Les grandes invasions venaient de l'Orient, suivant toujours la
direction de l'Occident.
De nos jours encore, depuis Christophe Golomb jusqu'au der-
nier paquebot qui part de nos grands ports maritimes, n'est-ce
pas toujours vers l'Occident, vers l'Ain£rique, que l'homme se
dirige?
Jetez un regard attentif vers la civilisation nouvelle qui se
constitue incessamment dans les Etats-Unis d'Am£rique; suives
ees longs eonvois aux chars bond6s de troubles, de provisions et
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ONT-ILS UNE HISTOIRE? Il5
d'outils, qui se prolongent sur les routes k peine esquiss£es de ces
regions presque vierges encore.
C'est le pionnier qui passe, a la recherche d'un fonds encore
inexploite, pour faire, deTaire, refaire sa fortune au gre* de
ses caprices ou des besoins de sa famille sans cesse grandis-
sante.
II va vers L'Ouest... ses fils iront comnie lui vers 1'Ouest et,
comme eux, leurs descendants iront toujours vers 1'Ouest, chercher
l'aisance, le bonheur, la vie... loi fa tale, je le repete, tendance
mysterieuse des migrations humaines.
Et c'est ainsi qu'k une epoque dont, apres tout, il nous importe
peu de eonnaltre la date precise, qu'aucun document ne saurait
nous donner, c'est ainsi que dans ce coin de la terre nomine* Iberie
par les anciens des temps les plus recul6s, parce que ses premiers
habitants s'appelerent Iberes, s'installa une race superbe, Strange...
Elle s'y 6tablit, et, toujours jeune, toujours vivace... elle y est
encore.
Si, selon Fexpression des anciens, le pays d'Occident est le pays
ou le soleil trouve le repos apres les fatigues de sa course diurne.
le nord de l'Espagne ou Iberie realisa peu, il faut en convenir, pour
vos peres, le r£ve touchant.
La lutte pour la vie fut la condition premiere et constante de
son existence agitle.
Quels Itaient ces hommes?
On s'est demande s'ils gtaient Ph&iiciens, Geltes, Gaulois,
Carthaginois ? s'ils avaient des af&nit^s de race avec les peuples
nombreux qui ont passe" sur leur sol, veritable champ de bataille
de la mel£e humaine depuis le commencement de l'histoire?
Les Geltes les engloberent ; des Ph£niciens ils connurent Tor et
les pierres pr£cieuses que ces hardis navigateurs portaient le long
de nos cotes jusqu'en Bretagne, jusqu'en Norwege, ou dans des
tumuli on rencontre le jade et la turquoise, produits de l'Asie. Ils
recurent les Carthaginois d'Annibal, ils traiterent avec eux ; ils
lutterent avec les Gaulois. Que vous les nommiez Iberes, Vascons,
Basques, Euskariens, Gantabres, c'est toujours le m&me peuple...,
peuple un et unique en son genre, pardonnez-moi cette expression
triviale, mais bien m£rit6e, car il fut le seul capable de register
aux Romains.
Habitude k vaincre partout, k imposer sa civilisation dissolvante,
Home s'arrfcta surprise de la resistance des Gantabres ; c'est ainsi
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Il6 LBS BASQUES
que la premiere civilisation qui prend contact avec eux les appellera
d£sorinais.
lis refuserent r£solument de se laisser absorber par la puissance
universelle : le monde connu est soumis : seul le Gantabre n'obelt
pas.
Gette resistance enfante des llgendes nouvelles : il n'y avait alors
ni tellgraphes ni presse quotidienne, et cependant les nouvelles
se propageaient avec une incroyable rapidite* : le reportage de
l*6poque etait aussi alerte que celui de notre fin de siecle; je ne dis
pas qu'il 6tait plus exact.
On racontait a Rome des choses Granges de la vie de vos anc£tres,
et les Icrivains grecs et romains ne se font faute de remplir leurs
ecrits de racontars efFrayants.
Horace, malgre* son g£nie po£tique, n'avait pas Tesprit militaire,
il l'avoue ingenument : destine a la carriere des aruies, des la
premiere bataille a laquelle il assiste, il prend la fuite, laissant son
manteau a une ronce qui lui semble etre la main d'un ennemi qui
vent le faire prisonnier : il se garde bien de se retourner pour
s'en assurer...
Et, tandis que sous les berceaux de Tibur, il savoure la coupe
de Falerne ou de Lesbos en l'honneur du divin Auguste, du
g^nereux M6cene ou de Faimable Tyndaris,sa quietude est trouble
par les nouvelles des Pyrenees. II est haute* par le spectre du
farouche Gantabre, belli queux, violent, insoumis ; on n'a pas Tid^e
d'un peuple qui ose se permettre de refuser le joug de Rome... il
en parle et s'en indigne a tout instant.
Pendant trois siecles, la lutte continue : Pline, Juvenal, Silius
Italicus, Florus, tous les grands organes de Rome en fr£missent :
il paratt que ces vieux ennemis des Romains vont au combat la
t£te nue : ils ne craignent ni le froid, ni le chaud, ni la soif, ni la
faim... ce sont tous ces auteurs romains qui le racontent... leur
rendant ainsi uu bel ho mm age inspire* par la terreur qu'ils pro-
voquent.
II y a plus : leur arme offensive est redoutable : c'est une 6p6e
courte, large, a deux tranchants... Les Romains se hatent de
l'adopter pour leurs troupes d'elite... Vous le voyez, il n'y a rien
de nouveau sous le soleil : Tesprit limitation est de toutes les
6poques.
Et Lucain, habitu£ cependant aux tristesses de la guerre civile,
qu'il a minutieusement d^crite dans sa Pharsale, mais peu pr£pare\
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ONT-ILS UNB HISTOIRE? II J
sans doute, aux belles legons da veritable patriotisme, declare
emphatiquement que vos pdres sont devenus Vhorreur et I'tpou-
pante du genre humain.
Heureux les peuples, Messieurs, dont l'histoire pourra dire que,
dans la defense du sol natal menace, souille\ viole* par l'ennemi,
dans la defense de leurs droits nationaux meconnus, ils sont
devenus Thorreur et l'epouvante du genre humain !
Cela prouvera simplement qu'ils auront fait ieur devoir...
Or, le devoir accompli ne peut 6pouvanter que ceux qui n'en
ont point la notion sainte, ne peut effrayer que les coeurs prGts a
toutes les capitulations, a toutes les servitudes, a toutes les hontes ! . . .
Oui, les Gantabres sont la terreur des troupes de Scipion; ils
refusent les avances de C6sar, dont le lieutenant Grassus les
deTait dans les plaines de l'Aquitaine : il declare avoir gcrase*
5o.ooohommes, tant Gantabres qu'Aquitains!
La Bourse de Rome se r assure, et les flaneurs du pont Milvius,
du Forum ou de la Basilique vont pouvoir a raise reprendre leurs
galantes causeries...
Mais Rome n'est pas seulement conqu&rante : elle est encore
parfois tr&s diplomate.
Elle comprend qu'elle ne doit pas mlconnaitre Incontestable
valeur de ce peuple qui defend les passes des Pyrenees : elle se
decide a entrer en pourparlers avec lui.
La politique des rlsultats lui r£ussit mieux avec les Basques que
celle de la conquSte.
De leur cdte\ les Gantabres sentent le prix de leur alliance : leur
flair politique leur fait comprendre l'int6rdt qu'ils peuvent avoir
a s'allier avec Rome : s'allier avec un plus puissant que soi, ce
n'est ni s'humilier ni se soumettre.
Aussi les voyons-nous, pendant la guerre civile romaine, prSter
ou refuser, tour a tour, le concours de leurs forces a qui le sollicite,
et tantdt fournir a C£sar de^pr6cieux auxiliaires dont il se felicite
d'avoir eu l'assistance, tantdt aider vigoureusement Pomp6e a
Pharsale.
En un mot, veritable jeu de bascule, qui leur permet de jeter,
selon les circonstances, dans la balance des combats leur ep£e
redoutable.
Ils deviennent les allies fideles de TEmpire ; en retour Vespasien
leur confere le droit de Latium ; Caracal la, le droit de bourgeoisie ;
plus tard, Justinien les comblera de distinctions et de faveurs.
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Il8 LE8 BASQUES
Ne croyez pas qu'ils se soient laisse prendre a l'appat de
toutes ces faveurs... ils oat vu dans cette alliance definitive ie
moyen d'assurer leur independance ; leur esprit essentiellement
pratique les a heureusement servis ; grace a cette alliance, en effet,
ils ont pu faire face aux premieres grandes invasions, Vandales,
Sarniates, Alain s..., en attendant les Wisigoths, les Francs et les
Sarrazins.
D£s le commencement da cinqui&me stecle c'est pour eux nne
lntte incessante : le flot passe... la nationality basque subsiste
toujoursl
Pourquoi?... Ainsi que nous le verrons tout a Fheure, c'est parce
qu'appuyee sur des traditions aim£es, elle a pu se constituer
sagement, librement en peuple legislateur, ne connaissant d? autre
mattre que sa parole, et ne cherchant pas dans de vagues utopies
la realisation de vaines et chimeriques aspirations.
Cependant, vers le septi&me sifccle, elle vent avoir son tour : sa
patience a fini par se lasser.
Apr£s Vouilie, Clovis et ses fils occupent FAquitaine : les
Basques ou Vascons sortent de leurs montagnes et envahisdent la
Gaule meridionale : FAquitaine s'appellera d6sormais la Vasconie
ou la Gascogne.
Et quand je parle des Basques ou Vascons, il est bien entendu
qu'il s'agit toujours de la federation basquaise, comprenant les
peoples vivant sur les deux versants des Pyrenees jusqu'a la rive
gauche de VEbre...
Basques, Vascons, Navarrais, forniant un seul peuple, ayant
dans une commune origine puis6 une constitution une, ayant
conserve une langue une, elle aussi, a travers les sifecles, qui en
ont respecte la mysterieuse harmonic.
Ces peuples, ou mieux tout ce peuple a pris part a Finvasiou de
FAquitaine... on comprend sans peine ce besoin d'extension : trois
cents ans d' occupation, de compression wisigothique, c'etait une
erne lie epreuve pour son temperament guerrier. Les Francs les ont
exasperes ; les refoulements incessants, qu'aprfcs les Merovingienas
les Garlovingiens leur font subir, excitent encore leur hame ; ils
attendent une occasion pour montrer la force de leurs bras : les
echos du pas de Roland, le cri de douleur du vieil empereur repute
invincible, les coups de la Durandal qui, sans se briser, tranche la
brfcche historique, vous disent assez que F occasion a ete trouvee.
Mais la revanche fat terrible, la succession de Charlemagne
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ONT-H4 UWE HIBTOIRB? II9
demembra la vieilie Aquitaine : ell© donna la Gascogne au descen-
dant des anciens princes a qui tains ; la Bigorre fut erigee en comte\
le Beam en vieointe, et les Basques, definitivement refouies par
Louis le Debonnaire, vout panser leurs blessures pour se jeter, bien
vite apres, avec les successeurs de Pelage, dans la grande lutte
contre les Sarrazins.
Sans les svivre dans ces guerres heroiques, nous devons recon-
naltne que nous retrouvons Ik le Basque toujours egal a lui-m&me.
Avec les rois Chretiens, ils chassent de I'Espagne les Maures qui
l'occupent depuis huit cents ans ; de cette guerre de reconqu6te
natt oette noblesse qui en est la recompense legitime : noblesse de
terre pour la Biscqye, le Guipuzcoa et le Labourd, noblesse de
sang pour YAlmva et la Navarre, tous se declarant aussi nobles et
parfois plus nobles que les rois.
La Navarre, vers la fin du quinzieme siecle, dependit de la
couronne de Bearn, dont les princes prirent enfin le titre longtemps
dispute de rois de Navarre ; mais quand Ferdinand le Catholique
vent etendre encore ses domaines, sur lesquels bientot le soleil ne
se couchera plus, la Navarre est menaces.
11 faut au nouveau roi des Indes, d'un cote, la limite de TOcean
Pacifique, de l'autre, la ligne extreme des Pyrenees. Un pretexte
est bien vite trouve pour envahir la Haute-Navarre et l'enlever,
en i5ia, au faible Jean d'Albret, qui bientot apres meurt, entendant
sa femme Catherine de Bearn-Foix, energique et fiere comme
ton tea les princesses nees sur la terre franche, declarer avec one
amertume m^lee d'orgueil : « Ah! si nous fussions nes, vous
Catherine, et moi Jean, nous n'aurions pas perdu la Navarre. »
Nous voici au commencement du seizieme siecle : la federation
basque a ete brisee, Tunion de laCastille a l'Aragon acheve l'unite
espagnole.
Les provinces basques espagnoles ou bien se constituent en Etat
libre. comme la Biscay e, dont les souverains d'Espagne, dans les
formules de serment qui leur sont imposees, ne prennent que le
titre de seigneur, et non de roi, ou bien se donnent a la Castille,
comme le Guipuzcoa, en specifiant le maintien de leurs immunites
nationales.
Le lien qui rattachait les freres des deux versants n'existe plus,
si ce n'est a l'etat de souvenir, que les competitions des rois
tendent chaqne jour a faire disparaltre, et nous assistons alors a
des luttes frequences entre peuples faits pour s'aimer.
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'y^S
1 20 LES BASQUES
II est vrai que si le sentiment fraternel disparalt, r amour du sol
natal, Torgueil national lui survit toujours, feu sacr6 entretenu
pieusement dans le coeur de tous par une fid£lit£ qui ne se dement
jamais !
(Test avec une fierte* bien legitime que depuis, sur les deux
versants, on raconte que c'est un pilote basque, Alonzo Sanchez,
qui inspira au G6nois Christophe Colonib sa merveilleuse decou-
verte ; ce sont des Basques, qui, apres avoir vaincu les Maures,
ont forme* les Equipages de la plupart des conquerants du Nouveau
Monde...
C'est un Basque, Elcano, qui le premier a fait le tour complet
du monde.
Ge sont trois mi lie Basques espagnols qui a Pavie d6ciderent du
sort de la bataille, et c'est un Basque, Jean d'Urbieta, qui recoit
T^p6e de Francois I er , dont la vaillance sans tache trouve, en la
lui remettant, que si tout est perdu, du moins Fhonneur est sauf...
II est vrai que ce fut un Bearnais, Henri II de Navarre, qui aida
le roi de France a sortir de captivite*, arrachant a Charles-Quint
cet hommage flatteur : « Je n'ai connu qu un homme en France, et
c'est le roi de Navarre ! »
Et pendant des siecles encore, les Basques espagnols, jaloux de
leurs gloires, luttent, combattent, versent leur sang pour leur
ind£pendance et chantent leurs exploits.
Et c'est pe*n6tre" de ces sentiments, enflamme' par ces souvenirs,
qu'un jour, il n'y a pas bien longtemps de cela, un humble barde
de vos montagnes basques part du village de Villareal avec ses
deux vieilles compagnes : sa guitare et sa foi. II va parcourant les
grandes capitales, jetant a pleine voix les notes Granges d'un
hymne auquel personne en Europe ne comprend rien, mais que
personne ne peut entendre sans se sentir profondgment 6mu...
Guernikaco Arbola, hymne de passion intense, comme le disait il
y a sept ans mon ami Ancho Pena y Goni, au pied de la statue
d'Yparraguirre, « hymne de passion intense, mtlodie a" admiration,
soupir Eloquent d'humiliU et d'espe'rance, message de paix et
d'union » ; hymne imperissable qui est devenu, enfants du Pays
Basque, votre hymne national, et qui resume si bien les l£gendes
pieuses, les patriotiques fiert^s de tout un peuple g6ne>eux.
Separes par les trait£s, mais unis par des aspirations communes,
de par dela les inonts, envoyons, Messieurs, une fraternelle poignee
de main a ces vaillants champions des libert^s traditionnelles.
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ONT-ILS UNE HISTOERE? 121
U
Qu'est-ce qui a fait la force de la nationality basque?
^videmment, ce sont les institutions sociales consacrees dans
ces constitutions si connues sous le nom magique de Fueros, en
Espagne, sous celui de Fors en France.
Notre collegue, M. Vinson, qui s est constitue l'historiographe
autorise de votre langue, a donne dans son beau livre, Le Pays
Basque et les Basques, un resume lumineux de ces institutions
reposant sur l'independance absolue, en fait et en droit, des
provinces qu'ils avaient pieusement conserves.
Le regrette M. de Soraluce, dont le nom est si dignement repre-
sent^ a Saint-Sebastien, a ecrit d'importants ouvrages sur les
Fueros de Guipuzcoa, com me Fa fait en Biscaye le populaire
Antonio de Trueba.
Le docteur Larrieu, pendant le cours de ce Congres, les etudiera,
avec le talent et la competence qui Tout fait classer parmi les plus
savants erudits de votre region.
Dans les diverses monographies qui figurent au programme du
Congres, chaque auteur sera u6cessairement amene a les invoquer,
ces Fueros et ces Fors v£ne>ables, parce qu'ils sont absolument la
veritable raison d'etre du Pays Basque.
Les Fors ne sont en effet autre chose que la resultante des
usages, coutumes, privileges et immunity de nos sept provinces :
privileges et immunites reconnus par les souverains, en recompense
des services rendus a la cause nationale, et d'autant plus precieux
que le sang de plusieurs generations en a scelie le contrat; usages
et coutumes consacres par l'immeinorialite de la tradition, et
rendus plus sacres par les souvenirs glorieux qui s'y rattachent.
Ces institutions peuvent varier dans la forme, selon la province
a laquelle elles s'appliqueut, elles ne varient nullement quant au
fond : ce sont des institutions essentiellement democratiques, dont
le principe primordial, absolu, est le respect.
Confucius, dont les doctrines et surtout les exemples amenerent
en Chine un tel bouleversement moral, qu'on Ta pris longtemps
pour un legislateur, tandis qu'il n'etait qu'un admirable mission-
naire, Confucius disait : « Ma manure d'enseigner est fort simple :
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IM LES BASQUES
je cite pour exemple la conduite des anciens, c'est-k-dire le
respect des traditions. »
Je ne veux pas assur6meut faire de vous des Chiuois, Messieurs
du Pays Basque ; mais il est certain qu'k I'exemple des disciples
de Confucius, vous ttes les adeptes de la tradition ; vous avez
coinme base, eonine p*etve angulaire fondamentaie de vos insti-
tutions, le respect.
Et oe qui le ctemantre surabondarament, c est que, sur le versant
meridional des Pyr6n6es, Varbrede Guernica a vudes generations
de rois venir jurer le respect des Fueroa de la Province; que, sur
ie versant septentrional, le premier article de vos Fors de Navarre
couime des Fors du Beam affirme le respect absolu des usages,
coutumes et privileges de la Province, respect qui lie le souverain
comme il lie les habitants ; a ces 6poques4& on Be oonnaissait ni
chez vous ni chez nous le titre de iufets ; en voici le texte :
« Je jure que je serai fidele et bon seigneur pour toes les habi-
tants de la terre, et pour chacun d'eux en particulier; je lss
maintiendrai dans leurs Fors, privileges, coutumes et usages, Merits
on non Merits ; je les d£fendrai de tout mon pouvoir, je rendrai et
ferai rendre justice au pauvre comttie au ricbe. »
Le pays, par le serment de ses barons, « s'engageait k son tour
& aider ie souverain, k Le couseiller, k le deTendre ».
Admirable contrat synallagmatique qu'il est bon de rappeler a
une £poque de progrd* ou nous eroyons reeoudre aaivement tons
les problemes sociaux, en substituant de pr&endus droits k d\n-
contestables devoirs.
Tandis que nos peres, qui apparaissent encore k certains esprits
fin de stecle comme des sauvages k peine d£gross&s, n'avaient
qu'un mot, qu'un principe, droit et devoir tout k la fois... le
respect!
Le respect de la loi dans la nation, qui fait la cohesion, la force
et par consequent 1' union ; le respect de la loi dans la oommunaute\
qui assure lord re par la discipline; le respect de la loi dans la
fa mi He, qui en maintient la f£condit6 et la perp^tuite* ; le respect
de la loi dans l'unite* de la foi reside intacte, depuis que saint lion,
saint Satnrnin, saint Firiuin et tant d'autres sont venus substi-
tuer au Dieu mythique des premiers Ages les enseigneoients
consolants du christianisme ; ce respect de la loi, nous le retrouvons
eucore jusque dans la r£glenieutation des convenances sociales et
des plaisirs nationaux... J'avais entre les mains, il y a quelques
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ont-iw own hibtoirb? ia3
jours, an iivre 6erit en basque, a la fin du dix-septieine s&cle,
contenant les ordonnances et les prescriptions qui reglaient les
danses locales et jusqu'au maintien dans la rne.
Gela pent faire an premier abord sourire le Francais, qui gea6-
ralement considere qne les reglements de police sont faits pour Gtre
violes... mais l'influenoe de ce respect prescrit et observe" en Pays
Basqne se fait encore sentir de nos jours, hier encore...
Gar si vos soirees musicaies de la place Lotus XIV nous offrent
le curieux spectacle d'un penple qui danse au so m met des Pyrenees,
comme ie disalent Voltaire et Humboldt, elles nous permettent de
constater avec quelle dignity atavique, grave dans «a gaiety,
s' amuse votre intelligente, votre charm ante population luzienne.
Ghose particuliere, Messieurs, alors que certains auteurs, frappes
de terreur au seul nom de Cantab res, de Vascons, ou de Basques,
en font des portraits pen se^Luisants, ils ne peavent s'empecher de
concittre au respect de vos peres pour leurs lois...
Econtez cette page curieuse d'un ecrivain/na/icois du douzieme
siicle, JBmeric Picaud, auteur du Mannscrit de ComposteUe. Les
termes «n sont un pen crus : prene*-vous-en a son naif auteur :
« Le Pays Basque ne produit qne des poiumiers, du cidre et du
hrit ; leur principal revenu consistait dans les droits de passage
qu'ilsinrposaientaux voyagenrs etdans les depredations direotes
ou indirectes qu'ils conn tie ttaient vis-a-vis d'eux : feroces, et leur
visage inspirant Feffroi... ils sont noirs, mlchants, perfides et sans
foi... Corrompns, violents, sauvages, adonn^s a livrognerie -et a
la iurnre, et tellement enneiuis des Francais que pour la momdre
piece <Je monnaie ils en assassrinent uu volontiers... mais, conclut-
il, kryaux dans la guerre et respectueux de leur loi. »
Si ce portrait est exact, et il faut bien le croire, puisqae c'est
^erU y aiosi que le disent nos braves paysans, je me hate de recon-
naltre que le temps a niodifig bien des choses : rhospitaiite* bas-
qnaise avec sa cordiality aimable n'a plus rien de commun avec le
ranconnement dont tremblait encore en £crivant le eoitrageux
Enteric Picaud... Peut-€tre n'^taitil jamais venu en Pays Basque.
Gelase voit encore de nos jours : on ecrit jiu coin de son feu un
beau livre de voyage... aux Pyrenees notamment, et Ton y confond
volontiers le Pays Basque et le B&irn, la Soule avec la Navarre,
le Gave de Pan avec celui de Maul6on; mais on obtient des recom-
penses academiqnes et Ton est ainsi satis fait d'avoir instruit le
penple 1
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1^4 LBS BASQUES
Au dix-septieme siecle, le conseiller de Lancre est envoys pour
instruire, au nom du Parlement de Bordeaux, un proces de
sorcellerie en Labourd... Le bon conseiller, habitue k la societe
raflmee de la capitale de la Guienne, se trouve fort surpris des
habitudes simples et nalves des populations basquaises, et il releve,
en se scandalisant..., qu'au Pays Basque, homines et femmes font
un usage immode>6 du pHun ou nicotine, qui les fait sentir le
sauvage... II va jusqu'& leur reprocher leur danse turbulente et
dtcoupUe... Voilk votre Muchico, votre Aurescu anathematises!...
Et il ajoute — excusez-moi — que les Basques ne se nourrissent
que de pommes, ne boivent que du jus de pomme (du cidre) et
veulent — oh ! je vais glisser, — malgre la prohibition faite
k notre premier pere, mordre... indument k bien d'autres
pommes.
Enfin, jusqu'k l'aimable president Faget de Baure, qui, dans ses
M^moires intdits, au commencement de notre dix-neuvieme siecle,
cite ce mot piquant dun philosophe grincheux evidemment :
« Qu'on me donne le corps d'un Basque, je le fais diss^quer, et je
parie que Ton trouve sa tete autrement faite que celle des autres
hommes »; probleme dont l'aimable anthropologiste le docteur
Gollignon nous donnera la solution savamment deduite, vous
etablissant si le Basque est ou n'est pas brachyc^phale on doli-
choc£phale !... Quoi qu'il en soit de tous ces griefs plus ou moins
justifies, disons sans fausse modestie que les Basques modernes ne
ressemblent plus, heureusement, aux portraits que chacun, aux
siecles passes, s'est plu a en faire, et feiicitons-nous, avec votre
compatriote Ghaho, de ce que le Basque, depuis son etablissement
dans les Pyrenees, n'ait rien conserve d'invariable que sa divine
langue et l'amour de la liberte originelle.
Ainsi que j'ai dej& eu l'honneur de vous le dire, d'autres de nos
collegues du Congres vous analyseront vos institutions seculaires :
je ne veux en retenir, pour completer ce rapide tableau, que Tune
des formes les plus saisissantes, la plus classique, de ce respect
auquel nous venous de rendre hommage : je veux parler du respect
de la femme, que vos peres eievaient a la hauteur d'un veritable
culte.
Le paganisme polytheiste n'etait pas connu chez les Gantabres :
ils adoraient le Dieu unique, maltre et souverain Seigneur, dieu
innomme, comme dit Strabon, en l'honneur duquel, pendant les
nuits de pleine lune, on les voit, devant la porte de leurs habita-
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ONT-ILS UNB HISTOIRE? IQ5
tions, avec leurs families, chanter en choeur, ex^cuter des danses
et c£l£brer des ffctes qui durent jusqu'au jour...
La th£ogonie palenne fut d6daign£e dans vos montagnes, et
quand les Romains voulurent leur faire appr^cier le culte des
idoles et de leurs dieux, il leur fut r6pondu par ces mots carac-
teristiques apres lesquels il n'y avait plus a insister :
« Nous n'adorons que Dieu dans Funivers et nous n'61&verons
point d'autels aux fantaisies po£tiques imagines par vos chanteurs
et vos prStres ; mais pour vous i miter en quelque chose, nous ne
demanderons pas mieux que d'admettre des dresses sur la terre et
de les adorer. »
Et comme la curiosity des Romains, vivement piqule, deman-
dait quelles 6taient ces dresses privil£gi£es, les Gantabres
r£pondaient simplement, et sans doute une main sur la garde de
leur 6p6e, et 1'autre sur leur coeur : « Nos fenimes, si elles le
veulent ! »
Un pareil hommage peut-il fctre jamais refuse par les femmes,
Mesdames? Je ne le crois pas... Les femmes cantabres — vous le
leur reprocheriez s'il en eut 6t6 autrement, — les femmes cantabres
accepterent, et on 61eva aux dames, aux dominatrices, car en
basque « and£r6 » veut dire femme et domination, des autels de
gazon et de fleurs.
J'avoue qu'un pareil culte £tait plus fait pour slduire que celui
de Saturne d6vorant ses enfants, de Jupiter avec tons ses vilains
dlfauts, de Junon avec son orgueil, et m£me de Minerve avec toute
sa sagesse, son casque, sa cuirasse et son hibou.
A Theure actuelle, ce respect de la femme dans la famille saffirme
toujours.
Le Basque ne tutoie jamais sa femme : il est vrai que la femme
ne tutoie pas davantage son mari... et, ce qui semble contraire aux
traditions de respect envers la femme, telles que nous les consta-
tionsiln'y a qu'un instant, la maltresse de maison, Vicheco An-
d6r6, pas plus que la datXne bearnaise, ne s'asseoit a table avec les
homines de la maison, maltres, hdtes et valets.
Je demandais il y a peu de jours la raison de cette anomalie a
une tr&s respectable mere de famille basquaise : elle me r£pondit
en souriant : « Oh 1 c'est que les hommes sont les messieurs, les
seigneurs... ils nous gagnent la vie ! »
Touchante reciprocity de service et d'hommages !
Ces sacrifices que Famour-propre feminin sait faire de nos jours
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126 LBS BASQUE*
k rautorite* masculine ne sont eWidemnient que le rendu du culte
prfite* autrefois a la femme basquaise.
Ce respect prend dans la constitution Iconomique de la famille
une forme toute sp^eiale que mettent en lumiere les travaux du
savant M. Le Play, dont je m'bonore d'avoir ete l'eleve et dont je
ne prononce jamais le nom sans an sentiment de respeetueuse
veneration : il a constate dans le Pays Basque V existence de la
famille gauche, queksRomainsavaienteux-memestrouvee&ablie
sur voire sol quand ils arriverent en Aquitaine.
« L'un des enfants marie* pres de ses parents vit en commuaaute
avec eux, et perp&ue avec leur concours les traditions des ancdtres.
Les autres enfants s'etablissent au dehors, quand ils ne pr£ferent
pas garder le ce*libat an foyer paternel : s'ils s'etablissent ailleurs,
ils orient de nouveaux foyers qui font souche k leur tour. »
Le savant eeonomiste rend homniage a ce systems et ajoute :
« Les Euskes avaient une langue dite Euskara, qui s'identifiait
avec leur race depuis un temps immemorial, et qui diff&rait de
toutes les autres langues de la Gaule. Depuis lors, ces peuples out
ete envahis dans les plaines et refoulls dans les montagnee, ou ils
conservent encore leur langue, leurs moeurs et surtout les coutumes
de famille ; et quand toutes les races etablies en France soat
absorbers par la Revolution, seule la petite nationality basquaise
r^siste : eUe ne 8 est pas fondue, grd.ce h sa langue, grdce &
V organisation de lajamille, qui dtoeloppe laJ6condU6 de la race
el V ascendant de la femme. »
Dans le Pays Basque seul, vous trouvez encore la fille h&riti&re.
Quatre filles sont nees dans une maison, un cinquieme enfant
survient, c'est un garcon : il ira se marier plus tard avec quelque
heritiere ; mais dans sa maison paternelle il ne sera jamais qu'un
quatrieme cadet : Vhtiriti&re sera la fille alnee.
Gela s'explique logiquement : aventureux, entreprenants, les
hommes partaient en guerre a la recherche demotions violentes,
s'llancaient sur mer a la poursuite de la baleine ou de la morue ;
souvent ils ne revenaient pas, les int£r£ts familiaux etaient com-
promise Que faire? La fille restait au logis, on lamariait... eUe
conservait le bien patrimonial, le dirigeait, elevait les enfants
issus de son union avec quelque cadet de famille honorable dont
elle avait fait choix, prince epoux, consort heureux, soumis k
l'autorit£ souveraine de la femme qui l'a enriohi.
Situation particuli&re bien Strange, je le reconnais, qui jostifie
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ONT-IL8 UNS HlftTOIRE? IV)
— dans ce que nos habitudes juridiques pourraient nous faire taxer
de uajivete — Is mot un peu severe mis a la mode par notre realisme
contemporain : « Oa ne choisit pas ses fils, on choisit son gendre. »
Le culte des Basques pour la femme n'avait pas echnppe a
An tribal, lors de son passage dans les Pyrenees. A la suite de
discussions violentes entre son armee et les populations basques*
fatiguees par le passage incessant de peaples divers, il eut 1'idee
geniale de soumettre a l'arbitrage ties famines basquaises les
differends souleves entre les soldats et leurs maris.
Ce malin Cartbaginois 6tait bien vite devena — par Teffet du
voisinage — un ruse Gascon.
Ce fut un coup de mattre.
Ce que les femmes voulurent, les dieux de l'Aquitaine le voulu-
rent aussi : par celles-la, Annibal eut ceux-ci.
Quelques siecles plus tard, Strabon, le philosophe geographe,
s'en montre scandalise : en sa quality de Grec, il eftt dft mieux
comprendre ces toucbantes habitudes familiales.
Car enfin l'ascendant de la femme dans la civilisation grecque
est incontestable.
La femme representant pour cette nation avide de symboles le
beau dans ses plus pures incarnations, les nouis d'Aspasie, de Lais
et de Phryne se rattachaient — je constate. Messieurs, je ne discute
pas — a Tillustration de Phidias, de Praxitele, d 'Ape lie, a la
gloire meme d' Athenes.
Dans les grandes manifestations de Part qu'elles avaient inspi-
res, les Ath£niens voyaient comme une eblouissante emanation
dela patrie.
C'est qu'alors aussi, dans cette society raffin£e, la femme s*impo-
sait par Pincontestable superiority de son esprit et de son patrio-
tisme. Pericles ne rougissait pas d'associer Aspasie a Pexercice du
pouvoir; le peuple ne s'en offusquait point : il consacrait des
temples a Venus.
II fallut les lumieres du christianisme pour 6teindre le feu das
autels de Cnide et de Paphos.
Mais ce que le geographe Strabon doit trouver tout simple en
Grece, il le stigmatise en Cantabrie :
« Le pouvoir, dit-il, dont le sexe jouit chez les Cantabres, la dot
que les maris apportent a leurs femmes, le titre et les privileges
d'heritiere donnes aux filles qui se chargeat d*etablir leurs freres,
tons ces usages ne sont guere un signe de civilisation... »
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ia8 LES BASQUES
Or Strabon ecrivait soixante arts avant l'ere chr^tienne : il y a
par consequent mille neuf cent cinquante-sept ans qu'il constatait
l'existence, en Pays Basque, de la faniille souche.
A cette epoque, je vous le deniande, ou en elait la civilisation
familiale dans notre vieille Europe? ou en 6tait notre grande et
chere France? oil, sa fiddle alltee l'Angleterre? l'Allemagne, sa
yoisine discrete? la Russie, son ainie? et m^me la Turquie, sa pu-
pille? Je ne parle pas de lltalie : elle se contentait d'etre la terre
des vieux Romains et des N6o-Grecs : elle n'£tait pas encore de-
venue le conservatoire inodele de l'homicide politique ! Strabon,
le vieux g£ographe, 6tait vrainient peu galant, Mesdames; et quel
mauvais parti ne lui ferait-on pas s'il vivait de nos jours?
Nous l'enverrions se mettre d'accord avec l'£cole nouvelle des
fimini&tes, avec ceux qui ne se contentent plus du pouvoir certain
et fort heureux exerce" par la feinme chr^tienne sur les hommes de
tous les temps et de tous les pays, mais veulent encore, au nom
d'une civilisation debordante, leur donner une fort large part dans
la direction des fitats.
Je ne sais vrainient pas si les affaires publiques y gagneraient
beaucoup. Commettrai-je un crime a vos yeux en declarant que je
ne le croispas?
Si vous y teniez a tout prix, et uniquement pour vous etre
agr£able, je consentirais volontiers a me declarer satisfait de voir
quelques-unes d'entre vous pr^sider un calme S^nat, et m^me, au
souvenir d' Annibal, Theureuse Justice de Paix de Saint-Jean-de-
Luz ou d'Espelette.
Je ne vous vois pas bien vous jetant dans la melee de nos
batailles electorales ou parlementaires, discutant au barremu parfois
tres vivement sur les charmes du mur mitoyen et les prerogatives
de la femme dotale, avec quelque confrere peu galant ou peu
discret...
Je ne dis pas que ce spectacle nouveau ne presenterait pas un
cdt£ piquant que la froideur de nos codes refuse trop souvent a
nos theses masculines.
Mais le charme dont le Cr6ateur a fait l'apanage de votre sexe
aurait trop a y perdre : les feministes eux-memes les plus resolus,
bien vite d^senchantes, ne tarderaient pas a demander avec nous
que vous veniez re prendre, dans le rayonnement de vos graces
traditionnelles, votre place dans la maison un moment abandonee,
autour du berceau ou sommeillent nos esperances ; au pied du lit
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ONT-ILS UNJJ HISTOIRE? I2Q
de souffrance d'ttres chlris, k la table de famille qui sans vous
semble Tide, en un inot k ce cher foyer domestique dont vous Gtes
le charme aiml et la providentielle consolation !
in
II nous reste k voir ce que devient, en pr6sence des 6v6nements
de rhistoire moderne, la nationality basque.
Sur le versant septentrional des Pyrlnles, la confederation
basque brisle, le Labourd, enlevl aux Anglais chassis de Bayonne
par Gaston de Foix, se confondit avee le royaume de France, qui
lui conserva certaines prlcieuses immunity, et notamment une vie
municipale llargie. La Soule resta, avec sa coutume « gardee et
observle de toute anciennetl, terre Tranche, d'origine libre et
franche, de franc he condition, sans aucune tache de servitude ».
Ce sont les termes de Particle premier de ses Fors : passant de la
viconitl de B6arn k la couronne de France, puis rentrant dans les
domaines des princes blarnais, domaines qui, avec la Navarre
dlmembrle (Basse-Navarre), vicomtl de B£arn, comtl de Foix,
duchl d'Albret et ses puissantes annexes, formerent le royaume de
Navarre, dont les rois de France port&rent le titre et dont ils res-
pecterent les Fors jusqu'k la veille m£me de la Revolution : le roi
Louis XVI fut le dernier roi qui prfcta serment aux Fors de Bearn
et Navarre.
Aprfes les tristesses du dlmembrement, viennent celles, bien
cruelles aussi, des guerres de religion : le Pays Basque-Francais
rlsiste, se defend, comme il a appris de ses ancStres k se dlfendre
contre tout ce qui n est pas sa constitution et sa foi ; mais le calme
se fait, la paix se rltablit gr&ce aux charmes ensorcelants, aux
irrlsistibles sympathies qui se dlgagent du'jeime prince de Navarre,
l'enfant du ch&teau de Pan, aimable et bon, k l'esprit alerte, aux
fines rcparties, dont la philosophie pratique, la g6nerosit6 sans
6gale, ouvrent tous les cceurs, comme son 6p6e vaillante, jamais
lassie, fait tomber les portes de toutes les forteresses... Et voyez-
les alors, vos peres, se lancer k la suite de son panache llgendaire,
avec leurs freres gascons et blamais, dans les grandes chevauchles
hlroiques k travers la France conquise : battant Joyeuse a Coutras,
9
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LES BASQUES
Lrques et a Ivry, et sous les murs de Paris, surpris par
, char me par leur generosity, scellant de leur sang
la pierre fondamentaie de 1' Edifice inagnifique de notre
ale.
e fois, Messieurs, saluons les exploits de nos peres et
>ns jamais...
l'<$preuve plus poignante et plus cruelle se niontre
it est venu oil la yieille soci^te* francaise, 6branl£e
ses fondements les plus profonds, doit prendre une
aouvclle.
3s grands rajeunissenients a sonne : c'est le r£veil d'un
eau.
olossale de la Revolution francaise commence par un
s les denouements, com me a tous les sacrifices. Sur
palrie chacun viendra deposer ses droits, ses privi-
:>ert£s, pour aider a l'organisation definitive de cette
leja fait couler tant de sang,
en Navarre, en Soulc, en Labourd, en Beam, est a
il faut que ces vieux pays francs et librcs envoient
aux Etats g£n£raux de Versailles.
*ovince est invitee, pour ne pas dire somuiee, a faire
ins ses cahiers de griefs ses aspirations nouvellcs.
ilc Navarre se demandent s'ils doivent obtemperer a la
iu pouvoir central.
i que I'esprit l^gislateur de nos peres s'aftirme, super-
ire* par le sentiment de la dignite nationale.
onsulte se charge d'etudier la question de savoir si la
Kmmettra.
Messieurs, ses sages paroles :
propose de redevenir ce que vous futes autrefois, ce
turiez jamais du cesser d'etre, un peuple libre et ind6-
ercant par ses Etats generaux, ses reprcsentants, la
gislative, n'oilrant a ses rois que des dons volontaires,
ui-mgme et ne reconnaissant a aucuue autre puissance
'imposer.
i propose de faire reparer tous les griefs, toutes les
i ont etc portees a votre constitution et a vos droits
>rt du bon Henri,
ivez besoin que de vous-ni£ines pour reprendre l'exer-
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ONT-IL8 UNB HISTOIRE? l3l
cice de votre puissance legislative. Dressez le cahier le plus com-
plet de vos griefs; c'est a des Navarrais que je parle, a un peuple
qui a conserve tous ses titres et qui n'a .rien perdu de son Anergic
« II n'y a pas a craindre qu'on vous accuse de sedition, lorsque
vous ne ferez que rlclamer l'execution des Fors : les Fors sont les
titres communs des rois et de la nation. »
Et l'auteur du m^moire faisant, dans un rapprochement piquant,
le portrait du peuple francais, leger, frivole, n'ayant pas depuis
mille ans connu, comme les Navarrais, les charmes de la liberty,
et trouvant cependant la force n£cessaire pour la revendiquer, il
ajoute :
« Voila, Messieurs, le module que j'ose vous ofFrir; vous avez
bien moins a faire que la France; vous n'avez jamais perdu de vue
votre liberte, car, quoiqu' on Fait entam£e plus d'une fois, on ne
l'a jamais contest ee.
« L'ancienne constitution de la France valait presque la nfltre ;
mais vous n'avez pas besoin, comme elle, d'aller la chercher a
mille ansde distance, vos titres sont 3ous la main... Vons avez le
bonheur d'etre encore pauvres..., le luxe ne vous a pas corrompus,
vous aimez vos peres, vos meres, vos femmes, vos enfants ; vous
comptez votre patrie pour quelque chose, vous n'avez rien perdu
du courage de vos ancfitres : leurs mceurs et leurs vertus sont les
v6tres...
« Que craindriez-vous done ?
« Le peuple navarrais est courageux; on ne Tattaque jamais
impuneinent dans ses montagnes; il sera toujours prela perir pour
la defense de ses foyers et de sa. liberte... Mais peu nombreux,
faible, il est au milieu de deux puissances ibrmidables : il lui faut
i'une des deux pour appui : c'est la vigne se mariant h Vormeau /...
Le moment oil la Navarre cesserait d'appartenir a la France, elle
serait envahie par l'Kspagne : ce ne serait plus alors un peuple
legislateur, mais un peuple esclave. »
Et comme le plus beau titre revendiqu£ par les Basques etait
celui de peuple le'gislateur, l'auteur du memoire conclut a Tenvoi
de deputes navarrais aux fitats generaux de Versailles a reflet d'y
defendre les droits de leur petite patrie.
Quatre deputes navarrais sont elus. Ge sont, pour le clerge :
M* 1, de La Ville-Vieille, eveque de Bayonne ;
Pour la noblesse : le marquis de Logras ;
Pour le tiers-etat : MM. Vivier et Franchisteguy.
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l32 LES BASQUES
La Soule est representee par M. de La Viile-Outreix, pour le
clerge ;
Le marquis d'Uhart, pour la noblesse;
MM. d'Arraing et Laborde-Escurret, pour le tiers-etat.
Le Labourd elit pour com missaires : MM. Haraneder pere et fils,
vicomte de Macaye, Pierre de Lalande et Pierre Haitze.
Faut-il rappeler que le Beam, apres de longues hesitations,
envoya corame deputes du tiers-etat des hommes dont le souvenir
n'est pas encore perdu : Mourot, Noussitou, Pemartin et d'Ar-
naudat?
Les abb^s Saurine et Jullien representaient le clerge; le comte
de Gramont et le marquis d'Esqiule, la noblesse.
Nos deputes navarrais, arrives a Versailles, etablissent par une
lettre tres expiicite que TinterGt et le vceu de la Navarre etaient
d'etre indissolublement liee a la France, par un lien J4d4ratij ;
et ils insistent pour que le roi convoque a Saint-Palais les fitats de
Navarre, qui etudieront la question de savoir s'il y a lieu de se
reunir a la France, au cas oil la constitution projetee leur apparal-
trait aussi bonne que la leur.
La convocation ne put £tre obtenue : les idees nouvelles avan-
caient a grands pas ; les deputes se retirerent, emportant au fond
du cceur une blessure profonde qu un hero'ique patriotisme seul fut
capable de cicatriser.
Le sens legislatif des Basques s'affirmait dans les cahiers du
Labourd, qui, etudiant les pouvoirs a donner a ses commissaires,
s'exprimaient ainsi :
« Toute limitation a leurs pouvoirs serait essentiellement con-
traire a Tobjet de leur mission : ils sont envoyes a une assembiee
de la nation, non pas pour y i in poser des lois a ses autres repre-
sentants, mais pour y discuter avec eux les meilleures lois possi-
bles, soit sur la constitution de l'foat, soit sur toutes les parties de
son administration. II faut des lors s'abandonner a leur conscience
et a leurs lumieres, et que sur les vceux et les reclamations niemes
qu'ils sont charges d'y presenter, comme sur tous les autres qui s'y
proposeront, ils soient libres de se ranger du parti ou une discus-
sion calme et patriotique leur fera connaltre la vfriti, la justice et
le bouhcur general de la nation. »
Admirable procedure parlementaire, qui aurait pu servir de
modele et d'exemple a bien d autres generations! Superbe hom-
mage rendu a la conscience des mandataires du pays !
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p53&""vr
ONT-IL8 UNE HISTOIflE? 1 33
Les braves gens qui signaient ces pages nc vous semblent-ils pas
plus sages que les inventeurs du m and at imp£ratif et de l'excoin-
munication politique?
Quant a la Soule, son d£put£, le marquis d'Uhart, d£clara k la
tribune que si l'assembl6e adoptait le projet de reunion de la Soule
au B6arn, pour en faire le d£partement des Basses-Pyr6n6es, il y
aurait k redouter une explosion prfcte a 6clater.
Le bon sens des populations pyr6n6ennes, muri pr6cis£nient par
l'exercice de la liberty, par T6tude respectueuse de leurs legisla-
tions forales, les pr^serva des explosions redout£es.
Habitudes k r6fl£chir, k peser leurs decisions, elles ne perdirent
pas leur sang-froid... c'est un hommage k leur rendre, aussi bien
qu'aux hommes de coeur auxquels le choix de leurs concitoyens
avait confix le p6rilleux honneur de dlfendre leurs int£r£ts k Ver-
sailles.
Ah ! cependant, Messieurs, T^preuve 6tait cruelle !
Les Fors de Navarre, comme ceux de B£arn, comrae la coutume
de Soule, avaient fait, pendant la plus longue p^riode de l'huma-
nit6 connue, le bonheur de nos petites patries...
Et tandis que l'Europe, encore dans les langes d'une civilisation
k peine esquiss£e, etait d6chir£e et par la conquSte et par les
guerres civiles, nos provinces pyr£n£ennes vivaient heureuses
sous Tabri de leurs institutions nationales.
T6moins v6n£rables de la sagesse des anc&tres, ces institutions
avaient assure k nos pferes la dignity dans le travail, la liberty indi-
viduelle dans l'ind£pendance de la nation ; elles avaient 6claire la
gen&se de peuples aussi l^gislateurs que guerriers, et ceux-ci
avaient pu, gr&ce k elles, se maintenir en cet 6tat unique, exem-
plaire, sans avoir k recourir k ce que nous designons aujourd'hui
par un euph^misme d'une ironie sanglante... le concert euro-
p£en!...
Le vent d'egalisation, d' unification, d'absorption qui souffle
autour de la constitution naissante menace de tout emporter de ce
qui reste de ce pass£ glorieux.
L'£moi est grand. Le trouble est profond. Et certes, s'il y eut des
protestations, il ne faut pas s'en dtonner, encore moins les bl&-
mer...
Comme je l'ai d£ja dit dans une autre enceinte, pour Vhonneur de
nos quatre provinces, ces cris de la conscience nationale gtaient
nlcessaires : le sacrifice ne devait 6tre que plus beau...
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LES BASQUES
, s'il en eat 6te autrenient, il eat sembl£ que de lears
i glorieux ils s'etaient cndormis, confiants dans les des-
says, nos peres allaient renier nos descendants ;
3 legislateurs qui avaient si longtemps fonde\ elargi,
institutions du pays libre ;
guerriers qui avaient si longtemps contenu et fait reculer
is de la terre tranche...
rinclina !...
bl£e des commissaires bearnais reunis a Pau le a8 octobre
declare* que « le sal lit de la patrie et le bonheuv de l'em-
euvent se trouver que dans Tunion ititime de toutes les
l'Etat, et qu'il n'existe pas de plus beau titre que celui
is »...
oles, inspirees par le sage Mourot, eurent un profond
inent dans tout l'ancien royaume de Navarre : Tapaise-
t dans une union, jamais troubled depuis...
vous rappeler, Mesdames et Messieurs, ce qui a suivi
jue memorable, veritable tournant de Thistoire, qui
voie au dix-neuvieme siecle ?
us touchons ici a l'histoire contemporaine, dont il est
jrave de remuer, en pareille occasion, les trop jeunes
is.
je puis dire, ce que je dois dire, ce que vous me repro-
i ne pas dire hautement, au risque de me voir taxer de
e interess^e, c'est que, le sacrifice consomme*, les Fors
blement perdus, l'uuite nationale proclamee, la France
de meilleurs citoyens, de meilleurs soldats, de (ils meil-
les Basques.
>nt a bien etablir par leur attitude absolument patriotique
?ons ancestrales n avaient pas ete perdues, et que V esprit
: dges, rappele r^cemment par Imminent auteur de
ho, ne cessait de planer dans Vair autour d'eux.
lies avancees de la France unifiee, comme ils l'avaient ete
jogne et de la Navarre mcnacees, ils surent opposer leurs
rines a toutes les agressions ; la frontiere pyr^neenne fut
ic6e pendant les guerres de la Revolution et de TEmpire
ang gene>eux.
s redira dans le cours de ce Gongres les gestes de vos
idant les grands jours de Tepop£e revolutionnaire et
; mais je ne puis prononcer le mot de frontiere en face de
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ONT-IL8 UNE HISTOIRE ? l35
notre imposante chatne pyr£n£enne sans songer a Th^roique
Harispe, qui, en 1793, avec les intr^pides chasseurs basques
d'abord, ensuite avec sa division d'arriere-garde en 1814, a grave
sur le marbre de nos montagnes d'iuipe>issables souvenirs... Et il
ne fut pas le seul h£ros de sa famille... A Iena, l'empereur passe
devant le 4* 16ger compost de Basques :
« — Vous avez Ik un beau regiment, colonel.
— Plus brave que beau, Sire, r£pond le colonel.
— Nous le verrons tout k i'heure », riposte l'empereur.
Et le soir, apres la victoire, le colonel Harispe, fait g6ne>al sur
le champ de bataille, porte blesse* devant Napoleon, lui rendait
Thommage de ses trois freres couches ce meme jour au champ
d'honneur.
N'avais-je pas raison de vous dire, en commencant cette trop
longue causerie, que, pour un peuple qui n'a pas d'histoire, vous
trouveriez que beaucoup d'historiens se sont occup^s du peuple
basque?
Mais ne vous semble-t-ii pas surtout qu'il s'est charge lui-meine
d'6crire son histoire, et une belle histoire, en actions?
Vous avez fait acte de veritable et intelligent patriotisms Mes-
sieurs de la SocieHe nationale d'Ethnographie, en organisant ces
congres, ces expositions, et gr&ce k eux en recueiliant les elements
d'une histoire complete, sincere, digne de tout credit.
Pour le peuple basque, c'est un hoinmage bien legitime et bien
pr^cieux que vous lui rendez, et dans lequel il doit puiser de beaux
enseignements, de salutaires lecons.
II doit voir dans notre ceuvre, comme je i'y vois moi-mfinie, une
reprise d* intensity de vie, une affirmation 6clatante de^vitalite.
La tradition doit les attirer, car la tradition, ce n'est pas la mort,
c'est la vie avec son perp^tuel rajeunissement.
Comme nous le disait hier dans un fort beau langage notre Emi-
nent compatriote M. de Fourcaud, que M. le Ministre de Instruc-
tion publique a eu l'heureuse pens^e — dont nous lui sommes tres
reconnaissants — de del^guer pour le repr^senter au milieu de
nous, « la tradition, ce n'est pas le s6paratisme, c'est la manifesta-
tion d'originalit£ provinciale qui ne saurait nuire k la constitution
nationale ».
Permettez-moi done, pftle £cho de son eloquence, de vous redire
avec lui :
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LE8 BASQUES
Prenez conscience de vos traditions. Garder les lecons de ses
Hres, ce n'est pas revenir en arriere ! Plus vous serez Basques,
i vous serez Francais. »
one, amis du Pays Basque, haut le front, haut les coeurs et en
at!
3 termine en vous proposant de protester avec moi contre l'idee
)lante que je trouvais enoncee par un Basque, qui a 6crit sur
Igine des Basques :
Les gladiateurs saluaient Cesar avant de tomber 6gorg£s. N'at-
Ions pas ce servile, ce derisoire hommage des Basques qui vont
li mourir... C'est a nous de saluer d'un dernier, d'un sympa-
[ue adieu, le clan des Euskariens de France et d'Espagne, les
des Gantabres de la Rome antique... », etc., etc. Je n'acheve
ertes la defense des Basques d'Espagne est en bonnes mains,
s celles des Guipuzcoans eminents qui sont venus a cette stance
s apporter le temoignage de leur prlcieuse confraternity,
'est a vous, Basques francais, qu'il appartient de protester
rgiquement contre ces paroles d'un Basque francais.
.ssur6ment — et e'est la loi heureuse du progress, — tout se
isforme dans l'humanite : legislations, Ungues, esprits, intelli-
ces, institutions, moeurs, coutumes... Une seule chose doit
;er immuable : l'amour de l'homme pour tout ce qui doit fitre
6... Rassurez-les done, ces pessimistes qui voient le Pays
que mourant, qui aflirment du haut de leur dogmatique erron6e
la nationality basquaise doit fatalement disparaltre, et dites-
p hardiment : Ceia n'est pas vrai !
[on, un peuple ne meurt pas quand, ainsi que vous savez le
e, dans toute i'ardeur de votre fiere independance, il aime les
venirs de deux miile ans dune histoire insuflisamment connue
t-etre, mais suffisamment affirmed par des actes irr^cusablement
pieux.
[on, un peuple ne meurt pas qui aime, comme vous, la foi de ses
es, resistant a toutes les 6preuves, a toutes les invasions !
[on, un peuple ne meurt pas qui aime, comme vous, sa langue
ernelle, cette langue mysterieuse et troublante qui, du berceau
ju a la tombe, exprime tantdt avec une energie rare, tantdt avec
si seduisante harmonie les sentiments de tant de generations
jours jeunes et toujours inspirees dans leur inalterable poesie...
on, un peuple ne meurt pas qui, comme vous, peut donner,
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ONT-ILS UNB HISTOIRB? l3j
dans la seule periode que nous venons de vivre : aux lettres, un
poete comme Elissambouru ; aux sciences, un savant comme
Antoine d'Abbadie; aux beaux-arts, celui que nous aimons a
nommer notre grand Bonnat, toujours debout et en avant quand il
s'agit d'accroitre le patrimoine d'honneur de la nation !
Non, un peuple ne meurt pas qui aime enfin, comme vous le
faites, le drapeau national, aussi pieuseraent cheri dans ses 6preuves
i minorities que dans ses victoires inoubli6es, flottant respects par-
tout ou la civilisation menacee et la conscience humaine con fi ante
rlclament le concours de sa force et le prestige de sa gloire !...
11 vivra toujours, ce peuple qui garde au fond du coeur le culte
sacre* de toutes ces grandes et saintes harmonies, faisceau magni-
fique que tous ici, dans un sentiment commun d' admiration fiiiale
et d'irr£ductible amour, nous saluons de ce mot divin : La
Patrie !
Adrien Plants.
16 aout 1897.
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w-w.
Ill
BASQUES D'AUTREFOIS
PAQES D'HISTOIRE
M. ALEXANDRE NICOLAI
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BASQUES D'AUTREFOIS
PAGES d'hISTOIRE
PAR
M. ALEXANDRE NICOLAI
AVOCAT A LA COUR D'APPBL DB BORDEAUX
SBCRBTAIRB OKNBRAL DB LI SOCIBTB D'aRCBBOLOGIB, MRUBRB CORRBSPONDANT
OB LA SOCIBTB ARCOBOLOOIQUB DU MIDI Dl LA PRANCR
DB LA SOCIBTB DBS BBLLBS-LBTTRBS BT ARTS d'aGBM
DB L'aCADBMIB DB LEGISLATION DB TOULOUSB, BTC., BTC.
1. L inscription d? Has parr en. — DiviniUs to piques basques au temps de la
domination romaine. — 11. Un fragment du Codex de Compostelle. —
Impressions (Van pile r in pieard traversant le Labourd en ijq6.
Moins inquiet que ce Ramuntcho, d6liciensenient £clos nagu&re
sous la plume de Pierre Loti, infiniment moins sensitif que
lui, plus calme, plus recueilli, le peuple basque — n'est-ce point
une ironie que de Tappeler encore ainsi? — poursuit sa lente
evolution parmi nous.
D'aucuns Tappelleront decadence, puisque la langue va se d6na-
turant chaque jour de plus en plus, s'encombrant de mots qui
veulent rendre les choses ou les id6es nouvelles en un charabia ni
fran^ais, ni euskarien, puisque les mceurs d'antan ont 6t6 rem pla-
ces par celles d'aujourd'hui partout uniformes, que nos lois ont
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i/fa BASQUES d' autrefois
depuis longtemps aboli les Fors, que la valse et la polka font
oublier le saut et le fandango !
Certainement, le flot de France vient battre depuis des si&cles au
pied de la Rhune et de l'Haya, et il a rong£ a la maniere du flot de
l'Oc£an qui delite la cdte cantabrique ; le Basque a peu a peu perdu
de son individuality ; il s'y est m&ine pr&te* avec une certaine doci-
lity ; contrairement a une opinion generaiemcnt re<?ue en dehors
des preuves historiques, il ne sera pas malais£ de de^niontrer qu'il
a 6t6 a toute 6poque d'une assimilation relativement facile. Ne
pouvant p£n£trer, il a ete* pe^tre* sans qu'il ait H6 par trop dena-
ture, et c'est ce dont il y a lieu de se feiiciter.
Je ne dirai done pas si ceci qui a tu£ cela en partie vaut mieux
que cela ; les lois de Involution des peuples sont de celles que rien
n'enraye, pas m&me les vaines recriminations, mais ce que je sais
bien, c'est que la langue basque n'est pas encore niorte, il s'en faut !
c'est que, si francisls que soient la Soule et le Labourd, il y a encore
une ame basque malgre qu'elle se possede obscure inent ; il y a
encore une tradition basque dont on essaie de grouper les plus
edatantes manifestations en des fetes depuis longtemps deja cons-
titutes, renouvelees avec un soin pieux. On a pu en suivre avec
inte>£t les divers developpements a Durango, a Azpeitia, a Saint-
Jean-de-Luz, en niaints autres iieux encore. A ces reconstitutions
lumineuses de la tradition basque le nom d'Antoine d'Abbadie
demeurera a jamais attache, et si tous les Basques de France et de
Navarre lui doivent un souvenir reconnaissant, leur gratitude ira
aussi aux municipality espagnoles et franchises qui se sont int£-
ress^es et de>ou£es a l'ceuvre de la Renaissance basque.
Cette ame basque que le psychologue s'effbrce de saisir dans les
replis caches ou elle se complalt — car elle se refuse a se livrer —
a tente* le romancier aussi.
II nous a prlsente* un enfant tourmente par les atavismes ; c'est
le sang des anc&tres qui bouillonne en lui ; mais sa mere le lui a
passe* avec toutes les irresolutions, tous les decouragements faciles,
toutes les nervosites d'une race fatigu£e, et cette tare il la tient
d'un pere inconnu venu des cites ou le cerveau s'£puise, ou le corps
s'an£mie, et retourne aux cites.
Ce serait la caracteristique du pays et du temperament basques
si le melange des races s'y etait partout produit dans les monies
proportions avec ses consequences profondes, mais tout le monde
sait qu'a part les cotes, ou les stations balneaires attirent les etran-
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PAGES D'HISTOIRE l43
gers et y retiennent des elements nombrenx qui finissent par
fusionner avec les autochtones, la region montagneuseestdemeur6e
a peu pres indenine dans la Soule et le Labourd, dans la Navarre et
dans la Biscaye, oil Ton est plus Basque qu'Espagnol.
Ici et la comme les cceurs vibrent a l'unisson lorsque les voix
males entonnent lc Guernicaco arbola d'Yparraguire, tour a tour
plein de coieres et de de*Bs, de melancolies et de resignations !
Une preoccupation tenace assiege le monde savant. Que sont les
Basques? d'ou viennent-ils et quelle langue parlent-iis? — car la
plus belle antiquite du peuple euskarien est son idiome raeme.
A la recherche de ces questions, nous apportons tout notre dilet-
tantisme d'e>udits, et ii nous amene par surcroft a aimer ce pays
incomparable, an point d'en avoir les nostalgies lorsque nous
l'avons une fois connu.
II faut confesser de bonne foi que ces hauts problemes d'ethno-
graphie ou de philologic laissentabsolument indifferentelagrande
masse du peuple basque, et ii n'en saurait aller autremcnt. II lui
suffit dc croirc et de proclamer qu'ii descend en droite lignc du
premier hommc cr^e* et que son diaiecte est celui qif Adam a parle !
(Test encore la toutefois la plus naive mais la plus certaine marque
de Torgueil qui lui vient du sentiment tres r£el de sa haute anti-
quit^.
Avons-nous au moins apporte* une solution ?
Une et meme plusieurs, ce qui veut dire qu'aucune n'est satis-
faisante. Ii faudrait avoir des connaissances trop sp£ciales et ni^me
avoir le me>ite de quelques observations nouvelles pour se per-
raettre d'aborder une fois de plus ces inconnues qui ne veulent pas
se d£gager encore. L'ethnographie et la philologie nous ont cepen-
dant fourni a cet 6gard des donn£es et des enseignements dont
certains peuvent 6tre consider^ comme bien d^linitivement acquis ;
les pas de geant que ces deux sciences sont appelees a faire avant
que d'avoir atteint leur majority nous r^servent a coup sur bien des
surprises, et les espe>ances que nous pouvons baser sur elles sont
assurement de celles qui se r£aliseront dans un avenir plus ou
moins lointain.
Nous enregistrerons done les resultats avec joie au fur et a mesure
qu'ils se produiront.
Si nous nous d£gageons de ces 6poques a tel point n^buleuses
pour nous qu'elles relevent presque de la pre*histoire, il nous faut
encore declarer en toute franchise que la pe>iode historique a eHe*
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l44 BASQUES D* AUTREFOIS
bien peu fouillle et que de ce c6t6 il reste a faire un dnorme travail
de d£pouillement. Tout est a mettre en oeuvre ici ; s'il nous 6tait
permis de proposer un programme aux travailleurs, nous le com-
poserions d'abord avec une extreme simplicity; les mat£riaux
abondant, les subdivisions a faire s'indiqueraient rapidement :
I. Les Basques sous la domination romaine. — II. Les Basques au
moyen age. — III. Les Basques aux temps modernes 1 .
Pour la premifere partie, le groupement des textes connus et
l'6tude des inscriptions pouvant gtre rapport£es a la region pyr6-
n£enne occup6e par eux fourniraient des renseignements pr^cieux
en nous 6clairant sur des faits peu ou point connus ; la philologie
sera ici d'un grand secours a 1'histoire de cette pdriode. Pour la
seconde et la troisifeme s^rie de recherchcs, le r6colement minutieux
des textes, i'inventaire des pieces diplomatiques, le depouillement
des archives publiques et privies, les inscriptions des monuments,
les relations des voyageurs et des pelerins qui allaient a Compos-
telle en particulier, nous flxeraient assur£ment beaucoup mieux
que nous ne le sommes sur la condition des personnes et sur celle
des terres, sur les moeurs et sur les coutumes. II y aurait peuWtre
aussi une r66dition a faire des Fors et Coutumes du Pays Basque
avec commentaires.
A ces derniers points de vue je signale uue mine inexplorde ;
c'est aux Archives d£partementales de la Gironde, le d6pdt des
archives dites du bailliage d'Ustaritz ou mieux de toutes les affaires
de ce bailliage venues en cour de Parlement. II y a trois cents gros
dossiers environ. J'ai eu la curiosity d'en inventorier sommairement
un certain nombre d^ja ; les sources d'informations de toute sorte
que Ton y puise sont a tel point int£ressantes que j'espfcre bien en
1. 11 n'y a pas encore one histoire des Basquts ; les monographies abondent,
mail ce ne sont pas des ouvrages d'une agreable lecture comme les Leltres
labourdines ou le Biarritz de Chaho, pour ne citer que ceux-la au hasard,
qui tiendront lieu de l'ouvrage historique general qui reste a faire. La
literature basque a cependant fourni sa manifestation avec le Recueil de
Contes de M. Webster, dont on attend toujours une traduction francaise ;
Farcheologie basque, quoique tres incompletement abordee, a fourni deux
bien interessants volumes : La Tombe, La Mais on basque, a M. O'Shea.
M.J. Vinson a fait de remarquables travaux de bibliographic; il nous a donne
aussi un petit volume d'abord facile, mais encore int6ressant : Les Basques
et le Pays Basque. M. le chanoine Inchauspl, M. I'abb6 Haristoy, M. l'abbe
Dubara, cinquante autres ont encore travaillc, et les philologistes sont trop
nombreux et leurs ouvrages le sont davantage encore pour que j'entreprenne
ici d f en citer un seul. J'en oublierais et des meilleurs.
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pages . d'histoire i45
avoir dress6 le catalogue d'ici k quelques ann6es. Si les voeux de
tons ceux qui s'inttfressent aux choses basques peuvent m'acconi-
pagner dans cette entreprise, je reprendrai certainement en enx
des forces nouvelles, j'y trouverai le plus r6confortant des appuis
ct des encouragements.
C'est k ce plan d'ensemble que je rapporterai les trois parties de
cette communication en essayant de retrouver quelques-unes des
divinit£s basques topiques au temps de la domination romaine.
Pour le haut moyen &ge, nous analyserons les impressions
d'un pelerin faisant le voyage de Compos telle au douzieme si&cle ;
ii sera piquant de les rapprocher de celies d'un autre p&lerin qui
fit semblable visite au tombeau du grand Santiago en 1726.
Connaissez-vous la remarquable inscription romaine que poss&de
Hasparren au mur de son £glise ? Elle a fait couler des dots d'encre,
nos 6pigraphistes frangais ne s'ensontpasreniis pour la discussion
qu'elle aouverte k leurs seules lumiferes, ils ont consults Hirchsfeld
et Mommsen. II s'est trouv£, comme k l'ordinaire, que, tous les
avis r£unis, les uns excluaient totalement les autres, certains se
complltaient heureusement sur divers points en se rapprochant un
peu quant au fond. On me pardonnera de ne pas entrerici dans le
vifd'unsujet quine repondrait pas au but restreint de ce court
aper$u. Le seul examen des dissertations qui se sont produites
entrainerait a de longs d£veloppenients ; je me contenterai de
donner en note une bibliographie aussi complete que possible de
Tinscription d'Hasparren.
En voici le texte :
FLAMBN, ITEM D(u)UMVIR, QUAESTOR, PAGIQUE MAGISTER,
VERUS, AD AUGUSTUM LEGATO MUNERE FUNCTUS,
PRO NOVBM OPTIWUIT POPULIS SB(i)uNGBRE GALLOS.
URBE REDUX, GENIO PAGI HANG DEDICAT ARAM *.
En d'autres termes :
Flamine et duumvir, questeur magister du pagus, Verus, dttegad aupris
de UEmpereur, obtint la separation des Ncuf Peuples d'avec les Gaulois. A
son retour de Rome> il dedie eel autel au ginie du pagus.
10
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l46 BASQUES D* AUTREFOIS
Gela paralt d'une mince importance au premier abord ; en rea-
lity, ce document Ipigraphique est Tun des plus int£ressants que
la Gaule nous ait livr£s.
II se place a une date incertaine, puisqu'a cet Igard il n'emportc
avec lui aucune precision de fait.
II n est toutefois pas impossible d'y supplier, on a m£me pu lc
faire tres heureusement et avec toute vraisemblance en le rappor-
tant au regne d'Auguste; je m'empresse d'indiquer que ce n'est
point parce que Verus nous fait connaitre qu'il a accompli sa mis-
sion aupres d'Auguste, ad Augustum, tous les empereurs ayant
pris ce titre indifleremment, mais pour une foule d'autres raisons
d'un ordre plus se>ieux.
Le fait que consigne ce monument ^pigraphique a une impor-
tance toute speciale si Ton considere qu'il se lie tres £troitement a
la division administrative de la Gaule et de TAquitaine en particu-
lier a un moment donn£.
Les Neuf Peuples dont Verus est Fenvoye* choisi pour presenter
leur requele a lempereur demandent a Stre s6par6s * des Gaulois,
et Verus, assez heureux pour avoir vu sa mission couronn£e
d'un plein succes, de retour dans son village d'Hasparren (pagus,
chef-lieu d'une circonscription rurale), d6die un autel au g£nie dc
son pagas en signe de reconnaissance.
L'objet de son voyage a Rome 6tait done d'une ported conside-
rable, mais il y a eu a son regard de nombreuses divergences de
vues. La question a ete* rendue plus complexe par des rapproche-
ments de textes qui ne sont pas contemporains les uns des autres
et semblent par suite en contradiction alors qu'ils s'appliquent en
realite* a des e*tats successifs de la Gaule. Les divisions de FAqui-
taine ont en eflet varie* a diverses Spoques. D'autre part, si Ton
accepte Tune des solutions proposers qui a obtenu jusqu'ici le plus
de credit, la contradiction entre les textes n'existerait plus.
Les Neuf Peuples seraient en effet rest6s unis aux Gaulois — et
par ces Gaulois il faut encore entendre les onze peuples qu'Auguste
avait adjoints a l'Aquitaine entre la Garonne et la Loire, — mais
i. Selon une lecture, le texte porte SEJVNGERE. Et de nombreux epigra-
ph is tes ont donn6 la lecon : SEJVNGERE, traduisant par : separer. D'autres
au conlraire, ayant lu : SE JVNGERE, voient dans l'inscription une
demande d'adjonction au lieu d'une separation. On apercoit aussit6t la pro-
fonde divergence qui existe entre les uns et les autres au sujet de la portec
et des consequences de la mission de Verus.
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PAGES D'HISTOIRE I$J
ils en auraient ete detaches, en suite de la mission de Verus, tant
au point de vue militaire que de la perception de l'impdt, et oest
danscette mesure que le flamine des Tarbelli, Verus, selon quelques
probability, aurait obtenu d'Auguste la separation sollicitee.
On ne peut que renvoyer ici a la discussion a laquelle s'est livree
le savant auteur des Inscriptions antiques des Pyrfates, M. Julien
Sacaze 1 .
Gette opinion tres en faveur ces temps derniers encore n'a cepen-
dant pas ete admise par tout le monde, surtout par ceux qui lisent
dans le texte de l'inscription : se jungere au lieu de sejungere.
Pour M. Eugene Gamoreyt, de Lectoure, qui vient de parler le
dernier dans la Ville des Sotiates, ce serait tomber dans une
grande erreur avec M. Hirschfeld que de restreindre a d'aussi
platoniques avantages la reclamation des Neuf Peuples.
La separation de l'ancienne Aquitaine d'avec TAquitaine Cei-
tique etait a ce moment un fait depuis longtemps accompli. L'Aqui-
taine primitive avait m&me perdu son nom et, restreinte aux Neuf
Peuples, elle etait officiellement devenue la Novempopulana
lorsque Verus va a Rome accomplir sa mission.
Divis£e en neuf cites trop petites relativement aux autres, elle
n'envoyait plus de deputes a Fautel de Lyon concurremment avec
les autres peuples de la Gaule, mais elle etait representee par un
autel particulier eieve a Lectoure. Mommsen avait deja entrevu
cette conclusion. Mais laissons parler M. Camoreyt : « Le culte
imperial particulier a la province et etabli alors dans sa capitale
est indubitable, et c'est pourquoi l'assembiee des Novempopuli put
legalement envoyer un depute legal a Tempereur et ainsi obtenir
ce qui fut demande ou quelque chose d'equivalent, comrae le
prouve Tinscription d'Hasparren. Ce qui fut obtenu ne fut nulle-
ment cette separation fi scale et militaire de M. Hirschfeld. II n'y
aurait pu avoir d'assembiee legale, aux mdmes droits que l'assem-
biee de Lyon, ni des Novempopuli de nom, ni legat, ni accueil,
ni sanction de Tempereur, si cette separation provinciale n'eiit
deja existe avant la delegation de Verus, le flamine des Tar belli
sans doute. Ce qui fut obtenu ne put done etre une disjonction qui
deja existait forcement, ni aucune autre disjonction inferieure par
consequent, mais bien une adjonction de Gaulois. Aussi n'y a-t-il
pas snr le monument SEIVNGERE GALLOS (lecture oil il faut
i. lnscr. ant, des Pyrenees.
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r 7 r **3i
l48 BASQUES D* AUTREFOIS
supposer encore que GALLOS a £te* fautivement ^crit pour
GALLIS !) mais bien : SE IVNGERE GALLOS..., en trois mots.
Gette addition des Gaulois aux NOVEMPOPVLI ne fut autre que
celie qui porta a douze les neuf peuples... Les peuples ajoutes
furent bien les Convenes, les Consoranni et les Boates (groupe's
ainsi sur la Noticia Galliarum), que tout nous montre avoir etc* des
Gaulois Strangers aux Aqui tains 4 . »
II faut reconnaltre que M. Gamoreyt base par ailleurs encore
son opinion sur des textes si importants que nous ne ferons pas
grande difficulty pour nous y rattacher pleinement. Les savants
allemands lui doivent une r^ponse; nous Tenregistrerons avee
plaisir.
II y a done eu a Hasparren, au coeur du Pays Basque, un homnie
investi d'une tres haute fonction, celle de flamine, qui a e^videm-
ment exerc6 l'ascendant de ses merites et de sa valeur personnelle
dans les assemblies d£liberatives des Neuf Peuples pour voir se
porter sur sa t£te un choix particulierement flatteur et qui suflirait
a honorer un homme, si le succes, qui ne gate rien, n'6tait venu, par
surcroit, couronner cette haute mission de confiance.
Verus, sous forme d' actions de graces au genie du pagus, nous
montre qu'il est a la fois pieux et reconnaissant ; et, chose bien
humaine, il a vouiu Conner au marbre impe>issable une Stape de
son cursus honorum, afin que la poste>it<5 n'en ignorat, et comnie
on ne pense pas toujours a tout, il a oubli£ de nous donner ce qui
nous eut inte>ess6s et renseign£s ie mieux : une date.
Vous en avez deja conclu que les Basques faisaient partie des
Neuf Peuples de la Novempopulanie, qui comprenait une foule de
petits peuples innommes chez les g£ographes anciens, et que, par-
tant, eux aussi, aiors qu ils se considdraient comme de v6ritables
Aquitains, ils avaient subi toutes les influences de cette admirable
1. La Ville des Sotiates,par M. Eugene Gamoreyt, Auch, Imprimerie nouvelle,
Th. Bouquet, rue Bazillac, 1897. — Nous ne saurions assez recommander la
lecture de ce savant travail a ceux qui s'occupent des antiquites gallo-
romaines et de Thistoire de la domination romaine dans notre Sud-Oucst.
Avec beaucoup dc science, de hardiesse et de sagacite, M. Camoreyt n'a pas
craint de discuter avec succes souvent les opinions de personnalites redouta-
bles par Tautorite qui s'attache aleur nom; il s'est revele tres ^rudit epigra-
phiste et a eleve a la Ville des Sotiates un remarquable monument.
Voir p. 120 et s., pour Tinscription dHasparren. M. Camoreyt ne pense pas
que l'inscription d'Hasparren soit d'une haute epoquo ; elle n'est pas non plus
d'une basse epoque; elle pourrait etre du deuxieme siecle, seconde moitie, ou
du commencement du troisieme siecle.
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PAGES D'HI8T01RE l49
civilisation romaine a laquelle leurs fr&res d'Espagne, les Ib£res,
et puis la Gaule plus tard, out du plusieurs siecles d'une inou'ie
prosp6rit£, une fois close Th^roique lutte que Ton sait pour le
maintien de leur ind6pendance.
Les Romaius ne gagnaient pas les peuples par la seule superio-
rity de leurs armes ; ils les seduisaient encore par leurs arts, par le
raffinement de leurs moeurs, mais surtout par le respect qu'ils
avaient coutume de partout proclamer pour la religion, les moeurs
et les usages des vaincus, auxquels ils n'ont demands en somme
que du loyalisme. Les Anglais ne se sont aussi fort attache, au
tnoyen age, les provinces francaises et la Guienne en particulier
qu'en confirmant leurs privileges, en leur en conc£dant de nou-
veaux au besoin, et Bordeaux — a une 6poque ou le patriotisme et
Tid6e de patrie n'existaient pas encore, parce que Tceuvre d'uniii-
cation de notre pays n'6tait pas suffisamment avanc£e — ne s'est
rendu que bien a regret au roi de France, lorsqu'a son tour il fut
devenu le plus fort d£finitivement.
On 61evait done des autels au ge'nie du lieu en plein Pays
Basque au temps d'Auguste deja; les Basques Itaient compris et
absorbed dans les divisions administratives de l'Aquitaine, les
Romains les avaient p£n6tr6s ; on dut s'y bonorer comme aiileurs
du titre de citoyen romain, et e'est ce que je voulais d£gager rapi-
dement, en ce tres court apergu, de l'inscription d'Hasparren, dont
on s'est peu prSoccupe a ce point de vue particulier, parce que le
probl&me souleve" par le monument epigraphique avait une port£e
d'un ordre g6n£ral qui a seule absorbs les savants.
Mais ce n'est pas tout. Ce Verus, ilamine et duumvir encore que
magister de son pagus, a une allure d6cid£ment trop romaine ;
son nom n'a rien de basque ; il est un fonctionnaire romain, un
bomme officiei, rien done d*6tonnaut s'il adore les G^sars et les
dieux de Rome. J'ai voulu, les Inscriptions des Pjre'ne'es en mains,
relever tous les noms v^ritablement ib&res qu'elles nous donnent,
et, dans le nombre, il va s'en trouver dont Tint^r^t tout particulier
n'echappera a personne puisqu'ils s'appliquent a des divinite's
basques topiques.
Du merne coup on va voir de vrais Basques vivre de la vie du
monde romain, faire des offrandes, 61ever des autels, des temples,
offrir des sacrifices, d£dier des cippes fune>aires a leurs amis ou
parents defunts sous Tinvocation du traditionnei : DEIS M ANIBVS,
et tout cela dans Tobservation du plus pur rite romain. Mais on verra
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l50 BASQUES D* AUTREFOIS
aussi que si les dieux de la grande Rome sont devenus les leurs
comiue par toute la Gaule, ils les ont encore accompagnls de quali-
ficatifs basques qui les ieur conservent propres. On connalt le Mer-
cure gaulois; ii y a le Mars basque, par exemple, et quand on lui
6leve un autel on le fait invariablement : DEO MARTI LEHERREN,
au Mars vainqueur, au Mars qui Scrase, un dieu de la guerre
farouche, terrible, qui ne dompte pas seulement, raais qui
aneantit f .
Au mus6e de Toulouse, vingt et un autels, dont treize provenant
de la seule commune d'Ardiege, sont d6dies par des particuliers a
Mars Leherren. Les inscriptions donnenttour a tour Leherren 1 ,
Leheren 3 , Leherenni K , Leherenno*, Lerenno*. Parmi les dedicants,
on outre de noms purement romains, nous en trouvons, detail qui
n'est pas a n^gliger, de bien ib&res : ceux d'Uriaxe 1 , fille d'Ha-
nossus; Osson, (ils de Priam 8 ; Ingenuus, fils dp Siriccon*; Dan-
nonia, (ille d'Harspus 10 (Harspi fiiia) ; on y retrouve, sous la forme
indubitablement latinis£e, Harispe, unnoin illustre* par un glorieux
marshal de France; Bombix, fils de Sore u , ce dernier peuWtrc
plus celte que basque, avec quelques autres. Si je citais d'autres
exemples nombreux, on verrait que les Basques ont a plaisir
echange* leurs noms contre des noms romains, et d6ja vous avez
apercu que des fils et des filles portaient des noms basques purs que
leurs peres avaient repudtes, sur les inscriptions tout au moins.
i. D'apres M. Stempf : a Je ne vois qu'un seal radical basque se rappro-
chant de ce nom, e'est leher, idee d'lcrasement, d'oii : lehertu, ecrasc,
creve ; lehertze, ecraser, crever. » Leheren, le grand serpent, joue un r61c
dans la legend e basque relative a la creation du monde, si nous ne nous
trompons. Chaho, .dans son Biarritz, a consacre un chapitre a Leherren.
Nous y renvoyons le lecteur.
2. N* 178. Inscriptions antiques des Pyrenees, par Julicn Sacaze, Toulouse,
Edouard Privat, 1892.
3. Ibid., n" 188, 189, 193.
4. Ibid., n"* 191 et 192.
5. Ibid., n- i?3, 176, 179, 184, i85, 187, 190.
6. Ibid., n° 186.
7. Uriaxe de uria : la pluie, la villc, le village, la commune, Tendroit; ici
nom de femme ; xe de Uriaxs est evidemment pour che, eche : maison ; nous
traduirons done ce nom eminerument ibere par : maison de l'endroil,
maison du village. (Indication philologique de M. Stempf.) — Voir n* 191,
p. 25o. Inscr. ant. des Pyr.
8. Ibid., n° i83, p. 245.
9. Ibid., n - 178, p. 242.
10. Ibid., n° 175, p. 240.
11. Ibid., n'i73, p. 239.
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PAGES D'HISTOIRE l5l
Passons aux dieux. Tout le Pantheon pa'ien de Rome a 6te* accepte
par les Ib&res, mais leurs dieux propres sont assurement ceux qui
nous int^resseront le plus.
Un dieu topique, n'est-ce pas le dieu ou la dtesse Erditse ?
II nous est r£v616 par une inscription lue sur un autel votif
relegue* au dix-septieme siecle dans la cour du Parlement de Tou-
louse et que Griiter publia pour la premiere fois dans son Cor-
pus 1 <Papr&s Scaliger 1 . Le monument est aujourd'hui perdu; on
n'en a plus que les lecons anciennes, elles 6taient 6videmment mau-
vaises, et M. E. Camoreyt, de Lectoure, a eu le premier Phonneur
de donner la bonne Pan dernier. Frapp6 par le caractere iberique du
nom, je m'adressai a mon excellent coli&gue et ami, M. Pabbc
Ha r is toy, cure* de Giboure, dont la dissertation philologique a 6t6
pleinement accept6e par le savant M. Stenipf, dont les int£ressants
travaux sont a signaler ici. En basque, Erditse signiiie : enfanter,
accoucher. Erdi veut dire encore, pris isolement : moitie*; itz ou
hitz : mot, verbe. Erdi-hitz signifierait : demi- verbe; et encore
herdi signifiant : enfant^, accouche, erdi-hitz £quivaudrait a :
verbe enfant^ ; couramment, Erditse respond de nos jours encore
a la premiere acception donnee.
Ne nous trouvons-nous pas en presence d'un autel d^die* par les
Consacrani Borodates a la deesse de la maternity ?
Tout me porte a le croire. On sait qu'avant et apres la conquSte,
les ddesses-mdreSy figures en des statuettes d'une argile blanche
un peu ivoirine, fabriqu^es a milliers d'exemplaires par les potiers
indigenes de PAllier et du Puy-de-Ddme, ont 616 particulierement
en honneur dans les laraires gaulois a c6te* de la V6nus Anadyo-
mene. M. Camoreyt, apres les premiers publicateurs de Pinscription,
donne, il est vrai, Erditse Deo, et non Erditse Decs. Mais le
monument est perdu ; il a 6t6 lu a une epoque oft Pon supplgait
facilement, comme aujourd'hui du reste, a une lettre #ratt£c,
absente ou d£te>ior6e. En fait le D seul de Deo ou de Dece existait
seui r^ellement, et d'autre part Pimage du dieu pouvait 6 tre un buste
i. Corpus de Griiter, 1602-1616, p. 1074 » n° 11.
2. V. Dum£ge, Monuments religieux des Voices Tectosages % 1814, p. ao5; ct
Archiologie pyreneenne, i860, t. II, p. 169, d'apres Griiter; Ed. Barry,
Memoires de VAcademie des Sciences de Toulouse, 5* serie, t. Ill, p. fi$i ;
Sacaze, Anciens Dieux des Pyrenees, i885, p. 28, n* 299, et Inscriptions antiques
des Pyrenees; Lebegue, Histoire du Languedoc, p. 4^> n * i4^» 1 ^y enftn
Camoreyt, Un Dieu injustement exclu du Pantheon pyreneen f Auch, 1896.
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l52 BASQUES d'aUTREFOIS
de femme nmtil6 f . Le t£moin manque done. Et puis les ckoses ne
se passaient pas chez les Basques comme partout ailleurs. Au sieclc
dernier encore, le Basque, Xetchecoyauna, devenu pere, se mettait
au lit au lieu et place de Yandrea. Les amis, les parents, les voi-
sins allaient lui apporter les felicitations que nous r£servons a
l'accouch^e ; e'est la couvade d 'antique usage ; encore un qui s'en
est alleM Qu'y aurait-il par suite d'&onnant — en admettant que
F inscription ait 616 complete ou bien lue au seizieme siecle par
Scaliger, car lui seul Ta vue — quErditse fut un dieu et non unc
d£esse symbolisant la maternile auguste que nous avons si gracieu-
sement, si po£tiquement honored dans une Vierge Immacul6e ? Lc
contraire inline surprendrait pour qui connalt la tradition basque,
oil les femmes n'ont pas de place officielle en dehors du foyer
domestique, ne sont pas figures, ou l'nomme dans la pastorale
s'afluble du cotillon parce que 1'acces de la scene est interdit a la
femme comme a la jeune fille, ou dans les danses les mains ne se
touchent pas, ou la chalne ne se fait qu'a l'aide de mouchoirs iso-
lateurs comme dans YAurescu?
i. Voici 1'inscription telle qu'elle est donnee par M. Sacaze : laser, ant.
des Pyr. f n'ai, p. 66, et declare 1 e inexactement lue et publiee par lui. On a
vu plus haut que M. E. Camoreyt Pa restituee avee beaucoup de bonheur ct
de sagacite dans son memoire sur : Un Dieu injustement exclu da Pantheon
pyrenSen.
ERDIT. SEL
CONS ARCAN
(Hie est protome viri)
BOUODATES
V. S. L. M.
Vidit Scaliger.
M. Camoreyt Pa restituee ainsi : ERDITSE D[EO] GONSACRANI BORO-
DATES VOTUM SOLVERVNT L1BENTES MERITO. Mais on apercoit que lc
DEO demeure arbitral re ; la ou 11 n'y avait qu'un D, on pent aussi bien lire
DEAE, et le protome viri peut avoir ete celui d'une femme.
2. L'existence de cet usage est particulierement con tea tee par notre excel-
lent collegue ct ami, M. l'abbe Haristoy. Je dois a la verite de dire que dc
nombreux savants et archeologues des Basses-Pyrenees considerent la cou-
vade comme de coutume certaine jadis. M. Ducaunes-Duval, notre savant
collegue de la Societ6 des Archives historiques de la Gironde, possede a cet
egard des renseigncments interessants. Si d'ailleurs nous nous placons en
dehors du Pays Basque, l'existence de cette pratique dans d'autres contrees
ne se discute meme pas. On remarquera d'ailleurs que nous ne donnons ici
qu'une hypothese qui n'est meme pas necessaire a notre demonstration si
Ton admet qu'il y a aussi bien pu y avoir DEAE que DEO dans notre inscrip-
tion. II y a d'ailleurs a remarquer que Erditse au dalif est peut-elre mis pour
Erditsa>y ce qui en fait encore un nom feminin.
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pages d'uistoire i53
Pour toutes ces raisons, notre proposition se justifierait si nous
ne devions aborder ces questions avec l'extreme prudence que
commande la methode rigoureusement scientifique.
Mais Erditse, dieu to pique, homme ou femme, est bien basque;
il ne sera pas rente par les descendants des ancetres qui lui firent
leurs devotions.
Vous me permettrez de ne pas m'eHendre de mfime, par la seule
crainte d'etre fostidieux, sur les dieux Erge\ Larrasoni*, piusieurs
encore sur lesquels j'ai r£uni des notes philologiques du plus haut
intSrel dont je dois tout le me>ite au philologue Stempf, qui s'est
mis a ma disposition avec tant de zele.
Je veux vous dire deux mots sur ces divinit^s ru rales qui furent
cheres a nos montagnards iberes, sSduits par un site, par unc
admirable nature, selon qu'elle se montrait a eux riante ou farouche,
par un arbre mfcme. Leur ame pleine de poesie se livre tout
entiere en ces nalves manifestations religieuses. lis chantaient, ils
adoraient, ils dansaient sur les cimes, ces primitifs ; Voltaire n'a
pens6 faire qu'une jolie phrase, peut-elre, ii a dit vrai aussi. Est-ii
assez champGtre, ce dieu Fagus, qui n'est qu'un hitre'} Sur tous
nos versants des Pyr6n6es, dans toutes nos valines, il offre ces
ombres propices cheres aux bergers qui jouent de la fldtc, du chalu-
meau, du chiroula ; les bergers amoureux de Virgiie ont chante ses
frondaisons, l'improvisateur basque moderne ne i'oublie pas lui
ou son chfine s'il veut cel^brer les molles oisivet^s parmi les
charmes des champs ; le gaitero, sur les troncs moussus, se repose
et trouve des airs nouveaux sur son flageolet rustique. Huit autels
recueillis sur le territoire de la Civitas Lugdunum Convenarum
nous montrent le h6tre tenu pour dieu et v6ne>£; trois sont
avec inscriptions : FAGO DEO BONXVS TAVRINI FILIVS —
i. Pour Erge, M. Stempf nous a fourni la notice suivante : « Erge, Erce.
Je ne trouve que Erguea (Jrigoyen, p. 46)> brulure, chalcur extreme, deman-
geaison violente, fumee, vapeur £paisse; Ercha, violence; Arge, Eclipse;
Herg idiki bat, un clin d'oeil. La syllabe ge, en basque, correspond au fran-
cais « sans. » — L'inscription qui porte Erge est la suivante : ERGE DEO
GOR1S HANNAX (is) (filius). — laser, ant des Pyr., n' 4»3, p. 5o5, el Cenac-
Moncaut, Voyage Comminges, p. 14. Erge, signifie aussi : jeune boeuf.
a. D'apres M. Stempf : « Larrasoni, de Larra, signiiie ponces, paturage ; et
Sofia, epaule, dos. Serait-ce un paturage sitae dans la montagne, a cheval
sur deux versants ? » II y a toute vpaisemblance pour qu'il en soit ainsi,
surtout si Ton rapppoche de cette inscription celle d'Aherbelste. (Voir plus
bas.) Tous nos noms de villages basques : Bidart, Hasparren, Baigorry,
Giboure, Ustaritz, etc., ont des significations de m£me genre.
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1 54 BASQUES D* AUTREFOIS
FAGO DEO JVSTVS V. S. L. M. — FAGO DFX) POMPEIA
CAII FILIA V. S. L. M«.
Cinq an£pigraphes portent la figuration d'an arbre sculpts en
relief*, et deux portent une croix sur le socle 8 , ce qui permettrait
presque de supposer qu'ils datent de Tepoque chr^tienne.
A Mouy, dans la Civitas Narbo, un temple superbe, bien dote,
est £lev£ a Larrason. II y a dans les environs de Pampelune, sur la
route qui vient a notre Saint-Jean-Pied-de-Port par le col de Ron-
cevaux, un village du nom de Larrasona. Nora basque, il se com-
pose de Larra : ronces ou paturage, et soha : 6paule, dos. Ne
s'agirait-il pas simplement dun paturage situe* dantf la montagne
sur deux versants? (Test en tout cas ce que signifie Larrasona;
Larrason*, Arbelex*, Balgorisc*, de bat gorri, lieu rouge, sont
encore des dieux topiques basques, et ce n'6taient pas a coup sur
les Romains, si riches en dieux, qui les adoraient en empruntant
des divinit6s nouvelles aux Ibercs.
Un autre dieu en fin, le dernier dont je vous parlerai pour
clore cette si curieuse se>ie, e'est Aherbelste\ Bien proche parent
i. Inacr. ant. des Pyr., n°" 116, p. 188; 117, p. 189; 118, p. 192.
2. Ibid., p. 189, 190, 191.
3. L'une d'elles est gemraee.
4» laser, ant. des Pyr„ n" 3, 4» 5, p. 9» 10, xi et 12.
5. Ibid., n" 226, p. 277. — D'aprcs M. Stempf : « Harbclcx de arbela, la pierre
ponce, le tuf ; ex, ech. pour eche, maison. »
6. Ibid., n" 214 et 344. p. 267 et ^b. — D'apres M. Stempf : « Baicorrixo.
— Peul-Stre bai (baia, baie, port abrit£) et gorri, rouge; xo, cho, est le suf-
(Ixe du diminuti(. » II y a encore, vers Saint-Jean-de-Port, le village de
Balgorry.
7. Ibid., n* 348, p. 43i. — AHERBELSTE DEO, SENIVS ET HANNA
PROCVLfl] FIL[II], — Celte inscription est Fune des tres rares dans lc
recueil de M. Sacaze qui ait donne lieu a une dissertation philologique dc
quelque etendue. On y lit, sous le n" 348 : « Aux yeux de M. Desjardins et
de M. Luchaire, les noms divins d'Aherbelste et Alardossis ou Alardostus
ont indubi tablemen t une physionomie ibero-euskarienne. » — a On peut
ndmettre, dit M. Lucliaire, l'identite de belex, bels, be 1st et se prononcer
ici, sans teme>ite, pour l'origine aquilanique. L'adjectif noir, qui entre si
souvent dans la composition des noms d'hommes et de lieux de tous les pays,
sVxprime en euskara par beltz (belch, bels) ou baltz, suivant les regions...
Quant aux radicaux divers qui precedent belex ou bels, il est plus difficile
de les reconnattre avec surety. Dans Harbelex, /HJarbels, nous verrions
volontiers un nom geographique semblable au nom propre actuel Harribe-
lech (eta}, « les pierres noires », compose de Harri, pierre, en labourdin, et
du suflixe local eta. liar, en effet, se rencontre frSquemment pour Harri dans
les noms de lieux du Pays Basque actuel. Telle est peut-etre aussi, mais ceci
;\ titre de simple supposition, Porigine d if nom divin Aherbelste, dans lequel
Aher serait une sorte de redoublement pour ar, comme dans le labourdin
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pages d'histoire i55
n'est-il pas d'un nom de lieu raoderne : Harribelecheta, les
pierres noires, en dialecte labourdin? Oa peat y voir aussi dans
Aher un redoublement de ar; le bSlier s'exprime bien ahari, et
belste e*quivaut a noir. Dans ce cas, Aherbelste, que Ton pourrait
peut-Gtre retrouver dans le nom corrompu de la valine de Larboust,
aurait pu designer, comme ii arrive pour beaucoup d'autres divi-
nites topi que s, une montagne, une valine, celle des biliers noirs.
Pius de cent noms basques nous sont donnas par les Inscrip-
tions des Pyr4n4es pour des particuliers qui elevent des cippes
funebres aux manes de leurs defunts : Edunnis, Ilurberrixo ' ,
Senixsonis, Senixson*, Andere*, Andosten, Andosso, Andoston K ,
ahari (belier), pour art Dans ce cas, ie mot Aherbelste, qui s'est pro bab le-
nient conserve dans le nom de la vallee de Larboust, devrait, comme beau-
coup d'autres appellations de divinites topiques, designer une valine ou une
montagne personnifiee. » Ces conclusions sont done a rapprocher de celles
de M. Stempf et des ndtres pour Larrasoni, Pour Aherbelste, M. Stempf nous
donne d'ailleurs la notice suivante : « Aherbelste, tel quel, sera diflicilement
analyse. En con&iderant le h comme un k affaibli et en modiliant quelquc
peu l'orthographe de belste on obtient akerbeltza, le bouc noir. »
i. D'apres M. Stempf : « Ilurberrixo, de ilfh/urria, la source, le commen-
cement, la cause; berri, neuf, recent; xo, cho, suillxe du diminutif : nouvelle
petite source. »
a. D'apres M. Stempf : « Senixsonis, Senixon. II y- a dans Aizquibel, senesia,
le zodiaque ; on y trouve aussi une forme verbale ichon, attends, prends
patience. Pourrait-on supposer ces deux mots reunis en Senixon ? »
3. Les Inscriptions des Pyrenees donnent, en outre d' Andere, Anderenij
Anderesse, Andereseni, Anderexo, Anderella, Nous reunirons done sous
Andere les observations de M. Stempf : « Andere, femme, dame, mattresse,
qui a autorite\ — Andereni pourrait deriver de anderena : celui des dames,
ilc anderen : des dames, genitif pluriel de la declinaison deflnie de andere, et
a, article defini et pronom demonstratif; anderena pourrait etre aussi un
superlatif, la dame ayant le plus d'autorite, de pouvoir, les superlatifs bas-
ques se formant au moyen du genitif pluriel. — Anderesse doit sans doutc
<Hre lu : Andereche, maison de dames, et Andereseni provient de Anderesena
ou Anderechena, celui des maisons de dames, de andere (voir plus haut),
echen, genitif pluriel de la declinaison deiinie de eche, maison, et a, pronom
demonstratif. La reunion andereche s'opere, a la maniere allemande,par simple
juxtaposition des substantifs a combiner ; comme : Hausfrau, maltresse de
maison ; Herrenhaus, maison de maitres et aussi maison des seigneurs, cham-
bre des seigneurs. — Anderexo, lire : Anderecho (voir plus haut). —Anderella
resiste a l'analyse; andere est basque, incontestablement, mais lla, ella ne se
rencontre nulle part dans les dictionnaires. Serait-ce le mot elhea corrompu ?
Nous aurions alors : la parole de dame, le propos de femme. » II est a noter
que tous ces noms sont des noms de personnes figurees dans les inscriptions
comme d^cedees ou comme elevant des monuments funebres a leurs morts,
ou dediant des autels a des divinites topiques.
4. D'apres M. Stempf : « Andosten peut etre un compose de anda, sureau,
hieble, et osten, de oste, derriere, en arriere : derrtere le sureau.— Andosso,
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1 56 BASQUES d' AUTREFOIS
Ereseni*, Cundueseni 1 , Halscotarris', Hotarri*, Neure&eni*,
etc., etc., nous montrent des Ibferes r£pandus sur les territoires
montagneux ou dans les plaines de nos d^partements .actuels des
Pyr6nees-Orientales, de PArifcge, de la Haute-Garonne, des Hautes-
et des Basses-Pyr£n£es.
aizkibel a andoa, la souche d'arbre; ma is je prefer era is lire : andu, surcau.
Dans 8S0 nous retrouvons, me semble-t-il, xo ou cho, le signe du diminutif :
petit sureau. — Andoston doit etre une variante de andosten (voir plus
hant). » — Nous n'avons pas besoin d'aj outer que tous ces noms bien iberes,
comme tous ceux que j'ai prie M. Stempf de vouloir bien etudier, sont evi-
demment deformes par le lapicide et latinises pour repondre aux desirs et
aux usages des Basques de l'epoque qui tendaient a leur donner le plus pos-
sible une allure romaine, sans pour cela les abandonner completement. Gel a
est si vrai qu'on rencontre sur les inscriptions : un tel ills d'un tel qui porte
un nom romain, alors que son pere a un nom basque ; l'inverse se rencontre,
ce qui est plus curieux.
i. D'apres M. Stempf: « Ereseni, la premidre syllabe ne donne pas de sens.
Ne serait-il pas permis de voir dans ce mot un raccourci de anderesenil »
(Voir plus haut.)
a. D'apres M. Stempf : Cunduesseni, peut-elre pour kondaesaeni, pourrait
s'expliquer par kondu, kondo, mal prononces, signifiant : cire, cierge, hacne,
coignee, residu, la iin, l'extreme; eseni vient de echena (voir plus haut),
celui de la maison du cierge ? peut-etre aussi : celui dc la maison extreme,
celui de la derniere maison ; mais dans ce dernier cas, on s'attendrait plutdt
a echekondu(gL),
3. HaUcotarris. Halsco, ou plutdt haltzco, est le genitif adjectif singulier
de la declinaison deOnie de haltz, aulne (arbre), et otarre ou otharre, panier.
Ce serai t done panier « tresse de branches ou rameaux » d'aulne; plus exac-
tement : de l'aulne.
4- D'apres M. Stempf, Hotarri, pour Otarri, paratt avoir la meme origine :
otarre, panier. Dans certains dialectes, l'e final devant l'article a se prononce
i; cette prononciation aura it- el le ele conservee pour le nom, meme apres la
chute de Va ? Otharra, plants de genets.
5. Avec le Pantheon romain accepte par les Basques et les divinites topi-
ques qu'ils adoraient sur les Pyrenees ou a leurs pieds, nous voila loin de
ce pretendu dieu unique adore par les Basques. On n'a pu ecrire que les
Basques avaient un dieu unique que par une fausse interpretation du texte
de Strabon, 011 il est dit que par les nuits sans lune les Basques faisaient des
devotions et dansaient sur leurs portes en l'honneur d'un dieu innomme ou
inconnu : Deo ignoto.
Qu'est-ce a dire, si ce n'est que Strabon, qui n'a eu que des renseignements
incomplets, souvent errones et de seconde et troisieme main, n'a connu des
pratiques religieuses des Basques que les seules que lui a livrees son corres-
pondent? 11 ignore tout des Vascons, cela se voit du reste dans son maigre
texte, et de ce que les Basques rendaient par les nuits sans lune des hon-
neurs a un dieu innomme, Deo ignoto, cela ne saurait jamais equivaloir a un
dieu unique. En dehors de cette remarque, il serait interessant de savoir sur
quelle source de renseignements authentiques se sont bases les nombreux
auteurs qui ont aflirme le dieu unique.
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PAGES d'hISTOIRE lHj
Je crois avoir fait ici ime premiere demonstration ; je vais en
essayer one autre tres rapidement.
II
Les Iberes occupaient toute l'Espagne lorsque les Romains firent
la conqugte de la P£ninsule ; prfcs de trois cents ans apres, ils d6bor-
daient encore sur tout notre versant pyr6n6en; nous les y retrou-
vons avec les inscriptions, et les noms des villes que les Romains
latiniserent sont iberes. En voulez-vous quelques exemples? Elne
est l'ancienne Illiberris ; Lezignan-sur-Jouarre, V Usuerva des itin£-
raires. C'est entre Gapendu (Liviana) et Lezignan (Usuerva) que
se trouvait le temple de Larrason. Coilioure a £te* Caucholiberis,
Geret, Cerretana. Je m'arrSte, car je pourrais trop multiplier les
exemples.
Ce n'est certes pas sous la domination romaine que les Basques
ont eu k souffrir ; ils se sont librement de>elopp£s comme tons les
autres peuples de l'Aquitaine pendant les trois siecles de lagrande
paix, et plus particulierement sous les regnes bienfaisants et r£pa-
rateurs des Antonins. Les legions etaient loin, bien loin campees
sur le Limes , le long du Rhone et du Danube.
Mais le Qot des invasions se rue sur la Gaule. Les Huns, les Van-
dales, les H^rules, les G6tules, les Alains, les Sueves, vingt autres
peuples avec eux, passent en un tourbillon furieux. Et quand cette
premiere coulee s'est produite, on aper^oit avec stupeur les ruines
fumantes de l'empire romain. La premiere invasion n'a cependant
fait que passer ; on rele ve les d6bris ; d'ouvertes les villes deviennent
des places ferm^es, des oppida, des castra, des castella. On percoit
encore dans le loin comme un bruit sourd qui va grandissant; c'est
la galopade des chevaux des barbares. Et les voilk. Mais ceux-ci
restent. La Gaule va connaitre la domination wisigothique ; ces
conquerants se donnent des institutions ; le sol, ils Tout pris ; le
soldat est devenu laboureur. L'Aquitaine est soumise. Les Basques
se sont r£fugi£s dans leurs montagnes et ils y tiennent bon. Gette
fois ils ne s'assimilent pas, parce que d6ja ils ont 6te victimes d'un
premier refoulement, d'une premiere compression. Tout le mal leur
vient de ces voies, de ces routes, de ces ports des Pyre*n£es que les
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1 58 BASQUES D* AUTREFOIS
barbares franchissent tour a tour, et ils ne s'arrfitent pas de passer,
lis sont legion, eux ue sont que poignee.
Alors se fait ce groupement du peuple ibere qui occupait Tun et
l'autre versaut des Pyrenees, il devient un noyau compact et se
canto une dans la region montagneuse la plus inaccessible, la plus
impraticable militairement, celie qui se defend avec le moins
d' homines contre un plus grand nombre. Elle est exactement entre
deux routes, entre Tancienne voie romaine qui venait a Roncevaux
franchir le Summum Pyrenceum pour p6n£trer en Espagne, et
l'autre voie romaine qui de Burdigala par les Landesj par
Bayonne, par Irun, entrait encore dans la P£ninsule. Et c'est ce qui
explique que, tandis que les Iberes de 1' Espagne avaient £te depuis
longtemps absolument refoules, entrained et jetes dans la mer, nos
Basques pyrSneens etaient restes invioles dans leurs derniers
refuges, oil ils redevinrent sauvages et terribles, 6piant les ports
derriere les roches de leur ceil de milan.
Les invasions ont valu aux Basques six a sept siecles de barbarie
profonde ; barbares, ils le sont encore quand Charlemagne va com-
battre le Maure avec ses paladins.
Oh ! la dolente aventure que fut ce retour de Carles li Reis nostre
emperere magne, Carles a la barbe floriel N'entendez-vous pas
encore les appels 6perdus de l'olifant? Le preux Roland souffle si
fort que le sang vient a ses lerres et quand, tout trouble^ Caries li
Reis croit percevoir la plainte lointaine, Monseigneur l'archange
Gabriel a deja recu le gantelet du paladin.
Je reviendrai peut-Stre quelque jour sur P6pop£e, sur la chanson
de geste que pas un petit Francais ne devrait ignorer.
Sauvages farouches, les Basques le sont encore quand le moinc
Eymery Picaud franchit les Pyrenees, conduisant a Compostelle
la riche et belle Gerbega, noble dame des Fiandres. II a cerit la
relation tout entiere de son voyage ; le P. Fita et Julien Vinson
Tont publiee. On vous a donne* hier quelques-unes des impressions
de Picaud. Sous sa plume, le portrait des Basques n'est guere flat-
teur ; ii est si noir qu'on serait presque tent^ de le croire un peu
charge*. Ce Picaud devait £tre un (ier poltron; j'imagine que Ger-
bega avait du courage pour deux. Dans Mairtzelle Nitouche, c'est
Cadet qui a peur et Babet qui n'a pas peur. II s'efFraie terriblement
rien qu'a voir leurs traits durs et farouches, rien qu'a entendre
leur langage baroque, et le coeur lui manque. Et puis ce sont de
terribles douaniers, ils s'avancent vers vous qui passez, avec des
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pages d'jiistoire i59
javelots dont la pointe est a tout instant inqutetante : d6cid£ment
Picaud en a la chair de ponle ; ils vous fouillent, vous obligent a
vous deshabiller sans facon, vous mettent quasi nus comrae de
petits saint Jean ; il oublie de nous dire s'il y avait des dames
visiteuses pour Gerbega. Ces Basques vous font payer des tributs
£nornies, et cela sans droit aucun, les pelerins en £tant exone*r£s ;
pour un sou de France ils assassineraient dix Francais. Et puis il
passe aux Navarrais, dont le portrait n'est pas plus flatted Basques
commeJes autres, ces gens-la sont sales sur eux, sales dans leurs
vGtements, sales quand ils mangent et quand ils boivent. Homraes
et femmes, maitres et domestiques, plongent leurs doigts dans le
plat unique et boivent dans le verre unique. II les compare tout net
a des pores; il est vrai que le latin permet de tout dire. Parlent-ils :
il vous semble entendre des chiens qui aboient. Ils sont cependant
chr^tiens; Dieu, ils l'appellent Urcia ; la mere de Dieu, Andrea
Maria. Picaud a recueilli de ci de la quelques mots du vocabulaire
basque et nous les fait connaltre, ce qui est assur£mcnt tr&s int£res-
sant. EnQn, ces malheureux Navarrais sont pleins de mechancet£ :
ils sont noirs, ils ont Tceil niauvais, ils sont pervers, perfides, trai-
tres, corroinpus, Hbidineux, ivrognes, mal Aleves, d'une impi£t£
sans pareille, enfin rompus a tous les vices. De fait, je ne me per-
mettrai pas d'aller plus avant dans la citation : vous irez au texte
si vous tenez a etre completement £difi£s.
Lepays est cependant plus beau, plusrjtahe, mieux approvisionne*
en Navarre que sur le versant francais, et Picaud, qui n'est pas
insensible a la grandeur et a la beauts des pay sages, nous fait des
descriptions, celle de Roncevaux entre autres ; tout cela serait plein
d'intlrdt, mais tout ne pent £tre traite* dans une conference.
11 y a un dernier detail que je vous livre cependant. Les Irrin-
zihas Tont frapp6 ; ces cris de guerre, d'appel ou divertissement,
ne se sont pas perdus et la nuit dans nos montagnes ils troublent
profonddnient. Voiia done un document qui nous prouve bien
l'anciennete* de rirrinzina ; 6coutons Picaud : « Lorsqu'il sort de sa
maison ou y rentre, il siffle comme un mi Ian; et quand il s'est
cache ou qu'il se trouve dans des iieux deserts, toujours pour ra-
piner, s'il veut, tout en restant dissimule\ appeler ses camarades
sans reveler sa presence, il chante a la maniere du crapaud, ou
ulule a la maniere du loup. »
Rapprochons ces impressions de celle d'un pelerin picard qui, se
rendant aussi a Gompostelle a six siecles de la, en 1726, passe par
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l6o BASQUES D* AUTREFOIS
Saint-Jean-de-Luz et par Irun, au lieu de suivre la route d'Ostabat
et de Roncevaux. II s'appelle Manier f .
A Bayonne, il descend au faubourg du Saint-Esprit, chez une
M me Belcourt, premiere maison en arrivant, a droite; l'enseigne au*
dessus de la porte est une coquille de Saint-Jacques. G'est Ik que
tous les pelerins logent a Taller et au retour. Gette femme, nous
dit Manier, comine plein d'enthousiasme, est connue aux quatre
coins du monde.
Involontairement vous pensez tous avec moi que le dix-neuvieme
siecle nous a donne* un pendant a M me Belcourt ; vous pensez a la
belle M mc Poulard, du Mont-Saint-Michel; elle est aussi connue
aux quatre coins du monde. Beaucoup ont cherche* dans son hdtel-
lerie la merveille du Mont, laissant les arch6ologues accrocher
leurs r£ves aux dentelles des clochetons et des ogives, aux perils
des escaliers qui franchissent Fablme sur des arcs-boutants aeriens
et lagers comine des pennes d'oiseau !
Manier muse par les rues de Bayonne; ii veut voir la reine
d'Espagne, qui y est exii£e, dans le secret espoir d'avoir quelque
aumdne ; on l&che les laquais apres lui, et il risque la bastonnade.
Le voila refroidi. Par Stapes ii s'achemine sur la frontiere; il passe
a Bidart, arrive a Saint- Jean-de-Luz.
<r De Bayonne. — Dans cette ville est un faubourg appele le
faubourg de Saint-Esprit, oil nous avons couche* chez M me Belcourt,
la premiere maison en entrant sur la droite, ou est pour enseigne
une coquille de Saint-Jacques attached au-dessus de la porte. (Test
la oil tous les pelerins de Saint-Jacques logent en allant et venant.
Cette femme est connue aux quatre coins du monde pour cela.
« A la porte, est une sentinel le pour empScher les soldats dc
sortir de la ville. Nous ftimes tres bien couches chez elle.
« Le 5, qui 6tait dimanche, nous avons laisse* nos hardes chez
elle et nous sotmnes mis le plus propre qu'il nous fut possible et
i. Le Voyage tVun Pelerin picard a He publi6 par notre excellent collogue
M. de Bonnault d'Houet, a I'ouvrage duquel nous sommes heureux d'avoir
fait l'emprunt qui va suivre, avec son aimable autorisation. Ce curieux
ouvrage, que M. de Bonnault d'Houet a assorti d'une preface extremement
interessante, de notes nombreuses, d'un appendice et d'une carte, merite de
se trouver entre les mains de tous ceux que ce sajet rapporte a notre contree
pourra interesser. (Pelerinage d'an paysan picard d Saint-Jacques de Com-
postelle, an commencement du dix-huitieme siecle. Montdidier, imprimerie
Abel Radenez, 1890.)
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PAGES D'HISTOIR£ l6l
avons passe de quatre k cinq fois sans que dans la quantity de plus
de trente sentinelles on nous ait rien dit. (J'avais change^ un ecu de
six livres en argent d'Espangne.) Ayant traverse* le pont, tel que je
le dirai, nous sommes parvenus dans le faubourg du c6X6 d'Es-
pangne, oil 6tait un fort beau chateau ou demeurait la reine douai-
riere d'Espangne, veuve de Charles VII 1 , qui est une femme haute
de six pieds, ou elle est gardee par des troupes de France de la
garnison de cette ville. Nous nous sommes Ik rejoints tous quatre,
oft nous avons reste* quelque temps, esp£rant quelque gratification
d'elle ; mais au contraire, un valet de chambre vint a parattre, qui
nous fit galoper par une sentinelle, nous voulant fa ire reconduire a
la ville, ce qui nous fit prendre la fuite aussitdt.
« Et dans ce temps, Delorme et moi avions r£solu de quitter les
autres, k cause de leur maniere de vivre qui n'£tait pas du tout
traitable ; et Delorme me trahissait k merveille, il racontait aux
autres nos resolutions entre nous deux. Voyant cela, nous mar-
chauies tous ensemble jusqu'k Usa(Oazac) y et plus loin a L'Anglet,
ou nous avons couch6 dans une Scurie oil j'ai perdu pour un ecu
d'argent d'Espangne.
« Le 6, je suis parti pour ailer a Desvidalle, k Bidard (Bidarl), a
Saint- Jean-de-Luz, derniere ville de France*. Cette ville ne passe
que pour un bourg, mais il est tres gros, bien peuple\ garde* par
des troupes de France. La mer arrose les murs de cette ville. II y
a un pont dans le milieu qu'il faut traverser, fort long, devant
entrer dans la ville. La mer bat contre un mur qui est entretenu de
10 ou ia pieds de haut et autant d'epais. L'on le fait a neuf trois ou
quatre fois par an, a cause de l'inip&uosite* avec laquelle les flots
viennent frapper contre ce mur. Les flots accourent Tun sur Tautre,
aussi fort qu'un cheval de poste; et y ^tant arrives, ils s^levent
en Fair plus de 20 pieds de haut et retombent en arriere sur les
autres, et to uj ours de m£me. Dans cette ville se faisait un vaisseau
neuf.
« Dans cette province, la m&hode de se coiifer : pour les hommes,
au lieu de chapeaux, ce sont des bonnets d'etofte de couleur de celle
des Savoyards, faits en facon des bonnets que les bedots ou servi-
1. II est question de la veuve de Charles II, Marie-Anne de Neu bourg, iille
de Telecteur palatin, releguee a Bayonne en 1706, a la suite de ses intrigues
en faveur de son neveu l'archiduc Charles, morte a Guadalaraja, en 1740*
3. II y a a Saiut-Jean-de-Luz un vieil h6pital, sous le vocable de Saint-Jac-
ques, qui a ete construit specialement pour les pelerins.
11
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i (5 2 Basques d'autre^oiS
teurs d'lglises se servent en France. Les femmes ont des mantilles
noires sur leur t£te ; elles sont d'une humeur tres charitable.
« Apres cela, ftimes dans nn cabaret a cidre a 2 sols le pot : du
cidre exquis. lis ont la m£thode de les mettre dans des longues
pieces, qu'ils appellent foudres, qui ont dans le milieu i5 ou 16
pieds et bien 3o pieds de long, avec des gros robinets de bois. Dans
le jardin de cette maison 6tait un arbre de iaurier qui avait environ
pied demi de tour dans le bas, haut de bien 3o pieds, droit com me
un jonc.
« Ensuite du diner, fftines a Orrungne [Urrugne], bourg, a Bidard
[Baita?], au Pas-de-Vieux-Vis [le pas de B£hobie], le dernier vil-
lage de France, oil est une petite riviere qui fait la separation de
la France avec l'Espangne.
« fitant arrives au bac, le bactier nous refuse le passage. Etant
bien embarrasses, pour lors nous avons r£solu d'attendre la nuit
pour passer sur des fascines de ble* de Turquie que nous nous pro-
mettions de faire en voyant devant nous, n'eftt 616 un premontre"
qui venait d' Espangne, qui, nous voyant embarrasses, pria le
bactier pour nous de nous passer, ce qu'il fit pour chacun un sol.
« Entree en Espangne par la Haute-Navarre. — D'abord que
nous f (lines passes cette petite riviere, nous somraes arrives dans
une petite ville de la Navarre, nominee Sainte-Marie-de-Hiron
(Yrun), par un jour de fete.
« Nous avons d'abord vu une quantity de filles et de femmes
revenues chacune de si grande beaute\ qu'ii semblait £tre dans un
lieu de devices, avec leurs cheveux en nattes, des corsets bleus ou
rouges, faites au tour, des visages mignons au dela de ce qu'on
peut imaginer. (Test pourquoi, peux dire que cette ville est par-
tagee d'un aussi beau scxe, comme il s'cn pent voir de toutes les
villes de r Europe, et, au contraire, pour la laideur des hommes.
Les femmes ont des manches a la mariniere comme les hommes.
« Les eglises sont superbement orates. 11 n'y a guere de villages
en Espangne qu'a Fentree et au sortir il n'y ait une chapelle bien
orn£e et entretenue avec de l'huile qui brftle toujours. Quand on
sonne VAngelus dans ces pays, en tel endroit que Ton se trouve,
faut se mettre a genoux. lis y font mettre les etrangers, m£me de
force, en cas de resistance.
« Nous f&mes coucher chez le passeur, qui ne d£gene>ait pas en
beaute, non plus que les autres meme de toute la Biscaye. Mais
notre plus grand euibarras, c'est d'avoir perdu tout a coup l'usage
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pages d'histoire i63
de la langue fran$aise et d'entendre pas parler m£me espagnol,
mais biscayen, langue plus difficile que l'alemant. Nous fumes
obliges de deuiander notre nlcessaire par signes, corauie des
muets. Le cidre k 4 sols Va&ombre.
« Pour payer, c'ltait encore pire : fa Hut passer k leur compte et
leur mettre l'argent k la main pour se payer. II nous a cout£ chacun
8 sols, qui font 4 rials de plate d'Espangne et 4° sols d'argent de
France.
« Le 7, partant de Ik, avons vu sur notre droite la ville de Fon-
tarabie, autrefois si&ge des Francois. II s'y voit encore la brfcche
qu'ils ont faite. II n'y a que deux portes pour y entrer. La ville est
tr&s petite et elle est arrosle de la mer.
« Ensuite nous fumes k Yron, village superbe comnie une ville,
ferml de portes; de 1&, a Yarson(Oyarzun); k Rintaries (Renteria),
oil il y avait des soldats en garnison : c'est un village tres beau.
Apr&s cela sommes passes k un quart de lieue de Saint-Slbastien,
oil nous avons vu la br&che des Francois. II n'y a que deux portes,
une par terre, une par mer. »
Les temps sont done bien changes depuis Aymery Picaud, de
peureuse mlmoire !
Vous allez, les stances du Congr&s terminles, vous rlpandre par
ce beau pays, oil sur les tertres verts, par-dessus les chevelures des
mais, les pignons des fermes, les toits rouges, les blauches facades
avec les colombages de bois jettent ces notes si Iclatantes et si
vives, baignles dans la lumifere et l'azur.
Aux portes des maisons, en musant vous aussi, vous lirez les ins-
criptions, des devises graves, gaies ou ironiques. Ici, vous le savez,
vous l'avez vu au linteau de la porte : Fhomme fait ce qu'il peut et
la fortune ce qu'elle veut. J'ai fait ce que j'ai pu et ma fortune a
6t£ ce qu'elle a voulu.
Au clocher d'Urrugne, le cadran de Thorioge quand vous le con-
sulterez vous dira que toutes les heures blessent, et que la derniere
tue. A Sarre, la vaillance des Basques qui Icras&rent un jour ceux
de Vera est commlmorle en une inscription que voulut Louis XIV.
Le long des jeux de paume vous verrez les enfants s'exercer, un
autre jour les pelotaris s'acharner a la victoire, un dimanche apres
les vSpres un curl ou un vicaire brandir la chistera, soutane
retroussle. Par les champs, sur les jetles, vous pourrez £tre arr£t£
par une procession qui s'lgr&nera ; la grande croix d'or, Tenvole-
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l64 BASQUES D* AUTREFOIS
ment des gazes 16gferes, le flottement des banni&res, la voix mftle
des homines, le cantique cri6 a tue-t6te par les enfants, vous inspi-
reront un recueillement.
Enfin vous serez saisis, envelopp£s par le charme basque qui
opfere si fort et si vite.
O Basques, que j'aime parce que j'ai d'abord connu au milieu
de vous quelques-uns des plus beaux, des plus teudres, des plus
iutimes jours de ma vie, de ceux que Ton vit a deux dans le r6ve,
vous que j'aime parce que vous vous trouvez associes a ces souve-
nirs, oh ! restez, restez toujours les monies, bien Fran^ais, mais
bien Basques.
Filles a vos fandangos, pelolaris a vos murs, femmes aux joies
de vos chastcs interieurs, enfants a vos jeux, a vos devinettes, a
vos danses, tous a vos traditions, a votre langue, a votre sol ;
naissez, aimez, chantez, dansez, vivez, mourez en Basques, dormez
enfin dans la paix de ces cimeti&res si pleins de po£sie ou la brise
fait doucement frissonner les herbes folles, et, le soir, pendant les
belles nuits estivales, Fame de vos ancgtres viendra planer sur
vous !
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IV
COUTUMES MORALES DU PAYS BASQUE
PAR
M. BERDECO
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COUTUMES MORALES DU PAYS BASQUE
PAR
M. B E R E> E C O
Mesdames, Messieurs,
Plusieurs causes physiques et morales contribuent a former
les nations : le climat, la religion, le gouvernement, les
moeurs et T^ducation prise dans son sens le plus 6tendu.
Jamais climat ne parut plus propre a former un peuple grave
dans son enjouement, religieux, brave et laborieux, que celui qui
fait sentir sa douce influence depuis le pic d'Anie, a la cime nei-
geuse, jusqu'au bord du golfe azure, oil, sur un lit de sable d'or, la
mer Gantabrique calme ses fureurs et berce ses flots en de molles
caresses.
Ici me me, en cette belle cit£ de Saint- Jean-de-Luz, FOce^an et la
montagne se donnent la main : celle-ci abaissant ses croupes,
corame une belle baigneuse quiveutse livrer toutentiere aux flots,
celui-la etendant ses bras autour d'une conque incomparable pour
c&e'brer un £ternel hymen avec la vierge pyren^enne.
Nul lieu, n'est-ce pas? u'eftt pu 6tre mieux choisi, pour fOter, en
une glorieuse apotheose, la race euskarienne, la plus ancienne
certaiuement de TEurope.
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l68 COUTUMES MORALES
A quelle 6poque lointaine nos ancfctres s'etablirent-ils dans cette
region be*nie du ciel? D'autres, plus autoris6s que moi, s'efforce-
rout de soulever le voile d'une myste>ieuse origiue. Ce qui paratt
certain, d'apres les plus anciens chroniqueurs, c'est que, des les
temps les plus recul£s, les Basques jouirent dune civilisation rela-
tive et d'une absolue ind£pendance.
En s'eloignant de l'£tat primitif, ils restfcrent toutefois, grace a
leurs raoeurs simples et a la legislation, loin de cette corruption
qu'une longue prosp£rit£ engendre parmi les hommes. Les guerres
continuelles contre les Romains, les Goths, les Maures, les Francs,
firent parvenir les Basques a ce degre* de vigueur et de force qui
fait germer de toute part la glorieuse moisson de l'hlroisme.
Des besoins simples et peu multiplies, un repos prlcieux mais
incertain, une patrie dont la position geographique 6tait telle qu'il
fallait la deTendre a chaque instant des insultes des voisins, enfln
peu de lois Writes, mais des coutumes qui garantissaient Tind^pen-
dance individuelle du citoyen, entretenaient nos ancfitres dans
une activity continuelle, qui bientot ouvrit a nos marins, par exeni-
ple, l'entr£e de toutes les mers, tandis que les codes modernes, ^la-
bores par des pouvoirs centralisateurs a ou trance, endorment les
g6n6rations actuelles dans une molle inaction.
De religion, les voyageurs et geographes anciens sont unani-
mes pour certifier qu'ila n'en poss6daient aucune dans le sens
exact du mot.
Les Basques ne d&fierent pas, comme les Grecs, tons les ph6no-
menes de la nature; ils n'enchant&rent pas leurs sens par les char-
mes du merveilleux, mais des allegories morales, des chants aux
modulations harmonieuses et graves, offrirent a Tesprit du peuple
euskarien une pature inte>essante.
Point de Jupiter assemblant les nu£es sur lescimespyr&ieennes,
point de Neptune enchainant et soulevant tour a tour les flots
des mers ibe>iques, mais un seul Dieu : Yaun-Goicoa, le Seigneur
d'en haut, maltre absolu de Tunivers.
De lui provient la ve'rite' : Egia, c'est-a-dire la lumiere de Tame;
Ekhia, le soleil, la lumiere terrestre ; il crea Trail : Begin, la
lumiere du corps.
Egia, Ekhia, Begia, ces trois choses principales, n£cessaires a
la vie morale comme a Texistence mate>ielle, sont exprim^es en
notre langue par le meme mot, 16gerement modifie* pour la clart6
du verbe.
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DU PAYS BASQUE 169
Longtemps l'Euskarien se contenta de son deisme primitif.
En l'an 63i settlement, saint Amand convertit les Souletins ;
deux ou trois socles plus tard, l'evftque saint Leon fit entendre la
bonne nouvelle aux Basques du Labourd.
Peut-fctre le Pays Basque, parvenu apres tous les autres peuples
au catholicisme doit-il k la jeunesse relative de sa foi la verdeur
et la vivacity de ses croyances.
Ge serait se tromper cependant que de croire a l'absolue influence
du christianisme sur Texistence sociale de l'antique nation. Deve-
nus Romaius, les Euskariens ne se transformferent jamais en
Latins. (Test ce qui explique, a rencontre de Urates les lois histori-
ques, qu'ils purent, longtemps encore, du moins en Navarre, gar-
der leur indlpendance.
Leurs coutumes morales demeur&rent conservees pieusement k
l'ombre du foyer domestique, comme une religion aussi sainte,
aussi sacr£e que celle qu'ils venaient d'embrasser.
Ainsi le droit d'heritage concede k l'ainl des enfants, gar$on ou
fille, est un usage exclusivement iberien, car partout ailleurs le
premier-ne des males heritait seul. De la des consequences nom-
breuses et inattendues dont la premiere devait etre la fixite de la
famille.
Par une fiction geniale, la maison paternelle, cette demeure de
pierres et de plancbes, devint une personnalite vivante, possedant
un etat civil, imposant son nom a ses habitants, leur errant des
obligations sou vent rigoureuses, mais en revanche assurant la
perennite et la prosp6rit6 materielle et morale a la race abritee
sous son toit.
La base sociale ainsi etablie, toutes les institutions publiques de
la nation euskarienne s'enchalnent dans leur ordre normal, mai-
son commune, 6 tat, pour se grouper dans l'harmonieux ensemble
qui se nomme la legislation forale.
Mais, Mesdames et Messieurs, ce serait trop longtemps vous
retenir, si je voulais vous exposer toute leconomie de nos usages
successoraux, d'autant mieux qu'un de nos distingues compatriotes,
M. Louis Etcheverry, disciple de Le Play, s'est charge de les faire
connaltre avec une competence et un talent incontestables dans sa
monographie de la commune de Saint- Jean-le-Vieux .
Mon r6le, j'en suis heureux et pour moi et pour vous, est rendu
ainsi plus facile* Puisqu'il s'agit de coutumes morales, je dois de
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1^0 COUTUMES MORALES
toute n6cessit£ vous faire p£n6trer au sanctuaire domestique, dans
l'interieur de la maison blanche et rouge, aux larges auvents, s'6-
levant entre de grands chines sur les flancs du coteau, fiere de son
isolement, comme l'Etcheco-Yaun qui 1'habite est fier de son inde^
pendance.
Nous sommes a l'avant-veille d'un mariage.
Dans la chambre de c£r6monie, au lit a colonnes drape de
grands rideaux rouges, Yuana Elhordoy attend, entour£e de ses
parents en habit de fgte.
Elle sait bien de quoi il s'agit.
Depuis six ans, tous les samedis Ganich estvenu, au moment ou
se leve T^toile du berger, frapper discretement a sa fen3tre et lui
faire la cour.
Le samedi est exclusivement consacre a la V6nus euskarienne ;
en Souletin on lui donne le nom caracte>istique de Nesca-eguna,
jour desfilles ; en dialecte labourdin, Lagun-bata, journ£e de la
reunion ou des rendez-vous. C'est en effet la veille du dimanche
que tous les Ganichs du Pays Basque vont visiter leurs Yuanas.
Entre vues morales du reste, qui apres un temps plus ou moins
long se terminent invariablement par le mariage.
II en avait 6te* de m£me des prelirainaires de celui de Yuana,
mais enfin deinand£e ofliciellement, le jour de la c6r£monie nup-
tiale eHait fixe*.
Mais il faut que toutes les formalins du rituel s'accomplissent.
Et c'est pour cela que la brune fiancee attend, le coeur un peu
trouble, le dernier message de son bien-aim6.
On frappe a la porte de la chambre. Qu'on entre I Un couple,
fille et gar^on, amis de la famille du futur, paraissent : « Nous
venons, disent-ils, demander a demoiselle Yuana Elhordoy si elle
veut faire l'honneur a Ganich, h£ritier de la maison Amespil, d'en-
tendre la messe a ses cdtes. »
Deux mouchoirs brodSs, donn6s a chacun des ambassadeurs par
FSpouse de demain, sont toute sa r^ponse.
N'est-ce pas Ik une coutume morale charmante dans sa naivete ?
La Bible et l'lliade, ces deux livres marmor6ens places au fronton
de Thistoire, n'en contiennent pas de plus po6tique.
Mais d6ja les presents matrimoniaux offerts par les parents et
amis sont dirig£s vers la maison nuptiale. lis sont rustiqucs :
moutons gras, aux comes dories et a la toison peinte de couleurs
multicolores ; vins des crus reputes du pays, Jrouleguy et Bai-
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DU PAYS BASQUE IJI
gorry, Garris, Luxe, Arrast, nectars souvent un peu acides qui
£chauffent les cerveaux et mettent les gosiers basques au diapason
exige pour Virrincina, liqueurs aux formules inconnues, mais aux
Etiquettes flamboyantes, volailles di verses, patisseries mont6es, et
plus particulifcrement le pyramidal gateau a la broche dont les
matrones de MEharin ont la sp6cialite.
J'allais oublier le principal, le cadeau symbolique de l'6pouse.
II est compost de quatre grands pains et il signifie naturelle-
ment que l'abondance doit r£gner dlsormais dans la maison con-
jugate.
Des jeunes femmes 6quilibrent sur leurs totes les paniers enru-
bannls contenant les offrandes. Elles marchent, l£g&res, les robes
retroussEes sur leurs jupons rouges, le long du sentier sinueux,
cadengant le pas au rythme de la chanson c£l£brant les vertus des
6poux et les charmes de rhym6n6e, tandis que le jeune « muthil »
qui conduit en tSte le mouton a la grosse sonnaille tire de temps
en temps des coups de pistolet repercut^s par les £chos de la mon-
tagne.
On croit r£ver quand on voit pareil p&lerinage se d^ployer dans
la solitude et trancher par sa note eclatante sur le paysage un peu
triste des taillis de tausins grisatres et des fougeraies rougies par
le vent du Sud.
A la suite de ce cortege, les meubles de la mariee, car elle porte
tou jours en dot, a dEfaut d'autre chose, avec ses vertus privies,
rameublement de la chambre nuptiale.
Sa fierte pudique lui defend d'user d'une couche qui ne soit pas
la sienne. Sur le devant du char, dans une pose hi Pratique, la
couturiere qui a confectionnE le trousseau porte le miroir, puis,
au-dessus des meubles, coquettement group£s et enrubannes, une
quenouille charg^e de lin et ses fuseaux, un devidoir, un balai, un
lEger rateau et un sarcloir, instruments symboles des occupations
qui attendent la femme dans son nouveau manage.
Enfin le cortege arrive a la porte du logis, mais la il faut encore
parlementer.
La porteuse de pain s'avance vers le seuil et toutes ses compa-
gnes forment demi-cercle.
« Que Dieu vous ait une bonne journ6e ! » dit-elle.
« Et a vous aussi. Que voulez-vous ? » r^pond-on.
« Nous venons porter ces presents de la part de demoiselle
Yuana Elhordoy. Voule^-vous les accepter ?
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172 coutumes morales
— Gela est tres agrlable. Entrez ! vous fctes les bienvenus ! Ongi
ethorri! »
Sans autre transition, comme cela arrive dans la vie pour les
joies et pour les douleurs, je m'en vais, Mesdames et Messieurs,
vous faire passer de la c6re*monie joyeuse du mariage a celle
lugubre de l'enterrement.
Du clocher de l'humble eglise du village tinte le glas de l'agonie.
Un pftle moribond se debat sur sa couche de sou (Trance. II ne peut
pas expirer et les siens sont arrives a ce moment psychologique
ou Ton prie k deux genoux, demandant &la mort, que Ton voulait
eloigner tout k Theure, de s'approcher et d'op^rer une d£livrance.
Le medecin a pris conge* d^flnitivement, le prdtre est venu, a
prodigul des secours spirituels, est parti a son tour. Et le patient
rftle en des tortures atroces, criant de I'achever.
Alors un voisin monte sur le toit de la maison, souleve quelques
tuiles et fait une 6troite ouverture pour que l'&me du mourant,
enchain£e dans un corps en d£tresse, s en vole plus aisement vers
le ciel, sa derniere demeure.
Chateaubriand, dans ses Natchez, je crois, a raconte* quelque
chose d'analogue : simple coincidence sans doute, t£moignant des
memes sentiments et d'identiques croyances chez les nations pri-
mitives.
La mort survient enfm.
La cloche sonne toujours, reclaniant maintenant des prieres pour
le repos de I'&me du trepasse\
Yoici la scene qui se passe dans la chambre mortuaire. Le voi-
sin ou la voisine, selon le sexe du deTunt, souleve le drap mor^
tuaire, penche le cierge b£ni et lentement et successivement fait
tomber sept gouttes de cire sur la chair d£j& glac£e qui gresille a ce
contact brftlant.
Tout a Theure, en un cas special, on disait k la mort : « Venez ! »
maintenant on prend des precautions contre les supercheries dont
elle est coutumiere. Gar n'y a-t-il pas 1&, en dehors ru£me de la
coutume religieuse imposant au cadavre la marque ind^lebile du
chr6tien, une precaution prise contre les enterrements prema-
tures?
Cependant bientdt un modeste cercueil, sortant apres tant d'au-
tres de Fantique logis, prend k son tour le cbemin du champ du
repos.
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DU PAYS BASQUE 1 73
L'usage g6n£ral veut que Ton repande k ce moment precis, pres
du seuil, tine legere poignee de paille a laquelle on met le feu.
Gette flam me, cette fumee bleuatre qui monte vers la voute
azur£e, symbolisent Tame se hatant vers d'autres destinies, tandis
que la mince pincee de cendre noire qui demeure sur le sol est
com me un « ci-git », inscription fun&raire applicable a notre d6-
pouille materielle.
Les obseques sonttoujours imposantes, car les parents, les amis,
meme les simples connaissances, se font un devoir d'y assister.
Tons ont 6te prerenus du d6ces, tous jusqu'aux... animaux.
Et ici permettez-moi, Mesdames et Messieurs, de vous entrete-
nir d'une coutume charmante dans sa naivete.
Les abeilles ont quelque chose de rhumanite. Ces petits Gtres
sont doues d'une intelligence remarquable. lis vivent en commu-
naute\ se donnent des chefs, entreprennent des travaux qui lais-
sent bien loin derriere cux les chefs-d'oeuvre de nos plus celebres
architectes. lis ont £te* chanted par Homere et Virgile.
Les Basques professent aussi a l'egard de ces industrieux travail-
leurs un respect inattendu. Les proprtetaires ont g^neralement
Thabitude de donner les ruches en cheptel, a moitie* part, a quel-
que famille de pauvres gens. lis se figurent que faisant ainsi
oeuvre de charite\ les abeilles s'uniront a leur intention, donneront
plus de cire, distilleront plus de miel. Ce n'est pas tout. Quand un
de leurs mattres meurt, ii faut les prevenir. D'urgence, un voisin
se dirige aussitdt vers leur petite colonic. « Reine, dit-il, vous 6tes
en deuil. Gelui a qui vous appartenez vient de mourir. » Les
abeilles veulent ces £gards. A defaut de cette formalite, elles
seraient froissees dans leur amour-propre, et, quittant le rucher,
ne manqueraient pas de disparaltre dans la profondeur des grands
bois.
Et maintenant, toutes les ceremonies terminees, le Basque
repose contre les murs de sa blanche 6glise, en face de ses mon-
tagnes, au milieu d'une luxuriante vegetation de fleurs et d'arbus-
tes verts. En cette cite* des morts, hil-herria, rien n'eVoque la tris-
tesse comme dans les ossuaires b re tons. Pendant le jour, un riant
soleil l'^claire ; durant les heures nocturnes, lalune, hil-argia (mot
pour mot : lumiere des morts), laisse tomber sur les tertres fleuris
sa douce et discrete lueur.
Les dimanches toutefois, Toffice termini, les femmes en cape de
deuil, les hommes le beret k la main, prieront pour le defunt,
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174 COUTtlAtES MORALES
comrae il a su prier lui-meme en faveur des Ames de ses descen-
dants.
Les messes ne lui manqueront pas. Les parents des villages les
plus eloigned, les amis, les voisins, ont eu soin d'en faire prdner,
et voici qu'a la grande joie dn bon cure* de la paroisse la liste
s allonge encore. Les cadets de la maison-souche, expatri£s an dela
de l'Atlantique, envoient en effet a ieur tour, a l'intention du
d6c£de\ un large et presque fastueux contingent de prieres.
Coutume morale encore, en dehors meme de Tesprit religieux,
car cette pieuse manifestation sur une tombe sert comme de trait
d'union entre les membres d'une mfime famille, £voque a Tesprit
le souvenir de maintes amities affaiblies par 1' absence, dissipe les
preventions, efface les rancunes, ralTerrait les liens deja existants.
Cependant, il faut bien le dire, tous ne disparaissent pas dans le
Pays Basque accompagues de pareils honneurs. L'inegalit£ sociale
se fait sentir jusque dans la mort.
Parmi les proletaires ruraux, il en est de si pauvres, de si
malheureux, qu'apres leur deces, leurs enfants restent sans sou-
tien, sans un abri pour reposer leurs t£tes.
Ne craignez rien. Ces petits etres n'iront pas, comme dans les
villes, grossir le nombre des desherit^s, renforcer l'arm6e du vice
et cette tourbe infernaledeTanarchie, qui, hier encore, s'est signa-
ge dans le noble royaume de Castille par un crime abominable.
Non ! nos orphelins n'auront pas a tendre la main a la bienfai-
sance officielle, ils ne devront rien au budget de 1* Assistance
publique. La charite chre*tienne est, ici, l'inspiratrice des plus
grands exemples de solidarity. Aussi nombreux que soient les
delaiss£s, ils seront adopts par les voisins qui les eleveront dans
la crainte de Dieu et l'amour du travail.
Mesdames, Messieurs,
Dans le cours de cette rapide £tude, le mot voisin est souvent
revenu sur mes levres. (Test que, en Pays Basque, l'institution du
« voisinage » a de profondes racines. Le voisin, aizoa, fait partie
int^grante de la famille. Ge titre depend de Torientation ; il est
attribue a celui dont la demeure se trouve la plus pres de la votre,
du cote* du soleil levant.
Au voisin incombent toutes les missions de confiance ; c'est lui
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bt PAYS feASQtJB 1^5
qui, en cas de deuil, va prevenir les membres de la famille, lui qui
porte de l'^glise an domicile la croix des morts, lui qui creuse la
fosse, lui qui preside au repas fun£raire, lui dont les messes sont
les premieres pr6n£es le jour des obseques. S'il participe a vos
peines, il se mele a vos joies, et c'est justice.
11 est votre commensal le jour du baptfcme et — cette cer&nonie
est fr6quente dans V Eskual-Ilerria — l'invite* du mariage; il joue
en un mot l'oflice d'un parent, souvent plus que dun parent, d'un
ami de>oue\
Les sinistres ne sont pas rares chez nous : tantftt c'est le feu qui
detruit une habitation, d'autant plus facilement qu'elles sont g6n£-
ralement loin de tout secours ; plus souvent encore c'est une meur-
triere epidemie vidant une Stable.
Le voisin ne s'epargne pas en ces douloureuses circonstances ;
il partage avec le propri6taire sinistra le soin de recueillir les se-
cours. lis sont parfois si abondants qu'ils dlpassent les pertes
6prouvees.
Ainsi la seule force de la solidarity releve les ruines, fait revenir
l'aisance, remplace les parents, agit de telle facon que l'h&pital,
cet affreux corollaire de la civilisation moderne, est presque ignore 1
des Basques.
Cela fait honneur a la race euskarienne et demontre combien
nous sommes loin de ces theoriciens qui, sous le convert d'un faux
socialisme, demandent tout a l'Etat.
Que d'autres coutumes morales n'aurais-je pas k enregistrer ?
Mais j'ai d£ja trop abus6 de votre patience, lasse* votre attention,
Mesdames et Messieurs.
Un mot encore cependant, un seul mot. Tous nos anciens nobles
et charmants usages sont en train de disparaltre, de s'affaiblir tout
au moins. II n'en peut Stre autrement. Fils d'AItor, ne connaissant
ni pere ni mere, ni freres ni sceurs, isol£s dans cette vieille Europe
dont les enfants possedent des anc£tres et un £tat civil, nous som-
mes doublement orphelins.
La louve du Capitole n'est pas notre nourrice, nous sommes n£s
sous les larges frondaisons du chene de Gernica. L'arbre antique,
ebranl£ par le vent qui souffle du Xord et du Midi, a deja perdu
quelques-unes de ses branches, il ne peut longtemps rdsister.
Seuls les hommes de science, voyant dans la disparition dime
langue et dune race une diminution de l'humanite\ regardent avec
inte>(H les eflorts que nous tentons pour register a la mort. C'est
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I76 COUTUMBS MORALES
ainsi que la Soci6t£ d' Ethnographic qui corapte dans son sein toutes
les illustrations francaises, a voulu nous encourager et nous aider
a combattre le bon combat. Merci a elle ! Merci mille fois. Esker
anhitz !
Elle a pu voir qu'en dehors m&me de notre langue et de la
curiosity presque passionnle qu'inspire le mystfere de notre ori-
gine, nous sommes dignes de quelque int£r£t.
Nos coutumes morales, par exemple, sont corame des j a Ions
planted en avant de la civilisation actuelle. Les peuples peuvent
les £tudier. Le flambeau de la liberty brftle depuis trois mille ans
au soramet des Pyrenees ; il nest done pas £tonnant quelle nous
ait r£v616 des secrets inconnus des autres nations.
La liberty fut toujours notre idole ! O sainte liberty, nous te
saluons I
Que de cette cit£ libre et hospitaliere de Saint- Jean-de-Luz, l'an-
tique Lohitzun, tes rayonnements splendent d'abord sur l'Eskual-
Herria, sur les sept provinces-soeurs, puis sur cette France, dont
nous sommes les enfants d'adoption.
Si Henri IV nous donna a elle, nous lui avons donn6 Henri IV,
puis Renaud d'Elicagaray, le vainqueur d* Alger, Oyhlnart, les
deux freres Garat, le marechal Harispe, Chaho, dont Tame patriote
doit tressaillir en ce moment, le chirurgien Segalas, d'Abbadie,
Bonnat, et enfin le soldat sans peur et sans reproche qui preside
a nos belles fetes, le general Derrecagaix.
Berdeco.
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LES
COUTUMES SUCCESSORALES DU PAYS BASQUE
AU XIX* SINGLE
PAR
M. Louis Etcheverry
12
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Les Coutumes successorales du Pays Basque
AU XIX SlfcCLE
PAR
M. LOUIS ETCHEVERRY
Lb Pays Basque est forme de domaines agricoles, grands,
moyens ou petits, habitls, pour la plupart, par les proprig-
taires qui les cultivent eux-ni£mes.
Ghaque domaine, d'ordinaire agglom£r£ autour de la maison
d'habitation, est assorti, suivant des proportions varices, de terres
labourables, de prairies, de bois, de landes fournissant la litifere
des bestiaux ; une vigne y est jointe dans certaines regions ; dans
certaines regions 6galement, le domaine est agrandi par un droit
de d6paissance sur des comniunaux considerables, indivis entre
des groupes de communes.
La moyenne propri£t£ domine avec six a cinquante hectares ;
mais comme les terres labourables d£passent rarement une eten-
due de trois a cinq hectares, nifcme sur les plus vastes domaines,
elle se combine avec la petite culture.
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l8o LES COUTtMES SUCCESSOftALES
Quelle que soit l'etendue du domaine, on considfere qu'il forme
un bloc, dont chaque partie facilite l'exploitation des autres, et
une sorte de veneration s'ajoute a cette consideration technique
pour le rendre immuable et sacre\
La famille qui l'occupe n'a qu'une ambition : celle de s'y perpe-
tuer ; sa consideration dans le pays lui semble dependre de cette
perpetuity.
Aussi la maison d'habitation est vaste, a un ou deux Stages, et
solidement construite, bien difterente de ces rez-de-chauss6e oil
habite la majority des cultivateurs fran$ais * : on voit de suite que
la maison basque n'est pas Fasile ephemere d'une famille instable
et fugitive qui transportera sa tente ailleurs a la premiere occa-
sion, mais qu'elle est la demeure permanente de generations qui
veulent s'y succeder a travers les siecles. On l'appelle en basque :
etche-ondo, ce qui veut dire : maison-souche ; la ingme expression
existe en Allemagne (stammhaus). Le Play, je crois, ne connais-
sait ni Texpression basque ni l'expression allemande, quand il a
cree le terme si populaire de Jamille-souche ; mais, habitue a cher-
cher des expressions adequates aux pheaomenes sociaux qu'il de-
crivait, il a retrouve tout naturellement sous sa plume le terme
consacre dans ces deux pays a designer la maison oil se conserve
la seve qui produit des rejetons a chaque generation.
Le domaine et la maison basque une fois etablis, il s'agit d'assu-
rer leur transmission integrate pour satisfaire a l'ambition de s'y
perpetuer qui caracterise la famille basque.
Tel est le but des coutumes successorales ou de Fensemble des
habitudes traditionnelles des Basques relativement au reglement
de leurs successions.
Avant la Revolution, ces coutumes s'epanouissaient en pleine
liberte : le droit d'atnesse pourvoyait au maintien et a la trans-
mission integrate des domaines parmi les paysans aussi bien que
parmi les nobles et les bourgeois. « Le droit d'alnesse », ecrit
M. de Lagreze, auteur d'une recente Histoire de la Navarre *, « qui
fut lent a s'etablir dans nos regions pyreneenne.s, existait chez les
Basques independant de tout caractere feodal, sans distinction de
i. Dans la commune que j 'habite, sup i65 maisons, une seule n'a qu'un
rez-de-chaussee, alors que cette categorie represente 5a maisons sur 100 en
France ; 87 maisons sur 100 ont un ou deux Stages, alors que la proportion
de ces maisons en France n'est que de 43 0/0.
2. Imprimerie Nationale, a vol., 1880.
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DU PAYS BASQUE l8l
biens nobles ou roturiers, sans distinction de sexe. Aussi Laferriere,
dans son Histoire du Droit Jrangais (t. V, p. 4o3), n'h£site-t-il pas k
reconnaltre pour le droit d'alnesse proprement dit, dans le Pays
Basque, une origine antique, prqfonde, tenant a la race m&me. »
Dans une remarquable statistique du ddpartenient des Basses-
Pyrenees parue en Tan X, le general Serviez, qui etait alors pre-
fet, a resume les eflfets de ce regime au moment ou la Revolution
venait de labolir. c Par un effet naturel de cette disposition »,
ecrit-il, « l'aln£, des l'adolescence, s'identifiait avec son pere, dont
il devait soutenir la vieillesse, travaillait avec ardeur k l'ameiio-
ration de son bien, pour se preparer les moyens de payer en argent
les legitimes de ses soeurs ; elles servaient a les marier convenable-
ment avec des heritiers d'une fortune k peu pres egale k celle de
leurs f re res. Les males pulnes de leur c6t6 epousaient des heritie-
res auxquelles ils portaient leur legitime, avec le pecule que le
pere ou le frere alne leur avait mis en mam pour les engager a
travailler dans la maison jusqu'a leur etablissement. Le secours
consistait ordinairement dans une certaine quantity de bestiaux,
Aleves avec les troupeaux du pere ou du frere alne. Plusieurs des
cadets embrassaient le commerce, ou une autre profession, que la
plupart allaient exercer en Espagne ou dans les colonies. Ils y fai-
saient ordinairement des fortunes qu'ils rapportaient dans le pays
et qui leur procuraient un sort bien plus brillant que celui de leurs
alnes. »
La Revolution, par la loi du 7 mars 1793, prescrivit entre les
heritiers une egalite absolue qu'aucune disposition entre vifs ou
testa menta ire ne pouvait rompre. Ges prescriptions tyranniques
rencontrerent une vive resistance dans le d£partement tout entier
et specialement dans le Pays Basque. Le general Serviez expose,
dans la statistique d£ja citee, que la plupart des peres continuerent
a assurer aux aln£s la propriety exclusive de leurs heritages par
des ventes simulees, « et que dans un grand nombre de families
les puin^s n'ont pas voulu se pr^valoir des avantages que leur
donnaient les nouvelles lois. On en a vu surtout de nombreux
exemples dans les Pays Basques, oh Von conserve avec une espkce
de religion le patrimoine de ses pdres dans son inte'grite' ».
La loi du 4 germinal an VIII adoucit les lois r£volutionnaires,
en r&ablissant une quotite* disponible qui ne pouvait depasser un
quart. Cette concession fut considered comme tout k fait insufli-
sante, et les anciennes coutumes successorales se maintinrent. J'ai
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I&a LES COUTUMES SUCGESSORALES
sous les yeux un acte passe* en Tan IX k Saint- Jean-Pied-de-Port :
one cadette 16gitimaire, Tenant en partage avec sa soeur atn£e, ne
prend pour sa part qu'un sixieme, part que lui eonferait Pancienne
coutume.
Le glne>al Serviez 6tait done Pinterprete du Pays Basque quand,
dans sa statistique de Pan X, il rlclamait une r6forme plus com-
plete ; il faisait valoir un argument saisissant, qui £tait fait pour
6inouvoir les esprits m£me les plus pr^venus en faveur des theories
£galitaires. « On est g6ne>alement d'accord dans les Pays Bas-
ques », 6crivait-il, « sur ce principe, qu'autant la division des
grandes propriety sur un sol fertile pent Stre favorable k Pagri-
culture, autant lui est funeste dans cette contr^e montueuse et
sterile le morcellement et la division d'un heritage tres borne. Le
principe acquiert P6vidence d'une maxime, si on observe que Ph£-
ritage de presque toutes les families, ne consistant que dans une
m£tairie, ne peut s'exploiter qu'en demeurant assorti de terres
labourables, de prairies suffisantes pour nourrir les bestiaux n6-
cessaires k la culture et de touyaas pour Pengrais ; que les enfants
copartageants seraient dans Pimpossibilite* de faire valoir leurs
lots, et que la subdivision qui s'op6rerait k la seconde g£n6ration
ferait toinber tous les descendants dans Pindigence. Ge rlsultat
serait inevitable, en effet, puisque, obliges de les vendre aux cita-
dins, ceux-ci avec un peu d'argent s'empareraient insensiblement
de toutes les propri6t6s foncieres, et par Ik les laboureurs qui
furent toujours proprtetaires et libres deviendraient indubitable-
ment dans la suite les metayers et les valets de quelques hommes
plcunieux. »
Le code civil, en Pan XI (i8o3), 61argit la liberty de disposer
en proportion inverse du nombre des enfants ; comme la moyenne
d6passait et d£passe encore trois par famille, la quotit£ disponible
se trouva, en fait, r£duite au quart, et e'est sousle nom du « quart »
qu'elle est connue de nos jours.
Peu k peu il fallut se plier au regime 16gal ; mais on le tempera
par toutes les pratiques que pouvait sugge>er une judicieuse pre-
voyance en faveur du maintien des domaines. Les parents userent
des ressources que le code civil leur offrait pour maintenir les
domaines ; les coh£ritiers n'userent pas de toutes les ressources
plus nombreuses qu'il leur offrait pour les ddtruire. Ainsi se sont
crepes les coutumes successorales qui ont r6gn6 au dix-neuvieme
sifecle et qu'il est temps de d6crire,
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DU PAYS BASQUE l83
II n'est plus question de droit d'aluesse, mais les pere et mere
ont le droit de favoriser un de leurs enfants jusqu'a concurrence
du quart de leurs biens. lis usent de ce droit invariablement et ils
en usent Tun et l'autre dans toute sa . latitude en ce qui concerne
leurs biens respectifs. L'enfant favorise* prend le nom d'htritier.
(Test lui qui est charge* de conserver le domaine patrimonial, la
maison-souche, dans son integrite. Les freres et soeurs sont desin-
t£resses en argent, a moins qu'on ne puisse leur attribuer, dans
des cas exceptionnels, des terres detachees ou formant un domaine
independant.
Quelles sont les regies qui president au choix de l'heritier ? Avant
la Revolution, chaque maison avait, pour ainsi dire, sa coutume
en matiere de droit d'afnesse : elle dlsignait tantdt l'alne des fils,
tantftt l'alne des enfants, fils ou fille. Aujourd'hui on prend de ,
preference l'alne des fils ou des filles ; ce sont les convenances et
les circonstances qui arretent le choix entre Tun ou V autre sexe.
La fille aln£e est souvent pr6f6r6e parce qu'elle pent se marier
plus jeune que le fils alne, parce qu'elle rencontre un AmMcain
ou Basque retour d'Amerique qui apporte une belle dot permet-
tant de payer les dettes et de relever la maison obe>6e, parce
qu'elle doit faire manage commun avec sa mere et que son carac-
tere inspire plus de confiance que celui d'une bru qu'on ne con-
naitra guere d'avance.
L'heritier choisi, dans quelle nature d'acte l'attribution de la
quotite disponible lui est-elle faite ?
Les partages entre vifs descendants sont a peu pres inconnus.
On recourt au testament ou a une institution contractuelle lors du
contrat de mariage de l'heritier.
Ce dernier acte est le plus frequent.
J'ai analyse trois contra ts de mariage passes dans yne famille
de moyens proprietaires cultivateurs du canton de Saint-Jean-
Pied-de-Port, en Basse-Navarre. Le premier date de i8i3, le second
de i855, le troisifeme de i883. J'ai retrouve des dispositions absolu-
ment semblables dans les trois actes, plus developpees et mieux
precisees peut-etre dans le dernier que dans les precedents, ce qui
denote, soit chez les parents, soit chez les notaires, l'intention plus
arretee que jamais de rester fideles aux vieux usages. Et je suis
convaincu qu'a moins de cataclysme, le prochain contrat qui aura
lieu entre 1905 et 19120 sera conforme aux contrats anterieurs.
Les clauses du contrat de j883 sont les suivantes ;
|v/ «'"t^M
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l84 LES COUTUMES SUCCESSORALES
i° Les futurs £poux se marient sous le regime de la comma-
naute rdduite aux acquets. C'est le regime adopts universelle-
ment en Labourd et en Basse-Navarre dans toutes les families qui
font des contrats de mariage ; les families de petits proprietaires
6vitent le plus souvent les frais de contrat et se trouvent alors
soumises au regime de communaute\
2 En consideration du mariage, les parents de la future Spouse
(dans Fespece, il s'agit d'une Mritidre) \mfont donation entre vijs
actaelle et irrevocable, par prfoiput et hors part, du quart de
leur domaine present comprenant soit les biens appartenant au
pere(qui, dans Fespece, 6tait Fhe>itier precedent), soit ceux acquis
pendant le mariage, et du quart dub£tail, des outils et instruments
aratoires garnissant la propriety.
3° Deplus, Us font donation 6ventuelle, au m£me titre de pr6-
ciput et hors part du quart de tous les biens meubles et immeu-
bles et valeurs quelconques qu'ils laisseront a leur dtces et qui
composeront leurs successions, sans aucune exception ni reserve.
C'estune heureuse application de Particle 1082 du code civil. Elle a
pour but de lier les mains aux parents et de les emp&cher de rien
d£tourner au profit des autres enfants des biens qu'ils pourraient
acque>ir par la suite.
4° Toutes ces libe>alit£s sont faites a charge pour les futurs
£poux de supporter dans les impositions la part afferente au quart
donne* et de remettre aux donateurs la dot p£cuniaire apport£e par
le futur £poux, pour en disposer pendant leur vie ainsi qu'ils le
jugeront a propos.
5° Constitution de cette dot par le pere du futur 6poux en avan-
cement d'hoiric (8000 francs dans Fespece) et remise d'un mobilier
d'une valeur de 1200 francs.
6° Droit t de retour en faveur des donataires, dans le cas ou les
futurs <$poux pr£d£c£deraient sans posterity.
7 Gain de survie de 5oo francs en faveur du survivant des
£poux.
8° Une communautd d 1 exploitation et de jouissance est ttablie
entre les futurs tpoux et les parents de la future Spouse : tous les
revenus doivent 6tre partage*s, mfcme les inte>6ts des cr6ances et
de la dot du futur 6poux. II est stipule* neanmoins qu'il n'y aura
pas entre eux de socicHe* d'acqufcts. lis doivent faire menage com-
mun ; mais F£ventualit6 d'une separation est pr^vue dans le cas oil
ils ne pourraient s'entendre. Tous les biens mobiliers et immobi-
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DU PAYS BASQUE l85
liers seront di vises alors en deux lots £gaux, dontchaque manage
jouira separ^ment ; il sera attribul a chacun une demeure distincte
dans la raaison.
9° Les futurs £poux acceptent d'etre tenus de la moiti£ d'une
dette de 7000 francs contracts par les parents pour d£sint£resser
leurs coh^ri tiers, sauf reprise.
io° Pour garantir cette reprise 6ventuelle et la reprise de la dot
du futur epoux, les parents donnent hypotheque sur les trois
quarts du domaine leur restant.
Telles sont les dispositions d'un contrat de mariage qui peut dtre
consid£r£ comme type, au moins en Basse-Navarre.
Si le p&re ou la mere se sent mourir avant d' avoir 6tabli un he>i-
tier mari£ a la maisou, il recourt au testament pour faire la dona-
tion du quart de ses biens a Tenfant qui doit gtre heritier. Le jour
6u celui-ci se mariera, le survivant des parents lui fera donation
a son tour du quart de ses biens dans le contrat de mariage. S'ii se
sent mourir auparavant, il prendra les ni£mes dispositions par
testament.
Quel que soit le mode employ^, les parents n'h£sitent jamais a
attribuer le quart a l'enfant fait heritier. Bien plus, si les parents
ont 6t6 surpris par la mort avant d'avoir eu le temps de prendre
leurs dispositions, il n'est pas rare de voir les coh^ritiers eux-
mdnies reconnaltre spontan£ment a Th^ritier, l'aln£ d' ordinaire, le
quart du domaine patrimonial ; e'etait la regie universelle autrefois,
e'est la r&gle encore dans les parties les mieux conserves du Pays
Basque.
Cette attribution du quart a un enfant ne soul&ve aucun senti-
ment de jalousie chez les autres enfants. lis savent, en effet, qu'elle
est faite non par un sentiment de preference pour celui qui est
avantag£, mais dans le but unique d'assurer la conservation du
domaine patrimonial auquel est li£e la consideration de la famille
dans le pays. lis savent que rheritier a achet£ cet avantage par
une longue collaboration au travail des parents dans la maison-
souche et qu'il accepte, en ^change, de lourdes charges et de
lourdes responsabilit6s pour 1'avenir. Quand ils se marieront
d'ailleurs dans une maison voisine, Th^ritier ou Th^ritiere qu'ils
Ipouseront recevra le quart a son tour, et l'£quilibre des situations
sera r£tabli, grace a runiversalite de cette coutume. S'ils prSfe-
rent 6migrer, les pays Strangers oil ils se transporteront leur offri-
ront des chances de fortune bien sup£rieures a celles que leur a!n<5
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l86 LES COUTUMES SUCCESSORALES
conserve dans le pays natal oil il est oblige* de rester ; coin me le
constatait deja le general Serviez en Fan X, et comme on peut le
verifier encore chaque jour, les Emigrants sont appeies, avecun peu
de chance, a avoir un sort plus brillant que celui de leur alne.
S'ils renoncent au mariage et a Immigration, la maison-souche leur
garantit un asile contre les incertitudes de l'existence, splciale-
ment contre la maladie et l'isolenient : attache's a la maison comme
auxiliaires, auxiliaires particuliereraent recherches et honoris,
ils auront la satisfaction de contribuer a Amelioration du bien de
famille, a l'education des nouvelles generations, au maintien de la
famille dans sa consideration locale.
Voila les reflexions qui s'imposent a tous les cadets basques en
presence de l'attrihution du quart a Theritier de la maison-souche :
cette attribution est, du reste, inattaquable, puisque le code civil
l'autorise.
Les parents font-ils a leur heritier, par voie detournee, des
avantages superieurs prohibes par le code ? C'est le secret de cha-
que famille, secret bien difficile a penetrer. La vie commune rae-
nee par le menage des vieux et celui des jeunes, l'exploitation du
bien en commun, facilitent evidemment les faveurs secretes. J'ai
entendu dire que les titres au porteur passaient aussi quelquefois
de la main a la main ; mais je ne saurais rien a (firmer. Jamais rien
n'a transpire au dehors, a ma connaissance, de ces pratiques mys-
terieuses et n'a donne lieu a un differend rendu public.
Les parents ont pris toutes les mesures que la loi autorise pour
fa ci liter la transmission integrate de la maison-souche ; ils en ont
peut-etre meme pris d'autres plus larges que leur puissance pater-
nelle justifie entierement a leurs yeux. Que vont faire les coheri-
tiers, les enfants non avantages, les cadets, si ce mot ne vous
offusque pas trop? Le sort du domaine est encore dans leurs
mains. Rien n'est assure tantqu'ilsn'aurontpas consolide par leur
desinteressement Toeuvre ebauchee par la prevoyance des parents.
Ils pourraient, amies du code, reclamer leur part en nature.
Ils ne le font jamais. Deux considerations les arretent : la compo-
sition du domaine qui, ainsi que la statistique de Tan X la si bien
explique, est un obstacle presque insurmontable au morcellement,
la veneration attachee a rintegrite du domaine familial.
Ils pourraient provoquer la vente du domaine pour en prendre
rigoureusement leur part en argent, lis n'y songent guere davan-
tage. II est tres rare que cette mesure soit redain^e hors de I'ou-
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DU PAYS BASQUE 187
verture de la succession. On liquide la succession et on a l'habi-
tude de rester dans l'indivision ; Tindivision dure quelquefois si
longtenips qu'il n'est pas rare que deux generations aient a faire
valoir lears droits sur le domaine. Et quand il se vend; c'est le plus
souvent a la suite d'une longue attente qui a lass6 la patience de
plusieurs generations de coheritiers non desinteresses. Tout
domaine qui se vend n'est pas, d'ailleurs, fatalement arrache a la
famille. Les etrangers, dans les parties les mieux conserves du
Pays Basque, s'abstiennent de surencherir contre Theritier ou les
membres de la famille. Certaines coinbinaisons permettent menie
a Theritier designe de lutter victorieusement. contre les etrangers,
et, grace a ces combinaisons, la vente publique est devehue quel-
quefois un moyen souverain de regulariser des situations trop
compliquees.
Les coheritiers ne reclament ni le partage ni la vente du
domaine familial. Mais, par ailleurs, ils pourraient faire naltre des
diflicultes tres serieuses. Les parents ont donne a Theritier le
quart de leurs biens presents et & venir : quelle est la valeur qui
sera attribuee a ces biens ? Tout depend de ce point : une estima-
tion trop eievee ecraserait Theritier sous le poids des soultes suc-
cessorales et des dettes.
C'est la le point faible de Torganisatidn successorale telle que le
code civil Ta faite ; c'est par la que sont menaces les domaines
echappes a la vente et au partage. Les coheritiers qui reculent
devant une mesure violente sont tentes de grossir T estimation du
bien pour grossir leur part. Gependant, dans les parties les mieux
conservees du Pays Basque, Testimation amiable arrestee entre heri-
tiers, sous la direction d'un notaire edaire, est generalement de
beaucoup inferieure a Testimation que donneraient des experts
rigoureux et au prix que produirait une vente : on se borne a mul-
tiplier le revenu cadastral par 60, ce qui equivaut a multiplier le
revenu net reel par a5 ou a capitaliser le revenu sur le taux de
4o/o.
Une fois la part de chacun fixee, tous les coheritiers ne la recla-
ment pas a la fois. Ils la reclament successivement, au fur et a
mesure qu'un mariage, un etablissement quelconque les obligent
k la redamer. Ces deiais permettent a Theritier de reformer ses
epargnes ou d'erfielonner ses emprunts pour les desinteresser. Et il
les desinteressera d'ordinaire en achetant leurs droits successi/s,
procede commode pour couper court k toute difliculte ulterieure,
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l88 LES COUTUMES SUCGESSORALES
Tons les coh£ritiers ne r£clament pas, d'ailleurs, leur part
entifcre. Ceux qui vieillissent dans la maison, sans se marier, en
font abandon partiel ou total. Ceux qui ont emigre et ont r6ussi se
montrent souvent coulants et m&me genereux envers leur frfere ou
leur soeur, leur neveu ou leur ni&ce : c'est une manure de se
montrer oncles cTAmerique. Ceux qui sont entres dans les ordres
donnent aussi Texemple du desinteressement; ilssoutiennentmgme
leur maison natale de leurs conseils et de leur bourse. Or, sur
une famille de quatre ou cinq enfants, il est rare qu'il n'y ait pas
un prfitre ou un religieux, un emigrant ou un cllibataire. C'est
autant de parts de rapins a payer en totality ou en partie. (Test
la soupape de s&rett des maisons.
Les regions ou existent de vastes paturages communaux sont
propices egalement au maintien des maisons. Dans ces paturages,
en effet, s'ei&vent et se nourrissent la plus grande partie de Tann^e
les troupeaux, et pendant quatre mois les bStes a comes, et ce
betail, eleve ainsi a bon compte, procure la plus grosse part des
epargnes qui permettront a Fheritier de payer ses souites succes-
sorales. Ces communaux sont done pour lui un supplement de la
quotite disponible, supplement inattaquable, sur lequel il n'a a
payer ni impdts ni droits dc succession. C'est encore une soupape
de s&ret6 pour la maison-souche.
Telles sont les coutumes successorales en honneur au dix-neu-
vieine siecle dans le Pays Basque. Elles ne sont qu'une image
affaiblie de celles qui florissaient jadis, mais telles qu'elles subsis-
tent, elles maintiennent les vestiges d'une magnifique organisa-
tion sociale.
Crepes pour assurer la stabilite des domaines patrimoniaux et
des maisons-souches, elles assurent du m6me coup le maintien
des traditions ; mais, par surcroit, elles favorisent le progr^s de la
civilisation, la colonisation des pays lointains au moyen des emi-
grants qu'elles suscitent.
Au lieu de se disputer les iambeaux du domaine, les enfants
acceptent le sort qui leur est fait par la coutume : un seul conser-
vera le foyer et ses traditions, un ou deux autres se marieront
dans le voisinage et y consolideront d'autres foyers ; le surplus
fournira de precieuses recrues au clerge, a Famine, aux colonies.
De la sorte, la paix r&gne dans les maisons : les maisons-souches,
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DU PAYS BASQUE 189
suivant la belle expression de Le Play, sont les demeures de la
paix. Et l'harnionie regne dans tout le corps social, parce que cette
organisation pourvoit aux besoins essentiels de la soci6t£, sp£cia-
lement aux besoins de tradition et de progres qui sont les deux
pdles de la civilisation.
Yous comprendrez, Mesdames et Messieurs, comment la famille
basque se maintient gr&ce k ces usages, et, avec elle, tons les tr6-
sors qu'elle renferme. (Test la poule aux oeufs d'or. Gardons-la
soigneusement.
Au moment oil les cbemins de fer, les 6coles et le service mili-
taire mettent nos idees en contact plus £troit avec celles du reste
de la France et les soumettent k une 6preuve decisive, il est ras-
surant de constater qu'un changement favorable k nos traditions
s'opere dans les hautes regions du pouvoir, de la justice et de l'o-
pinion. Une loi r£cente facilite la transmission integrate des mai-
sons ouvrieres et une loi est en preparation qui offrira la m£me
faveur aux petits domaines agricoles. Un arr£t de la Cour de cas-
sation vient de reconnattre aux assurances sur la vie la merveil-
leuse faculte d'elargir la quotite* disponible contre les restrictions
excessives du code civil. Enfin, comme symptdme des progres de
Topinion, je lisais, en arrivant k Saint- Jean-de-Luz, sous la plume
d'un radical, d'un socialiste mdme, M. Le Pelletier, ces paroles
extraordinaires : « Le salut de la France est dans le r£tablissement
du droit d'alnesse. La France du vingtieme siecle sera la France
des cadets. »
Nous ne demandons plus le droit d'alnesse dans le Pays Basque ;
nous demandons simplement l'elargissement de la quotite dispo-
nible, afin de rendre plus ais£e la transmission integrate des domai-
nes ; nous demandons surtout le maintien des coutumes existantes,
des idles rlgnantes dans les parties les mieux conserves du Pays
Basque.
Yous avez vu, Messieurs, a Saint-Jean-de-Luz, des joueurs de
paume superbes, des danseurs charmants, de spirituels improvisa-
teurs. Si un de ces joueurs de paume a fait une faute, si un des
danseurs a manque* une pirouette, si un de ces improvisateurs a
risqu£ un vers faux ou une expression francisle, admettons que
c'est un accident f&cheux, tres regrettable pour l'estbltique basque ;
mais si un de ces cadets dont je vous ai parl6 compromet par des
exigences excessives le maintien d'une maison-souche, s'il oblige
k la vendre k un citadin riche qui y mettra des metayers, recon-
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I90 LBS COUTUMES SUCGESSORALES
naissons Ik un vrai malheur, le malheur irreparable. S'il se g6n£-
ralisait, le Pays Basque serait atteint, en effet, en plein cceur, dans
la citadelle jusqu'ici presque intacte de sa propria paysanne, sa
veritable et traditionnelle assise.
Louis Etcheverry.
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VI
L'IDCE religieuse dans la famille basque
PAR
M. CARMELO DE ECHEGARAY
Traduction trangaise de M. Victor Duhart
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L'IDfiE RELIGIEUSE DANS LA FAMILLE BASQUE
PAR
M. GABMELO DE EGHEGARAT
TRADUCTION FRANQAI8E DE M» yiCTOR DUHART
excellentissime et illustrissime seigneur 6v£que t
Mesdames,
Messieurs,
D£sirant contribuer, bien que dans une sphere bien niodeste,
a la realisation des nobles fins que se proposent les organi-
sateurs des concours et des conferences qui doivent avoir lieu, ce
mois d'aout, sur diverses matiferes int£ressant le peuple basque,
dans la pittoresque ville frangaise de Saint- Jean-de-Luz, je me suis
senti pouds£ par une voix int£rieure irresistible et myst^rieuse a
traiter de 1'idee religieuse dans la famille, parce que, la famille
6tant, suivant l'heureuse expression de M^ Kopp, prince-arche-
vfcque de Breslau, la cellule primitive de la soci£t6, son 6tat de
maladie entralne le d6s£quilibre de tout l'organisme.
Un des plus 61oquents orateurs de notre sifccle, Tillustre P&re
Lacordaire, avec cette magnificence de parole et cette chaleur
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iq4 l'idee kkligieusk
communicative et g6nereuse qui lui etait particuliere, ex prima uue
verite profonde, quaad il affirma, dans un discours sur le droit et
le devoir de la propriete, que la famille est le coeur meme de
Thorn me.
En effet, la famille, nee de l'aniour, se perpetue par l'amour et
meurt quand cet aliment de l'amour lui manque. Et comme Tame
est la source et l'assise de toutes les grandes amours, et que Tame,
seion l'energique et iuoubliable expression de Tertullien, est natu-
rellement chretienne, il s'ensuit que la famille, pour Hre la plus
douce communion d'6l£ments spirituels, edairee par la flamnie
paisible et benie du foyer, doit 6tre soutenue et adenine par des
liens religieux, seuls capables d'infuser aux enfants des hommes
la force morale qui leur est indispensable pour surmonter les
contraries dont la vie est pleine et les obstacles qui s'eierent a
chaque instant entre nous et la realisation de nos desirs les plus
ardemment caresses.
Ne pour vivre en societe, rhomme sent un imperieux besoin de
chercher au lien qui l'attache a ses freres une origins et une sanc-
tion plus elevees que les caprices ephemeres qui s'evanouissent
dans le temps et ne r£pondent qua des velieites de l'opinipn. Et
comme la premiere des societes, base et fondement de toutes les
autres, est la societe domestique, c'est en elle que se montre avec
le plus d'edat cette n^cessite* d'infiltration de l'idee religieuse, qui
nous fait voir les choses au point de vue de leterniie.
La religion, qui recoit le nouveau-ne" et n'abandonne meme pas
rhomme apres qu'il a frauchi le seuil qui separe la vie de la
mort, penetre, comme une seve r£genera trice, dans l'arbre de la
famille et lui fait porter des fruils d'une imperissable vigueur. II
ne faut done pas I'oublier : quand rhomme livre a la terre ses
froides depouilles, s^par6es deja de Tame qui leur donnait la vie,
tout ce que cet homme etait et repr£sentait ici-bas ne finit pas :
rhomme mort se perpetue dans ses enfants et revit dans les gene-
rations qui ont recu de lui, avec le sang, la plus pure essence de
son esprit.
Des les ages les plus recules, rhomme a vu dans ce caractere de
perpetuite inherent a la society domestique quelque chose qui se
relie etroitement a la religion, laquelle s'oecupe de nos intents
eternels et est le lien entre rhomme et Dieu. Le culte aux dieux
lares, la v£ne>ation avec laquelle les anciens conservaient les cen-
dres des ancelres dans l'enceinte du foyer domestique, le demon-
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DANS LA FAMILLE BASQUE 1 95
trent d'une manifere concluante. Fustel de Coulanges, dans son livre
La Giti antique, un des fruits les plus savoureux et les plus m&rs
de l^cole historique, a fait voir, avec une admirable sagacity de
critique, ce qu*£tait la famille chez les peuples antlrieurs a la Croix,
et comment l'autorit£ familiale s'alliait avec les fonctions sacerdo-
tales que doit ezercer quiconque est appele* a conserver le feu sacr£
et a perp£tuer le culte domestique. La propriety elle-m6me, qui
6tait la plus 61oquente manifestation de l'independance de la
famille, prenait un caractere religieux et apparaissait comme
consacr£e par les restes v6ne>ables qui allaient se d£posant autour
du foyer, dans lequel demeuraient, dans la croyance erron£e de
ces peuples, les ames des ascendants defunts.
Chez les peuples post£rieurs a l'fivangile, la famille, instaur£e
dans le Christ, comme tout le reste, fut elev£e a une dignity extra-
ordinaire et surhumaine. Le mariage devint un sacrement et re-
leva la condition de la femme, qui depuis cessa d'etre esclave pour
devenir la compagne de l'homnie, la lumiere et la joie du foyer. Le
Verbe fait homme voulut sanctifier par sa presence les noces de
Cana, et le christianisme, s'inspirant des enseignements de son
divin fondateur, ordonna au mari, par la bouche de l'apdtre des
gentils, d'aimer sa femme comme le Christ a aim£ son £glise. En
se repandant dans toutes les contrees de la terre, le bienfait du
Christ y repandit la semence qui devait produire tant d'admirables
heroines de la vertu, et le respect de la femme, preche* et diffusa
par le christianisme, qui vene>ait en la Vierge Marie le modele
eternel de la jeune fille, de Tepouse et de la mere, assit sur des
bases solides et indestructibles le bonheur de la famille, assure
deja par l'union myst£rieuse de la force, representee par le mari,
et de la douceur, dont la femme £tait le symbole. Et cette alliance
de la douceur et de la force a £te* et est la source de prodiges
moraux dont nous ne tenons peut-3tre pas assez compte, soit que
nous y soyons habitues par leur frequence, soit que nous ne nous
arr&tions pas a conside>er ce qu'etaient les peuples les plus avanc£s
et les plus cultiv£s de l'antiquite\ quand le divin Platon lui-menie,
que je ne louerai pas en phrases inutiles, car son nom suffit,
ne faisait pas difficulty de d^truire la society domestique par sa
base, en proclamant dans sa R6publique la communaute* des
femmes comme l'id6al a la realisation duquel devaient tendre les
societes vertueuses et prosperes.
Le sentiment populaire, avec une profondeur vraiment philoso-
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I96 LIDEE RELIGIEUSE
phique, a appeie le manage croix y parce que la fa mi lie, an milieu
de joies spirituelles ineffables qui fortifient Tame, engeudre beau-
coup de peiues et d'amertuines, et que pour les supporter il faut la
force irresistible que donueut la religion et les couseils qui vien-
neut d'eu haut. Quand deux etres qui se sentent n6s pour s'aimer
portent cette croix sur leurs epaules et voient daus l'union mys-
tique du Christ et de son 6glise le miroir de beautes infinies dont
ils doivent s'efforcer de copier les perfections, le poids en devient
leger et paratt ainoindri par les satisfactions intimes de la cons-
cience et par une force interieure qui nous fait supe>ieurs a nous-
mSmes et nous infuse la vigueur n^cessaire pour parcourir sans
defaillance la carriere de notre vie.
Ge n'est quavec cette penetration de la societe domestique par
Tesprit religieux que la paix du foyer est possible, et la 0(1 il n'y
a ni paix, ni accord de volonte, ni unite d'aspirations a une mSnie
fin, il n*y a pas famille vraie, parce que la oil domine la diversity
des volontes, la oh les aspirations sont en lutte, sans pouvoir
s'harmoniser et se fondre, il ne peut y avoir societe, et nous avons
deja dit que la famille est la premiere de toutes les societes hu-
maines, sur laquelle reposent toutes les autres, comme sur leur
fondement naturel.
Et cela n'en est pas moins vrai pour avoir ete redit souvent, que
le christianisme, qui semble ne s'Stre propose d 'autre fin que de
procurer a l'homme le bonheur de Tautre vie, ne laisse pas pour
cela de le lui donner aussi dans celle-ci. C'est pourquoi les peuples
les plus veritablement et profondeinent Chretiens ont ete et sont
les plus heureux, et peuvent le plus justement pretendre au titre
de peuples civilises. Et comme le bonheur d'un peuple a sa racine
et sa cause dans le bonheur de la famille, les peuples les plus Chre-
tiens sont ceux qui, avec le plus d'efforts et la plus noble ardeur,
se sont effbrces d'eiever la societe domestique, de la rendre res-
pectable et m&me souveraine dans sa sphere propre et particuliere,
en rehfor^ant Fail to rite paternelle et en protegeant eflicacement la
feimne contre les embftches des mechants et les tentations dangc-
reuses de la misere.
L'illustre Le Play, a qui est due la gloire d'avoir applique la
methode d'observation aux sciences morales, a dit dans un livre
precieux, U Organisation du travail, oil sont condensees dans
quelques pages des pensees d'ime inestimable valeur, les paroles
suivantes, qui dans leur simplicite apparente peuvent fournir
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DANS LA FAMILLE BASQUE I97
matiere a de nombreuses et fructaeuses meditations : « Chez les
peuples prosperes, la famille constitue la veritable unite sociale,
parce qu'elle se saffit a elle-m&me et qu'elie offre tous les Elements
essentieis de nationalites plus puissantes : mieux que tout autre
groupe social, la famille voit dans le respect de Dieu la source de
toute prosperity. »
Cette affirmation de Tillustre auteur de la R&forme sociale, de-
montr^e par les enseiguements toujours lumineux de l'histoire,
c'est-a-dire par l'experience prolong^e a travers les siecles, ne
devait pas Gtre dementie par ce qui s'observe dans le Pays Basque,
dont la prosp£rite\ reconnue et vant6e par Le Play dans plusieurs
de ses ouvrages, et sp6cialement dans celui qu'il a consacre a
retude de l'organisation du travail et a la distribution geographi-
que du bien et du mal dans l'univers, nait principalement de la
solide, forte et pour ainsi dire indestructible constitution de la
famille. (Test la le nerf de son admirable organisation sociale ;
c est la la racine et la source d'oii derivent les actions les plus
louables et les entreprises les plus fecondes que ce peuple a su
r^aliser dans le cours des temps. La stabilite de la constitution
sociale des Basques, sans exemple en Europe, vient, au jugement
de Le Play, que je suis avec d'autant plus de plaisir qu'il est un
guide expert et surentre tous, de la famille-souche. Et cette famille
vit et se developpe puissamment par la vigueur que la loi ou la
coutume, plus forte que la loi, donne a Fautorite paternelle et par
la severity avec laquelle la vindicte publique condamne les atta-
ques a l'honneur de la femme ; car, cela est hors de doute, la 011 on
ne reconnatt pas dans toute leur ampleur les droits sacres et im-
prescriptibles du pere, la ou Ton ne respecte pas avec une venera-
tion voisine d'un culte la vertu de la femme, la il est impossible que
la societe domestique subsiste forte et \vigoureuse : l'histoire le
prouve par des temoignages irrecusables, et l'experience de cha-
que j6ur le confirme de maniere a ne pas laisser place a discussion.
Et pour nous restreindre au sujet particulier de nos observations,
on ne peut nier que cette paix et cette prosperite qu'on remarque
dans la famille rurale des montagnes basques naient leur cause
principale en ceci, que dans cette famille Fautorite du pere est
sacree et qu'y domine cette sage opinion que la femme a plus
d'influence qu'ailleurs la ou Ton ne Tencense pas de galanteries
vulgaires et vaines, mais oil on Testime profondement et ou Ton
recherche ses heureuses inspirations pour la garde du foyer et le
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I98 L'lDEE RELTGIEU8E
gouvernement de la maison. Le ra^me caractere occulte et silen-
cieux de cette influence de la ferarae fait qu'il faut la deviner plu-
tdt que la d^montrer par preuves et documents, quand on l'etudie
dans le cours de i'histoire; mais en laissant a l'idle tout ce qu v elle
peut avoir de saveur fataliste, il nous est permis de soutenir
quhierest aujourd'hui, et de ce que nous voyons aujourd'hui dans
la famille basque, vivant dans son milieu, sans 6tre modifier par
des accidents Strangers, nous pouvons induire, suivant les regies
de la logique, ce qui se passa hier dans cette m^me famille, quand
le chef s'elancait sur les mers tempgtueuses, affrontant des perils
dont la seule pensle fait fr^mir, pour chercher le pain des siens,
que la terre ne pouvait lui fournir. Que de prodiges d'6conomie,
d'honn&tete* et d'intelligente administration ne fallait-il pas, dans
Thumble demeure ou la femme restait seule, retenue par les soins
des enfants et la garde du foyer!
J'ai dlt ailleurs, et je le r6pete, que le role de la femme dans la
socilte doit Gtre, pour employer une bien belle expression de
l'illustre Ozanam, semblable a la mission des anges gardiens :
exercer une influence puissante sur la marche de l'humanitl, mais
rester cachee et invisible aux regards curieux du public indiscret.
On ne la voit pas, on ne l'entend pas, on ne la remarque pas; mais
dans la paix familiale, dans le bon ordre et la bonne administration
de la maison, on respire l'odeur de sa vertu, d'autant plus sldui-
sante qu'elle est plus cachee : c'est la violette odorante qui se d6-
robe a la vue, mais dont le parfum exquis et suave la trahit. La
femme prudente et pure a une grace supe*rieure a toute grace, dit
le livre sacre* de MEccUziazte. Et cette grace incomparable de la
feinme ne jouit des honneurs qui lui sont dus que la ou l'idle reli-
gieuse court, comme la seve de la vie, dans toutes les branches de
Tarbre robuste de la famille.
La oil domine la loi de la force, on verra la femme sacrifice aux
caprices de l'homme ; mais ou regne et triomphe la loi de l'amour,
apport^e au monde par le Christ, r^pandue par ses ap6tres, cons-
tamment prSch^e par son figlise, la femme sera le trait de l'union,
Taxe et le centre de la famille, et elle aspircra a ^galer les gloires
de la femme forte du livre divin des Proverbes et de T^pouse
aim ante du Cantique des Cantiques. Le Play, en parlant de la
famille du Lavedan, fait remarquer Timportance que la coutume
basque a toujours donn£e a la femme dans le gouvernement du foyer,
et l'influence puissante qua eue cette tendance dans la stability de
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DANS LA FAMILLE BASQUE IQQ
la society domestique, et moi j'ajouterai : j usque dans ce regime
tres reinarquable du colonat basque, qui fait que le colon se per-
pltue dans la mfcme maison et dans la culture des monies terres,
comme s'il en 6tait rlellement le coproprtetaire.
Et pour calculer jusqu' a quel point i'id^e religieuse a du contri-
buer a 6tablir cette influence puissante et silencieuse de la femme
dans la socilte* domestique, il suffit de consid^rer I'esprit profon-
d£ment chre*tien des lois, couturaes et institutions basques. On a
beaucoup discut£ sur l'epoque plus ou moins £loign£e ou les
Basques embrasserent la foi du Christ, et j'ai £mis ailleurs mon
humble opinion sur la matiere. Mais quelque opinion qu'on sou-
tienne a cet 6gard, ce que personne n'osera mettre en doute, c'est
que quaud le peuple basque 6couta la voix des pr£dicateurs de
1'frvangile, il F^couta s£rieusement et fit rejaillir sur toutes ses
coutumes et institutions les gouttes de la foi chre*tienne. Voyez la
croix, unie dans une indissoluble 6treinte au chene immortel de
Guernica, qui eleve vers le ciel sa cime feuillue a Tabri du sanc-
tuaire de Notre-Dame de TAntigua; voyez la tradition forale
d'Alaba, qui fraternise avec le culte de la Vierge d'Estebaliz;
voyez Tartistique Iglise ogivale de Saint-Sauveur de Guetaria,
dans le chceur de laquelle se r^unirent, le 6 juillet 1397, sous la
presidence du c^lebre corregidor docteur Gonzalo Moro, les 1116-
morables juntes de Guipuzcoa, qui r6digerent le fameux cahier
des soixante ordonnances, premiere compilation £crite de la legis-
lation particuliere de cette province, jusqu alors regie par la cou-
tume. Pour que Tid^e religieuse soit si vigoureuse et si manifeste
dans la vie publique, il fautque cette m&me influence bienfaisante
soit absolument dominante dans la soci6t6 domestique, dans l'asile
sacre" du foyer; car un peuple n'est que Tagr^gation des families
qui le constituent.
Et le peuple basque, compose, en ce qu'il a de plus propre et
particulier, d'agriculteurs et de marins, a pour regie de chercher
dans la religion la sauvegarde eflicace des droits, Forigine et la
sanction supreme des devoirs, et c'est pourquoi il a su organiser
si admirablement la fa mi lie et proteger rinviolabilite* du foyer
domestique. Et c'est une chose a m£diter que la langue basque n'a
pas de mot pour d£finir le delit qui tend le plus directement a
relacher les liens conjugaux et a detruire la paix domestique ; et
sans pr£tendre pour cela que les peuples euskariens aient 6t£
indemnes de ce vice qui a ronge les entrailles des civilisations
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200 Ir'lDEB RELIGIEU8E
les plus opposees, on peut affirmer que cette heureuse pauvrete de
la laugue indique d'une mani&re bieu £loquente et significative
que parmi les enfants d'Aitor il 6tait relativement rare que les
£poux manquasseut au devoir mutuel de la fid£lit6 conjugate. Que
l'esprit chr^tien ait contribu6 a cette purification des sentiments
et k ce scrupuleux respect du devoir, c'est chose qui se dlduit de
soi, pour peu qu'on veuille bien r6fl6chir.
La famille, forte, f espect^e et prosp&re, est la pierre angulaire
de l'gdifice social, et si le peuple basque, nourri de la foi chr£-
tienue, qui est Valma mater de ses institutions, sait conserver
vigoureuse cette cellule primitive de la sociltl, il peut esp^rer,
sans secousses ni convulsions, voir venir les temps pr6dits par
les anthropologistes, oil disparaltront les empires caducs et les
races d6cr£pites, appauvries par le luxe, ruin6es par les raffine-
ments du plaisir, rong£es par d'i legitimes et folles ambitions,
pour faire place et ceder l'empire de la terre a d'autres races plus
robustes et moins coiTompues. Quand viendront ces temps, les
peuples sobres, laborieux et bonorables n'auront rien a craindre,
ceux qui jamais ne recurrent devant les exigences souvent bien
dures de l'inlluctable loi du travail, ceux qui ne oessferent jamais
de placer la famille au rang trfes 6\ev6 qui lui est n6cessaire pour
qu'elle soit le stimulant de la vertu et le frein puissant du vice.
La vertu est hautement hygi&iique, et les individus, comme les
collectivity, qui d£sertent l'observation du Decalogue non seule-
ment ternissent la puret£ de leur &me sous les taches du vice,
mais encore attentent k leur propre constitution physique, parce
que, Thomme 6tant un, il n'y a pas de transgression de la loi
morale qui ne porte avec elle la transgression d'une loi physique :
Mens sana in corpore sano, ont dit les anciens, et a r£p£t£ a
travers Thistoire le peuple basque, montrant avec l'6loquence des
faits les merveilles dont est capable qui vit et travaille pour les
siens et qui n'hesite pas, pour leur donner le pain et les joies
intimes, k transformer en vergers, par un travail courageux,
continu et pers£v£rant, les roches les plus escarp^es, les versants
les plus rudes et les plus ingrats.
Carmelo de Eghegaray.
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VII
LA CONTREBANDE AU PATS BASQUE
PAR
M. CLfiMENT HAPET
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La Cootrebande au Pays Basque
PAR
M. CLEMENT HAPET
Membre du Conseil d'arroadisaement de Bayonne
L 'Industrie de la contrebande de France en Espagne fut, autre-
fois, tr&s florissante sur notre frontiere.
Les Basques s'y sont toujours distinguls par Jeur courage, leur
sang-froid et leur habilete. Et les prouesses des Avkaitza, dcs Em-
paran, des Artola, et de tant d'autres c^l&bres contrebandiers,
sont demeur6es c&febres sur les rives de la Bidassoa.
L'industrie contrebandifcre s'exerce de trois maniferes sur notre
region : par terre, par eau, au grand jour.
CONTREBANDE PAR TERRE
La contrebande par terre est herissee de dangers de toutes sortes.
Les troupes de contrebandiers se composeut ordinaire ment de dix
a douze honimes, tons jeunes gens de 20 a u5 aus, au jarret d'acier
et d'une endurance a toute 6preuve. Places en file indienne, et pre-
c6d6s d^claireurs connaissant a fond les inoindres plis du terrain,
ils cheminent silencieusement, a la faveur des nuits obscures, et
parcourent de grandes distances, par les sentiers les plus ardus de
la montagne, avec un ballot sur les £paules. Au moindre soup^on
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364 LA GONTREBANDE
de rencontre, les £claireurs poussent le cri d' alarm e. Quelquefois,
an rocher, une einbuscade quelconque, surplombant le sentier
qu'ils parcourent, s'illumine soudain d'une double ranged d*6clairs,
et une gr£le de projectiles douanierd vient siffler au-dessus des
expeditionnaires. (Test un poste inconnu de carabineros, place* la
a la suite d'une dgnonciation.
Les porteurs ne bronchent pas. En un clin d'oul, ils ont disparu
dans la montagne avec leurs ballots, pour se retrouver plus loin a
un point donne\ Quand les carabineros songent a poursuivre, il
n'y a plus de contrebandiers.
Le contrebandier basque est pacifique. Jamais il n'attaque le
douanier. Mais nialheur au douanier s'il poursuit le contrebandier
et s'il l'atteint ! Un corps a corps terrible s'engage, et souvent le
douanier tombe morteilement frappe.
CONTREBANDE PAR EAU
Les expeditions par voie d'eau sont tout aussi perilieuses. En
pareil cas, c'est un canot a plats bords qui glisse com me un poisson
sur les eaux de la Bidassoa. La nuit est tres sombre. C'est a peine
si les raineurs silencieux apercoivent Pextr^mite de leurs rames.
Le plus souvent, rembarcation accoste a bon port et debarque sa
cargaison en bonnes mains. Quelquefois aussi, elle est accueillie,
au moment d'accoster, par une d^charge partie de la rive voisine.
Ce sont les carabineros qui font bonne garde.
Sur la riviere, gard£e par des embarcations douauieres, on n est
pas davantage a Tabri. Les expeditionnaires y sont quelquefois
surpris et forces de se jeter .a la nage, en faisaut abandon de leur
cargaison. Parfois aussi ce sont les douaniers qui sontrefaits. Per-
sonne a Hendaye u'a oublie Tamusante histoire des trente barils
d esprit de vin saisis sur la Bidassoa, barils qui furent triomphale-
ment conduits au magasin des douanes, et qui, a l'examen, ne lais-
serentcouler que... de Teau pure. Le capitaine d'alors ne s'en est
jamais console.
GONTREBANDE AU GRAND JOUR
Les Basques admettent le paiement d'un droit sur un article de
commerce qu'ils importent, mais ils ne comprennent pas que l' ft tat
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AU PAYS BASQUE 2<>5
preleve des taxes exorbitantes sur des vfctements et objets de toi-
lette a leur usage personnel. Dans les Provinces Basques, les families
les plus honorables, les plus fortunes, croient devoir venir revitir
a la frontiere les costumes et confections qui leur sont adressls de
Paris. Et c'est un spectacle curieux que de voir fr£quemment a
Hendaye des groupes d'616gantes dames et de charmantes demoi-
selles arrivant le matin avec des fleurs dans les cheveux, etrepar-
tant le soir eoiflfees de magnifiques chapeaux. C'est un moyen sim-
ple, pratique, sans danger, de tourner la loi douaniere. Iln'est, en
effet, interdit a personne de revitir un superbe costume ni de coif-
fer un chapeau fleuri. .
II n'y a pas bien longteinps, une grande famille de Saint-Slbastien
avait commands a Paris. de tres belles toilettes a l'occasion dun
mariage. La note a payer a la douane devait monter a ^ooo
francs. La fiancee et ses amies intimes n'ont pas h6site\ Elles sont
venues passer une journ^e a Hendaye dans un landau a quatre
chevaux et sont reparties le soir, rev&tues de ieurs magnifiques
atours. Quand le landau s'est arrSte* devant la douane, le ve>ifica-
teur, Ibloui, n'a pu s'emp£cher de s^crier : « Mais tout cela, Mes-
dames, est absolument neuf ! — Oh! tout ce qu'il y a de plus neuf !
out riposte* en riant les belles voyageuses; mais voudriez-vous
done, Monsieur, qu'apres avoir trouve toutes ces belles choses a
Hendaye, nous revenions chez nous avec des costumes passes de
mode? — C'est juste, r^pondit le verificateur, navre* de voir glisser
entre ses mains une recette de de 4000 francs ; passez, Mesdames,
c'est votre droit ! »
CONTRBBANDIERS NOTOIHES
Parmi les contrebandiers de montagne dont on a gard6 le sou-
venir, on peut citer Gambocha, qui, poursuivi un jour par un
carabinero qui lui avait tir6 un coup de fusil, sauta sur lui, le ter-
rassa, l'attacha comme un Christ a une croix de pierre qui se trou-
vait sur les lieux, et le laissa la, sans lui faire, d'ailleurs, aucun
mal.
On peut citer encore Hermoso, qui, surpris pres du pont inter-
national avec un sac de sucre qu'il emportait sur ses 6paules, passa
au pas de course a travers les douaniers qui voulaient lui barrer
le passage, et lanca son sac dans la riviere comme on lance une
balle.
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2o6 la CONTRABANDS
Parmi les contrebandiers marina, il faut citer egalement Ar-
kaitza, tu6 en pleine riviere par une balle douani&re, et le non
moins c^lfcbre Joaquin. Ce dernier, surpris en rivi&re avec un
chargement de cafe et gard6 a vue sur un bateau par un oarabinero
arm£ jusqu'aux dents, sauta sur son gardien a l'improviste, le d6-
sarma, le terrassa, le jeta a l'eau et sauva sa cargajson, qui valait
Men 10.000 francs.
Durant la derniere guerre carliste, un veritable combat eut lieu,
prfcs de notre fronti&re, entre un groupe de contrebandiers navar-
rais, qui escortaient un convoi de cafe et de cacao, et un poste de
carabineros commandos par un sergent. Le sergent avait recu ao
onces (Tor pour laisser passer le conVoi. Mais au moment du pas-
sage dans un lieu desert, et dans l'espoir d'augmenter sa prime, il
ordonna sur le convoi une dlcharge nieurtri&re. Les contrebandiers,
irritls par cet acte de d£loyaute, se jetferent sur les assaillants a
I'arme blanclie. Une heure apres, on retrouvait sur le cadavre du
sergent les ao onces dor renfermees dans une bourse en soie
verte.
LA CONTREBANDE EST-ELLE UN D^LIT?
La contrebande nest qu'un del it de convention, n'iinpliquant en
soi rien d'immoral. Ce sont les lois (iscaies seules qui la rendent
punissable.
Pour les Basques, la contrebande est une action innocente et
nature lie, d'autant plus naturelle que les frontieres ne sont g£n£-
ralement que des limites fictives qui slparent un pays d'un autre
pays, et que l'&ablissement de ces limites n'est le plus souvent
qu'une application du pr£tendu droit du plus fort.
Un £v6que, consults par un contrcbandier scrupuleux, ar6pondu
que le p6ch£ de contrebande n'existe pas. La religion ne reprouve
que le fait de corruption du propose a la garde de la frontiere. Hors
du cas de corruption, point de p6che.
FRATBRNITB ET SOLIDARITY DES BASQUES
Le sentiment du pays natal, de ses montagnes, l'emporte, chez
le Basque, sur tout autre sentiment.
Sur les bords de la Bidassoa notamment, les Basques ne forment
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AU PAYS BASQUE 207
qu'une seule et mfinie famille. Leurs souvenirs, leurs coutumes,
leurs besoins, leurs int£r£ts, sont communs.
Des qu'ii s'agit de s'entr' aider, ils n'ont qu'un coeur, qu'une ame,
qu'une pens£e. lis sout capables de tous les denouements, de tous
les sacrifices.
Et ce n'est pas aux Basques qu'on fera jamais croire qu'ils ne
sont pas dans leur droit en essayant de soustraire des objets de
premiere necessity au paiement de droits (Ju'ils considerent com me
injustes.
lis ne connaissent en un mot que les regies de la morale et les
prlceptes de la religion. Ge sont ces regies et ces preceptes qu'ils
se font un devoir d' observer.
CONCLUSIONS
Je suis libre-£changiste.
Je ne puis admettre qu'apres avoir invents le tel^graphe, le tele-
phone, les voies ferries, nous en soyons reduits a nous renfermer
chez nous comme dans une prison.
Je ne puis admettre davantage qu'apres avoir chante sur tous les
tons l'expansion industrielle, la fraternity des peuples, nous en
soyons reduits a Clever sur nos frontieres des barrieres douanieres
plus hautes que des montagnes.
Le pr ogres, la civilisation, ne consistent pas a s'entourer d'une
infranchissable muraille, a s^parer par des bureaux de douane des
peuples qui s'aiment, qui sont voues aux transactions les plus
actives, qui ne forment, comme sur les Pyrenees, qu'une seule et
me me famille.
Clkment Hapet.
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VIII
IMMIGRATION
M. ANTONIO ARZAC
Traduction par M. MICHEL LIZARITURRY
•4
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L T E3^IG-ie^^TI03Sr
M. ANTONIO ARZAG
Traduction par M. MICHEL LtZARITURRY
MoNSEIGNEUR,
Mesdambs,
Messieurs,
Lb jour est a son d£clin : la unit survient.
Dans one maison aux vieilles masures a demi cachle par la
frondaison des cb&taigniers et des noyers, les parents avec leurs
gallons et leurs filles en bas fige sont rentr^s pour dormir, ou
plut6t pour pleurer tout en se cachant mutuellement leurs larmes,
pendant que la grand-mfcre, serrant fortement les grains de son
cbapelet, et son petit-neveu, la te"te pench6e et regardant le sol, se
groupent dans un coin de la cuisine. Le chien, sur le seuil de la
maison, lance un aboiement plaintif et prolong^ ; nulle trace de la
lune ni des £toiles au firmament; la brume entoure les bois et les
prairies dans le silence d'un sommeil trompeur ; on dirait que la
tristesse s'elend aux alentours. Ab ! c'est que le deuxi&me des ills
est- parti pour l'Amlrique; une longue et d6sastreuse guerre a
ruine* la famille, et pour lui venir en aide l'amour filial le conduit
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212 L EMIGRATION
a travers les mers en laissant ici son coeur, tel le vent poussant le
navire qui le porte au loin. Les jours se succfedent, et il navigue
sur cette plaine sans limites, il ne voit plus les montagnes de sa
patrie, il n'entend plus les sons gais des fetes de son village ni les
vieilles chansons basques. Le ciel en haut, l*eau en bas... : tel est le
monde.
Apr&s avoir 6prouv6 de rudes tempgtes, il arrive enfin heureu-
sement en Am6rique.
II se met avec ardeur au travail, et sitdt qu'il complete la pre-
miere once d'or (inappreciable entre toutes), il s'empresse de l'en-
voyer a sa mfcre ch^rie. II lui recommandc d'acheter et de porter
du tabac au vieux pfere Pello, qui habite la maison voisine :
mani&re gracieuse et delicate de prouver qu'il conserve le souvenir
de cette maison ou Tattend sa fiancee Katalin.
Comme preuve de son amour, elle lui donne en partant son sca-
pulaire de la sainte Vierge, qu'il porte nuit et jour sur sa poitrine,
tout en conservant 1'honnStete des moeurs apprise au foyer
paternel. Apr&s quelques ann£es, il avise la famille de lui envoyer
le fr6re plus jeune pour le remplacer, et il revient apportant avec
lui son petit tr£sor d'argent. Afin de prouver la loyaute de ses
sentiments, il voudrait acheter la maison natale, mais son pro-
prietaire s'y oppose, et alors il achate la maison de Katalin et se
marie avec elle, tout en aidant ses parents et ses frfcres.
Grand-mere est morte : on lui plante une croix a l'endroit oil la
terre couvre ses restes; mort aussi le chien, Pinto, qu'il aimait a
caresser et qui aboyait si lugubrement le jour de son depart. Les
vaches sont remplac£es ; seuls restent debout les arbres v6n£rables
qui se dressaient devant la maison et qui avaient convert les grands*
parents de leur ombre.
Le temps passe ; les affaires d' Am6rique, confiees au frere cadet,
sont en pleine prosperity; celui-ci le reclame, il accourt et il
revient de nouveau enrichi au pays, oil il fait preuve de largesses
en restaurant le grand autel et le clocher de son village, et en y
construisant des 6coles, une place de jeu de paume et un hospice
pour les pauvres et les malades.
Voila en peu de mots, et cela se voyait plus autrefois qu'aujour-
d'hui, l'eioignement et le retour des Basques qui vont en Amdrique,
je veux dire de ceux qui n'ont jamais oublie les principes appris
dans leur enfance. En revanche, il en est d'aulres qui les oublient
et qui perdent leur bonheur tout en amassant la fortune.
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^EMIGRATION 2l3
D'oii provient, Messieurs, Torigine de cette in6galit£? Elle pro-
vient de l'amour. II en est qui, partis pour des contrees lointaines,
restent parmi nous dans le pays, tandis que d'autres qui habitent ici
en sont 6loign6s par le coeur. Quoique loin, ils sont prfes; quoique
pr&s, ils sont loin ; je veux dire par ces mots que l'amour remplit
toute notre vie ; si nous vivons sans amour, notre vie n'est qu'une
ombre, soit que nous soyons prfes, soit que nous soyons loin. Si
l'amour venait a disparaltre, les families et les peuples seraient
inertes, tel le soleil s'6teignant pour toujours.
N'est-ce pas l'amour du pays qui nous r^unit dans cette riante
ville de Saint- Jean-de-Luz ? Ne sommes-nous pas mis au monde
par Dieu afin de constituer une famille par la m£me langue, les
mgmesmoeurs, les m£mes affections et les m&mes rfcves?
Qu'importe que l'homme dise : « Voila la Bidassoa; c'est la fron-
ti&re qui nous slpare »? Est-ce bien pour nous une frontifcre,
lorsque Dieu nous a faits fr&res? C'est parce qu'il en est ainsi que
nous deploy ons la devise de Sept une, et chacun nous apporte de
son village, de sa province, de sa maison, de sa famille, les objets
pr£cieux et les manuscrits qui nous parlent de nos p&res et de nos
aieux.
Aimons-nous done les uns les autres, depuis la naissance jusqu'a
la mort, depuis le berceau jusqu'a ce que nous remettions notre
ame dans les mains paternelles de Dieu, notre vie n'etant qu'un
61oignement des choses perissables de la terre, un exil, et un
retour a la vie 6ternelle. Qui n'a la-bas un Hre aim6? Qui done
ignore que son retour ici-bas est impossible et que nous irons
un jour le rejoindre? Messieurs, j'aime ma terre n a tale, les mon-
tagnes me transported, la mer m'lmerveille..., mais, je Tavoue, je
ne puis vivre sans regarder le ciel, ce ciel qui sera ma derniere
demeure.
Manuel Lizariturry.
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IX
REGHERCHES HISTORIQUES
SUR LES CORSAIRES DE SAINT-JEAN-DE-LUZ
M. E. DUCERE
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RECHERCHES HISTORIQUES
SUR LES CORSAIRES DE SAINT-JEAN-DE-LUZ
M. E. DUGfiRfi
SOUS-BIBLIOTHBCAIRB DB LA VILLE DB BAYONNB
DE tous les genres d' Etudes historiques, il n'en est gufere de
plus difficiles et de plus obscurs que ceux qui sont relatifs
aux corsaires. Une date, un fait, une action d'^clat, et le marin qui
a brill6 un instant comme un m6t£ore disparait brusquement, sans
qu'on puisse* savoir ce qu'il est devenu. Pour beaucoup d'entre
eux on ne trouve relate qu'une seule croisi&re, et mGme dans cette
croisi&re qu'une seule action ; et non seulement nous ne savons
rien de leur naissance, mais encore leurs campagnes suivantes
sont brusquement tomb£es dans l'oubli. Et pourtant que de cou-
rage, que de souffrances, que d*abn£gation mise au service de la
patrie, et qui bien souvent est d6nu£e de toute id6e de lucre ou de
rapacity ! Cette obscurity qui environne ces braves combattants se
comprend jusqu'a un certain point, par l'habitude prise par un
grand nombre de maisons d'armement de bruler plus tard, ou a
leur liquidation, toutes les pieces relatives a des expeditions qui
bien souvent les avaient enrichies. C'est ainsi que, en outre des
fonds officiels dans lesquels il nous a 6X6 donne de puiser plus
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2l8 RECHERCHES HISTORIQUES
largement, nous n'avons pu trouver qu'un nombre assez restreint
de pieces privies, mais qui du moins nous ont servi a restituer la
vie de quelques-uns de ces intr£pides.
De l'ensemble de ces recherches, nous d6tachons ici ce qui est
relatif aux corsaires arm£s par Saint-Jean-de-Luz et Ciboure, ou
qui sont n£s dans ces deux villes. Nous ne doutons pas cependant
que des recherches ult£rieures ne fassent surgir des noms nou-
veaux ou n'accusent par des details plus precis les quelques
esquisses que nous donnons.
La situation topographique de Saint-Jean-de-Luz et de Ciboure,
places au fond d'une baie immense et a Tembouchure de la Nivelie,
en faisait un port d'une grande valeur pour les armements en
course, car on pouvait en sortir et y entrer presque par tous les
temps, et le blocus en 6tait de la plus grande difficult^.
Le nom de Saint-Jean-de-Luz paralt pour la premiere fois dans
le cartulaire de Bayonne sous le nom de Sanctus Johannes de
Lais, en 1186, et dans les Rdles gascons en i3i5. C'est en grande
partie la pGche, et* surtout celle de la baleine, qui donna aux
Basques cet esprit d'aventure qui en fit des marins dune reputa-
tion incontest£e.
Pendant toute la p^riode du moyen age, on ne trouve rien qui
soit particuli&rement propre a Saint-Jean-de-Luz. Sa population
maritime dut etre 6troitement li£e a celle de Bayonne, sinon par
ses armements, du moins par ses contingents de matelots. II 6tait,
en effet, impossible que les flottes nombreuses que celie-ci mettait
en mer, soit pour le service du roi de Castille, soit pour venir en
aide au roi d'Angleterre, n'appelassent dans leurs Equipages tous
les marins du littoral. Bayonne seule n'y aurait pas sufli. Ces
escadres, on les trouve partout, soit a la croisade de Richard Coeur-
de-Lion, soit aux sieges de Seville, soit au blocus de La Rochelle
(124^), soit a la bataille de L6cluse, mais toujours avec le titre de
flottes bayonnaises et sans qu'il soit fait mention des autres ports
de la c6te'.
A partir de i45i, c'est-a-dire du moment oil la ville de Bayonne
et le pays de Labourd deviennent francais, on perd toute trace de
leur navigation et de leurs armements. Le changement d'embou-
1. Pour plus de renseignements sur cette periode, voir Pouvrage que nous
avons publie sous le titre suivant : Histoire de la marine militaire de
Bayonne. (Bayonne, Lamaignert, 1893, in-8' de 3a4 p.)
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SUR LES CORSA1RES DE SAINT -JJBAN-DE-LUZ 21 9
chure de 1* Adour, sur lequel on a taut ecrit, obligea la plupart des
armateurs de Bayonne k se refugier k Saint-Jean-de-Luz et rn^rne
k Saint-Sebastien. « (Test k cette epoqne, dit Antoine de Conflans,
qu'on construit k Bayonne et k Saint-Jean-de-Luz de grosses nefs,
et autres petits vaisseaux, « coraine c&ravelles, clinquars, pinaces,
balleiniers, gabarres », etc.
(Test encore un sujet tr&s controverse que Thistorique des
p&cbes de la inorue, et il n'est gufere possible de pr^ciser k quelle
epoque les Basques firent la decouverte des bancs de Terre-Neuve
et des cdtes du Canada. La plupart des auteurs qui assurent que
les Basques voyageaient d£ja dans ces contr^es a la fin du quin-
zi&me si&cle ne s'appuient sur aucune preuve, A partir de i5ao, on
trouve dans les registres des deliberations de la ville de Bayonne
d'assez nombreuses mentions d* expeditions de navires du pays k
la pgche de la morue k les Terrenabes, mais c'est en i5a8 que nous
trouvons un corsaire arm£ directement par Saint-Jean-de-Luz, et
qui, aide par les galferes de Biarritz et de Gapbreton, prend sur
les Espagnols deux gros et magnifiques navires charges de froment
et autres marchandises.
II nous faut arriver en i555 pour trouver des details plus cir-
constancies sur quelques-uns des armements en course de Saint-
Jean-de-Luz. (Test k propos d'une enqu£te faite dans la ville de
Saint-Sebastien au nom du roi. II s'agissait de connaltre les faits
de guerre des capitaines corsaires du Guipuzcoa pendant les hosti-
lites contre la France. Aussi les renseignements sur Saint-Jean-
de-Luz n'y sont-ils fournis que par ses ennemis.
Un capitaine de Saint-Sebastien declara qu'au retour d'une de
ses croisi&res, il se heurta a une galfere de Saint-Jean-de-Luz accoin-
pagnee de deux autres corsaires fran<?ais, et, apr&s un rude com-
bat, il captura un de ces corsaires, et comme ils etaient six navires
espagnols faisant voile de conserve, ils reussirent k L'amariner et
k le mener dans un port du Guipuzcoa. Vers la m£me epoque,
Saint-Jean-de-Luz fit un grand effort, et ayant arme « six puissants
vaisseaux », ils pousserent jusqu'& la baie de Motrico, sur un
avis qu'ils avaient re<?u. 6tant arrives de nuit et procedant par
surprise, ils enlevfcrent la caraque de Saint- Jean-de-Sturiza, char-
gee de marchandises. Le capitaine Martin Cardel fit aussitdt sortir
de Saint-Sebastien et de Passages six vaisseaux et zabras, months
par plus de 1200 hommes, et ils atteignirent les corsaires k I'entree
du port de Saint-Jean-de-Luz. II paralt qu'ils leur reprirent la
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220 RECHERCHES HISTORIQUE8
caraque apr6s un sanglant combat, mais le capitaine Gardel fat
bless£ k la tSte d'un coup d'arquebuse.
Selon les documents espagnols, qui seuls parlent de ces faits de
guerre, toutes ces actions d'6clat semfcrent une telle Ipouvante
chez les Fran^ais, que le gouverneur de Bayonne avait fait armer
a Saint-Jean-de-Luz six grands vaisseaux qui furent months par les
meilleurs marins du pays, afin de reprendre les navires charges
de morue qui avaient 6t6 captures par les corsaires espagnols. lis
rencontr&rent en pleine mer les navires. de Saint-S£bastien et les
combattirent toute une journSe. II y eut beaucoup de tuls et de
blesses de part et d'autre, mais les corsaires espagnols r^ussirent
k conserver leurs prises et k les conduire k Saint-S£bastien.
Miguel de Iturain dit avoir capture la Grande-Gal&re de Saint-
Jean-de-Luz, qui allait en course.
Les courses ne se font pas seulement sur les cotes du golfe
Gantabrique, mais encore dans les parages de Terre-Neuve, car
les Espagnols paraissent avoir eu pour but la destruction des
pgcheries de morue frangaises. Mais Saint-Jean-de-Luz ne restait
pas en arrifere, et le mal que firent ses corsaires fut si affreux, que
l'Espagne pr^para, a deux reprises difftrentes, des armements
pour arriver k d^truire le nid de Taigle. D£j&, en i54a, nne armee
provinciale, commandee par Sanche de Leiva, traversa la Bidassoa,
renversa les milices de Labourd, qui avaient 6te* se placer a
Teillatua, brula la maison d'Urtubic, et se porta sur Saint-Jean-
de-Luz. Cependant tout porte k croire qu'il n'y eut qu'un petit
nombre de maisons de Giboure pill6es et incendiles 1 .
Une nouvelle exp6dition fut mieux concerted, car une armle
espagnole envahit la frontiere a la fois par le Guipuzcoa et par la
Navarre, et surprit Saint-Jean-de-Luz sans coup f6rir. La flamme
d^vora la ville, les marchandises furent pill^es et les navires qui
Itaient dans le port detruits. Ge ne fut bientdt qu'un vaste bucher.
Ce d^sastre arriva le 3i juillet i558 : Bertrand de La Pueva, due
d' Albuquerque, vice-roi de Navarre, presidait k 1' execution, et le
cdlebre Esteban de Paribay, auteur d'une histoire d'Espagne fort
estime, servait alors comme enseigne dans la compagnie de Mon-
dragon.
i. Lopez Martinez de Isasti, dans son Compendio historial de la provincia
de Guipuzcoa, i6a5, imprime en i85o, assure que la ville entiere fut prise et
incendiee.
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SUR LES GORSAIRES DE SAINT-JEAN-DE-LUZ MI
Avant de continuer l*histoire des hauts faits des corsaires de
Saint-Jean-de-Luz, nous devons dire quelques mots sur les arme-
ments faits par les gens da pays pour cette p£che de la morue a
Terre-Neuve, qui jetait tant d'ombrage et suscitait tant de jalousie
que les corsaires biscayens et guipuzcoans se livraient aux plus
aventureuses expeditions pour les detruire.
A la fin du r&gne de Francois I er ; un trfes grand nombre de
navires de Saint-Jean-de-Luz allaient chercher a Bordeaux ou a
La Rochelle les armateurs et les fonds destines a faciliter leur
commerce. En i55a, nous voyons le navire le Saint-Esprit, de
Saint-Jean-de-Luz, capitaine du Halde, emprunter a des n£gociants
de Bordeaux une somme assez forte a la grosse aventure. Le
navire est de 120 tonneaux, avec 4<> hommes arni£s chacun d'une
arbal&te ou arquebuse, 20 pieces de canon avec la poudre et les
boulets, deux douzaines de grandes piques, deux douzaines et
demie de demi-piques ; en outre 6 chaloupes et i bateau, i tonneau
de poudre, 20 tonneaux de vin, 120 quintaux de biscuit, 10 quin-
taux de lard, 2 quintaux et demi d'huiie d'olive, 22 barils de
vinaigre, 120 livres de chandelle, 1 barrique de ftves, 2 barriques
de pescaulx et autres menues victuailles, pour faire le voyage. A
la m&me £poque, nous pouvons citer d'autres navires de Saint-
Jean-de-Luz : c'est le Baptiste, pour la pfcche de la baleine, la
Marie, la Madeleine, le Saint-Jean-Baptiste et la Frangoise, ce
dernier appartenant a Dagueru. On voit, d'aprfcs Tarmement de
ces navires et leurs forts Equipages, avec quelle facility ils se
changeaient eux-m£mes en corsaires et rendaient a Fennemi coup
pour coup.
Relevons rapidement, d'aprfes M. P. Musset, quelques expedi-
tions des navires de Saint-Jean-de-Luz a Terre-Neuve, expeditions
faites avec l'aide des armateurs rochelais. En 153^, nous trouvons
la Marie, maltre et bourgeois Martin de Soubmyan, le Baptiste,
maltre 6tienne Darrissagne, dit Chaiiier, et la Marie, d'Ascain,
maltre Martin Dechasse. En i538, la Catherine, de Saint-Jean-de-
Luz. En i54i, la Trinity, maltre et bourgeois Mactissans Dastin-
gues, la Marie, maltre et bourgeois Michel de Rebillacque, et la
Madeleine, maltre et bourgeois Pernotton de Sommyan. En 1542,
le Baptiste, maltre Samson de Soumyen. En i544» la Madeleine,
maltre sire Martin de Subregavay. En i54?, la Catherine, maltre
Cousin du Halde. En i548, la Sainte-Anne, de Saint- Vincent, du
bout du pont de Saint-Jean-de-Luz, maltre et bourgeois Pierre
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222 REGHBRGHBS HISTORIQUES
Daresteguy. Le Baptiste, de Saint-Jean-de-Lux, jauge 120 ton-
neaux, la Marie, d'Ascain, et le Baptiste, 90 tonneaux, et la Ma-
rie, de Saint- Jean-de-Luz, 70 tonneaux.
Gomme tous ces navires 6taient arm£s en guerre, leurs Equipages
sont trfes nombrenx ; en outre du raaitre et du contre-maitre, il y
avait un maltre charpentier et souvent un maltre chirurgien,
quelquefois un d6pensier ou tan commis charge de la conservation
de la pSche. Un navire de 70 a 80 tonneaux avait de 18 a 25 hommes
d'equipage.
De 1 535 a i585, un long cri de desolation s^leva sur tous les
rivages de l*Am6rique espagnole, pilles par les corsaires ; mais si
partout on trouve des mentions de leurs hauts faits, leurs noms
ne sont jamais cit^s. Cest a peine si nous pouvons designer les
noms des capitaines de Haritsague, de Somian et d' Amogarlo, de
Saint-Jean-de-Luz, qui enlev&rent plusieurs vaisseaux et plusieurs
marchandises du cdt6 des Indes. En 1572, les armements en
course se renouvellent dans tous les ports de France. Bayonne
y est compt£ pour deux vaisseaux et Saint-Jean-de-Luz pour six
galions. Toutefois, nos corsaires n'ont pas toujours le dessus,
car une lettre dat£e de Fontarabie, en 1573, mentionne un navire
de Passages, commands par le capitaine don Luis de Cavavaral,
qui prend dans une croisiere deux corsaires de Saint-Jean-de-
Luz.
Cependant, il semble que toutes ces eroisi&res, que tous ces
armements nombreux enrichissaient la ville rapidement, car elle
commence a mSler son nom a l'histoire, et d6ja, au commencement
du sifecle, des galores £quip£es par ses habitants concoururent a
1'expedition de Charles VIII en Italie, et un certain nombre de ses
volontaires grossit l*arm6e conqulrante. Paul Jovo, historien ita-
lien, t^moin de rentree des Fran$ais a Rome, signale dans leur
multitude, si diverse de race et d'armes, les Basques aux longs
cheveux, aux costumes 6clatants, d£filant a leur tour sur les pas
du roi.
En 1621, Saint-Jean-de-Luz sollicita et obtint du pouvoir royal
I'autorisation de r^primer les violences des Rochelais. Quelques-
uns de ses navires s'arm&rent et s'£quip&rent en guerre, et deux
barques rochelaises, enlev£es de haute lutte, furent, la mgme ann£e,
ramen^es victorieusement dans le port. En 1625, des lettres
patentes de Louis XIII « donnent mandement au bayle et aux
habitants de Saint-Jean-de-Luz de construire et equiper quatre
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SUR LBS GORSAIRES DB 8A1NT-JRAN-DE-LUZ 223
vaisseaux poor la protection de leur commerce a Terre-Neuve » et
la s&retl des c6tes. Ges quatre batiments, d'une jauge oflicielle de
5oo tonneaux, mais d'une grandeur et d'une masse bien autrement
considerables, furent construits rapidement sur les chantiers de la
Nivelle. lis repr6sentaient, pour l'£poque, des vaisseaux de second
rang et pouvaient servir a faire juger combien les faculty splciales
de la ville et les conditions de son port £taient difif£rentes de la
situation actuelle. Francois de Lohobiague, Jean d'Avetche, Mar-
tin de Hirigoyen, Joaquin de Harist£gury furent leurs capitaines
commandants, elus par les habitants, confirmes et commissionnls
par le roi. Munis d'une forte artillerie, months par une jeunesse
ardente et £nergique, deux des vaisseaux de Saint-Jean-de-Luz
prirent le large en 1627, en faisant flotter au vept, a cdt6 du pavil-
ion blanc fleurdelis£, le pavilion rouge et noir aux amies de la
ville, d£ja bien connu et redoutl sur FOc6an. lis accomplirent
leur mission de surveillance et de protection et, apr&s la conclusion
du si&ge de La Rochelle, ils furent, ainsi que les deux derniers,
acquis et retenus pour le service royal, car nous les voyons figurer
dans un inventaire de la flotte dress6 par le sieur d'Infre ville en
1629-31 \
On sait quelle grande part prirent a ce mfirae si&ge les esca-
drilles de pinasses fournies par Bayonne et par le Pays Basque.
Saint- Jean-de-Luz , principalement, se distiugua d'une manifere
toute particuli&re. Les habitants avaient rlpondu avec empresse-
ment a l'appel qui leur avait 6t6 fait. Ils armerent quinze pinasses
et charg6rent de vivres et de munitions vingt-six flfttes, organisant
ainsi une flottille imposante. Un seul de ses n£gociants, Joannot
de Haraneder, fit spontan£ment don au roi de deux navires munis
d'artillerie et dignes de figurer dans son arm6e navale. L'escadrille
de Saint- Jean-de-Luz, commandle par le sieur d'Ibaignette, joignit
celle de Bayonne, dirig^e par le capitaine Vallin,etcllesop£rferent
le ravitaillement de l'lle deR6. Les pinasses de Bayonne et de Saint-
Jean-de-Luz assisterent au si&ge de La Rochelle, car on les voit
dans les estampes qui furent gravies par Gallot.
Parmi les marins c61&bres qui illustr^rent ce si&cle, nous ne
devons pas oublier de mentionner le flibustier Michel le Basque,
qui, a ce que Ton croit, etait natif de Saint- Jean-de-Luz. Les 6\6-
nements qui marquferent la vie de cet aventurier sont trop connus
1. Documents sur FHistoire de France. — Correspondance de H.deSourdis.
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224 recherches historiques
pour que nous les reproduisions ici. II en est de m&me de Sopite,
a qui les pgcheurs de baleines doivent Tinvention de faire fondre
en mer le lara et le convertir en huile, ce qui produisit une
grande Economic de temps et leur permit de faire des chargements
complete. Mais nous allons quitter tous ces faits isol6s pour en
arriver maintenant a l'histoire de la course sous l'ancien regime et
voir enfin quelle fut la part que prit Saint-Jean-de-Luz dans ces
longues guerres navales.
LA COURSE SOUS L'ANCIEN REGIME
Parmi les ports maritimes du Sud-Ouest, Bayonne et Saint-
Jean-de-Luz se firent remarquer par une activity prodigieuse et un
entrain sans pareil. Dans la seule annee de 1690, plus de quarante
batiments de commerce furent capture's. Les capitaines basques
ne firent pas les plus mauvaises prises, et nous pouvons signaler
la Notre-Dame-du-Rosaire, prise par le capitaine Ghibau; le
Jtisus-Maria-Joseph, par le capitaine Duconte ; le San-Jost, par le
capitaine d'ltchepave; la Maria, par le capitaine Hiriart; la
Sainte-Croix et le Neptune, par le capitaine Dasseche; YAmiral-
Tromp, par le capitaine Hiribarrero; le Saint-Joseph etla Mart he,
par le capitaine Descabide ; Y^cluse, par le capitaine Darralde ;
le Succis et la Victoire, par le capitaine Harismendy.
De Janvier a septembre 1692, 5a pieces furent amarin6es et con-
duces dans les ports de Bayonne et de Saint-Jean-de-Luz ; le
10 octobre, un corsaire labourdin y faisait entrer un vaisseau hol-
landais de 24 canons et 3 reprises. Le a5 novembre, la Gazette de
France annoncait a ses lecteurs que les arinateups de Bayonne et
de Saint-Jean-de-Luz venaient de s'emparer de six navires anglais :
quatre charges de morue pour les ports de Biscaye, un de ble* et
un autre de tabac. Le i3 d£cembre, la indme feuille publiait que
deux autres armateurs de Bayonne et de Saint-Jean-de-Luz avaient
fait entrer dans ce dernier port un vaisseau anglais perce* de
5o pieces de canon et charge* de 5ooo quintaux de morue, et un
second portant i5oo quintaux de la mgnie marchandise.
Cette epoque est le point culminant de la prospe>ite* de Saint-
Jean-de-Luz. Dans cette m£me ann£e 1692, les corsaires avaient
pris ia5 navires, et au moment ou le due de Gramont £crivait ces
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SUR LES CORSAIRES DE SAINT-JEAN-DE-LUZ m5
details an roi Louis XIV, il ajoutait qu'il y avait on si grand
. nombre de na vires captures k Saint-Jean-de-Luz, « que Ton passait,
de la maison ou logeait Sa Majesty, k Ciboure, sur on pont de
vaisseaux attaches les uns aux autres ». L'eflroi et le tumulte sont
dans les provinces espagnoles, oh tout le monde crie niisfere.
Les corsaires de cette region ne se born&rent pas k des courses
sur les cdtes cantabriques, et ils all&rent porter le trouble et le
ravage dans les mers du Groenland. Les documents que nous
avons pu recueillir sur cette glorieuse expedition sont en tr&s petit
nombre et manquent de ces details precis que nous trouvons plus
abondamment pour les corsaires des autres r&gnes. Nous ne dou-
tons pas que ces pifeces qui nous font d£faut n'existent quelque
part et qu'on ne parvienne k les mettre au jour pour la plus
grande gloire de ces obscurs hlros.
L'exp6dition se composait de quatre frigates llgferes, sous la
direction d'un certain M. de La Varenne. Coursic et Harismendy
commandaient les frigates VAigle et le Favori; le quatrifeme
capitaine s'appelait du Gougas. Louis de Harismendy, qui devint
capitaine de vaisseau, £tait n£ k Bidart en i645, et 6pousa, k
Bayonne, le 27 septembre 1693, demoiselle Marie de Lafourcade.
Brave marin dans toute Tacception du mot, nous n'avons pu trou-
ver sur cette curieuse personnalit£ autre chose que son expedition
dans les mers glaciales, oil il se couvrit de gloire k c6t6 de son
matelot Goursic.
Mais laissons la parole au due de Gramont, gouverneur de
Bayonne, qui instruit le ministre de la marine des hauts faits de
nos deux corsaires :
A Monsieur de Pontchartrain. %
Bayonne, le 29 septembre 1692.
Vous m'av^s fait part, Monsieur, des nouvelles que vous a vies eu de
Rotterdam au sujet de l'entreprise faite par nos quatre fregates au
Groenland. 11 est juste que je reponde k cette attention de votre part
pour vous faire le paroli de votre nouvelle en vous d6laillant avec
armes parlantes comme les choses s'y sont passees. Voici, mot pour
mot, ce qu'un Basque, nomm6 Hague tte, parent de celuy qui est k
Monsieur, et que le Roy cognoit bien, me rapporta hier de Tile de
Ferro, sur une des douze flutes que convoyait le capitaine Haris-
mendy :
Les quatre frigates du Roy entr£rent le 4 d'aoust dans la baye du
i5
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326 RBGHERGHES HI8TORIQUES
Jund, oil ils aprirent que 55 vaisseaux holandois, ayant fait leur pesche,
£toient mouill£s sur une mesme ligne dans la dite baye. Nonobstant le
grand nombre, M. de la Varenne ne laissa pas de les faire attaquer
par Coursic et Harismendy, lesqucls commencerent le branle et livre-
rent un ass£s rude combat. Les Holandais s'atant deffendus comme
des diables, quoyque faibles en canons et en equipages, nos deux
fregates leur ont tire a5oo coups de canon et tu6 une tres grande quan-
tity de matelots qui, apres avoir dispute leur terrain tout autant qu'ils
ont peu, se jetterent dans des chaloupes et abandonnerent le corps de
leurs batiments, dont Coursic et Harismendy se rendirent maltres. De
ces 55 vaisseaux, il s'en est trouv6 ao sous pavilion danois qui, n'ayant
fait nul acte d'hostilit6 et recognus danois apres un exainen tres exact,
ont 6i6 renvoy^s ches eux, conform£ment a Instruction du Roy, avec
force compliments. Quant aux Holandois, voici quel a ete leur sort.
On a charge onze de leurs plus grandes flutes de tout le canon et de
tout ce qu'ii y avoit de meilleur sur le total. Le reste a est6 brule".
Cette expedition faite, les onze flutes ont 6te donnees a convoyer au
capitaine Harismendy, qui commande le Favory, pour les mener en
droiture icy. Ledit Haguette, dont j'ay parle cy dessus, en montoit
une du port de 900 barriques ; il est venu avec Tescadre jusqu'a l'isle
de Ferro, ou une brume l'ayant separe* des autres vaisseaux, il a con-
tinue sa route avec un equipage de i5 hommes et est arrive, le vingt-
unieme jour de son depart de Tendroit ou l'exp^dition s'est faite, a la
rade de Saint-Jean-de-Luz sans poudre, sans canons, sans amies, et
pendant sa longue route sans avoir rencontre* aucun batiment qui put
lui donner un moment d'inquietude, ayant toujours le vent du monde
le plus favorable, de sorte qu'il m'a assure, et il y a beaucoup d'appa-
rence, que Harismendy doit arriver a toute heure. Voil&, Monsieur,
pr£cis£ment, et mot & mot, ce qui s'y est passc\
Le duc de Gramont.
L'exp£dition avait reussi d'une maniere complete, mais on eut a
d^plorer la mort du capitaine Larr^guy, qui fut emporte* d'un coup
de canon. M. de Pontchartrain envoya a Coursic un t£moignage
flatteur de sa belle conduite ; quant a Harismendy, il avait recu
d£ja depuis quelque temps le brevet de commandant de la frigate
le Favori, que Ton avait arm6e a Bayonne.
M. de Saint-Clair, capitaine d'une frigate du roi, VAdroite,
obtint du duc de Gramont d'aller faire une croisiere de quelques
jours entre Bilbao et le cap Machichaco.
Le i or aout, il apercut sous le vent un navire qui paraissait assez
grand, auquel il donna la chasse et qu'il atteignit vers neuf heures
du matin. C'^tait un vaisseau hollandais de 54 pieces de canon,
perce* pour 64 et monte par 200 hommes d' equipage. Le capitaine,
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SUR LE8 CORSA1RES DE SAINT-JEAN-DE-LUZ M?
tr&s brave et trfes hardi, mit en panne pour attendre YAdroite et
lni tira tonte sa voile quand ils furent vergue k vergue. lis se bat-
tirent ainsi pendant deux heures presque bord k bord avec nne
vigueur extraordinaire. Cependant, sous une dernifere dlcharge de
la frigate frangaise, le feu se dlclara sur le vaisseau hollandais. II
fut entiferement consume et on n'en put sauver que 68 hommes, y
compris le capitaine et le lieutenant, qui Itaient blesses et furent
menls k Saint-Jean-de-Luz. La frigate de M. de Saint-Glair n'avait
que 4o canons. Parmi ceux qui se distingu£rent k bord de YAdroite
on cita un capitaine de corsaire basque, nomm6 Valmana, qui
avait Itl embarqul k Saint-Jean-de-Luz, et dont le capitaine de
frigate exalta fort le courage.
Parmi les capitaines de corsaires qui se distingulrent le plus au
cours de ces longues guerres mari times, « on trouve, dit M.
Goyetche, dans 18s papiers de Haraneder, l'ltat des prises faites
en 1691 par la frigate le Saint-Frangois, capitaine Duconte ; elles
s'llevent au nombre de onze pour une seule sortie et produisirent
une somme de n3.ooo livres. Nous devons engistrer aussi les
captures faites par la frigate le Saint- Vincent, commandee par un
second Duconte, digne Imule de si>n fr&re alnl. On assure que
Louis XIV voulut honorer la bravoure de Cepl, le redoutable
corsaire de Saint-Jean-de-Luz, et qu'il le manda k la cour de Ver-
sailles pour lui Itre prlsentl. »
Nous trouvons encore le capitaine Jean de Sopite. Puis YAeen-
turUre, capitaine ^Itienne Harambour, de Ciboure, armle par
JeanLuze, deBayonne. Le Cantabre, de Saint- Jean-de-Luz, montl
par le capitaine Pierre Dolabarade, qui fit, en 1706-1707, quatre
prises au Groenland et captura, en revenant, le Semeur de Grains,
de Hambourg, charge de cent pipes de lard. La Catherine, de
Saint-Jean-de-Luz, armle par Jean Dalday et sous le commande-
ment de Louis Fouquier, fit, en 1706, une prise portugaise chargle
de cacao et de sucre. Un jour, sans doute, la lumi&re se fera sur
ces braves marins, qui firent respecter notre pavilion sur les mers
les plus lloignles.
En ij44» l ft premifere declaration de guerre trouva les Basques
prlts k commencer la course. Deja Saint-Jean-de-Luz fait cons-
truire deux vaisseaux de 16 k 18 canons. Les armements se multi-
pliaient. L*Basquaise, capitaine Sanson Dufourg, prit, le 12 fevrier
1748, le London-Factor, de Londres, de a3o tonneaux, arml de
14 canons et de 6 pierriers. La capture en fut facile, car il lui suffit
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228 RECHERCHES HISTORIQUE8
de trois on quatre coups de canon pour l'obliger a amener pavilion.
Le 9 juiu de la m&me ann£e, le corsaire capturait la Leta Margue-
rite Galley, de Flessingue, de mo tonneaux, avec 6 canons et
4 pierriers, charg£e de bois rouge, cire et dents d'616phants.
Le corsaire le Cantabre, capitaine Ba'rnetche, captura un galion
du Perou de 35o tonneaux, trfes richement charg6. Ce navire,arm£
de 1 4 canons et de 6 pierriers, ne fit pas de resistance, car le mau-
vais temps Pavait oblige a jeter huit de ses pieces d'artillerie a la
mer. Le Neptune, commands par Larr^guy, s'empare successive-
ment du True Britain, du Goorge Sara, du Hannolt, de Cork, et
de la Prise, de Dublin. Le Prince-d' Orange, capitaine Joanis
Dargainarats, prend la Barbade. La Basquaise, de Saint-Jean-de-
Luz, 6tait comniand6e par le capitaine Sopite, descendant direct
du fameux pfccheur de baleines. II brava toutes les croisiferes de
Tescadre anglaise qui bloquait ^troitement nos ports, la traversa
et parcourut les mers. II soutint plusieurs combats glorieux, mais
dans une premiere croisifere il ne fit aucune prise ; la seconde fut
plus heureuse, car il s' em para d'un vaisseau de la Compagnie des
Indes Occidentales, richement charge ; sa cargaison consistait en
soieries, draperies, mousseli^es et autres objets pr^cieux.
La guerre de Sept ans ne prenait pas nos inarins au d^pourvu.
Au commencement de cette longue guerre, Saint-Jean-de-Luz a
d6ja arm£ ou prfits a partir le& nay ires suivants : la Frangoise,
armateur Cazauvanc, capitaine Gouthier, 2 pierriers, 24 hommes,
d£sarni6e ; VHyrondelle, armateur Jean Pagez, capitaine Hinair,
i canon et 4 pierriers, 4 2 hommes, pris par les Anglais ; VEntre-
prenante, armateur Jean Pagez, capitaine Dihoro, 1 canon et
4 pierriers, 40 hommes, pris par les Anglais ; la Marie, armateur
Bertrana Bereau, capitaine Jean Seppe, 2 pierriers, 24 hommes,
en croisi&re ; le Saint-Jean-Baptiste, armateur Berindoague, capi-
taine Pierre Barade, 2 pierriers, 21 hommes, en croisifere; V Ami-
tit, armateur Bidigaray, capitaine Saubat Canony, 2 pierriers,
20 hommes, en croisifcre; le Saint-Jean-Baptiste, armateur Jean
Dibarart, capitaine Miquelena, 1 pierrier, 14 hommes, en croi-
sifere ; la Rose, armateur Moracin, capitaine Jean Sopitte,
20 canons de 6, 210 hommes, rentr£; VAimable Dauphin, arma-
teur Monsigur, capitaine Barade Taln6, 8 canons de 4* 98 hom-
mes, en croisifere ; le Saint- Antoine, armateur B. Bereau, capitaine
Daput^guy, 4 canons de 4» 60 hommes, en croistere; la Gentille,
armateur Moracin, capitaine Larreguy, 14 canons de 4» 180 hom-
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SUR LES CORSAIRES DE SAINT-JEAN-DE-LUZ 229
mes, en armement; la Basquaise, armateur Danard, capitaine
Havraneder, 20 canons de 6, a3o hommes, en armement; VAima-
hle-Frangoise, armateur Gazauranc, capitaine Danglade, 18 ca-
nons de 6, 220 hommes, en armement ; le Maes, armateur de
Lissalde, capitaine Harismendy, iS canons de 6, 200 hommes, sur
le chantier.
A cette meme epoque, les deux ports reunis de Bayonne et de
Saint-Jean-de-Luz offraient un total de 45 corsaires, arm£s de
552 pieces de canon et months par 7103 hommes.
Malheureusement sur la plupart de ces corsaires regne le
silence le plus complet, c'est a peine si nous trouvons quelques
mentions de captures faites par quelques-uns d'entre eux.
La Basquaise, de Saint-Jean-de-Luz, armateur Dernard, capi-
taine Havraneder, arm6e de 20 canons de 6 et montee par 23o hom-
mes d f 6quipage, et qui avait fait une brillante croisiere avec So-
pite pendant la guerre prec6dente, delmta bien dans celle-ci. En
1757, elle prend le Falmouth, de Glascow ; YAntilope, charged de
viandes salves; le Dauphin, allant a Terre-Neuve avec i5o hom-
mes, en ranconne un autre pour la somme de 290 livres sterling,
et conduit k Bayonne la Lady Strange, de Liverpool, charged de
balloterie. Puis la Ba&quaise disparalt tout a coup de la liste de
nos corsaires, sans que nous puissions savoir si elle a 6t6 capturee
ou simplement disarmed.
U Aimable-Franqoise, de Saint-Jean-de-Luz, armateur Cazau-
ranc, capfWift^'^&^gMUle; *rm6e de 18 canons de 6 et de 220 hom-
mes! 'pft lgqfifft^/As^, dH'Ji«"^f5jf; gMu£cPcttaVg£'d«r sel -et de
provisions. VAmiral, ai^^TOl#WSfe? ^mitk^mm^,
&^a*li<*^tf^^
Wm<hf$, W^sft^^l^cfetamW^^
fe^gWnfiSn^f «n JM6»liiBk V^5^% JHfatfftfe, tfe^H'flmq^rm
campeche. Mais comme toute m6daille a son revers, les corsaft^s
le Saint-Louis, VHirondelle et VEntreprenant, arm6s par Saint-
Jean-de-Luz, furent captures par les Anglais au commencement
de la guerre.
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230 RECIIERCHES HISTORIQUES
Terminons cette froide et s&che nomenclature en citant rapide-
ment quelques-uns de ces bardis marins. C'est le Saint-Jean-
Baptiste, arm6 par Berindoague, capitaine Pierre Barade, avec
i canon, a pierriers et 21 hommes, qui, a l'aide de ce faible arme-
ment, s'empare du Saint-Anne, charge de sel. L'Aimable-Dau-
phin, mont£, l'ann£ suivante, par le m&me capitaine; la Rose de
Saint-Jean-de-Luz, capitaine Harismendy ; YAmiral, par Pierre
LarrSguy ; la Colette, par Dorcolabal; le Machault, par Piques-
sary ; le Hasard, par Diparaguire ; la Gentille, par Larr^guy ; la
Comtesse de Caradoin, par Diratce; le Grognard, par Jean
Scpe; et tant d'autres que nous sommes obliges de passer sous
silence ou qui ont trop peu d' importance pour que nous nous en
occupions ici.
Au moment de la guerre navale que Louis XVI Qt aux Anglais,
on dressa la liste accompagn£e des £tats de service des ofQciers
marchands susceptibles de prendre du service. Sans les citer tous,
nous signalerons, pour Saint-Jean-de-Luz, Dominique Naguille,
Jean Hiviart, Patrice Sallaberry; le total s'^leve, pour cette der-
niere ville, a 43 officiers.
II y eut a cette 6poque quelques armements en course, mais pres-
que tous les grands corsaires sont remplac6s par de faiblcs chalou-
pes. Ainsi nous trouvons, en 1778, le Hasard, double chaloupe de
10 tonneaux, command^e par Maisans-Sarrouble ; la go£leltc, de
38 tonneaux, VEsp6rance, capitaine Lauvair-LarrSteguy ; YEm-
buscade, chaloupe de 10 tonneaux, capitaine Detcheparse, et par
exception, la Minerve, de 5o tonneaux et 4 canons, capitaine
Harismendy et arni6e a Saint-Jean-de-Luz.
A la fin du dix-huitieme si&cle, Saint-Jean-de-Luz poss£dait
encore un bon nombre d'excellents capita mes. Ainsi les pieces
oflicielles signalent : Antoine Havrost6guy, Martin Hiriart de
Giboure, Pierre Dufourcq de Ciboure, commandant un corsaire de
Bayonne; Jean Larralde, Jean Darmagnac, S6bastien Malros,
Joachim Realou, embarqu6s sur un cprsaire, etc. Gomme on le
voit, quelques noms, quelques faits d'armes, quelques prises, mais
pas une biographie, pas un journal de bord, pas un rapport
ofliciel, tout est rentrd dans Tombre et semble n'en devoir plus
sortir.
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SUR LES CORS AIRES DE SAINT- JEAN-DE-LUZ Q3l
LA COURSE SOUS LA R^PUBLIQUE ET L'EMPIRE
Avec cette nouvelle pe>iode de guerre nous allons trouver de
nombreuses mentions d'armements, plusieurs faits iso&s et aussi
quelques faits d 'amies. Au d£but de la campagnc, la ville de Bor-
deaux arma trois corsaires par souscription. C'6taient le Sans
Calotte, la LiberU et le G6n6ral-Dumouriez. Ce dernier devai
devenir c6l6bre dans l'histoire de la course et m£rite que nous lui
accordions quelque attention.
Le G6n6ral-Dumouriez portait aa canons de 6 et avait un Equi-
page presque exclusivement compost de Basques et de Bayonnais.
M. Dihinr, de Bordeaux, mais originaire de Saint-Jean-de-Luz, en
Etait capitaine, et Dufourcq, de Ciboure, second. Le navire rait k
la voile le i5 ftvrier 1793, et dEbuta par capturer une lettre de
marque anglaise de 12 canons.
Gependant le G6n6ral-Dumouriez avait obtenu des avis certains
de Tarriv^e prochaine d'un galion qu'on attendait en Espagne.
C'6tait le Santiago -du- Chili, exp£di6 par le gouverneinent du
Perou pour la ni^tropole, et qui portait des richesses im menses. II
s'agissait, en effet, de 224 millions dont la cour de Madrid avait le
plus pressaut besoin. Le corsaire abandonna aussi t6t les cdtes
d'Espagne et vola vers les Azores, oil nos hardis inarins croiserent
sans rel&che k louestde ces ties.
Enfin, le i3 avril, au point du jour, le Santiago-du-Chili parut
k Thorizon ; c'6tait un beau vaisseau arm£ de 40 pieces de canon
et monte* par un fort Equipage. L'Espagnol ne devait pas se frendre
sans combat, mais apres les premieres volees le corsaire accrocha
sa proie et Pellot, son premier lieutenant, conduisit les sections
d'abordage. En combattant, il fut grifevement blesse\ mais les Bas-
ques et les Bayonnais couvrirent le pont ennemi de cadavres. La
resistance finit et le galion amena son pavilion.
Que Ton juge de la joie des corsaires ; ils commencerent par
transporter sur leur bord une partie de ces richesses et mirent k
voile pour la France avec leur prEcieuse capture, mais l'aurore du
lendemain leur mlnageait un triste reveil. Le 14 avril, par 4i° 4^'
latitude nord et a5° longitude ouest, ils aperc.urent une petite
escadre qui forcait de voiles pour les atteindre. Ces vaisseaux,
sous le commandement du contre-amiral John Gell, Itaient le
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232 REGHERGHES HISTORIQUES
Saint-Georges, de 92 canons, capitaine Thomas Foley, le Gauge,
V Edgar et YEgmout, tous trois de 74* et * a frigate le PKatton,
de 38.
II fallait fuir. Les vaisseaux ennemis s'avancaient avec une rapi-
dity merveilieuse ; la frigate surtout paraissait voler sor les lames.
La resistance etait impossible. Les corsaires utiliserent le temps
de la chasse en deToncant des barils de poudre d'or. Les uns en
rcmplirent leurs bottes et leurs bas, d'autres imaginferent d'en
laisser glisser dans la doublure de leurs vdtements. Pendant ce
temps, le Phaeton, laissant le vaisseau le Gauge, s'emparer du
Santiago, continua la chasse du corsaire. Au bout de deux heures,
le G6n6rdlrDuTnouriez fut capture k son tour. Les hommes de son
Equipage furent rigoureusement fouilles et obliges de restituer For
dont ils s'£taient munis. Quelques coups de garcette leur appri-
rent ra^me que le meilleur parti Itait de s'ex^cuter de bonne
gr&ce. Les Anglais trouverent que Tequipage du G4n4ral~Dumou-
riez avait transports sur son bord une somme de 5 millions en
680 caisses. Les deux prises arriverent k Portsmouth a la fin du
mois.
D'apres une convention conclue entre les gouvernements d'An-
gleterre et d'Espagne, les reprises faites a l'enncmi commun
devaient elre restituees r£ciproquement. Ge fut en vain que le
commandant espagnol invoqua la loi des trails. Rendre, par scru-
pule, ?4 millions, c^tait une folie dont les Anglais ne voulaient
pas se rendre coupables. Le prince de la Paix, premier ministre
de Sa Majeste* Catholique, r£clama l'ex£cution de la convention,
« et, dit-il, le cabinet anglais ne voulut pas s'y conformer, prlfe-
rant an soin de son honneur la miserable conservation d'un navire
charge d'or 1 ». Quelque temps apres, lorsque l'Espagne deelara la
guerre k V Angieterre, le vol des richesses du Santiago figura dans
le manifeste de Charles IV comme Fun des principaux griefs de
la nation espagnole.
Le capitaine Destebetcho etait ne k Saint- Jean-de-Luz. Cepen-
dant, nous devons aj outer que, nous n'avons trouve* que bien peu
de renseignements susceptibles de faire ressortir une physiono-
mie essentiellement originale. C'est, d'ailleurs, le propre de la
plupart de ces vaillants marins, de n'avoir laisse que de faibles
traces de leur passage. Un jour viendra, sans doute, oil des docu-
1. M6moires de Godoi.
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SUR LES CORSAIRES DB SAINT-JEAN-DE-LUZ a33
ments nouveaux, sortant tout k coup de la poussi&re des archives,
permettront k d'heureux chercheurs de retracer leur vie avec des
details plus circonstancils.
Destebetcho et, ainsi que le nomme Ribadien dans son Histoire
maritime de Bordeaux, Destibetcho, doit avoir eu, pendant cette
longue p6riode de croisi&res et de combats, une grande reputa-
tion de bravoure, car il est dit que : <x Si Destibetcho fut le Du-
guay-Trouin de la marine bordelaise, on pent dire que le capitaine
Limousin en a 6X6 le Jean-Bart. »
« Destibetcho semblait avoir 6X6 cr66 uniquement pour les com-
bats nautiques et pour la vie d'aventures. Gomme I'immortel cor-
saire de Saint-Malo auquel Louis XIV et Louis XV confierent le
commandement de leurs escadres, il ne se trouvait k son aise que
sur le pont d'un navire au moment de l'abordage.
« Sec et maigre, il n'avait pas sur le corps un emplacement qui
ne port&t la trace d'une cicatrice. Dans une rencontre sanglante,
un jour qu'il 6tait aux prises avec une grosse frigate anglaise, 11
avait eu les parties charnues du haut des cuisses enlev£es par un
boulet. Cette particularity 6XaiX connue de tout Bordeaux : de Ik
lui vint un surnom, plus glorieux dans le fond que poltique dans
la forme, et qui, depuis cette £poque, lui est tou jours rest6. »
C'est avec le corsaire la Bellone, de Bordeaux, armateur
J. Comte, que Destebetcho accomplit ses plus belles captures. Le
16 frimaire an VIII, par les 5o° a5' de latitude nord et 17 de lati-
tude ouest, il s'empara, apr&s un vif combat, du Westmoreland,
de Falmouth, arm£ de 6 canons et de 27 hommes. Ce navire venait
de la Jamaique, portant en Angleterre des d£p6ches qu'il jeta k la
mer lors de sa capture. Cette prise entra le 28 frimaire k Saint-
Jean- de-Luz.
Un pen plus tard, il faisait entrer dans le port de Bordeaux le
Williamson, b&timent anglais d'environ 45o tonneaux, venant de
la Jamaique, charge de 4 Q 4 barriques, 34 tiercons et 2 quarts de
sucre et autres marchandises de valeur, le tout estim6 60.000
francs.
En 1798, Destebetcho monte un navire de Bayonne, le Huron,
de 3oo tonneaux, arm£ par Comte en guerre et eji marchandises,
avec 20 canons et ia3 hommes. Dans une croisiere faite avec ce
navire, il prend et fait entrer dans la rivi&re de Bordeaux un
brick portugais allant d'Islande k Lisbonne, charge de beurre et
estim6 i5o.ooo francs.
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234 RECHERCHES HISTORIQUES
Le mGme corsaire capturait aussi le Jans, exp£die de Darmouth
pour Saint-Jean-de-Terre-Neuve, avec une cargaison de sel et de
marchandises riches. En outre, il ayait pris, dans le cours de la
m6me croisiere, le Britannia, de 600 tonneaux, richement charge,
que deux frigates anglaises l'obligerent k abandonner apres lui
avoir donne* la remorque pendant plus de huit jours. Puis Deste-
betcho disparalt, ou du moins nous n'entendons plus parler de
lui.
A peine si de temps a autre on trouve dans les 6crits du temps
quelques mentions fugitives sur les hauts faits des corsaires bas-
ques. Pour la plupart d'entre eux les renseignements manquent, et
ils sont bien rares ceux sur lesquels on pent obtenir des details
suflisants pour restituer leur vie. Cependant, il y a des actions qui
meritent d'etre cit6es, et nous allons ici faire une breve recapitu-
lation de quelques-uns de ces hardis mar ins.
Dans le mois de mars 1793, la Calcedonia, de Blyth, capitaine
William Naxon, mont£e de 12 homines d' Equipage, fut prise par
Fenseigne de vaisseau Martial Sarrouble, qui, avec quelques ma-
rins de Ciboure, monta sur une pinasse et alia enlever, en pleine
mer, le navire anglais, qu'il fit entrer k Saint-Jean-de-Luz. A
la nieme 6poque, les pinasses de Saint-Jean-de-Luz firent entrer k
Bayonne trois navires espagnols qu'elles 6taient allies capturer
au large.
En 1796, un tour de corsaire fut joue* par des marins de Saint-
Jean-de-Luz k 1' equipage d'un navire de guerre anglais.
VEntreprise Itait un petit chasse-maree de 3o tonneaux, portant
a canons et commands par le capitaine Valence ; il avait £t£
arme* par Dufourg. Son equipage Itait compose* de 7 ofliciers,
3 ofliciers mariniers, a ofliciers non mariniers, 38 matelots, 2 novi-
ces, 2 mousses et i5 supplemental res, au total 69 hommes. Le
129 juin 1796, le corsaire naviguait le longde la cdte d'Espagne, en
vue de la Corogne, « lorsque, dit une lettre du consul de la R6publi-
que franchise dans cette ville, au mlpris de la c6dule du roi
d'Espagne, du 3 Janvier dernier, portant que tout b&timent de
guerre s'abstiendra de sortir d'un port pour attaquer les embarca-
tions qui se trouveraient k la vue, une des deux corvettes anglaises,
que je vous avais an nonce' Hve mouill6e ici, mit k la voile et donna
chasse au corsaire; celui-ci, trop infSrieur en force et pres d'etre
atteint par l'ennemi, se jeta k la cdte, 0(1 son Equipage eut le bon-
heur de se sauver; les Anglais, apres s'dtre approch6s k la portee
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SUR LES GORSAIRES DE SAINT-JEAN-DE-LUZ 235
du pistolet du corsaire 6chou6, et lui avoir tir6 plus de soixante
coups de canon k boulets et k niitraille, dont partie a port6 sur le
hameau espagnol de Lema, les feroces Anglais, dis-je, exp^dierent
leur chaloupe avec 14 hommes pour s'emparer de YEntreprise.
Lk les attendait le premier ch&timent de leurs forfaits : quelques
moments apres Ventr^e des 14 hommes dans le corsaire, une explo-
sion occasionn6e par une mecheplac^e avec artifice par les Fran<?ais
fit sauter 10 a 12 hommes; tous eurent les jambes et les bras
emportls : c'est aujourdTiui k nos braves marins et k 1'Espagne k
achever notre vengeance commune. J^cris en consequence au
commandant des amies pour demander satisfaction au nom de la
Republique fran^aise. »
Presque dans le m£me mois, le corsaire le Goujon, de Saint-
Jean-de-Luz, capitaine Gortala, conduisait au port de Vigo un
b&timent portugais k trois m&ts, arm6 de 4 canons et 2 pierriers,
qu'il enleva apr&s une vive canonnade. Cette prise 6tait charg^e
de 5oo bariques de sel. II prit aussi un navire anglais devant la
barre de Corniulia, en Portugal.
Au mois d'avril 1797, nous pouvons mentionner une prise faite
par le corsaire le Vengeur, de Saint- Jean-de-Luz, capitaine Hiriart.
Le combat dura deux heures. et au bout de ce temps il se trouva
que c'etait le navire portugais le Ltiri, de 280 tonneaux et de 6
canons, venant de Rio de Janeiro, charge de 826 caisses de sucre,
860 sacs de riz, 27 balles de coton, 36 sacs de caf6, 924 cuirs sees
en poil, 1000 cuirs tannes, 12.000 cornes de boeufs. La prise fut
envoy£e dans le port de Vigo et fut d'autant plus appr£ci6e, que
le corsaire 6tait un des plus petits 6chantillons connus, car, arm£
par Recur, il ne jaugeait que 3o tonneaux, 6taitarm6 de 4 pierriers
et avait un Equipage de 28 hommes.
La Reprise, de Saint-Jean-de-Luz, arm£e aussi par Recur, paralt
avoir fait mieux encore : n ay ant que 2 canons, 8 pierriers et
23 hommes, k la suite de trois tentatives pour parvenir k 1'abor-
dage, et d'un engagement qui dura cinq heures, elle prit le navire
portugais la Caroline, de 400 tonneaux, arme de 6 canons de 12,
8 et 6, double en cuivre, et se rendant de Femambouc k Porto,
avec 6000 quintaux de sucre, 242 ballots de coton, 2i35 cuirs de
vache, 421 billes de bois pour meubles et 1900 cornes de boeufs.
Ce riche b&timent fut conduit k Vigo ; le capitaine du corsaire
etait le brave Larague, vieiliard de quatre-vingts ans, qui s'6tait
offert en remplacement de son Sis, retenu k terre pour maladie. Le
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236 RECHERCHES HISTORIQUES
ministre de la marine ecrivit une lette de felicitations au capitaine
Larague de la part du Directoire, mais peu de temps apres ce
navire etait signaie comme perdu en mer.
UHyene etait nn des pins grands porsaires, comme la Reprise
et le Vengeur etaient des plus petits. II appartenait au port de
Bordeaux, mais arm£ a Bayonne, par Balguerie, il eut pour capi-
taine un des plus braves marins de Saint- Jean-de-Luz, Michel
Larreguy. Durant sa premi&re croisiere, il s'empara du navire
anglais la Britannia, dont la vente produisit 3743° francs, de
l'am£ricain la Conception, 157.828 francs, la Procidentia Diligen-
cia 9 844»3a8 francs, la Florde Finival, 725.533 francs, Santa Rosa*
472.446 francs, la Carlota, 675.106 francs, ces derniers portugais.
La liquidation de ces prises fut faite en Tan VI de la Bepublique.
\JHykne jaugeait 400 tonneaux, etait arm6e de 22 canons et
montee par 217 hommes. Eu 1798, ce corsaire passa a rarmateur
Labrouche, de Saint-Jean-de-Luz, et, sous le commandement du
capitaine Mathieu Berrade, fut pris par les Anglais.
Saint-Jean-de-Luz paraf t avoir eu surtout la sp£cialit6 des petits
corsaires qui se r£unissent entre eux pour s'emparer d'un grand
navire. C'estlefaitdu/tozara, duLtgu, deia Gageureet dela R6us-
site, qui conduisirent a Santander un navire americain nomm6 le
Poggy, riche prise de 25o tonneaux, charge de cacao, cire et hor-
logerie.
Ce ne sont pas toujours les plus gros corsaires qui font les plus
belles captures. On en a pour preuve les croisidres de Vlnddpen-
dant, lougre de 39 tonneaux, 2 canons et 2 pierriers ; arm6 par
Pagis, sous le commandement du capitaine Etchebaster, de Saint-
Jean-de-Luz, et avec 21 hommes d*£quipage, il prend en Tan VII,
et fait entrer a La Corogne, un navire portugais nomme la Farna,
richement charge, puis aide par YEntreprenant, corsaire de Bor-
deaux, il s'empare d'un batiment anglais charge de comestibles.
Le 1 5 prairial an VIII, le corsaire lougre la Ldgdre, de Saint-
Jean-de-Luz, de 4 canons de 4* prit & Fabordage et fit entr,o£jrf»
port de Vigo, en Espagne, un navire portugais d'enviEoniogoJtoq-
neaux, portant 8 canons de 8, et dont la cargaiaeiMdtaib qtftita»&
i5o.ooo francs. uo xuniuinp oood dovb
11 arrivait frequemnient que lorqitfwf parti pfca&ttoi un^cvwrfakge
qui s' etait distingue, soit; $^/<Us JtinfifliiTdsiYiS^^ pair
des combats glor^ux^tfanJre&ptoia&B^aia^
qui prenaieixtj^i9gmfe&0CKlta;,ctilihAe^
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8UR LES CORSAIRES DB SAINT -JEAN-DE-LUZ o3j
k tour la Dorade, le Poisson volant, et autres titres fameux. II en
fut de m£me pour le Tilsitt, qui en one senle croisi&re s'empara de
sept navires tons richement charges. Anssitdt un armateur de
Bayonne, all£ch6 par ce r6sultat, armaun navirequi prit le nom de
Tilsitt n° 2, et se distingua pendant un voyage fait pendant les
ann£es 1809 et 1810.
II avait £t£ exp£di6 de Bayonne, en lettre de marque, le s*4 juil-
let 1809, arml de i5 canons, commands par Dumolan, mais pour
second le Basque Garat, dont nous n*avons pu retrouver le lieu de
naissance. II arriva heureusement aux £tats-Unis, d'ou son capi-
taine M. Dumolan le r£expedia sous le commandement de
M. Garat. II entra k Passages, et, apr&s s'y Stre ravitaill£, il sortit
le 27 avril 1810, pour continuer sa croisi&re.
Pendant seize jours que dura cette croisi&re, huit fiirent employes
k louvoyer dans le golfe de Biscaye. La mer 6tait tellement cou-
verte de vaisseaux ennemis, que dans ce court espace il fut chass6
successivement par cinq frigates anglaises difl^rentes. Deux
d'entre elles le poursuivirent vivement juste au moment oh son
m&t de hune venait de casser. II parvint cependant k r^parer cette
avarie, et rlussit k leur 6chapper.
II essuya cinq combats, le dernier contre deux bricks anglais de
12 k 14 canons chacun et portant quelques troupes sur leur bord.
La fermetl du capitaine Garat et la bravoure de son Equipage
suppl£&rent k I'in6galit6 des forces. Les deux bricks anglais furent
tellement maltraitls, que Fun d'eux amenaitson pavilion, lorsqu'un
gros b&timent de guerre venant k toutes voiles a son secours, et
annongant son arriv^e k coups de canon, for<?a le capitaine Garat
k se retirer, abandonnant les deux bricks et les prises faites qu'il
avait conserves k port£e. II n'avait que 55 hommes ; un de ses
officiers Stait bless6 et la poudre £tait sur le point de lui manquer ;
il avait en outre k garder 54 prisonniers, provenant de ses prises.
Ces derniers 6taient : le brick americain Spanish Ladey,
charge de farine, destine pour Jersey ; le brick anglais Retrouvti,
de i5o tonneaux, charge de rhum, caf£, et bois de campgche, arm6
de 14 canons ; le navire la Jeanne, de 35o tonneaux, arm6 en guerre
et en marchandises, avec une riche cargaison. Ce b&timent tout
neuf, double en cuivre, £tait arm6 de 12 pieces de canon, dont 6
de 12 et 6 de 6.
Le combat avec ce b&timent commen$a vers les trois heures
apr&s midi, et continua jusqu'a la nuit : le capitaine Garat employa
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Q38 IlECHERCHES HTSTORIQUES
Tintervalle jusqu'au lendemain k r6parer ses avaries, conservant
toujours le batiment k portle de canon, et le lendemain il recom-
menga le fen ; k sept heures, fatigu6 de la resistance de 1'ennemi,
il manoeuvra pour l'aborder et le At amener vers les onze heures
du matin. 11 avait ses voiles, ses manoeuvres criblles, son mftt d'ar-
timon k moiti6 coup£, sa dune en morceaux, et deux boulets dans
sa cale ; il etait dans un tel £tat que le capitaine Garat fut oblige
d'envoyer une vingtaine d'hommes pour r^parer les plus fortes
avaries; lui-m&me avait le pivot de sa grande pi&ce cass£ et amarr^
k poste fixe. Ge fut en cet Stat qu'il arriva k Passages, ignorant le
sort de ses prises.
A mesure que la guerre s f eternise, il semble que les armements
sont, non pas moms importants, mais que les navires qui y sont
employes deviennent plus petits. Les armateurs enl&vent ainsi k
leur capitaine et k leurs Equipages les moyens de combattre en ne
leur donnant que des barques avec lesquelles il n'etait pas possi-
ble d'affronter la haute mer. lis Staient ainsi obliges de se r^fugier
dans les petits ports de la cdte, pour y attendre patiemment leur
proie. Ges faibles navires se retrouvent k toutes les £poques de la
guerre, mais surtout k la fin de TEmpire, ou iis deviennent de v£ri-
tables coquilles de noix. Nous terminerons cette 6tude rapide en
signalant ceux de ces corsaires qui grace k I'audace de leur capi-
taine firent le plus parler deux.
En 179S, nous voyons YAventure, de 10 tonneaux et sans canon,
prendre la mer, arm£e par Barter&che et ayant pour capitaine
Doyanibih&se, et montle par i5 hommes. Puis vient le Clair
QOjyant, capitaine Lichigaray, dit Lissabo, armateur Laussue
jaugeant ia tonneaux, 1 canon, a pierriers et ao hommes. En 1799
le Courageux, de 18 tonneaux et i canon, armateur Lanoulet
capitaine Dominique Doussinague, de Bidart. En 1800, le Coura
geux, de 5o tonneaux et 4 canons, armateur Bihurza, et capitaine
Hiribarren, avec 70 hommes. En 1793, YEpereier, de 60 tonneaux,
capitaine Lavague, armateur Levit, arm£ de 4 canons de 3,
a de 2, 9 pierriers, 7 espingoles, 5o fusils, 5o pistolets, 5o sabres,
5o haches d'armes et un Equipage de 79 hommes. En 1798, la
Bagarre, de 12 tonneaux et 4 pierriers, arm6e par P6clu, capitaine
J. Hinact, qui sur un equipage de ia hommes compte un capitaine
d'armes. En 1797, la Trincadoure, de 8 tonneaux; le Havqy, avec
4 pierriers et 1 espingole, arm£ par Sauvirut, capitaine Sarrou-
ble, et montS par 17 hommes.
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SUR LES CORSAIRKS DE SAINT-JEAN-DE-LUZ $3$
Un de ces pygmies des eaux fait cependant de belles captures.
C eat VIndfyendant, de Saint-Jean-de-Luz, de3<)tonneaux, 2 canons
et a pierriers, arni6 par Pages, capitaine Etchebaster et mont£ par
21 hommes. En 1798, ii prend et fait entrer k La Corogne un navire
portugais, la Fama ; le i er pluvidse de la m&me ann6e, il s'empare
du brigantin anglais la Gtirds, et le i3 prairial, de concert avec le
corsaire VEntreprenant, de Bordeaux, il prend encore un b&timent
anglais charge^ de comestibles. L'annee suivante, le lougre VInd6-
pendant change de capitaine, et est command^ par Dulbaralde.
Nous sommes arrives au terme de ces 6tudes. Mais quelques
recherches que nous ayons pu faire, nous nous apercevons d£ja
qu'elles sont bien vagues et bien incompletes. Quoi qu'il en soit,
elles pourront peutr&tre servir de jalon a des chercheurs plus heu-
reux, et les documents qui surgiront un jour ou l'autre serviront
k rendre enfin un glorieux t£moignage de ceux qui combattirent
pour leur pays, et leurs noms, qui sont d6ja presque effaces de
toutes les memoires, r6pandront alors un lustre nouveau *.
Bayonne, le i3 aoftt 1897.
E. Duckue.
1. Pour d'aulres renseignemenls sur lescorsaires bayonnais, voir : E. Ducbr&,
His to ire maritime de Bayonne, Les corsaires sous VAncien Regime; Bayonne,
Hourquet, j?r. in-8° de /Joo p.; — Sous presse : E. DccftRR, Les Corsaires
basques et bayonnais sous la R&publique et VEmpire ; Bayonne, Lamaignere,
in-8* de plus de 400 p.
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X
Les Pastorales basques
M. WENTWORTH WEBSTER
16
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Les ZFastorales toascruLes
M. WENTWORTH WEBSTER
Mesdames, Messieurs,
Je dois vous parler un moment sur les pastorales basques, des-
quelles on va jouer tout a Fheure quelques scenes devant
vous.
Les pastorales basques ne sont pas du tout une espece de drame
particuliere aux Basques. II ne faut y chercher aucun jet de lumiere
sur Forigine des Basques. On ne trouve dans les manuscrits aucun
langage different de celui qui est parle par les Basques d'aujour-
d'hui, ou tout au plus par les Basques du siecle dernier. Nos
manuscrits les plus anciens des pastorales ne s'etendent pas au
dela du milieu du dix-huitieme siecle. Mais si nous ne pouvons pas
leur dormer tout le charme d'une haute antiquity, elles ne sont pas
a cause de cela d£pourvues d'un grand int£r£t et de traits qui
m^ritent votre attention.
Les pastorales basques, comme on les joue encore aujourd'hui
dans les villages de la Soule 1 , sont presque les seuls restes du
i. C'est depuis un temps comparativement recent que les pastorales ne
sont jouees que dans la Soule. Autrefois, et meme au dix-huitieme siecle, on
les jouait dans les autres parties du Pays Basque francais. Nous avons
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244 LKS PASTORALES BASQUES
grand drame populaire du moyen age. Elles sont les descendantes
directes des mysteres, des moralites, des miracles, qui faisaient
les devices de nos peres et qu'on jouait partout en France et en
Espagne, en Provence et en Gascogne, et dans l'Europe entiere.
Elles sont les survivantes non seulement des drauies religieux, de
ces representations dramatiques qui furent donn6es dans les 6glises,
dans les cou vents et sur la place publique les jours des grandes
fetes chr£tiennes; elles ont aussi conserve* la m^moire et la tradi-
tion toute populaire des grandes 16gendes et romances, des chansons
de geste, des romans de chevalerie, des poemes ^piques du moyen
age, figures par des jongleurs devant grandes dames, seigneurs et
chevaliers dans les salles des chateaux feodaux et sur les foires et
marches du peuple. (Test une litterature qui fut tout k fait n6glig6e et
m6pris6e, presque oubli6e par les ^crivains et par les savants du
dix-huitieme siecle, mais qui se conservait encore parmi le peuple,
qui en appr6ciait toujours le charme et dont elle faisait Instruc-
tion. Mais nos ancStres du moyen age ne furent pas seulement un
peuple religieux, chevaleresque ; il avait aussi son c6t6 gaulois, il
aimait le gros rire, la malice, la farce et les bouffonneries. Nous
poss£dons aussi des exemples de ce genre, quoique relativement
peu nombreux, dans les pastorales.
Si nous mettons en ordre les pastorales dont les titres ou les
recueilli quelques fragments d'une farce rabelaisienne jouee a Sare il y a
environ soixante-dix ans. Une autre piece, beaucoup plus gracieuse, fut
jouee a Louhowoa, il y a trente ans, pour souhaiter la bienvenue a des jeunes
gens de retour de PAmerique du Sud. Dans les ecoles des Soeurs, les iillettes
jouent quelquefois des petites pieces en basque. Nous avons assiste a une, a
Sare, ViEuf casse, qu'on disait avoir et£ ecrite par M. PaumOnier du couvent
a Uztaritz, auteur tres estime pour ce genre de composition. Nous avons vu
aussi au refuge d'Anglet une tres jolie pastorale, Joseph, representee par
les pensionnaires, sous la presidence de M sr Lacroix. M. E. Baret, dans son
Espagne et Provence, appendice 1, page 35a (Paris 1857), nous parle d'une
pastorale, Les douze Pairs de France, jouee en Bearnais, a Castels, dans la
vallee d'Ossau, en i833. On nous a parle d'une Sainte Genevieve en gascon,
representee pres de Pau au commencement du siecle. M. Vignancour a im-
prime, avec traduction francaise, a la fin du tome 11 de ses Poesies bear'
naises, La Pastorale did Pajrsaa, per Moussu Foundeville, de Lescar,
page 261 (Pau, i860). De l'autre cdte des Pyrenees, j'ai devant moi : Nais-
sance de Notre-Seigneur Jesus-Christ, ou Creche pastorale, en quatre actes
et sept tableaux, en vers francais et provencaux, par Pierre Bellot, Mar-
seille, i85i. M. Petit de Julleville, Les Mysteres, page 79, nous parte d'autres
pastorales du centre et du nord de la France, jusqu'en i834, 1841. Tout ceei
demontre que les pastorales basques de la Soule ne sont que les derniers
restes, mais tres bien conserves, d'un theatre qui se jouait autrefois partout.
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LES PASTORALES BASQUES SlZp
sujets nous sont connus (il doit y en avoir beaucoup plus que nous
ignorons), notis en trouvons onze dont les sujets sont tir6s de
Thistoire de F^criture sainte ; seize de rhagio ffraphie ou <\$f* vi^s
d es saints : quatre de la literature classique, grecque et romaine ;
vingt-cinq des romans de la chevalerie, des chansons de geste ou
des contes du folk-lore ; quatre sont des farces grossieres rabelai-
siennes ; une est une trilogie moderne intituled Napoleon : i° Le
Consulate sa° V Empire, 3° la Sainte-I16Wne.
Vous vous demanderez peut-£tre comment toute cette Erudition
s'est conservee parmi les paysans basques de ce coin de la France.
Le m£me ph6nom6ne se constate chez les Bretons, cette autre popu-
lation de la France qui ne parle ni le francais ni aucun de ses pa-
tois. Les sujets des mysteres bretons et des pastorales basques sont
tout a fait semblables, la liste en est presque identique. Comment
alors, nous demandons-nous, est-ce que ces paysans illettr^s, qui
parlent une langue a part, qui ne savent ni lire ni £crire, comment
ont-ils pu apprendre toute cette science? II n'y a pas longteinps
(i83jm837) que. les manuscrits de la Chanson de Roland et du
roman de Roncevaux, la plus belle de toutes les chansons de geste,
furent d^couverts par M. Monin, a Paris, et par M. Francisque
Michel, en Angletcrre; les romans de la chevalerie ne furent
connus que par des gens instruits, par les Be^iedictins, par les
professeurs et par les savants, jusqu'a ce que MM. Paul et Gaston
Paris les eurent revels aux lecteurs de nos jours.
Nous nous demandons alors comment est-ce que toute cette lit-
terature du moyen age est arrived jusqu'aux Basques et aux Bre-
tons. Cette literature fut ^crite en latin, en francais, en provencal,
en italien, en espagnol, mais jamais en basque ou en breton. Elle
leur est venue par ces petits livres de quatre ou dix sous qu'on
dSbite dans les villes et a la campagne les jours de foire ou de
marche\ M. Charles Nisard a fait un livre excellent : Histoire des
livres populaires on de la literature da colportage (a vol., Paris,
i854), ou il rend compte de cette literature populaire et donne
Tanalyse de beaucoup de ces petits livres. Nous avons 6te* assez
heureux pour faire la connaissance, a Tardetz, dans la Soule, du
sieur Pierre Irigarez, de Laguinge, auteur de la pastorale : His-
toire des quatre fils Aymon, laquelle fut jou6e le i5 juin i8^5, et
dont quelques morceaux furent reproduits ici m£me, a Saint-Jean-
de-Luz, dans nos dernieres f£tes basques. L'auteur avait compose
sa pastorale d'aprfes un petit livre intitul6 : Histoire des quatre
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246 LE S PASTORALES BASQUES
Fils Aymon (nouvelle Edition, orn^e de huit gravures, k Spinal,
chez Pellerin, imprimeur-libraire, s.d., petit in-4° doubles colon nes,
de 96 pages). Les Editions et r&mpressions des livres de cette espece
sont innombrables. Ea voici une autre de : Les quatre Fils
d Aymon, imprimee k Limoges. II y a toute uue bibliotheque des
vies des saints et des saintes et des r6cits bibliques imprimee et
6dit6e de la in£me facon.
Mais si on trouve assez facilement les sources et la matiere fon-
cifere des pastorales basques actuelles, c'est tout une autre affaire
d'ecrire une pastorale basque et de la mettre sur les planches. Les
petits livres dont nous avons parle* ne nous donnent pas tout. lis
ne nous en offrent que la matiere brute, dont Tartiste se sert pour
composer son ceuvre. II y a toute une s£rie de rdles et de person-
nages k y ajouter. Quel que soit le sujet d'une pastorale, et quelle
que soit l'6poque de l'histoire et de la mythologie k laquelle elle se
rapporte, il faut qu'il s'y trouve toujours des Satans et des Turcs.
Qu'est-ce que ces satans ? Qu'est-ce que les Turcs ont k faire dans
cette galere ? Ici nous touchons k la partie la plus essentielle des
pastorales. Quoique les sources Scrites, la trame de ces pieces
soient modernes et emprunt£es, la tradition des rdles accessoires
et incorpores, la mise en scene, appartiennent k une antiquity bien
plus reculle. Dans son beau livre : Histoire du ihidtre en France,
Les Aiysttres, M. Petit de Julleviile remarque, tome I, page 12 : « 11
est curieux d'observer que le theatre au moyen age, quoiqu'il ait
peri sous les coups des disciples et des adorateurs de l'antiquite,
ressemblait bien plus au theatre des Grecs que le theatre classique
(francais), qui l'a d6poss6de* et dStruit au nom des Grecs. Le mys-
tfere ressemble au drame grec au moins en ce point, qu'il c£lfebre
lui aussi l'histoire des dieux et des demi-dieux, j'entends de la
divinity, des saints, des martyrs, qu'adoraient ou honoraient le
peuple et le temps ou il a fleuri. » Comme au fond de chaque tra-
g£die grecque nous voyons la figure k moiti£ cached du Destin, de
la Fatalite, et de cette loi supreme a laquelle les Dieux, aussi bien
que les mortels, sont obliges de se soumettre ; ainsi, par l'intro-
duction des satans et des Turcs, toute pastorale devient, quel qu'en
soit le sujet accidentel, un Episode de la lutte £ternelle du bien
contrc le mal, de la guerre entre Satan et le bon Dieu, ou la vic-
toire reste toujours a celui-ci, mais ou l'autre, quoique toujours
vaincu, ne se rend jamais.
Outre cette ressemblance morale, la pastorale a des rapports
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LKS PASTORALES BASQUES 24?
encore plus rapproches avec le theatre grec. De toutes les repre-
sentations dramatiques qu'on peut voir aujourd'hui, je crois qu'une
pastorale basque, comme elle se joue dans les villages 61oign£s et
par les villageois, ressemble le plus a ce qu'etait le theatre pritnitif
grec.
Les conditions materielles sont k peu pres les memes. D'abord,
les deux drames ont lieu en plein air, devant un auditoire tres
nombreux. Ce fait amine avec lui la necessite de se faire entendre
au loin ; c'est pourquoi ' le debit ne peut pas 6tre celui de la
parole ordinaire ; pour que la voix porte au loin en plein air, il
faut le d^bit monotone, la parole change. La pastorale esttoujours
ainsi r£citee. Les drames grecs sont tous ecrits en vers, de m&me
sont les pastorales. Mais la po£sie fut une des trois sceurs, et pen-
dant longtemps beaucoup trop modeste pour se montrer seule
devant le grand public. Ses deux sceurs ,1'accompagnaient toujours
sur la scene. La musique, la danse, la po&ie, furent inseparables
alors. On ne comprenait guere Tune sans les autres. Les mots
techniques dont nous faisons encore usage aujourd'hui peuvent
nous rappeler combien Funion des trois fut etroite. Le metre, la
mesure, les pas ou pieds, les pauses, en po£sie ou en musique, ne
sont que les pas cadences, la marche, la danse des acteurs sur la
seine. Le vers (versus) n'est que le tour fait par Tacteur quand il
arrive k la limite de la scene; la strophe et Vantistrophe des Grecs
sont les figures tournantes des danses qui se ripetent. Tout ceci se
voit conserve par tradition avec la plus complete exactitude dans
une pastorale basque. Chaque action a son rythme et son mouve-
ment propres. Les caracteres bons debitent leur rdle plus grave-
ment, et leur demarche est beaucoup plus lente et serieuse que celle
des mauvais. Lair pour les bons est indique dans les manuscrits :
Sonnez champs; celui pour les mauvais : Sonnez infidel. Les
batailles ont pour elles un air qu'on trouve dans la CU du caveau.
Les satans dansent k Fair : Bon voyage, cher Dumolet, et les
Turcs font leur entree au son de Fair : Marie, trempe ton pain,
joue avec prestesse, allegro vivo 1 . Voili la musique qui a remplace
les vieilles melodies grecques.
Mais il y a d'autres particularites communes aux pastorales et au
theatre grec. Un des traits qui distinguent le theatre grec du theatre
i. Le Folk-Lore du Pays Basque, par Julien Vinson (Maisonneuve, Paris,
1893, p. 38).
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248 LES PASTORALES BASQUES
latin et da theatre modcrne est lechor.os, le choeur, et son role dans
le drame. Le poete latin Horace, dans son Epistola ad Pisones,
De Arte poetic a, nous a bien decrit ce que c'^tait le choeur grec
et son action dans la trag6die :
« Le choeur est la pour prendre le parti des gens de bien, pour
ctre leur ami, leur conseil; qu'il tempere les Ames qu'lchaufle la
colore; qu'il se plaise avec ceux qu'effraie la pensee du crime ; qu'il
vante les devices d'une table frugale, et la justice tutelaire, et les
lois, et la paix, Taimable gardienne de nos demeures; qu'il sache
tenir un secret, qu'il invoque et flSchisse les dicux, afin que la for-
tune se ravise pour les malheureux, qu'elie s'eloigne des superbes 1 . »
(Traduction de Nisard.)
Le rdle des satans dans les pastorales basques est identique avec
cette description du choeur grec fait par Horace; seulement — avec
une difference — le rdle est interverti. An lieu d'aidcr et de favo-
riser les bons, les satans font tous leurs efforts pour vaincre les
bons et pour favoriser et aider les me'chants. Tout a fait au con-
traire de ce que dit Horace du choeur grec : « Chorus turpiter
obticuit, sublato jure nocendi. Le choeur, auquel elle dta le droit
de nuire, se tut honteusement », les satans chantent tout haut leurs
m£chancet£s et se rejouissent de faire le mal. lis sont toujours les
allies des Turcs et des infldeles. Mais le rdle, quoique ainsi inter-
verti, est le mdme au fond dans les deux theatres.
Quiconque a lu une trage*die grecque doit avoir £t6 frappe de la
beaute* des vers chantes par les choeurs. Cette po^sie lyrique est
bien plus 61abor£e, bien plus complexe dans son rythme ct dans
ses mesures que les vers du dialogue. Sa musique et ses danses
sont bien plus compliquees aussi*. Les vers d6bit6s dans le choeur
des satans ne different pas, il est vrai, de ceux du dialogue, mais
i. Actoris partes chorus olTiciumque virile
Defendat : neu quid medios intercinat actus
Quod non proposito conducat, ct ha^reat apte.
Ille bonis faveatque et consilietur amicis,
Et regat iratos, et amet pacare tumentes.
Ille dapes laudet mensa 4 brevis; ille salubrem
Justitiam, legesque, et apertis otia portis;
Ille tegat commissa, Deos precetur et oret
Ut redeat miseris, abeatque Fortuna superbis.
(Horace, De Arte poetica, 193-201.)
2. « Les danses qui les (c'est-a-dire les cho3urs) accompagnaient furent des
plus prestes et des plus vigoureuses dans la tragedie aussi bien que dans la
comedie. » (The Attic Theatre, par M. Haigh, p. 223 et note, Oxford, 1889.)
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LES PASTORALES BASQUES 2$g
la musique, la danse, le chant et le d£bit sont beaucoup plus etu-
des. Le rdlc des satans est le plus difficile a remplir et le plus
important dans les pastorales. II exige plus des acteurs qu'aucun
autre. Les satans sont presque toujours en scene et ils n'y sont
jamais tranquilles; toujours en action bruyante, ils dansent, chan-
tent et font leurs diableries tout a la fois. Mais, en revanche, leur
costume traditionnel est le plus joli, leur danse est la plus vive et
la plus gracieuse, et leur chant le plus entralnant.
Nous avons presque omis un de leurs accessoires. Les satans
portent toujours une petite baguette entortillee de rubans, terminer
par des crochets de fer, avec laquelle ils font toutes leurs diable-
ries et tous leurs miracles. Le moindre coup de cette baguette
magique donne la mort, ou ressuscite, ou metamorphose les per-
sonnes. Cest la caducee de Hermfcs ou de Mercure. Parfois cette
baguette est remplac£e par un petit fouet d'enfant. Cest alors
Mercure le he>aut, le messager, le courrier des dieux.
Encore un autre trait par lequel les drames grecs et les pasto-
rales se rapprochent. Les sexes n'y sont jamais mel£s. Les beaux
drames grecs furent represented par le sexe masculin seul. CVytem-
nestre, Antigone, Alceste, furent representees par des garcons ou
des jeunes gens. Cest la m£me chose dans les pastorales : on admet
par exception, et par une exception tout a fait charmante, qu'une
pastorale puisse se jouer par des femmes et des filles seules. Seu-
lement on ne permet pas aux jeunes gens et aux jeunes filles de
paraltre ensemble sur la scene; il y a seulement quelquefois des
acteurs d'age mur qui peuvent jouer le rdle fatigant des satans
dans les pastorales f£minines ; autrement les personnages sur la
scene sont tous ou des hommes, ou des femmes et des filles. Dans
les pastorales ordinaires, les r6les feminins sont figures par des
jeunes garcons habilies en femmes. Nous savons que l'apparition
des actrices sur la scene est d'une date comparativement r^cente.
Les rdles des femmes furent tous represented autrefois par des gar-
90ns et des jeunes gens. Les acteurs basques s'acquittent admira-
blement de leur emploi feminin. II y mettent une espece de coquet-
terie des plus curieuses. Pour les habillements, les autres acteurs
suivent plus ou moins un costume traditionnel, sans 6gard pour les
modes actuelles ; mais les garcons-demoiselles se parent des der-
nieres modes du jour. Ainsi nous avons vu les heroines du temps
de Clovis portant les crinolines du second Empire, et presque
toutes les modes qui se sont succ£de* depuis.
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a5o LES PASTORALES BASQUES
Ge rdle de garcons-demoiselles est souvent on des mieux r6ussis
de toute la pi&ce. La voix claire et p£n6trante d'un jeune gar$on se
fait entendre beauconp mieux en plein air que la voix plus douce,
mais moins vibrante, d'une jeune fille ou d'une femme. Des per-
sonnes qui ont assists au grand drame de la Passion (le Pas-
sionspid) k Oberammergau, dans la Bavifere, nous ont dit que la
voix des femmes qui y jouent les r6les de Marie et de Made-
leine s'entend rarement aussi bien que celle des hommes. Les
jeunes gar$ons basques imitent trfcs bien le rdle des gentilles
amoureuses ; s'il leur mauque un peu de tendresse, il y a plus de.
piquant et d'inattendu dans leur jeu. Outre les femmes^ le rdle des
anges y est souvent r6serv6 pour les enfants ou les jeunes gens.
En An, le dernier trait de ressemblance des pastorales avec les
drames grecs est que dans tous les deux, l'excellence, la vraie
beauts de la sc&ne ne depend pas tant du m6rite de l'acteur indivi-
dual que de Faction et de la disposition du groupement du tableau
g£n6ral. Les acteurs grecs portaient toujours des masques. C'^tait
done impossible de voir le jeu des traits de la physionomie. C'6tait
la beauts des groupes et de la d-marche qui attirait l'admiration
das spectateurs, beautds qui pnt 6t6 si merveilleusement repro-
duites dans les chefs-d'oeuvre de la sculpture grecque f . Ainsi dans
les pastorales il ne faut pas regarder autant Taction des individus
isol£s que la marche et la danse d'ensemble, les tableaux qui se
forment au milieu de la scene, la naivete des scenes de bataille, la
lente d-marche des caract&res bons, l'agitation et la turbulence des
m£chants et des satans. Lorsque nous parlons de ces rapports
entre le theatre grec et la pastorale basque, il ne faut nullement
s'imaginer que les paysans basques aient la moindre connaissance
du drame classique. lis n'en ont m&nie jamais entendu parler.
Jusqu'a ces derniferes annees, la plupart des acteurs des pastorales
ne savaient ni lire ni £crire. lis ne connaissaient que la tradition
qui leur est arriv^e. lis ne jouaient que comme leurs p&res et
leurs aieux avaient fait avant eux.
Rien de plus joli ni de plus simple que la mise en scene d'une
i. «Sur la scene longue et etroite, les acteurs se tenaient en groupes pitto-
resques et saisissants, et les actes qui se succedaient dans le drame furent
presented aux spectateurs comme une serie de tableaux artistiques. Les
representations de personnages et scenes tragiques, consignees dans les
aeuvres d'art, sont caracterisees par un repos et une dignite qui rappellent
les chefs-d'oeuvre de la sculpture grecque. x> (The Attic Theatre, p. aoi.)
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LBS PASTORALES BASQUES a5l
pastorale dans un des villages eloigned du beau Pays Basque.
Corarae Horace dit d'Eschyle : « II dressa la scene surde petits tr6-
teaux 1 », ainsi est construit le theatre basque. Sur la grande place
du Tillage ou du bourg, on construit trois rang£es de barriques
renvers6es, on attache des solives, la-dessus on cloue le plancher;
on l'adosse g6n£ralemeht contre le mur de quelque maison, de
sorte qu'on peut descendre sur la scene ou sur les coulisses par
les fenStres du premier £tage. Mais devant la maison, a une dis-
tance d'environ un ou deux metres, s'£tendent de grands draps de
lit orn£s de fleurs et de rubans, qui dependent des tr6taux. Le
passage fait entre la maison et ces draps sert de coulisses pour les
acteurs. A droite et a gauche sont les deux entries, Tune affected
aux bons, Fautre aux mauvais personnages. Au-dessus de Tentrle
des m£chants se tient un pantin, ou pouple en bois, remu6 par des
cordes, qu'on appelle l'idole de Mahomet 1 , que les m£chants, les
satans, les Turcs et les infideles doivent saluer, auquel ils proniet-
tent leur ob£issance et adressent leurs prieres a chaque sortie de
la scene. Outre les acteurs, il y a toujours un orchestre, qui se tient
quelquefois a une des fenGtres de la maison, quelquefois sur le
plancher meme ; il consiste ordinairement en un tambourin bas-
que, espece de guitare dont les cordes sont frappe*es avec une
baguette, ou plectrum, pendant que l'artiste joue du chirola ou
flftte, du violon et d'autres instruments.
Aux quatre coins ou angles du plancher se tiennent debout
quatre gardes arrays de fusils, costumes ordinairement de jolies
blouses, ceintures de cuir et sandales. Leur office est de conserver
un peu d'ordre parmi l'assistance, quelquefois assez bruyante, de
crier a haute voix : « cho ! » chut, silence, et surtout de tirer leurs
pieces lorsqu'un h6ros tombe et meurt. Alors vous entendez,
parmi l'assistance, des jeunes filles effrayles par la detonation
et 6mues du sort lamentable du h£ros pousser un long cri, tout a
faitcomme dans les tragedies grecques : Ay, ay, ay, ay, ay, ay, ay*.
II reste encore un personnage tres important, le souffleur ou
i. AZschylus et modicis instravit pulpita tignis, c. 284.
2. « Quelle que soit l'absurdite de ces recits, ils sont moins extravagauts
que l'opinion generaiement r6pandue au mo yen age, au moins parmi le vul-
gaire, d'apres laquelle « Mahom » Itait, avec Apollin, Jupiter et l'enigmatique
Fervagant, une des idoles qu'adoraient les Sarrasins. » La Literature Fran-
gaiseau moyen dge, par Gaston Paris. (Hachette et C'*, 1888, p. 220,)
3. Cf. les Supplices d'Eschyle, le Philoctete de Sophocle, et passim.
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25a LES PASTORALES BASQUES
regisseur, qui, sans fausse honte, se met, nianuscrit en main, en
Evidence sur la scfene, donne le mot aux acteurs, m&ne et dirige le
tout.
Pendant les longues soirees de l'hiver, Finstituteur et les meil-
leures plumes du village se sont occup^s a copier, du grand ma-
nuscrit de la pastorale, les morceaux propres a chaque acteur.
Geux qui savent lire em portent ces morceaux chez eux et les
apprennent par coeur. A ceux qui ne peuvent les lire, ils sont
r6cit£s mot par mot, ligne par ligne, par des personnes qui les
savent par cceur. « Comment est-ce que vous avez appris a si bien
jouer votre rdle? » avons-nous demand^ a un trfes gentil gar^on-
demoiselle : « C'est mon pere et ma mfere qui me Font appris les
soirs pendant l'hiver », nous r^pondit-il.
Enfin, tous les r6les sont appris par coeur, toutes les repetitions
ont 6te faites, le beau jour du printemps ou de Y6M est venu pour
la representation de la pastorale. Je dis « le beau jour », car il est
impossible de jouer une pastorale avec le mauvais temps. Nous en
avons vu des essais, les acteurs tachant de s'abriter sous des para-
pluies; mais toujours la pluie et les orages ont fini par avoir le
dessus. Mais enfin le temps est beau. De tr&s bonne heure, le
matin, les acteurs commencent a se costumer. La premiere visite
est chez le barbier ; on sort de chez lui rose et bien rase. Charle-
magne, Abraham ou Alexandre endossent l'habit de gendarme ou
de sous-prefet ; les Turcs, Nabuchodonosor et les satans mettent
leurs jolis habits rouges. Les quelques couturi&res du village sont
trfcs afifairees. Elles surveillent et donnent les dernieres retouches
aux robes et aux atours de sainte Heiene, de Clotilde ou de la
princesse Gamathie. Des m&res ou des sceurs attachent le clin-
quant ou ajustent les morceaux de miroir qui brillent comme des
diamants et des bijoux sur les fronts des h£ros, des rois, des
empereurs et des saints; on fait de jolis nceuds pour les cravates,
on attache les ceintures et les ep£es ; on prend les Cannes qui ser-
vent pour des sceptres, et tous, sauf les satans, mettent des gants
blancs.
Eufin, tout est pr6t pour le defile, lequcl est de rigueur a cheval.
On fait d'abord une promenade a travers le village, on fait une
visite a M. le maire, a M. le cure, a M. le juge de paix, s'il y en a,
et a tous les autres notables. En t£te, vient le drapeau fran^ais,
les gardes, Torchestre, precedant tous les bons personnages, les
bleus, chacun sur son cheval ou mulet. Ils se campent fiferement,
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LBS PASTORALES BASQUES 253
ou font semblant, sur lenrs coursiers de bataille; viennent alors
les heroines, les reines et les princesses-garcons ; mais coinme
elles ne sont pas habitudes k nionter en amazone, on rnene tres
prademment leurs mulets par la bride. En fin, s'il y en a dans la
pastorale, vient, le dernier, M* 1 T6v6que, sur son mulet, souvent
accompagne* d'un ange, qui s'assied en croupe, se cramponnant des
deux bras k la taille de Sa Grandeur. Quand tons les bona ont
pass£, viennent les m£chants et les rouges, le roi des Turcs, les
infideles, les Anglais et, pour terminer la procession, les satans.
Les bons ont marche* en ordre, s£rieusement, comme des gens qui
se respectent, sur des montures paisibles ; mais les rouges, et sur-
tout les satans, ont choisi pour eux les animaux les plus fougueux
que possede la commune ; ils s*y demenent k leur aise, font des
caracoles, des bonds, et montrent k tous leur science de cavalier.
On arrive devant le theatre, et chacun met successivement pied k
terre dans T ordre de la marche. Pour acceder k la scene, il y a une
petite £chelle ou escalier de bois tout au milieu. Les bons montent
facilement, les garcons-denioiselles sont tres courtoisement aid£s,
afln que leurs belles robes ne s'accrochent et ne se d£chirent; mais
quand vient le tour des mauvais, il y a grand tracas. Ils vou-
draient d'abord monter k cheval, c*est entreprendre l'impossible ;
ils descendent, mais une force invisible re'siste k leurs efforts ; ils
font des appels k Mahomet, Tidole, et enfin, avec des sauts et force
gestes, ils sautent sur la scene. Tous les acteurs se retirent alors,
chaque groupe par son entree splciale, dans les coulisses, sauf un
qui est d^signe* pour faire lehen pheredikia (le premier sermon). II
debute par le compliment r£giementaire k l'assistance, lequel est
a peu pres identique dans les mys teres bretons et dans les pastora-
les basques. « Peuple admirable, que Dieu vous donne la patience
de nous 6couter avec attention. » II expose le sujet de la pastorale,
y ajoute quelques reflexions morales et va chercher ses camara-
des. Tout ceci se recite sur un chant monotone ; le r^citateur com-
mengant au milieu de la scene, en face de l'£chelle, dit une strophe
ou stance de quatre lignes (toute la pastorale est £crite en vers
basques) ; alors il se dirige k Tangle droit de la scene, y debite un
autre verset, retourne au milieu, ensuite k Tangle gauche, retourne
au milieu, et ainsi jusqu'a ce que son sermon soit fini. Pendant
tout ce temps il est accompagne* d'un autre acteur qui agite avec
gr&ce le drapeau national au-dessus de sa t£te.
Comme nous Tavons dit plus haut, il ne faut pas attendre d'une
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254 LES PASTORALES BASQUES
pastorale pins qu'elle ne pent vous donner. Plus elle se conforme
k la tradition exacte, plus elle est simple, naive et inconsciente,
plus elle est admirable. line faut pas y chercher des effets pro-
pres au theatre moderne ni de grands artistes parmi les acteurs.
Tout y appartient k un autre siecle et k d'autres moeurs. Mais vous
remarquerez bient6t la difference entre les bons et les mdchants :
comme les bons sont graves, majestueux, to uj ours calmes; comme
les mauvais s'agitent toujours, toujours, et font des fanfaronnades
6normes pour cacher leur couardise. Vous serez 6\onn6 de voir
comment un rude garc.on des champs ou un enfant de l'6cole pri-
maire peut se conduire bien comme princesse ou comme ange. Les
combats vous rappelleront les danses martiales des guerriers de
l'antiquit£, telles que vous les avez vues representees sur les
ceuvres d'art ; et lorsqu'un h£ros vient k succomber, vous tressail-
lerez en entendant les coups de feu des gardes, vous serez charme*
de voir le serieux avec lequel les demoiselles avancent sur la
scene et elendent sur le plancher un grand drap blanc pour rece-
voir le corps, afin que ses beaux habits ne soient pas degrades par
la poussiere. L' assistance, c'est-fc-dire tous ceux qui comprennent
la langue basque, suit avec attention le dialogue, et surtout Taction
de la piece. Les acteurs jouent avec conviction. Les satans d£-
ploient toute leur grftce et leur activite* dans leur r6le penible. Les
garcons-demoiselles font force minauderies. Les saints, les e>£-
ques, les anges, prennent leur r6le au grand se>ieux, et tout le
monde tftche de faire de leur pastorale une des meilleures qui
aient jamais 6X6 joules.
II ne faut pas neanmoins supposer que, parce que le fond d'une
pastorale est grave et slrieux, il ne s'y trouve aucune plaisanterie.
II y a souvent un intermede intercal^, mfime dans les pastorales
bibliques. M. J. Vinson en a imprimd un, beaucoup trop libre,
dans la pastorale Le Fils Prodigue 1 , Les Basques de la Soule
aiment beaucoup k taquiner leurs voisins les B6arnais. II y a une
scene tres amusante dans la pastorale Abraham, od les bergers de
Loth sont represented comme des bergers b£arnais, tricotant des
bas. Dans Richard, due de Normandie, le he*ros, le champion du
christianisme guerroye contre les Turcs et les satans et les bat
toujours. Satan, k bout de ressources, commande au d£mon Brin-
damour de se transformer en une demoiselle si merveilleusement
i. Le Folk-Lore du Pays Basque, p. 335.
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LBS PASTORALES BASQUES 255
belle que Richard ne peut que l'lpouser. Sa femme le tourmente
de mille fa$ons outrageantes, va mourir pour le jeter dans le
d£sespoir, et le transit d'horreur en revenant comme d£mon. Mais
avec l'aide de M* 1, Fevfique et de 1'ange, Richard triomphe de tout,
in£me de sa femme.
La pastorale terminle, il y a asken pheredikia, le dernier ser-
mon, r£cit£ comme le premier, mais avec tous les acteurs sur le
plancher. G'est une action de gr&ces envers l'assistance ; lcs acteurs
esp&rent que leurs efforts a plaire ont 6t6 agr66s; on ajoute g6n£-
ralement quelques compliments improvises, souvent assez bien
tourn£s, a l'adresse des notability pr6sentes et de ceux qui ont 6t6
les plus glnlreux en dons d'argent pour couvrir les d£penses.
(Une collecte est faite pour ceci, parmi la foule, pendant la repre-
sentation, par des gracieuses jeunes filles vous invitant k boire un
verre de vin.) On souhaite a tout le monde bonne sant£, bon appltit
au souper du soir et bon repos.
L'assistance est pr6te a partir, mais il reste un proc£d£ trfes sin-
gulier : Tench^re. La faculty de danser le premier saut basque sur
la sc&ne vide est mise aux ench&res par le chef des acteurs. Les
concurrents sont les jeunes gens rivaux des villages voisins. lis
rench6rissent les uns sur les autres : dix, vingt, cinquante,
Jusqu'a soixante-dix francs se payent pour le privilege inestima-
ble de faire valoir la science et la grace de sa danse devant un tel
auditoire.
Nous n'avons rien dit des pastorales des filles. Elles sont char-
mantes; les actrices sont costuni£es ordinairement en blanc, avec
des berets ou toques, avec 6charpes et ceintures bleues ou rouges,
selon qu'elles ont de bons ou de mlchants r6les. Les h6roines ont
des robes de longueur ordinaire, les h6ros-filles portent des jupes
plus courtes, avec des continuations qui singent le pantalon du
sexe laid. II n'y a rien de decollete, tout est modeste et bienseant.
Les guerri&res manient leurs armes avec une gaucherie et des ges-
tes adorables, et elles prennent leurs rdles au grand sSrieux.
II n'y a que deux choses qui diminuent Fattrait d'une pastorale.
Un stranger ne comprend mot du basque : une pastorale contient
souvent de quatre a six mille vers et au dela ; elle comprend une
quarantaine de rdles; elle demande six, huit, dix heures sans
rel&che aucune, pour dtre jou6e enti&re. C'est pour quoi nous ne
pouvons vous la representee Mesdames et Messieurs, que par
morceaux et par extraits.
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256 LBS PASTORALES BASQUES
Quant aux auteurs des pastorales ou tragedies, elles furent
g£n£ralement 6crites par des instituteurs ou par des artisans de
village. Augustin Ghaho ! nous a conserve les noms de queiques-
uns des plus c61&bres : J.-B. Lafforfes, de Tardetz; Goyheneix,
d'Al^ay ; Laxague, de Lichans, auxquels nous pouyons aj outer Bis-
siger, professeur de trag£die, a Esquiule; Arhex, Salvador Ba-
ratchegaray; Gratien Ghangard, de Saint-Palais; Etchebarne, dc
Gharitte ; Pierre Fourcade, fils aln£, dit Hollo ton; Jacques Oihart;
Larronde, de Uhart-Mixe; Oihenart (1770); Jacques Oih6nart
(1827); M6cot, fils aln6, regent d'Ainharp et d'Ordiarp ; LarchS, de
Sauguis; Bernard, de Larrau, Irigaray de Laguingue.
De Saffores, nous avons vu a Tardetz quelques pieces en manus-
crit. A la suite de sa tragedie d'Astiage, roi de Perse, il a fix£ ce
joli signalement :
14 Mars 1837. Ap. a J.-B. Saffores.
Le caycr vient a pcrdre
le quelqa*un trouver. 11 aura
la bonte de rendre au sieur
J.-B. Saffores, cordonnier de Tardetz,
qui est un brave homme reconnu
par tout son pays. Et un homme
comme il faut pour manger
quelque tranche de jambon et
des oeufs frigit dans la poele
pendant tout le temps de l'annee
a la place de chardines.
Mais Bissiger, d'Esquiule, prend son m6tier bien plus au
solennel. II 6cvii en t6te de La destruction de Jerusalem par Ves-
pasien :
« La belle representation prise sur la destruction de la ville de
Jerusalem par Vespasien, empereur romain, Fann6e de notre
salut 70, contenant d'autres myst^res, savoir : le sujet principal
est le proph&te Jesus, fils d'Anonas. »
Avant le second prologue, nous lisons :
« L'auteur de cette pi&ce a cru utile de donner au public un
exemple pour renouveler la m6moire sur la destruction et ruine
enti&re de la ville de Jerusalem, qui fut detruite par Vespasien et
Titus, empereurs romains, Tan de notre salut 70, suivant quelques
1. Augustin Chaho, Biarritz entreles Pyrenees et VOc&an. (Bayonne, 2 vol.
in-12, vol. II, p. ia5.)
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LES PASTORALES BASQUES %5j
au tears. Les spectateurs verront ici comment Dieu punit les hommes
obstin^s dans les crimes de p£ch6. Le 17 avril, par moy r Bissiger,
professenr de tragedie, a Esquiule. »
Un auteur inconnu, a la fin de sa pastorale de Nabuchodonosor,
fait briller son Erudition dans ce couplet de pseudo-latin :
Finis coronas topns
Rex, sol et jaslitie.
a Toutes les fois », dit M. fimile Picot dans sa Notice sur Jehan
Chaponneau, « qu'il s'agissait de jouer un myst&re ancien, les
acteurs chargeaient un pofete experiments d'en re voir le texte, d'y
introduire la division par actes et par scenes, et d'y faire, s'il y
avait lieu, les changements necessites par les differences des temps
etde la laugue 1 . »
Voici la preuve sur le titre d'un myst^re dans une edition de
1490.
« Cy commence le mistfcre de la Passion de nostre Saulveur
Jehus Grist, avecques les additions et corrections faites par tr&s
eloquent et scientifique Docteur maistre Jehan Michel. Lequel
mist&re fut joue a Anglers moult triomphamment et sumptueuse-
ment en Tan mil quatre cens quatre vingtz et six, en la fin
d'aoust 1 . »
Les pastorales ont ete souvent traitees de cette mani&re. Nous
les trouvons retouchees, allongees, raccourcies de mille fagons,
selon le nombre des acteurs, le temps a leur disposition, la fantaisie
du jour. Nous connaissons deux versions &' Abraham Men dis-
tinctes ; Tune a quarante-trois rdles et l'autre n'en a que trente ; il
existe quatre versions de sainte H^Une, deux de Charlemagne,
une par Saffores, l'autre par Bissiger ; deux de sainte Genevidve et
ainsi avec d'autres sujets favoris. Dans les pastorales, comme au
theatre grec, « chaque acteur devait jouer plusieurs rdles successi-
vement, et paraltre tantdt en homme, tantot en femme 1 ».
Le plus ancien manuscrit que nous avons vu est celui de Richard
de Normandie, de la date du 4 aout 1769, par Larche de Sanguis.
1. Notice sar Jehan Chaponneau, par Emile Picot, p. 2. (D. Morgaud,
Paris, 1879.)
a. Jecan Michel de PUrrevive,.. et le Mystire de la Passion, par Achille
Chereaa, p. 5. (J. Techener, Paris, 1864.)
3. The Attic Theatre, p. a45.
17
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358 LBS PASTORALES BASQUES
Le Prodiga fut « ereprlsantle par Le juenese de Venae Le jour Le
no any oust 1770, plus ceste pi&ce a 6t6 erepr6sant£e par le juenese
Darrast Le jour le 19 Juin 1796. » II y avait eu bien des change-
ments entre ces deux 6poques. En 1770, pour conclure v , les acteurs
disaient :
Dugan te deon kanta
Oroc algarrequl!
(Chantons le Te Deum
Tons avec joiel)
En 1796, les mots te deon furent biflfes; on a 6cri% au-dessus
d'abord nacionarenjabori; mais cela m£me ne fut pas jug6 suffi-
sant, et on l'a ray£ pour £crire en sa place : kaminola (chantons
la carmagnole!). Saint Claudius et sainte Marsimisse, proyenance
de Montory, est 6crit sur du papier avec des comptes en assignats.
De sorte que mfime les pastorales, les compositions les plus anti-
historiques qui furent jamais 6crites, peuvent nous enseigner
quelque chose sur i'histoire de la grande nation de la France.
Wbntworth WebsteH.
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APPENDICE
Liste de quelques pastorales basques et mysUres bretons
Les noma des myst&res sont tiv6s d'un Catalogue des manus-
crits celt iq ues et basques de la Bibliothique nationale, par
M. H. Omont, et de Les derniers Bretons, pqr Eraile Souvestre.
Pastorales basques
Mysteres bretons
SUJETS BIBUQUBS
Abraham, aveo Sara et Agar,
Josul et Molse,
David,
NabuchodoDosor,
Judith et Holopherne,
Prodiga,
Samson,
Saint Jean-Baptiste,
Saint Pierre,
Saint Jacques,
Saint Etienne.
La Creation du monde,
Jacob et ses fils,
Joseph,
Pharaon,
Molse,
La Naissance de Jeans,
La Passion de Jesus,
La Resurrection de Jesus-Christ,
L'Enfant prodigue,
Saint Jean-Baptiste,
Saint Pierre et saint Paul,
Du jugement dernier.
SUJETS HAOIOGRAPHIQUBS
Saint Alexis,
Sainte Agnes,
Sainte Catherine,
Saint Claudicus et sainte Marsimissa,
Destruction de Jerusalem,
Sainte Engrace,
Saint Eustache et sainte Euphemie,
Sainte Genevieve,
Sainte Helene ou Elaine,
Saint Julien d'Antioche,
Saint Louis,
Saint Martin,
Sainte Marguerite,
Sainte Philippine,
La vie de saint Paul,
Sainte Anne de sainte Emeran-
sianne, sa mere,
Saint Antoine,
Sainte Barbe,
Saint Cognomerus ou Comorre,
Saints Crepin et Crepinien,
Destruction de Jerusalem,
Saint Eulogius, patron des macons,
Saint Garand, saint Denis, saint
Clement,
Saint Guennole,
Saint Guillaume, comte de Poitiers,
Saint Guiner,
Sainte Helene,
Saint Laurent,
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a6o
PASTORALES BASQUES
Pastorales basques
Les trois martyrs, temps de Diocle-
tien.
Mysteres bretons
Saint Louis,
Saint Martin,
Sainte Nonne,
Le purgatoire de saint Patrice,
Sainte Triune.
SUJBTS GLASSIQUBS, ORBCS OU LATINS
CEdipa,
Alexandre,
Astiage, roi de Perse,
Bacchus.
CnANSONS DE OBSTB, ROMANS DB CHE VALERIE, CONTBS DE FOLK-LORE
Antoine de Constantinople,
Bajazet,
Celestine de Savoie,
Charlemagne,
Clovis,
Charles VI,
Les donze pairs de France,
Genevieve de Brabant,
Godefroi de Bouillon et la delivrance
de Jerusalem,
Jeanne d'Arc,
Jean Callabit,
Jean de Calais,
Jean de Paris,
Marie de Navarre,
Mustapha, le grand Turc,
La princesse Cachemire,
La princesse de Cazmira,
La princesse de Gamathie,
Les quatre (lis Aymon,
Richard, due de Normandie,
Robert le Diable,
Roland,
Thamar Koule-Kan,
Thibaut,
"Warwick.
La conquete de Charlemagne,
Charlemagne et des douze pairs,
Chedoni et Helena Rosalba,
Les douze pairs de France,
Genevieve de Brabant,
Godefroy de Bouillon et la deli-
vrance de Jerusalem,
Huon de Bordeaux,
Orson de Valentin,
Pierre de Provence et la belle
Maguelonne,
Le prince Fadlala,
Les quatre ills Aymon,
Robert le Diable.
FARCES RABBLAISIBNNBS
L'homme battu par la femme,
Pane art.
Arlequin et Flavia,
Amours d'un vieillard,
La fille aux cinq amoureux,
Resurrection d'Arlequin.
MODERNBS
Napoleon : i* Le Consulat,
a* L'Empire,
3° La Sainte-Helene.
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ET MYST&RES BRET6nS 261
Dans le mystire breton Sainte Trifine, les demons B6rit et
Astarok paraissent sar la seine, mais n'y jouent pas le mSrae rdle
que les saians basques.
Pour faire voirce qu'un classique grec devient comme pastorale,
je donne la liste des dramatis persona A' CEdipa, M. J. Vinson
a donnl une analyse de cette pifece dans Le Folk-Lore du Pays
Basque, pages 339-341 • Eile contient 3ji2 vers et 19 roles, une des
plus courtes des pastorales.
CEdipa fait a la le 1763, fait a Garindein Le 26 May
1793, Tan 4* de la Liberty. Mecot fils.
CEdipa Erreguia, Allexandre parrein,
Iocasta Erreguina, - Olimpia andere aurenna,
Laija, Laiyaren Semi a, Creon Ereguia,
Eleocla Ediparen Lehen Semia, Hemon ere onen Semi a,
Poloniee bigueren Semia, Antigonna Prince ssa,
Larrein arcainna, Teresia itxie ororaxi,
Guilein arcainna, Soldadua,
Socrasta prophettaa, Giganta, le sphinx,
Ardaa, Mithilcoua guida.
Jollicceur,
Ataila,
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XI
LES MASCARADES SOULETINES
M. J.-D.-J. SALLABERRY
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LES
MASCARADES SOULETINES
PAR
M. J.-D.-J. 3ALLABERRY
Lb Pays Basque frangais est divis£ en trois petites provinces,
qui, toutes, font partie du d6partement des Basses-Pyr£n6es :
la Soule, la Basse-Navarre et le Labourd.
La Soule comprend la totalite des cantons de Maullon et de
Tardets, et quelques communes du canton de Saint-Palais.
De ces trois provinces, la plus rapproch6e des hautes montagnes
est la Soule. Trop peu connue encore des touristes, elle m£riterait
d'etre visit^e plus souvent qu'elle ne Test. Nous n'en voulons pour
preuve que l'appr6ciation aussi juste que flatteuse qu*a faite de
cette mignonne valine quelqu'un qui la connaissaitbien, un savant
eccl£siastique double d'un po&te.
Voici le tableau pittoresque et fort ressemblant que M. Fabb6
Menjoulet, d'Oloron, ancien vicaire general du diocese de Bayonne,
a trac6 de la Soule dans sa Chronique du Diocise et du Pays
d'Oloron (Btarn meridional et Soule) f .
« Voici, suivant nous, dit-il, sous le double aspect des sites et
de i'histoire, la reine des valines pyrdnSennes. La Soule descend
i. Voir 1. 1, p. 39.
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266 LBS MASCARADES SOULET1NES
du sud au nord, et eile est plus en dehors qu'au milieu des mon-
tagnes. A part le quartier de Bassa-Buria (tfite sauvage) — c'est lc
quartier de la Haute-Soule, comprenant le canton de Tardets, qui
est tout a fait montueux et ou se trouvent les villages de Larrau,
Licq et Sainte-Engrace* — la plaine arrosde par le Gave, appelE
Uhaiiz-Handia (rivi&re-grande) ou Saizon, n'est encadrle que
par des tertres d'une mediocre hauteur. Une culture facile rend
ces coteaux parfaitement habitables ; on y trouve, en effet, quel-
ques beaux villages, qui, rEunis a ceux de la plaine, font du pays
de Soule, malgrE d'incessantes Emigrations, la plus populeuse de
nos valines.
« C'est aussi la plus riante. Si le quartier de Bassa-Buria justifie
son nom quelque peu terrible, si le Saizon, torrent imp&ueux,
ravage ses bords au sortir des montagnes, il n'en est pas moins
vrai que, de Tardets a Sauveterre, ou elle se confond avec la plaine
du Gave, la valine de la Soule offre une suite admirable de ravis-
sants panoramas. A chaque instant, les ondulations capricieuses
de ses collines changent le tableau ; mais c*est toujours pour oflrir
au regard enchants le spectacle mobile de frais bocages avec de
verdoyantes prairies, de champs merveilleusement fertiles au-
dessous de collines que les plus riches paturages couvrent de leur
manteau. II n'y a pas jusqu'aux modestes villages, entourant des
clochers plus modestes encore ou groupEs autour d'un vieux castel,
qui n'ajoutent singuli&rement k la belle et gracieuse harmonie de
l'ensemble. »
Les Souletins sont un peuple essentiellement pastenr. Leurs ber-
geries, od ils Ei&vent, tous les EtEs, de nombreux troupeaux, sont
•itules sur les hautes montagnes, dans les environs du mont Orhi
et du pic d'Anie (Ahune-Mendi).
Est-ce k la proximity de ces montagnes, k l'entralnement naturel
occasionnE par la n£cessit£ de gravir des hauteurs escarpEes, quest
due 1'agilitE remarquable des habitants de la Soule ? Nous ne sau-
rions l'affirmer, bien que cela soit fort probable. Mais un fait bien
certain, c'est que, dans le Pays Basque fran<?ais, c'est, sans contre-
dit, aux Souletins que Ton accorde la palme de la souplesse et de
l'agilitE, et c'est en Soule qu'ii faut chercher les meilleurs sauteurs
et les meilleurs danseurs basques. Par voie de consequence, c'est
en Soule que florissent les danses typiques des Basques fran$ais,
et tout spEcialement les mascarades, qui font l'objet de la prEsente
Etude.
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LES MASCARADES SOULBTINES 2&J
Les mascarades souletines ont eu jusqu'a present peu dlristo-
riens. Gelui qui s'en est le plus occupe, c'est le Souletin Augustin
Chaho, de Tardets, qui se laissa malheureusement absorber par
les d^cevautes illusions de la politique, au lieu de se con tenter de
rester, pour la gloire du Pays Basque, un savant linguiste, unbril-
lant 6crivain.
En dehors des descriptions que Chaho nous a donn£es de ces
mascarades, nous n'en trourons que des mentions sommaires dans
Le Pays Basque, de Francisque Michel, et dans d'autres auteurs
qui ont bien voulu s'occuper de choses euskariennes.
Mais, mfcme dans les r6cits images de Chaho, la musique sur
Uquelle se dansent les mascarades est rest£e lettre morte pour
tous ceux qui ne les ont pas tu danser. Jusqu'a present, du moin*
a notre connaissance, les airs de ces clauses sont rest£s presque
tous inldits, et nous sommes heureux de les mettre au grand jour,
seule maui&re de les sauver d6finitivement de l'oubli, comrae nous
avons eu le plaisir de le faire, en 1870, pour cinquante chants
populaires du Pays Basque.
Pendant que, pour notre agr&nent personnel, nous recueillions
ces chants, nous nous disions plus d'unefois, avec regret, qu'Olhe-
nart, le Souletin Oihenart, de Maul6on, le savant auteur de la
Notitia utriasque Vasconhe, lorsqu'il se mit en tfcte de faire et de
publier son recueil si prScieux de proverbes basques, aurait bien
fait de colliger aussi les paroles et la musique des chansons popu-
laires basques existant de son temps ; et persuade qu'il s'est perdu,
faute d'un pareii recueil, de nombreux chants confi^s exclusive-
ment a la mlnioire fugitive des populations, nous rlsolfimes
d'imiter Oihenart, dans la faible mesure de nos moyens ; de faire,
pour les melodies euskariennes, ce qu'il avait fait pour les pro-
verbes basques ; et c'est k eette pens^e patriotique qu'est due notre
publication, d'ailleurs incomplete, de chants populaires du Pays
Basque 1 .
Mais revenons k nos mascarades.
Dans toutes les communes du pays de Soule, on danse tous les
dimanches du carnaval. Ghaque ann6e, dans quelques-unes d'entre
elles, des jeunes gens se groupent pour faire des mascarades.
1. Chants populaires du Pays Basque, paroles et musique originates,
recueiliies et publiees avec traduction francaise, par J.-D.-J. Sallaberry (de
Mauleon), avoeat. — - 1 vol. grand in-S*, 1870.
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368 LES MASGARADES SOU LET INKS
Yoici comment ce genre d'amusement a 6i6 d£crit, en quelques
phrases pittoresques, par Chaho, qui se souvenait d'y avoir pris
part dans sa jeunesse :
« Je n*ai pas oubli£ vos mascarades da Garnaval, fait-il dire par
un des personnages de son Voyage en Navarre (p. 335) ; le
Cherrero ouvre la danse avec son balai de crin, sa ceinture de
clochettes, ses bas, dont Tan est blanc, 1 'autre rouge, sa toque eni-
plum6e et sa veste de mille couleurs; le Berger, arm6 d'une
grande hache, conduit ses agneaux, derri^re lesquels trotte
YOurs; les Kukulleros gambadent k la suite, v&tus de soie, bario-
16s de rubans, agitant le l£ger caduc6e qu'ils portent k la main,
guides par le Zamalzatn, danseur incomparable qui fait caracoler
son cheval postiche avec tant d'agilit6, de grace et d'aplomb ; le
Jaon, l'£p6e au cdt6, donne le bras k sa dame; le Labor aria
marche sur la mdme ligne, accompagn6 de son Etchekandere ; il
tient son aiguillon d'une main, et de Y autre une flottante banni&re ;
apres eux tourbillonnent hommes et femmes, les Boh6miens tapa-
geurs, portant le havresac et brandissant leurs sabres de bois,
ray£s de noir ; viennent enfin, par groupes dansants, les diflferents
corps de metiers ; les chaudronniers auvergnats, dont i'6quipe-
ment, la mine et le jargon sont si comiques ; puis T£v6que, montl
sur un &ne ; deux vieux mendiants ferment la marche. La masca-
radc, arrivSe sur la place publique, execute, avec les habitants du
village, une jarandole joyeuse ; les spectateurs forment ensuite un
grand cercle et les masques font admirer leurs danses respectives
suivies d'un ballet g£n£ral, avec accompagnement de tambours ;
la fete se termine par des festins et par un bal qui dure jusqu'& la
nuit. »
Gette description ne rend qu'en partie la physionomic de ces
mascarades, telles qu'elles se dansent k present. Depuis i836,
6poque od Chaho publiait son Voyage en Navarre, quelques-uns
des 6l6ments des mascarades anciennes ont disparu ; d'autres 616-
ments nouveaux y ont 6t6 introduits. Nous signalerons, au fur eta
mesure de notre description, ces modifications, dont quelques-unes
ne nous paraissent pas tr&s heureuses.
Nous voici done dans un village de la Soule, voire mSme de la
Haute-Soule ou Ba&aburia. Le carnaval bat son plein. Nous avons
et£ avertis par la renomm£e aux cent bonches que, dans le village
voisin, de magnifiques mascarades ont 6t6 organises. On dit le
plus grand bien de la gr&ce et de l'agilitl du premier sujet, du
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LBS MASCARADES S0ULET1NBS 269
ZamalzaXn. Le Cherrero est renomml pour la fougue de son en-
train diaboliqne.
Les organisateurs de ces amusements ont annoncl k la jeunesse
de notre village qu'ils vont lui faire Fhonneur d'une visite aujour-
d*hui m£me, et nos jeunes gens s'apprStent consciencieusement k
leur faire la reception la plus cordiale, la plus accueillante pos-
sible, bien entendu k charge de revanche dans Favenir, peut-6tre
an carnaval prochain.
Des enfants, envoy^s en estafette, accourent, k perdre haleine,
annoncer que les mascarades arrivent, qu'elles sont Ik, jetant un
dernier coup d'oeil k leur toilette et se groupant en un cortfege
r^gulier, pr&s de la premifere maison du village.
Les laissera-t-on entrer ainsi tout bonnement, sans la moindre
difficult^ ? Non ! Gela ne se fait pas ; cela ne se doit pas ; cela est
contraire aux antiques traditions! Bien quon ait aflaire k des
amis, ce n'en est pas moins une invasion k subir. II faut s'y oppo-
ser, tout au moins pour la forme.
Et alors nos jeunes gens, d£jk tout habill£s pour la reception de
la mascarade, se h&tent vers l'entr£e du village et Ik, avec de
grands b&tons et de longs manches k balais, s'adjoignant les
femmes et les enfants, accourus en grand nombre, ils forment une
barricade, une espfece de digue vivante et mouvante destinee k
arrSter le flot des envahisseurs.
Mais cette barricade ne saurait les retenir longtemps. Cherrero
en t6te, aprfes quelques bruyants coups de fusil tir£s par le
Bohame-Jaon, la chafne qui la formait est rompue et tout le cor-
tege s'£lance dans le village, au son d'une musique entralnante,
jou6e par le tchurula national, flftte k trois trous, accompagn6e du
tambourin k quatre cordes et d'un tambour.
Ainsi done s'avancent en cadence les divers acteurs de la mas-
carade.
Et d'abord le Cherrero, espfece de courrier, charg£ de faire place
nette, afin de permettre aux danseurs de donner k leurs Evolutions
chortgraphiques tout le dEveloppement, toute l'ampleur n£ces-
saires. Le costume que porte actuellement le Cherrero n'est plus
celui que Chaho nous a d6crit. II se rapproche beaucoup, pour la
veste, les culottes, les bas et la chaussure, du costume du Zamal-
zaXn ; il a conserve la ceinture de grelots et clochettes qui dEnonce
de loin son arriv^e, ceinture dont les sons bruyants font une mu-
sique parfois discordante avec les trilles aigus du tchurula.
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2J0 LBS MASCAKADfeS SOULETINBS
Aprfcs la Cherrero, on ne voit plus dans nos mascarades ours,
agneau ni berger, mais bien une cantini&re agile qui, tout en dan-
sant, prlsente la provende an Zamalzaln-CentSLUve ; et nn danseur,
Gathia, le chat, dont le costume blanc a l'air d'etre illustrl de
confetti de tontes couleurs, et qui s'amuse, tout le temps de la
mascarade, a jouer toutes sortes de tours a tout le monde, acteurs
on spectators. Jadis, il n'y avait pas de cantini&re dans les mas-
carades ; son r6le actuel 6tait rempli par une forte Bohlmienne
qui, toujonrs a cdt£ du Zamahain, dansait avec lui et lui offrait la
provende dans son tablier.
Ensnite s'avance le majestuenx Zamahain, le cavalier, avec son
hippogriffe ail£.
Pour vous les d£peindre, nous ne saurions mieux faire que
d'empnutter la description qu'en donne Chaho dans 900. Itit^r aire
pittoresque : Biarritz entre les Pyrinies et VOc4an (a e partie,
P- 97) •
« Puis voltige, bondit, pirouette en mesure, l'Ecuyer-danseur, le
Zamahain. Toque indescriptible, coifture de zephyr, couronnle
de perles et de strass imitant le diamant, orn6e de rubans qui
retombent sur les Ipaules et le long du dos a ce joli gar$on, un
danseur incomparable ; brodequins basques, chaussure 6Ugante et
16gfere, bas blancs a jarretieres rouges, culottes blanches et veste
rouge ; tout ceci n'est que le menu d'un costume traditionnel dans
lequel le pantalon blanc n'est admis que par abus ; la pi&ce impor-
tante est le cheval qui porte le danseur.
« Ce cheval d'osier a un poitrail et une coupe arrondie que
recouvre une housse rouge de soie a franges ; c'est un bidet alrien
portant un grelot d'argent, avec sa petite tGte noire et sa crinifcre
arqule ; il n'a point de jambes, mais des ailes. Les r6nes que le
danseur tient de la main gauche et le fouet qu'il fait claquer de la
main droite lui servent a faire caracoler la bete avec lui ; il danse,
il tourbillonne, et toute la largeur du chemin n'est pas de trop
pour les Evolutions qu'on lui voit ex^cuter. La housse de soie va a
la hauteur des genoux ; on ne voit que les pieds du danseur, on les
voit a peine ; ils semblent ne pas toucher terre ; le Zamahain
est toujours en Pair. »
Voila encore aujourd'hui, sauf quelques variantes dans son cos-
tume, la physionomie du Zamahalnt
Apr&s lui et faisant cortege arrivent les Kukuilleros, qui forment
en quelque sorte sa suite. Habill6s a pen pris de la m£me mani&re,
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LES MASCARADBS SOULETINES 2^1
il» dansent, ils gambadent demure lui, deux k deux, au nombre
de dix on douze, brandissant un leger caducle enrubannl.
Ensuito viennent les mar6chaux-ferrants, Manichalak, ordinai-
rement au nombre de trois, le patron et deux ouvriers ; Leur r6le
sera de ferrer le cheval du ZamahaXn, dont les sabots sont census
rapidement us6s par sa danse 6chevel£e et les sauts et bonds for-
midable* qu'il fait tout le long de la representation. Veste rouge,
pantalon blanc, grand tablier de cuir jaune, longue calotte rouge
retombant sur l'oreille, tenailles et marteaux, tel est le costume,
tels sont les attribute du mar6chal-ferrant.
Puis arrivent le monsieur, Jaona, et la dame, Anderia ; le mon-
sieur, l'£p£e au c6t6, la canne k pomme d'or k la main droite, v6tu
dun habit ou d'une redingote, coiftl d'un chapeau k haute forme,
grave, majestueux, donnant le bras k sa dame ; puis le paysan,
Laboraria, et la paysanne, Laborarish ; le paysan, tenant d'une
main le makhila, bftton de n6Qier que le vrai Basque ne quitte
jamais, et de r autre un Itendard multicolore qu'il agite en cadence.
Dans les mascarades actuelles, il n'existe pas de rdle d'6v6que.
Ghaho avoue qu'il n'a tu qu'une seule fois ce rdle dans la masca-
rade souletine. Quant k nous, nous ne l'avons jamais vu et nous
n'avons trouve personne qui 1'ait vu non plus parmi les nom-
breux compatriotes, vieux et jeunes, que nous avons consults k
ce sujet.
Apr&s le paysan et la paysanne, nous voyons s'avancer deux
hongreurs, Kherestouak, en veste et culotte courte de velours,
avec des bottes montant jusqu'aux genoux et une cravate aux vives
couleurs, laissle l&che autour du cou et n6gligemment nou£e sur
la poitrine. Ce r6le n'a pas 6t6 mentionnl par Ghaho, bien qu'il
exist&t dejk d£s son 6poque.
Puis apparaissent deux remouleurs ou gagne-petit, Ghorrot-
chak, le maltre et le domestique, avec leurs grands tabliers de
cuir, leurs chapeaux de feutre mou et les attributs de leur profes-
sion. Ge sont les bardes de la compagnie, qui vous assassinent de
compliments en vers improvises, qu'ils cbantent tout en dansant
sur un air qui, nous devons Tavouer k regret, mais en toute since-
rity, n'est autre que Fair : Au clair de la lune, k peine modifi£ ;
ils vous rendent aussi le service de vous aiguiser tout ce que vous
voudrez : bftton, canne, chapeau, jusqu'au pan de votre veston ou
de votre robe, le tout pour un minime salaire.
Arrive ensuite le Bouhame-Jaon, le seigneur boh£mien, avec
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YJI LES MA8CARADES SOULETINES
sa tribu ; son costume et surtout son blret sont bariolls da diverses
couleurs ; il porte un fusil, un havresac et un sabre de bois ray6
de noir, comme s*il devait tout pourfendre, tout piller. Mais, mal-
gr6 son air tapageur, c'est un brave gar^on qui accepte volontiers
de petits cadeaux. Les Boh6miennes, Bouhameshk, pas toujours
bien rashes (car dans les mascarades souletines, pas plus que
dans les pastorales, le melange des sexes n'est jamais admis parmi
les acteurs), les Bohlmiennes sont armies d'une brosse avec
laquelle elles vous brossent consciencieusement, en vous persua-
dant, d'un air caressant, que vous devez avoir sali vos habits ; du
reste, elles ne sont pas exigeantes sur le salaire et s'en rapportent
a votre g6nerosit£.
EnOn viennent, toujours dansant, gambadant, les chaudronniers,
Kaouterak, avec leur pauvre bourriquot, charge de vieux chau-
drons tout trouls, tout bossel£s ; puis le m6decin, l'apothicaire,
qui vous offrent, dans les prix doux, leurs utiles offices ; le bar-
bier, qui vous rasera avec un immense rasoir de bois, et des
mendiants loqueteux, minables, qui font appel a vos sentiments
de charity.
Tous ces derniers acteurs, cette s6quelle, forment le cortege du
Zamalzaln noir, dont le principal rdle consiste a se montrer en
tout, autant que possible, la parodie, la caricature du Zamalzaln
rouge.
Le cortige ainsi compost danse, tout le long des rues, sur un air
& la fois majestueux et sautillant (voir Appendice, n° i), jusqu'au
moment oh il s'arrGte devant les demeures des autorit£s et des
principaux personnages de la commune. Pendant ce temps d'ar-
r6t, Fair change d'allure et chacun danse sur place, en faisant
vis-a-vis a son voisin d'en face. (Voir Appendice, n° a.)
Apr&s avoir regu des personnages visitls un accueil gracieux
qui se traduit ordinairement en argent ou en verres de vin versus
a la ronde, chacun reprend sa place dans le cort&ge, et tous, dan-
sant sur le premier air, se rendent sur la place publique, oh d6ja
la foule des habitants s'est amass6e.
C'est le moment de la farandole, Bralia, oil tout le monde est
invito a se joindre aux acteurs de la mascarade.
Le Zamalzaln rouge, le Jaon, le Laborari, invitent des jeunes
filles appartenant aux meilleures families du village, qui ne font
aucune difficult^ d*accepter cette invitation; chacun des autres
acteurs fait aussi son choix, et les danseurs des deux sexes, se
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LES MASCARADES 80ULETINES 2^3
tenant tous par la main, serpentent en cadence, en tons sens, dans
la place, an son d'an air gai et grave tout a la fois.
(Test apres la farandole que commence le vrai ballet, toujours
sur la place publique.
Le Cherrero, bondissant et £cartant la foule, trace, avec son
balai de crins, un large cercle; au milieu, les danseurs s'exerceront
et feront admirer leur souplesse, leur 616gance, leur agility.
Alors, dans 1'espace ainsi r£serv6, le Zamalzaln rouge apparalt.
A tout seigneur tout honneur ! Aucune trace de fatigue ne marque,
sur son visage ni dans son allure, la carriere d£ja longue qu'il
vient de fournir, toujours dansant, toujours pirouettant, depuis le
depart de son village.
Sur un air special tres entralnant (voir Appendice n° 3), il recom-
mence a danser, a pirouetter ; bient6t il est en butte aux attaques
des marechaux qui veulent a toute force le ferrer, comme c'est
leur devoir. Malgre* sa resistance acharn£e, ils r6ussissent dans
leur entreprise, et le Zamalzaln semble y puiser de nouvelles
forces, une agilite* plus grande encore. C'est le moment solennel !
Le Zamalzaln va ex£cuter la danse du verre, gobalet dantza.
Voici en quoi consiste cette danse :
Un verre plein de vin est pose* au milieu de 1'espace maintenu
libre par les soins du Cherrero. II s'agit, pour le Zamalzaln, de
danser autour de ce verre des pas r6gl6s par une tradition cons-
tante. Puis, pour finir, il doit se planter sur le verre, droit sur son
pied gauche, et, apres avoir trace en l'air, du pied droit, un signe
de croix, bondir le plus haut possible et retomber a terre, apres
un dernier entrechat. Malheur a lui sil est assez maladroit pour
renverser le verre ! II sera disqualify, d6shonor6 pour jamais !
Apres la danse du Zamalzaln ont lieu, dans Fordre suivant, les
danses des autres acteurs de la mascara de.
D'abord, le Jaon et YAndere dansent une contredanse avec le
Labor ari et la Labor arish.
Puis c'est le tour des Kherestouak, ensuite des Chorrotch, du
Bouhame-Jaon et de sa tribu, des Kaouter, etc.
Tous ces acteurs dansent sur des airs sp6ciaux, conserves par la
tradition. Puis, Ton en revient a Fair initial, a celui de la marche
du cortege.
Enfin le ballet, la fete flnit par les sauts basques, mouchikouak,
dans£s en rond par toute lamasearade, et chaque habitant emmene
chez lui un ou plusieurs danseurs et s'efforce de leur faire oublier
18
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274 LES MASCARADES SOULETINES
les fatigues de ces violents exercices, autour d'une table bien
fournie en mets et en bons vins des cms : Arrast, Irouleguy,
BaXgorry, auxquels il est fait honneur avec un entrain qui ne
d£c&le aucune lassitude.
Que repr6sentent les divers acteurs des mascarades souletines ?
De quelle 6poque datent-elles? Voilk des questions que Ton se
posera sans doute en nous lisant.
L'origine de ces mascarades remonte-t-elle au seizi&me sifecle ou
mSme au deli, et figurent-elles t comme cela est pr6tendu dans Le
Pays Basque de Francisque Michel (p. 6a), les diverses classes de
la soci6t£ feodale?
Dans cette hypoth&se, le Jaon et YAnderia reprlsenteraient le
ch&telain et la ch&telaine. lis auraient convoqu^, dans la cour de
leur manoir seigneurial, les habitants de leur village, en un jour
de fete, et tous se r£uniraient pour se rendre sur la place publique,
afin de consacrer la soiree k des danses partieulifcres et varices,
suivant la condition de ceux qui les ex6cutent.
Cette hypoth&se a contre elle ce fait acquis : c'est que la ftodalitl
n'a jamais exists dans le Pays Basque, surtout en Soule, pays de
franc-alleu, dont les antiques for* et coutumes portent, dans leur
premier article, que « tous les naturels (natius) et habitants de ce
pays sont, de toute anciennet£, francs et de franche condition, sans
tache de servitude * ».
Cette hypoth&se est encore contredite par la musique sur laquelle
s'exlcute la contredanse donn6e par le Jaon et VAnderia, en face
des Laborari et LaborarisA : cette contredanse se danse, en eflet,
sur un air qui rappelle infiniment Tair r£volutionnaire du Qa ira,
qui date de 1789.
Chaho pr6sente une autre hypothese. Pour lui, le Zamalzaln
repr£sente la chevalerie navarraise, le Jaon, le chef militaire et le
juge-n6 du pays, l'homme de quality, le gentilhomme du premier
ordre soule tin. Quant au Laborari, c'est le gentilhomme du second
ordre souletin.
Pour ce qui nous concerne, nous avouons humblement qu'ii
nous a et£ impossible de nous faire une opinion precise sur ce
1. o. Per la costume de toute ancienetat observade et goardade, touts los
natius et habitans en la terre son francs et de franque condition, sens tache
de servitut. » (Art. 1" du 1" chapitre de Lea Coustumes ginirales da Pays et
Vicomte de Sole, a Pau, chez Jerdme Dupoux, imprimeur et libraire, proche
l'horloge. M. DC. XCI1.)
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LBS MASCARADES SOULETINES a^5
sujet. L'origine, le sens intime des mascarades souletines, restent
toujours myst£rieux pour nous. Mais comment nous Itonnerions-
nous d'un mystfcre de plus, quand il s'agit d'un peuple oil tout ce
qui a trait k ses origines, aux premiers temps de son histoire, reste
convert d'un myst&re que les plus grands savants n'ont pas encore
pu p6n£trer?
jVussi nous contenterons-nous d'admirer l'agilit6, la bonne
gr&ce des danseurs de la mascarade, tout en remarquant que,
parmi leurs airs de danses, il y en a quelques-uns qui sont rlelle-
ment, incontestablement originaux, tandis que d'autres semblent
empruntls k la vieille musique fran$aise, k moins qu'ils n'aient 6t&
pris anciennement k la musique basque et imports en France
par des cadets souletins partis k l'aventure pour tenter fortune.
Quoi qu'il en soit, voici comment nous classons les airs des
danses des mascarades :
Ceux qui nous paraissent originaux et remontant k une 6poque
recuse sont :
i° L'air de danse du cortfege en marche (appendice, n° i) ;
2° L'air de danse du cortege arrStd (ibid., n° a) ;
3° L'air de danse du Zamalzain (ibid., n° 3);
4° L'air de la farandole ; •
5° L'air de danse des Boh6miens (ibid., n° j).
Quant aux autres airs, les suivants ont une grande ressemblance
avec des airs fran$ais connus. Ainsi :
i° L'air des hongreurs, Kherestouak. II se compose de deux par-
ties distinctes, dont la premi&re rappelle Itonnamment un air que
nous trouvons dans la Clefdu Caveau, 4 e Edition, n° aa (voir Appen-
dice n° 4)» La principale difference existant entre ces deux airs,
c'est que le dernier est sur le mode mineur, tandis que l'air dans£
dans la mascarade est majeur. La seconde partie, dans une de
ses reprises, est textuellement un morceau de la contredanse fran-
$aise : LaFricasse'e, n° 683 de la Clef du Caveau (ibid.).
a L'air de danse des Jaon et Anderia avec les Laborari et La-
bor arisa semble copte, dans sa premiere reprise, sur le fameux
chant r^volutionnaire : Ah! ga ira, n° 947 de la Clef du Caveau
(ibid., n° 5).
3° L'air des Chorrotch, c'est tout simplement, comme nous
l'avons d6ja dit, sanf une 16g£re variante, l'air du : Au clair de la
lune, attribul k Lulli (ibid., n° 6).
Enfin, quant k l'air des Kaouter, il nous paralt original, avec
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Otfi LES MASCARADES SOULETINE8
ses trois reprises aux vitesses differentes, dont la premi&re doit
6tre joule lento, la seconde allegro et la troisi&me vivace (ibid.,
n°8).
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APPENDICE
Musique des Mascarades souletines
N° 1. — Marche da cortdge
Allegro maestoso
wm^lk
$7?_r j g 1 r*Bl J | r ^JU gg Bl ^g lJ
D.C. se repute nombre de fois, pais Fin.
N° 2. .— Arrdt da cortdge
.Allegro vivo
D.C. se repete plasiears fois,
Fin.
N° 3. — Danse da Zamalzain ou danse da Verre
Allegro vivo
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iffe^gg
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^l^HP^IS^
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2^8
LBS MASGARADES SOULETINES
D.C. se repute nombre de fois, ~ t* fff ~f~
pais pour finir r <fo fa | ■ j 1 I i i
N° 4. — Danse des Kherestouak
Allegro
jlL
» p ,
> ■ 1
\y 4 1 '^
: — —-J
D.C. & •#, se repete nombre de fois.
Comparer avec la premi&re partie du n° 4 ci-dessus :
La Clef da Caveau, 4 e Edition, par P. Gapelle.
Ih 22
Allegretto
fc^X£ te^ WFrW&3 g^ $
Comparer avec la deuxieme partie du n° 4 ci-dessus :
Ibidem, n« 683
p^pi^gz?i
^^^P ^g g^^^Bg a^fT^ f 1 ^
• F •
p£3EfE^E^ ^^
ssp
D.C. & $
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LKS MA6CARADE8 SOULET1NES
279
N° 5. — Danse des Jaoon-Andere et Laborari-Laborarisa
Allegro
f=mte=g &^3s^^mm&s m§m
D.C.
Comparer avec la premiere reprise du n° 5 ci-dessus
N- 947 da « La Clef du Caveau »
aSgg
YTTg£T^g mm **
N° 6. — Danse et chant des Chorrotch
Moderate
ji! ?Te ra
frtf i fH^^ j^^^g
$i±x-£u s^m
Comparer avec Tair : Au clair de la lune.
N° 7. — Danse et chant dn Bonhame-Jaona
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a8o
LE9 MA.8CARADES SOULET1NES
p^^ ^ ^^ ^T=3=J^^^mTjT7^
J L J'^ + — J. ~jd I J y - D * c « •* Janse p'oMOT" fo«
Sur cet air se chante le couplet suivant :
Thotchaz amoros nintzanian,
Haltzez nian ezpata ;
Ainharbari haoatse neron
Zazpi kolpuz espalda.
TRADUCTION
De Thotcha quand j'ltais amoureux,
De aulne j'avais l'epee ;
A l'araignee je cassai
Par sept coups (de cette epee) l'epaule.
N° 8. — Daiise des Kaouterak
Moderate
Plus vile
Do plus en plus vite
^^g^pfljg^r^l
jusqu'a la fin
wh~5 ^£ r ff *T ~^~ ^'^* M < * ailie P* U8 * enr8 foia.
J.-D.-J. Sallaberry.
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XII
ESKUALDUN ZUHUR-HITZAR
(PROVERBES, SENTENCES ET DICTONS BASQUES)
sum d'une rectification
SUR LA COUVADE DU PAYS BASQUE
M. L'ABB£ HARISTOY
Cur6 de Ciboure
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ESKUALDUN ZUHUR-HITZAK
(PROVERBES, SENTENCES ET DICTONS BASQUES)
suivi d'une rectification
SUR LA COUVADE DU PAYS BASQUE
fif. L'ABBti HARISTOY
Curd de Ciboure
UN proverbe est une courte maxime devenue commune et vul-
gaire. (Test le resultat de l'observation des peuples. II repond
toujours k an cdte" special, k an point de vae pittoresque, k une
maniere d'etre qui nest pas ordinaire. Dans leur formule concise,
les proverbes sont le r£sum6 de la sagesse pratique d'un peuple.
Si Ton a pu dire que celui-ci met dans sa langue sa vie tout
entiere 1 , k plus forte raisron peut-on affirmer que son bon sens
pratique se reflete dans ses proverbes. A les lire et k les mediter,
on connalt tout d'abord Tesprit, le caractere, la maniere de vivre
i. Talis hominibus oratio qualis pita. (Senfcque, ep. cxiv.)
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384 PROVERBES, SENTENCES
de tout on peuple. On pent rafime en tirer des applications morales
et des enseignements pr^cienx pour sa conduite personable.
Familiers au peuple, les proverbes servent encore a 1'bomme de
lettres, a l'lrudit. lis ornent un discours et parent dc quelque
grace nne dissertation aride. Ghaqne nation a ses proverbes. L'his-
toire n'a pas d6daign6 de nous conserver les noms des pbilosophes
et des savants qui en ont fait des recueils et des repertoires. Je ne
vous citerai ni Aristote, ni Th^ophraste, ni Scaliger, ni, avant eux
et au-dessus deux, la Bible, qui nous a donne* le livre des Prover-
bes et la Sagesse de Salomon. Mais vons trouverez, Mesdames et
Messieurs, que je remonte bien haut, presque jusqu'au deluge, et
j'ai hate d'arriver a des temps moins eloigned et a des auteurs plus
recents.
Tout pres de nous, un homme dont les Lettres b£arnaises pleu-
rent encore la perte, le savant M. Lespy, a public en 1875 et 189a
deux Editions d'un livre charmant intitule* : Les dictons et prover-
bes du Pays de B6arn. II a recueilli bon nombre de « ces mots qui
sont de tout temps dans la bouche du peuple », comme parle Mon-
taigne. II a surtout, et e'est la que se trouve l'originalit6 de son
livre, r£uni, comme en une gerbe fort pittoresque, les sobriquets
dont on gratifie les habitants de certains villages du Beam : toys
(TAas, sabatds d'Abdre, Maquinous de Morlaas, e'est-a-dire, teles
dures d'Aas, savetiers d'Abere, maquignons de Morlaas ; sans en
citer d'autres d'une convenance parfois douteuse, injurieux, louan-
geux ou comiques, qualificatifs, tels que les ages les ont faits et,
souvent, d'une precision et d'une ve>ite* reconnues. On pourrait
6tablir une division logique des proverbes, non plus ranges par
ordre alphabelique, comme l'a fait M. Lespy, mais classes, dans
un certain ordre d'id£es, en proverbes religieux, moraux, histori-
ques, philosophiques, etc... On pourrait ensuite les comparer a
ceux de divers pays, et Ton arriverait souvent a cette conclusion
extrdmement curieuse que les m&mes proverbes sont rlpandus un
peu partout, a des points de vue diff&rents, avec des formes
di verses, mais sous un fond inalterable qui prouve que l'homme
est toujours le niGme et que le sens commun ne varie pas. Yous
me pardonnerez si je rappelle, a ce propos, l'ouvrage tres original
que M. Leroux de Lincy a public sur les proverbes francais*. II
1. Le Livre des Proverbes francais ; Paris, Delahaye, 1859, a vol. — Nous
pourrions encore citer « les Illustres Proverbes nouveaux et bistoriqucs,
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ET DICTON8 BASQUES 285
les prend pour ainsi dire a leur berceau, dans nos trouvires et
chez nos troubadours. 11 en fait Fhistorique avec un grand luxe de
details et un commentaire des plus riches. II invoque le t£moi-
gnage des autres langues mortes ou encore vivantes, et il en tire
vraiment des comparisons, des r6sultats qui montrent bien que
l'humanite a toujours ri, pleurl et souflert de la m^me mani&re.
Malheureusement, et pour cause, il n'a gu6re pu comparer ses
proverbes avec les ndtres.
Le peuple basque, en effet, peuple primitif et ayant toujour 9
v6cu de la tradition rationale, ne pouvait manquer d'avoir ses
proverbes, ses maximes, ses dictons, en un mot, ses paroles sages,
zuhur-hitzak, et d£s a present je me hate de dire que si chez d'au-
tres peuples on trouve des proverbes exprimant les sentiments
bons et mauvais de Thomme, nous n'en connaissons pas en basque
qui soient au service des mauvais instincts.
Les proverbes basques m^riteraient une 6tude profonde comme
celle de MM. Leroux et Lespy. A cette besogne, ilest vrai, un seul
homme ne suffirait pas. II faudrait &tre multitude, c'est-a-dire se
grouper pour recueillir dans chaque village, en France et en
Espagne, dans le Labourd, la Soule, la Navarre et le Guipuzcoa,
ces expressions communes et vulgaires, ces traits d'esprit et de
niceurs, ces locutions rapides, parfois exclusivement locales; en
un mot, toutes ces maxiines qui sont le r£sultat spontan£ ou Itudil
de la sagesse et peut-gtre aussi, il faut le dire, de la causticity de
nos ancgtres.
II est certain que les rivalites de villages ont ici ou la, comme
en B6arn, aflubl6 de gracieuses 6pith&tes (gracieuses, il faut s'en-
tendre cependant), ont affubl6, dis-je, de ces 6pithfetes des voisins
jalousls, je n'ose dire m6pris6s.
Parfois aussi, un fait passager, un £v6nement remarquable,
a-t-il donn£ lieu a des qualificatifs bien diflKrents et dont quelques-
ttns ont tout Tair d'etre une satire ou des sobriquets.
expliqnez par diverses questions curieuses et morales, en forme de dialogue
qui peuvent servir a toutes sortes de personnes pour se divertir dans les
compagnies, divisez en deux tomes..., i663. » Le recueil, fort curieux, est tres
rare. On y re marque une grande planche in-4°, du temps, ayant pour titre :
les Illu8tre8 Proverbes, gravee a l'eau forte *par de La Fosse, qui represente
les principaux proverbes en images. Cette planche ne se trouve que dans
quelques exemplaires. Elle porte au bas cette inscription : A Paris, chez
Pierre David, au Palais, avec privilege du Roy pour neuf ans.
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286 PROVERBES, SENTENCES
Connaissez-vous en Soule :
Les Huguenots de Sanguis? (Zalgiztarrak, Hugenotarrak?)
Les processifs de Trois-Villes? (Iruritarrak, prose&kariak?)
Les contrebandiers de Sainte-Engr&ce? (Santa- Graziarrak,
kontrabondista, salbqyak?)
Les Graraontais orgueilleux de Haux? (Hauzetarrak, A gar a-
montes urguilhui&uak?)
Les ventres rouges (haineux et vindicatifs) de Barcus? (Bar-
kochtarrak, zorro gorriak ?)
Connaissez-vous en Basse-Navarre :
Les saints austeres et durs de Helette? (Heletarrak, saindu
mokhorrak?)
Les robustes cceurs de chene de Saint-Martin d' Arberoue ? (Dona
Marthiritarrak, haitzak?)
Les mauvais capuchons de Ba'igorry? (Bafgorritarrak x kaput-
cha tcharrak?)
Ne connaissez-vous pas an Labourd :
Les mangeurs de corbeaux de Haltsou? (Haltzuarrak, bele
r aleak ?)
Les mangeurs de chipes de Larressore? (Larresorotarrak,
chipa-chorroak ?)
Les gros et araples genoux de saint Pee? (Semperetarrak,
belhaun buru handiak?)
Les gens de Sare qui ne sont jamais presses? (Sara, astia 7)
Enfin, ne connaissez-vous pas ce que je ne puis dire delicate
ment en francais, mais qui passera bien en basque :
Les cordonniers de Hasparren assis sur leurs larges faces? (Haz-
pandarrak, iph... handiak?)
Apres ces dictons qualificatifs des locality, nous en donnerons
quelques-uns relatifs.
i° Au temps :
Alba gorri, hegoa edo uri. (Aube rouge, vent du Sud oupluie.)
Goiz gorriak, urt; arrats gorriak, egunaldi. (Le matin rouge
apporte de la pluie ; le soir rouge, du beau temps.)
Goiz hortzadar, arrats ithurri. (Arc-en-ciel du matin, fontaine
du soir.)
a Aux saisons :
Bichintcho hotz, neguaren bihotz; Bichinteho bero, negua gero.
(Froid & la saint Vincent (22 Janvier), coeur de Thiver ; chaud k la
saint Vincent, l'hiver apres.)
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ET DICTONS BASQUES 287
Gander ailuz bero, negua Bazkoz gero. (Ghandeleur chaude,
Thiver apr&s Piques.)
San Mark, arthorik baduk lurrari emak; ez baduk bilha zak.
(A saint Marc (a5 avril), si tu as du mais, mets-lc en terre; si tu
n'en as pas, cherches-en.)
Santa Luzia eguna, argia deneko ilhuna. (Le jour de sainte
Luce (i3 d£cembre), des quil fait jour, il fait nuit.)
3° Aux niois :
Abendoan, elhurra burdinez;
Urtharrilan, elhurra altzairuz;
Otsailean, elhurra zurez;
Marchoan, elhurra urez. (La neige en Avent (decembre) est de
fer ; en Janvier, d'acier ; en f^vrier, de bois; en mars, d'eau.) (Effets
de la temperature.)
Marcho lore, urde lore; aphiril lore, urhearen pare; mqyatz
lore, gabe baino hobe. (Fleur de mars, fleur de cochon; fleur
d'avril, pareille k Tor; fleur de mai, mieux que sans fleur.)
Mayatzean, ttipi baniz edo handi baniz, burutu behar naiz*
(En mai, si je suis petit ou si je suis grand, il faut que je porte
rspi.)
Majyatz hotz, urthea botz. (Mai froid, ann£e gaie.)
II
Pour etre complet, il faudrait citer quelques proverbes g£n£-
raux, mais le temps nous presse; il nous suflira de donner la
bibliographic des travaux parus sur ce sujet.
L'ouvrage le plus remarquable est celui d'Arnaud d'Oihenart,
de Maul6on, avocat au Parlement de Navarre, k Saint-Palais, et
notre plus grand historien. Si nous nations au Pays Basque, je
dirais qu'au jugement des plus autorisls, il dispute la palme au
celfebre Marca. En i65j, il fit paraitre une collection de 53 j Pro-
verbes ou adages basques recueillis par lui et publics sous le
titre de Atsotizac eta Refravac. Plus tard, il donna un supple-
ment de 169 vers intitule : Atsotizen urrhenquina, dont il ne reste
qu'un exemplaire unique k la bibliotheque nationale. Le premier
ouvrage d'Oihenart a 616 re*imprim£ k Bordeaux en i84j, par
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Il88 PROVERBES, SENTENCES
Francisque Michel, qui y a ajoute' : i Q un recueil des 164 prover-
bes du savant espagnol don Benito Maestro, sous le titre de
Algunos refranes de la lengua bascongada; a un recueil de
100 proverbes, en dialecte labourdin, de Voltoire, philosophe dis-
tingue* des premieres ann6es du dix-septifeme siecle; 3° enQn,
i4 proverbes qui lui furent fournis par M. Archu d'Aussurucq,
inspecteur primaire a La R6ole.
II y aurait beaucoup a critiquer dans l*£dition de Francisque
Michel; il s'est permis des corrections inacceptables. Le savant
M. Duvoisin a fait, a ce sujet, un travail que nous possldons et
qui servirait a une Edition definitive d'Oihenart.
Augustin Ghaho a public dans le Messager de Bqyonne le sup-
plement dont nous avons parte plus haut. En 1892, nous avons
public une derniere edition, dans YEskualduna 1 .
On trouve encore un certain nombre de proverbes dans le dic-
tionnaire trilingue de Larramendi, dans VArte de aprender a
hablar la lengua castellana d'Urtiaga, dans le Compendio histo-
rial de Guipuzcoa d'Isarti 1 .
Gitons encore Ernest Gar ay, qui a public en Belgique, en i85a,
des sentences et maximes basques parues par fragments dans le
journal des Artistes, a Paris, et en Hollande, dans le journal de
Maestricht; Jean-Baptiste Dascofcaguerre, de Saint-Jean-de-Luz,
dans les fichos du Pas de Roland ; Tabb6 Dartayet (Jean-Pierre)
de Hasparren, mort cur£ de Macaye, dans son Guide on Manuel
de la conversation jrangaise-basque ; Julien Vinson, dans son
Folk-Lore du Pays Basque; enfin M. le docteur Larrieu, de Mau-
l6on, qui prepare sur ce rafime sujet un nouveau travail.
A notre tour, nous esp6rons publier une collection de proverbes
due aux recherches de M. Duvoisin, de M. l'abbe Larre, ancien
cur4 de Lecum berry, et a nos recherches personnelles.
On le voit, nous avons recueilli soigneusement, en Pays Bas-
que, ses proverbes, dictons et adages. On a d6ja fait beaucoup.
La collection est-elle complete? fividemment non. Si les prfctres,
les instituteurs, les lettr^s, les amateurs, ceux que passionne notre
beau et cher Pays Basque voulaient se donner la peine de recueil-
1. Gette publication, avec un tirage a part de aoo exemplaires, precede*
d'une courte notice sur d'Oihenart et ses immenses travaux, a et£ faite snr
une copie prise pour nous, par un bascophile bien connu, M. E. S. Dogson,
sur l'unique exemplaire de Paris.
2. Manuscrit de 1621, imprime a Saint-Sebastien, grand in-S°, p. 171-175.
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ET DICTONS BASQUES 289
lir autour d'eux les proverbes et les dictons, ils seraient ^tonnes
des formes pittoresques et varices qu'a su revGtir le parler basque
dans ses maximes populaires. Nous n'£mettons ici qu'une idee;
mise en pratique, elle serait ftconde en resultats heureux. Que ce
soit la un des vceux formes a l'occasion de ces belles fetes basques
dont nous felicitous, dont nous remercions la Socfefe d'Ethnogra-
phie nationale, qui en a eu 1'initiative, et la municipality de Saint-
Jean-de-Luz, qui en realise, ehaque jour, le programme avec une
ampleur, une perfection dignes de tout 61oge.
Ciboure, ce 17 aoiit 1897.
19
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RECTIFICATION
SUR LA COUVADE DU PAYS BASQUE
On appelle couvade une coutume en vertu de laquelle, quand
une femme est accouch£e, le mari se met au lit, prend r enfant et
recoit les compliments des voisins.
Un des brillants conferenciers des belles f&tes basques de Saint-
Jean-de-Luz (an. 1893), M. Nicola'i, avocat k la cour d'appel de
Bordeaux, a aflirme" dans sa savante conference que cet usage
existait dansle Pays Basque. L'interessant auteur n'a pas invents
le fait. II le tenait — il nous l'a declare 1 — du r£ve>end Went-
worth Webster, de Sare; celui-ci, il nous l'a dit aussi, Tavait em-
prunte* au Bulletin de la SocUti des sciences, arts, etc., de Pau.
(Test ainsi que des pr^tendus faits historiques, racont^s par
divers auteurs, s'accreditent quelquefois aupres d'un public igno-
rant, voire m6me aupres des savants.
M. Webster, homme erudit et serieux, informe* de l'inexactitude
du fait enregistre* dans le Bulletin des Sciences de Pau, n'a point
hesite* a reconnaltre sa propre erreur et a la corriger dans ses
Merits. Consulte par le docteur Marray, savant auteur du grand
dictionnaire de la langue anglaise public* par livraisons, il lui
r^pondit que la couvade de la famille L..., d'Ayherre (cit£ par le-
dit Bulletin de la Soci6t4 de Pau), 6tait une faussete (liv. du 17 d6-
cembre 187a). Nous ne doutons pas que M. Nicolai, hon moins
e>udit ni moins ami de la ve>ite\ ne veuille aussi corriger son
erreur.
Voici done l'histoire de la pr^tendue couvade d'Ayherre.
M. Piche, avocat, traitant un jour la question de la couvade
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RECTIFICATION SUB LA COUVADE 29 1
dans le Bulletin de la Socteli des sciences, etc. % dePau (an. 1874-7$,
p. i33), £crivit : « A la naissance de 1' enfant, c'est le pere qni se
met au lit et qu'on soigne ; c'est ce qui s'appelle, en B£arn, faire la
couvade. » A la page suivante, il interroge en ces termes : « La
coutume designee par les auteurs sous le nom de la couvade
a-t-elle exists dans le Blarn ou le Pays Basque? »
M. Lochard, percepteur a La Bastide-Clairence (Basses-Pyr6-
nles), lui repondit aflirmati vement (ibid., an. 1877-78, p. 74*77) st
dlclara avoir appris de M. Etchecopar, instituteur a Ayherre, que
« dans une famille des plus aisles de cette commune, chaque fois
que la femme accouchait, le mart se mettait immtdiatement au lit
(ce n'est point nous qui soulignons ces mots), faisait le malade et
recevait les soins que comportait la situation de la femme ». On
nous epargnera tout commentaire. Disons seulement : i° que le
h£ros de la couvade est bien d£sign£. II est « n£ k Ayherre..., il est
marchand de laine brute..., jnort il y a cinq ou six ans. Sa veuve
reside a Ayherre »; 2 que M. Lochard ne doute pas du fait : « II
le tient com me historique, les sources 6tant des meilleures. »
Les membres de la Soci6t6 des sciences, etc., de Pau, ayant sans
doute quelque scrupule sur les allegations de l'instituteur Etche-
copar, se refus&rent a insurer dans leur bulletin la lettre de M. Lo-
chard qui les contenait. Cela ne faisait pas, parait-il, 1'afFaire de
ce dernier. II tenait a sa dexouverte. Le 29 juin 1877 il adressa a ce
sujet une lettre a M. Raymond. M. Piche lui repondit en deman-
dant « une enquSte circonstanci£e ». EUe cut lieu et elle fut 6crits,
s'ii vous plait, « sur papier timbre^ ». Dfes lors, on le voit, la
lumiere etait faite et le fait prouve* « comme bien historique ».
L'enquSte fut attested et sign£e par M. le maire et M. l'instituteur
de La Bastide-Clairence et par M. Londaits, maire d' Ayherre.
Les deux premiers, en hommes prudents, se contentent d'affirmer
avoir entendu raconter le fait k l'instituteur Etchecopar. Le troi-
si&me, maire oblige de son secretaire, declare « avoir entendu dire
plusieurs fois que le mari de la dame L... se mettait au lit chaque
fois que sa femme accouchait, et qu'il recevait les felicitations de
ses amis ». (Ibid., p. 77.)
Voici une nouvelle declaration que, sur nos representations et
reproches de fausset£, le niSme maire nous a d61ivr£e.
« Je soussign£, Jean-Pierre Londaits, proprtetaire et ancien
maire de la commune d' Ayherre, declare que jamais je n'ai entendu
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1292 RECTIFICATION SUR LA COUVADE
dire qu'aucun pere de famille de cette commune, apres V accouche-
ment de sa femme, ait pris sa place apres la naissance de l'enfant,
et que l'histoire de la couvade, dont mon ancien secretaire Etche-
copar a parte pour rire dans quelques reunions da mis, est de pure
farce.
« Fait k Ayherre, le 26 avril 1893.
« P. Londaits. »
Enfant d* Ayherre, nous avons connu et fr£quente* pendant plus
de cinquante an* ledit Etchecopar, instituteur de notre village
natal. Nul ne now condamnera en disant que — malgre* ses quali-
ties — c'dtait mn farceur et un adulateur, toujours a son profit.
Nobs >avons 6galement connu et fr£quent£ « le marchand de laine
brute ». M. L... (lisez Larralde), homme de tenue, absolument
inoapable du rflle honteux qu'on veut lui faire jouer. Nous avons
connu sa dame , femme forte sachant s'acquitter de tous ses
devoirs de mtae. Enfin nous connaissons leurs nombreux enfants.
Et voici la protestation indign6e d'mj de ceux-la, grand negociant
k Hasparren. \
FABIEN LARRALDE Hasparren, le q8 octobre iSgj.
HASPARREN
(BASSES- PYRENEES)
« Je soussigne Larralde Fabien, n6gociant k Hasparren, fils de
Martin Larralde, marchand de laines k Ayherre, informe* de
l'usage elrange et inconnu dans le Pays Basque de la couvade
attribu£ faussement k ma famille dans le Bulletin de la Sociiti
des sciences et arts de Pau (ann£e 1877-78, p. 74-75), je declare, au
nom de toute ma famille et de toute la commune d' Ayherre, que
la couvade n'a jamais ete* pratiquee dans ma famille, et que les
declarations qu'en prltendait avoir de M. Etchecopar sont fausses,
contre lesquelles je proteste avec Anergic .
« Hasparren, le 28 aout 1897.
« Fabien Larralde. »
L'histoire de la couvade d'Ayherre et toutes celles baties sur
elle, comme Pelion sur Ossa, sont fausses. Et, nous le dirons en
passant, ce n'est point la seule erreur qui court sur les Basques.
Les uns les font, dans l'ancien temps, polythelstes, les autres, dans
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DU PAYS BASQUE * icfi
les temps modernes, superstitieux, sauvages, laches, etc., etc. 1 , et
Ton peut dire que leur histoire est encore k faire. Mais revcnons a
la couvade.
II y en a qui veulent trouver je ne sais quet symbolisme dans
cette coutume absurde. II est naturel, ajoutent d'autres, que la
femme accouch£e, pour.se soustrairea Amotion, a la fatigue des
visites, cede sa couche et son enfant au raari.
Comprend-on nos vigoureuses Basquaises, qui, jusqu'au dernier
jour de la gestation, vaquent aux travaux des champs, et dont lcs
sept dixiemes, dans la huitaine de leur deliv ranee, se livrent aux
soins de leur manage, s'esquivant k la fatigue de quelques rares
visites?
Comprend-on nos anciens Gantabres, nos fiers Basques, au lit de
leurs femmes, avec leurs b£b£s au bras, recevant les visites du voi-
sinage 1 ? Mais ces maris, s'il en ex is tail, seraient ridiculisls, cban-
sonnes et auraient leur Asto-laster*, comme les maris qui se lais-
sent battre par leurs femmes.
Non, la couvade n'a pas 6te* pratiqu6e dans le Pays Basque.
Aucun auteur ancien ou moderne n'en parle, et nous n'en avons
constate* aucun vestige dans aucune de nos villes ou localites. Le
mot couvade, qui nous paralt d'origine b£arnaise, n'y est point
connu, et notre belle langue ne possede aucun mot pour exprimer
ou rappeler cette coutume bizarre, pour ne pas dire autre chose;
ce qui n'a pas empSche* un auteur de nos jour d'ecrire en 1877 : « Du
Pays Basque, dans les Pyr6n£es espagnoles, cette absurde coutume
semble s'Stre propag^e jusqu'en France, oil elle a recu le nom de
« faire la couvade » (Suppl. au Diet, de la langue francaise, par
E. Littre\ mot couvade). C'est ainsi qu'on 6crit l'histoire.
I/abbe* Haristoy,
curi de Ciboure J Basses-Py reprices) .
1. 11 y a meme des auteurs qui confondent les Basques avec les Bearnais,
alors que ces deux peuples different essentiellement par leurs origine, langue,
moeurs, etc. Le dictionnaire de Bouillet ne nous dit-il pas : « Les Basques,
habitants da BSarn, ont conserve leur costumes », etc. (art. Beam)!
a. Mais faut-il parler des lits, des cayolars, des huttes de bardeanx, habi-
tations primitives de nosanc&tres?
3. Espece de tragedie jouee sur la place publique soit pour ridiculiser le
mari battu par sa femme, soit pour chatier l'epoux infidele.
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XIII
LA MUSIQUE POPULAIRE DES BASQUHS
FAR
M. CHARLES BORDES
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n
LA MUSIQUE POPULAIRE DES BASQUES
M. CHARLES BORDES
Directeur des Chant eurs de Saint-Gervais
C'est surtout de Fart popuiaire, art d'intuition et d'ing6nuit6,
qii'on a pu dire qu'il ex prime fidfelement le caractfere de la
race, qu'il reflate avec clart6 et profondeur les traits essentiels du
pays ou cette race a fixe sa vie. Cette loi, maintes fois v£rifi£e,
s'applique d'une manifcre frappante a la musique basque. Rien ne
fait mieux connaltre un Basque que sa chanson. Elle traduit, dans
sa langue naive et charniante, les vives sensations et les fiers
sentiments qui composent cet &tre admirable. Nous y saisissons
toute son humeur et toute son ame, ses qualitls primesauti^res et
traditionnelles, son ardeur, sa gaiet£, son amour de liberty, sa
joie de vivre et son mSpris de la mort, et surtout sa foi robuste,
plus morale que mystique, qui donne au Labourdin tantde noblesse
et de s6rdnit£.
C'est le sentiment religieux et moral, qui a inspire toutes ces
chansons 6difiantes sur le devoir du chr^tien, les vertus de la
famille, l'amour de la maison, toutes ces poesies intimes et buco-
liques, qu'un pofcte contemporain, Eliissambure, a merveilleu-
sement r£sum6es. Quant a son amour, le Basque l'a chants libre-
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298
LA MUSIQUE POPULA1RE DBS BASQUES
ment, franchement, sans langueur et sans mievrerie, avec tendresse
et enjouement. Enfin, l'esprit du Basque, surtout en Soule, est
moqueur, ironique, jamais grossier mfime dans une extreme liberty :
de la ces « tchikitos » alternls et ces chansons satiriques, dont la
rausiqae alerte et curieusement rythm£e accompagne exactement
les traits ac£r£s et la grace effrontSe.
J'oserai aller plus loin. Gette musique n'exprime pas seulement
les sentiments et les sensations du Basque, elle a encore une
myst£rieuse correspondance avec sa vie physique, son travail, son
jeu ou sa danse. Le rythme musical reproduit le rythme plastique.
Et le po&te ira plus loin encore : il ne pourra entendre quelques-
uns de ces themes, sans voir le Pays Basque lui-m£me, Tenivrante
nature de ce coin de terre que Loti a su si bien peindre dans son
roman de Ramuntcho.
Sans plus tarder, donnons quelques exemples de cet accord
entre la musique et la vie morale et physique du Basque.
Le port gracieux et ferme de ces hommes a la d-marche d£cid6e,
ne le retrouverez-vous pas dans le rythme de cette chanson tout
d£bordant de j eunesse ?
CHORIBTAN BUR UZ AG I
Joyeux.
I^Ba^^ P^ggj^g uLg e r *?+F
Cho- ri-
e- tan bu-ru-za- gi Erre- sinoula khan-ta- ri
mffflr^g ^^^^^^^^ l^^^ ^^
Khan-tatzen di-zu ederki, Goizan ar- gi hasti- a- ri; Oi! harenaire
^HHtrFlT^ ^ HHf^^f P^
e- derrak Cho-ra-turik nai e- zari.
Erresinoula khantari,
Ghori ororen buruzagi.
Hanitchetan behatu niz
Haren botz eztiari,
Jeikirik ene oheti,
Khanberako leihoti.
Gazte niz et'alagera
Bai et'erria goihera ;
Kountent, irous, a lager a,
Deusek ez egiten phena;
Ororekil' adichkide
Estekamenturik gabe.
Traduction. — i. Parmi les oiseaux est superieur — Le rosBignol (comme) chan-
teur : — II chante bellement, — Le matin au point du jour. — Oh ! sa belle voix —
Me plongc dans le charrae.
2. Le rossignol chanteur — Est superieur a tous les oiseaux. — Bien des fois j'ai
ecoute — Sa voix douce, — M'dtant leve du lit, — De la fenetre de ma chambrc.
3. Je suis jeune et joyeux — Et j'ai le rire eclatant; — Content, heurcux, gai, —
Sans la moindre peine, — Ami avec tous, — Sans aucun engagement.
L'exquise humility de ces femmes basques, toujours m^lanco-
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LA MUSIQUE POPULAIRE DES BASQUES
299
liques et r6serv6es, mSme dans leurs Cfttes, ne la retrouvez-vous
pas dans la chanson si touchante de Voiseau dans la cage'?
CHORINOAK KAIOLAN
Unt.
pMMj^ ^
^^S^
Chori-no-ak kaio- Ian Triste- rik du khanUtzen : Di-a-la-rik
han zer han, zer e- dan, zer e- dan, Kanpo- a de- si-rat- zen
Kanpo-a dc- sirat- zen Ze- ren, ze- ren, ze- ren, Li- ber-ta-ti-
f*V-^J ! J^\M
a zonnen e-der den !
Kanpoko choria
So'giok kaiolari :
Ahai balin bahedi,
Hartarik begir'adi
Zeren, zeren,
Liberia tia zonnen ederden!
Barda amets egin dit
Maitia ikhousirik :
Ikhous eta ezin minlza,
Ezta phena handia?
Ala ezina !
Desiratzen nuke hiltzia...
Traduction. — L'ofseau, dans la cage, — Chante tout attriste : — Tandis qu'il y a
de quoi manger, de quoi boire, — 11 desire le dehors, — • Parce que, parce que — La
liberty est si belle.
Oiseau du dehors, — Jette un regard a la cage : — Si cela t'est possible,— Garde-
t'e© bien, — Parce que, parce que, — La liberty est si belle.
Hier au soir j'ai reve — Avoir vu ma bien-aim6e, — La voir et ne pouvoir lui
parler — N'est-ce pas bien grand'peine ? — Ah ! d£sespoir ! — Je desirerais bien mourlr.
Gette foi robuste, qui fait vibrer Feglise sous le chant des tri-
bunes, ne la retrouvez-vous pas tout entifere dans ce trfcs ancien
cantique?
OOURE JAONA
Lento.
Gou-re Jao-na, os- ti- asaintu hontan Gorde- rik gi- zon
ji^-ntTf*
^ ^=r=iftffipg ffpp^
gu-zien hou-netan, Bi- hots umil ba- tez de zagun a- do- ra E-
p^*m r^^^^ ^^ ^p g^gEfgjgj
ta e- gi-az-ki, maitha houra be- ra, mai- tha hou-ra be- ra.
Jesus houna, amorioz bethia, Ziek or ok, ainguru gloriousak,
Zu zirade ororen hazkurria. Gourekechi ematzie eskerrak,
Ah ! betha gitzatzu beneditzionez, Orai eta bethi, Trinitatiari,
Eta bethi lagunt zoure houn guziez. Hainbeste ukhen dugulakoz fabori.
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3oo
LA MUSIQUE POPULAIRE DES BASQUES
Traduction. — Notre-Seignear, dans cette sainte hostie — Cache poor le bien de
tous les hommes, — Adorons arec un cceur humble, — Et aimons veri tablemen t lul
seul.
Bon Jesus, plein d'amour, — Vous fites l'aliment de tous. — Ah ! comblez-nous
de benedictions, — Et nous aidez toujours de vos bienfaits.
Vous tous, Anges glorleux, — Remerciez pour nous, — Maintenant et toujours,
la Trinite, — De ce que nous avons regu tant de faveurs.
Enfin si vous voulez sentir la douce resignation de tout Basque
devant la mort, qu'il subit avec son instinct de fataliste et sa foi de
chr^tien, Icoutez ce doux cantique, oil semble concentrle toute la
po6sie du cimeti&re basque, sem6 de petites croix et de tombes
rondes, plein d'iris et de roses tremikres, tout bourdonnant
d'abeilles :
Moderate.
GIZONA NOUN DUK ZUHURTZIA?
p^ JJ'l r e- r pi r p j ^1 J = 1 1 s fr-z
Gi-zo-na noun duk
Ez-te-la deus- e-
zu-hurt-zi-a? Zer! ez-ta- kik Hu-gunt e-
re bi- zi-a Khe-bat bai- zik !
zak rnundn er- ho- a O-rai da- nik; Ah! ez-tuk hu-rrun he-ri-
p?^mm
o- a Hi-re ga- nik.
Munduko plazer erhoelan
Habilana,
Jinko Jaona hire gogoan
Eztiana,
Ohart emak hil behardela
Eta bertan;
Oren bat segurrik eztela
Mundu hontan.
Aberatsa, hi dihariak
Hai ulautzen,
Mundu hounlak' utchur* izunak
Enganatzen,
Laster hire placer maitiak
Tuk galduren,
Jinkoari hire khountiak
Tuk emanen.
Gaztia, eztuk zeren ari
Khorphitz horren
Manier jarraikitzen bethi,
Bai edertzen.
Herioa gaztelarzunaz
Duk trufatzen,
Gazteriari jatzartziaz
Duk gozatzen.
Tratulant irabaz gosia,
Deusek ere
Mundu hountan ezin asia
Behinere,
Sarri hobia duk ukhenen
Ostatutzat,
Diharu guziak eitziren
Besterentzat.
Laboraria, aoherretan
Hiz nekatzen :
Herioa ouste gabian
Zaik hullantzen;
Ereitzetan egitcko ianak
Tuk hirelzat,
Eta haien frutu ederrak
Primientzat.
Bat elzaio herioari
Ezkapiren,
Zorrozki zaio bakhoitzari
Jarraikiren :
Bilhaturen tu erregiak
Alkhietan,
Hala noula jente chehiak
Etcholetan.
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LA MUSIQUE POPULA1RE DES BASQUES 3d
Traduction. — Homme, oik done est la sagesse? — Quoi ! ne sals-tu pas — Que
la vie n'est rien — Qu'une fumee? — Hais les folies da monde — Des main tenant ; —
Ah ! la mort n'ett pas loin — De toi.
Dans les fols plaisirs du monde — Toi qui vas, — Du Seigneur, qui, dans ton
coeur, aucun compte — Ne tiens, — Souviens-toi qu'il faut mourir, — Et bientot ; —
Que tu n'as pas une seule heure assuree — En ce monde.
Riche, toi les riehesses — Taveuglent, — Les faux charmes de ce monde — Te
trompent; — Bientdt tes chers plaisirs — Tu perdras, — A Dieu tes comptes — Tu
rendras.
Jeune homme, tu te mets en vain — De ce corps — A suiyre les ordres — Et a
1'embeUir; — La mort de la jeunesse — Se moque, — A s'attaquer a elle, se plait.
Negociant aflame de gain, — Que rien — En ce monde n'assouvira — Jamais, —
Tan tot tu auras une tombe "— Pour demeure ; — Tons tes biens tu laisseras — A
d"autres.
Laboureur, en vain — Tu fais des efforts ; — La mort sans y penser — S'appro-
che ; — La peine de somer — A ete pour toi, — Et les l>elles recoltes (seront) — Pour
tes heritiers.
Pas un a la mort — N'echappera; — A chacun acharnee — Elle s'attachera; —
Elle ira trouver les rols — Sur leurs trdnes, — Aussi bien que les petites gens —
Dans leurs chaumleres.
Mais on demande k un musicien, traitant ce sujet, autre chose
que des impressions et des reveries, on exige de lui des notions
precises et techniques. Dans une rapide esquisse nous tenterons
done de marquer les particularity de la musique basque, d6cid6
d'ailleurs k r£duire le plus possible le commentaire pour faire
place aux exemples, grouper et comparer des types, rien ne valant
le document dans un recueil de tradition.
Si nous 6tudions d'abord la chanson basque dans son Evolution
g£n6rale, dans sa formation successive, nousdlcouyrironsplusieurs
plriodes, plusieurs couches, analogues k celles que pr^sente
Thistoire commune de la musique.
La premifere p£riode a sa base dans le plain-chant, dont elle tire
non seulement ses modes, mais aussi ses rythmes, ou pourrait
dire ses neumes. Deux genres de th&mes populaires sont issus du
plain-chant, les uns de rythme libre, les autres asservis k une
mesure isochrone, ces derniers plus modernes, mais tous ayant
gard£ tr&s pure leur modalitl grlgorienne.
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3oa
LA MU8IQUE POPULAIRE DB8 BASQUES
Corame module des premiers, je citerai cette longue m£lop6e
sans paroles que chantent les bergers de la Haute-Soule et oil ils
pr6tendent reconnaitre le vol de la base, Belatsa. Cette version
m'a 6t6 change par un.gar$on de vingt ans, solide gaillard, nomml
Jaur6guy, dit Lako, un jour pluvieux de 14 juillet, en 1889, an
coin de l'atre de Tauberge de Larrau.
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Lent * : gi (battel a la eroche librement).
Pour tout plain-chantiste, Fanalyse de ce fragment r^vfele un gra-
duel avec ses retours habituels et son verse t 61ev£. Nous sommes
sans doute en presence d'un type ancien, empruntl au lutrin du
village, appartenant a quelque liturgie disparue. Ce thfeme, nd sous
un cloltre peut-6tre, je l'ei^tendis encore le lendemain de la bou-
che d'un berger, en plein air cette fois, sur les bauts plateaux
qui regardent le pic d'Orhy. Le soleil avait chass£ la pluie de la
veille, les nuages se r£solvaient dans les valines, et le mont d'Anie
tout argents etincelait dans l'azur transparent. En entendant ce
th&me librement chants, je pressentis Tart admirable qu'£tait le
vrai plain-chant. Depuis, en l'ltudiant a Solesmes, je pus constater
que la naive m£thode du petit berger chantant Belatsa reposait
sur les principes m&mes qui constituent la savante mlthode b6ne-
dictine. Cette version agrandie, magnifide de la liturgie, dont les
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LA MUSIQUE POPULAJRE DES BASQUES
3o3
6chos rlpltaient les thesis du chant aux strophici incommensu-
rables, jamais je ne l'oublierai. Elle a 6t6 pour moi la confirmation
inattendue et originale des prlceptes logiques et natorels de l'ex6-
cation du chant gr£gorien et la condamnation radicale de toutes
les utopies mensuralistes.
II y a d'autres exemples de melodies sorties de la melop£e libre
do plain-chant; j'en donne un extrfcmement bean, la chanson
Aranoa. Le premier vers de la poesie paralt seul contemporain
do th&me, le reste doit gtre toot moderne. Gomrae pour la m£lop£e
de Belatsa, la notation du plain-chant m'a para rendre la m£lodie
plus exactement qu'aucune autre.
ARRANOAK BORTIBTAN
■ ■■
Arrano- ak borli- e- tan gorudabil-tza hegale- tan ; Ni ere le- hen an-
~m-
■ * ■■■
u
de-re-ki ebilten khan-bere-tan; o-rai aldiz, ardura ardu- ra ni-
< ' ■ " S r^r^
garra di- zut be-gi- e- tan.
Pas tent (batttz a la croche, librement) H2 = J^
^^=^m^=m
Arrano- ak bor-tUe- tan goradabil- tza he- ga-le-
tan; Ni e-re le- hen an-dere- ki ebilten khan bere- tan;
O- rai aldiz, ardura ar-du- ra n i -garra di- zat
Hartzen dit hartzen oflzioa Iratiat ulhan benoa ;
Noula beitut bizioa oihanetan khantatzekoa,
Abis hounik emaitez eta egia erraitez banoa.
Ahaire hao zahar umen da; duda gabe, ene adin beita,
Ho on tan nahi dit khantatu eia zouin den gazte perfeita,
Gezur guti erraile beita, umil, eta serious feita.
Arrosatziak eijer lilia : zuhain berak du ilhorria;
Amorio traidoriak berarekila azotia.
Hala dio borogatiak, begira tronpa, ene aorhidiak!
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3o4 LA MUSIQUE POPULAIRE DE8 BASQUES
Aitak diozu alhabari : «r Noun abila, laidogarri?»
Alhabak bertan aitari gezur zounbait, abts hounen sari,
Orai bera dolugarri martir beitateke sarri.
Orai bera doluturik dago, bai bena berantu zaio ;
Herritik joan nahiago, egoitia laido beitzaio;
Hil baledi aldiz orano hobian sarthu nahichago.
Hanbat duzu aflijiturik, libertatia galdarik,
Phena dolorez kargaturik, osagarriz gabeturik,
Horik oro berak erazirik, amorioak traditurik.
Lao ourthetako haor gachoa, leial duk hire amorioa :
Hi tan dezagun bar etsenplu houna, maitfra protsimoa,
Iztinkcriak eilzi, eta zerbutcha zeluko Jinkoa.
Khantore hoien egitian ulhafi nintzan ni boriietan ;
Phasatzen peko oihanian abis hounik emaiten benian,
Deusen ere ezin sinhets eraziz, bankarot egin aiherrian.
Hartz handidat oihan hartan nihaori so jarri zeitan ;
Hortzak chouri, lephoa lodi, begiak gorri beitzutian,
Khantoren egitia eitzirik, arra bankarot egin nian. *
Traduction. — Les aiglet, dans les montagnes, s'elevent bien haut sur leurs
ailes. — Moi aussi, jadis, j'allais en chambre avec les demoiselles; — Malntenant au
contraire sou vent j'ai les larmes aux yeux.
Je prends, oui, un metier en allant patre a Iraty. — Puisque j'ai la manie de chanter
dans les bois, — Je vais donnant de bons conseils et disant des vGrites.
Get air est vieux dit-on ; comme il est sans doute de mon age, — Je veux sur lui
chanter quel est le jeune (homme ou jeune personne) parfait, — Qui est disant peu de
mensonges, modcste, et serieux de caractere.
Le rosier a une jolie fleur : le meme arbuste porte des epines; — L'amour trai-
treusement (porte son) chatiment avec lui. — Ainsi parle celui qui en a fait Pexpe-
rience ; gare vous tromper, mes (Teres !
Le pere dit a la lille : « Ou vas-tu, honteuse? » — La nlle aussitotau pere(repond)
quelques mensonges pour prix de ses bons conseils ; — Malntenant elle est bien a
plaindre, car elle sera bien tot martyre.
A present la voila repentantc, oui, mais il est trop tard. — Elle prefererait quitter
le pays, car de rester elle a honte; — Elle prefererait mourir et descendre dans la
torn be.
Elle est tenement affligee, ayant perdu la llberte, — Chargee de maux et de
peines, la sante perdue, — Tout cela par sa propre faute, l'amour 1 'ayant trompee.
Pauvre enfant de quatre ans, ton amour est bien sincere : — Prenons exemple
sur toi, aimons le prochain, — Laissons l'hypocrisie, et servons le Dieu du ciei.
Lorsque je composais ces chansons, j'etais patre dans la montagne; — Comme
passant par la forfit d'en baa, donnant de bons conseils, — Desesperant de me faire
ecouter, j'avais envie de tout abandonner.
Un grand ours, dans cette foret, se mlt a me regarder; — II avait les dents
blanches, le cou epais, les yeux rouges ; — Je laissai la de faire des chansons, et aban-
donnai tout cette Ibis.
Encore une autre chanson, dont la melodie pr£sente des ailinit6s
^troites avec le chant grlgorien, tant par le modalite que par le
rythme :
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LA MUS1QUE POPULAIRE DES BASQUES
3o5
CHOKI KHANTAZALB KIJKRRA
Avcc libeite.
i^--^^^^=r=?=F& mEg ^s
Chorl khanta- za-le ei- jerra noun o- the hiz khantat-zen? Aspal-
i
fcS ^-fj-tf- Egggg- ^ Ejig g^Si
dian nik ez-
ti-at hi-re bot- zik en- tzu- ten : Ez o- re- nik, ez ar-
pjLr^^^ =m= s==^\i^^^
terik ezti- at e- roai- ten Noun e-hi-tzaitan or hit- zen.
Itchasoan umen duzn
khantazale eijerbat,
Tronpatzen ezpalinbaniz,
zirena deitzen denbat.
Ar'inganerazten tizu
itchason gainti joailiak,
Hala noula ni maitenak.
Itchasoa, eguriok,
phaosa hadi mementbat,
Ene phena ororen berri
eman nahi dereiat.
Bat maithatu, eta dena
kitatu behar diat
Zorthia ountsa kontre diat!
Baratzian eijerrenik
da arrosa lilia :
Haren urrinak duluratzen
ene sendimentia.
Berthuterik ederrena
da fldelitatia :
Houra da ene sinhestia.
Ghori khantazale eijerra
khanta ezak eztiki :
Mundian zorgaitzdunik
eztuk sorthu ni baizi.
Eni adio erran gabe
ihes egin herriti :
Hark ditak nigarra bethi.
Oiseau joli chanteur, — Ou done chantes-tu? — Depuis longtemps je n'ai point en-
tendu ta voix : — Ni heure, ni moment — Je ne passe — Sans me souvenir de toi.
II est dans la mer — Une jolie chanteuse, — Si je ne m'abuse, — Qui s'appellc
pirene ; — EUe trompe — Ceux qui vont par ia mer, — Gomme moi ma bien-aimee.
Attends, Ocean, — Galme-toi un instant; — Toutes mes peines — Je te veux contcr.
— J'en ai aime une, et celle-la meme — Je dois quitter. — Ah ! j'ai le sort bien con-
trol re.
La plus jolie dans le jardin — Est la Qeur de rose ; — Son parfum trouble — Mon
elre. — La plus belle des vertus — Est la lidelite : — Je n'y faillirai pas.
Oiseau, joli chanteur, — Ghante doucemrnt ; — Au monde, de malhcureux, — 11
n'est ne que moi. — Sans me dire adieu, — Tu as quitte le pays. — C'est ce qui me
met toujours la larme a l'oeil.
Com parous cette melodie avec la neume initiate d'un alleluia :
en quoi serait-elle d6plac£e dans un graduel?
Sl ~^v rt r»N<-^H ak4 M =i
a ■
Alle-lu
*M
ia. ij.
-%—ft—g 1
^j=
Nous pourrions multiplier de pareils exemples. Mieux vaut
donner un specimen de melodie, bien carree dans son metre, mais
encore tres pure dans sa modalite ancienne.
20
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3o6
LA MUS1QUE POPULA1RE DES BASQUES
ARGI7.AGI KDBRRA
(DicUecte labourdin)
Note. — Cette chanson est ecrite dans le premier mode gregorien.
Unt, 72 =
Argi za- gi e~ der- pa, ar-gi e- gi-da- zu. : O-rai-no
bi-de lu-ze- an joan behar*> ra nu- zu; Gauhuntan na-hi
^fc^M^
gggq ^g^E
ztift
nu-ke mai-te-a kausi- Ui. Haren bortha- rai-
argi e-
ro=&
gi-da- zu.
Lotara ziradea, lozale pollita?
Lotara ez bazlra so'gin dazu leihora,
Eta egiaz mintza, oi ! izar ederra,
Zur* ama othe denez oraino lotara.
Etcheak eder du, bai, saihetsean labe ;
Zer ala zu ez zauzke goardiarik gabe?
Maitea, m ez nauke egia erran gabe,
Noiztanka holakoak tronpatzen dirare.
Kanpotik aarthu, eta barnera ondoan,
Maitearekin nindagon, oi ! gustu onean ;
Amak, hautemanikan, oi, uste gabean
Gainetik jautsi zaukun kolera handitan.
Zu zinela ez nuen gogoan phasatzen,
Niri heben berean afrontu egiten ;
Jenden erranez ez niz ez orai estonatzen,
Etsenplu dudanean nihaurek ikhusten.
Orai banohako, adios erranik ;
Berriz jiteko ere ez esparantzarik.
Kitatzen ez banuzu arras bihotzetik
Zure ganako bidea hautseko dut nik.
Jendek erraiten dute hal' ezdena frango,
Izar cliarmagarria, zur 1 et' enetako,
Gu ez girela gisan elgarrekitako :
Bi hok akort bagire, nori zer dohako?
Traduction. — i. Belle lune, eclairez-moi ; — J'ai encore un long chemin a parcou-
rir. — Je voudrais cette nult trouver ma belle. — Kclairez-moi jusqu'a sa porte.
2. Dormez-vous, jolie dormeuse? — Si vous ne dorrnez pas, regardez-moi a la fene-
tre, — Etdites-moi t raiment, 6 belle etoile, — Si votre mere dort encore.
3. La maison est embellie, oui, par un four place a cOte : — Quoi done ! ne pouvez-
vous rester sans gardien? — Bien-aimce, moi je ue puis pas dire la verite, — Parfois
lea pareils (gardiens) se trompent.
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LA MUSIQUE POPULAIRE DES BASQUES
3o;
4- Etant rentre do dehors, — J'etais avec ma bien-aimee, oh! bieo content; — La
mere nous ayant entendus, par surprise, — Descendit d'en haul en grande colere.
5. Je n'aurais pas cru que cefut vous — Qui ici vous trouviez pour ma honte; —
Des dires du monde je ne m'etonne plus, — Maintenant que je vois ia chose moi-mdme.
6. Maintenant je m'en vais disant adieu ; — Plus d'espoir de revenir ! — Si vous ne
m'effacez tout a fait de yotre coeur, — Je trouverai bien le moyen d'aller vers vous.
7. Les gens en disent beaucoup, comme ceia n'est pas, — Charmeuse etoile, de vous
et moi; — Que nous ne sommes pas falts Pun pour l'autre. — Si tons deux nous som-
mesd'accord, a qui (cela) importe-t-il?
Nous arrivons a une seconde p£riode ou la m£lodie prend la
carrure m^trique et devient franchement majeure 00 mineure.
Nous y trouvons une slrie de themes profondement originaux,
d£gag£s de toute influence 6trang6re. Nous ne voyons pas a quels
types de la musique artistique pourraient £tre rattachees ces pieces
si spontan£es, si viriles et si tendres a la fois. Le module le plus
parfait est certainement la chanson Gaxtetasunak bainerabila.
OASTBTASUNAK BAINERABILA
frB^PPJzC-fl 1 1 1 J g
^m
J V V
^
Gas- te- ta- sunak bainera- bi-la ai-re-an ainhara be- za-
gM i-S-g g I r \ Eg p|rp-p^g=^
la, Ganak pa- satzen ditut ar- dara e-gunak bali-re be- za- la, Oi!
m*
*=+
^
=8=
S
'4=9=-
arda-ra nabi-la mailia ga-na.
2. Maite nnuzula zuk erraitiaz, ni ez naiz alegeratzen ;
Baizikan ere neure bihotza arras duzu tristetzen,
Oi! zeren ez nauzun kitatzen.
3. Amodiorik badodala ez zeraazia bada iduri?
Itsasoa pasa nezake, zure gatikan igeri.
Oi! zeren zaren hain charmagarri.
4. Charmagarri banaiz ere eznaiteke izan zure,
Nitaz agrada direnik bertzerik munduan beitire;
Oi ! ni ganik urrun zaite.
5. Khantu haukien ontzaliak etzuien eskripularik ;
Kaderan dago jarririk, eta segar alegerarik,
Oi! penarik gabe, bat galdurik.
Traduction. — 1. La jeunesse me transporte comme dans. les airs Phirondelle ; —
Je passe souvent les nuits comme 91 c'etaient des jours; — Oh! je vais souvent vers
ma bien-aimee.
2. Je ne me rejouis pas de ce vous me dites que vous m'aimez; — An contraire,
raon coeur s'attriste profondement, — Oh! de ce que vous ne me quittez point.
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3t>8
LA MUSIQUE POPULA1RE DES BASQUES
3. Ne vous semblc-t-i) done pas que je sois capable de vous aimer?— Je franchirais
pour vous l'ocean a la Dago, — Oh ! tant vous etes plcine de charmes.
4. Fu0s6-je charmante, je ne pourrais Petre pour vous ; — II en est d'autres de par
le monde a qui j'ai plu ; — Oh ! eloignez-vous de moi.
5. L'auteur de cette chanson n'avait pas de souci ; — II se tlent assis sur sa chaise,
trcs heureux assurement, — Et sans peine d'en avoir perdu une.
Voici dans le mfcme genre quelques melodies de caract&re m£-
Lancolique, parentes du Chorinoak Kaiolan cit6 plus haut, et
probablement contemporain. Tout d'abord, cette belle coinplainte
de la Soule dite Alageraz, qui semble avoir conserve un fragment
informe de sa po6sie primitive.
ALAOKRAZ
Lent.
lybgEg^^N^g^^aBIPg^E^^
A- la- ge- raz nik ez-tut khanlu- tzen be-na bai sofri- tzen
V — *-V ■— n-= • J — ' >-— "^ : K
Bai-e-ta ko- mu- ni- ka-lzen Et- sai-a espanta- tzen N«ulaz da-
dan kan- ta-tzen a- la-gera ga- be. A- la- ge-ra ga- be.
Gai anhera abilou'etcherat
Eitz nezak lotarat
Gaiaren igaraitera
Hire plazer handia
Ene iratzartzia
Gaiaren minian.
Traduction. — Je ne chante pas avec joie — Mais je souffre — Et je le montre. —
Mon ennemi s'etonne — Comment je chante — Sans allegresse.
Chauve-souris, va-t'en chez toi ; — Laisse-moi dans le sommeil — Passer la nuit. —
Ton grand plajsir — Est de me reveiller — Au milieu de la nuit * .
Et puis un autre th&me du Labourd cette fois f lui aussi, n'a
gard6 qu'un seul couplet de sa poesie ancienne. II me fut chants
par M. Dorbe, adjoint d'Urrugne, un vieillard aimable, qui repr£-
sentait noblement le vieux Labourdin religieux et moral.
TRI8TB NIZ BIHOTZRTIK
Lentement.
J m^*FTfeT &S&= £& -
Triste niz bi- hotz- e-tik, Badakit zer ga- tik :
Neure fal - tarik
Er*££ ;^l^'^M1 ^ ^^^ :3g[| ^
zyzzL
ba-lin ba-liz, Ez nu- ke phe- na- rik : Bainan ber-tzen fal-taz
1. La version de Sallaberry porte : Hire plazer handia — Lukek iratzarzia — Lo
daguen ihizia : Ton grand plaisir — Serai t de reveiller — Le gibier qui dort.
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LA MUS1QUE POPULAIRB DBS BASQUES
309
££3^ 3 E &^ 3^ tf^-&Trrjtt £ 3&
z^h-l
hai- nitz po-bre niz. Jin- to o- naren es- pe- rantzan gel-di-tu-ren
fep
Traduction. — Je suis triste d« coeur, — Et je sail pourquoi : — SI c'eut ete de ma
faute, — Je n'en aurais nulle peine ; — Mais c'est par la faute das a u Ires que je suis
tres malheureux ; — Je resterai dans l'eapoir du bon Dieu.
II est impossible de fixer les dates a ces chansons. Dans d'autres
pays ou les legendes chanties abondent, ou des faits historiques
ont et6 mis en complainte, la chronologie est relativement facile.
Au Pays Basque, la chanson 16gendaire on he>oique, la complainte
historique est tellement exceptionnelle qu'on peut dire qu'elle ne
compte pas. On lira dans ce meme livre le travail si attachant de
M. de Jaurgain, qui a reconstitue* l'etat civil de plusieurs chan-
sons. Nous en allons citer une, qu'il a £tudiee et dont par lui nous
savons Torigine. La 16gende ne remonte pas au dela du dix-sep-
tienie siecle et, au premier examen, la musique ne paralt pas ant£-
rieure a la l^gende. La carrure m^trique s'y precise, la modality
mineure moderne est caracteris£e. Avec elle nous atteignons une
p6riode nouvelle de la chanson.
GOIZIAN OOIZ1K JAIKI NINDUZUN
Lent.
■j= u^, pirJ i rpel J g j? «tPPfi
Goizian goi-zik jai-ki nin-duzun esposa nintzan goi- zi- an,
Baie-ta e- re zetaz bez-ti-tu iguzkia a- the- rat- zi- an,
^^^^^^r ^ n r r yln ^
Etchek'an-dere handi nin- du-zun e-gu- er-di gaini- an, Alhargun
f^S
r_z*=h l -U— UL
■*-Tr
i«
gaz- te gelditu nintzen iguz-kia sarthu ze- ni- an.
Musde Hirigaray, ene jauna, altcha dautazu buria
Ala dolutu othezuzu enekin esposatzia?
— Ez, ez, etzi zautazu dolutu zurekin esposatzia,
Ez eta ere dolutu ren, bizi nizeno munduian.
Nik banizun maitefiobat grazia ederrez betherik,
Mundu ororen ichilik, eta Jinko jaonari jakinik;
Buket ederbat igorri zautan, lili arraroz eginik,
Lili arraroz eginik, eta barnean phozoaturik.
Zazpi urthez atchiki dizut, senharra hila etchian,
Egunaz arrosa pian, ela gauaz bi bcsoen artian
Zitroin urez berekatuz astian egun batian,
Astian egun batian eta ortzirale goizian.
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3io
LA MUSIQUE POPULAIRE DES BASQUES
Traduction. — Le matin de bonne hcure jc me levai, le jour de mon mariage — Et
jV'Uis habillee de soie au lever du solcil. — Je devins grande dame sur le midi, — Et
demeurai jeune yeuve lonque le soleil se coucha.
Monsieur Hirigaray, mon seigneur, relevez la,tele vers moi : — Vous repentiriez-
YOU3 de nVavoir epousee ? — Non, je n'ai aucun regret de vous avoir epousee, — Et
n'en aural jamais, tant que je vivrai.
Moi j'avafs une bien-aimee, pleine de belles gr&ces, — En cachetie de tous et au su
du Seigneur Dieu ; — Elle m'a envoyc un beau bouquet de fleurs rares, le dedans
empoisonne.
Durant sept ans j'ai tenu a la maison mon mari mort, — Le jour sous le rosier, le
soir entrc mes bras; — En le frottant d'eau de citron une fois par scmaine, — Une
fois par scmaine, le vendredi matin.
Au point de vue de sa forme, ce theme represente une sorte de
petit « air » avec le retour du premier motif apres un motif inter-
medial re. Coupe tres conimuue surtout dans les chansons bas-
navarraises, notamment ce magnifique Argizagi ederra recueilii a
Val Carlos, deja cite, mais ayant conserve, lui, sa modalite
ancienne.
A vrai dire, ces deraiers exemples semblent appartenir a peu
pres a la m&ine epoque, placee entre la fin du seizieme siecle et le
milieu du dix-septieme siecle. Mais la decadence n'est plus loin :
les themes exterieurs, fades, pompeux et conventionnels du dix-
huitieme siecle vont apparaltre meme sur la terre basque. Sous la
forme de chansons martiales naissent de nombreuses reminiscen-
ces de nos marches de gardes francaises ou des sonneries de cors
de chasse, d'oii sont sortis tant de cantiques. En voici un exemple.
ALA BAITA DOLU EQINOARRI
Ala baita do la e-gin- garri
Amo 1
o-tan de-
na,
,s^ U-J-UUi
Bethi phenan baite-ra- matza Gaua e- ta e- gu- na. Ez de-ia ba-
da pe-na e- ne bi-ho- ze- an de- na ? Ni-hork e- zin de- zake
nik sofri-tzen du-
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LA MUSIQUE POPULAIRE DES BASQUES
3ii
Charmagarri zu ere
sanjakorra zare ;
Ene pena eta dolorez
ongi irafatzen zare.
Norbaitek deraizkitzu
beharriak ongi bethe,
Eta, dudarikan gabe, zu
heien erranen sinhesle.
Gaizki mintzatu nahi dena
nork enphatoha lezake ?
Izar charmagarria,
zu bazine neuria,
Zu zintazke bakharrik
neure kontsolagarria.
Zure begi eztia
bihotzean dut sarthuia
Eta amodiozko sokez
ban ongi amarratuia.
Ez zinukeia bada izanen
nitaz pietatia.
Gizon gazle floria,
erraten dautzut egia,
Eztudala hartu nahi
pietatezko bizia
Ez eta ere eman
elizako fedia,
Zeren zuk eman duzun
bertze norbeiti zuria.
Sinhets nezazu, ezin daiteke
biez baizik egin paria.
Traduction. — Qui) est done a plalndre, l'amoureux ! — Car il passe dans la douleur
la nuit et le Jour. — N*est-ce pas grand peine que celle qui est en mon cceur? — Per-
sonne ne pcut comprQndre quelle est la cause de mes soupirs, — Ni ce que je souffre
ne pouvant gagner une que j'aime.
Enchanteresse (amie), vous aussi vous etes inconstantc. — De mes peines ct douleurs
vous vous moquez bien. — Quelqu'un vous a bien comble les oreilles, — Et, sans
doute, vous l'avez cru. — Qui peut empecher quelqu'un de dire du mal?
Etoile cbarmante, si vous Atiez a moi, — Vous seriez, vous seule, ma consolation. —
Votre douz regard a transperce mon cceur, — Et Pa solidcment none des liens de
l'amour. — N'aurez-vous done pas pitie de moi?
Beau jeune homme, je vous dis en verite — Que je ne veux point prendre une vie
de piete, — Ni vous donner non plus une promesse sacree, — Gar vous avez donne
votre foi a une autre. — Croyez-m'en, il n'est possible de faire la paire qu'a deux.
Le temps de la fiere chanson est revolu. Voici, se substituant
aux antiques in£lop£es, des themes doucereux, eertainement pris
a quelques cahiers de romances a la mode. Ne rencontrerons-nous
pas, sous des paroles basques, la romance de Martha et celle de
Sifttais roi?
Voici co mine type de ces chansons du dix-huitieme siecle la
romance Adios ene maitia, empruntee au recueil pr^cieux de
M. Sailaberry.
ADIOS BNE MAITIA
i
^
g
^ mfw^fv^TT]^^ ^
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Adi- os, e-ne mai- ti- a, a- di- o
sekula- ko ! Nik ez-
3C*
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Sfe£
titbes-te phe- narik, maiti- a, zoureta- ko, Zeren eiz- ten zu-
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3 1 2 LA MUSIQUE POPULAIRE DES BASQUES
fc
.efcfcjr \r.a f=fc pp~ ^^ zz l E\Ex£$.
cf^"-
tu-dan bain li- bro bestenta- ko.
Zerlako erraiten duzu, adio sekulako?
Ouste duzia eztudala amorio zouretako?
Zak nahi banaizu enukezu bestentako.
Traduction. — i. Adieu, ma bien-aimec, adieu pour toujours! — Je n'ai d autre
regret, araic, pour vous, — Que de vouslaisser ainsi libre pour les autres.
a. Pourquoi dites-vous adieu pour toujours? — Croyez-vous que je n'aic point
d'amour pour vous? — Si vous voulez dc moi, jc nc serai pas pour d'autres.
Ne nous attardons pas a cette periode de d^clin, et, quittant le
point de vue historique, citons, en les groupant d'apres leur genre,
les plus beaux thenies basques, ceux qui sont restcs dans la m6-
moire des vieux, niais qui, h61as! meurent tous les jours avec eux,
remplaces par la chanson de cafe-concert et les danses banales dc
la fanfare.
II
On peut classer les chansons populaires basques en cinq cate-
gories : i° les cantiques; a les noels; 3° les chansons Agenda ires
morales et rcligieuses; 4° les chansons d'amour; 5° les chansons
satiriques.
*
* *
Les cantiques sont d'epoques differentes : quelques-uns sont
anciens, sans que leur origine soit tres lointaine. C'est que l'usage
de chanter en langue vulgaire a Feglise est presque moderne. Je
ne parle pas, bien entendu, de ces lais champ£tres et complaintes,
que cite Bernard d'Angers et que Ton chantait dans les peleri-
nages et les fStes patronales des les onzieme et douzieme siecles.
Je ne parle que du cantique admis dans les c6re*monics de Feglise
pour Tedification des fideles. Le cantique suivant donnera une
id6e exacte de ces petites pieces religieuses.
IRATZAR HADI BBKHATORIA
Moderate.
^•3^.]^^^E^^if^ll^^i^
l-ratzar hadi be- kha-to- ri-a, O-rai duk, orai, or- di«
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LA MUSIQUK POPULA1RE DES BASQUES
3l3
^r^^jfe^gj ^^ gigfe^iig^^^j^i
a; Go- gomak, gai-cho-a, Kontre duk Jinko- a; Ordu di- a- no e-
:tS*
in
gin it- zak Hare-ki la- ko ba- ki-
Orai heltu duk Gorocbuma,
Egin ezak penitenlzia ;
Kobesa gogotik
Bekhatiak osoki,
Eta gero erresoli
Ez utzulzera jagoiti.
ak.
Arartekari ezagut ezak
Andere Dona Maria,
Aithortzen diala
Min handirekila,
Hanilchetan Jinko Jaona
Hik ofentsatu diala.
Igain hadi mendingana
Kalvario saintiala :
Ikhousircn duk ban
Jesus kliurutcbian,
Odolelan sountsilurik,
Goure salbalzia gatik.
Traduction. — Reveille-toi, pecheur; — Void le temps venu; — Prends garde,
malheureux, — Le cicl est contre toi; — Maintenant que tu lc peux, — Fais avec lui
la paix.
Nous void au Careme; — Fais penitence; -- Confesse de cceur — Et enlierement
tea peches; — Et puis fais lc propos — Dc n'y retomber jamais plus. •
Prends pour av oca tc — Dame sainte Marie; — Que tu avoues, — Avec grande dou-
leur, — Que souvent ie Seigneur Dieu — Tu as offense.
Va sur la montagne — Du saint Calvaire : — La tu verras — Jesus 6ur la Croix, —
Couvert de sang — Pour notre salut.
Quant aux noels, si nombr.eux et si charmants dans d'autres
regions de la France, Bretagne, Limousin, Provence, ils ne pre-
sentent pas un grand intenH au Pays Basque. Beaucoup ne sont
que des adaptations ou transformations de themes connus et ceux
qui ont la marque basque ne sont pas tres anciens. Nous avons la
preuve de l'importance de la plupart de ces noels dans l'emploi du
refrain, forme absolument inconnue dans la literature populaire
basque. Toutes les poesies basques, anciennes ou dues a des
improvisateurs modernes, sont en strophes sans refrain. Quelque-
fois, dans le d^sir de faire participer tous les fideles au chant des
cantiques, de bons cur6s ont ajoute" des refrains a des melodies
anciennes, mais le proc6de est sans malice et il est toujours facile
de r6tablir le texte primitif.
Yoici deux noels basques :
KUANTA BBZA
bi- to-ri- a bozta- ri- oz mundi- ak.
handi- ak. Gaitza zen ha-
Khanta beza
Phorro- katu du bu-ri- a beren suge
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3l4 LA MUS1QUE POPULAIRE DES BASQUES
ren aidi-a, bena goilhu Mesi-ak; I-khara-zi i-ferni-a Sal-ba- za-le
sortki- ak.
Ulhunpeko zekuriak;
goza goza argia;
Hilzemanik zen Mesiak
ekharri du bakia;
Asmcziak bethe dira,
agertu da egia :
Gaiaz ekhiak argitu
Betlemen barrukiu.
Bazakian Jinko Jaonak
go a re behar handia,
Noula gu ezkintakian
gour* indarrez balia :
Halaz, arren, bethi danik
haitatu du Semia,
Sorthuren zena lurrian,
bekhatoren bermia.
Adam goure lehen aita
Satanek inganatu :
Egin zian bekhatia
berak czin bardintu.
Laor mil'ourlhez etzen ihour
pharadusian sarthu :
Azkenekoz Jesus haorrak
hanko borthak zabaltu.
Haor handibat da jaiotu,
alagera gitian.
Har'k eztu bere bardinik
zelian ez lurrian.
Agertu balitzeiku
Jinkoren urhalsian
NouP etzaikeion eginen
batzarre houn lurrian.
Elaz! goure Jinko Jaona.
establia bate tan
Behar zinena jaiotu,
animalen artion?
Guk merechi guniana
hola khuputs zentian?
Ala gizona belzaizu
hanitch kbosta lurrian.
Mundian zen jaoregirik
haituz ederrenian
Zinalialarik sorthu,
printze kalitatian;
Borda tcharbat irekirik
haitatu'zu lurrian,
Kargaturik goure zorrez,
sorthu aberen artian.
Zelian zunialarik
hanitch khorte egile,
Aingururik ederrenak
dira berak jakile,
Guk merechi gabetarik
gison egin zirade ;
Ginelarik bekhatore
hartu zoure aorhide.
Gour' arima pheretchatu
duzu gaiza bekhana :
Gora zian prezioa
hala noula erostuna.
Hao da hao amorioa,
nour eleite eslona,
Jinkoa du haor' erazi
salba lezan gizona.
Zelietan ainguriak
urgulliak utsutu
Zeren nahi izan diren
Jinkoa uduritu;
Mundu hountan dabilana
nahi bad a salbatu
Haien hulsari soginik
behar d'umiliatu.
Photeria da Aitari
bcthireko bizian ;
Semiari zuhurtzia
heben eta zelian ;
Ezpiritia biekin
bat da Trinitatian ;
Phitz dezala bere suia
guzien bihotzian.
Traduction. — Qu'il chante victoire avec allegresse, le raonde : — Lc grand Serpent
a triple tote s'est brise la tete: — Sa fureur etail grande, mais le Messie Ta vuincu.
— L'enfer a tremble a la naissance du Sauvcur.
Slecles de tenebres, goutez main ten ant la lumiere; — Le Messie promis a portela
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LA MUSIQUE POPULAIHE DES BASQUES
3l5
paix ; — Les propheties se sont accomplies, la verite a paru ; — La source de lumiere
a cclaire 1'etable de Bethleeiu.
Le Seigneur Dieu connaissait notre grande misere, — Et comment de no us-m ernes
nous etions impuissants : — Aussi avait-il choisi de iouie eteniite le Fils, — '■ Qui, sur
terre, devait naitre pour sauver les pecheurs.
Adam notre premier pere par Satan fut trompe; — II ne put reparcr la faute qu'il
avait commise. — Durant quatre mi lie ans, personne n'etait entre en Paradis : —
Enfin, 1 'Enfant Jesus en ouvrit la porte.
Un grand Enfant nous est ne, rejouissons-nous : — 11 n'a pas son pareil au clel ni
sur la terre. — S'il fut venu avec la inajeste d'un roi, — Qui ne lui cut fait bon accueil
sur terre?
Ah ! Notre-Seigneur Dieu ! dans une etable — Deviez-vous naitre, au milieu des
animaux?— Meritions-nous que vous vous iissiez si humble? — C'est que l'hommc
rous est bien cher en ce monde ! .
Dans le palaisle plus beau du monde, — Vous eussiez pu naitre, 6tant roi; — Vous
avez choisi une miserable etable sur cette terre, — Et, vous ohargeaut de nos dettes,
6tes ne au milieu d'animaux.
Tandis qu'au ciel vous aviez tres belle suite, — Les plus beaux anges pour vous
faire cour, — Sans que nous eussions aucun merite, vous vous etea fait homme, —
Et, bien que nous fussions pecheurs, vous avez fait de nous des freres.
Vous avez estime notre Ame chose rare; — Elle avait un grand prix, et bien grand
etait l'acquereur. — Quel est done cet amour (qui n'en serai t surpris ?) — Qui a fait
de Dieu un enfant pour qu'il put sauver Thomme?
Dans le ciel, l'orgueil aveugla les anges, — Qui voulurent s'egaler a Dieu; — Celui
qui va de par le monde, s'il veut se sauver, — Voyant leur faute, doit &'hu'mllier.
Gloire au Pere, l'eternlte; — Sagesse au Fils, au ciel et sur la terre; — Que le Saint-
Esprit, uu avec eux dans la Trinlte, — Embrase de ses feux les coeurs de tous.
JAON IIANDIAK
ZJmLTZ&i
5^r^
=tt^n
e££EJ
Jaon han-di-ak ikhousa- zi- e Jin- ko bat e-gun ni-ga- rrez; E-
fr p ^ jj j J4 ^^gE { - ^L^^ ^ gT"PTgs
Ororen buruzagi dugu :
Ainguriak, erregiak
Bai eta diren guziak
Beraren peko dutu.
(berr)
Debriaren pian beikinen,
Karitatiak goithurik,
Jin da, khupusten zelarik,
Libratzera guzien. (berr}
Gibeltzen deiku ifernia.
Minak gutu deslorbatzen ;
Halaber gutu sendotzen
Den senthagallu hounak. (berr)
Sal baza le haor goure minaz
Nahi izan da kargatu?
Hountarzuna da gerthalu
Garbaitzen justiziaz. (berr)
Nokugabe, gaichtoentako
Guzia sakriiikalzen;
Eta barrukian sortzen,
Gizounen salbatzeko. (berr)
Barrukian da hedaturik :
Jinkoak zer khuna dian !
Gu umil izan hitian
Haor hola ikhou9irik. (berr)
Traduction. — Grands seigneurs, voyez — Un Dieu en pleurs, — Et, eflrayes de cela,
- Tremblez. (bis)
11 est le m aitre de tous : — Anges, rois, — Et tout cequi existe, — Lui sont soumis.
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*»fi LA MUSIQCE POPULAIRE DBS BASQUES
ns au pouvoir du demon : — Vaincu par l'amour, — 11 est vcnu, s'humi-
>us sauvcr tous.
Slivre de Penfer, — Le mal nous presse ; — Mais il nous guerit, — Lul qui
line remede.
ur a voulu — Sc charger de notre mal ; — La bonte s'est trouvee — Vain-
justice.
1 pour le coupable — Se sacriiie tout entier; — II nait dans unc etable —
r les hommes.
itendu dans 1'etable. — Ah ! quel berceau Dieu s'cst donne ! — Pour nous,
ables, — L'ayant vu ainsi.
es chansons legendaires et morales nous entrons au cceur
idition. Je l'ai deja dit, le Pays Basque possede peu de
chanties. Peut-Stre les a-t-il oubliees. Mais nous pensons
le ce petit peuple, replie sur lui-m6me, ayant de tres rares
avec ses voisins, tres particulariste, n'a pas trouve* dans
)ire ces sujets de chants Ipiques. Des Ipoques he>o*iques
is reste rien, le chant d'Altabiscar celebrant la defaite de
5tant tout moderne. Les Labourdins du bord de la mer,
is marins qui parcoururent le monde, auraient pu avoir
its sur leurs lointaines conqu&tes. Mais la tradition est
Seule, cette informe chanson, dont nous ne publierons
)esie, semble faire allusion a leurs courses aventureuses.
Jeiki, jeiki etchenkoak, argia da zabala :
Itchasotik mintzatzen da zilharrezko trounpeta,
Bai eta're aranatzen Olandresen ibarra.
on. — Dcbout, debout, gens de la maison ! il fait grand jour : — Du cdte de
>nne la trompette d'argent, — Et aussi se remue la rive des Hollandais.
les tres rares l£gendes chantees que nous avons pu
r, figurent la chanson Errege Jan, qui n'est autre que la
basque de la ceiebre chanson francaise de Jean Renaud,
on dite de Tardets, magistralement commented par M. de
1, et la curieuse et informe l£gende Anderia gorarik,
che sous une chanson d'amour, sorte de s£r£nade, le drame
d'un CEdipe basque. Voici ces chansons capitales :
KRREGB JAN
Pas lent 112 = J^
^E^g^ ^yigigiiiiii gii^i
Er-re-ge Jan, za- o- ri- tu-rik : Jin i zan daar-ma-de-ta-
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LA MUSIQUE POPULAIRE DBS BASQUES
Si?
Am* an-de- pi- a ba - ra- tu
t^ j ^M
la- ge- ra- rik.
« Errege Jan, kontsola zite,
Korajereki sar zite :
Zur'emaztiak errege tchipibat
Barda sorthu ukhen dizu. »
— • « Bz ene emaztia gatik,
Ez errege tehipibat gatik,
Ni enaiteke kontsola :
Haiek biek jakin gabe,
Ama, hiltzeko ohebat. »
— « Am'anderia, zer die mithil hoick,
Hainbeste nigar marrasketan? »
— « Ene alhaba, ezin begira,
Galdu dine zaldi gris bat. »
— « Am'anderia zer die neskato hoiek,
Hainbeste nigar marrasketan?
— « Ene alhaba, ezin begira,
Haotse dine urn' ountzibat. »
— a Ez zaldi gris baten gatik,
Ez urn* ountzi baten gatik,
Ez othoi egin nigarrik :
Errege Janek ekharriko dizu
Urhe eta zilhar armadetarik. »
— « Ene ama, othoi, errazu,
Khantu hoiek zer diren hain gora. »
— a Ene alhaba, denser ik ez,
Prosesionia dun joaiten. »
— « Am' anderia, zer zaia behar dut jaontsi,
Ohe hontarik jalkhiteko? »
— a Ene alhaba, chouria, gorria,
Ederrena duken bellza. »
— « Am'anderia, zer du lur saintu hounek,
Hain gora dagoenian ? »
— « Ene alhaba, ezin begira,
Errege Jan dun ehortzirik ! »
— « Am'anderia, oritzu giltz hoiek,
Urhe eta zilharren hoiek,
Eta errege tchipitto hori
Artha handieki eraik. »
— «c Lur saintia, erdir'adi,
Ni barnen sar ahal nadin!...
Lur saintia erdiratu,
Eta nik errege Jan besarkatu!
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3i8
LA MUSIQUE POPULAIRE DES BASQUES
a Lur gaintia, zerr'adi,
Ni barnen bara ahal nadin!...
Lur saintia da zerratu,
Ni errege Janeki baratu. »
Traduction. — Le roi Jean, blesse, — Est revenu des armees ; — Dame (sa) mere lui
est restee — A la maison, joyeuse.
Roi Jean, consolez-vous, — Rentrez avec courage; — Votre femme d'un petit roi —
Hier au soir est accouchee.
Ni pour ma femme, — Ni pour un petit roi, — Moi je ne sauraia me consoler. —
Sans que cea deux le sachent, — Mere, (donnez-moi) un lit pour mourir.
Dame (ma) mere, qu'ont ces domestiques, — Avec tant de pleura et de gemisse-
ments? — Ma fille, impossible (de le) dissimuler, — lis ont perdu un cheval gris.
Dame (ma) mere) qu'ont ces servantes, — Avec tant de pleurs etde gemisaements?
— Ma fille, impossible (de le) dissimuler, — Elles ont brise un plat d'argent.
Ni pour un cheval gris, — Ni pour un plat d'argent, — De grace, ne pleurez pas : —
Le roi Jean apportera — Des armees de Tor et de l'argent.
Ma mere, dites-(moi) — Ge que sont ces chants si elevee. — Ma fille, rien du tout :
— C'est la procession qui defile. '
Dame fma) mere, quelle robe dois-je mettre — Pour sortir de ce lit? — Ma title,
blanche, rouge, — La plus belle sera la noire.
Dame (ma) mere, qu'a cette terre sainte — Pour fttre si eleves ? — Ma fille, impos-
sible (de le) dissimuler, — C'est le roi Jean qui (y) est enseveli.
Dame (ma) mere, prenez ces clefs, — Gelles de Tor et de l'argent, — Et ce petit roi
— Avec grand aoln elevez.
Terre sainte, entr'ouvre-toi, — Afin que je puisse entrer dans tes profondeurs. — La
terre sainte s'est ouverte, — Et moi j'al embrasse le roi Jean!
Terre sainte, referme-toi, — Que je puisse demeurer dans tes profondeurs. — La
terre sainte s'est refermee, — Moi je suis restee avec le roi Jean!
ATHARRATZB JAORBOIAN
^^jf-r- ^ ^Tj j~1TT^E5HT' J ^
At-ha - rra-tze jao- re- gi- an, bi zi-trou do-ra- tu : Hon-gri-
$S
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a- ko er-re-gek ba- tto du gal-tha- to. A-rra-pos-tu ukheo- du esti-
TTt \ J. j i 1 Jg g
re- la houn- tu. Houh-
di-re- nian ba- tto ukhe-nen - du.
Atharratzen den hiria, hiri ordoki :
Hour handibat badizu aide bateti,
Erregeren bidia erd' erditi,
Maria Maidalena beste aldeti.
— a Aita saldu naizu idibat bezala ;
Ama bizi ukhen banu zu bezala,
Ez nunduzun ez, joanen Ongrian be h era
Bena bai ezkounturen Atbarratze Salala.
« Ahizpa, Joan zite portaliala,
Ingoiti horra dnzu Ongriako erregia ;
Erran ezozu, olhoi, ni eri nizala,
Zazpi ourtlie hontan ohian nizala. »
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LA MUS1QUE POPULAlRE DE8 BASQUES 3lQ
— « Ahizpa, ez nukezu, ex, sinhetsia,
Zazpi ourthe hontan ohjan zirela,
Ez eta ere nan eri gaitz zirela.
Bera nahi dukezu jin zu ziren lekhila.
« Ahizpa, jaonts ezazu arropa berdia,
Nik ere jaontsiren dit ene chouria.
Ingoili horra duzu Ongriako erregia :
> Botzik kita ezaza zoure aitaren etchia. »
— « Aita, zu izan zira ene saltzaie ;
Anaie gehiena dihariren harzale,
Anaie artekoa zamariz igaraile
Anaie tchipiena ene lagnntzale.
a Aita, joanen gira oro algarreki;
Hounat jinen zira biholzmin handireki,
Bikotza kargatnrik, begiak boustirik,
Eta zour' alhaba hobian ehortzirfk.
« Ahizpa, zoaz'orai salako leihora,
Ipharra ala hegoa denez jakitera :
Ipharra balinbada goraintzi Salari,
Ene khorpitzaren bilha jin dadila sarri. »
Atharratzeko zeniak berak arrapikatzen ;
Hanko jente gazteriak belzez bestitzen.
Andere santa Klara hantik pharlizen.
Haren zaldia urhez da zelatzen.
Traduction. — Dans le chateau de Tardets, il est deux citrons dores : — Le roi de
Hongrie en a demande un : — II a recu reponsc qu'ils n'etafent pas mors ; — Quand
ils le seroot il en aura un.
La ville de Tardets est en plaine; — Elle a une grande eau d'un ©6te> — La route
royale au beau milieu, — (La colline de) la Madeleine, de l'autre c6te.
Pere, vou9 m'avez vendue comme un bceuf ; — Si raa mere eut ete en vie, com me
vous, — Je n'aurais point ete au fond de la Hongrie ; — Mais je me serais niariee (a vec)
La Salle de Tardets.
Ma sceur, ailez au portail ; — Sans doutele roi de Hongrie arrive deja. — Dites-lui,
je vous prie, que je suis malade, — Au lit depuis voila sept ans.
Ma soeur, on ne croira pas — Que depuis sept ans vous eles alitee, — Et que vous
etes si malade. — Lui-meme voudra venir a l'endroit ou vous 6tes.
Ma soeur, revelez-vous de votre robe verte; — Moi aussi je revetiral ma blanche. —
Sans doute le roi de Hongrie arrive deja. — Quittez heureu* e la maison de votre
pere.
Pere, c'eat vous qui m'avez vendue : — Mon frere atne a pris Targent ; — Le cadet
m T a aidee a monter a cheval, — Et le plus jeune m'a accompagnee.
Pere, nous irons ensemble ; — Vous reviendrez ici avec grande douleur, — Le cceur
accable, les yeux en larmes, — Et votre fille sera mise au tombeau.
Soeur, allez maintenant a la fenetre du salon, — Voyez si le vent du Nord souffle
ou celul du Sud. — Si c'est le vent du Nord, faites savoir a La Salle — • Qu'il vienne
tantdt chercher mon corps.
Les cloches de Tardets sonnent toutes seules : — La jeunesse de l'endroit s'habille
de noir, — Parce que demoiselle sainte Claire s'en va; — Le cheval qu'clle monte a
une selle d'or.
ANDBRIA GORARIK
-4-»~
Ande- ri-a gora-rik zaude iei-ho- an Zure sen ha- rra behera
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^.4
320 LA MUSIQUE POPULA1RE DES BASQUES
;„* ^mw^^%^:E§e£ M=I^M^
I
da-go Frantzi- an Ilu-ra handik jin daite- ken arti- an, Es-ku- ta-ri
=U-^tst:
ni har ne- za-zu •t-chi- an.
Ene senharra behera deia Frantzian?
Hura hantik jin daiteken arti an,
Beskotari nibaar aski niz etchian,
Hauzoak hurbil ulzi deraazkitan juaitian.
Izan niz E span i an eta Frantzian,
Bai eta ere Anglaterra orotan ;
And ere ederrik ikhusi dizit heietan;
Zure parerik ez zen ene begietan.
Muthil^gaztia, ederki zira mintzatu,
Zure ganako o statu gure etchian baduzu ;
Ohia churi, ganbarak garbi diaudetzu ;
Ni ere aldian hurbil izanen nuzu.
Zure senharra ni baino gizon hobia ;
Zazpi urthez harek eman deraut ogia ;
Zortzi garrenian Frantziarako bidia,
Eta harek in bere peko zaldia.
Uri haizia, ura duienian uherlo
Andretto hok girare guziak parlero;
Hitzno hori juan zerautazu iachero.
Ene senharra zutan truka ezniro.
Anderia hirain zautzu denbora
Eskeintu tuzu ohia eta ganbara
Eta haiekin zure gorkhutz propia.
Ezteia bada, errazu, hori egia?
Beskotari bilho urdin falsuia,
Hi othe hiz ene lehen semia ?
Altchazadak eskerreko begia,
Ene semiak han dik sor seinalia.
Traduction. — i. Madame, qui files haut placee a la fenetre, — Voire mari est au
fond de France. — En attendant son retour, — Prenez-moi chez vous comme serviteur.
a. Mon mari est-il au fond de la France? — En attendant qu'il en revienne, — Je me
suffls chez moi; — 11 me laissa en partant de proches voisins.
3. J'ai couru la France et l'Espagne, — Et aussi toute l'Angleterre; — J'y ai vu de
belles dames, — Mais pas une qui put vous etre comparee.
4- Cest bien parle, mon ami ; — II y a pour vous bon gtte ceans ; — Un lit blanc,
une chambre propre, — Et je ne serai pas loin dela.
5. Votre mari est meilleur homme que moi. — Pendant sept ans il m'a donne du
pain, — La huitieme, il m'a facility le c he 111 in de France, — Et donne le cheval qu'il
montait.
0, Quand l'eau ondulc sous le vent, e'est signc de pluie. — Nous femmes nous
sommes toutes quelque peu bavardes; — Je vous ai fait un aveu un peu a lalcgere. —
Je n'echangerais certes pas mon mari pour vous.
7. Madame, le temps vous parait long : — Vousm'avez offert bon gite, bon lit, — Et
aveccela votre propre corps. — N'est-ce pas vrai, dites-moi?
8. lkuyer a la chevelure fauve, — N'es-tu point mon premier-nc? — Leve-moi ton
ceil gauche; — Cost la que mon ills a son signe de naissancc.
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LA MUSIQUE POPULAIRE DBS BASQUES
321
Gette derni&re llgende se chante egalement sur an autre air ;
nous l'avons entendue sous cetie nouvelle forme a Saint-Esteben
prfes de Hasparren, pendant nne veillSe oil Ton 6cossait le mais.
Un Basque me Fa change en 6grenant ses £pis sur une vieille
6p6e rouillle. Gette version est incontestablement plus belle que
celle cit£e plus haut, mais elle paralt avoir 6t£ adapted apres
coup a la chanson.
1 *» 1 3 ~rr ^h i i j " 3 • i o -**y P> 0. - J^ i » i f !
Ande- ri-
a go- ra- rik zau-de lei-ho- an;zu-
j^U'JJj'Ljj' JjU JJ-slrr l r r a s
sen-ha-rra bc-he-ra
da- go Frantzi- an : Hu- ra handik jin daite-
ken ar-ti- an, Es-ku- ta-ri ni hap ne- za-zu et-chi- an.
Quant aux chansons religieuses et morales, elles seront repre-
sentees par deux exemples int£ressants : une chanson sur les
comtnandements de Dieu, recueillie a Urrugne (la po£sie en est
moderne), et une chanson morale recueillie a Hasparren, et dont
les paroles ont 6t6 certainement adapt6es a un theme parent des
marches de regiment des dix-septifeme et dix-huitieme si&cles :
HUN A BKRTSU BERRIAK
Ha-na bertsu be- rri - ak nik o-rai para
Ha-mar
^LJU-^-g-
'
3tZ
manamenduak nola goarda- tu : Lehen e-ia bizi- ko-a Jioko-a maitha-
tu, Lagan protsi-moa' re bethi es-tinia- tu.
Bigarren mandamendoa juramendu guii,
Mihiari nahi duena ez erratera utzi.
Egiteko hortan ezda liferentzia tiipi :
Zerurat igaran edo ifernorat jautsi.
Mezabat osoa entzun igande egunean
Obligatuak gerare hirurgarrenean ;
Obra hon hainitz dezagun egin azkenean,
Loria goza dezagun eternitatean.
ai
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• -acr^
3m la musique populaire des basques
Laugcrren mandamendua bere burhasoak
Egin ahalaz laguntzen ez dulien gaehoak.
Handiak izan dira hekien trabajuak
Halarik ere ezbaitira ongi pagatuak.
Borlzgarren manamendua nihor ez hilzea
Baita gauza lazgarria den heriotzea.
Aski da Jesus Jaunari arraparatzea
Gure gatik hartu duen harek gurutzea.
Garbitarzuna goardatu sei garren hortan,
Obraz, phentsamenduz eta solaz lizunetan.
Zer khonda garratzak mandamendu horrek derauzkan!
Tentazione gaichlo frango bada mundu huntan.
Zazpigarrenak dakharke, deusik ez ebalsi
Nor berearekin eden, bai bertzena utzi.
Debruak erakasten da egiteko gaizki :
Hatzemaiteko sareak hedaturik dauzki.
Zortzi garren manaan ban egin behar duga :
Jakilegoa izunik nihori ez altchatu.
Jakilegoa izunetan goratzen badugu,
Egun batez khondu garratza bebarko dugu.
Bederatzigarrenean ezdago bertzerik
Ezdezagun nahi bertzen senhar emazterik.
Sekulan ez har hekien odolean pharlerik
Arima gaichoak izan ezdezan kalterik.
Gure Jinkoak emanik hamar manamendu,
Horien begiratzeaz har dezagun khondu;
Obra hon egiteaz ez beidurrik hartu;
Maria sainduak gu lagunturen gaitu.
Mila zortzi ehun eta berrogoita hameka
Jesus Kristoren urtheak nonbeit hor dabiltza,
Manamendu horietan chuohen badabiltza
Salbaturen ginela eman zuen hitza.
Esteban dut izena, deitura Llanda.
Khantu horik eman ditut gogoan eta
Salbamenduaren ontzeko segida horida.
Ezdakitenik balinbada jakitea honda.
Traduction. — i. Voici de nouveaux vers que j'ai composes, — Comment U fautgar-
der les dix commandements ; — Le premier et plus important de tous, aimer Dieu, —
Et estimer toujours le prochain.
2. Le deuxieme commande de jurer peu, — De ne point laisser dire a la langue cc
qu'cile veut. — Gette affaire n'e&t pas de mini me importance : — Monter au ciei ou
descend re en cnfer.
3. Une messc entiere entendre le jour du dimanche — Nous est commande par le
troisieme. -En un mot faisons de bonnes ceuvres, — Pour jouir de la gloire dans
Peternite.
4. Le quatrieme commande nos parents — Secourir de tout notre pouvolr dans leurs
besoins. — Leurs traverses ont eta grandes, — Et malgre ccla ils n'en seront pas bien
payes.
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LA MUSIQUE POPULAIRE DES BASQUES
3a3
5. Le cinquieme est de ne tuer personne, — Gar c'est une terrible chose que la mort.
— II s u fflt de regarder le Seigneur Jesus — Qui porte pour nous la croix.
6. Lc sixieme de garder la chastcte, — (D'evitcr) les eeuvres, pensecs et discours
deshonnetes. — Quelle sanction severe renfermc ce commandcmcnt ! - II y i beau-
coup de mauvaises tentations en ce monde.
7. Le septieme ordonne de ne rien voler, — De se contcnter du sicn, de laisser le
bien d'autrui. — Le dlable nous inspire les mauvaises affaires — Et nous tend des
pieges pour nous prendre.
8. Le huitieme nous defend, — De rendre faux temoignage pour qui que ce solt. —
Si nous temoignons faussement, — Un jour nous devrons en rendre un compte
severe.
9. Le neuvieme ne dit autre — Que ne point desircr mari ou femme d'autrui. —
Jamais n'ayons part dans leur chair, — Pour que notre flme n'eprouve point de
dommage.
10. Notre Dieu nous ayant donne ses dix commandements, — Attachons-nous a les
observer. — Ne craignoos point de faire de bonnes oeuvres ; — La tres sainte Vierge
nous aidera.
11. Les mil-huit-cent cinquante et une — Annees du Christ sont accomplice, ou a
peu pres, — Depuis qu'il promit de nous sauver, — Si nous marchioos droit suivant
ses commandements.
la. Mon prenom est Etienne, Llande mon nom ; — Voila les vers que m'a dictes
mon inspiration. — Telle est la regie de bien vivre. — SMI en est qui ne la sache pas,
11 lui sera bon de l'apprendre.
ASKO JBXDBK BZ DUTB USTE
Martial.
Asko jen- dek ez date as- te Ze-ra-an ba- de-la
loria-
w^
m^-^h^^ ^^^
rik : Jaon Jin- koaz orhoitu ga-be Be-thi be- khata-an bi-
zo-gun miseri- kordi-a be- tlii mise- ri- kor- di-
fjEgE£g£££5Eg^
a be- thi
3=
Hil c- ta juan git- zan bere- kin.
Azken jujamenduan,
Jauna jiten denean,
Ethorriko da aire eztt batean
Hedoi baten gainean : (bis)
Daunatuen urrikia
Zoinen handi den orduan !
Bere faltaz ifernuan !
Traduction. — Bien des personnes ne croient pas — Que dans le ciel il y a de la
gloire : — Sans se soucier du Seigneur Dieu — Elles vivent toujours dans lo peche. —
Pour nous demandons-lai — Toujours misericordc, — Ailn qu'apres la mort, il nous
mene avec lui.
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3a4
LA MUSIQUB POPULAIRE DBS BASQUES
Au dernier jugement, — Quand Dieu viendra, — 11 am vera avec an air doux, —
(Porte) sur un nuage : — Ah! quo la douleurdes damnes — Sera grande alorsl — Par
leur fautc (lis seront) en enter.
Dans l'abondant recueil des chansons d'amour, nous choisirons
trois pieces d'un grand caractere.
La premiere : Salbatore gora da, est fort ancienne et tres musi-
cale.
SALBATORB GORA DA
Modirt.
fu-^ V jr^-^rH^r i r *t&*Em
zfcr
Sal- ba- to- re go- ra da Ga- ra- zi al- di- an : Ni-
f^g-g^m i y j r/ 1 1 C -g * gE ^-J4^^ =
e- re han nun-du- znn i
ga-ran as- ti- an, De-
bo-zi- o- ne
gabe sen-tho-ra- li- an, E-ne gazte la- gu- nak han bei- tzira-di-
i
Bortietan artzain, eta ez jaisten ardlrik,
Oantsa jan, edan, eta egin lo zabalik,
Mandian ez ahalda ni bezan irousik.
Enuke aegtur nahi bizitze hoberik.
Izarbat jeikiten da goizerri aldeti,
Argi eder batetan, lenhuru bateki,
Erien sendotzeko photeriareki ;
Hounki jin egin diat nik hari segurki.
Izar houra jiten da boztarioreki,
Zelialat eroanen naiala bereki ;
Hitzaman diriozut nik hari segurki,
Haren zerbutchari nizatila bethi.
Amorio zabarra behar hait kitatu,
Haniteh phena dereitak hik eni kaosatu.
Maite berribat zitak ezpiritian sarthu
Hari behar deroat bihotza libratn.
— Amorio zaharrak zutia jenatzen,
Berribaten jitiak haniteh agradatzen?
Zu ere gaztettorik hasi zinen maithatzen
Hoberik duzunian orai naizu kitatzen.
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LA MU8IQUE POPULA1RE DES BASQUES
3a5
Zounbat aldiz nik eztut egin nigarrez uthurri,
Zu zinadiala kaosa amak eraginik,
Arrazou ere baziala sobera badakit,
Zeren zutzaz benintzan charmaturik bethi.
Kitatzeko sajeta othe zer ahalden
Ahal bezain etsatoki ari nqzu phentsatzen.
Ene buria deuselzaz ere eztit akusatzen
Inozent nuzu; eta Joan zile arren.
Traduction. — Saint-Sauveur est bien eleve du cdte de Gize ; — Moi anssi j'etais la-
bas la semaino passee, — En pelerinage sans devotion — Parce que mes camarades
s^y trouvaient.
Je suit berger sur les montagnes, et je ne trais point de brebis ; — Bien manger et
boire, faire de bons sommes : — II n'est sans doute pas au monde d'aussi beureux que
mot, — Je ne sonbaiterais certes pas d'autre existence.
Une etoile se leve du cote de l'Orient — Avec une clarte et un brillant, — Et le
pouvoir de guerir les malades; — Je loi ai certainement souhaite la bienvenue.
Gette etoile vient avec joie ; — Sans doute elle m'eraportera avec clle au ciel. — Je
lui at fermement promts, — Que je serai toujours son servlteur.
Amour d'antan, je dois te quitter : — Tu m'as cause bien des peines. — Une nou-
velle amie est entree dans mon esprit ; — Je dois lui livrer mon coeur.
— Ab 1 votre amour premiere vous pese, — Et vous fttes cbarme de la venue d'ane
nouvelle? — Vous aussi bien jeune avies commence a aimer, — Et quand vous avez
mieux vous me quittez.
Que de fois n'ai-je pas verse des flots de larmes, — Que me provoquait ma mere, a
cause de vous ! — Je ne sals que trop qu'elle avait raison, — Gar de vous j'etals tou-
jours cbarme.
Ge que peut bien fitre votre sujet de me quitter, — Je cherche aussi soigneusement
que possible. — Je ne vols rien dont je puisse m'accuser : — Je suis innocente. Eb
bien ! partez done, puisque vous ne voulez plus de moi.
La seconde, Kalla Kantuz, est encore populaire. On rencontre
ce th&me avec les poesies les plus diverges. J'en donne deux ver-
sions : Tune tr&s connue, l'autre qui m'a 6X6 change avec une
version po6tique diff&rente par une Basquaise ayant quitt6 le pays
depuis plus de vingt ans ; le second th&me paralt avoir gard6 plus
complfetement son accent primitif.
KALLA KANTUZ
MoHtrt. ^ m
l^^SUl
Kalla kan- tuz o-
gi pe- tik uzta- ril* a- go- rri le-
tan; Maite- a ganik et- chera- ko-an ent-zun i- zandut bortzetan
Amodi- o- ak bai- ne- ra- bil- kan haren a- tbe lei ho-
Amodioa, amodio nahi duenak bar diro.
Nik batenzat bartu dut eta sekula ez utziko
Ez sekula, tonbaren barnen sartbu artino.
tan.
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3a6
LA MUSIQUE POPULAIRE DES BASQUES
Kukuiak umeak chilho ttipian haritz gainean ;
Ama, ni ere nahi niz ezkondu adinak dttudanian ;
Ene lagunak egtnak dire joan den aspaldi handian.
Primaderan zoinen eder brioletaren loria !
Aspaldian nit ezdnt ikhusl, nenre maitiaren begia;
Balinba gaichoak eztuahantze niri emanfedia.
— Orhoitzen nuzu orhoitzen, ez zaaiazu ahantzten ;
Madalena batek bezanhat munduiun dut sofritzen.
Jaten dudan ogia ere nigarrez dut trenpatzen.
Gaaa ilhun, bidia laze, ezdea phena handia?
Zore ikhoustera jiton gira, izar charmagarria;
Bortha irek'aguzu, zuk, tendreziaz bethia.
Gaua luze izanagatik, argi mentsik ez dugu
Izar charmagarri hura leihoan omen dagozu :
Gu etchian sarthu artino, harek argituren derauka.
Traduction. — 1. La caille chante sous les bles en juillet ot aofit; — Je Pal enlcndue
maintes fois enrevenant dc chez ma mie; — Gar Pamour souvent me menait a sa
porle ou 4 sa fenStre.
De l'amour peat prendre celul qui en veut. — Moi j'en ai pour une et jamais je nc
la laisserai, — Non jamais jusqu'a la mort.
Le coucou met ses petits dans un petit trou sur la cime d'un chene ; — Mere,
' moi je voudrais me marier lorsque je serai en fige : — II y a deja longtemps que mes
compagnes le sont.
Que la fleur de la violette est belle au printemps ! — II y a longtemps que je n'ai
vu Pcell de ma mie; — Peut-£tre la pauvrette se souvlent-elle de la foi qu'elle m'a
juree.
Je m'cn souviens, je m'en sou v lens, je ne Pai point oubliee; — Je souffre dans ce.
monde autant qu'unc Madeleine ; — Et j'arrose de mes larmes le pain que je mange.
La nuit est sombre, longue la route, n'est-ce pas une grande peine? — Nous
venons vous voir, etoile enchanteresse ; — Ouvrez-nous la porte, vous qui fites pleine
de tendresse.
Quoiqu'il fasse nuit noire, nous ne manquons point de lumiere; — Cette etoile
charmanto se tient a la fenfitre : — Elle nous eclairera durant le temps que nous ren-
trcrons a la maison.
Bozte- rre- tik baz- te- re- rat Oi ! mundu- a- ren
Ez-taki- enak e-ran li-rozu ni a-la- ge-ra niza-la
Hor-tze-tan
pp^^g^^^^^^ ^Tjvn?
zut e- rri-a e- ta bi be-gi- e- tan
ni-gar- ra.
Notre troisienie chanson d'amour est prise, k quelques variantes
pres, au recueil de M. Salaberry, qui contient sans aucun doute la
version musicale la plus parfaite de ce beau theme ; comme tant
d'autres, il a servi de timbre k une foule de chansons. Je l'ai
recueilli k Barcus sous la forme de chanson a boire !
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LA MUSIQUE POPULAIRE DBS BASQUES
32^
EOUNTTOBATBZ NINDAGOBLARIK
Andante.
py^ j 7T3 = ±st* Ijglllilllllll
e£e
E-guntto-ba- tez nin-da- goe-la-rik mai-te-na-ren leiho-
an, Er-ran u- khen ni- ri- o- zun houra nia-la go- go- an,
E- ne phe-na e-ta do- lo- rez pi- e- ta-te har le- zan.
±±£^ ^ s^m
pi- e- ta- te harle- zan.
Zoure pbena eta dolorez pietate nik bad it
Ene khorpitz tristiaz eztiot egin plazerik
Zeren promes egin beitut zeluko Jaonari.
Or'amorio, oro eijer zira zu, ene maitia.
Zoure eakutik nahi nikezu bizi nizano ogia
Eta ni izanen nnzu zoure zerbuteharia.
Enuzu ez ni han eijerra noula zok beitiozu.
Mnndu hountako eijerrena berthutia lukesu,
Hari ogenik egin gabe maithatu nabi banaizu.
— Baratzian zounen eijer julufreia loratu!
Aspaldian nahi niana orai dizut gozatu :
Houra gozatu eztudano gaiik eztiot mankatu.
— Baratzian eijer deia julufreia loratu?
Aspaldi nahi zuniana orai duzu gozatu?
Houra gozatu duzunian berriak eman itzatzu.
Ene maite bihotz gogor, ezpiritu zorrotza
Orai ikousten dizut etzitzakedala goga.
Amorioa eitzi eta indarrez dezagun boroga.
Jaona othoi, pharka izazu, haor gaztebat ninuzu.
Zouri arrapostu emaitez debeiaturik nuzu ;
Errandelako indartto hori bestetan bali'ezazu.
Traduction. — Un jour que j'etais a la fenetre de celle que j'aimais, — Je lui fis
l'aveu de mes pcnsees, — Et (la priai) d'avoir pi tie de ma peine ct de ma doulcur.
De votre peine et de vos douleurs j'ai grand pitie; — Mais je ne puis disposer de
mon pauvre corps — Qu'au Seigneur du del j'ai promis.
Vous etes tout aimable et toute belle, ma mie ; — De votre main je voudrais
recevoir le pain toute ma vie ; — Et moi je serais votre fidele scrviteur.
Je nc suis point aussi jolie que vous le dltes; — La plus belle chose au monde c'esf
la vertu, — Si sans la blesser vous voulez m'aimer.
Gombien est jolie, dans un jardln, la giroflfce flcurie! — J'ai gagn6 le cceur de celle
que je desirais depuis longtemps; — Je n'ai pas failli une scule nuit pour y arriver.
EUe est done belle la giroflee fleuric, dans un jardin? — Vous tenez done maintenant
pelle que vous desiriez posseder? — Des que vous l'aurez ne manquez pas de le faire
savoir.
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3*8
LA MUSIQUE POPULAIRE DBS BASQUES
Ma mie, au coeur dur, a l'esprit mordant, — Je vols maintenant que je ne puis vous
avoir; — Laissons la persuasion, et essayons par la force.
Pardon, Monsieur, je vous prie ; je ne suis qu'une jeune enfant ; — Je suis lasse de
vous repoodre ; — Allez ailleurs essayer cette force dont vous parlez.
Quand nous aurons cite les chansons satiriques, nous aurons
pr£sent6 tous les types essentiels du chant basque. Les chansons
satiriques sont innombrables et presque toutes modernes, mgnie
r6centes. Un improvisateur, digne du nom de poete, assez mau-
vais sujet, en a compost des centaines. J'ai nomme* Topet-Etche-
hun, de Barcus, celebre dans toutes les auberges du Pays Basque
et m£me au tribunal de Saint-Palais. La verve satirique est la
seule qui inspire encore les nombreux improvisateurs qui chan-
tent aux fetes de village et aux concours institu6s par M. d' Abba-
die et quelques municipality intelligentes. Grace a ces efforts, la
vieille coutume n'est pas encore perdue. Mais on engage vaine-
ment ces poetes de grand route a composer des chansons lyri-
ques, expressives, intimes, morales, comme celles du temps pass£.
Avec filissambure, qui etait d 'ailleurs un lettr6, la vraie po£sie
populaire a disparu.
Des trois chansons que nous donnons, la premiere est certaine-
ment ancienne. Nous empruntons cette musique vive et spirituelle
au livre de M. Sallaberry. Nous avons recueilli la seconde a
Esquiule. La trqisienie, tres populaire sous la Restauration, paralt
imported de la Navarre espagnole.
URZO LUMA ORIS OAICUO
P P^ E ^ ^
Ur-zo lu- ma gris gaichoa o- re bi- da-jian ba- ho- a.
i
Haiduru duk mousde Sa- rhi, i- hiz- la- ri zorrotz houra;
Begi-reik ; ikhousten ba- hai, oi!Phe-ti- rifialat ba- ho- a.
Urzo gaichoak umilki
Err a it en mousde Sarriri :
Nahibada ulsian den haren saretan erori
Eilz dezan igaraitera bere usatu bideti.
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LA MUSIQUE rOPULAIRE DBS BASQUES 3o§
— Aoher duk, aoher, urzoaj
Juratu diat fedla
Aorthen behin jin behar hli eneki Phetirinala.
Han nik emanen dereiat arthoz eta ziz asia.
— Bai houn lukezu asia,
Denian libertatia.
Orhiko ezkurra zitazut janharibat hobia :
Angleser ihes joaitcko, eizten dut eizten Frantzia.
— Urzoa, ago ichilik,
Franizian eztuk Angleaik.
Agaramountek Baiounan jinak oro hilen tik :
Eztuk Phetirinalako zaragolla laze hetarik.
— Fida niz zoure erraner
Fidago ene begaler :
Goraintzi erran behar ziezu, jiten badira, Angleser,
Halaber nik ere erranen diet Espanoul papogorrier.
Mezuler naika ni eizten,
Ene sariak hol'esten ?
Ountsa diat ora ikhoasten nitzaz hizala trufatzen ;
Ez enaik beste ourthe batez bortian hotzeraziren.
Urzoederra, airian
Arhin bahoa bortian
Jaon larru chouriak hiri mintzo tuk aoherrian ;
Hire adin heneko gutik lumak garbi hen kaiolan.
Traduction. — i. Palombe pauvrette au gris plumage, — Tu vas ton voyage ; —
M. Sarhi, ce chasseur adroit, t'attend; — Prends garde! S'il le voit tu iras a Beyrie.
a. La palombe paurrette, humblement — Dit a M. Sarhi : — Quoiqti'elle soit tom-
bee a l'aveuglette sur ses filets, — Qull la laisse passer son chemin accoutume.
3. (Test en vain, palombe; — Je Pai jure ma foi, — Que cetteannee tu dois une fois
venir a Beyrie ; — La tu auras a foison du mais et du gland.
4. Ge serait vraiment bon d'avoir 1'abondance, — Mais avec la liberte. — La faine
d'Orhimeparait une nourriture meilleure. — Pour fuir les Anglais, jequitte la France.
5. Palombe, tais-toi, — II n'est point d' Anglais en France. — S*il en vient Gramont
a Bayonne tuera tous ceux qui viendront, — II ne viendra pas a Beyrie de ces hom-
mes aux longues chausses.
6. Je crois ce que vous dites, — Mais j'ai plus de conflance dans mes ailes. — Mes
compliments, s'ils viennent, aux Anglais; — Je ies ferai de meme aux Espagnols a la
gorge rouge.
7. Me laisses-tu ainsi, messager, — Et e'est le cas que tu fats de mes filets? — Je
vols bien main tenant que tu tc moques de moi. — Tu ne me feras certes pas une
autre annee prendre froid sur la montagne.
8. Belle palombe, en Pair — Tu vas par la montagne; — Les messieurs a la peau
blanche te parlent en rain. — II en est pourtant peu de ton age qui soient pures dans
leurs cages.
A- mi- ku- ze- ko Gi- lien, khi-lo e- gi- le- ak Et-che-
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33o LA MUSIQUE POPULAIRB DE8 BASQUES
tik khendu di- tu be- re langi- le- ak, Se-hi mai-te- ak Ze-ren
tik khendu di- tu be- re langi- le- ak, Se-hi mai-te- ak
gal- da di-tu- enbere i- rabaz bi-de- ak.
Ez dezake nihon sal khilo ardatzak
Nausitu baitzaio galtzerdi orratzak,
Moko zorrotzak ;
Ez dira nekalu nahi oraiko neskatcbak.
Elbe bilha dabiltza, galchoina eskuan ;
Laneko gogorikan ez dute buruan,
Alfer moduan,
Oibal guti emanikan khutcbaren chokbuan.
Gazte irule gutida Euskal Herrian
Nibor er'ezdug'ikhusten khiloa gerrian
Atbe hegian;
Oi! zer prendak horiek sallxeko feiretan I
Oralno zonbeit bada, zahariio horietan,
Iruten ari denik berant arretsetan,
Bihotzminetan,
Ilobek ez lagunduz behar orduetan.
Askotan altchatzen da amasoren boiza :
Bainan alabak ez da nahi hartu ontsa,
Lanerat lotsa,
Arrantze gabe nahi beiluke arrosa.
Amak goizean oihu : < Jeiki hadi, haorra ;
Ezdea aski laze hiretako gaua?
Harzan haitzurra,
Itzuli beharra beiia baralzeko lurra. »
Alhabak arraposta ohetik gustura :
< Bego bihar artino baratzeko lurra,
Arte laburra,
Zeren joan behar beiniz egun merkhatura. »
Zuri galde egiten dut izeba tanta Maria,
Ilea lakhet lekhu den gaztentzat hiria!
Hain da egia
Hara joaiteko badut hainitz gutizla.
Ez dira izartu nahi oraiko neskatchak :
Lur lanetako dira sobera beratzak,
O alfer hotchak !
Akabo eginen du laster laborantzak.
Neskatcha gazte direno, itchurak maithagarri;
Esposatu berrian senharrentzat umil,
Ondoan zarphil,
Galzetako zilhoak erdirat ezin bil.
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LA MUSIQUE POPULAIRB DBS BASQUES
33l
Traduction. — Guillaume de Mix©, le fabriquant de quenouilles, — Dc la maison a
rcnvoye les ouvriers, — Car II a perdu — des sources de revenu.
En aucune facon il ne peut vendre quenouilles nl fuseaux, — Parce que lui out pris
le dcssus les aiguilles a trlcoter — Aux bees efflles; — Les Ollettes d'aujourd'hui ne
veulent pas se donner de mal.
Elles s'en vont les bas a la main recueillir les cancans; — Elles n'ont point en tete
d'idee de travail, — (Vivent) dans laparesse, — Aroassant peu de linge dans Pinterieur
dc la maison.
De jcune fileuse dans les villages basques, — Nous ne voyons personne la que-
uoulllc a la ceinture — Sur le seull de la porte. — Ob ! quelles pieces celles-la a vendre
dans les foircs!
II en est encore, parmi ces vieillottes, — Qui sont a filer tard dans la soiree, — Le
regret au coeur, — De ce que les nieces n'aident point dans les moments de bcsoln.
Souvent s'elevc la voix de la mere ; — La fiUe ne veut pas bien prendre cela, — Crai-
gnant la besogne, — Car sans merite elle voudralt elre dotee.
La mere, le matin, crie : c Enfant, leve-toi. — La nuit n'est-elle pas assez longue
pour toi? — Trends la beche, — Car la terre du jardin a besoln d'etre retournee. »
La fllle de repondrc du lit avec desinvolture : — t Laissez jusqu'a demain la terre du
jardin, — Court espace de temps, — Car aujoud'hut je dois aller au marche. »
Elles ne veulent pas sucr, les fillettes d'aujourd'hui, — Pour les travaux de la terre
elles sont trop delicate*, — O froldes paresseuses ! — C'en sera blentdt fait de Pagri-
culture.
A vous je demande, ma tante Marie, — Si e'est lieu de plaisance pour les jeunes
que la ville,— Tant il est vrai — Que j'al grand deslr d»y aller la-bas.
Tant qu'elles sont jeunes lilies, leur physionomie est aimable ; — Nouvelles mariees,
(elles sont) bumbles a regard de leurs maris, -7 Negligees dans la suite, — Ne pouvant
raccommoder les trous de leurs robes.
IIAUCHE DA IKHAZKBTAKO 1
im^m^^wmM^m^
Hau-che da i- khaxke-ta- ko mandoa-ren tra- za Bu-ru-
a band! du e- ta itch or a gait- za, I- li- a lat- za; Baa-tape- gu-
^^
ZftZJE
ch<
3r=^z+ z^m ^n3 - Z L l^ =^
zi-ti-kan zau-ri- a bal-sa ; Hauche da sal-sa! Kristaurik ez di-
: al-dc
teke al-de-tik pba-sa, Kristaurik ez-di- teke alde-tik pba- sa.
Lephoa mehe eta burua ez ttipi,
Mathel bezurrak seko, begiak eri,
Oro beharri
Bi sudur zilhoetarik mukua dari,
Ezpainak larri :
Hortzik izan badu ere ez dik ageri. (bis)
1. La poesie de cette chanson a etc certainement adaptee apres coup au
theme et a de*form6 les mesures 8, 9 ct 10, dont la version originate elnit
celle-ci :
irv — p-
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332 LA MUSIQUE POPULAIRE DES BASQUES
Hauche da mandoaren arhats aphurra ;
Lau zangoak tremel ele anka makharra,
Juntetan ura ;
Ezpata bezain zorrotz bizkar hezurra,
Ezduk gezarra;
Noiz larraturen zantan ni naiz beldurra. (bis)
ir les autre* couplets voir Sallaberry.
iductlon. — Void le portrait du mulet du charbonnier : — T6te grande, aspect
iche, — Poil rude; — Sous tout lc bat, large plaie : — Oh ! quelle sauce! — Un
lea ne saurait passer aupres de lui.
. le cou mince, la t£te pas petite, — Les maxillaires decharnes, les yeux chas-
:, — De grandes orcilles, — Les naseauz noyes de morve, — Les levres epaisses;
jamais il eut dcs dents, ca ne se voit point.
is la demarche menue du mulet : — II a les membres tremblants, la hanche de
trs, — Les jointures enflees, — L'epine dorsale aussi aiguC qu'une epee ; — . Sans
ir, — Jc m'attcnds a la voir traverser la peau.
a terminant cette breve revue des chants basques, nous devons
Laler l'absence de certaines formes tres r6pandues dans les
»es provinces, la chanson dansle, la chanson altern6e, les ron-
etc. Dans notre £tude de la musique de danse basque nous
staterons que la musique instrumentale n'a aucun rapport avec
lusique vocale. Au Pays Basque francais, la musique instru-
itale est presque nulle : elle n T a pris son r£el d6veloppeinent
lu Pays Basque espagnol. En France, je ne connais qu'un seul
ne de danse chant6e ; encore est-il souletin, £chapp6 de quelque
carade ou charivari. Les paroles sont beaucoup trop libres
r que je puisse les 6crire et la musique est deTormee k plaisir :
'est k croire que la facture d'un instrument rudimentaire a
6 au musicien populaire cette Strange modulation.
3 n'ai rencontre* aussi qu'une seule chanson alternee, et
n'a aucun caractere basque. M. Sallaberry a recueilli une
ason singuliere, unique au Pays Basque : la chanson de la
face, qu'il faut rapprocher du Recteur vole 3 , public par M. Paul
illot dans ses Contes populaires de la Haute-Bretagne (Char-
lier, 1880). Un cure* vole* a jure* a son voleur de ne parler du
qu a Dieu seul. Pendant la preface de la messe, s'adressant a
u, il raconte a haute voix le vol, et toute la paroisse Tapprend
ce detour ing6nieux. Yoici la po£sie de cette 16gende, qui se
ite sur le ton de la preface :
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LA MUSIQUE POPULAIRE DES BASQUES 333
Aldibalez joaiten nintzalarik
Bidebatelan gainti
Olandabera jeiki zeitan
Oihan baten erditi.
Ehun diru beinutian,
Hourak ziztadan idoki,
Horik beno maitiagorik orano
Nian mandobat haleki.
Arbol'ostobat zeitadan
Kontsekra erazi,
Mando phicha chortabat
Harlan edan erazi,
Bai eta hitzeman erazi
Eznial' erranen ihouri,
Zeliiko Jinko Jaona,
Zouri zihaori baizik.
Eztit, ez erraiten ihouri,
Zonri zihaori baizik,
Olandabera dezazon
Hatzaman erazi.
Traduction. — Une fois que j'allais — Par un chemin, — Olandabera Yint vers
moi, — Du milieu d'un boig. — Gomme j'avais cent ecus, — II me les enleva, — Et
encore quelquc chose que j'aimais plus que cela, — Un mulet que j'avais en meme
temps. — Une feuille d'arbre il me fit — Consacrer, — Puis un peu d'urine de mulet
— 11 me fit boire dans cette feuille ; — 11 me fit aussi promettre — De ne Hen dire a
personne, — Seigneur Dieu du ciel, — Qu'a vous seul. — Je ne le dis, non, a pcrsonne,
— Qu'a, vous seul, — Pour qu'Olandabera vous — Fassiez prendre.
Apr&s avoir expose les types principaux de la chanson basqne,
essayons d'en d£gager les traits distinctifs et les particularity
mnsicales.
Ill
La mosique basque est essentiellement rythmique. (Test son
rythme d6cid6, trfcs male et pourtant souple et plastique, poor
ainsi dire, qui constitue sa plus forte originality.
Deux 616ments composent le rythme d'une chanson, le rythme
pur, c'est-a-dire le jeu des accents, qui est coinme l'organisme du
thfeme, et le metre, qui en est l'ordonnance. Un th&me peut parfai-
tement se passer de mesure au sens 6troit du mot, 6tre purement
rythmique : mais la mesure seule n'a jamais pu donner la vie a
une chanson. II y a done deux sortes d'accents, les accents rythmi-
ques et les accents metriques, qui pourront parfois se r^unir,
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334
LA MUSIQUE POPULA1RE DES BASQUES
qui d'autres fois s'opposeront, errant ainsi de precieux moyens
d' expression.
Les accents rythniiques sont ceux qui naissent des elans et des
repos de la nielodie, appells scientifiquement arsis et thesis. Les
accents m£triques sont les temps forts et faibles de la mesure. Les
accents rythmiques sont libres dans leur mouvement, ne sont pas
soumis k une dur6e rigoureuse dans leurs rapports r6ciproques,
enfin ils sont divers dans leur dynamique, e'est-a-dire dans leur
force ou leur in ten site. Les accents m£triques, au contraire, sont
isochrones, periodiques, r6guliers, egaux dans leur force, asservis
au temps.
Ges principes une fois admis, quel est leur rdle dans la forma-
tion de la melodie basque ? Dans les anciennes melodies, que nous
avons fait venir du plain-chant, nous ne trouvons que 1' accent
rythmique, qui leur donne le caractere de melop£e, si saisissant
quand elles sont entendues dans leur cadre de forets et de monta-
gnes. Ainsi le theme Arranoak bortietan perd toute originality si
nous le faisons entrer de force dans une mesure reguliere, si nous
le disposons entre des temps forts egaux. Nous allons en juger :
VERSION RYTHMIQUE
Arrano- ak borti-c- taa goradabil- tza he- ga-le- tan, etc.
VERSION MBTRIQUB
Pour les gens nombreux dont le gout musical est pleinement
satisfait par les beaut£s du pas redouble, la seconde version est la
plus logique, la plus fidele a nos conventions musicales actuelles.
Mais combien l'artiste pr^fere la premiere, plus souple, plus
vivante, plus plastique ! On ne saurait ecouter avec trop de soin
et de scrupule le chanteur populaire, avant de noter sa chanson,
pour transcrire fidelement son rythme et son mode.
Qu'on me permette k ce propos un souvenir personnel. En sep-
tembre 1890, k la fete de La Ghapelle, petit quartier de Barcus,
par une nuit de pluie diluvienne, dans une auberge enfumee, jc
recueillis ce theme admirable de la bouche d'un grand garcon me-
lancolique nomm^ Notary :
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LA MXJ81QUB POPVLAIRE DBS BASQUES
335
MAITIAK BILHOA UOLLI
^^ ^^j g ^-^-jrm : tt^^ : ff g^^
Mai-ti- ak biiho- a ho- Hi E-tako- lo-ri-a go- rri Es-ku-
ko larri- a churi, zil- har fi- na u- du- ri E- ta bera charma-
f Pr * ^^ F6
garri best 1 o- ro-ren ga- ne- u,
Etchettobat badizut nik
Jaoregi baten parerik
Hartan barnen egonen zira, zilhar k aid era n jarririk
Ihourk ezpeiteizu erranen nahi eztuzun elherik.
Nik badutut mi la ardi,
Bortian artzaneki ;
Katalounan ehun mando bere zilhar kargeki :
Hourak oro badntuketzu, Jiten bazira cneki.
Baduzia mila ardl
Bortian artzaneki?
Katalounan ebun mando, zilhar dibarureki ?
Hourak oro ukhenik ere, eniz Jinen zureki.
Maitenaren etehekoak
Khechu umen ziradeie :
Alhaba ene emaztetako sobera umen zaizie.
Ez emazte, bai amore : sofritu behar duke.
Senhartako emozie
Frantziako errege ;
Frantzian ezpada ere, Espanakoa bedere :
Bada errege, enperadore, phuntsela ja ez tuke.
Traduction. - Ma mie a la cheveiure blonde, — Et de bonnes couleurs, — La peau
des mains blanche, comme de l'argent fin ; — Elle-meme est pleine de charmes plus
qu'aucune autre.
J'ai une maison, moi, — qui est l'egale d'un chateau ; — Vous y demeurerez, assise
sur un siege d'argent; — Personne ne vous dira ce que ne voulez point entendre.
J'ai mille brebis — En montagne avec leurs bergers, — En Catalogne cent mulcts
charges d'argent : — Tout cela vous aurei si vous venez avec moi.
Ah ! vous avez mille brebis — En montagne avec leurs bergers? — En Catalogne
cent mulets charges deraonnaie d'argent? — Pour avoir tout cela, je n'irai point avec
vous.
Vous les parents de ma mie, — Vous etes, parait-il, fort mecon tents : — Votre lille
vous parait trop haute pour devenir ma femme; — Non, femme, de l'amour — II lui
faudra souffrir.
Donnez-lui pour mari — Un roi de France; — Et s'il n'cn est point en France, cclul
d'Espagne tout au moins : — Qu'il soit roi ou empereur, il ne I'aura certainement pas
pucelle.
Rentr£ a Maul^on, tres fier de ma trouvaille, je chantais a tout
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336
LA MUSIQUE POPULAIRE DBS BASQUES
iant cette d^licieuse chanson d'amour, insistant avec joie sur le
8 qui me ravissait par sa saveur. Mais k la ville j'eus peu de
c&s. « Vous chantez faux, me disait-on, ou la version que Ton
ls a donn6e est d6natur6e. » Pour les uns, c'6tait ce timbre-ci :
D.C.
lentable de mensuration rigoureuse.
our d'autres, cette chanson :
Martial
los contradicteurs se disputaient entre eux, mais tons 6taient
cord pour me plaisanter sur mon timbre. En Soule, on dit les
ses en face et nettement. Je me sentais d6j& menacl de quel-
couplet satirique ! Quelques jours aprfes, au marchd de Mau-
i, je rencontre mon Notary, menant au champ de foire un
ie veau docile. En un tour de main j'attachai le veau k un
re et j'eminenai mon Basque tout surpris chez mon ami et
aborateur le docteur Larrieu. J'appelai quelques-uns de mes
[ques qui se promenaient sur la place, je mis Notary sur la
3tte devant un bon verre de vin blanc et je lui demandai sa
ison. Je tremblais demotion. Le terrible do 8, cause de la
*elle, surgira-t-il au bon moment? Le brave chanteur r£p6ta,
: une exactitude de phonographe, la version que j'avais not£e.
lo 8 incrimin6 sortit triomphant. J'etais hors d'affaire. Alors
nvectives se d£plac&rent, et ce fut Notary qui fut accus£ de
iter faux et tout de travers. Mais notre Souletin, son verre de
Elvale, dans une saillie pleine de finesse, ramassa de la belle
n nos quatre chapeldun 1 , retourna son b6ret sur sa t&te, saisit
makila et alia dSlivrer son veau, fredonnant sa chanson, la
e, celie qu'il tenait de ses parents ou d'un camarade d'auberge.
'oublions pas, 6 chapelduns du Pays Basque, pour les tradi-
En francais : « porte-chapeaux ».
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LA MUSIQUE POPULA1RE DES BASQUES
33 7
tions populaires, c'est Gros-Jean qui doit en remontrer a son curl
ou a sou instituteur.
Mais revenons au rythme. Son intervention dans la m61odie
franchement mltrique anienera des contre-terops, trfcs caracte>is-
tiques de la musique basque, que les mensuralistes appelleront des
deplacements de temps.
En voici deux exemples :
i £E Fr-p-r g BBiili
Chant de quite recueilll au chdleau d'Abbadia (Hendaye).
w w m^^^^^^mW
^mmp-
Chanson de m&me provenance,
Ces rythnies nous conduisent a parler d'une des plus curieuses
particularity de la musique basque, 1' usage de la mesure a cinq
temps, rlpandue surtout en Espagne et dans la musique de danse.
Je citerai unc des rares chansons basques-francaises concues
dans ce metre :
URZO CUOURIA, URZO CIIOURIA
MXk£ft!^ =5=&=&
Urzo chou-ri-a, ur- zo chouri- a, Errani-zadak o- thoi e-gi-
z^^^^m^m m^ m
Nourat bu-ruz houndou- en bida-jez, Aldatu ga- be pa- sa-
jcz.
Ene herritik, phartitu nintzan
Espanalako desenian ;
Heltu nundnzon Ahansusera
Ene plazeren ban galzera.
Traduction. — 1. Blanche palombe, blanche palombe, — Dis-moi, de grace, la verity :
Oq allais-tu en voyage, — Sans changer de route?
a. De mon pay9 j'etais partie — Avec le desscin d'aller en Espagne; — J'irrivai a
Arhansus, — Pour y perdre mes plaisirs.
On rencontre quelquefois des chansons satiriques a change-
ments de mesure, oil le cinq temps est employ^ avec un singulier
a-propos :
22
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338
LA MUSIQUE POPULA1RE DES BASQUES
URZOBAT JIN IZANDA
g, gg^^^ ^ ^^^ ^ ^^g
Ur- zo-bat jin i- zanda Ka- ta-lou-na al-de- tik Pha- pa-
Be- re la- ma gris e- ta Zan- khoho- Hi - e- kin ;
go-lan phao- sa- tu da Be- re lin-ja- re- kin.
Tra- la la la la
la la la la la la
Urzoa noural bona,
Hegalez aidian,
Aita ama zaharrak
Eitzirik habian?
Lumasutu nuk eta
Acholik ezliat.
Tra la la, etc.
Janak triste niz eta
Enaile konlsola ;
Bi maile ukhen, ela
Olsoek jan bata :
Ezpenian gogatzen
Holako malnrra.
Tra la la la, elc.
Traduction. — i. Une palombe est venue, — I)u cote de la Catalogue, — Avec son
plumage gris, — Et ses pieds jaunes. — Ellc s'est arretee a Phagolle — Avec ses
effets, — Tra la la la la, — Avec ses effets.
a. Palombe, ou vas-tu, — En Pair sur tcs ailes, — Pcre et mere ages, — Laissant
au nfd? — Je suis couverte de plumes — Et n'ai aucune crainte. — Tra la la, etc.
3. Ah ! jc suis triste — Et ne puis me consoler; — En avoir aime deux, — Et le loup
a devoid Pun. — Je ne m'attendais point — A un tel malheur. — Tra la la la la, elc.
Voici une chanson k mesure mobile : je ne Fai entendue qu'une
seule fois; comme toute chose rare, elle est restee dans peu de
ra6moires :
NIK BADUT MAITRONOBAT
Ugtr.
Nik ba-dut maite- nobat, oi ! be-na no- la- ko? Ez-da
tti- pi ez bandi, bai bi- en ar- te- ko; Be-gi-a po-lli-ta
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LA MUSIQUE POPULAIRE DES BASQUES 339
i ffiaFg ^ r^^^^j^^^^^a^
dena a- mo- ri- o : Bihot-zl- an sarthu zaut, ezbaitzaut
m
jalgi- ko.
Zuri nuzu hersatzen, arrosa ederra,
Phena gaitz hoietarik, nezazun athera;
Balin badut hortarik hiltzeko malurra,
Bazindukea bada bibotzian phena?
Amodioaren phena, oil phena khiralaa!
Orai dut ezagatzen harek daukan phena.
Amodioa ezpaliz den bezain krudela,
Ez nezakezu erran maile zaitudala.
Munduan zenbat urhats oi ! ezdut egiten !
Ez ahal dira oro alferrak izanen.
Jendek errana gatik guretako el he,
Orotaz trufa neinte, zu bazindut neore.
Zeruan zenbat izar, maitea, ahal da ?
Zure parerik eue begietan ezda.
Neke da pharlitzia, mailia, enelzat :
Adio nik derautzut, denbora batentzat.
Zuri erranik ere, maitia, adio,
Ez nezazula, olhol, ni ukhan bastio :
Bain an bai bihotzetik izan amodio,
Etzaitnt kitaturen thonban sar artio.
Traduction. — i. Moi j'ai une amie, oh! mais comment est-elle? — Elle n'est ni
petite, nt grande, entre deux; — Kile a l'oeil joli, tout amour. — Elle est entree dans
mon coeur pour n'en plus sortir.
a. Je m'adrease a vous, belle rose,— Four que vous me sortiez de cette peine cruelle;
— Si j'ai le malheur d'en mourir, — En auriez-vous de la peine au coeur ?
3. Le mal d'amour, ah ! quel mal amer ! — Je vols ma in tenant toutes les peines quMl
me donne; — SMI n'etait pas aussi cruel qu'il est, — je ne dirais pas que je vous aime.
4. Que d'allees et venues no fais-jc pas? — Elles ne seront sans doute pas en vain. —
Qu'importe ce qu'on dira de nous? — Je me moquerais bien de tons, si vous etiez a
moi.
5. Combien peut-il y avoir, ma mie, d'etoiles au ciel? — A mes yeux, il n'en est
point qui vous egalc. — O ma blen-aimee I il en coute de partir; — Je vous dis adieu
pour quelque temps.
6. Quand meme je vous ai dit adieu, ma mie, — N'ayez aucun ressentiment contre
moi; — Mais gardez-moi votre amour dans le coeur, — Je ne vous qultterai point
que quand je serai au tombeau.
La formule finale est certainenient d£natur6e. Yoici le plan
rythmique de cette chanson : rythmes de qaatre et cinq mesures
altern£es :
3/4 a/4 3/4 a/4
a/4 3/4 aft 3/4 a/4
3/4 2/4 3/4 a/4
a/4 3/4 3/4 3/4
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) LA MUSIQUE POPULAIRE DBS BASQUES
)es chansons de ce genre se rencontrent encore an Pays Bas-
3 ; j'en transcris nne antre qni nitrite d'etre analyst ; elle
chante couramment sur le timbre suivant. M. Sallaberry Fa
bltee k la page 3^7 de son recueil. II l'a not6 en 6/8, en dilatant
rythme, qui, jecrois, est identique k celni de la chanson quej'ai
ueillie, m£lodiquement differente ; il s'agit d'un rythme k huit
ips coup£ ainsi :
3/8 a/8 3/8
seci sym6triquement pendant tontc la dur£e de la chanson.
I oici la version de M. Sallaberry k 6/8 :
pp M I r g j J ^m ^B^^ ^^^^
Ghori e- rre-si-nu-la, hots, e-mak e-ne- ki,
Mai-tena-
^■fSEESS
:&
&^
=F=
=3S^
ztt
ren borlhola bi- ak alkharre- ki ;
Botzez-ti balez i- zok
^ai^ ^'? ^g ^
de klara se- gret- ki
Haren adizkide bat ba- de- la hi-re-
^3&&
ki.
foici maintenant notre version propos6e en 8/8 :
tf;m z mwF^ =±t F5^ gh> jNji
Cho- ri e- rre-si- noula, hots, e-mak e- ne- kin ; Mai- ti- a-
ren bop- thala, bi- ak al- ga- rre- kin : De- kla-ra i- zok ge- ro
>otz ez-ti- ba-tc- kin, Ha- ren a- dichki- debat ba- de-la hire- kin.
r oici enfin la version unique que j'ai recueillie d'un sandalier
M aul£on :
CHORI BRRESINOULA
l J7"7~p ggf^gg
Cho- ri e- rre-si- noula, hots, emak e-ne- ki; mai- ti-a-
j g^ liigl i^ ^liilg i i p^
pen bor-tha- la bi- ak al- garre- kin : De- klara i- zok ge-ro botz
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LA MUSIQUB POPT7LA1RE DBS BASQUES
34l
-ft 1 1 T\ * h E t • "
g£f££^|
ezti- ba-le- kin. Ha- ren a- dichki- de- bat ba- dela hi-re- kin.
— Helta ginenian maitiaren borthala,
Horak hasi zeizkun tchanphaz berhala,
Ni ere joan nintzan bertan gordatzera
Erresinoula igain haritchbatetara.
< Nour dabila hor gainti ! Nounko zirade zu ? »
— « Etokondorik eztizut, pharka izadazu;
Egarri gaichtobatek heben gabilzazu :
Uthorri bounbat, othoi, erakats' zadazu. »
— < Egarr' izanagatik ezta mirakuUu :
Igaran egunian berochko egin da;
Utharri hounik, heben, batere eztoza :
Zak galthatzen duzuna, goure behar duga. »
Traduction. — Oiseau rossignol, allons, viens avec moi ; — ( AHods) a la porte de
ma mie, tous deux ensemble ; — Puis, d'une voix douce, annonce-lui, — Qu'un de ses
amis est avec toi.
Quand nous fames arrives a la porte de ma bien-aimec, — Les chiens se mirent
aussitdt a aboyer. — Moi aussi jc m'en allai bien vite me cacher, — Et le rossignol se
percha sur un chene.
t Qui va par la? D'ou etes-vous? • — « Pardonnez-moi, Jc n'ai point de famille; —
Unc soif ardente me mene ici ; — Montrez-moi, de grace, une bonne fontaine. »
c 11 n'est pas surprenant que vous soyez altCre; — La journee passee a ete un peu
chaude : — 11 n'est point par ici de bonne fontaine; — Nous avons besoin pour nous-
memes de celle que vous demandez. •
Autre coupe curieuse observed dans la musique basque : la
mesure a quatre temps suivie d'une mesure a deux temps avec
temps forts identiques, pouvant se ramener a une mesure a trois
temps large dont le troisieme temps serait fort :
etc.
Motif interieur d'une danse basque espagnole, Qaarrentaco Erreguela,
empruntee au livre de Iztueta. (Voir notes bibliographiques en appendice.)
Ou bien encore le commencement de cette chanson bas-navar-
raise :
S
i^^m
s^
Ar- gi- a de la di-o- zu gau- herdi Orain' ez du- zu, etc.
Un des metres les plus singuliers rencontres au cours de nos
recherches est celui-ci, type d'une veritable mesure a 1 1 temps;
c'est un cantique.
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34a
LA MUSIQUE POPULA1RE DES BASQUES
ZOURB HOUNTARZUNAZ HOUNEHRIK
Aux amateurs de la carrure a outrance nous donnerons encore a
m£diter les exemples de coupes rythmiques suivants : i° le type du
cantique sur la Mort cite* plus haut, qui est entierement concu
sur le rythme de trois mesures :
Formule anacrousique \
lule a nacrousiq ue |
etc.
a celui des Commandements :
$
&=
f-&Hfef-S£
m
etc.
De pareils exemples sont innombrables.
Quant aux particularity melodiques, elles resident dans le choix
des modalit£s anciennes pour la plupart et dans l'emploi pres-
que exclusif du mode mineur, ce qui n'empfcche pas la musique
basque d'etre souvent pleine d'all6gresse, en g6ne>al peu melan-
colique, et jamais monotone. Ce qu'il importe de remarquer, c'est
la force de tradition encore vivace dans la constitution des degrees
de la melodie et le respect des anciennes formes.
Ainsi le do 8, qui g&nait tant nos « chapeldun », dans la
la m£lodie de Notary, est absolument logique et d'accord avec la
tradition. Si nous transposons la melodie d'un degre, on s'en con-
vaincra facilement; il s'agit du triton, evit6 du reste avec une
grande habilete\ le Ja etant sous-entendu, en montant le si est
naturel, en descendant il est b6mol\ rien de plus juste selon rat-
traction des notes et le respect des lois de la musique me*die* vale :
II se pr^sente pourtant des cas ou le triton n'est pas adouci ;
cette version d'une de nos chansons en est la preuve :
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LA MUSIQUE POPULAIRE DBS BASQUES 343
II est juste de dire que je ne l'ai entendu chanter ainsi qu'excep-
tionnelleinent, comme je le disais, d'une Basquaisc £iuigree, qui
avail appris h chanter faux h Paris, dirait un « chapeldun ». La
version avec le b6mol est tres commune.
L'analyse melodique de la chanson basque pourrait £tre pouss£e
bien plus loin ; des rapports des intervalles entre eux on tirerait
des deductions singulierement int£ressantcs. Pour les airs de
danse, notamment, la conformation des instruments populaires a
du certainement influer sur le choix des intervalles.
Enfin, il serait tres curieux d'^tudier a fond la transformation
des timbres. Nous n'avons voulu signaler ici que les traits essen-
tiels, insistant surtout sur le rythme, qui donne a la musique bas-
que sa r£elle originality. L'examen, trop superficial nialheureuse-
ment, de la musique de danse nous en donnera une nouvelle
preuve.
IV
Nous ne nous proposons pas de d£crire, ni meme de compter,
toutes les danses populaires du Pays Basque, du Pays Basque espa-
gnol surtout, ou presque chaque ville a eu sa marche de fete et sa
danse propre. Nous nous bornerons a indiquer les plus carac-
te>istiques et a en noter la musique, sans repr£senter leurs nom-
breuses figures.
La danse populaire la plus celebre du Pays Basque francais est
le saut basque. II y a en tout vingt et une manieres de le danser.
Pour le profane, ces vingt et une figures aux attitudes et « piques »
varies, avec leur air approprie\ se confondent facilement. Mais
l'amateur de danse basque ne s'y trompe pas. Rien n'est beau,
d'une beaute vraiment antique, comme ce grand cercle de jeunes
gens, vetus de la petite veste flottante de la Soule, dansant sur la
prairie, dans ces petites fetes de quartier qui ne connaissent pas
encore le feu d'artifice, les chevaux de bois, les lampions et la
fanfare. C'est Ik vraiment qu'il faut voir le saut basque, la danse
noble, virile et gracieuse par excellence. Voici le theme initial d'un
saut basque, le plus connu, le mutchikoak :
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344
LA MUSIQUE POPULAIRE DBS BASQUES
MUTCHIKOAK
Allrpro vivo
PI # jt^ \ fJ i_ — z zzr i ~
jj p^F — £ | [ 1 4 ' g * # I r f —
Et cela continue ainsi tr&s longtemps, la mosique se transformant
ind6fmiment ; et toutes ces combinaisons avecles trois trous d'une
fl&te de buis!
Au Pays Basque espagnol, la danse nationale est Yaurescu. Les
ic in ines y prennent part, mais s£par6es des homines par des mou-
choirs tenus bout a bout, pudique coutume que je crois assez
r^cente. Uaurescu est un veritable ballet avec ses figures. Les
homines dansent d'abord seuls, a tour de role ; un chef de file se
detache du cordon des danseurs et vient sauter devant la jeime
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LA MU8IQUE POPULAIRB DBS BASQUES
345
fllle qu'il a choisie dans la foule et qu'il finit par amener k la dansc.
Le ruban d6ploy£ est interminable, gra.ce anx mouchoirs qui l'al-
longent encore. Quand le dernier danseur a conquis sa danseuse,
le cordon se d6noue, et l'aurescu se termine par un fandango en-
diabll, les doigts claqaent dans Fair joyeosement. Voici les motifs
de qaelqaes-ones des figures de l'aurescu, empruntles a 1 Edition
qu'en a donnle M. Santesteban, de Saint-S£bastien :
AURRESCU
Dantzaren asieraco sonua
ftp r 1 P| , r Pp iP p r Pp 1 gp / HSp rJ^
P f r i ^r^ h P p f J » f i fy r i J^yfy > ^ r r
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346 LA MUSIQUE POrULAIRE DES BASQUES
en flargi&sant.
Escu aldatzeco sonua
All? mod 1 ?
Andre en deico sonua
Moderato
Un ouvrage trfcs pr^cieux du commencement du siecle, du a
Iztueta, traite tres en detail des danses du Pays Basque espagnol.
Ce vieux manuel est suivi d'un recueil des airs de danse, malheu-
reusement d'une notation tres incorrecte. La tradition aidant, on
a pu reconstituer plusieurs de ces danses. Et maintenant, aux fetes
patronales, on peut voir cette fiere jeunesse danser les danses an-
cestrales aux gestes guerriers et heroiques. Certaines municipa-
lity, qu'on ne saurait trop louer pour leur initiative et leur gout
de la tradition, ont cr£e l'emploi de mattre a danser de la ville,
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LA MTJ8IQUE POPULAIRE DBS BASQUES
347
charge* d'instruire les enfants des 6coles et de former parmi eux
ud quadrille de danseurs modules. Grace a elles, nous avons pu
voir, aux fetes de Saint- Jean-de-Luz, les charmants danseurs
d'Andoain et de Beasain, puis ces nobles jeunes gens de Beris,
admirables de fiert6, de grace, de fougue guerri&re. Yoici quelques
timbres de ces danses, entre autres celui de la c£lcbre danse des
6p6es, ezpata dantza :
EZPATA DANTZA
j 1 niTnn n i rt i Hh h ; ^
nnf
n fnnnrii j i j r iffnfli iag^
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348
LA MU8IQUE POPULA1RK DES BASQUES
JOBRAI DANTZA
Mode re
fy AflfllJ. Pi \ JSn£i\itif^
$ r ^p ; mf p t m m i j hJ • i a i ^^
U. I 5= : ] -[I J J i n J 'hf r IrTrf-f f
ra#. motto.
Beaucoup de ces danses composaient des corteges pr6c6dant les
municipality ou les officiants dans les processions religieuses.
C'est dans ce cadre qu'il faut les voir, dans ces petites ruelles des
bourgs de la Navarre ou du Guipuzcoa, a l'ombre des maisons
seigneuriales aux larges toits sculpted, traverses de loin en loin
par un ardent rayon de soleil. La, sur les larges dalles, tandis que
la procession se dlroule, sous les bannieres armoriees, au feu des
mousqueteries, les jeunes gens, aux tailles bien prises dans leur
ceinture de soie, dansent leur pas sacr6 avec leurs batons ou leurs
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LA MUSIQUE POPULA1RB DBS BASQUES 349
6p6es. A Tolosa, le jour de la saint Jean, j'ai vu ainsi la danse tra-
ditionnelle da pordon dantza, la danse du baton, et c'est nn des
pins charmants souvenirs de ma vie de musicien voyageur. Voici
la musique exquise de cette danse :
PORDON DANTZA
•* * r r a ' 1 / j r * p r r r j * l 1 1 I c
r iiLiiHuiii iiiiriiiin in if ir i
Ges quelques lignes, consacrles a la musique de danse, suffiront
pour donner une id6e de sa vari&6 et de son caractere.
Pour terminer, nous citerons une des plus amusantes marches
locales, celle de Fontarabie, dite marche de Cond4 f en mlmoire
du si&ge de i638, lev6 par ce general et appel6e vulgairement
titibiliti.
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35o
LA MUSIQUE POPULAIRE DBS BASQUES
MARCHE DE FONTARABIE
etc.
La version d'lztueta est incomplete et quelquefois different© de celle-ci.
Ici se place naturellement la description des instruments qui
servent k faire danser tous les Basques aux jarrets d'acier. (Test
d'abord la Hide a trois trous, ordinairement en bois 16ger au
Pays Basque franca is, en Arable au Pays Basque espagnol. L'ins-
trument de percussion est de deux sortes : en France, dans la
Soule, il est represents par cet Strange instrument a cordes,
nomm£ tambourin de Gascogne, sur lequel frappe obstm6ment le
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LA MUSIQUE POPULAIRE DES BASQUES 35 1
m6n6trier avec sa bagaette sculpt£e, ne tirant de cette pauvre
viole qu'un son confas et sourd. En Espagne, c'est le vrai tam-
bonrin de nos tambourinaires de Provence, raoins haut pour-
tant, au son clair se mariant irhs bien aux notes aigues de la fl&te.
II est aussi tr&s rgpandu an Labourd. Au Pays Basque fran-
$ais, le musicien est ordinairement seul, jouant a la fois de sa
flftte et de son tambourin. En Espagne, il est g6n6ralement accom-
pagn6 de deux acolytes, un second musicien jouant comme lui de
la fl&te et du tambour et faisant une seconde partie, puis un tam-
bourinaire tapant sur une caisse claire de regiment ou un tambour
vulgaire, pour accuser les temps forts du rythme, avec deux ba-
guettes. Enfin je dois nommer la gaita ou flageolet en cuivre, aux
sons aigres et stridents. Geux qui ont assist^ aux fttes de la Tradi-
tion basque a Saint-Jean-de-Luz, en 189a, n'ont pas oubli£ cette
criante musique qui les r&veillait chaque matin. La gaita remplace
la flfite dans les mains et aux l&vres des tambourinaires, surtout
en Navarre. N'oublions pas le manjureta, sorte de corne k bou-
quins, dont les sons prolongls, le soir, dans les hauts p&turages,
ont une si po6tique mllancolie. Et puisque nous parlons des
pasteurs, mentionnons les cloches de bttail, aux sons graves ou
argentins, dont quelques-unes sont superbes de forme et d'ornemen-
tation. Le violon du m£netrier est a peu pr&s inconnu au Pays
Basque. Je n'en ai rencontr6 qu'un seul a La Madeleine, pr&s de
Saint- Jean-le-Vieux. Quant a l'accord£on, si common dans les pays
de musique populaire, comme la Norw&ge et le Tyrol, il est tr&s
peu adopts au Pays Basque. Mais le piston nous menace!
De tous ces instruments, de ces Elements originaux, en comple-
tant les families (basses de clarinettes, par exemple), on compose-
rait un petit orchestre trfes pittoresque, se pr&tant k merveille k
PexScution de la musique de danse basque. Dans les fttes de village,
cette petite bande arrgterait peut-£tre l'invasion de la fanfare
funeste, corruptrice du go&t populaire. Nous connaissons, au Pays
Basque fran$ais, en Labourd, certaine troupe pistonnante, engagle
dans toutes les fttes de la region, dont les pas redoubles et les
« defiles » viennent g&ter les plus belles parties de pelote. Cette
horrible musique de cirque, fausse d'ailleurs a miracle, accompa-
gnant ce noble jeu, cette lutte antique, quelle derision ! Puisque la
musique y est traditionnelle, ramenez-nous le vieux tambourinaire
d'antan ou un choeur de ga'itas, adouci de fliltes, jouant les danses,
les airs, les marches du pays !
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35a
LA MUSIQUE POPULAIRE DES BASQUES
C'est a dessein que nous avons omis de parler de la chanson
basque espagnole. Dans sa forme ancienne, elle est tres rare, nous
le croyons du moins, ayant pen fouille* le Pays Vascongado en com-
paraison de nos provinces francaises. Nous l'avons assez £tudiee
pourtant pour nous convaincre que toute une literature sentimen-
tale est venue, depuis un siecle, l^toufler. Beaucoup de ces romances
sont dues au celebre chansonnier Iparraguire, auquel on 61eva
une statue de marbre dans son village de Zumarraga.
Un de ses chants restera a jamais fameux, c'est l'hymne fu6riste
<r Gaernikako arbola », dont la musique a H6 attribute a un
organiste de Lequetio. Elle est moderne comme la po6sie elle-
mgme. L'une et l'autre sont anim£es dun souffle superbe. On
peut y relever quelques fautes de gout, des cadences banales et a
effet, mais, dans une ceuvre de ce genre, le sentiment emporte
tout. L'histoire du Gaernikako arbola est deja v£n£rable : il a
soutenu des luttes hlroiques, vibre" sur les champs de bataille, et
recu le bapt&me du sang. En France comme en Espagne, les
Basques se levent et se d^couvrent quand il delate dans les ffetes.
II fait passer des Eclairs dans tous les yeux. Saluons done avec
respect et avec amour la fougueuse chanson, bien qu'elle sente un
pen la poudre, puisqu'elle a €\€ choisie par les Basques pour reprl-
senter Tesprit meme de leur race, cet esprit d'independance
farouche, de fierte, de courage, de toujours jeune ardeur. Pour
nous, elle repr£sente avant tout le culte des traditions seculaires,
toute la foi, toute la vertu et tout Tart des sept provinces : Zazpiak
Bat, sonne done le Guernikako arbola !
GUBRNIKAKO ABBOLA
feg^^ fett^JLiL^ ^a ^^
Gaer- nikako ar- bola da bedein-katu- ba, Euskal- dunen ar-
te- an guztiz maila- to- ba. Guer- ba; Eman taza-bal- za- zv
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LA MUSIQUE POPULA1RE DES BASQUES
353
manduban fra- tu- ba ba, Adoratzen zai- lu-gu arbo-la santu-
-^zv-r-j
*3=§=
*Ct=
= feE^2
Adoratzen zai- tu-gu ar- bo-la santu- ba.
a. Mila urthe in guru da
Ezaten dutela
Jaiukoak jarri zubela
Gernikako arbola :
Zaude bada zutikan
Orain da denbora
Eroritzen bazera
Arras galdu gera.
3. Etzera eroriko
Arbola maitia
Baldin portatzen bada
Bizkaiko juntuba
Haurok arluko degu
Zurekin partia
Pakian bizi dedln
Euskaldun jendia.
4. Beliko bizi dedin
Jaunari eskalzeko
Jarri gaitezen danak
Laster belauniko :
Eta bihotzetikan
Eskatuez gero,
Arbola biziko da
Orain eta gero.
5. Arbola botalzia
Dutela pentsatu
Euskal herri guztian
Denak badakigu :
Ea bada jendia
Denbora orain degu
Hori gabetanik
Iruki biazu.
7. Arbolak erantzun du
Kontuz bizitzeko,
Eta bihotzetikan
Jaunari eskalzeko :
Gerlarik nai ezdegu,
Pakia betiko,
Gure lege zuzenak
Emaen maitatzeko.
8. Erregutu diogun
Jaungoiko jaunari
Pakia emateko
Orain eta beti :
Bai eta indarrare
Zedorren lurrari
Eta bendizioa
Euskal-Erriari.
9. Orain kanta ditzagun
Laubat bertso berri
Gure probinlziarcn
Alabantzagarri :
Alabak esatendu,
Su garrez beterik,
Nere biotzekua
Eutziko diat nik.
10. Gipuzkoa urrena
Arras sentiturik
Asi da deadarrez
Ama gernikari :
Etorri elzeiten
Arrimatu neri
Zure sendogarria
Emen nukezu ni.
6. Beti egongo zera
Uda berrikua
Lore aintzinetako
Mancha gabekoa :
Erruzaitez bada
Bihotz gurekoa,
Denbora galdu gabe
Emanik frutuba.
Ostoa berdia eta
Zaiiiak ere fresko
Nere seme maiteak
Enaiz eroriko :
Bcartzen banaiz ere
Egon beti pronto
Niganikan etsaiak
Itzurreraz teko.
23
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\
354 LA MUSIQUE POPULAIRE DES BASQUES
12. Galiz maitagarria,
Eta oestargina,
Begiratu gaitzatzu,
Zeruko Erregina,
Gerlarik gabelanik
Bizi albagifia
Oraindano izandegu
Guretzako dina.
Charles Bordes.
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BIBLIOGRAPIIIE MUSICALE BASQUE
Don Juan Ignacio de Iztueta. — Guipuzcoaco dantza gogoan-
garrien condaira edo historia beren sonu zar t eta itz neurtu
edo versoaqain. Baite berac ongui dantzazeco ira caste edo
instruccioac ere, etc... Berraren equillea D. Juan Ignacio de
Iztueta. Guipuzcoaco erri leial Zaldivian jaioa, etc. Donostian,
Ignacio Ramon Barojaren Moldizteguian, 1824, Garren urtean
cguina. (Notice ou histoire des danses les plus ni^morables du
Guipuzcoa, avec les airs anciens et les paroles en vers qui les
concernent, et aussi avec des instructions pour les bien danser,
etc.)
Une premi&re edition parut sans paroles, la censure s'opposa a leur
impression; plus tard une nouvelle edition suivit, avec musique gravee
et paroles, sous le titre suivant : Eiiscaldun ancina ancinaco ta are
lendabicico etorquien Dantza on critei pozcarri gaitzic. Gahecwn sonu
gogoan garriac beren itz neurtu eddo versoaquin. Donostian, Ign. Ra-
mon Barojaren Moldizteguian, 1826, Garren urtean eguina. (Les danses,
les amusements innocents des anciens Basques et de ceux d'aujour-
d'hui, avec la musique et les paroles mesurees ou vers.) In-folio de
35 pages, plus 3 feuillets de titres et preliminaires.
11 est regrettable que les airs a cinq temps aient ete tous not£s en 6/8,
chaque mesure a 6/8 formant deux mesures a 5/8. Ainsi :
r rC£/ ~ HXf " poup rrt~&TS-£r
Le principe une fois admis, on s'y reconnalt facilement. Nous souhai-
tons qu'il soit fait une Edition moderne de cet interessant ouvrage,
peut-etre unique dans la bibliographie du Folk-Lore. Certaines danses
avec paroles sont d'une grande beaut6. Le recueil ne contient pas
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356 BIBLIOGRAPHIE MUSICALE BASQUE
moins de cinquante et une danses diflferentes, dont trente avec paroles.
Les Archives de la Tradition basque en projettent une rendition.
Francisque Miguel. — Le Pays Basque, sa population, sa langue,
ses mceurs, sa Utteralure et sa musique. — Paris, Firmin Didot,
56, rue Jacob, mdccclvii.
L'ouvrage de Fr. Michel contient, outre un chapitre raalheureu-
sement tres succinct sur la musique basque, quelques feuilles de mu-
sique a la fin du volume, contenant un saut basque (le mutchikoac),
le pordon Dantza et le cuarrentaco erreguela, empruntes a l'ouvrage
de Jztueta, et la chanson Choria Caiolan, en tout 4 pages.
M me de La Villeuelio. — Douze Chants des Pyrinies. — Pu-
bli6s a Paris, avec accompagnement de piano.
Pascal Lamazou. — Cinquante Chants Pyre'ne'ens. — Paris, chez
Pascal Lamazou, 14, rue Taitbout; en dtfpdt chez S. Richault,
4, boulevard des Italiens.
Ce recueil, public avec accompagnement de piano, contient divers
chants des Pyrenees, dont douze airs basques seulement.
J. D. J, Sallaberry (de Mauleon). — Chants populaires du Pays
Basque. — Bayonne, imprimerie de veuve Lamaiguere, rue Che-
garan, 3o, (1870).
Le recueil le plus important public jusqu'a ce jour, contenant cin-
quante chansons avec la traduction francaise, certaines avec accompa-
gnement de piano.
J. A. Santesteban. — Coleccion de Aires Vascongados para
canto y piano. — San Sebastian, almacen de rausica.
Collection importante d'airs basques espagnols publics s6parenient,
puis reunis apres coup. Beaucoup de ccs chansons sont modcrnes,
notamment dTparraguire.
M£:me auteur. — Cantos y Bailes tradicionales Vascongados ,
arreglados para piano por J. A. Santesteban. — San Sebastian,
Santesteban, editor, avenida de la Libertad, 3a.
Sous ce tilre, M. Santesteban a en cours de publication une grande
quantite de themes basques espagnols. II est assez difficile de se re-
connaltre dans cette collection, qui semble divisee en deux categories :
i° Cantos, 2" Bailes, les premiers sans paroles et dans un format in-S°.
1
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BIBLIOGRAPHIE MUSIGALE BASQUE 35^
Meme auteur. — Coleccion de Marchas, Bailes, Cantos Vascon-
gados para piano. — Une collection similaire qui scmble faire
double emploi avec la pre*ce\lente.
Julien Vinson. — Le Folk-Lore du Pays Basque. — Paris, Mai-
sonneuve et O, editeurs, a5, quai Voltaire, i883.
Un chapitre de Finteressant livre de M. Vinson est consacre aux
chansons, qu'il public avec lcs airs, un premier couplet basque et la
traduction francaise complete. Le volume contient en tout vingt-quatre
chansons, divisdes en chansons politiques, chansons amoureuses, chan-
sons satiriques et humoristiques, berceuses.
ARCHIVES DE LA TRADITION BASQUE. — Religion, histoire,
langue, podsie, contes, pastorales, proverbes, musique, chan-
sons, danses populaires, coulames, jeux. Publication de docu-
ments entreprise par un groupe d'ecrivains et d'artistes, pour
servir a Thistoire de la tradition. — Paris, aux bureaux des
Archives de la Tradition Basque, i5, rue Stanislas, fid. iu-4°
paraissant par livraisons. Prix des livraisons, i fr; pour les
souscripteurs, 5o cent.
LIVRAISONS PARUES
Charles Bordes. — Dix Cantiques populaires basques en dialecte
souletin, recueillis et notes au cours de sa mission par Charles Bordes,
charge de mission du Ministerc de l'lnstruction publique, Directeur des
Chanteurs de Saint-Gervais. Textes basques revises et traduits par le
D r J.-F. Larrieu.
— Douze Noels populaires basques en dialecte souletin, recueillis et
notes par Ch. Bordes. Textes basques revises et traduits par le D r
J.-F. Larrieu.
— Dix Chansons legendaires et morales du Pays Basque, recueillies
et notees par Ch. Bordes. Textes basques revises et traduits par le D r
J.-F. Larrieu.
— Douze Chansons d'amour du Pays Basque, recueillies et notees
par Ch. Bordes. Textes basques revises et traduits par le D r J.-F. Lar-
rieu.
POUR PARAITRE ULTERIEUREMENT
— Douze nouvelles Chansons d'amour.
— Douze Chansons satiriques.
— C/iansons dwerses, politiques, berceuses, chants de quete et dc
noces, etc., en deux livraisons.
Le tout pour former un volume d'environ cent chansons.
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358 BIDLIOGRAPHIE MUSIGALE BASQUE
M£me auteur. — Ckoix des plus excellentes dames du Pays
Basque espagnol. Zortzicos, danses caracteristiques , bailes,
marches et parades, publics par Gh. Bordes.
J. D. J. Sallaberrt. — La Musique dans les pastorales et les
mascarades au Pays Basque, public par J. D. J. Sallaberry.
M£me auteur. — Les Qingt et un Sauts basques du paysde Soule,
par J. D. J. Sallaberry.
Charles Bordes. — Le Chant populaire a l'&jlise et dans les
confr6ries et patronages, collection publtee par la Schola
Cantorum, soctete de musique religieuse, k Paris, i5, rue Sta-
nislas.
— Kantika espiritualak, choix de cantiqucs populaires basques.
— Euskal Noelak, choix de 12 noSls basques, precedes d'un Angelus
populaire.
Edition sans accompagnement : chant seul et texte complet, o fr. 5o;
Edition avec accompagnement : chant avec accompagnement, avec uu
seul couplet de texte, a francs.
Ces pieces, & peu de variantes pres, sont la reproduction des chants
publics dans les Archives de la Tradition Basque, sans traduction fran-
caise et avec accompagnement de piano.
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XIV
QUELQUES LEGENDES POETIQUES
DU PAYS DE SOULE
M. JEAN DE JAURGAIN
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QUELQUES LfiGENDES POfiTIQUES
DU PATS DE SOULE
PAR
M. JEAN DE JAURGAIN
URRUTIAKO ANDERIA
Ahetzeko anderia
Urriitian khorpitzez ;
Hot dizu here buria,
Kampoan da bihotzez.
— Nur dii here maitia ?
Nahi niike egia.
Jinkoak nahi badii,
Hiltzia Ukhenen dii.
— Gurejaon Urrutia,
Khechian bethi zira ;
LA DAME DE RUTHIE
La demoiselle d'Ahetze
Est de corps au chateau de Ruthie ;
Elle a la tele la,
De coeur, elle est dehors.
— Quel est son bien-aim£ ?
Je voudrais la verity.
Si Dieu le veut,
11 aura la mort.
— Ruthie, notre seigneur,
Vous etes toujours en colere :
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362 QUELQUES LEGENDES POETIQUES
Erradaziit zertako,
Ni enuzil kampoko.
— Hiirrunt zite ni ganik
Eztit zure beharrik ;
Bazoaza kampora
Eni adar biltzera.
— Jaona, holako gaizak,
Ahetzeko anderiak
Eztitizu ikhasi ;
Hen doazu ihesi.
Elhe hoiek ahotik
Jalkhitzen zielarik,
Urriitiak bilhoti
Therresta dii ebili.
— Jinkoa, zer bizia,
Oil jaon Urriitia,
Ni Ahetzeko etchian
Niinduziin bai bakian.
Hunatjin behar nizun,
Ene zorthia ziiztin,
Dites-moi pourquoi,
Je ne suis pas une Itrangere.
— Eloignez-vou8 de moi,
Je n'ai pas besoin de vous ;
Yous allez au dehors
Me cueillir des cornes.
— Seigneur, de pareilles choses,
La demoiselle d'Ahetze
Ne les a pas apprises ;
Elle va en les fuyant.
Au moment 011 ces paroles.
Sortent de sa bouche,
Ruthie la saisit par les cheveux
Et la tralne a terre.
— Dieu ! quelle existence !
O seigneur de Kuthie,
Moi, dans la maison d'Ahelze
J'etais, oui, en paix.
II fallait que je vinsse ici,
C'6tait ma destinee,
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DU PAYS DE SOULE
Bihotz min ukheiteko,
Zure khecharazteko,
Ogen gabe zii, bethi
Mintzo zitzaist gogorki ;
Othoi, zure begiak
Utz ditzala khechiak.
363
* *
Goizian goizikjeikirik,
Ogi ophilak eginik,
Ahetzeko anderia,
Lehia diin handia.
Zareta bat biirian
Kamporatjalkhitzian f
Mus d' Urriitiak zian
Baratu bai bidian.
— Nun zabiltza hain goizik,
Jauregia hiisturik?
Galthatzen do Urriitik,
Begiak oldartiirik.
Pour avoir des maux de cceur,
Pour vous faire'mettre en colere.
Sans que j'aie aucun tort, toujours
Vous me parlez avec durete.
Que vos yeux, je vous en prie,
Abandonnent leurs coleres.
Levee de grand matin,
Et apres avoir fait des petits pains,
Demoiselle d'Ahetze,
Grand est ton empressement.
Une corbeiliee sur la tele,
Au moment ou elle sortait,
Monsieur de Ruthie Tavait
Arr&tee, oui, sur le chemin.
— Ou allez-vous si matin,
Abandonnant le chateau ?
Lui demande Ruthie,
Les yeux en fureur.
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*«■
364 QUELQUES LEGENDES POETIQUES
— Jaona, ikhnsiren diizii,
Nahi balin badiizii,
Nurat orai nabilan,
Zareta hau biirian.
Jente eikeliari
Emaiteko sokhorri,
Madama Urriitiak
Hartu zutian bidiak.
Ophilez zaria beitzen
Betherik jente prauben,
Urriitiak zarian
Eskia ezari zian.
Ophilak, ordii hartan,
Jin ziren haillikotan,
Urriitiak berhala
Uste trumpatii zela.
— Ehiiliaren etchera
Zoaza bilberaztera ?
— Jaona, ikhusten duzii...
Orai, ziik badakizii . . .
— Seigneur, voas verrez,
Si vous le voulez,
Ou je vais maintenant,
Avec ccttc corbeillee sur la t£te.
Aux gens necessiteux
Poor donner secours,
Madame dc Ruthie
Avait pris les chemins.
Parce que de petits pains la corbeille
Etait pleine pour les pauvres gens,
Ruthie dans la corbeille
Mit la main.
Les petits pains, au merae moment,
Se changerent en pelotons de HI.
Ruthie aussitdt
Crut qu'il s'etait trompe.
— A la maison du tisserand,
Vous allez les faire tramer.
— Seigneur, vous voyez...
Maintenant, vous, vous savez...
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DU PAYS DE SOULE 365
— Pharka izadazut arren,
Bekhaitz eniizii izanen :
Emazte hurt zirela
Orai badit nik proba \
— Pardonnez-moi done,
Je ne serai plus jaloux :
Que vous etes bonne femme
Maintenant j'ai, moi, la preuve.
Le texte de cette trfes ancienne et curieuse l^gende, dont le sou-
venir est k peu prfcs perdu dans les villages de la Soule, nous a
6t6 fort heureusement conserve par M. Francisque-Michel, qui le
recueillit et le publia en 1857. Je n'y apporte que de l£g&res mo-
difications d'orthographe ; mais je corrige le nom de famille de la
ch&telaine de Ruthie, car, d'apr&s les documents que je vais citer,
la tradition orale a £videmment fini par transformer Ahetzeko
anderia — la demoiselle d'Ahetze — en Hauzeko anderia — la
demoiselle de Haux.
Au cours de mes longues investigations historiques dans les
depots d' archives de Paris, de la Gascogne et des pays euskariens,
j'ai eu la bonne fortune de relever des renseignements assez com-
plets sur les trois maisons souletines de Haux, de Ruthie et
d'Ahetze sans trouvcr aucune trace d'alliance entre les deux pre-
mieres.
Les seigneurs de Haux me sont connud depuis Raymond-Ar-
naud, qui vivait en i3i5 et dont la posterity s'6teignit dans la mai-
son de Gramont, vers la fin du quatorzi&me sifecle, par le mariage
de Gracianne, h£ritifere des chateaux et seigneuries de Haux et
d'Olhaiby, avec Bernard dit Berdot de Gramont, chevalier,
comme le constate une charte du 28 avril 1407 \
Pour les dames de Ruthie d'Aussurucq, j'en ai la suite inin-
terrompue k partir de Marie, h6riti£re de cette maison, qui epousa
vers l'an 1400 noble Andr6 de Suhare, seigneur de la Salle et gen-
tillesse de Casenave de Suhare. Leur fils aln6, Menauton, seigneur
de Ruthie d'Aussurucq, figure comme gentilhomme juge-jugeant
1. Voy. Francisque-Michel, Le Pays Basque, Paris, 1857, in-8% p. 399.
a. Papiers de Jaurgain, Inventaire des Archives de Bidache, du seizieme
siecle. — Bibl. Nat., mss., Collection Duchesne (Papiers d'OIhenart), vol. 114,
f 209.
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366 QUELQUES LEGENDES POETIQUES
de la terre de Soule dans un grand nombre d'actes de i453 k 1464 ;
un document postlrieur nous apprend qu'au moment de sa mort,
arriv£e peu de temps apr&s, il fonda une pr£bende dans P^glisc
de Saint-Jean de Berraute-lez-Maul£on.
Ge Menauton de Ruthie, qui est, trfes vraisemblablement, le
h£ros de notre ballade, avait a peine vingt ans quand son pere 1c
maria, vers 1422, avec Domenge d'Ahetze, damoiselle, soeur de
monseigneur Arnauton d'Ahetze, chevalier, seigneur d'Ahetze de
Peyri&de — depuis, Ordiarp — et d'Erbis de Musculdy.
Plusieurs enfants naquirent decette union, entre autres : Arnau-
ton, seigneur de Ruthie ; Menaud de Ruthie, chevalier de l'ordre
de Saint-Jean de Jerusalem, commandeur de Berraute et d'lris-
sary de i455 a 1472 ; Guilhem de Ruthie, niari£, puis pr£tre et
recteur de Laruns, en Soule, en 1482 ; Jean de Ruthie, pr6ben-
dier en 1469. recteur d'Aussurucq et vicaire de Suhare de i483 a
1488 ; Gracianne de Ruthie, femme de noble Menautoxe de Jaure-
guibery de Libarrenx ; et Marie d'Aussurucq-Ruthie, dite aussi de
Suhare, alli£e : i° vers i444 & Bertrand de Behasque, donzel, sei-
gneur de la Salle de Behasque ; a par contrat du 28 juin i456
k Peyrot d'Anguelu d'Oneix, qui testa le 27 aoftt 1459; enfin,
3° par contrat du 5 aoftt 1460 a Jean de La Mothe, seigneur
adventice de la Salle de Saint- Palais f .
Par un acte du mois d'octobre i^63, 011 Ton voit intervenir qua-
tre generations de sa famillc, Arnauton, seigneur jeune de Ruthie
d'Assurucq, declare qu'au temps pass6, £tant alors Ag6 d'un peu
plus de vingt ans, il avait, avec lau tori sat ion d'Andr6, seigneur
de Casenave de Suhare, et de Menauton, fils de celui-ci, seigneur
proprtetaire de Ruthie, et pfere de lui, Arnauton, fait transport,
vente et donation a Gracianne, sa soeur germaine, femme de
Menautoxe de Jaureguiberry de Libarrenx, et k ses h^ritiers
descendants de loyal manage, de tous ses droits sur les maison,
1. Arch, des Basses-Pyrenees, Minutes de notaires de Soule, non classees.
Arch, du scminaire d'Auch, Minutes de notaires de Saint-Palais. — Le con-
trat da 5 aout 1460 est remarquable en ce qu'il contient les clauses de trois
manages : celui de Marie de Ruthie ; celui d* Arnauton, seigneur de la Salle
dc Behasque, son flis mineur du premier lit, avec Jeanne de la Salle de Saint-
Palais, fille d'un premier mariage de Jean de La Mothe, et celui de Jean,
seigneur de la Salle de Saint-Palais, (lis du meme Jean de La Mothe et de
1'heritiere de la Salle de Saint-Palais, sa premiere femme, avec Marguerite
de Behasque, fille de Marie de Ruthie. Ghacune des deux Jeunes fiancees
eut une dot de 3oo florins.
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DU PAYS DE SOULB 36j
place, devoirs, fiefs, moulin, dimes, herbages, eaux, cayolars et
autres appartenances de Gasenave de Suhare. Maintenant, etant
agd de quarante ans, un peu plus ou moins, Arnauton se presente
devant un notaire, accompaga6 de Pierre-Arnaud, son ills ain6 et
h^ritier. Tous deux assises et autorises d'Andr6 de Suhare et de
Menauton de Ruthie, leurs p&re, a'ieul et bisaieul, confirment par
un nouveau contrat la donation et vente pr6c£demment faite a
Gracianne de Ruthie *.
Devenu, par sa femme, seigneur de Gasenave de Suhare, Menau-
toxe de Jaureguiberry se reconnut d£biteur d'une somme de
45 florins envers Arnauton, seigneur jeune de Ruthie d'Aussurucq,
le a6 Janvier 1464 (n. st.), et, le m£me jour, en presence d* Arnau-
ton, seigneur d'Ahetze de Peyrifcde, et de Johannot, fils d'Arbide
de Juxue et de la Salle de Gotein, les deux beaux-fWres firent
serment d' assurer sous peu le mariage de Pierre-Arnaud, fils de
Menautoxe et h^ritier de Gasenave de Suhare, avec Domenge de
Ruthie, sa cousine germaine, fille d' Arnauton \
La maison de Ruthie, encore representee de nos jours, hors du
pays, compte parmi ses rejetons un grand nombre d'hommes
d*armes et d'archers des ordonnances, plusieurs prllats et offi-
ciers distingues.
Peyrot de Ruthie, chevalier, seigneur de Ruthie en Soule et de
Cheverny, au diocfese de Blois, fils de Pierre-Arnaud et de Mar-
guerite de Navailles, mort le 6 octobre i54a, 6tait Tarrifcre-
petit-fils de Domenge d'Ahetze. Admis en 1507 dans la bande
des cent gentilshomines de Thdtel du roi, et pourvu en 1527 des
charges de capitaine du chateau neuf de Bayonne et de chatelain
du Maullon, gouverneur de la vicomt£ de Soule, il fut aussi pre-
mier 6cuyer de la petite 6curie du roi, lieutenant de la v£nerie et
capitaine de Saint-Germain-en-Laye \ Le 14 avril i533, Francois I cr
lui fit don d'une somme de ao.000 livres pour le r£compenser de
ses services et Taider a trouver un parti convenable 4 . C'est a lui
que Ton doit la reconstruction de la partie la plus ancienne du
1. Arch, des Basses-Pyrenees, Minutes de notaires de Soule. Le feuillet
portant la date manque, mais Tacte qui vient immediatement apres est du
3o oclobre i463.
2. Archives des Basses-Pyrenees, Minutes de notaires de Soule.
3. Voy. Jauroain, Les Capitaines chdtelains de Maulion (Revue de Bearn,
Navarre et Lannes, i884» p. a54).
4. Arch, nat., Acq. sur V&pargne, J. 960', f 8 49*
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368 QUELQUES LEGENDES POETIQUES
chateau de Ruthie qui, actuellement, sert de presbytere au cure*
d'Aussurucq.
Bernard de Ruthie, neveu de Peyrot, entra dans les ordres et
devint aumonier de Francois I er , en i54a. Le 4 niai i55o, il e*tait
conseiUer du roi et son premier aumonier, abbe* de Pontlevoy et
commandeur d'Ordiarp. Nomme* grand aumdnier de France le
i er juillet 1 55a, il fut sacrl ^veque de la cour par le Pape Jules III,
a la demande du roi Henri II, et mourut le 3i mai i556.
Jean de Tardets, chevalier, seigneur de Ruthie d'Aussurucq, de
Cheverny et d'Arango'is de Luxe, gentilhomme ordinaire de la
maison du roi, succ6da en i54a a Peyrot de Ruthie, son oncle ma-
ternel, dans la charge de capitaine chatelain de Maul6on, et aux
biens de la maison de Ruthie, a la condition d*en prendre le
nom et les armes.
Pierre de Ruthie, docteur en th6ologie, abbe* de Sainte-Engrfice
en 1677 et grand archidiacre de Comminges en 1680, fut sacre*
6v6que de Rieux en 1705 ; il mourut en 1709.
Enfin, — et j'en passe, — Charles-Francois de Ruthie, qui mou-
rut en 1741, 6tait lieutenant-colonel du regiment de Cambrlsis.
II
BERETERETCHEN KHANTORIA
Haltzak eztii bihotzik,
Ez gaztamberak ezurrik :
Enian uste erraiten ziela aitunen semek gezixrrik f .
LA CHANSON DE BERTER^CHE
L'aulne n f a pas de moelle,
Ni le fromage d'os :
Je ne croyais pas que les gentilshommes disaient des mensongea.
1. On retrouve presquc le niSme couplet, en dialecte bas-navarrais, dans
une complainte moderne, Hit kechua, publiee par M. Francisque-Michel, Le
Pay a Basque, p. 401 :
Halzak eztu ekharten ezkurrik
Ez gaztamberak ezurrik
Eznien uste bazela
Jinko semetan gezurrik.
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DU PAYS DE SOULE 369
Andozeko ibarra,
Ala ibar luzia!
Hiruretan ebaki zaitan armarik gabe bihotza.
Bereteretchek oheti
Neskatuari eztiki :
« Abilj eta stfginezan ageri denez gizonik. »
Neskatuak berhala,
Ikhusi zian bezala,
Hirur dozena bazabilzala leiho batetik bestera.
Bereteretchek leihoti
Jaon kuntiari goraintzi;
Ehiin behi bazereitzola here zezena ondoli.
Jaon kuntiak berhala,
Traidore batek bezala :
<r Bereteretch, aigii borthala, utzuliren hiz berhala. »
— « Ama, indaziit athorra,
Mentiiraz sekulakua !
Bizi denak orhit iikhencn du Bazko biharamena » .
La vallee d'Andoce,
Oh! la longue valine!
Trois fois elle m'a fauche le cceur, sans arme.
Bertereche du lit
A la servante avec douceur :
« Va, et regarde s'il paralt des hommes. »
De suite la servante,
Comme elle l'avait vu,
Que trois douzaines vont et viennent d'une fenetre a I'autrc.
Bertereche de la fenetre
. Complimente le seigneur comte ;
11 lui offre cent vaches avec leur taureau a la suite.
Le seigneur comte, aussit6t,
Comme un traltre :
« Berlereche, viens a la porte, tu rctourneras de suite.
— « Mere, donnez-moi la chemise,
Peut-etre celle pour jamais !
Qui vivra se souviendra du lendemain de Paques. »
24
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3^0 QUELQUES LEGENDES POETIQUES
Marisantzen lasterra
Bostmendietan behera !
Lakharri Biiztanobian sarthii da bi belhainak herresta.
— an Biiztanobi gaztia,
Erie anaie maitia,
Hitzaz hunik ezpalimbada, ene semiajuan da! »
— <r Arreba, ago ichilik,
Ez, othoi, egin nigarrik ;
Hire semia bizi balimbada, mentiiraz Mauliala da. »
Marisantzen lasterra
Jaon kuntiaren borthala 1
« Ai I ei ! eta, Jaona, nun diizie ene seme galanta ? »
— « Hik bahiena semerik
Bereteretchez besterik ?
Ezpeldoi altian dun hilik; abil, eraikan bizirik! »
Ezpeldoiko jentiak,
Ala sendimentii gabiak,
Ilila haih hullan iikhen eta, deixsere etzakienak!
Oh ! la course de Marie-Santz
A la descente de Bostmendicta ! [les deux genoux.
Elle est entree dans la ma i son de Bustanoby de Lacarry, en se tralnant sur
— « Jcune Bustanoby,
Mon frere bien-aiml,
S'il n'y a secours de toi, mon tils est perdu !
— « Soeur, tais-toi
Je t'en pric, ne verse pas de larmcs.
Ton (lis, s'il vit encore, est peut-etre arrive a Mauleon.
Oh ! la course de Marie-Santz
A la porte du seigneur comte !.
« Ale, ale, seigneur, ou avez-vous mon galant tils ? »
— a Avais-tu, toi, de fils
Aulre que Bertereche?
11 est aux environs d'Espeldoy, mort; va, releve-ie vivani. »
Les gens d'Espeldoy,
Oh ! les gens denues de sentiment,
Qui avaient un mort si pres, et qui n'en savaient rien !
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DU PAYS DE SOULE 3?I
Ezpeldoiko alhaba
Margarita deitzen da;
Bereteretchen odoletik ahixrkaz biltzen ari da.
Ezpeldoiko bukhata
Ala bukhata ederra!
Bereteretchen athorretarik hirur dozena iimen da '.
La fille d'Espeldoy
Se nomme Marguerite,
Elle ramasse le sang de Bertereche a pleines mains.
La lessive d'Epeldoy,
Oh! la belle lessive I
II s'y trouve, dit-on, trois douzaines de chemises de Bertereche.
II faut avoir entendu cette magnifique complainte, change a
pleine voix, la nuit, dans nos montagnes, pour en appr6cier toute
la beauts, l'ind^finissable expression de melancolie et d'£tranget£
que la notation musicale est impuissante k bien rendre.
Cest assureraent Tun des types nationaux les pins complets de nos
vieilles 16gendes euskariennes. Mon excellent ami J ales Sallaberry
pensait, lorsqu'il pnblia son recueil, que le meurtrier de Bertereche
6tait probablement un comte de Troisvilles, lieutenant du roi en
son chateau de Maul6on'; raais le comt6 de Troisvilles date de
i643, et le premier capitaine chatelain de Mauleon de cette famille,
Armand-Jean de Peyr6, comte de Troisvilles et abb6 commenda-
taire de Montier-en-Der, exer^a la charge de gouverneur de Soule
de 1676 k 1681 s .
Notre complainte denote une facture beaucoup plus ancienne, et
la tragique aventure dont elle nous a conserve le souvenir est 6vi-
demment ant^rieure au dix-septienie siecle. J'en vois la preuve
certaine dans le pr6nom de la mire de Bertereche, Maris antz de
Bustanoby , trfes frequent en Soule au quinzi&me siecle, encore usit£
1. Recneillie et publiee par J. Sallaberry, Chants populaires du Pays
Basque, Bayonne, 1870, p. 309.
La musique recueillie et notee par Gh. Bordes differe legerement de ceile
donnee par Sallaberry.
2. Chants populaires du Pays Basque, p. 406.
3. Yoy. pour les comtes de Troisvilles, le comte de Gandale et le comte de
Lerin, Les Capitaines chdtelains de Mauleon (fievue de B4arn t Navarre et
Lannes, i884-i885).
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3ja QUELQUES LEGENDES POETIQUES
dans la premiere moitie* du seizi&me, et que Ton n'y rencontre plus
quelque temps apr&s.
Or, avant 1646, je ne vois dans la s6rie des capitaines ch&telains
de Maul6on que deux personnages auxquels puisse s'appliquer le
qualificatif de jaon kuntia : Jean de Foix, comte de Candale, et
Louis de Beaumont, comte de Lerin, baron de Guiche et de Gurton,
constable de Navarre ; mais le premier doit £tre £carte, car il ne
trouva pas le loisir de venir prendre possession de sa charge ;
d'ailleurs, le comte de Lerin commandait k Mauleon depuis i/p4,
comme lieutenant du due de Glocester, pr6d6cesseur de Jean de
Foix, et il refusait de rendre la place. Beaumont £tait lebeau-frfere
de Jean d'Aragon, roi de Navarre, et Henri VI, roi d'Angleterre,
qui avait quelque int£r£t k le manager, lui laissa, par lettres du
16 mai i447» la jouissance du chateau de Maullon jusqu'k ce qu'il
fftt pay£ des frais de construction dune tour qu'il avait fait elever
pour la defense de la forteresse et d'autres reparations, le tout
6valu6 k une somme de mille livres sterling. Le 8 aofit 1448, noble
Guillaume, Mtard de Beaumont, s'intitulait «cappitaine et garde deu
castet de Mauleon per lo tres honorable et potent senhor mossenhor
Loys de Beaumont, condestable de Navarre, senhor et ministre
deu castet et castelanie de Mauleon et de la vicomtat de Sole per
nostre tres souveran senhor lo rey d'Angleterre et de France 1 *>.
Depuis, Henri VI ne porta pas longtemps ce titre de roi de
France, car les Francois commencement la conquete de la Guyenne
pr6cis6ment par le chateau de Mauleon, qui tomba en leur pouvoir
au mois de septembre i449* « En ce diet mois, — raconte Jean Char-
tier, auteur contemporain', — les comtes de Foix et d'Estrac, les
vicomtes de Loumaigne et de Lautrec et plusieurs aultres barons,
chevaliers et escuyers des pays de Foix, de Comminges, d'Estrac,
do Bigorre et de Beam, jusques au nombre de six k sept cent lances
et dix mil arbalestriers se partirent des pays de Beam et entrerent
au pays de Basque ou a ville et chastel nomm6e Mauleon de Sole,
laquelle ledict comte de Foix fist assieger de tous costez. Et quand
ceux deladicte ville se virent enfermez, doubtant estre prins d'as-
sault, se rendirent par composition et mirent ledict comte de Foix
dedens. Les Anglois tindrent ledict chastel dont estoit garde le
connestable de Navarre. lis le pouvoient bien tenir, car e'est le
1. Arch, de M M la comtesse de Brancion, aujourd'hui & M. Paul Labrouche,
Papier8 d'Othenart.
2. HUtoire de Charles VII, rojr de France, p. 19a.
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DU PAYS DE SOULE 373
phis fort chastel de Guyenne, assis sur un moult hault rocq. Ledict
comte fut accerten6 par ceux deladicte ville qu'il y avoit pou vivres
dedens. Si y mist le siege de toutes parts. » Le comte de Lerin,
ayant eu la certitude qu'il ne recevrait aucun secours du roi de
Navarre, rendit le chateau, en obtenant la vie sauve pour la gar-
nison, et se retira a Pampelune.
C'est done de la premiere moiti6 du quinzteme si&cle, entre i434
et i449> que date la ballade de Berterfeche, car le meurtre du fils
de Marisantz de Bustanoby fut certainement commis ou ordonn6
par le comte de Lerin, — qui 6tait Navarrais et parlait le basque,
— pendant qu'il commandait au chateau de Maul6on.
La Soule 6tait alors le theatre d'une sanglante querelle des fac-
tions rivales de Luxe et de Gramont, qui, depuis plus d'un si&cle,
partageait tout le Pays Basque cispyr£n6en en deux camps enne-
mis ; Louis de Beaumont favorisait le parti du seigneur de Luxe,
son proche parent, et la mort de Berterfeche fut un des mille inci-
dents de cette guerre civile.
Par lettres patentes sign£es au chateau de Pau le i3 novembre
1427, Jean, comte de Foix et de Bigorre, vicomte de B6arn, donne
commission a Guillaume-Arnauton de M6ritein d'arrfiter et con-
duire aux chateaux d'Orthez, de Sauveterre, de Bellocq, de Pau et
de Montaner, un certain nombre d'individus qui ont contrevenu a
la paix de dix ans par lui faite. avec pleins pouvoirs des parties,
entre Jean, seigneur de Gramont, et Gracian de Gramont, seigneur
de Haux et d'Olhaiby, d'un cdt£, Arnaud-Loup, seigneur de Luxe,
et le seigneur de Domezain de l'autre. II ordonne de les arrfiter
n'importe oil, excepts en lieux sacr6s et religieux, et s'il doit, pour
cela, dgmolir ou brftler des maisons, s'il s'ensuit plaies ou mort,
le comte Ten relive 1 .
Les deux partis avaient des adherents non seulement en B6arn,
mais encore en Navarre, en Guipuzcoa et en Guyenne. Le 26 ftvrier
i43 1, a Bordeaux, Francois, seigneur de Gramont, et Gracian de
Gramont, seigneur de Haux, signent avec Bertrand, seigneur de
Montferrand et Langoiran, et Francois de Montferrand, seigneur
d'Uza et Belin, une ligue par laquelle ceux-ci promettentd'aiderles
deux premiers dans leurs propres guerres contre tous, sauf le roi
d'Angleterre, le comte de Foix etLongue ville, et le captal de Buch,
de fournir vingt-cinq hommes d'armes, bien months et habilles, et
1. Archives de M m * de Brancion, Papiers cTOihenart.
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3^4 QUELQUES LEGENDES POETIQUES
de les mener a leurs propres d6pens aux lieux oil les seigneurs de
Gramont et de Haux auront la guerre, cinq semaines apr&s qu'ils
en seront requis. Et si ces derniers ont besoin de plus de gens,
Bertrand et Francois de Montferrand promettent de les aider de
tout leur pouvoir, de leurs corps et de leurs biens. Par un autre
traits fait entre le seigneur d'Uza et Gracian de Gramont, le pre-
mier promet au seigneur de Haux vingt-cinq hommes d'armes et
deux cents arbal£triers, un mois aprfes qu'il en sera requis, et s'il
faut davantage, il fera son possible '.
Francois de Gramont obtint aussi le concoursdu comte de Foix,
vicomte de B6arn, qui, par lettres de i434 et i436, promit de Taider
et secourir envers et contre tons, hormis les rois d'Angleterre et
de Navarre, chaque fois qu'il en serait requis*.
Quelque temps aprfes, Bertrand, seigneur de Montferrand et de
Langoiran, se d6gagea de son alliance avec le lignage de Gramont
et £pousa Jeanne de Luxe, fille de Jean I w , baron de Luxe, Osta-
bat, Lantabat, Tardets, Ahaxe et autres seigneuries, ricombre de
Navarre et chambellan de la princesse de Viana, et de Marie de
Peralta. Le contrat de mariage fut pass6 devant Jean de Bergara,
notaire du pays de Labourd, le 6 avril i44*>» et Jean de Luxe
donna pour cautions de la dot promise deux gentilshommes de son
lignage, Arnauton, seigneur de Belsunce, et Arnauton, seigneur
d' Armendarits \
Le seigneur de Luxe avait lui-m6me assez de partisans et d'al-
lies pour tenir t£te aux nombreux et puissants adherents de son
adversaire, car on le voit donner entre les mains du s£n6chal de
B6arn, par lettres dat£es de Menditte, le 22 septembre i44$» sftret6
a Francois, seigneur de Gramont, et a ceux de son lignage, qu'il
ne leur sera fait aucun mal pendant quinze jours 4 .
Deux ans plus tard, quand la guerre £clata entre l'infant Don
Carlos, prince de Viana, et Jean d'Aragon, son p&re, qui detenait
la couronne de Navarre depuis la mort de la reine Blanche, les
lignages de Luxe et de Beaumont se rang&rent du cdt6 de Don
Carlos, tandis que les Gramont et les Navarre-Cortez se dSclaraient
i. Arch, de M"* de Brancion, Papiers d'O'ihenart.
a. Ibid. — Arch, des Basses-Pyrenees, Serie E, cartons 4^7 et 438.
3. Arch, du seminaire d'Auch, Papiers d'Oihenart, Noblesse de Gascogne et
Navarre, f* 67.
4. Inventaire des titres de la maison de Gramont, manuscrit du seizieme
siecle, P 180.
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DU PAYS DE SOULB 3^5
pour le roi. Les hostility commencerent au mois de septembre
i45o, et Jean de Luxe s'empara aussitftt de Saint-Jean-Pied-de-
Port, qui £tait la principale place forte de la Basse-Navarre 1 .
La querelle des Luxetins et des Grainontais prend alors de
telles proportions en Basse-Navarre, que les chefs des deux partis,
le tres noble En Francois, seigneur de Gramont, et En Arnaud-
Guillaume, seigneur de Domezain, l'un des tuteurs de En Johan II,
seigneur de Luxe, pupille, se reunissent avec d'autres gentilshom-
mes et bonnes gens de Tun et 1' autre lignage, le lundi 2 juillet i453,
dans une prairie dite de Sorhabil, et designent six commissaires,
trois de chaque cdte\ pour rSdiger les articles d'une hermandad au
pays de Mixe, afin de mettre fin aux meurtres, pilleries et autres
exees qui se commettent journellement, en public et en secret,
entre les lignages de Gramont et de Luxe, et que la justice ne pent
reprimer a cause de la division qui regne entre les princes, leurs
souverains seigneurs.
Ges commissaires se reunissent dans l'eglise Saint-Jean-Baptiste
d'Amendeuix le lundi 3o du m&me mois et arretent les clauses sui-
vantes :
La paix est renouvelee entre les deux lignages. Les malfaiteurs
devront dire apprehended et livre*s a la justice royale par le pre-
mier venu de ceux qui sont engages dans cette hermandad, au
besoin ab crit et biaffore et orde sonade, repic de campane, e'est-
a-dire avec cris, appel au secours, tocsin et sonnerie de cloches a
coups pr£cipites, sous peine d'une amende de 6 florins du bon
coin d'Aragon, applicable au soutien des charges de la herman-
dad.
On arrete ensuite des mesures repressives contre quantite de
gens du pays ou Strangers qui vivent de vols, sous pr^texte qu'ils
sont du parti du roi ou de celui du prince.
Si quelque personne genereuse, e'est-a-dire noble et puissante, ou
autre qui n'adhererait pas a Tunion desdits seigneurs, d£fie, meur-
trit, menace ou injurie aucun de ceux qui ont charge d'executer ces
prescriptions, le procureur de Fun desdits seigneurs devra la pour-
suivre devant toute juridiction royale ou seigneuriale, aux frais
des deux partis, jusqu'a entiere satisfaction du plaignant.
Si quelqu'un commet quelque crime ou vol et se reTugie sur le
territoire des baronnies de Luxe ou de Gramont, on pourra les y
1. Arch, de Pampelune, caisses i55, n° 49, et i56, n* 18.
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3^6 QUELQUES LEGENDES POETIQUES
poursuivre sans violer les preeminences, franchises et liberty de
ces baronnies, et, une fois pris, on les presentera an capitaine ch£-
telain, bayle on clavier de la baronnie, en reque>ant de lui comply
inent de justice, et s'il refuse, le baron ou son tuteur sera tenu de
punir le malfaiteur suivant le cas, au criminel, s'il est question
d'action criminelle, et de Fobliger k dedommager au double le
plaignant, s'il s'agit d'action civile.
La duree de ces dispositions est laiss£e k la discretion des deux
seigneurs. S'il arrivait que le roi ou le prince ordonn&t chose due
ou indue, les deux seigneurs, vu tel mandement, tiendraient con-
seil entre eux et feraient reponse.
M* r de Gramont pour lui et son parti, et le seigneur de Dome-
zain pour lui, plus Gracian de Luxe, seigneur de Saint-Pee en
Labourd, et le meme seigneur de Domezain, corarae tuteurs du
noble En Johan, seigneur de Luxe, et comme procureurs du Reve-
rend Pere en Dieu M* 1 " Pees de Pcralta, evGque dc Pampelune,
aussi tuteur dudit pupille, du c6te de la mere, devront fournir cau-
tion et jurer ces articles, sous peine de perdre Thonneur et de payer
une amende de 2000 livres de Morl&as 1 .
Mais Thistoire de ces factions m'entralnerait trop loin et je vais
seulement citer quelques documents qui prouvent combien les
attentats du genre de celui dont Bertereche fut la victime etaient
frequents en Soule, au quinzieme siecle.
Un fragment d'enqufcte du 14 avril 1478 nous apprend qu'un
gentilhomme d'Alcay, Menauton d'Athaguy, fut attaque et
blesse par Guilhemto, fils de la maison noble d'Irigaray d'Alcay,
ct Menautoxe, fils du chapelain de Gorritepe, ayant en leur compa-
gnie plusieurs de leurs parents, los totz abilhatz d'armes,
comme son valestes, lances, spades et broques. Ces individus se
retirerent ensuite dans Teglise d'Alcabehety, ou ils demeurerent en
force et qu'ils refuserent d'ouvrir, lorsque, par mandement du
ch&telain de Mauieon, le bayle de Soule-Souverain se presenta
pour les capturer. Guirauton de Sainte-Colonie, lieutenant du
gouverneur, fut oblige d'y aller lui-m£me, avec des archers, et ils
se rendirent alors ; mais quelques parents . intervinrent et le lieu-
tenant laissa en liberte Guilhemto d'Irigaray et Menautoxe de Gor-
ritepe, sous la caution de Picrre-Arnaud, seigneur d'Irigaray
d'Alcay, et du sieur de Bertereche de Cihigue, se contentant de les
1. Arch, de M"* de Brancion, Papiers d'Oihenart.
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DU PAYS DE SOULE 3^
assigner a la cour de Licharre pour le a mai suivant; mais il leur
imposa la condition de rester hors du pays jusque-l&, sous peine
d'une amende de a5 marcs d'argent. A la priere de monseigneur de
Luxe, le lieutenant prorogea le delai de comparution jusqu'au
i er juin*.
Le 22 d6cembre i44?» Roger, seigneur de Gramont, £crit de
Bidache a M m * Jeanne de Beaumont, fille du constable et de
Jeanne de Navarre, veuve de Jean II, seigneur de Luxe, pour se
plaindre que malgre* la paix finale conclue entre les deux lignages
par le deTunt roi Phebus, les compagnons de Domezain ont assas-
sin^ Bernard de Rospide* et commis, depuis, biend'autres meTaits.
« Vous avez aussi oui dire, je pense, ajoute-t-il, que lesdits de
Domezain, avec quelques-uns de leurs compagnons du lignage de
Luxe, habitants du pays de Mixe, se sont mis dans un bois, pres
de Sussaute, qui est de mon lignage, et, de la, en tirant leurs
traits, ils ont tu6 un fils d'Alsarrec d'Arbouet, mon compagnon.
Et ils en auraient fait davantage sans l'aide de Dieu et les bons
eflets que Ton fit. On n'a pas entendu dire que vous ni votre
lignage ayez pense* a punir ces meTaits, et bien que j'aie sursis et
et u'aie pas permis qu'on en tirat vengeance, je ne sais plus que
repondre quand on vient se plaindre. Je vous prie done et vous
requiers au besoin de punir les coupables. J'attends votre bonne
r6ponse a . »
Au mois de mars i486, M m0 Catherine de Caste tpugon, veuve de
Gracian de Gramont, chevalier et ricombre de Navarre, seigneur
de Haux, Olha'iby, Montory, Abense pres Maullon, la Salle de
Cheraute, etc., 6crivit de Haux ou de Montory k Roger, seigneur
de Gramont, son fils, une lettre dont voici la substance :
« Les gentilshommes du lignage de Tardets suppliaient M mo de
Gramont de vouloir bien envoyer un messager a son fils pour qu'il
lui plut faire la paix et mettre fin aux mefaits qui avaient suivi et
pouvaient encore suivre les meurtres et autres exces commis par
quelques fils d'iniquit£ de leur lignage, en Soule et ailleurs.
« A leur priere M me de Luxe s'^tait transported en Soule et avait
assemble, le 25 mars, les gentilshommes et communaut£s du lignage
de Tardets, et leur avait fait jurer la paix.
« Ils se seraient adress6s a monseigneur de Luxe, s*iis ne lui
1. Arch, des Basses-Pyrenees, Minutes de notaires de Soule non class ees.
a. Gentilhomme du village d'Aroue, pres de Domezain.
3. Arch, de M M de Brancion, Papiers d'Oihenart.
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3^8 QUELQUES LEGENDES POETIQUES
eussent 6t6 d6plaisants, a cause de quelques dommages faits par
leur parti aux lignages de Haux et d'Olhaiby. Et, a cause de cette
crainte, ils out recours a M mo de Gramont comme a la meilleure
me'diatrice. »
Roger de Gramont rlpondit a sa mere :
« Madone, Taut humilementz cum pusc me recomandi a votre
bone grace, et vos plassi saver que ey recebudes las lettres que per
lo rector de Montori present portador vos ha plagut me scrivre et
trametre, la una de vos a mi et l'autre deus gentiushomis et com-
panhoos deu linadge de Tardetz a vos dirigide, laquoau dite lettrc
portabe credence, et, segont lodit rector en vertut dequcre ere-
dense me ha diit et esplicat, semble que los dessus dits ayen deli-
berat dessi en abant de voler vivre en patz ; et me desplatz que
totz temps davant daquestes hores ne han agut tal prepaus et deli-
beracion, car si adagossen lors cors, las animas et las bees de edz
et de nos ne valeren betcop mes que non fen.
« Madone, vos sabetz que ayssi cum la may son de Lucxe a tres
linadges so es assaber Lucxe, Ahatze et Tardetz, que parelhementz
jo ey Gramont, Aus et Olhaiby en losquaus ha Dieu mercer betcop
de gentiushomis et d'autres gens de bee, ab losquoaus suy delibe-
rat de communicar so qui a vos a plagut me scrivre et mandar,
car nia plusors que an recebut dampnage et no sere pas ben feyt a
mi de estar tan presumptuos que de mi medix responossi adaquestc
materi que es de tan gran importanssa. Per laquoau cause, Ma-
done, et per complir votre mandament suy deliberat congregar et
assemblar mons dits linatges et los far venir a Gramont. Et per so
que bonement, lo linatge d'Aus schetz grand fatigue no y poyre
venir, me semblere fosse bon que donassen scharge etpodera dus
gentiuhomis et a dus deu comun per venir part dessa a la assem-
blade, au jorn que per mi lor sera feyt assabut, et me semblere
(sauban votre meilhor aupinio) que los gentiushomis per lo linatge
d'Aus fossen Beleterrech * et Monguillot d'Arhansette, et pareilie-
ment que ni vieyra autant deu linatge d'Olhavy, ausquoals jefarey
sabidors.
« Et ab tant, Madone, pregui Diu que vos doni so que votre cor
desire.
« De Bardos lo darrer jorn deu mes de martz '. »
i. Ramonet, seigneur de Bertereche de Menditte.
a. Arch, de M~ de Brancion, Papiers d'Oihenart.
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.j
DU PAYS DE SOULE 3^9
Le 21 d^cembre i486, k Bidache, Roger, seigneur de Gramont,
Haux, Olha'iby, Hastingues, etc., oonseiller et chambellan du roi
de France, maire et capitaine g£n6ral de la ville de Bayonne,
donne pouvoir k mossen Guixarnaud d'Arhancette, recteur de
Haux et de Montory, M e Menaud de Barbfene, bachelier fes arts,
demeurant k Maul6on, nobles Ramonet, seigneur de Berter&che de
Menditte, Jean, seigneur de Gharritte, et Johannot, seigneur
d'Audaux, de se presenter, en son nom, devant noble Jean, sei-
gneur de Miglos, commissaire d6put6 par la reine de Navarre,
pour etablir en Soule, entre les seigneurs de Gramont et de Luxe,
et leurs lignages, une trSve dont la dur^e sera fix6e par ces sei-
gneurs eux-m$mes, pour 6dicter des peines.contre les violateurs
de cette tr6ve, et les faire ratifier, pour faire jurer la trfcve par les
deux seigneurs, et enfin pour faire r^parer, k dire d'experts con-
venus, les dommages d£j& commis entre les deux partis de Luxe et
de Gramont 1 .
Dans un m£moire que Roger de Gramont fournit, quelques an-
n6es plus tard, sur les meurtres et pilleries commis par les Luxe-
tins sur ceux du lignage de Haux, les deux gentilsbommes les
plus charges sont P6trissantz, seigneur de Rutigofty de Lichans et
de Gorritep6 d'Al^abehety, et Amauton, abb£ laique de Barcus.
On nomme aussi, parmi les Luxetins, le potestat du Domec de
Sibas, Pierre- Arnaud de Suhare, seigneur de Casenave de Subare,
les b&tards d'Espfes, Casenave de Restoue, Pierre- Arnaud, seigneur
de Laphitz de Subare, etc.
« L'an i493 — y est-ii dit, — les serviteurs de monseigneur de
Luxe et les compagnons du lignage de Tardets allerent, la nuit, a
Licq et entr&rent dans la maison de Jean de Licq, feignant de vou-
loir y manger et boire. La, s'introduisant par force dans la
cbambre dudit Jean, ils le tuerent dans son lit, sans qu'il eftt
jamais rien fait et sans lui donner lieu de se confesser.
« Depuis s'61evfcrent, c'est-k-dire prirent les armes, Jean de La
Salle, staganer (administrateur, gardien, locataire) de la maison
de Tardets, et ledit Petrissantz, seigneur de Rutigoity, avec d'au-
tres gentilshommes et compagnons du lignage de Tardets, et cou-
rurent k Atherey pour piller et tuer. Ceux de Licq et de Haux 6tant
venus au secours d' Atherey, un homme de Licq, nomm6 Etchego-
ren, fut tu6.
1. Arch, de M"* de Brancion, Papiers d'Oihenart.
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380 QUELQUES LEGENDES POET1QUES
« Ensuite, ledit Rutigoity et d'autres ses compagnons revin-
rent a Atherey et mirent a mort on idiot de Licq qui fauchait de la
foug&re.
« Pais ledit Jean de La Salle et Rutigoity, avec leurs compa-
gnons, coururent a la campagne de Licq et atteignirent an homme
de ce village nomni6 P£es Tome ; ils le ta&rent, demandant la
confession de quoi le chrestiaa (cagot) de Tardets ly fe las
gorges.
a Pais vint le seigneur de Luxe avec ses gentilshommes et ses
compagnons audit lieu, et la, ils tuirent Pierre, sieur d'Arhauspe
de Haux, demandant la confession.
« Puis lesdits Rutigoity et abb6 de Barcus, Guilhemto de Trois-
villes, Guilhein-Arnaud, potestat du Domec d'Ossas, et le potestat
de Gasenave de Suhare, avec a peu prfes 3oo compagnons du lignage
de Tardets, coururent h treyl pen&at jusqu'a Laguinge et y tu&rent
Guilhem-Arnaud, seigneur de Laxague, sans nul merci et sans qu'il
eut fait d£plaisir ou dommage a homme du monde.
<\ Un de ces jours-la, Sancho d'Arhancette, voyant tons ces excfes
des Luxetins a Licq, alia vers l'abb6 de Barcus et le seigneur de
Rutigoity pour leur demander s'il ne se pouvait pas 6tablir paix
entre les deux partis de Luxe et de Gramont, et, pendant qu'il
parlait, il fut tu£ en presence desdits Barcus et Rutigoity, et a leur
requisition.
« Peu de jours apr&s, le m&me abbe de Barcus vint a Laguinge
avec ses compagnons et y tua de sa main un nomm£ Guixarnaud
d'Insagorspe, d'Urdaix (Sainte-Engrace). »
Le mlmoire relate ensuite tout au long les vols de b^tail et de
menbles, et raconte enfin que, le 7 aout i4<P, les batards d'Esp&s et
leurs compagnons avaient tu£ a Montory Jean de Barr6na, qui
venait du moulin, et Johannot d'Arospide, qui gardait son
maltre *.
On voit par un acte de Guicharnaud d'Ohix, notaire, du 2 oc-
tobre i494» <J ne certains meurtres, excfes et voies de fait ayant 6t&
commis peu de temps auparavant et s'6tant continues de jour en
jour, le lieutenant du s£nechal des Lannes vint au pays de Soule
pour y r<§tablir l'ordre et la police ; il fit arrSter les honorables
Johan, seigneur d'Esp&s, et Tristan, seigneur de T Abbadie de San-
guis, et les livra a 1' honorable Pierris Gros, lieutenant de Mau-
1. Arch, de M* a de Brancion, Papiers d'Oihenart.
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DU PAYS DE SOULE 38l
16on, pour les faire enfermer dans les prisons da ch&teau, lui re-
commandant de les tenir en fid&le garde. Mais Pierris Gros ayant
d61ib£r6 d'aller au pays de Rouergue vers monseigneurd'Arpajon,
son maltre, ne voulut pas retenir plus longtemps lesdits seigneurs
d'Esp&s et de Sauguis. Consid6rant que ledit lieutenant du s6nechal
6tait retourn6 k Dax sans lui donner d'autres instructions et vou-
lant complaire auxdits Johan, seigneur d'Esp&s, et Tristan, sei-
gneur de l'Abbadie de Sauguis, attendu qu'ils Itaient gentils-
hommes, il les mit en liberte sous caution. Les honorables Arnaud
de Tardets, seigneur d'Ahetze de Peyrtede, Guilhem-Arnaud, sei-
gneur d'Arbide de Juxue et de la Salle de Gotein, Guilheinto,
seigneur du Domec de Lacarry, et Roger, seigneur de Lichos et de
Casenave de Charritte, gentilshommes du parti de Luxe, jur&rent
de rendre les corps et personnes desdits seigneurs d'Espes et de
Sauguis au ch&teau de Maul6on, trois jours apr&s qu'ils en seraient
requis, sous peine d'une amende de ioo marcs de bon argent fin
au profit du roi, obligeant pour cela leurs corps et leurs biens 1 .
Par un autre acte du niSnie jour, l'honorable Ramonet, seigneur
de Berter^che de Menditte, gentilhomme du parti de Gramont, fut
mis en liberte aux monies conditions, en donnant pour garants un
cordonnier et un barbier de Mauleon *.
Une requite pr£sent£e par ce Ramonet de Bertereche au ch&te-
lain de Mauleon raconte comment son fils fut tu£ par les Luxe-
tins : « A vos Moss or lo cappitaine et governador de Solle, Ex-
pause et humilment remustre noble homme Ramonet, senhor de
Berretereche de la parropie de Menditte, subget deu Rey nostre
senhor, que pot aver ung an et miey o environ ung aperat Arnau-
ton, abat de Barcuxs, lo senhor de Salaverri deMendi, Chicot, filh
deu tisner de Tardetz, Maititoa, sabeter deu loc de Tardetz, Johan
de La Salle, lo maestrot de Pagolle..., et autres lors complicis et
aliatz, no savem per quenh spirit solicitatz, aben lor maubade in-
tention en lors coradges, se transportan armatz et inbastonatz de
lanses, espades, balistes, broques et autres invassibles armes en la
parropie de Menditte, a gueyt apens, et aqui rencontran ung ape-
rat Pierres, fiih deu medixs Ramonet, distan deung treyt de baliste
de la maison deudit Ramonet, auquoal, sens luy aber cometut
cause per que mes volen lor maubade intention meter a execution,
x. Arch, des Basses-Pyrenees, Minutes de notairea de Soule.
a. Ibidem.
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382 QUELQUES LEGENDKS POETIQUES
qui aixi fin, lo donan plussors cops de treyt de baliste, lance et
espade audit Pierres, desquoaus cops lodit Pierres es anat de vie a
trespas, et so non obstant non estantz conteatz deusdits cops audit
Pierres, lo pilhan raubau et bajulan sa baliste, sint... auret argent
et autres causes que portabe suus ; de laquoale mort, pilhatories
et raubatories deudit Pierres, son filh, sa enrer, luy dit Ramonet
s'en thiese grebat, injuriat, et totalement dampnadiat recor... da-
bant vostre senhorie deusquoaus susdits murtris, pilhadors et
raubadors, lodit Ramonet done per clamor et rencune criminosse
tant force que pot, cum au cas se apparthiey, requerent vos placi
far la justice au cas susdit pertinente 1 ... »
La suite et la date manquent, mais le meurtre de Pierre de Ber-
ter&che est posterieur au 26 juin 1492, car, k cette date, il servait k
Dax, comme archer, avec Johannot de Charritte, homme d'armes,
et Pierre- Arnaud de Ruthie, 6galement archer, dans la compagnie
du seigneur de Gramont 1 .
Un gentilhomme luxetin assez peu fortune, puisqu'il labourait
lui-m&me son champ, va nous fournir le pendant de la requite du
seigneur de Berter^che de Menditte.
« Le 4 aout i495, Arnautoxe, seigneur de la maison noble de
Carrfcre d'Abense, se rend devant la porte de la borde du ch&teau
de Maul6on, en la presence du trfes noble et puissant seigneur
monseigneur Guy, sire d'Arpajon, capitaine et gouverneur des
pays et vicomt6 de Soule, et lui expose qu'il y a cinq ou six mois
passes, un peu plus un peu moins, Bernard, fils de Reteguy d'Et-
charry, Gaxernaud, son fr&re, Arnautoxe de Bortiry, dudit lieu
d'Etcharry, Guilhem-Ramon, fils d'Ascon de Charritte, Gracian,
fils de Garagar (Gargatain?) de Viodos, Petiry, appel6 Villoro-
handy, dudit Viodos, Gracian, fils d'Irigoyen de Licharre, le ba-
tard de Bohoxantz de Menditte et un autre homme appel£ le Va-
cher de Montory, se transportferent k sa borde, ou lui et son fils
Guilhem-Arnaud labouraient au champ, avec des boeufs. lis y
vinrent insidieusement et malicieusement, instigu£s et pouss£s par
le malin esprit, tuerent son fils Guilhem-Arnaud et lui volirent
son arbal&te et ses habillements, sans que jamais, de fait ou de
parole, il les eut offenses. Pourquoi, ledit Arnautoxe fait clameur
etrequiert justice desdits meurtre et vol, en demandant Tadjonction
1. Arch, des Basses-Pyre'ne'es, Notairea de Soule,
a. Bibl. Nat., mss., Fonds frangais, vol. 21, 5oa.
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DU PAYS DE SOULE 383
au capitaine chatelain de M e Guillaume de Chele, procureur du
roi, en presence de 1' honorable Guilhem-Arnaud, seigneur de Jau-
reguiberry de Libarrenx et de Menaud de Recalt, d'Abense 1 . »
En plus de la maison noble de Berterfeche de Menditte, il y avait
en Soule des maisons rurales du meme nom — qui s'est 6crit Bere-
tereche et Berretereche jusqu'au dix-huitieme siecle — a Larrau, a
Lichans, a Cihigue, a Al^abehety, a Viodos, etc., mais, d'apres la
tradition, c'est de celle de Larrau qu'etait la victime du comte dc
Lerin, ce qui s'accorde d'ailleurs avec les indications geographi-
ques de notre ballade.
En effet, la montagne de Bostmendieta separe Larrau du village
de Lacarry, ou se trouve la maison de Bustanoby, et la valine
d'Andoce conduit de Larrau a Licq. Enfin, la maison d'Espeldoy est
situee dans la campagne d'Etchebar, non loin d'Atherey. On y voit
encore aujourd'hui, enclave^ dans la basse-cour, une croix dc
pierre erig^e a l'endroit mgme ou fut tu6 le malheureux Berte-
r&che.
Ill
ATHARRATZE JAUREGIKO ANDERIA
Ozaze Jaurgaihian bi zitroh doratu,
Atharratzeko jaonak bata du galthatii
Vkhen dii arrapostii eztirela huniii.
Huntiirik direnian batto iikhenen dii.
— Portaliala juan zite, ahispa maitia,
Ingoiti horra diizii Atharratzeko jaona ;
LA DAME DU CHATEAU DE TARDETS
Au manoir de Jaurgain d'Ossas sont deux citrons dorls,
Le seigneur de Tardets a demande Tun.
II a eu reponse qu'ils ne sont pas mars ;
Lorsqu'ils auront muri, il en aura un.
— Allez au portail, ma soeur bien-aimee,
Sans doule, le seigneur de Tardets arrive deja ;
i. Arch, des Basses-Pyrenees, Notaires de Soule.
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VvT
384 QUELQUES LEGENDES TOET1QUES
Olhoiy erran izozu ni eri nizala,
Zazpi egiin hoietan ohian nizala.
— Bai, bena eniikezii hortan sinhetsia
Hari erraiten badot zii eri zirela,
Zazpi egiin hoietan ohian zirela,
Bera nahi diikezujin zii ziren lekhila.
Ahizpa, jaunts ezazii arrauba churia,
Nik erejauntsiren dit ene zaia berdia,
Ingoiti horra diizii zure senhar geia;
Botzik kita ezazii zure sor etchia.
— Klara, zuaza orai salako leihora,
Ipharr' ala hegua denez jakitera,
Ipharra balinbada, goraintzi Salari,
Ene khorpitzaren cherkhajin dadila sarri*
Ama,juanen gira oro alkharreki.
Etcher at jinen zira changri handirehi,
Bihotza kargatiirik, begiak bustirik,
Eta zure alhaba thumban ehortzirik.
Ozazeko zehiak dii arrapikatzen,
Jaurgainek* anderia herritik phartitzen.
Je vous en prie, dites-lui que je suis inalade,
Que depuis sept jours je suis au lit.
— Oui, mais je ne serai pas crue en cela,
Si je lui dis que vous etes maladc,
Que depuis sept jours vous etes au lit.
11 voudra venir lui-meme a l'endroit oil vous vous trouvez.
Soeur, revelez votre robe blanche,
Moi aussi je mettrai ma robe verte,
Sans doute, arrive deja votre futur epoux.
Quittez, joyeuse, votre maison natale.
— Claire, allez maintenant a la fenetre dc la salle,
Savoir si c'est le vent du Nord ou celui du Sud qui souffle.
Si c'est le vent du Nord, mes compliments a La Salle.
Qu'il vienne tout a Theure chercher mon corps.
Ma mere, nous nous en irons tous ensemble,
Vous reviendrez a la maison avec un grand chagrin,
Le cceur gros, les yeux mouilles.
Et vous aurez descendu voire fille dans la tombe.
La cloche d'Ossas carillonne,
La demoiselle de Jaurgain part du village ;
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DU PAYS DB SOULE 385
Haren peko zaldia iirhez da zelatzen,
Hanko tchipi handiak beltzez dira bezlitzen.
Atharralzeko hiria hiri ordoki,
Hur handi bat badizii aide bateti;
Errege bidia erdi erditi,
Maria-Maidalena beste aldeti.
— Ama, saldti naiziX biga bat bezala,
Bai eta desterratii, oi ! Espahiala.
Aita bizi iikhen banu, ama, zii bezala,
Enunduzun ezkunturen Atharratze salala \
Le cheval qui la porte est selle d'or
Et la, petits et grands s'habillent de noir.
La ville de Tardets est en plaine,
Elle a une riviere d'un c6t6,
Le chemin royal [la traverse] par le milien.
[La ehapelle de] Marie-Madeleine est de l'antre c6te.
— Mere, vons m'avez vendue comme une genisse,
Oui, et exilee, helas ! en Espagne.
Si j'avais eu mon pere vivant, mere, comme vous,
Je ne me serais pas mariee an chateau des Tardets.
La belle llgende de la chatelaine de Tardets, tres populaire
encore aujourd'hui dans les trois provinces basques cispyreennes,
peut marcher de pah 1 avec la complainte de Bertereche, et comme
poesie et comme musique ; mais la version primitive en a 6te sin-
gulierement alteree par une tradition orale trois fois seculaire.
Dans ces transmissions successives et par suite de confusions
inevitables dans un texte qui ne paralt pas avoir 6U jamais fix 6
par la plume, on a fini par chanter Atharratzjauregian au lieu de
Ozaze Jaurgaihian, par donner k la fiancee du seigneur de Tar-
dets, devenue — selon Texpression de Chaho* — sainte par deses-
poir d'aniour, le nom de Santa Klara, qui £tait celui de sa soeur,
andre Klara, et enfin par faire de l'6poux de notre heroine un
i. Voy. Franci9qub-Miciibl, LePays Basque, p. a65; Sallabbrry, Chants
popnlairea du Pays Basque, p. 284 ; Paul Pbrrbt, Le Pays Basque, grand
in-8% p. 484.
st. Biarrits, 1" partie, p. 198.
35
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386 QUELQUES LEGENDES POETIQUES
roi de Hongrie ', ouun certain Ongriagaray qui Taurait eminence
en Espagne *.
II y a bien vingt-sept ans que cette naive et touchante ballade
m'int£ressa pour la premiere fois, ct je cherchai a Tcxpliquer dans
un article sur les Chants populaires de nion ami Jules Sallaberry,
envoys au Courrier de Bqyonne, en 1870, au moment oil j'allais
perdre pour quelque temps le loisir de in'occuper de poesies et de
traditions euskariennes.
Depuis, j'ai pu, non sans d'assez longs t&tonnements, en recons-
tituer le texte, tel qu'on vient de le lire. Est-il rigoureusement
exact ? On va pouvoir en juger par les donnees et les documents
qui servent de base k ma le$on.
La persistance des deux vers : Baieta desterratu, oi! Espahiala
— Oui, et exitee, h61as ! en Espagne, — et Enixnduzen ezkunlu-
ren Atharratze salala — Je ne me serais pas marine au chateau
de Tardets *, — dans toutes les versions que j'ai recueillies moi-
m£me en Soule et en Basse-Navarre, comme dans celle publi£e par
M. Francisque-Michel, prouve jusqu'a l'^vidence qu'ii s'agit d'une
jeune fille marine contre son gr6 au seigneur de Tardets, puis
exilee en Espagne.
Or, — on va le voir, — Marie de Jaurgain avait dix-sept ans au
plus quand elle cpousa Charles, baron de Luxe et de Tardets, fige*
lui-ni£me d'une cinquantainc d'ann^cs, ce qui permet de supposer
qu'elle eftt prSfere un mari plus jeune, sans doute le La Salle ou
Salha \ dont parle la romance :
Ipharra balinbada, goraintzi Salari
Ene khopitzaren cherkhajin dadila sarri
1. FnANCisQUE-MrcHBL, Le Pays Basque, p. a65.
2. Sallaberry, Chants populaires du Pays Basque, p. 284.
3. Dans nos conlrles, on donnait le nom de Sala t la Salle, a la plupart
des maisons nobles ou chateaux, et il en £tail ainsi pour le manoir de
Tardets : le 9 fe>rier i5^3, a Alos, devant la porte de la maison de Salaberry,
(ivatiere de la Salle de Tardels, ou, de toute anciennete, il a etc accoutume
de tenir la cour seigneur iale defaymidret de ladile Salle de Tardets, hono-
rable horarae Georgito Aguerreberry, d'Alos, bayle du seigneur dlrecle de
la Salle de Tardels, tient cour avec nobles Pierre-Arnaud du Domec, potes-
tat de Sibas, et Jean de Muret, seigneur de la Salle de Sibas, juges jugeants
en la cour de Licharre et au pays de Soule ; et la comparait Jean de Behety,
sieur de Castarrain de Mauleon, receveur general dudit seigneur de la Salle
de 'Tardets, qui fait saisir la maison d'Etcheberry d'Alos, faute de paiement,
pendant trois ans, d'un lief annuel de cinq conques de froment.
4- Plusieurs families de Soule avaient (ini par prendre pour nom le quali-
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WT PAYS DB SOULE 38j
Et elle suivit son mari, lorsque, deux ans plus tard, il fiit oblig6
de s'enfuir en Espagne, dans des circonstances assez tragiques.
La baronnie de Tardets, qui englobait huit paroisses de la
Haute-Soulc, £tait possedee dhs la premiere moiti6 du treizifcme
si&cle par une branche cadette de la maison vicomtale de Marsan,
qui en prit le nora, tout en retenant ses armes d'origine : losangt
d'or et de gueules, et, en 1377, monseigneur Arnaud-Sanche, sei-
gneur de Tardels et d'Ahaxe, chevalier et ricombre de Navarre,
entra en possession des biens de la maison de Luxe, par suite de
son mariage contracte vers 1370 avec Dofia Saora ou Saurine de
Luxe, seconde fille du tres noble et tres puissant seigneur Arnaud-
Loup II, seigneur et baron de Luxe, d'Ostabat et de Lantabat,
chevalier et ricombre de Navarre, conseiller et chambellan de
Charles le Mauvais. Sa posterity releva le ilom et les armes de
Luxe.
Fils aln6 de Jean IV, baron de Luxe, et d'Isabeau de Gramont,
Charles de Luxe naquit au chateau de Tardets le 8 novembre i535
et succ£da a son pere le 26 juillet i55<). II se mit a la t£te des Bas-
Navarrais et des Souletins r6 voltes en 1567, quand Jeanne d'Al-
bret publia T6dit par lequel elle proscrivait la religion catholique
de ses £tats, et il d6pensa la majeure partie de sa fortune k soute-
nir une longue guerre contre les huguenots.
Cette fortune £tait pourtant considerable. Dans un d^nombre-
ment de ses biens, Charles de Luxe £numfere six ou sept baronnies
et plusieurs grandes seigneuries, avec justice haute, moyenne et
basse. II declare qu'il est le chef des trois lignages de Luxe, de
Tardets et d'Ahaxe « de Ik ou le susdit seigneur, pour une neces-
site et pour garder son honneur et celui de sa Maison, il leveroit
cent gentilshommes, tous ali6s de lad. Maison, et de cinq & six
mille hommes de pied, tous affectionn£s de jamais en 9a, qui est
une belle autorite. De sorte que la Maison de Luxe, avec ses
appartenances, vaut au moins quarante mille livres de rente — ce
qui ferait environ quatre cent mille francs de rente, en monnaie
actuelle, — sans comprendre les loix de sang et autres droits qui
sont en grand nombre '. »
ticatif de leurs maisons, tels les La Salle de Sibas, les La Salle d'Abense, les
La Salle de Rivareyte. Salha elait le nom d'ane maison noble d'Alcirlts, en
Basse-Navarre, alors alliee aux Jaurgain, par les Armendarits-Saint-Pee.
i. Papiers de Jaurgain, portefeuille de Luxe, copie du dix-septieme siecle.
L'original de ce denombrement se trouveaux archives du seminaire d'Auch,
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1
388 QUELQUES LEGENDES POETIQUES
Les actes qaalifient Charles de Luxe haut et puissant seigneur,
baron, souverain * et comte de Luxe, baron d'Ostabat, Lantabat,
Sainte-Livrade, Tardets, Ahaxe, Esquiule et autres places et sei-
gneuries, chevalier de l'ordre du roi, capitaine de 5o hommes d'ar-
mes de ses ordonnances, colonel des capitaines entretenus en la
fronttere du royaume de Navarre et mestre de camp d'un regiment
d'infanterie, capitaine chatelain de Maullon et lieutenant glnlral du
roi au gouvernement de Soule. II avait 6pous6 en premieres noces,
par contrat pass£ au chateau de Bourg, s6n6chauss6e de Guyenne,
le i* septembre i564, damoiselle Claude de Saint-Gelais-Lezignem, •
fille de haut et puissant seigneur messire Louis de Saint-Gelais,
seigneur de Lansac, de Samyn, de Cornefou et du Vernon, cheva-
lier de l'ordre, conseiller au conseil privl, chambellan ordinaire
du roi ayant charge de la personne de S. M., capitaine de 5o hom-
mes d'armes des ordonnances, depuis, chevalier d'honneur de la
reine Catherine de Mexlicis et surintendant de sa maison, ambas-
sadeur a Rome, capitaine des cent gentilshommes de Thdtel du roi
et chevalier du Saint-Esprit, et de feue Jeanne de La Roche-An-
dry, sa premi&re femme.
La dot de Claude de Saint-Gelais fut de 3a.5oo livres tournois, et
Charles de Luxe affecta a la surety de cette somme « la maison,
tcrre et seigneurie de Tardets, en la vicomte de Soule, avec ses
appartenances et d£pendances qui sont huit paroisses et villages...
avec toute juridiction moyenne, juspatronats, cens, fiefs, lods et
ventes, etc. »
Tardets 6tait, depuis pris d'un demi-si&cle, la principale resi-
dence des barons de Luxe a . Dans une lettre, non datee, a Jeanne
porlef. io85, liasse ai5, n* 12374. A moins dedications contraires, tons les
acles cites dans cette notice sont en originaux parmi les papiers de l'auteur.
i. Les Luxe pretendaient etre souverains dans la grande baronnie de leor
nom, tout comme les Gramont a Bid ache, et, par le fait, ils y exercaient la
haute justice, sans appei, de me* me que d'autres droits quasi regaliens. A
une seance des Etats gen6raux de Navarre tenue a Saint-Palais le la mai
1593, Charles de Luxe se plaint que dans la nuit du 9 mai les gens de la
chancellerie ont enlev6 un nomine* Vizcay de sa maison situee dans la
baronnie de Luxe et l'ont mis en prison. U demande reparation de cet abus
de po avoir et les Etats appnient la requite qu'il remet au president, M. de
Benac, conseiller et chambellan du roi, pour obtenir justice. (Arch, de
M M de Brancion, Papiers dTOihenart.)
2. Le chAteau de Tardets couronnait le sommet du mont Gaztelagain qui
domine le village de Sorholus et le bourg de Tardets, nomine* Villeneuve-
lez-Tardets j usque vers le milieu du dix-septieme siecle. Entierement recons-
truit par Charles de Luxe, ce chateau disparut vers la tin du siecle dernier*
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DU PATS DE SOULE 389
d'Albret, Charles de Luxe expose que, durant la guerre contre
Charles-Quint, il plut au roi Henri II de Navarre de faire d£molir
le chateau de Luxe, situ6 pris de la ville et du chateau de Garris,
k condition de r^parer le dommage. Le roi dlsigna le seigneur de
Miossens, s6n6chal deFoix, et Bernard d'Abbadie, chancelier de
Navarre, pour fixer arbitralement la reparation due an seigneur
de Luxe, et les deux arbitres se transportfcrent sur les lieux,
cinquante ans environ avant cette lettre, Jean IV, pfcre de
Charles, 6tant seigneur de Luxe ; mais on ne retrouve pas leur
proems- verbal. Charles demande done qu'il plaise a la reine faire
^valuer par des experts le dommage souffert par les seigneurs de
Luxe pour la perte des b&timents et de beaucoup de beaux meu-
bles, et lui assigner sur les'revenus les plus clairs du royaume de
quoi batir une habitation convenable a son rang '.
Cinq filles naquirent du premier manage de Charles de Luxe :
Charlotte-Catherine ; Valentine, allied apr&s le 18 juillet 1604 k
messire Corboran de Morell d'Aubigny ; Claude, qui Ipousa par
contra t du i5 d6cembre 1590 Don Diego de Frias et Salazar, sei-
gneur de Robres en Castille ; Esplrance, femme de Philippe de
Sus, chevalier, seigneur et baron de Sus et de Saint-Germain ; et
Lucette de Luxe, abbesse de Sainte-Ausanie d'AngoulSme.
L'aln6e, Charlotte-Catherine, comtesse souveraine de Luxe et
h6ritiere des biens de sa maison, — la loi navarraise, comme celle
de Soule, pr£f6rant pour continuer la f ami lie une fille du premier
lit au fils d'un second mariage, — etait demoiselle d'honneur de la
reine Catherine de M6dicis en 1679 *. Elle fut marine par contrat
du 4 octobre i5<)3 k Louis de Montmorency, seigneur et vicomte de
Boute ville, Blaincourt, et autres lieux, chevalier^de Tordre, con-
seiller du roi en ses conseils d'fitat et priv6, gouverneur de Senlis
et vice-amiral de France, dont Tapport dotal devait servir k payer
II y a une trenUine d'annees on en voyait encore quelques ruines, presque
an ras du sol.
1. Ce fat en vertu d'un ordre de Jean 111, baron de Luxe, dat6 de Pau le
5 novembre i5i5, que noble Jean, seigneur de Saint-Jay me d'Ibarre, remit les
clefs et fit livraison du chateau, dont il etait capita ine, a Jean de Tar dels,
seigneur dArangoIs, ecuyer du roi de Navarre, le 10 du meme mois, par
acte passe* devant Tristan de Beyrie, notaire du pays de Mixe. a II y a —
ajoute Olhenart — un inventaire curieux de tout ce que Fecuyer du roi de
Navarre prend en garde, des munitions et meubles du chateau de Luxe. »
(Arch, de M mo de Brancion, Papiers cTOihenart.)
a. Bibl. Nat., mss. Collection Clairambault, vol. 836, f 3190.
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3gO QUELQUES LEGENDES POETIQUES
les dettes de la maison de Luxe. Mais, sur ce point, les espgrances
de Charles de Luxe furent digues, ainsi qu'il l'atteste dans son
testament : « Je dis et declaire que lors du mariage de mad.
fille Charlotte Caterine avec led. sieur de Montmorency Boute-
villeonme dit et asseura que led. Bouteville.m'aporteroit une
somme notable pour liquider et desengager une partie de mes
biens, qu'i. Voccasion des troubles et affliction &moy survenus j'ay
este constraint alliener et par ce moyen aussi subvenir a mes au-
tres necessity et conduite de mes enfans, ce que toutefois n'a este
effectue\ Et partant je veulx et ordonne que mon heritiere cy bas
nominee efiectue entierement les legatz par moy faicts en faveur
de mesd. enfans du premier et second mariage sans quelle puisse
recevoir et recueillir Theredit^ que soubz ceste condition. »
Le baron de Luxe 6tait veuf depuis quelques annles et, comme
je l'ai dit, il avait quarante-neuf ans r^volus, quand il s^prit
de la jeune Marie de Jaurgain. II demanda sa main, l'obtint, et le
mariage fut c6l€br6 en i584»
Peu de temps apris, k la suite d^v^nements politiques que j'ai
racont6s ailleurs ! , Jean de Belsunce, vicomte de Macaye, qui 6tait
marie* avec une soeur de Charles de Luxe, et le mestre de camp
Jean de La Lanne dlspoure vinrent, a la t£te de quelques compa-
gnies d'arquebusiers et de gens de pied du roi de Navarre, assi6ger
le chateau de Maul£on, oil habitait le nouveau manage. Luxe n'a-
vait que peu d'hommes k leur opposer ; jugeant que toute resis-
tance serait impossible, il r^ussit k quitter la place le a fevrier
1587, et, serr£ de pres par les huguenots, ildirigea sa retraite vers
Tardets, d'ou il passa aussitftt en Espagne.
Charles s'installa k Ochagavia avec sa femnie et quelques-uns
de ses partisans. On Ty voit signer des actes qui le qualifient « el
illustrisimo Senor Don Carlos de Lussa, senor y baron de Lussa
y de Tardetz y de otros muchos lugares, tierras y senorias », le
3 mai 1587 et le 9 dScembre 1591, en presence de Guillaume d'Et-
chebarne, de Garris, son secretaire et intendant de sa maison. II
^tait de retour a Luxe le 28 mars i593, et le 19 avril 1594 au cha-
teau de Tardets, ou sa fille ain£e, qui r£sidait habituellement k
Paris et au chateau de Precy-sur-Oise, vint le voir ace moment-la.
Pour parer a de pressants besoins d'argent, le 23 avril 159/},
1. Les capitaines chdtelains de Mauleon, dans la Revue de Beam, Navarre
et Lanncs, 1884 et i885.
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DU PAYS DE SOULE 3qI
« dans le chasteau de Tardetz, au pays et viscompt6 de Soule, apres
midy... hault et puissant seigneur messire Charles de Luxe, sieur
et baron dudit lieu et de plusieurs autrcs terres et seignories, che-
valier de l'ordre du Roy et lieutenant general de Sa Mayeste* audit
pays et viscompte de Soulle », donna procuration a haute et puis-
sante dame Charlotte-Catherine de Luxe, sa fille aln£e, dame de
Bouteville, « illec estant presente », pour affecter et hypoth^quer
leurs biens en faveur de messire Francois de M£ritein, capitaine,
seigneur dudit lieu et d'autres terres et seigneuries, jusqu'a concur-
rence de 5ooo £cus sol d'or, etant temoins « M° Arnaud de Beha,
licencyd ez droitz, natif et voisin de la ville de Garris, au pays de
la Basse-Navarre, noble homme Nicolas Le Clerc, secretaire de la
feue Royne mere du Roy, Jacques Garnaud, demeurant avec ladite
dame de Luxe et de Boudeville, et Gcaeian du Tisner, voysin et
habitant dudit lieu de Tardetz ». Mais cette procuration fut inutile,
car noble Francois de M^ritein, seigneur de Nabas et de Bisquey ',
se rendit lui-iu&me a Tardets ; il prfcta au baron de Luxe 3o6 ecus
sol d'or, comptant 12 r£aux par ecu et 5 sols tournois par r£al, et
recut en garantie la terre et seigneurie d'Ahaxe, au pays de Cize,
avec toutes ses appartenances.
Charles de Luxe paie aussitot 1000 francs a noble Philippe de
Sus, son gendre, a valoir sur la dot d'Espe>ance de Luxe, et de-
clare vouloir employer le restant de la somme emprunt£e, soit
56 ecus sol, a acheter des etoffes et des provisions pour recevoir
madame Lucette de Luxe, sa fille, abbesse de Sainte-Ausanie
d'Angouteme, qui doit arriver d'un jour a Tautre au chateau de
Tardets. L'acte est passe* en presence de noble Dom Tristan de
Luxe, abbe de Sauvelade et de Sainte-Engrace, prieur d'Ainharp,
frere germain du baron, et de nobles Jean de Muret, seigneur de
la Salle de Sibas, Pierre d'Etchebarne d'Al^abehety et Pierre de
Barreche, seigneur d'Onismendy.
D'ailleurs la comtesse de Bouteville s'inte>essait fort peu aux
affaires de son pere, si Ton en juge par la curieuse lettre que celui-
ci lui £crivit deux ans apres sa visite a Tardets :
1. Francois, seigneur de Meritein, Berenx, Nabas, Bisquey, Montgaston de
Gharre et Olliegain de Moncayolle, se pretendait souverain de Nabas et Bis-
quey en 161^. II fut accuse du crime de lese-majeste et tue d'un coup de pis-
tolet, en 1C17, pres du village de Lohitzun, en Soule, par un garde du mare-
chal de La Force. Voy. Memoires du due de La Force, 1. 1 et II. Mknjoulbt,
ChronUjue (TOloron, t. II, p. 207.
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392 quelques legendes poetiques
« Ma fille, Na pas quinze jours que je vous ay escript par un de
mes gens quj me gardera de vous faire la presente plus longue et
seulement ce que je vous diray c'est qu'afaute de nestre assists de
vous en ma necessity je patis autant qu'autre miserable pourroit
faire. Je vous ay assez de fois adverty comme vostre nom sen aloit
perdu avecque nioy si tost vous ny donnies ordre. Jeuserois en-
core volontiers derrechef de priere si je pensois quelle peut avoir
quelque lieu en vous, mais je suis quasy au desespoir voyant que
je ne me suis encores peu prevaloir de vos grans biens et encore
inoins de vostre credit, si ne scaurois je croire qu'il nait est6 en
monsieur de Boudeville et vous de remettre ceste maison en son
premier estat ou bien a faute de ce faire de me moyenner du Roy
le gouvernement et domayne de ce pays par le moyen de. Monsieur
le Gonestable. J'attendray le retour de mes gens pour prendre plus
grande asseurance de vostre affection vers moy, au reste vous
scaves que mon frere a faict de debtes en ce dernier voyage qu'il a
faict en court pour moy. Je vous prie les vouloir payer et sur tons
le cappitayne Echaux ', car il est plus raisonnable que vous payes
les debtes quj ont est6 faicts en mon occasion que non poinct luy.
Je desirerois aussi que vous moptinsies de sa mayeste" levesche*
d'Oleron vacant par la mort de feu Claude Regin dernier evesque,
et c'est au nom de mondit frere vostre oncle ", ensemble l'abaye de
Sabalade * et faudra que les provessions soient obtenues du Gonseil
de Navarre. Je si peu de moyen quil na este en moy de bailler a ce
pourteur asses dargent pour faire son voyage de part della, je vous
prie lu bailler pour son retourner comme aussi a celuy que je
envoye* au paravant luy. Et esperant que vous feres mieux que
i. Martin d'Echauz, seigneur de Masparrautc et de Gabat, gentilhomme
ordinaire de la chambre du roi et capitaine des gardes du due de Montmo-
rency. II eiait 01s batard d'Antoine d'Echauz, vicomte de Balgorry, cham-
bellan de Henri III, roi de Navarre, et frere naturel de Bertrand d'Echauz,
archeveque de Tours, premier aum6nier de Louis XIII et prelat commandeur
du Saint-Esprit. Henri IV Iui donna des lettres de legitimation le 14 mars
a. Claude Regin eut pour successeur, en 1598, Arnaud I" de May tie, qui
declare dans deux actes du 1" mai 1602 avoir obtenu reveche par le secours
de Charles, baron de Luxe. Par reconnaissance, il lui fait donation de douze
conques de froment de fiefs nobles dependants de la maison noble de Jaur-
gain et du quart du moulin de Jaurgain, qu'il tenait en engagement.
3. C'est~a-dire que Tristan de Luxe conserverait cette abbaye. II 6tait
archidiacre de Lavedan et docteur en th6ologie, lorsqu'il en fut pourvu, en
1572.
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DU PAYS DE SOXJLE 3g3
vous naves faict le passl, je vous diray que je suis et ser6 tons-
jours,
« Ma fille,
« Vostre bon pere,
« Charles db Lusse.
« A Tardetz ce dernier de jnillet 1596. »
Suscription : « A ma fille Madame de Boudeville a Pressy. » —
Cachet aux armes de Luxe : « £cartel6, au I trois chevrons ; an II
trois fasces ond6es ; au III un lion couronn6 ; au IV tiered en pal,
au 1 losang6, au 2 trois fasces, et au 3 trois coqnilles en pal » ; l'6cu
entour6 du collier de Tordre de Saint Michel 1 .
Ce fut 6videmment pendant le s^jour de Charles de Luxe et de
Marie de Jaurgain k Ochagavia, oil naquirent au moins deux de
leurs enfants, Don Juan et Arnalde, qu'un barde souletin chanta
pour la premi&re fois la touchante infortune de cette toute jeune et
charmante femme qui, marine contre son gr6 k un grand seigneur
de trente ans plus ag6 qu'elle, fut contrainte presque aussitftt de
s'exiler avec lui dans une bourgade perdue de la valine de Salazar.
Au reste, le baron de Luxe n'eut qu'k se louer de Faffection et du
dlvouement de sa nouvelle compagne, et il lui en tlmoigne une
vive reconnaissance dans le testament qu'il fit au cb&teau de Tar-
dets, le 10 juin 1604 : « En oultre, dit-il, je d6claire aussi que,
c6mme est notoire a un chacun, ma maison de Tardetz estoit ruy-
nee et dissip£e de bastiment lors que je fus mari6 avecq mad. pre-
miere femme, et, qu'aprfes la mort d'icelle, j'aurois fait led. basti-
ment et construction avec grands fraiz et despens, lesquels fraiz
j'aurois prins non du fonds de mes maisons, mais du revenu du
domaine que Sa Majesty m'auroit donn£ en ce pays de Soule et des
commanderies d'Ordiarp et de Misericorde que j'avois par le
moyen de ceux de Roncesvaulx et Saincte-Christine. A ceste cause
desirant recognoistre les bons, longs et agreables services que
dame Marie de Jaurgain, ma femme en secondes nopces, m'a faits,
tant en mes grandes afflictions en la retraicte constrainte en Espai-
gne que du despuis en mes gi ief ves et longues maladies et vieil eage
1. Papiers de Jaurgain, original. — La lettre est 6crite par le secretaire du
baron ; il n'y a de la main de celui-ci que les mots : Vostre bon pire et la
signature.
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394 QUELQUES LEGENDES POETIQUES
auquel je suis, je veulx et ordonne qu'elle ait la demeure en lad.
maison de Tardetz, sa vie durant, en telles des chambres du second
estaige qu'elle choisira, et, oultre ce, lay ordonne et legue la
somrae de quatre mil cinq cens livres tournois... en recompense
de sesd. services et remuneration d'iceulx... » 11 fait d'autres avan-
tages a sa femme et lui laisse la moiti6 de sa vaisselle d'argent. II
legue 3ooo 6cus k chacun de ses six enfants du second lit, et, de
plus, a Valentin, son ills alne\ les armes qui sont au chateau de
Tardets. « Et finallement, ajoute-t-il, parce qu'en mes afflictions et
cage, j'aurois receu beaucoup de services de damoiselles Margue-
rite et Claire de Jaurgain, et desirant leur recognoistre leursd.
services, je donne et legue k chacune d'icelles la somrae de trois
cens livres... Et parce que institution hereditaire est le fondement
de tout bon et valide testament, je nomme, cree et institue pour
mon heritiere universelle de tous et chacun mes biens Charlotte
Catherine, ma fllle aisnee, marine avec le sieur de Montmorency
Bouteville, sous la charge toutesfois d'acomplir entierement mon
present testament, la priant et en rautorite* de pere commandant
de ne rejeter mesd. femme et enfans du second lit, ains les tenir
pour recommand£s et aymer com me ses mere freres et soeurs, et
que si je ne luy laisse mes terres et possessions si liquides que je
desirerois c'est a mon Ires grand regret et qu'elle a veu avec tous
les autres les grandes afflictions et persecutions que j'ay eu pen-
dant ces troubles, aussi le peu de secours, subvention et soulage-
ment que j'ay eu d'elle et de son mariage. »
Le mfime jour, Charles de Luxe remit ce testament, clos et scell6
en presence d'un notaire et de sept temoins, a Marie de Jaurgain,
« pour le tenir et garder en toute fid£lite jusques apres son d6ces ».
11 fut ouvert et public* en la cour de Licharre, le 18 juillet 1604.
Pas3ons maintenant a la famille des deux citrons dores de la
ballade, qui devaient 6tre Marie et Marguerite de Jaurgain, puis-
que leur soeur Claire, marine en 1597, n'avait guere plus de dix
ans en i58/J.
Noble Pierre-Amaud de Rutigoity, seigneur des maisons nobles
et gentillesses de Rutigoity de Lichans et de GorritepS d'Aleabe-
hety, semaria par contrat du iofevrieri5ai ! (n. st.)^i noble Margue-
1. Arch, du scminaire d'Auch, portef. 7, liasse i3, n' 8t>a, original sur par-
chemin. — Cette famille de Rutigoity etait une branche de la maison de
Jaurgain. Noble Pierre-Amaud de Jaurgain, seigneur de Gorritepe d*Alcabe-
hety, cpousa vers 1470 Marie, lille et heritiere de noble Jean, seigneur de
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DU PAYS DE SOULE 3g5
rite d' Armendarits, damoiselle de TAbbadie de Sauguis, et en eut :
Pierre, Martin, trois autres fils tu6s & la guerre, et plusieurs
filles.
Pierre, qui succ6da aux biens de sa ma i son, sedislingua dansles
guerres d'ltalie et d'AUemagne, et fournit une carriere mi lit a ire
des plus brillantes. Admis parmi les pages dc la v£nerie de Fran-
cois I er , en i5^o, sous les auspices de Peyrot de Ruthie, son parent,
il ftit successivement archer de la garde du roi en i55a, gentil-
homme de la venerie et enscigne de la compagnie de gens d armes
du seigneur de Cypiere en i554, lieutenant de la compagnie de
200 chevau-l£gers du m&me seigneur en i556, capitaine de 100 che-
vau-legers le 3 no'vembre i557, gentilhomme de la chambre et
maitre de la garde-robe du due de Lorraine en i55<), gentilhomme
ordinaire de la chambre du roi Henri II et chevalier de l'ordre en
cette ra&me annee, et enfin grand chambellan de Lorraine 1 . II
mouruten i563.
Quant u Martin, il prit du service comnie archer des ordonnances
sous la charge de Francois de Vend6me, vidame de Chartres, che-
valier de l'ordre du Roi, capitaine d'une compagnie de 4<> lances,
et fut promu horn me d'annes le 28 Janvier i553, d'apr^s le rdle
d'une revue pass£e k Fontenay-le-Comte le 26 avrii suivant*. II
cpousa, avant le 26 juin de la mSme ann£e, Jeanne de Jaurgain, sa
cousine, a peine ag6e de quatorze ans, fille et h£ritifcre de feu
noble Johannot de Ruthie, homme d'armes des ordonnances du
roi, et de Jeanne de Jaurgain, damoiselle, dame de la noble maison
et gentillesse de Jaurgain d'Ossas.
De cette union naquirent : Jaxques, vers i56o ; Marie, vers 1567,
baronne de Luxe et de Tardets ; Marguerite, vers 1570, et Claire,
vers 1574. Celle-ci, marine par contrat du 8 mars 1597 au capitaine
Tristan d'Arabehfcre, vivait encore le 9 aout 1647.
Jacques de Rutigo'ity, seigneur de Jaurgain, fut appel6 en Lor-
raine par son cousin germain, Chrestien-Charles de Rutigo'ity, ba-
ron de Courgivaulx, seigneur de Rutigo'ity, Gorritep£, Ys en Bas-
Rutigolty de Lichans, et de Louise de Luxe, et en eut : Petrissaulz, seigneur
de llutigoity et de Gorrilepe, fiance a Tage de douze ans, par contrat du
7 juin i$8'*, avec Miramondc du Domec, dite de La Salle d'Abense, d'oii :
Pierre- Arnaud, epoux de Marguerite d'Armendarits-Sauguis.
1. Bibl. Nat., mss., Cabinet des Hires, vol. 9^7 et vol. 1045, P 102. — Cau-
martin, Recherche de la noblesse de Champagne, art. Artiootly.
2. Bibl. Nat., mss., Fonds jrancais, vol. 21621, n° 1537.
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396 QUILQUES LEGENDES POETIQUES
signy, Haulcourt et Malencourt, chevalier de l'ordre, gentilhomme
ordinaire de la chambre du roi, conseiller d'etat du due de Lor-
raine, gouvernenr de Marsal et mestre de camp d'un regiment
d'infanterie, qui, peu apr&s le 2 mai 1576, le fit admettre comme
archer des ordonnances sous la charge de Charles de Lorraine,
due d*Anmale, pair et grand veneur de France 1 . II assista k one
revue des 60 lances de sa compagnie pass£e k Paris le 4 Janvier
1 579* et fut port£ comme absent k une autre montre faite k Bellen-
glise, prfes de Saint-Quentin, le 28 aoftt i58i ; mais le marechal do
Matignon, aupr&s duquel il servait alors, avait ordonn6, d&s le i3
du mgme mois, de lui allouer scs gages*. Jacques de Rutigoity
mourut au service quelque temps apr&s, et sa soeur Marie devint
alors Mriti&re de la maison de Jaurgain. Le i5 novembre i586,
Jeanne de Jaurgain, damoiselle, dame proprtetaire de Jaurgain
d'Ossas, vend une pifece de terre k M. M° Gracian de La Salle,
pr6tre, recteur d'Ossas, a pacte de rachat perp^tuel, pour ia6 francs
bordelais, et confesse que le dtfunt Martin de Rutigoity, 6cuyer,
seigneur de Jaurgain, son mari, devait 40 francs k l'acqu£reur, et
elle-m6me le reste, qu'elle avait employ^ tant « k l'entretenament
deu deffunct son filz aulx escolles que en sas aultres necessitas ur-
gentas d'evitar plus grand damnaige ».
La veuve de Martin de Rutigoity 6tait assez mauvaise m6nag%re,
et ses n6cessit6s urgentes, frlquemment renouvetees, eurent pour
consequence des emprunts nombreux et la vente de plusieurs terres
de la maison de Jaurgain. Sa fille alnle, qui lui avait aussi pr£t6
de 1' argent, vouiut y mettre ordre et sauvegarder son heritage :
on voit, par une procedure engag£e en la cour de Licharre le
3i aoftt 1599, que « Marie de Rutigoity, dite de Jaurgain, damoi-
selle », fit « saisir et crteer lad. maison noble de Jaurgain avec
toutes ses appartenances et dependances » au prejudice de « Je-
hanne de Jaurgain, aussi damoiselle, dame propri^taire et func-
ti&re de lad. maison et appartenances, k faulte de paiement de
certaine somme de deniers ».
Par un acte passl en la maison noble de Jaurgain, le 37 Janvier
1618, dame Marie de Jaurgain, veuve relicte de feu messire Charles
de Luxe, seigneur et baron dudit lieu, chevalier de Tordre du
1. Ibid., Collection Clairambault, vol. 129, n° 1337.
a. Ibid., vol. 377, n e 5073.
3. Ibid., ForuU francais, vol. 21. 538, n # 0274.
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DU PAYS DE SOULS 397
Roi 1 , declare qu'a l'occasion des reproches qu'elle regut de Char-
lotte-Catherine de Luxe et de Bouteville, hlritifere universelie du-
dit seigneur de Luxe, elle fat contrainte, tdt apr&s le d£cfes de
celui-ci, de quitter le chateau de Tardets et de se retirer, avec et
en compagnie de tons ses enfants legitimes d'entre ledit seigneur
de Luxe et elle, au nombre de six — Valentin, Jean, Arnalde, Va-
lentine, Esplrance et Marguerite, — en sa maison maternelle -de
Jaurgain, au lieu d'Ossas, « et illec nourrir et entretenir tons ses
dilz enfans a ses despens particuliers et de sa dite maison mater-
nelle sans avoir estl en part nest quart, assistfe de lad. dame de
Luxe », et quelle se trouve « destitute de tous moyens et facult£s
pour avoir tout mesme employ^ lesd. biens de sa dite mayson ma-
ternelle de Jaurgainh a la nourriture et entretenement desdits six
enfans d'entre ledit feu seigneur de Luxe et d'elle, ainsi qu'est
notoire a un chacun ».
L'aln6 de ces enfants, Valentin de Luxe et de Jaurgain, fut
nomm6 par sa mire, le ao ao&t 1608, a la cure d'Ossas, dont la
maison de Jaurgain 6tait patronne alternative avec l'abbaye de
Sainte-Engrace ; mais il n*avait pas encore re$u les ordres sacrls
et il ne put en prendre possession que le 4 novembre 1609. Puis il
changea d'id6e, quitta la soutane et voulut suivre la carri&re des
armes. Le 3o novembre 1610, « dame Marie de Jaurgain, dame de
la maison noble de Jaurgain, et Valentin de Luxe, escuyer, son
fils aisne, seigneur d'icelle », engagent des fiefs et rentes nobles et
fonci&res pour 210 livres tournois, dont partie sera employee « a
faire le voyaige que lesditz sieur Valentin de Luxe et Jehan de
Luxe, son frire, escuyer, font pour aller au service du roy en
France ». Valentin 6tait de retour en Soule, un an plus tard : le
2 d£cembre 161 1, par un acte dans lequel il se qualifie « noble
Valentin de Luxe, seigneur de Jaurgain, il engage encore des
rentes fonci&res avec sa mire pour une somme de i5o livres, « de-
clairant avoir ice lie, pour subvenir a ung certain voyage que lad.
dame a deliber£ faire par devotion et pellerinage a Notre-Dame de
Monsarat ».
Le 28 juillet 1621, Charlotte-Catherine de Luxe, dame dudit lieu
et de Bouteville et autres places et seigneuries, expose a la cour de
1. Dans des actes des 11 Join 1627, 10 juillet 1697, etc., Marie de Jaurgain
est dite veuve de « fen messire Charles de Lusse, vivant seigneur $ouverairig
dudit lieu et autres places ».
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3g8 QUELQUES LEGBNDES POET1QUES
Licharre qu'a cause de la residence qu'elle fait en France, prfes de
la cour du roi, elle avait commis pour l'administration du chateau
et de la terre de Tardets Arnaud de Casenave, chanoine de Sainte-
Marie d'Oloron, et que « sans aucun droict ny raison, Valentin et
Jehan de Jaurgain, prebtre et escuyer, s iutroduirent dans led.
chasteau clandestine meat et d'authorite* priv^e, et s'en em pare rent
ensemble desd. rentes et revenus d'iceilui, il y a quelques annles,
tellement que de leurs attemtaptz et facon de faire le Roy en auroict
6te* adverty ». Sur Tordre de Louis XIII, le due de Mayenne, lieu-
tenant general en Guyenne, envoya un de ses gendarmes en Soule
pour demander main-forte au gouverneur, afin de faire rendre
cette baronnie a la comtesse de Luxe, et le 3o juillet i6ai, Ligny,
sergent royal, assiste de deux mortes-payes du chateau de Mau-
l£on, alia saisir les fiefs, cens, rentes, dimes, fruits et revenus du
chateau de Tardets, a Tardets et a Abense-de-Haut, oil il trouva
Valentin et Don Juan de Luxe et de Jaurgain, £cuyer, Esperance
et Marguerite de Luxe et de Jaurgain, damoiselles, freres et soeurs.
II leur signiiia la saisie. Valentin pro testa « contre les mots offen-
sifs a son honneur » dont le procureur de la dame de Luxe avait
fait usage dans sa requite, et dlclara ne faire aucun emp&chement
aux commissaires. Quant a Don Juan et a ses deux soeurs, ils s'op-
poserent a la saisie, « comme His et filles legitimes de la maison
noble de Luxe », et protesterent de tousd6pens, dommages etint£-
rfits contre qui il appartiendrait, offrant de dire leurs causes d'op-r
position en temps et lieu.
En t6m, Valentin avait repris la cure d'Ossas, qu'il permuta
contre celle de Camou, et en i6a3 il eut un diffe>end avec Pierre de
Conget, bailli royal de Barcus et de Villeneuve-lez-Tardets, homme
d'affaires de la comtesse de Luxe, a propos de la dime d'Ossas, et,
quoique prfctre, il voulut lui faire mettre Y6p6e a la main et vider
la querelle par un combat. « Le sixiesme juillet i6si3, raconte le
bailli dans son compte de gestion, apres plusieurs contestations
que j'eus avec monsieur de Jaurgaing, jusques a me donner le
duel, a cause des proclamatz que je (is faire a Ossas et ail leurs, et
parce que luy et madamoiselle sa mere vouloient avoir la disrae,
je Taffermay pour deux ans a Tristan d'Arabehere, capitaine, a
raison de cent cinq livrcs par an ». En cette m£me anne'e i6a3 et
avant le 21 deeeinbre, Charlotte-Catherine de Luxe pourvut son
fc&re Valentin de la cure de Tardets et Abense, dont il £tait encore
titulaire le 8 decembre 1628. Le i3 octobre 1640, Valentin £tait dq
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DU PAYS DC SOULE 899
nouveau cur£ d'Ossas et chanoine de Sainte-Engr&ce. II v£cut au
moins jusqu'au i3 mai 1671. Dans une enqu£te de cette date, il est
dit Ag6 de quatre-vingt-six ans.
Jean de Luxe et de Jaurgain, £cuyer et capitaine, en faveur
duquel Valentin renon^a h son droit d'ataesse, par contrat du
12 aout i643 f servit le roi pendant quatorze ans et se maria en 16*24
avec Saurine d'Ozenx, damoiselle, fille et heritiere de noble An-
toine d'Ozenx, £cuyer, seigneur d'Eyheresquy de Cainou, et de
Catherine d'Eyheresquy, damoiselle. II a continue la famille de
Jaurgain.
Arnalde de Luxe et de Jaurgain 6tait religieux de Tordre de
Saint-Augustin, a Saint-6tienne-du-Plessis, en 1620, et Valentine
novice, sous le nom de Sceur Saint-Hierosme, en 1624, au couvcnt
des Carmelites de Caen, qui venait d'etre fond6 en 1622 par sa
so3ur Valentine et Corboran de Morell d'Aubigny, mari de celle-ci.
Arnalde et la novice firent donation de leurs droits sur la succes-
sion paternelle a la comtesse de Luxe, leur soeur alnle, par actes
du 20 aotit 1620 et du 3o mai 1624, qui furent insinuls en la cour
de Licharre le 3o aoftt suivant ; mais, en Basse-Navarre, l'insinua-
tion souffrit quelques difficultes et finalenient ne put £tre faite en
la chancelierie, a cause du titre de souveraine de Luxe que prenait
Charlotte-Catherine. Voici comment Pierre de Conget raconte ces
incidents, assez cnrieux au point de vue de la pr£tendue souverai-
ncte de Luxe.
« Madame de Gramont * m'aiant faict savoir qu'elle avoit quel-
ques papiers a Vidache et que j'envoiasse les querir, j'y envoiay
un horn me expres et pai£ pour la despanse et peyne d'iceluy qua-
rante huict sols.
« Ledict homme me porta aveq une lettre de Madame * les dona-
tions que Arnalde de Jaurgaing, religieux dc Saint Estienne du
Piessis, ordre de Saint Augustin, et Soeur Valentine de Suinct
Hierosme, novice au cou vent des religieuses carmelites de Caen, luy
feirent pour les faire insignuer au sifcge de Lixarre, ce que je fis
faire le 3o d'aoust 1624, et pai6 tant au juge, greffier que a I'advo-
1. Claude dc Monlmorency, fille de Charlotte-Catherine de Luxe et seconde
femme d'Antoine II, comte de Gramont et de Guiche, souverain de Bidache,
depuis due de Gramont.
2. C'est to u jours ainsi que Conget designe la comtesse de Bouteville et de
Luxe.
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4<X> QUELQUBS LEOENDES POETIQUES
cat et procureur desd. donnations, comprins le clerc de greffe, unze
livres quatre sols.
« Aussy tost je m'en allay a Sainct Palais en Basse Navarre et
remonstr£ a messieurs de Lespade et Armena, advocatz, le des-
seing que j'avois de faire lesd. insignuations, suivant Fad vis des-
quels aiant faict dresser une requeste audict sieur Lespade nous y
travaillasmes, mais ne peusmes rien faire a cause de I'incistance
que monsieur le procureur general forma sur le subject des mots
de souverain de Lusse contenus ausd. donnations et pate aud. de
Lespade pour sa peyne trois livres quatre sols...
« Ayant receu nouvelles de monsieur de Gompigny et aussy
acertaind de de$a que monsieur de Gramond et M n de la Chance-
lerie de Navarre s'estoient reconciles despuis l'affaire qui se passa
concernant quelque rebellion d'aucuns de la ville de Sainct Jean,
je m'acheminay devers Monsieur et Madame de Gramont pour reti-
rer d'eux lettres de faveur adressantes ausd.sieursde la Chancelle-
rie pour faire passer lesd. insignuations et enregistrement desd.
donations encores bien que le mot de souverain y fust, lesquels je
trouvay k leur ferrerie qui me remirent au landemain k Vidache.
La aiant parl6 et confer^ au sieur de Romatet l'advocat qui diet
que puisque led. seigneur de Gramont estoit le chef des ofliciers de
Sa Majesty en Navarre ', il ne pouvoit escripre telles lettres, mais
qu'il falloit tascher a faire passer cela par dexterity. Sur ce j'alay
k Sainct Palais, ou Monsieur d'Esquille le Vischancelier me donna
esperance. Mais nonobstant cela et ce que Pedesert et moy sceu-
mes faire, Monsieur de Vidard le procureur general se roidit, de
telle sorte qu'il n'y heult moien de rien operer. De maniere que
pour ne faire plus de bruict sur ce et ne renouveller les affaires
passtes entre Madame et ladicte Chancelleries je me retiray en
ma maison aiant sdjourne quatre jours et despandu 8 livres...
« Appres avoir receu amples nouvelles de Madame, suivant sa
volonte le 6 septembre 1625, je fus au pais de Size en Basse Na-
varre et fis insignuer en la cour de Size les donnations faictes par
les fils et fille de Jaurgaing et paid pour l'enregistrement, insi-
gnuation et grosse, tant k Talcalde greffier que k d'Arosteguy,
procureur desd. sieur et damoiselle de Jaurgaing deux escus sol.
« En octobre i6a6, je fis faire semblable insignuation devant les
baillif roial et juratz de Sainct Palais ou le mot de souverain de
z. Comme gourerneur du royaume de Navarre.
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DU PATS DE SOULE 4o*
Lusse passa, et pai£ k tons pour l'expedition six livres huict sols.
« Le mesme mois d'octobre 1626, je fis faire mesme insignuation
en la cour de Mixe, au lieu de Garris, et pate pour Venregistre-
ment, insignuation et grosse, comprins le droict de Tadvocat et
procureur desd. de Jaurgaing six livres huict sob.
« Gomme aussy je fis enregistrer et insignuer lesd. donnations
en la forme que dessus en la souverainett de Lusse, ensemble en la
baronnie d'Ostabat, baronnie de Lantabat, et en la baronnie
d'Ahatze, et pai6 aux greffiers pour les enregistremans, copies et
grosses, ensemble k ceux qui servirent d'advocat et procureur
desd. de Jaurgaing douze livres seze sols. »
Esp6rance de Luxe et de Jaurgain 6pousa noble Arnaud de Ber-
ter&che de Menditte et resta veuve sans enfant en 16219, son mari
« estant mort vers Paris k son retour de la suitte de la cour ». En
i635, elle plaidait encore au sujet de sa legitime contre son petit-
neveu Francois-Henry de Montmorency, comte souverain de Luxe,
baron de Tardets, etc., depuis due de Piney-Luxembourg et de
Beaufort-Montmorency, pair et mar£chal de France.
Enfin, Marguerite ne parait pas s'Stre marine.
Quant k l'h6roine de la ballade, Marie de Jaurgain, elle 6tait
encore vivante le 21 d^cembre i63i, et d£funte le 3 juillet suivant.
Elle avait done environ soixante-quatre ans lorsqu'elle mourut, k
peu pris ruin£e par son mariage avec un homme de quality beau-
coup plus riche qu'elle.
IV
EGUN BEREKO ALHARGUNTSA
Goizian goizikjeiki niinduziin, ezkuntii nintzan goizian;
Bai eta ere zetaz beztitii ekhiajelkhi zenian.
Etchek* andere zabal niinduzun eguerdi erditan,
Bai eta ere alhargiintsa gazte ekhia sarthu zenian.
LA VEUVE DU JOUR MftME
Je me levai le matin de bonne heure, le matin ou je me mariai ;
Oui, et ansa! je m'habillai de soie lorsque le soleil fut leve.
J'eiais maitresse de maison parfaite a midi,
Oui, et aussi jeune veuve quand le soleil fut concha.
2
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v , ■*
1
40Q QUELQUES LEGENDES POETIQUES
A/us <fe Irigarqy, ene jaona, aUcha izadaziit buria,
Ala dolutzen othe zaizu enekila ezkuntzia?
— Ez, ez, etzitadaziX dolutzen zure espusatzia,
Ez eta ere dolutiiren bizi nizano, maitia.
Nik banizun maitetto bat miindix ororen ichilik,
Miindii ororen ichilik eta Jinkojaonari ageririk;
Buket bat igorri ditadazut lili arraroz eginik.
Lili arraroz eginik eta erdia phozuaturik.
— Zazpi urthez etcheki dizut gizon hila khamberan ;
Egunaz liir hotzian eta gaiaz bi besuen artian,
Zitru hurez iikhuzten nizun astian egun batian,
Astian egun batian, eta ostirale goizian *.
Monsieur d'lrigaray, mon seigneur, relevez la tele,
Ou bien regrettez-vous de vons 6tre marie 1 avec moi ?
— Non, non, je n'ai pas de regret de vous avoir epousee,
El je ne le regretterai pas tant que je vivrai, ma bien-aimee.
J'avais une bien-aimee, en secret de tout le monde,
En secret de tout le monde et a Dieu seul avouee;
Elle m'a envoys un bouquet fait de fleurs rares,
Fait de fleurs rares, et dont le milieu 6tait empoisonn6,
— Pendant sept ans j'ai gard6 un homme mort dans ma chambre;
Le jour dans la terre froide et la nuit entre mes deux bras.
Je le lavaia avec de l'eau de citron un jour par semaine,
Un jour par semaine, et c'6tait le vendredi au matin.
L'hSroIne de ce pr£coce et tragique veuvage fat, a n'en pas
douter, Tune des fllles de noble Bernard de Loiteguy, seigneur des
Salles de Qaro, d'Aincille, d'Ipharce et de Sainte-Marie de Larce-
vau, conseiller mattre des requites du roi en sa Maison et Gou-
ronne de Navarre, avocat au parlement, et de Gracianne de
Logras : Gabrielle de Loiteguy, damoiselle de Qaro, qui avait d£ja
atteint la trentaine quand elle £pousa, le 8 juillet i633, noble
Pierre dlrigaray, 6cuyer, seigneur d'lrigaray d'Ah;ay et de Case-
nave de Menditte.
La preuve certaine nous en est fournie par un acte du 9 juin
i635. Bernard de Loiteguy de Qaro y declare qu'il doit prendre des
1. Recueillie et publiee par J. Sallabbrry, Chants populaires, p. 190. —
Voyez aussi Souvenirs des Pjrrine'es, douze airs basques choisis et notes par
M" db La Villbhblio, pp. iq et i3.
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DU PAYS DE SOULE /\03
seigneur et dame de Casenave de Menditte et d'Irigaray d'Al<?ay,
en Soule, une somme de 1875 livres tournois qu'il avait pay£e pour
partie de la dot de Gabrielle de Lo'iteguy, sa fiiie, le 8 juillet i633,
jour oti furent sign6s les pactes du mariage de celle-ci, et que les
int6r£ts lui en sont dus k compter de la m&me date 1 .
II ressort done des conditions de ce retour de dot que Pierre
d'Irigaray mourut le jour m£me ou il avait 6pous6 Gabrielle. Ses
deux fr&res se nommaient Pierre, comme lui. L'aln6 lui succ6da ;
il se maria k Saurine d'Oiiberon et continua la famille. Luce d'lri-
garay, son arrifcre-petite-filie, dame d'Irigarray d'Al^ay et de
Casenave de Menditte, 6pousa, le i3 septembre 1763, noble Jean-
Pierre d'Uhalt, seigneur de Rospide d'Aroue.
Par un testament olographe du 18 mai 1627, Bernard de Lo'iteguy
de Qaro avait fix6 a 3ooo francs bordelais, et 5o £cus sol pour lha-
billement, la dot de chacune de ses filles non encore mariees,
Gabrielle, Gracianne et Paule \
Gabrielle resta fiddle k la m^moire de son mari pendant une
quinzaine d'ann6es; puis, k l'approche de la cinquantaine, son
cceur se laissa attendrir par les galanteries d'un gentilhomme sou-
letin un peu plus &g6 qu'elle, Henry d'Ahetze, 6cuyer, seigneur des
maisons nobles d'Ahetze d'Ordiarp et d'Erbis de Musculdy, qu'elle
6pousa en 1648.
Second fils de noble Bernard d'Echauz, seigneur d'Ahetze et
d'Erbis, et de Framboise de Sauguis, Henry d'Ahetze servait, avec
Jean d'Irumberry, le 20 octobre 1618, dans une compagnie de 109
hommes de guerre k pied des gardes du roi, sous la charge du
capitaine L6on d' Albert de Luynes, seigneur de Brantes, d'aprfcs
le rdle d'une revue pass6e k Paris, devant la porte du chateau du
Louvre 3 . 11 succ^da k Laurent, seigneur d'Ahetze, son fr£re atn6,
mort le 18 Janvier i633, sans posterity de son mariage avec Anne
de B6arn-Bonasse\
Au moment de son convol, la veuve de l'infortun6 seigneur
d'Irigaray avait quarante-six ans sonn6s, ce qui ne 1'empScha pas
de donner trois enfants k son nouvel 6poux : Jean, en 1649;
Martine, en i65i, et Catherine, en i65a. Elie 6tait veuve,
1. Arch, de M. de £aro, an Chateau d'Athagny, a Alcay.
a. Ibid.
3. Bibl. Nat., mss., Fondsjrangais, vol. 25.844, n° a3o.
4. Papiers de Jaurgain, Minutes d'Irigaray, notaire.
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4<>4 QUELQUES LEGENDE8 POETIQUBS
pour la seconde fois, et tutrice de ses enfants le 19 juia 1664 t .
Jean d'Ahetze alia faire ses 6tudes » Bordeaux. II y tomba
malade en novembre 1666, et fut ramenl au chateau d'Ahetze, oil
il mourut peu de temps apr&s, ce qui est narrl dans un acte du
17 octobre 1686*.
Marti ne, devenue h^riti&re d'Ahetze et d'Erbis k la mort de son
fr&re, 6tait d6ji pourvue, en 1675, d'un mari de dix-huit ans plus
&g6 qu'elle, M e Arnaud de Berter&che, 6cuyer et avocat en la cour
de Licharre, rejeton de la maison noble de Berter&che de Menditte
et h^ritier, par sa m&re, des maisons rurales d'Etcheberrittoua,
d'Elissagaray et d'Oiihoborro, a Musculdy. II mourut le 21 Jan-
vier 1688, k Fftge de cinquante-cinq ans, sans laisser de posterity*.
Catherine epousa, le i3 fevrier 1680, k vingt-huit ans, Raymond
de Bordegaray, marchand, du village de Pagolle 4 . Eile en eut au
moins un fils, Thomas, qui hgrita des biens d'Ahetze, et, suivant
la coutume du pays, en prit le nom et les armes.
Quant k Gabrielle de Lo'iteguy, elle mourut au chateau d'Ahetze
le 27 avril 1688, k Tdge respectable de quatre-vingt-six ans*.
V
MUS DE SARRI
Urzo liima gris gachua,
Ore bidajin bahua;
Gerthatzen bazaik mas de Sarri,jaon apetitii hun hura,
Begiz ikhusten balin bahai, Phetirinalat bahua.
MONSIEUR DE SARRY
Pauvre palombe a plumes grises,
Tu pars done en voyage;
Si tu rencontres Monsieur de Sarry, ce seigneur a l'excellent appltit,
S'il te voit de l'oeil, tu iras a Beyrie.
1. Papiers d'Elissagaray, d'Ossas, Minutes de notaire.
a. Ibid.
3. Arch, de la mairie d'Ordiarp, &tat civil.
4. Ibid.
5. Ibid.
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DU PAYS DE SOULE /JoS
Urzo gachuak iimilki
Diozii mus de Sarriri
Egiindano eztereiola ogenik eginjaon hari %
Utzi dezan igaraitera usatii dian bideti.
— Auher duk t auher, iirzua!
Juratu diatjedia
Aurthen, aurthen, jin behardiala eneki Phetiritiala,
Han nik emanen dereiat arthoz eta ziz asia.
— Arthoz asia hun dtizii,
Libertatia bagiinii;
Orhiko bago ezkurtto hurak guri hobeche zizkiitzu,
Anglesa Frantzian sartzen bada, Espatiialat baguatzii.
— Urzua, ago ichilik,
Frantzian eztiik Anglesik;
Baiunarajiten badira Agramuntek hilen tik,
Phetirifialat eztuk heltiiren zaragolla luze hetarik.
— Fida niz zure erraner,
Fidago ene hegaler ;
Goraintzi erran behar derezujiten badira Angleser,
Nik ere ber gisan erranen diet EspaHol papo gorrier.
Humblement, la pauvre palombe
Dit a Monsieur de Sarry
Qu'elle n'a Jamais fait de tort 4 ce seigneur,
Qu'il la laisse passer par son chemin accoutume.
— C'est en vain, en vain, palombe !
J'ai jure" sur ma foi
Que cette annee, cette annee, il te faut venir avec moi a Beyrie,
Je t'y donnerai du mala et des glands a satiety.
— Du mala 4 satiety e'est bon,
Si nous avions la liberte;
Les falnes des hetres d'Orhi nous sont un peu meilleuros;
Si 1' Anglais entre en France, nous allons en Espagne.
— Tais-toi, palombe,
II n'y a pas d'Anglais en Prance ;
S'ils viennent a Bayonne, Grammont les tuera,
II n'arrivera pas 4 Beyrie de ces longues chausses.
— J'ai confiance dans vos paroles,
Plus de confiance encore dans mes ailes ;
II vous faut dire un compliment aux Anglais, s'ils viennent,
Moi aussi, de meme, J'en dirai aux Espagnols 4 poitrines rouges.
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4o6 QUEIQUES LEGENDES POET1QUES
Go'aintzi erraile Angleser
Ni nailf ezarten mezuler?
Orai diat, orai, ikhusten nitzaz hizala triifatzen;
Bena enaik, beste urthe batez, bortian hotzeraziren.
— Jaona, zuaza etcher at ,
Mauletik Phetiriftalat,
Chori eta bilhagarro gizen zumbaitenjatera,
Urzo hegal azkartto hoiek eztira zure bianda *.
— Pour faire compliment aux Anglais
Est-ce moi que tu mets messager?
Maintenant je vois, maintenant, que tu te moques de moi ;
Mais, une autre annee, tu ne me feras pas refroidir dans la montagne.
— Seigneur, allez a la maison,
De Mauleon a Beyrie,
Manger quelques oiseaux et grives grasses.
Ces ailes de palombe, un peu fortes, ne sont pas votre viande.
L'abb6 de Sarry, docteur en th^ologie et cur£ de Beyrie, jaon
apetitu hurt hura, dont cette chanson raconte la m6saventure
galante, 6tait un b&tard de la maison de Mont-R6al-Troisvilles.
En 1711, la marquise de Moneins, Francoise-Madeleine de Gas-
sion, se trouvait, en compagnie, dans le grand salon du chateau
de Troisvilles, lorsque son fils, alors &g6 de dix-huit a dix-neuf
ans et mousquetaire de la garde du roi, entra et lui dit : « Madame,
il vient de me naltre un fils. Quel nom vous plalt-il que nous lui
donnions ? — Sarri (tout a l'heure) », r£pondit la marquise, en
basque*.
Sarry £tait pr6cis6ment une maison noble que les Mont-Real
avaientk Juxue, en Basse-Navarre. Lejeune mousquetaire ne com-
prit pas la r^ponse de sa mere, ou y vit peut-Stre une indication :
il fit baptiser son bdtard sous le nom de Jean-Pierre de Sarry.
Armand-Jean de Mont-R£al, dit de Moneins, II e du nom,
n6 le 12 octobre 169a et pr^sente au bapteme, k Mauleon, le 18 du
meme mois, 6tait le fils unique de haut et puissant seigneur
1. Francisqub-Michbl, Le Pays Basque, p. 093. — Sallabbrry, Chants
populaires, p. 204.
2. Cette anecdote s'est conservee dans la famille d'Andurain; elle me fut
racontee, il y a bientdt trente ans, a Amendeuix, par mon excellent et regrette
ami, M. Franck d'Andurain.
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DU PAYS DE SOULE 4°7
Armand-Jean de Mont-R6al, dit de Moneins, I** da nom, chevalier,
marquis de Moneins 1 , comte de Troisvilles, vicomte de Tardets,
baron de Montory, de Gayrosse et de Domezain, seigneur de
Barcus, Amendenix, Masparrante et autres lieux, capitaine cha-
telain de Maul£on, gouverneur du pays de Soule, grand s6n£chal
de Navarre, et de Fran^oise-Madeleine de Gassion. Entr6 an service
dans la premiere compagnie des mousquetaires de la garde du roi,
il y fut promu cornette le i* juin 1717 et sous-lieutenant le a5 Jan-
vier 1726 \
Armand-Jean II de M ont-R6al h6rita des biens de sa maison en
1 720, ainsi que des charges de capitaine chatelain de Maul6on, gou-
verneur du pays de Soule, dont il avait obtenu la survivance le
11 aout 1718*, et de grand s£n6chal de Navarre. Pour ses relations
mondaines, il pr^fera au titre de marquis de Moneins, porte par
son p&re, celui de comte de Troisvilles qu'avait illustr6 songrand-
oncle, Armand-Jean de Peyr£, comte de Troisvilles, capitaine-lieu-
tenant des mousquetaires de la garde du roi, lieutenant g6n£ral de
ses armies et gouverneur de la province de Foix \
Le comte de Troisvilles pourvut largement a Fentretien et a
1' education de Jean-Pierre de Sarry. II lui fit embrasser l'6tat
eccl6siastique et le nomma a la cure de Troisvilles, en Soule, puis,
le 7 Janvier 174a, a celle de Beyrie — en basque souletin, Pheti-
rifia, — au pays de Mixe.
Noble Jean-Pierre de Sarry 6tait encore titulaire de la cure de
Beyrie le 4 novembre i749« II y fut remplac£, avant le i er Janvier
1753, par noble Armand-Jean d'Irigaray-Jaureguizahar, prfctre, de
Menditte.
On le trouve ensuite qualifi£ messire Jean-Pierre de Sarry, de
Maul6on, batard de Troisvilles, le ao juillet 1764, et messire Jean-
Pierre, abb6 de Sarry, le 16 septembre 1768. II mourut a Maullon
et fut enterr6 sous le porche de l'6glise de Barcus, ou Ton voit
encore son 6pitaphe :
Id REPOSE MESSIRE JEAN PlERRE DE SARRY DE TROISVILLES,
PRETRB, DOCTEUR EN TH&>LOGIE, PREBEND^ DE BARCUS, B EYRIE ET
i. On eerit aujourd'hui Monein.
3. Bibl. Nat., ms8., Collection Chtrin, dossier de Mont-R6al.
3. Ibid.
4- Voy. Jauroain, Troisvilles, d'Artagnan et les Trois Mousquetaires, in-8%
tirage a part de la Repue de Biarn, Navarre et Lannes.
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4o8 QUELQUES LEGENDES POETIQUES
MoNEIN, MEMBRE DBS ETATS g£n£rAUX DU PATS DE SoULE, d£c£d£
a Maul^on le a5 octobre 1777, ag£ de 66 ans. Priez pour lui.
L'Agramunt dont parle 1'abbl de Sarry, ^tait Louis de Gramont,
souverain de Bidache, due de Gramont, pair de France, chevalier
des ordres du roi et lieutenant general de ses armies, vice-roi de
Navarre, maire et capitaine g6n6ral de Bayonne, tu£ k la bataille
de Fontenoy le 11 mai 1745, ou Antoine-Antonin de Gramont, son
fils, qui lui 8ucc6da comme vice-roi de Navarre et capitaine g£n6ral
de Bayonne.
VI .
ARBOTIKO PRIMA EIJERRA
Jaon baruak aspaldin
Chederak hedatii ztitin,
Chori eijer bat hatzaman dizii Paubeko seroren komentin;
Orai harekin biziren dtizu, a&paldian go gun betzin.
Jaon barua, orai, zii,
Felizitatzen ztitugu,
Zeren beitiizu Mas de la Plazaren prima eijerra esposatii ;
Andere hori hirus diizii : zuri ezteizugii dolii.
Chedera baliz halako
Merkhatietan saltzeko,
LA JOLIE H^RITlfiRE D'ARBOUET
Depuis longtemps, monsieur le baron
Avait tendu des lacets,
II a pris un joli oiseau, aii convent des Soeurs de Pan ;
Ma in ten ant, il vivra avec lui, comme il en avait l'idee depuis longtemps.
Maintenant, monsieur le baron, vous,
Nous vons feiicitons,
Parce que vous avez epous6 la jolie heritiere deM.de La Place ;
Gette demoiselle est heu reuse : vous, nous ne vous plaignons pas.
S'il y avait de pareils lacets
A vendre dans les marches.
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DU PAYS DE SOULE 4<>9
Ziberuko aitunen semek eros litzazkie oro,
Halako chori eijertto zumbaiten hatzamaiteko ' /
Les gentilthommes de la Soule les acheteraient tous,
Poor attraper quelques-uns de oca jolis oiseaux !
Get £pithalame, encore tr&s r6pandu de nos jours tant en Soule
que dans la Basse-Navarre, date du milieu du dix-huiti&me sifccle.
II fut improvise, par quelque convive souletin, aux noces du che-
valier Armand-Jean d'Uhart et de Marie de La Place d'Arbouet,
fille alnle et h^ritifere de messire Salvat de La Place, baron d'Ar-
bouet, en Basse-Navarre, seigneur de Tabaille et abb£ laique d'Es-
piute, en B£arn, conseiller au parlement de Navarre, etde Jeanne-
Justine de Nays-Candau.
Armand-Jean d'Uhart, mousquetaire de la garde du roi en 1750,
puis major du regiment de Royal-Cantabre et chevalier de Saint-
Louis, qui prit lors de son mariage le titre de baron d'Arbouet,
etait le second fils de Gabriel d'Uhart, chevalier, baron d'Uhart,
et de Sorhapuru, en Basse-Navarre, grand bailli du pays d'Osta-
baret, lieutenant-colonel du regiment des milices de Soule, et de
Madeleine de Sauguis, hlriti&re des maisons nobles de l'Abbadie
de Sauguis, du Domec de Libarrenx et du Domec de Gihigue, en
Soule. II fut admis aux fitats de B£arn, comme seigneur de
Tabaille, le 24 mars 1757, et aux Etats de Navarre, comme seigneur
d'Arbouet, le 3 mars 1758.
Marie de La Place d'Arbouet ne lui donna qu'un fils, Jean-
Alexandre-N6r£e d'Uhart, baron d'Arbouet, baptist le 12 mai
1761, et pourvu, avec dispense d'age, le 14 mai 1783, d'une charge
de conseiller au parlement de Navarre, qu'il exer$a jusqu'a la
Revolution. II mourut sans laisser de posterity, apr&s avoir ins-
titu6 pour h^ritier le baron d'Arripe de Lannecaube, directeur de
la Monnaie de Bayonne, et les biens de sa succession furent
adjug6s le i5 f6vrier 1806 : Arbouet, a M. Jean-Pierre Daguenet,
chef de bataillon du g£nie, et Espiute a M. Laurent d'Abbadie
d'lthorots, baron de Saint-Loup.
Jean de Jaurgain.
1. Recueillie a Mauleon en aottt 1895, change par M B * Mathilde Sarthou, de
Saint-Palais. — Voy. les variantes incompletes publiees par M. Francisqub-
Micbkl (Le Pays Basque, p. 3»5), et par M. J. Sallabbrry (Revue des Basses-
Pyrintes et des Landes, 1. 1, 1883-1884, p. 7).
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XV
LA LANGUE BASQUE
MEMOIRE DE
M. ARTURO CAMPION
ex-depute de Pampelune aux Cortes
TRADUCTION DC M. VICTOR DUHART
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£***-+ ' ~~ 'va*4UfA4jL* >
LA LANGUE BASQUE
MEMOIR! DB
M. ARTURO CAMPION
RX-DBFUTB DB PAMPELUNB ACX COHTB8
TRADUCTION DE M. VICTOR DUHART
Entre la rigoureuse sentence du P&re Mariana : « Seuls les
Gantabres (lisez les Basques) conservent encore leur langage
grossier et barbare, sans aucune 616gance », en passant par l'opinion
populaire que l'AcadEmie royale d'Espagne accueille dans les Edi-
tions successives de son Dictionnaire : « La langue basque, si con-
fuse et si obscure qu'on ne peut la comprendre », et ce tEmoignage
que la v£rit£ arrache a la plume de M. Vinson, contradicteur des
bascophiles qui proclament a Venvi cette langue la plus admirable
et la plus parfaite du monde : « En comparant le basque au latin,
au grec, au fran$ais et aux autres langues analogues, l'Ecrivain
reste frapp£ d' ad miration, et il lui semble contempler un gEant
superbe a c6t6 d'un nain diffbrme » ; entre ces injures, ces preju-
g£s et cet aveu, la linguistique moderne tient le milieu, tout en
laissant pencber la balance du c6t£ cber au legitime orgueil des
Basques.
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4l4 LA LANGUE BASQUE
On a pu leor conjester, a tort ou a raison, avec des arguments
plus ou moms grossiers ou subtils, l'originalit£ de leur organisa-
tion sociale, la 16gitimit6 de leur constitution politique, leurs
exploits, les services rendus aux rois et aux peuples auxquels ils
s'alli&rent, au cours de leur histoire; la seule chose que tous pro-
clament a Funisson, sauf les ignorants et les sots, c*est Fantiquitl,
la beauts et l'originalit£ de leur langue.
Elle s'61£ve, solitaire et isotee, du milieu des autres, dans un
coin de FEurope, avec le prestige de la viei Hesse, la majesty des
ruines, la po6sie du niystere. Le temps la rongee et minle vaine-
ment, sans pouvoir d^truire sa structure geante. Aujourd'hui, c'est
une langue bien humble, le parler familial de quelques milliers de
paysans et de pfccheurs. Que lui importe? Couronn^e de violettes
et de coquelicots champgtres, elle est reine. Oui, reine, et elle
peut faire aux nouvelles venues vaniteuses qui l'enserrent et lui
disputent Fair, la reponse du Basque au Montmorency orgueil-
leux de sa noblesse dix fois s£culaire : « Moi t je n'ai pas de date. »
Elle peut plus encore : montrer sur ses bras sans marque de servi-
tude les lignes pures d'une liberty native jamais perdue et dire aux
dedaigneux : « Ne regardez pas ma pauvrete* par-dessus Fepaule ;
je possede un joyau que vous ne pourriez acheter au prix de tous
vos tremors : je n'ai jamais g£mi, je ne me suis jamais courb6e, ni
sur la glebe germaine, ni dans le harem du Sarrasin, ni dans les
prisons de Rome. »
II est done nature!, a raison de la valeur inestimable de cette
archeologie vivante, de cette merveille parlee, que Fillustre Soci6te
d'Ethnographie nationale et d'Art populaire et la digne municipa-
lity de Saint-Jean-de-Luz aient inscrit, dans le programme des
conferences et meinoires des fetes de la Tradition, un travail sur la
langue basque. Le zele* maire de cette ville, M. Goyeneche, a eu la
bonte\ dans des termes elogieux qu'il n'est permis ni d'oublier ni
de d£daigner, de me confier Fhonneur de traiter ce sujet.
Deux m^thodes s'offraient a moi. L'une, brillante, mais dange-
reuse : consid^rer la langue basque en termes generaux et la com-
parer a un type id^al d' organisation linguistique et a d'autres lan-
gues, mortes et vivantes, pour en faire ressortir les perfections.
L'autre, aride, mais sure : analyser Forganisme de la langue,
avec ses organes et ses fonctions.
JTai choisi la second e, sacrifiant sans doute a Fesprit de F^poque,
plus curieuse de faits que de dissertations philosophiques.
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LA LANGUE BASQUE f\l§
Je crains d'avoir d6pass£ de beaucoup les limites ordinaires de
ce genre de travaux, mais il m'a 6t6 impossible d'etre plus bref,
sans mutiler cruellement le sujet. J'aurais voulu dire deux fois plus
que je ne dis, et la langue basque m£rite encore beaucoup plus.
NOM ET CARACT&RE DE LA LANGUE
La langue des Basques s'appelie elle-mgme suivant les dialectes,
heskuara, eskuara, hemkara, euskara, euskera, eskoara, uskara,
tiskara, d'ou proc&de le nom national du peuple qui la parle :
Heskualdun, Euskaldun, etc., c'est-a-dire eskuaradun — qui a
l'euskara ; — mani&re de s'appeler observee aussi chez les Fin-
nois, qui ne se servent jamais de ce nom, employ^ par Tacite et
Ptol6m£e, maisdecelui de Suonabailen, dans lequel entre, comme
composante, le mot Suoni, nom indigene de l'idiome finnois.
Au Moyen-Age, on appela la langue basque basconia lingua,
langue basconne (Cartulaire de Seyre douzi&me sifecle); bas-
quenz (Fuero gin^ral de Navarre), et lingua Navarrorum {Le roi
D. Sanche le Sage, dans le Livre rond de la cathSdrale de Pampe-
lune).
Veuskara est une langue agglutinative avec tendance au poly-
synth6tisme ; elle a sa place entre les ouralo-altaiques et les am6-
ricaines. Son caract&re Iminemment agglutinatif n'exclut pas d'une
mani&re absolue le proc6d£ flexif, qui apparaft Evident dans le
verbe.
TBRRITOIRE ET DIALECTES
La langue basque est parl6e par les habitants d'une bande sep-
tentrionale de l'Alava, ceux des trois quarts, a peu pr&s, de la Bis-
cay e, tout le Guipuzcoa et presque la moitie de la Navarre, au
nord, au nord-ouest et au nord-est de la P6ninsule.
En France, c'est la langue de Tarrondissement de Bayonne pres-
que entier et de celui de Maullon, soit des anciens pays de Soule,
de Basse-Navarre et de Labourd.
En Espagne, les groupements basques conservent au moins le
nom et les lignes g£n6rales de leur personnalit6 historique ; en
France, 1' Assemble Gonstituante les engloba dans le,d6partement
des Basses-Pyr6n6es, en les £miettant dans les arrondissements de
Bayonne, d'Oloron et de Mauteon, pour les assujettir aux B£arnais
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"• IPC*
4l6 LA LANGUE BASQUE
dans le Gonseil g6n£ral. Get attentat se perp&ra, il faut le suppo-
ser, contre la volontt des Basques, k l'heure od Ton proclamait
cependant le plus haut le respect de la souverainetl du peuple :
digne besogne des hommes qui, portant au cceur la haine sacrilege
de la tradition, et reniant le passl, voulurent changer la France de
Clovis, de Jeanne d'Arc et de Henri IV en une sorte d'enfant
trouv£, au milieu des nations europlennes.
I Les limites linguistiques de la langue basque se conservent in va-
riables en France depuis des si&cles; il n'en est pas de m6me en
Espagne ; elle s'6teindra bientot en Alava ; la Biscaye est p6n6tr£e
par le langage Stranger; la Navarre a vu honteusement, pendant
ce si&cle, passer plus de deux cents locality, y compris sa capi-
tate, sous le joug absolu du patois latin. Aimer la tradition politi-
que, c'est bien; mais aimer la tradition sociale, aimer sa langue, ce
qui est aimer sa mfere, c'est mieux.
La langue basque compte huit dialectes qui se nuancent en une
foule de vari6t£s : quatre en Espagne, le biscayen, le guipuzcoan,
le haut-navarrais du Nord et du Midi; quatre en France, le soule-
tin, le labourdin, le bas-navarrais oriental et occidental.
Les deux premiers de chaque cdte sont les dialectes litt6raires.
Le guipuzcoan brille par une plus grande richesse de vocabulaire
et la r£gularit£ de son verbe, de m£me que par le nombre et Tim-
portance des ouvrages imprimis; mais le biscayen et le souletin
lui sont sup6rieurs par la conservation des Elements purement
i x grammaticaux. Le souletin l'emporte sur tous les autres en origi-
nality et en abondance phonique, tandis que la palme de l'impor-
tance scientifique appartient au labourdin ancien, tel qu'il apparalt
dans la traduction protestante du Nouveau Testament, faite par
Juan Lizarraga, et imprim£e a La Rochelle en 1571. Geux qui dif-
ferent le plus entre eux sont les plus distants : le biscayen et le
souletin. A ce dernier il convient de grouper les deux dialectes
bas-navarrais, et au guipuzcoan les deux haut-navarrais et le
labourdin.
Aucun ne correspond exactement au territoire qui lui donne son
nom : le biscayen sort de la Biscaye et p6n£tre en Guipuzcoa par
Bergara et Salinas; le guipuzcoan s'^tend en Navarre, dans la
valine de la Burunda, Echarri- Aranar ; le labourdin entre en Espa-
gne par Urd^x et Zugarramurdi ; le haut-navarrais septentrional
occupe en Guipuzcoa le territoire des Baskons, confirmant la geo-
graphic des classiques (Oiarso, Olarso, Oiasso), ville et promon-
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LA LANGUE BASQUE 4 1 ?
toire : Fontarabie, Iran, Lezo, Oyarzun; le souletin, le bas-navar-
rais oriental et occidental franchissent les cols, proclamant a leur
maniere qu'entre les Basques il n'y a pas de Pyrenees, dans les
valines de Roncal, Aezkoa, Salazar et Yalcarlos (Erronkari,
Ayezkoa, Saraitzu et Luzaide).
PHONOLOGIK
L'6chelle phonique se compose de cinquante-trois sons. Les plus /
en usage, outre les voyelles, et entre celles-ci, a, sont les sifflants,
les nasaux, les gutturaux et les palataux. II y a six voyelles : a, e, I
i, o.aetu souletin, u fran$ais, lesquelles se prononcent en certains
endroits nasalis6es ; il y a aussi deux voyelles intermediates ou
mixtes : ce et u.
Les consonnes forment quatre groupes : muettes, aspir£es,
vibrantes et fricatives. Quand elles sont actives, elles ont les deux
nuances forte et douce.
Les muettes sont Zc, t, p, g, d, b.
II y a deux f, Tun dental et l'autre demi-dental mouille ; deux p,
Tun explosif et l'autre continu ; deux g % guttural et palatal ; deux
d, dental et demi-lingnal ; trois b, explosif, continu et sourd.
Le gronpe des aspir6es se compose de i (espagnol iamas) et de
h (francais de honte, mais plus dur) ; Yh existe sur le territoire fran-
cais; il ne passe pas la frontifere avec le dialecte. Entre les deux
sons il en existe un interm£diaire, un i demi-aspir£.
Aux vibrantes appartiennent l t W, m, n, ft et r, Gette derniere
lettre se d6double en forte et douce (carro, caro).
Les fricatives se subdivisent en chuintantes et semi-voyelles.
II y a trois chuintantes sifUantes ; trois, ch, s et ts qui se pronon-
cent avec l'aide du palais, et trois autres, z, tz et j qui demandent
celle des dents. Ch sonne fort (espagnol chato), et doux (francais
chat) ; ts et tz sont trfcs caracteristiques du basque, et bien qu'ils
s'^crivent grossierement, au moyen de plusieurs lettres, ils sont
simples.
/ est une, modification du d ou son dental, doux et sifllant.
II y a trois chuintantes sourdes :j,s et z\ cej est mouille. Les
sons 8 et z qui figurent parmi les sifHantes et les sourdes ont trois
nuances distinctes, selon leur plus ou moins de stridence ou de
douceur.
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4l8 LA LANGUE BASQUE
Le sous-groupe des semi-voyelles est represente par y, dont le
son est triple, selon qu'il est nasal et palatal, doux ou fort.
Tous les dialectes n'ont pas ces cinquante-trois sons ; plosieurs
sont sporadiques, d'autres exclusifs. Comrae exemple de ces der-
niers, je citerai le j sourd et mouilie, appartenant au souletin, et le
j dental mouilie et sifUant, caracteristique du biscayen. L'aspira-
tion j gutturale et forte et continue ne s'entend pas dans les dia-
lectes fran$ais, mais seulement dans le gnipnzcoan et qnelqaes va-
rietes dn biscayen et du haut-navarrais septentrional et meridional.
L'h se combine avec I, k, I, n, ft, p y r et t, pour former de nou-
veaux sons qui ne se distinguent de leurs sons simples que par
Inspiration.
ORTHOGRAPHE
Pour ecrire les sons de la langue basque, on a recours a l'ortho-
graphe fran$aise et espagnole comme base, en la modifiant au
goftt de Tinspiration personnelle plus ou moins £clair£e. Aujour-
d'hui, la plupart des ecrivains des deux versants emploient un
syst&me uniforme ou quasi uniforme, dont les principes sont :
Le m£me signe graphique ne represente pas deux sons difflrents
(caro, ciento, cavite, ciel).
Les signes graphiques differents ne peuvent exprimer le m&me
son (bebOy vivo, castor, querella).
Et comme consequence de ce qui pr£cfcde, les mots s'ecrivent
comme ils se prononcent et se prononcent comme ils s'ecrivent.
La langue basque, n'ayant de liens de filiation ni de famille avec
d'autres, trouve dans cette situation des facility exceptionnelles
pour adopter une orthographe phonetique. Dans la p^riode de
transition entre l'orthographe romaine et Torthographe basque, un
peu d'£clectisme etait inevitable ; l'emploi des signes ch dont le
son fort se represente en fran^ais par tch, 11, rr, tz, ts, est une
derogation au principe phonetique. La cause de ce dernier triom-
phe et le seul danger a craindre, c'est son exageration qui entralne
avec elle l'excessive multiplicite des signes graphiques.
Voici un texte de Detchepare, auteur du premier livre imprime
en basque en i545 :
Berac bacu dirade ni are nago viciric
Hongui igum uste vaylut ohorezqui ralguiric
Gayca nola hona ere rauguinenda vertaric
Gayz eqhussi eztuyenac hona cerden ezlaqui.
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LA LANGUE BASQUE 4*9
Gomparez cette orthographe avec Forthographe modenxe :
Berak bazu dirade ni are nago bizirik
Hongi egum nate baitut ohorezki yalgirik
Gactza nolo, ona ere yauginen da bertarik
Qaitz ekusi esluyenak hona cer den eztaki.
lois et ph£nom&nes phon£tiques
Le basque offre a l'&ude de nombreux et curieux faits phon£ti-
ques : changement et Elision de voyelles et consonnes ; incorpora-
tion de sons dermis aux vocables, ts'est-k-dire intercalation de let-
tres de liaison (voyelles), 6penth6tiques (voyelles et consonnes), et
euphoniques (consonnes).. Pour les changements, on ne pent le plus
souvent que constater purement et simplement le fait, l'6tablisse-
ment des series 6tant arbitraire ; par exemple : edoi, odei (nu£e),
nagusi, nabasi (maltre), changent Ye en o et le g en b ou vice
versa.
Pour formuler des lois d'une valeur re*elle, il manque la base
solide de la comparaison avec des langues cong£neres et avec les
formes conserves par une literature ancienne. Le basque, bien
qu'il soit une langue tres antique, n'a qu une literature des plus
rScentes et des plus pauvres. A cette pauvrete* et h la difficult^
resultant de l'i sole men t de la langue on ne peut supplier, jusqu'b
un certain point, qu'en formant la statistique des sons que chaque
dialecte pr^fere, en 6tudiant la forme que rev&tent les mots Stran-
gers et en appliquant, mais avec beaucoup de prudence, les princi-
pes de la lingnistique g6n£rale, laquelle, jusqu'k present, n'est
guere plus qu'une syst&natisation des ph£nomenes phon&iques
qui se produisent dans la famille aryenne.
Le basque varie et combine les voyelles de ses mots d'apres
le principe gene>ateur de Yantagonisme, en vertu duquel les dures
(a, e,~o) sympathisent avec les douces (i, u, u). II y a des change-
ments de voyelle d6termin£s par la presence d'une autre qui suit
immSdiatement : alaba (fille) au lieu de alabea (la fille) fait alabea
ou alabia ; seme (fils), semia (le fils) ; beor (jument), bior ; arto
(mais), artua (le mais) ; olio (poule), ollaa (la poule) ; burn (t£te),
et bum, biiria. D'autres sont produits par Tinfluence de la voyelle
qui precede, soit imm6diatement, soit dans la syllabe ante>ieure
du mgme mot, ou m6me dans le dernier mot ; exemple : begia,
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420 LA LANGUE BASQUE
begie (roeil) ; zerua, zerue (le ciel) ; argi bat, argi bet (une lu-
mifere) ; enfin, les deux causes de changement peuvent se reunir :
alabie, semie, etc. Tous les dialectes n'observent pas cette harmo-
nie des voyelles, et elle est plus frequente dans le langage popu-
laire que dans la literature.
D'autres faits phonetiques peuvent, par leur Constance, s'eiever
a la hauteur de lois generates, bien que non obligatoires ni toutes
ni toujours : repugnance a IV initial, qui exige la precession de a
* ou de e dans les mots Strangers : arrazoi (raison), erreye (roi), etc.;
| aversion des groupes de consonnes qui formeraient syllabe, quand
eilea proviennent de 1' agglutination du suflixe au nom : batek (un),
et non batk ; lanek (travail), et non lank, et du contact des deux
muettes fortes k et t : bakide (compagnon), de bat-kide; elision de
la consonne forte finale heurtant une autre consonne douce, ou
absorption de celle-ci : onakera, onager a (nous sommes bons), de
onak gera ; durcissement du g suivant par influence d'un z prece-
dent : janez kero (aprfcs diner), au lieu de janez gero et de z ren-
forcee en tz pour la nigme cause : etzuen (je ne Tavais pas), au lieu
de ez zuen ; changement de tz en t pour eviter le choc avec les sif-
flantes z, s, ts : aztea (nourrir), de azi t et non aztzea ; ikustea
(voir), de ikusi, et non ikustzea ; onestea (paraltre bien), et non
onestzea ; suppression frequente de n devant r et I : nora (ou), au
lieu de nonra ; zuela (qui Tavait), au lieu de zueula ; antipathie
pour le groupe kn provenant d'agglutination : dekan (que tu Tas),
au lieu de dekn ; durcissement de rf, g et z initials dans les formes
verbales causatives par suggestion de l'affirmatif bai, bei prefixe :
de dire (ils sont), baitire ; de giitii (il n'a pas), beikiitii ; de zen (il
etait), baitzen, phenoni&nes analogues a ceux qui decoulent de la
presence de ez dans les formes negatives : de balu (s'il Tavait),
ezpalu ; de dute (ils Tont), eztute ; de giitu (il n'a pas), ezkutii ; de
zera (tu es), etsera ; opposition a repeter le mfime son, bien que la
correction grammaticale ensouflre, emakumeakin (avec les femmes),
au lieu de emakumeakkin ; repulsion a l'hiatus, excepts pour le
dialecte biscayen, provenant presque toujours de la suppression
d'une consonne, specialement de h et de r : zar, zahar (vieux);
ikaatu, ikaratu (trembler) ; hiatus qui se resout par l'eiision de la
voyelie ou Finterposition d'une lettre euphonique : aita (le p£re),
et non aitaa ; gizonaren (de l'homme), et non gizonaen.
Le basque a une propension marquee a assourdir la gutturale
forte, a Tadoucir par toutes les notes de son cchelle phonique,
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LA LANOUE BASQUE 4 21
jusqu o l'£liminer : kau : a Salazar et Roncal kaur, gau a Aezkoa,
hau en Labourd, an en Guypuscoa (celui-ci). Les mots composes
reprennent souvent le k perdu : arkume (agneau), de ari (mouton),
et ume (petit).
Le langage vulgaire oblit sans entraves au principe du moindre
effort montrant d'innombrables contractions organiques et gram-
maticales : ze biezu (de quoi avez-vous besoin), au lieu de zer bear
dezu ; erteizu (vous le dites), au lieu de erraten dezu ; echejaun
(maltre de .la maison), au lieu de echeko jaun ; geo (plus), au lieu
de geyago.
Les voyelles et les consonnes permutent entre elles avec la liberty
dont jouissent les ph^nomenes phonetiques lorsque la culture lit-
tlraire ne leur met pas un frein. Les changements de consonnes
sont presque sans nombre ; celles que Ton peut consid^rer comme
normales sont : g en b ; r en I ; r en J, s, g ; d en r, z, tz g, t ; b en
m ; n et n en r ; p en b, m, I, t ; I en h, n ; z et tz en ch ; n en n ;
k enj\ II en est d'autres anormales et r£pandues au ha sard.
Les changements de voyelles forment les series suivantes : a en
i, o, u ; e en o ; i en e, o, # ; u en e, i, o ; u en u.
On peut appeler ces changements organiques, parce que c'est le
corps du mot qui les supporte et qu'ils se produisent spontan£-
ment.
D'autres sont provoqu^s par une relation gramma ticale, par
exemple : les formes conjonctives du labourdin et du souletin im-
posent les changements de a en e : dela (qu'il est), de da, et celles
du biscayen la transformation de e en i et de o en u quand le k final
s'61ide : daikiala (que tu le pourras), de daikek ; duala (que tu
Fas), de dok, etautres semblables.
Les consonnes £prouvent aussi des changements d'origine gram-
maticale. Les formes negatives souletines, quand les flexions abso-
lues commencent par une voyelle, changent le z de la negation en
h : ihitzait (tu ne ui'es pas), au lieu de ez itzait ; le biscayen, sou-
vent, montre ley ou les autres dialectes emploient z : zqyo, jako
(il Test). Le labourdin et le guipuzcoan resolvent les groupes kd,
kb en t ou p y quand ils proviennent du contact d'un nom et d'une
flexion verbale : onatira (ils sont bons), au lieu de onak dira ;
onapalira (s'ils 6taient bons), au lieu de onak balira.
Les voyelles le plus souvent £lid£es sont, par ordre : i, e, a, u ;
la plus r6sistante est o. Dans les consonnes, la suppression de n,
r, g, k et h est plus fr^quente que ceile de d, g, b, /, t, />, z et s.
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432 LA LANGUE BASQUE
Je pr^sente ces series comrae provisoires et reTormabies.
Le basque 6vite le contact de sons reTractaires an moyen des
voyelles de liaison a et e : batek (un), et non balk ; edozeiiek (qui-
conque), et non edozefik ; Parisen (dans Paris), et non Parisn ;
zurezko (de bois), et non zurzko ; datorrela, datorrala (celui qui
vient), et non datorla, etc. II y a des exceptions : nork, nok
(qui).
Les lettres 6penthttiqu.es sont celles qui paraissent non organi-
ques, par exemple : Ye du locatif dans les mots terminus par une
consonne : lurrean (dans la terre), et non lurran ; Yi avant Yn %
dans les mots d'origine latine : aingeru, de angelus. Quelquefojs
cela repr^sente une nasalisation primitive : ailgeru.
Les langues, comme les femmes, sont coquettes ; elles aiment k
s'orner. Les lettres euphoniques et de liaison sont comme les
fleurs, les rubans et les bijoux f&minins, des riens qui embellis-
sent ; Yy, ley de Biscaye, le b (et quelquefois I'm et IV), sont les
lettres choisies pour 6viter l'hiatus.
Les mots terminus en i prennent j : de mendi (montagne), men-
diyan, mendijan (dans la montagne) ; de andi (grand), andiyetan,
andijetan (dans les grands).
Les flexions interrogatives du souletin introduisent y entre a
interrogatif ct la voyelle finale, queiles changent en e si elle est a ;
de gira (nous sommes), gireyal (sommes-nous ?) Les flexions
conjonctives biscayennes met tent en contact /, u et a de liaison
qu'exige le suffix e conjonctif par suite de la suppression dek final
et r6clament Tinterposition de j dans le premier cas et de b dans
le second : de dalk (tu le peux), daijala ; dejakuk (il n'est pas),
jakubala.
L'o et Yu finals veulent b euphonique quand ils se heurtent k
Tarticle ou k la premiere voyelle du suffixe : de bum (t£te), burua
et buruba (la tele) ; de olio (poule), olloa et olloba (la poule) ; de
leku (lieu), lekuetan et lekubetan (dans les lieux). L'euphonisme
avec l'article est plus frequent qu'avec le suffixe. Une variante bis-
cayenne preTere m k b ; arto (mais), artoma. Les Bas-Navarrais
dissolvent le groupe na en^ ' de ordu (moment, temps), orduya ;
de su (feu), suya.
L V, en s'interposant, 6vite le choc de voyelles dans la suffixation
du nombrc singulier et dans le mode indefini : de seme (Vils), semif-
ren (de fils) ; alabarentzat (pour la fille), pour alabaentzat.
Get r est arrive" k acqu£rir une valeur grammaticale, comme
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LA LANGUB BASQUE 4?3
signe du singulier : gizonaren (de rhomme), gizonen (des hom-
ines). La variante de la valine de Salazar se distingue par une par*
ticularit6 curieuse : les mots terminus en a, en pressant Tarticle,
loin de ['absorber ou de le changer, introduisent un r euphonique
et le conservent : alabara (la fille), au lien de alaba, alabea ou
alabia.
INALTERABILITY DBS MOTS
Le dynamisme accentuS des sons basques pourrait faire soup-
Qonner que le basque se trouve dans un 6tat d'incoh£sion analogue
a celui des langues polyne'&iennes, dont la matiere est si variable
que, comme Faffirment certains auteurs, les idiomes 6voluent et
divergent jusqu'au point de constituer de nouveaux exemplaires
au bout de quelques ann6es et que les tribus voisines cessent de
s'entendre. Le basque varie beaucoup dans l'espace et peu dans le
temps, comme s'il 6tait dou£ d'une vertu antiseptique particuliere.
Je veux dire que les mots prennent des formes varices, mais que
les formes se perp^tuent. Cette v£rit6 (paradogique) r^sulte de
T^tude des mots accidentellement conserves dans les documents
du Moyen-Age.
Le Codex Compostillanus (douzi&me sifccle), Liber de Miraculis
S. Jacobi (Livre des Miracles de saint Jacques), nous a conserve
dix-huit mots : urcia (Dieu) ; Andrea-Maria (la dame Marie) ;
orgui (pain), ogi ; ardum (vin), ardo ; aragi (viande) ; araign
(poisson), arrafiy arrai; echea (la maison), ianoa (le seigneur),
jyauna, fauna ; andrea (la dame); elicera (i'^glise), comme a Sala-
zar ; belatera (prStre), bereterra en roncalais ; gari (froment) ;
urik (eau), (ur -f le suffixe ik) ; eregia (le roi), erregia ; aucona
(dard) ; lavarca (chaussure de cuir de boeuf non tann6, faite primi-
tivement de tiges, comme l'indique son nom abarka); saia (cape,
aujourd'hui saya en espagnol). Ces mots, excepts aucona et urcia
(Dieu), ortz (nuage) en bas-navarrais ; ihortziri, ihurtziri (tonnerre)
en labourdin, sont aujourd'hui usuels dans le Pays Basque, et
leurs alterations fort l^geres doivent fitre imputes a ceux qui les
ont Merits.
Les cartulaires, privileges, actes, etc., du Moyen-Age, examines
a cette fin, fournissent une abondante moisson de mots, base, je
ne dirai pas d'un diction naire, mais au moins d'un vocabulaire de
la langue basque. Le plus souvent, e'est clair, il faut supposer
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V
4^4 LA LANGUE BASQUE
rinalt£rabilit£ de la signification, mais il y a aussi pour la prouver
la traduction latine ou romane, et si le terme est g£ographique.
Implication au terrain donne la cle\ si elle est satisfaisante.
COMPOSITION DBS MOTS
Le basque forme les mots par les proc6des ordinaires de la
composition et de la derivation.
La liberty de cr6er des mots par composition estabsolue. Cepen-
dant il existe un certain nombre de composants ad hoc : void les
principaux :
Aide (region, cdte\ proximity). II indique la position de cause :
iturralde (voisinage de la fontaine), de iturri (fontaine).
Aldi (tois, espace de temps, conjoncture, occasion). II indique
Topportunite* ou l'lv&iement m£me de Faction : itzaldi (discours),
de itz (parole).
Ar ou tar (male). II indique nature ou habitation : Paristar
(Parisien).
Asi, kari (occupation ou £tat habituel du sujet) : arrantztri
(pecheur), de arrantz (peche).
Aro (temps, station) : izaro (novembre), de azi (semence).
Ano, kano (portion, region, lieu) : galdiano (pays de beaucoup
de froment), de gari (froment + di, abondance, plurality).
Antzo, antz (apparence, ressemblance) : urreantz (aspect d'or),
de urre (or).
Be, pe (position basse de la chose ; au sens figure : subordination,
suction) : leorpe (cabane), de leor (sec) ; menpeko (esclave), de
men (obe*issance + ko).
Bide (chemin, facility ou possibility d'action) : ikasbide (doc-
trine), de ikasi (apprendre).
Dan, forme relative du transitif, signiGe « qui a » : zaldun (cava-
lier), de zaldi (cheval).
Egile, egille (faiseur) : ehnille (tisserand), de ehaitu (tisser);
ongille (bienfaiteur), de on (bien, bon).
Ekin, egin (faire ex£cuter, entreprendre) : okifi (boulanger), de
ogi (pain).
Gai, gei, kai (apte, capable, afTaire, matiere) : ezkongai (c6liba-
taire), de ezkondu (se marier) ; sinisgai (t£moignage), de sinistu
(croire).
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LA LANGUE BASQUE 4 2 $
Gaitz (mauvais , difficile, maladie) : sinisgaitz (incroyable) ;
ameskaitz (cauchemar), de amets (songe).
Gain, gafl (au-dessus) : bidegain (au-dessus da chemin).
Gari (haut, superieur, eieve) : echegarai (maison haute).
Keri % fieri, eri (maladie, indique qualite vicieuse, reprehensible):
astakeri (stupidite), de asto (ane).
Men (puissance, pouvoir, juridiction, obeissance, capacite,
creux, au sens propre et figure) : ahomm (bouchee), de aho (bou-
che).
Oste, ozte (multitude, abondance) : ardioste (troupeau), de ardi
(brebis).
Tegi, toki (lieu, place): lantegi (atelier), de Ian (travail); irazoki
(lande), de iratze (fougere) ; sagardoi (verger), de sagar (pomme).
Une, kune (moment, conjoncture, place) : utsune (defaut), de
uts (vide); urmeune (gu£), de ur (eau + m #» mince, en petite
quantity).
Uts, ots (vide, denude, pur) : oflutz (dechausse), de oft (pied).
Zain, zai (garde) : aurzai (bonne d'enfant), de aur (enfant) ;
qyarzain (garde forestier), de oyan (bois, for£t).
Zale, tzale (aimant, afTectueux) : euskarazale (bascophile).
Etsi est un nom verbal qui signifie juger, appr£cier, et s'unit
aux noms indiquant une impression morale. II cr£e des noms ver-
baux : onetsi (estimer une chose bonne), de on (bon) ; baitetsi (ap-
prouver), de bai (oxxi).
Le basque forme des noms par repetition en changeant la con-
sonne initiale en m, ou b, ou en prefixant m si le mot repete com-
mence par une voyelle : erran, merran (parole grossiere, murmure),
de erran (dire); jira, bira (chute), de jiratu (tourner); zaldiko,
maldiko (petit cheval, bidet).
La derivation s'eflfectue par le moyen de suffixes ou terminaisons
qui, isoiees, ne signifient rien aujourd'hui. Je citerai les principales :
Aga, denote abondance : zumarraga, ormoie, de znmar (orme).
Di, ti (abondance), s'applique non settlement aux choses mate-
riel les, comme aga, mais aux choses spirituelles : arizti (lieu
plante de chenes), de aritz (chGne) ; ondi (grand nombre de bons).
Dura, tura, forme des substantifs indiquant quelquefois la ten-
dance ou le mouvement de la chose a etre ce qu'elle signifie : ezti-
dura (adoucissement), de ezti (miel).
Eta, eto, keta (abondance) : legarreta (lieu oil il y a beaucoup
de gravier), de legar (gravier).
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4^6 LA LANGUE BASQUE
Gaillu, kaillu (aptitude) : lo gaillu (bande), de lota (attacher).
Garri (incline*, provocateur, capable, auteur): irrigarri (risible),
de irri (rire) ; maitagarri (aime\ aimable), de maite (aimer).
Gi (lieu convenable a la chose ou action), c'est le r£sidu de tegi :
gordagi (cach£), de gorde (garder).
Giro (lieu ou saison des choses) : belhargiro (6poque des foins),
de belhar (herbe, foin).
Ki donne l'id£e de fragment, portion : oihalki (morceau de toile),
de oikal (toile).
Kizun forme des substantifs de>iv6s des adjectifs verbaux :
etorkizun (avenir), de etorri (venir).
Koi forme des adjectifs qui marquent tendance ou inclination :
iragankoi (transitoire), de iragan (passer) ; berekoi (Sgoiste), de
here (sien).
Kor a la m&me signification et usage : ibilkor (coureur), de ibilli
(marcher).
Kunde, kunte, uni aux noms verbaux, forme des substantifs qui
indiquent impulsion, tendance : ohikunde (coutume), de ohi (accou-
tumer).
Le exprime le caractere et agent, c'est le r6sidu de egille ; era-
kusle (maltre), de erakutsi (enseigner).
Pen forme des substantifs de>iv6s du nom verbal : erospen
(achat), de erosi (acheter).
Tasun, targun, qualite inherente au sujet ou a la chose : nausi-
tasun (domaine), de nausi (maltre); garbitasun (puret6), de garbi
(propre).
Te (abondance, persistance) : agorte (secheresse), de agor (sec);
elurte (chute de neige), de elur (neige).
Teli (amas, entassement) : egurteli (amas de bois), de egur
(bois).
Tiar, liar (affection, devotion) : berantiar (retardataire), de be-
randu (tard).
Tzu, tza (abondance) : dirutsu (qui a de Targent), de dim (argent
monnayS) ; egurtza (pile de bois).
Tze forme des substantifs : udaritze (lieu plants de poiriers), de
udari (poire).
Za, ze y zi, zu, che y chi, pluralite : zabalza (largeur), de zabal
(large) ; otazu (plantation de tilleuls), de ote (tilieul).
Le nombre de suffixes indiquant abondance et plurality appelle
Inattention. II est hors de doute qu'iis portent une note particuliere,
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LA LANGUE BASQUE 4 2 7
mais pour ceux qui sont purement toponymiques, nous restons r£-
duits aux conjectures.
i/ ARTICLE ET LE NOM
II y a un article singulier, a, et un autre pluriel, ak, avec forme
intensive, ok : gizona (l'homme), gizonak (les hommes), gizonok
joango gera (nous autres les homines irons).
La difference entre le mode indeTini et le mode dlfini (singulier
et pluriel) depend de la presence ou de l'absence de Tarticle : begiri
(k ceil), begiari (k Tceil), begiai (aux yeux). Primitivement, la
forme plurielle s'obtenait en agglutinant les suffixes a l'article plu-
riel, comrae encore aujourd'hui le font Irun et Fontarabie : begiaki
(aux yeux) ; mais 1' ordinaire, surtout dans le langage familier, est
la chute de fe, les deux nombres se differenciant par IV eupho-
nique ou un suffix e pluralisateur.
Mendiren (dela montagne); mendien (des montdLgnes); meridian
(dans la montagne) ; mendietan (dans les montagnes).
LE GENRE
Les noms basques manquent de genre grammatical. Le sexe na-
tural s'exprime par un nora different, ou s'indique par la composi-
tion. Exemple : idi (bceuf) ; bey (vache) ; zaldi (cheval) ; beor (Ju-
ment) ; ollar (coq), de olio (poule) et or (m&le) ; katueme (chatte),
de katu (chat) et erne (femelle).
LBS DEGRES DE COMPARAISON
Quand la comparaison est relative, intervient le suffixe go, qui
s'agglutine au positif d£fini, et apres le compare" se place la con-
jonction barlo, beho, biho, etc.
Eder (beau), ederragu (plus beau), ederragoa (le plus beau),
ederragoak (les plus beaux) ; gaba baho beltzago (plus noir que
la nuit).
La comparaison absolue, ou superlatif, demande le suffixe de
possession en et Particle : de itsusi (sale), itsusiena (le plus sale).
Si la comparaison s'entend d'une maniere abstraite, le nom se
r^pete ou se qualifie par un adverbe de quantity : andi-andi (tres
grand), chit andi (tres grand), hanitz (beaucoup), guztiz (du tout),
etc., etc.
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4^8 LA LANGUE BASQUE
L'id£e d 'augmeutatif est exprim£e par les suffixes to, ko, tzar;
celle de diminutif par cho, chu, flo, fii ; celle d'exces par egi : zal-
ditzar (gros cheval), maiteni (petit ami), aberatsegui (trop riche).
NOM DE NOMBRE
Le systeme de la numeration basque est vigesimal ; les noms de
nombre dans les quatre dialectes litt&raires sont :
i bat, a bi, bya, 3 hiru, kirur, 4 '#«» lour, 5 bost, bortz,
6 sei, 7 zazpi, 8 zortzi, 9 bederatzi, bederatzu, io amar, hamar,
ii amaika, ameka, hamaka, hameka, ia amnbi, hamabi, etc.;
18 emezortzi, amazoirtzi, hemezortzi, hamazortzi, 19 emeretzi,
hemeretzi, hemeretzu, 20 ogei, hogoi, hogei, 21 ogeitabar, hogoi-
tabat, hogeitabat, etc. ; 3o ogeitamar, hogoitamar, hogeitamar,
3i ogeitamaika, hogoitamaka, hogeitameka, etc.
4o berrogei, berrogoi, 5o berrogoi eta hamar, berrogei eta
amar, 60 irurogei, irurhogoi, hirurhogei, 80 larogei, laurhogoi,
laurhogei, 100 eun, ehun, 1000 milla, milia, mila, 1. 000.000
milloi, miliu.
Des cardinaux de>ivent les ordinaux, au moyen du suffix e gar-
ren : bigarren (second), irugarren (troisieme), etc.
Premier a un terme special, compose* avec Tadverbe en (avant) :
lenbizi, lenbiko, lendabizi, lendabiziko, lenengo, lehenbizi, etc.
LES PRONOMS
Le basque possede des pronoms personnels, possessifs, d£mons-
tratifs, relatifs et ind£finis.
Les pronoms personnels sont : ni, neu (je ou inoi); — gu, gii, gen
(nous) ; — 1, hi, eu (tu familier) ; — zu y zii, zeu (tu courtois) ; —
zuek, ziek (vous pluriel).
De ceux-ci derivent les possessifs, au moyen du suffixe de pos-
session : nere, neure, ene, niire (mien) ; — gure, giire, genre
(ndtre); — ire, hire, eure (tien familier); — zure, ziire, zere, zeure
(tien courtois, v6tre singulier) ; — zuen, zien (vdtre pluriel) ; —
bere (sien) ; beren (leur).
Les pronoms d£monstratifs sont : au, hau (celui-ci) ; — ojrek,
oek y oneek % haukiek, hauk (ceux-ci); — ori, hori (celui-lk); —
oriek, hoikiek, horiek, hoik, horik (ceux-l&); — lira, a (pronomfas-
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LA LANGUE BASQUE 4 a 9
cay en qui sert d'article dans tous les dialectes) ; hura (celui-la) ; —
qyek, aek, hekiek, hek (ceux-la).
Les pronoms relatifs sont : nor (qui) ; — norlzuk (biscayen)
(lesquels) ; — zeh, zein, zoin, zixii (quel) ; — zeiikuk (biscayen)
(quels) ; — zer (quoi) ; zerkuk (biscayen, quelles choses).
Les pronoms ind6finis sont : bat, qui pour ce cas ajoute la suffix e
de possession au nom qu'il determine : gizonen bat (litt6ralement,
des hommes un) ; — batzuek, batzu, batzu (quelques-uns) ; — eli-
bat (souletin, quelques-uns) ; — bakoitz, bakoch (chacun) ; bathe-
dera (labourdin, souletin) (un chacun) ; — beste, bertze (autre) ; —
inor, iiior, nihor, nehor, nihur, ihur (personne) ; — norbait, nur-
bait (quelqu'un) ; — zerbait (quelque chose) ; — zenbat, zunbat
(combien) ; — zenbait, zunbait (combien, pluriel) ; — norbera,
norbere (chacun) ; — ezer (rien) ; — edozein, edozeiH, edozufi
(quiconque, quelconque). — Bana est un distributif : Emango
dizutet eun sagar bana, Je vous donnerai a chacun cent pomtaes ;
— banaka (un a un).
En outre des pronoms personnels ci-dessus, il en existe d'autres
de la m£me nature, mais intensifs : nirau, neroni, nihaur (moi-
m£me) ; — gerok, geroni, gihaur (nous-mdmes) ; — erori, heroni,
hihaur (toi-m6me, familier); — zerori, zeroni, zihaur (toi-m£me,
courtois, ou vous-m£me); — zer ok, ziaurek (vous-m£mes) ; — bera,
berbera (iui-m£me) ; — berok, eurok t berak (eux-m£mes).
Le biscayen et le guipuzcoan possedent des demonstrates inten-
sifs : berau (celui-ci m&me) ; berori (celui-la niSme). Les communs
acqui&rent force red^monstrative ou doublement intensive en ag-
glutinant la particule che : auche, qyekche (ceux-ci monies), etc.
Le substantif burn (tdte) exerce les fonctions de pronom r£flexif
dirigeant sur lui Faction du verbe : beri burua ill du (il s'est tu6 ;
litt£ralement : il a tue sa tSte). Gette periphrase donne lieu a des
locutions fort curieuses : bularretik sartu zion bere buruari gani-
beta (il se plongea le couteau dans le cceur ; litt6ralement : il plon-
gea le couteau dans sa t&te du cceur).
ADVERBES
Le basque a les adverbes de position, de lieu, de temps, de raa-
ni6re, de comparaison, de quantity, d' affirmation, de negation et
de doute.
Plusieurs d'entreeux sont des noms pourvussouvent des suffixes
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430 LA LANGUB BASQUE
correspondant a la relation qu'ils expriment. J'omets leur longue
liste et ne parlerai que de ceux qui se forment par derivation.
Les particules ki, zki, to, do, jouent le mfeme rdle que mens,
mente, meat, dans les idiomes n£o-latins : de eder (beau), ederki,
ederto (bellement), de egia (v£rit6), egiazki (veritabiement), de on
(bon), ondo (bien).
Le suffixe ka, kal indique la forme ou la maniere dont se fait
Taction : de oju (cri), ojiuka (k cris, en criant); de zaldi (cheval),
zaldika (k cheval, chevauchant).
K o sert pour les locutions de temps : Noizko egingo dute ? —
Biarko. (Pour quand le feront-ils ? — Pour demain.) II se joint au
suffixe ra pour indiquer un temps futur ou qui commence k courir
de ce moment : datorren urterako (pour Tan qui vient).
Aucune particularity propre ne donne lieu k parler des conjonc-
tions copulatives, conditionnelles, disjonctives, etc., ni des inter-
jections.
LBS SUFFIXES
Le basque n'exprime pas les relations grammaticales des noma
et des pronoms par le moyen de cas, comme dans les langues clas-
siques, ni par Temploi de propositions, comme les idiomes romans.
II se sert d'un riche appareil de suffixes qui s'agglutinent au nom
pur, appele* alors thfcme, ou au noin deTini. Le nom reste presque
toujours invariable, et les modifications de forme que le phon6tisme
exige tombent sur les suffixes. Geux-ci peuvent s'unir aussi k cer-
taines formes du verbe.
La suffixation pronominale est plus compliqu£e et moins r6gu-
lifere que celle des noms : k cela contribuent l'observance de noni-
breuses minuties phon^tiques, 1' existence de doubles formes, acti-
ves et passives, et la croissante promiscuity entre les suffixes per-
sonnels et materiels, dejk commenced dans la suffixation des noms ;
de toute sorte, les difficult^ de Tune et de l'autre sont principale-
ment d'ordre phon£tique, et celui qui a la clef du phon£tisme bas-
que les r^sout toutes sans peine.
Les suffixes, sauf eta, qui est pluriel, sont ind6finis quant au
nombre : T indication de celui-ci est confine k Tarticle, comme cela
a H& dejk dit, bien que la rigueur primitive soit all£e en s'affai-
blissant et qu'elle se compense en beaucoup de cas par l'emploi de
eta ou le possessif en sans r euphonique.
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LA LANGUE BASQUE 4^1
Voyons quels sont les suffixes.
K indique l'agent ; il est obligatoire pour tout sujet de verbe
transitif : gizonak jateu du (rhomme le mange), gizona dabil
(l'homme marche).
Les pronoms demonstratifs simples, intensifs et red£monstratifs
poss&dent des formes actives splciales, c'est-a-dire des formes qui
ne r6sultent pas de 1' agglutination du suffixe actif au th&me,
comme il arrive, par exemple, dans les pronoms personnels : m-
nik, gu-guk.
Ces formes actives sont : onek, hunek (celui-ci) ; orrek, korrek
(celui-la) ; ark, ark, arek (celui-la) ; beronek (celui-ci mfirae) ; be-
rorrek (celui-la mfcme) ; onechek (celui-ci m&me) ; orrechek (celui-
la m£me); archek (celui-la m£me). Les demonstratifs biscayens
au, a et les reddmonstratifs anche, ache, ob£issent aux principes
de la formation de 1* actif : auk, ak, auchek, achek.
Les formes actives influent sur l'agglutination des suffixes, parce
qu'en rfcgle g£n£rale elles sont pr6fer£es aux passives. Par exem-
ple : on dit oni, a celui-ci, empioyant Factif onek et non auri,
comme l'indique la th£orie. II est curieux que le pronom biscayen
correspondant, bien qu'il manque de forme active, suive les r&gles
du guipuzcoan et dise comme lui onen, oni, one g an, etc.
Le suffixe bage s'agglutine a la forme passive dans tous les dia-
lectes : aubage.
Ek, agent pluriel, appartient aux dialectes basquo-fran^ais, a
l'alto-navarrais meridional et le sous-dialecte du Baztan septen-
trional : gizonek darame (les hommes le portent), gizonak da-
biltza.
Les dialectes de France ont quelques pronoms a forme active
plurielle : hauek (Labourd), hauyek (souletin, ceux-ci); hqyek
(Soule, ceux-ci); hoy ok (Soule, ceux-ci); hetik (Labourd); heyek
(Soule, ceux-la).
/, recevant : gizonari (a rhomme); arriari (a la pierre); gizonai
(aux hommes) ; arriai (aux pierres) ; gizonaki, arriaki primitif et
a Fontarabie et Irun.
En, possession : mendiaren (de la montagne); mendien (des
montagnes ; primitif : mendiaken).
Kin, ki, unitif, accompagnatif : gizonarekin (avec l'homme) ;
gizonakin, gizonakkin, gizonekin, gizonenkin (avec les hommes).
Le biscayen emploie gaz : arraugaz (avec Tenfant) ; aurrakaz,
aurrakgaz (avec les enfants).
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43a LA LANGUE BASQUE
Tzat, zat, destinatif : gizonarentzat (pour l'homme); gizonent-
zat, gizonakentzat (pour les hommes).
Le biscayen emploie le suffixe compost tzako.
N, locatif materiel : meridian (dans la montagne) ; mendietan
(dans les montagnes).
Malgr6 son caractere materiel marqu6, les etres animus le re-
coivent : gizonetan.
Gan, locatif personnel. Le biscayen etleguipuzcoan l'emploient
a Texclusion de tout autre avec les noms de personnes et d'6tres
raisonnables : Mariagan ou Mariarengan (en Marie) ; gizona-
gan ou gizonarengan (dans l'homme) ; gizonakgau, forme litt6-
raire ; forme vulgaire : gizonakau ou gizonengau (dans les hom-
mes).
Les dialectes de France forment le locatif personnel a l'aide du
substantif bait ha, beitha : Martinen baithau (en Martin) ; gizona-
ren baithau (dans l'homme) ; gizonen baithau (dans les hommes).
Les mdmes proc£d£s sont employes dans les dialectes espagnols
oong^neres des dialectes fran<?ais, le haut-navarrais et le sous-dia-
lecte du Baztan.
Rai, lai, ra, la, direction mat^rielle, mouvement vers un point
ou une chose : banoa echera (je vais a la maison) ; qyhanerat (au
bois); echetara (aux maisons); qyhanetarat (aux bois).
Les formes avec t et e sont basques-francaises.
Le substantif baitha, beitha, s'unit a ce suffixe pour produire
des formes personnelles : semearen baitharat, semeen baitharat
(au flls, aux fils).
Ganat, gana, directif personnel : gizonagana, gizonarengana
(a l'homme); guizonagana, gizonakgana, gizonengana (aux
hommes).
No, Ho, ino, ifio, limitatif de direction ; s'unit obligatoirement
au directif materiel : mendirario (jusqu'a la montagne); mendieta-
raho (jusqu'aux montagnes).
Les adverbes le reyoivent directement : onaiio (jusqu'ici). Suffix £
a la flexion intransitive da (il est), il forme des locutions de temps :
aurten dailo (jusqu'a cette ann^e).
II s'unit, en Biscaye et en Guipuzcoa, au substantif a rte(espace),
qui peut aussi s'employer pourvu du locatif : ill arteraiio, ill ar-
lean, ill arte (jusqu'a mourir). Ge sont des formes contractus :
arteHo, arteo, artio.
Rontz, runtz, directif ind£fini, appartenant au biscayen et au
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LA LANGUE BASQUE 433
guipuzcoan : echerontz (vers la maison), bosterretarontz (vers les
maisons).
Avec les noms d'etres rationnels, il s'unit au locatif personnel :
aitaganontz, aitaganrontz $ gironenganontz (vers les hommes).
Garti, gatik, causality : gizonagatik, gizonarengatik (poor
I'homtne); gizonagatik, gizonakgatik, gizonengatik (pour les
hommes). En souletin, quand il s'ajoute a la forme d£finie, il
acquiert une signification adversative : gizonagatik (malgre*
l'homme).
Tik, dik, ti, di, provenance materielle. II s'ajoute an theme pur,
excepts au pluriel : zerutik (dn ciel), zeruetarik (des cieux).
Gandik, ganik, provenance personnelle. S'ajoute au nombre
d£fini : E spirit u santua sortzen da Aita eta Semeaganetik(Y Esprit-
Saint procede du Pere et du Fils).
Les dialectes de France veulent Intercalation du possessif :
etzaiarenganik (de l'ennemi); etzayenganik (des ennemis).
Ik y interrogatif nlgatif, s'emploie pour exprimer des quantity
ind6termin£es, pour parler hypoth&iquement et conditionnelle-
nient, et ce pour se rapporter a un superlatif : Badezu ogirik ?
— Estet ogirik (Avez-vous du pain? — Je n'ai pas de pain) ;
eskerrik asko (beaucoup de retnerciements); bildotsik oberenak
(les meilleurs agneaux).
Gabe, bage, baga, bago, boko, substantif suffixable qui signifie
faute, manque : gizonagabe (sans l'homme) ; et de fait sans les
hommes (gizonakgabe, forme litte>aire).
Pour le mode indefini, on y joint le suflixe ik : arririkgabe.
Gabe se combine avec le locatif pluralist et Tinterrogatif n£ga-
tif, qui ne rlpugnent pas a recevoir le locatif, et il en r£sulte une
forme hypertrophique : bildugabetanik bildugabetanikan (sans
se r6unir). Je n'ai vu toute cette agglomeration de suffixes que pour
le guipuzeoan.
Ko y go y de>ivatif, s'unit au theme, marque l'extraction, l'origine,
Tindig^nat : easkalerrico neskatchak (les filles du Pays Basque).
Jamais il n'indique possession : echekojaun est chose tres diffe-
rente de echearen faun ; la premiere locution s'appliquera au chef
de la famille, bien qu'il demeure dans une maison qui n'est pas la
sienne; la seconde, au proprietaire de ceile-ci.
Avec l'article, il forme des adjectifs possessifs : lurrekoa (de la
terre), de lur (terre). Ge suflixe admet di verses combinaisons avec
d'autres.
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434 LA LANGUK BASQUE
Z, modal, instrumental : bai egrVw (oui, vraiment), chien attache
avec une chalne ; izerdiz bustia (mouill6 de sueur) ; urtearen zer
demboraz? (en quel temps de l'ann^e?)
II se pluralise avec eta. II indique mouvement dans certaines
phrases adverbiales : kalez-kale (de rue en rue), et mani&re en
d'autres : bioiruz (de m^moire), ofiez (a pied).
Zko, mati&re, composition d'une chose : zillarrezko eskua (main
d'argent).
Joint a Tarticle, il forme des adjectifs : pekatu aragizkoak (p6-
ch6s charnels).
La preuve qu'ils sont adjectifs, c'est qu'ils se placent apr&s le
substantia suivant la regie g6n6rale.
Les exemples donn6s, si on les 6tudie attentivemerit, rendent
compte des principaux ph&iom&nes phon6tiques de la suffixation,
de mfeme que de la mani&re dont s'expriment Tind6fini, le singulier
et le pluriel. lis indiquent aussi quels sont les suffixes qui peuvent
s'unir au th&me pur, a la forme articul£e et a d'autres suffixes.
La suffixation pronominale imite cello des noms ; que cette for-
mule suffise, sans descendre aux cas particuliers.
Parlons maintenant du verbe, creation merveilleuse de la langue
basque, qui peut l£gitimement se vanter de poss^der une conju-
gaison sup^rieure, par la richesse de ses formes logiques, le nom-
bre de ses temps et la vari6t£ des relations qu'elle exprime, non
seulement aux langues parlies en Europe, mais aussi a celles qui
appartiennent a la famille aryenne et a la famille s£mitique. Je
m'efforcerai d'en donner une id6e succincte, car si je devais traiter
convenablement le sujet, le volume entier de la Tradition basque
y serait insuffisant.
LA CONJUGAISON
Le verbe basque considfere Taction sous ses deux modes essen-
tiels de se produire : transitif et intransitif. Parce que le nom
verbal izan signifie itre et avoir, beaucoup de grammairiens ont
suppose, et particulifereiuent ceux du pays, que le verbe £tait unique
et que les conjugaisons transitive et intransitive n'ltaient que ses
deux voix.
Outre qu'elle est transitive et intransitive, la conjugaison est
simple : nabil (je vais), et compos^e ou p6riphrasique ijaten det
(je le mange, litteralement : en manger je l'ai). La conjugaison
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LA LANGUB BASQUE 4^5
p£riphrasique exige la combinaison d'un nom verbal qui exprinie
la chose signifi6e : jan (manger), et d'un auxiliaire transitif : det
(je Vai, etc.), ou intransitif naiz (je suis, etc.), k qui il incombe de
d£roulerles accidents de la conjugaison, personne, nombre, regime,
traitement. Les quelques noms verbaux qui poss&dent conjugaison
simple peuvent se conjuguer aussi p£riphrasiquement, mais ibiltzen
naiz n'6quivaut pas par r6ciproque k nabil. L' usage est juge de
cette promiscuity, qui th£oriquement est constante.
Les formes des auxiliaires ont £t£ appel6es de diffi&rents noms :
articles, desinences, terminatifs, etc. Je les appelle flexions, de
m^me que celles de la conjugaison simple.
Les flexions verbales expriment : a) le sujet et le nombre ; det
(je Fai), degu (nous l'avons) ; nabil (je vais) ; gabiltza (uous allons) ;
— b) le r6gime indirect : da (il est) ; zago (il Test); — c) le regime,
singulier et pluriel : nan (il m'a) ; du (il l'a) ; ditu (il les a) ; —
d) le regime direct et indirect k la fois : dit (il me l'a) ; dizkit (il me
les a) ; — e) le traitement : ind6terniin6 ou de zu t que beaucoup
appellent courtois, familier, ou de ik, qui est masculin en parlant
k un homme et feminin en parlant k une femme, et respectueux,
propre au souletin. Exemples : je Vai, je les ai se disent : det-ditut
(mo), diat-zetikas (familier masc), difiatzetiHat (fam. fern.), dizut-
ditiz&t (resp.). Le masculin est caract£ris£ par k et le fcminin par
n ou ft. II y eut certainement des pronoms masculins et f&minins :
i-ik, en dehors de la flexion verbale, sert aujourd'hui pour les deux
genres. Le bas-navarrais oriental poss&de un traitement enfantin
ou diminutif qui n'a pas d'importance grammaticale, car il est
constitu^ par des flexions respectueuses prononcees d'une mani&re
efF6min6e.
£l£mRNTS CONSTITUTIFS DBS FLEXIONS
Sont done £16ments coustitutifs des flexions, les pronoms faisant
fonctions de sujet et de regime, soit sous leur forme integrate ou
alt6r£e, soit sous celle de lettres pronominales qui peuvent &tre
consid£r£es comme leurs r£sidus. II faut ajouter k ces 61£ments
ceux qui sont caract£ristiques de mantere et de temps et les eupho-
niques, qui servent de liaison et de fusion des uns avec les autres,
selon les exigences esth£tiques de la langue. La flexion basque les
chose complexe, et ce n'est pas toujours une t&che facile d'en isoler
ses elements, par suite des deformations reconnues.
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436 LA LANGUE BASQUE
La flexion est-elle un element verbal? La rlponse est unanime
pour un grand nombre. Pour moi, je suis d'accord avec ceux qui
l'6tendent k toutes, m£me k celles qui constituent les modes indica-
tif, conditionnel, suppositif et optatif du conditionnel de la conju-
gaison transitive oil, il faut l'avouer, l'£l6ment verbal se montre si
d6natur£ que, isolgment, il n'a ni sens ni forme verbales.
Que l'id6e verbale, exprim6e par un 616ment obscur ou apparent,
se cache dans toutes les flexions, cela, k mon avis, r6sulte de la
comparaison entre les formes suivantes, prises, les unes aux
formes verbales de la conjugaison simple, et les autres aux formes
auxiliaires de la conjugaison p6riphrasique.
d-akan4, je le porte; — d-akar-zu, tu le portes; — d-akar, il le
porte ; — d-akar-gu, nous le portons ; — d-akar-zute, vous le por-
ted ; — d-akarte, ils le portent ;
d-e-t, je Tai; — d-e»zu, tu Tas; — d*a, ill'a; — d-e-gu, nous
Tavons; — d-e-zute, vous Favex; — d-u4e, ils l'ont;
n-abil, je vais ; — z-abiUtza, tu vas ; — d-abil, il va ; — g-abil-tza,
nous allons ; — z-abil-tza-te, vous allez ; — d-abil-tza, ils vont;
na-iz, je suis; — z-era, tu es ; — rf-a, il est; — g-era, nous som-
mes ; — z-erate t vous Gtes; — d-oia> ils sont.
Si akar et abil, reprgsentants des verbaux ekarri et ibilli, mon-
trent Tid6e verbale particularism par les £16ments pronominaux,
et si on concede qu'il en est de mfcme pour les flexions tr&s obs-
cures du verbal izan (Stre), dont le radical ne se montre qu'a la
premiere personne du singulier, je ne vois pas de raison d'adopter
un crit^rium different pour les flexions det, dezu, etc., pour bien
que e et u et toute la s£rie ult^rieure de leurs transformations (a,
£, o, tf, ai 9 eij ea> aa, ao, re, u, 00, iti, uu) soul&vent le difficile
probleme de leur origine, qu'il n'y a pas lieu d'examiner ici.
CLASSIFICATION DES FLBXIONS
II faut grouper et sprier les flexions sur la base des relations
qu'elles expriment. Le regime direct entre toujours dans les
flexions transitives. On ne peut pas dire en basque : « Je vois *>,
mais : « Je le vois. » Le regime direct de la troisifcme personne est
singulier et pluriel; il s'ensuit que ses flexions sont doubles :
jaten det ogia (je mange le pain) \jaten ditut ogigak (je mange les
pains).
Abandonnant, pour plus de commodity de la locution, la termi-
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LA LANGUE BASQUE $3j
nologie de regime direct, indirect et double, je dirai que le tran-
sitif a douze flexions objectives, c'est-&-dire flexions dont Taction
retombe sur un objet extSrieur au sujet ; seize flexions pronominales,
dont Faction retombe sur un pronom personnel distinct de celui qui
figure comme sujet, et cinquante-six objectivo-pronominales qui
marquent conjointement les deux relations pr6c6dentes ; prenons
pour exemple la troisi&ine personne singuli&re du present indicatif
transitif : du-ditu (il Fa, il les a); dit-diskit (il me l'a, ii me les a) ;
dizu-dizkiru (il te Fa, il te les a); dio-dizkio (il le lui a, il les lui a) ;
digu-dizkigu (il nous Fa, il nous les a); dizute-dizkizute (il vous
l'a, il vous les a); die-dizkie (il le leur a, il les leur a); nau (il
ma); zaitu (il t'a) ; gaitu (il nous a); zaituzte (il vous a). Total, y
compris toutes les personnes, 84 relations, auxquelles il faut ajou-
ter i44 autres familieres et 36 respectueuses, ce qui fait 1264 pour
chaque temps capable de les avoir et les ayant de fait, suivant les
dialectes. Et je dis capables de les avoir, parce que Fimp&ratif ne
peut avoir les premieres personnes du singulier et du pluriel.
La conjugaison intransitive, par sa nature propre, n'a que
6 flexions directes, c'est-a-dire dont Faction retombe sur le sujet
lui-in&me, et 16 pronominales , dont Faction, re<?ue par le sujet, est
transmise k un pronom de premifere, deuxi&me ou troisi&me per-
sonne. Exemple : da (il est); zat (il m'est); zatzu (il t'est); zaro
(il lui est); zagu (il nous est); zatzute (il vous est); zaye (il leur
est). Total, 22 ; et en comprenant les 5o du traitement familier et
les 16 du traitement respectueux, 88.
Qu'il soit bien entendu, dans la statistique des flexions transi-
tives coinme des intransitives, que le mot flexion ne s'emploie pas
comme synonyme dejorme, car quelques rares fois deux relations
diflferentes s'exprinient par les m&mes 61£ments materiels; par
exemple, zaituzte (ils font) et zaituzte (il vous a).
11 semblerait que cette merveilleuse fecondit^ dftt d^noter un
parfait 6tat de conservation du verbe basque : rien n'est moins
certain. La conjugaison a perdu k peu pr&s le tiers de ses flexions.
II manque, panm les pronominales transitives, celles qui devaient
avoir comme regime direct le pronom de troisi&me personne : k
lui. Celles de regime double presentent seulement le regime direct
avec la troisifcme personne, tandis que le regime indirect peut se
rapporter k la premiere personne, k la seconde et k la troisifeme.
Le Nouveau Testament de La Rochelle d6montre que ces lacunes
n'ont pas toujours exists.
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438 LA LANGUE BASQUE
TYPES DE L ORGANISATION DE LA FLEXION
L' etude d'ensemble des flexions montre qu'elles se rapportent k
deux types organiques distincts. Le premier pr6fixe le sujet : naiz
(je suis); le second le suflixe : det (je l'ai). Au premier type corres-
pondent toutes les flexions intransitives et les transitives de regime
direct de troisieme personne, employees au pass£ de l'indicatif et
k son similaire le pass£ du subjonctif, avec leurs derives. Au
second les autres. Les flexions objectives et objectivo-pronomi-
nales du second type commencent par d.
LA CONJUGAISON SIMPLE
Les noms verbaux qui peuventse conjuguer par eux-m6mes sont
fort peu nombreux. Voici les principaux : iduki, eduki, euki
(avoir); egin (faire); efcarrf (apporter); eraman (emporter); era-
billi, erabil (remuer, mouvoir, faire aller); ikusi (voir); jakin
(savoir); esan, err an (dire); egon % (&tre); joan, gan (aller); ibilli,
ebiliy ebil (marcher) ; etorri (venir) ; jarritu, jarraike, yarraiki
(suivre) ; etzan, etzin (Stre couch£).
Ces verbaux sont d6fectifs ; les moins incomplets possedent le
present et le passe" de l'indicatif et l'imp6ratif ; par exception egin
manque maintenant des deux premiers temps, mais conjugue le
passe et le present du subjonctif. Tres peu ont le nombre complet
des flexions de chaque temps; quelques-uns, comme etzan, sont
r&iuits aux flexions directes.
En regie g6ne*rale, mais non absolue, ces verbaux dansleur con-
jugaison accentuent la difference entre le present et le pass£ en
alterant le theme et en donnant la preference aux formes avec a
pour le premier et e pour le second : dakustQe le vois), neku-
san (je le voyais); daki (il le sait), zekien{\\ le savait); daude (ils
sont) ; zenden (ils etaient).
Les flexions transitives det, dezu t etc. ; nuen, zenduen, etc. ;
duket, dukezu (lab.), dtiket, dukezix (soul.), etc. ; et les intransi-
tives naiz, zera, etc. ; nintzan, zifXan, etc.; naiteke, zaiteke, (lab.);
nizate, zirate (soul.), etc., auxiliaires de la conjugaison pe>iphra-
sique, dans le mode indicatif, constituent le present, le passe* et le
futur (lab., soul.) de avoir et $tre, quand ils se conjuguent isol6-
ment. Mais les autres temps et modes de ces verbes ne s'obtiennent
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LA LANOUE BASQUE 4^9
qu'au moyen de la conjngaison p£riphrasique, c'est-k-dire en com-
binant les verbaux izan (fitre et avoir), et iikhen (avoir), avec les
flexions auxiliaires correspondantes. De sorte que les id£es pures
d'etre et avoir conjugules s'expriment en partie par conjngaison
simple et en plus grande partie par conjngaison composed.
Le fait que lesdites flexions isol£es n'ont pas besoin de izan pour
signifierji Vai, tu Vas, etc.,je Vavais, tu Vavais, etc. t ye Vaurai,
tu V auras, etc., je suis, tu es, etc., f&ais, tu 4tais, etc., je serai,
tu seras, etc., est une nouvelle preuve que dans ces flexions est
incorporle Fid£e verbaie de avoir et itre.
FLEXIONS ABSOLUES ET ALT<r£eS
La forme des flexions s'altere quand, en outre de leur id£e pro-
pre absolue, elles doivent exprimer une autre id6e accidentelle.
Les flexions alte>6es sont de sept classes :
a) conjonctives ; elles servent k coordonner deux verbes du
mdme discours. On les obtient en suffixant la particule la :
darama (il le porte), daramala (qu'il le porte); det (je l'ai),
dedala (que je l'ai) ; nago (je suis), nagoela, naiz (je suis), nai-
zela (que je suis).
b) relatives; on suffixe n; elles se rapportent au sujet ou au
regime direct du verbe : daki (il sait), daizen (qu'il sait) ; naiz,
naizan. Cette forme se substantive avec l'article et se place en
position de recevoir les suffixes : nago (je suis), nagoen,
nagoena, nagoenari, nagoenaren, etc.
c) affirmatives ; k la flexion absolue on pr^fixe la particule
affirmative ba, contraction de l'adverbe bai : du (il a), badu ogia
(il a le pain) ; elle ne va pas avec la conjugaison p£riphrasique.
d) dubitatives ; mSme proc£de* ; mais 1' accent tonique passe k la
flexion ijaten badu ogia (il le mange le pain).
e) negatives ; on pre* fixe la negation ez ; pour obtenir forme
negative il faut que l'adverbe ou la flexion 6prouvent une altera-
tion ; autrement il n'y a que phrase negative simplement : dezu
(tu Fas) ; eztezu, haigu (nous Favons), echiagu.
I) causatives; on prefixe bai (lab.), bei (soul.), niz (je suis),
beniz. Elle renforce le sens positif de la flexion par une relation
de causality tiree d'elle-me'me, comme dans les phrases — parce
qu'il Fa, parce qu'il est. Le biscayen et le guipuzcoan suppleent a
la forme causative qui leur manque par la forme relative.
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44<> LA LANGUE BASQUE
g) interrogatives ; on suffixe a, eya on ya k la flexion (soul.)
niz (je suis); niza? (suis-je?) ; dira (ils sont); direya? (sonMls?) ;
dezake (il le peut); dezakeial (le peut-il?).
Ces formes alte>£es sont simples : il y en a d'autres composees :
a) affirmatives-conjonctives : baduela;
b) dubitatives-relatives : baduen;
c) n£gatives-conjonctives : extuela ;
d) negatives-relatives : eztuen ;
e) negatives-dubitatives : ezpadu ;
j) affirmatives-dubitatives (lab., soul.) : baduen;
g) n^gatives-causatives (lab., soul.) : ezpaitu ;
h) affirmatives-interrogatives(»oul.) : badia?
i) n^gatives-interrogatives (soul.) : eztia ?
J'ai dit que les flexions relatives penvent prendre les suffixes ;
mais la qualification de verbales ne convient pas aux formes qui
en r£sultent ; au contraire elle convient aux flexions relatives et
conjonctives, qui, en prenant certains suffixes, acquierent un sens
special :
a) conjonctive-de>ivative-locative : duelakoan (supposant que) ;
b) relative-derivative : dueneko (pour quand il Fa);
c) relative-locative : duenean (quand il Fa);
d) relative instrumentale : duenez (selon qu'il Fa) ;
e) relative-disjonctive (bisc, lab., soul.) : debenez (il l'a ou
non);
j) conjonctive-de*rivative (bisc, guip.) : duelako (parce qu'il
l'a) ;
g) conjonctive-infinitive (lab., soul.) : duelarik (tandis qu'il
la);
h) relative-limitative (lab., soul.) : dueno (en tant qu'il l'a);
i) conjonctive-de>ivative-d£finitive (bisc.) : dabelakua (en sup-
posant qu'il Fa);
j) conjonctive-derivative-instrumentale (soul.) : dielakoz (parce
qu'il Fa);
k) conjonctive-ddrivative-destinative (soul.) : dialakotzat (en
supposant qu'il Fa).
Ces onze formes conjonctives et relatives de signification sp£-
ciale, combiners avec les formes composees £nume>£es plus haut,
engendrent dix-sept autres formes recompos^es qui se divisent en
trois groupes : affirmatives, dubitatives et negatives. Je vais
donner un exemple pour chaque groupe : baduelakoan (en suppo-
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LA LANGUE BASQUE 44 l
sant qu'il l'a); — badabenez (s'il Ta ou non); — eztuelakoan (en
supposant qu'il ne l'a pas).
LB NOM VERBAL
£tant connu le premier 61£ment n£cessaire de la conjugaison
p6riphrasique, qui est la flexion, Studious maintenant le second,
qui est le nom verbal.
Le nom verbal est 1$ mot qui dlsigne Taction exprim^e par un
verbe, ou bien le propre nom de celui-ci : eman (donner), joan
(aller). 11 se traduit couramment par l'infinitif des autres langues,
mais sa signification exacte est celle d'un participe passl. Son
th&me ou radical est la partie du mot qui demeure invariable, quand
on y ajoute les suffixes.
II est substantif et adjectif ; l'adjectif est le nom verbal pur,
c'est-&-dire sans article ni suffixe ; le substantif verbal se forme en
y ajoutant le suffixe te ou tze : ematze t joate*
Les noms verbaux sont propres et d£nominatifs ou d6riv£s. Les
substantias et adjectifs communs, les pronoms et les adverbes
peuvent 6tre convertis en verbes en y suffixant la particule verba-
lisante tu, duz : de aur (enfant), a urtu (devenir enfant) ; deaberats
(riche), aberastu (s'enrichir) ; de gure(n&tre) t guretu (s'approprier
quelque chose) ; de bezala (comme, comparatif), bezalatu (se rendre
semblable). Les noms et adverbes m£me modifies par un suffixe se
transforment en verbes : de echera (k la maison), echeratu (aller k
la maison); de dirugabe (sans argent), dirugabetu (s'appauvrir) ;
de nora (ofc, avec niouvement), noratu (se diriger vers un endroit).
La vivacity, T6nergie, la concision, le coloris et la facility de-
pression des plus delicates nuances de la pens£e que cette admi-
rable propria communique k la phrase dlpassent toute mesure.
FORMES DU NOM VERBAL
Les substantifs et les adjectifs verbaux sont trails comme les
substantifs et les adjectifs ordinaires. On appelle formes du nom
verbal celles qui proviennent de l'agglutination des suffixes, quand
ils entrent obligatoirement dans la conjugaison periphrasique, ou
qui ne s'emploient pas avec les noms communs, ou qui sont dotees
dune signification splciale, ou qui sont employees trfcs fr^quem-
ment pour exprimer l'idle verbale.
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442
LA LANGUE BASQUE
Formes du substantif verbal, en prenant pour exemples eron
(tomber), ikusi (voir), dont les radicaux sont eror, ikust.
(b)
(c)
(d)
(e)
(0
(g)
indefini
erortze,
ikuste
d£6ni
erortzea,
ikustea
locatif
erortzen,
ikusten
iatensif
erortzen,
ikusten
destinatif
erortzeko,
ikusteko
directif
erortzera,
ikustera
instrumental deflni
erortzeaz,
ikusteaz
—
indefini
erortzez.
ikustez
FORMES DE L ADJECTIF VERBAL
(a) adjecti
f verbal ind6fini
erori,
ikusi
o>) -
— defini
eroria,
ikusia
(c) -
— positif
eroriren,
ikusiren
(d) -
— derivatif
eroriko,
ikusiko
(e) -
instrumental d£fini
eroriaz,
ikusiaz
(0 -
— indefini
eroriz,
ikusiz
(g) -
infinitif
eroririk,
ikusirick
(h) -
ind£termin6
erorita,
ikusita
De ces seize formes, six settlement font par tie de la conjugaison
pe>iphrasique : le substantif verbal locatif, les adjectifs verbaux
indgfini, derivatif, possessif et le radical.
MODES ET TEMPS DE LA. CONJUGAISON P&UPHRASIQUE
Les verbaux izan et tikhen se combinent avec les pr6ce"dents pour
former les temps composes. Ceux-ci se prfctent a un grand d6ve-
loppement a cause de la multitude des combinaisons possibles. Et
comme il y entre aussi d'autres verbaux modificatifs, tels que oi
(avoir coutume), al (pouvoir), il en resulte que les auteurs ne sont
d' accord ni sur le nombre et le nom des modes, ni sur ceux des
temps. Par exemple, Lardizabal comptc 5 modes et i5 temps, et le
prince Bonaparte n modes et 91 temps (tons en usage). Je crois
remplir les indications de la th£orie et de la pratique en admet-
tant 9 modes et 35 temps. Voir le tableau suivant :
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LA LANGUE BASQUE 443
I. Indigatif.
i present, ikusten du (il le voit, cela) ;
2 pr£t£rit imparfait, ikusten zuen (il le voyait) ;
3 pass6 proche, ikusi du (il l'a vu) ;
4 pass£ eloigned ikusi zuen (il le vit) ;
5 plus-que-parfait proche, ikusi izandu (il l'avait vu) ;
6 plus-que-parfait 61oigne\ ikusi izanzuen (il l'eut vu) ;
7 futur present (lab., soul.), ikusten dute (lab.) (il le verra) ;
8 futur catlgorique, ikusikodu (il le verra) ;
9 futur conjectural proche, ikusikozuen (il devra le voir) ;
io futur conjectural 61oign6 (bisc, guip., lab.), ikusiczangodu
(il devra l'avoir vu).
II. POTENTIEL.
ii present (bisc), ikusi dai (il peut le voir, cela) ;
ia futur present, ikusi derake (il peut on il pourra le voir);
1 3 futur conjectural (bisc.), ikusi lei (il pourrait le voir);
i4 pass£ proche, ikusi lezake (il pouvait le voir) ;
i5 pass6 £loign£, ikusi zezakean (il put le voir).
III. SUPPOSITIF DU POTENTIEL,
1 6 present, ikusi albadeza (s'il peut le voir) ;
17 futur conjectural, ikusi albaleza (s'il pouvait le voir) ;
IV. CONDITIONNEL.
18 present (soul.), ikusten luke (il le verrait) ;
19 pass6 proche (bisc. et soul.), ikusi liika (soul.), il l'atirait vu ;
20 pass6 61oign6 (bisc, lab., soul.), ikusi leikian (bisc), il l'au-
rait vu) ;
21 futur proche (bisc, guip., lab.), ikusiko luke (il le verrait);
22 futur 61oign£(bisc, guip., lab.), ikusiko sukean (il l'aurait vu).
V. SUPPOSITIF DU CONDITIONNEL.
23 present, ikusten balu (s'il le voyait) ;
24 pass6 proche, ikusi balu (s'il l'avait vu);
25 pass6 61oign6, ikusii zan balu (s'il l'avait eu vu) ;
26 futur (guip., lab., soul.), ikusiko balu (s'il le verrait).
VI. OPTATIF DU CONDITIONNEL (S).
27 present, ailu ikhusten (plaise a Dieu qu'il le voie) ;
28 pass6, ailii ikhusi (pliit a Dieu qu'il I'eftt vu) ;
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444 LA LANGUE BASQUE
29 futur, aileza itkus (plaise a Dieu qu'il le voie ; mot a mot :
qu'il le verrait).
VII. CoNSUftrUDINAIRE (b).
30 present, ikusi daroa (il a coutume de le voir) ;
3i pass6, ikusi eroian (il avait coutume de le voir).
VIII. Imp£ratif.
3t2 present, ikusi beza (qu'il le voie, cela);
33 futur (bisc), ikusi begike (il le verra).
IX. Subjonctif.
34 present, ikusi dezan (qu'il le voie) ;
35 passe, ikuzi zizan (qu'il le vtt).
Ce tableau demande quelques explications. Les exeniples, en
general, sont pris dans le guipuzcoan ; quand il n'y a pas dedi-
cation sp6ciale, les modes et les temps sont communs aux quatre
Bialectes littlraires; dans le cas contraire, j'avertis entre paren-
thfese et j'indique aussi l'origine dialectique de l'exemple, chaque
fois qu'il n'est pas guipuzcoan.
Le souletin, pour les futurs de l'indicatif, pr£fere le possessif
ikusiren au d£rivatif ikusiko, et le labourdin l'imite, quand dans
la composition du temps entre izan, auquel le souletin substitue
toujours iikhen dans la conjugaison transitive. Le radical ikhus
sert a composer les temps du potentiel, du suppositif du potentiel,
de l'imp6ratif et du subjonctif, dans les dialectes labourdin et sou-
letin, et le futur de l'optatif du conditionnel. Le guipuzcoan seul
forme le suppositif du potentiel avec al (pouvoir). Dans les temps
et modes contcnus dans mon tableau, l'adjectif verbal d^fini ikusia
ne fonctionne pas.
La composition, les modes et temps de la conjugaison intran-
sitive sont les mdmes.
EXPLICATION MORPHOLOGIQUE DBS FLEXIONS PAR RAPPORT '
AUX TEMPS
Eu 6gard a leur derivation formelle, nouspouvons dire qu'il y a
des flexions mdres et dirivtes.
Sont flexions mires :
a) celles du pass6 de l'indicatif, nuen, etc.; — pour celles du
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LA LANGUE BASQUE 44^
conditionnel, nuke, etc. ; — de l'optatif du conditionnel, ainii, et
da sappositif du conditionnel banu, lesquelles s'obtiennent en
extrayant la syilabe finale des m&res, en leur ajoutant he et leur
prefix ant ai et ba, suivant les cas.
b) celles du present du subjonctif dteadan (que je l'aie), par pap-
port a celles du present du potentiel dezaket, etc., et du present
du suppositif du potentiel badezat, etc.
c) celles du passl du subjonctif nezan (que je Feusse), par rap-
port a celles des passes du potentiel nezake, etc., nezakean, etc., et
a celles du futur du suppositif du potentiel baneza, etc.
d) celles du present dot (lab.), diit (soul.), etc., niz (soul.), etc.,
par rapport a celles du futur duket (lab.), diiket (soul.), (je Faurai),
etc., nixate (soul.), (je serai).
Le labourdin emploie pour son futur intransitif les m6mes
flexions que pour le futur proche du potentiel, naiteke, etc.
Le d&veloppement morphologique des flexions intransitives est
taill£ sur le m$me patron que les flexions transitives, excepts pour
le present et le pass£ du potentiel, qui introduisent un radical dis-
tinct de celui qui figure dans les flexions mferes. (Testa cette cause
qu'il faut attribuer aussi les differences de la conjugaisori bis-
cayenne.
Le suffixe verbal re est trfes digne d'attention : il sert pour
caractlriser le conditionnel, le possible et le futur ; c'estque, entre
ces trois id6es, il y a une liaison tr£s 6troite.
LES AUXILIAIRES DE LA CONJUGAISON P^RIPHRASIQUE
Oihenart, avec une remarquable perspicacity, remarqua la pre-
sence de divers auxiliaires dans la conjugaison (Not. Utr. Vasco-
nice, 1. 1, c. xiv), mais il a fallu longtemps pour faire accepter cette
v6rit£. II nest pas facile de les indiquer tous ; plusieurs ont perdu
leur vie indlpendante on bien leurs formes ont beaucoup souffert.
Le transitif possfcde izan pour le subjonctif, le potentiel, le suppo-
sitif du potentiel et l'imperatif, sauf le biscayen qui forme ces
temps (sans excepter peut-Stre le potentiel lui-m6me, dont le radical
est ai) avec egin (faire), eroan (porter), pour le consu6tudinaire et
probablement iduki ou ukan, uken pour Findicatif et ses d6riv£s.
L'intransitif renferme des 616ments plus nombreux et plus 6nig-
matiques ; en outre de izan, je citerai itzaki (atzaki, atzai, itzai),
tza, eki, era, adi, etc., etc.
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44^ LA LANGUE BASQUE
LES VBRBAUX MODIFICATIFS
Ges verbaux ajoutent k l*id6e absolue exprimge par la forme
pe>iphrasique une autre ide> accidentelle et compl6mentaire.
Les verbaux modificatifs sont : al, ahal (pouvoir) ; ikusi izan
aldu (il l'avait pu voir) ; ari, hari (Stre faisant quelque chose),
lequel r£git toujours une flexion intransitive : ikusten ari du (il est
occupe* k le voir) ; oi, ohi (accoutumer) : ikusten oidu (il a coutume
de le voir); ezin (ne pas pouvoir): ikuzi ezingo du (il ne pourra
pas le voir) ; bear, behar (besoin) : ikusi bear on bearko luke (il
devrait le voir ; nai, nahi, gura (vouloir, dlsirer) ; ikasi naidu
(il a voulu le voir). Quelques-uns de ces modificatifs ont servi a
angmenter le nombre des modes.
Le modificatif arazo, erazo, erazi suffix6 an radical verbal on k
l'adjectif verbal ind£fini, snivant les dialectes, prodnit une conju-
gaison factrice ou causative complete : ikusi erazoten du (il Fa
oblige* k le voir) ; il peut s'unir aux noms communs : de hero (cha-
leur), beroerazi (faire chauffer). Contracts en era pr6fix6 on infix6,
il forme de nouveaux verbanx dont la signification diftere quelque-
fois de la signification primitive. De ikasi (apprendre), irakatsi
(faire apprendre, enseigner); de entzun (entendre), erantzan
(faire entendre, r6pondre); de eman (donner), eraman (porter);
de ikusi (voir), erakusi (faire voir, enseigner, montrer), sans que
pour cela ces verbaux soient prives de la faculty de prendre de
nouveau le facteur erazo, et de dire eraman erazi, eratkusi-erazo,
etc., etc.
QUALIT^S DE LA LANGUE BASQUE
Ici finit mon aride dissection de la langue basque. Je voudrait
maintenant la montrer vivante; dire le logique enchalnement
syntaxique de ses termes, la liberty de construction de ses phrases,
l'el^gance de ses p£riodes, la profonde po6sie de ses expressions ;
je voudrais Staler ses tremors de suavity, de flexibility, de precision,
de concision, d'6nergie, d'eloquence mais j'ai rempli et an delk
la place dont je pouvais disposer.
La merveilleuse quoique incomplete somme de formes gramma-
tieales que je viens d'6num£rer paraltra, k premiere vue, une
complication excessive, une richesse embarrassante qui fatigue
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LA LANGUE BASQUE 44?
l'esprit : creation originate et belle, oui, mais qu'il est impossible
d'apprendre et de s'assimiler, en somme.
Erreur. La langue basque a 6t6 avec raison compare a l'algfebre,
dont les dements sont simples et les combinaisons innombrables.
L'unit£ brille dans toute la graminaire. Ghaque relation gram-
maticale s'exprime par un element propre et sert toujours au
m£me but. L'article est an ; les m£mes suffixes servent aux noms,
pronoms, adverbes et noms verbaux. La complexity da verbe pro-
yient de l'abondance des relations, mais est compens6e par r absence
de verbes irr^guliers, l'analogie entre ie syst&me verbal p^riphra-
siqae et simple et la reduction de toutes les conjugaisons a deux,
qui, en fait, ne sont que la voix transitive et la voix intransitive
d'une conjugaison unique : les regies grammaticales sont absolues ;
il n'y a que de trfcs rares exceptions et les formes pratiques corres-
pondraient toujours aux formes th6oriques, sans les exigences de
la phonetique.
Comparons-la a la langue latine, mfere des illustres patois latins
qui l'entourent et envahissent son domaine : rappelons-nous les
cinq types de la d£clinaison des substantifs, avec leurs irr^guliers ;
les deux types de d£clinaison des adjectifs, la d£clinaison du pro-
nom, diffcrente et different aussi dans ses propres types ; la dis-
tinction arbitraire et compliqu£e des genres ; le verbe auxiliaire ;
les quatre conjugaisons r6gulieres, les verbes irr£guliers, depo-
nents et semi-deponents, la formation embrouillee des supins et
des prints, avec leurs quatorze regies, leurs cinquante et quel-
ques exceptions generates et autant de particuliferes ; le regime vari£
des substantifs, adjectifs, verbes, prepositions, adverbes, les con-
cordances, etc., etc. — Et disons, apres cela, de quel c6t6 sont la
clartl, la simplicity l'ordre, la logique, la lumiere!
Et comme on ne d^couvre dans le latin aucune trace de superio-
rity intrins&que sur le basque, quand le mate>ialisme pseudo-scien-
tifique vient nous parler de pr^tendues lois naturelles qui con-
damnent notre langue a mourir, ne reprochons sa disparition qu'a
notre incurie, a notre deTaut de patriotisme, a notre stupide poli-
tique qui nous entralne a Idcher la proie pour V ombre, au lieu de
r£agir virilement, dans la souverainet£ de nos ames libres, contre
les facteurs historiques et sociaux qui nous tuent et nous an£an-
tissent.
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448 LA LANGTJE BASQUE
*
LA RACE ET LA LANGUE BASQUES *
L'existence, an pied des Pyr£n6es occidentales, d'un peuple qui
parle une langue agglutinante, sorte d'llot lingaistique au milieu
des idiomes aryens qui l'environnent de toutes parts, est uu fait
aussi interessant que myst^rieux.
Le problfeme du Sphynx euskarieu a 6X6 aboixU k Tenvi par les
anthropologistes et les linguistes : la sp£cialit£ ds la race corres-
pond-elle k celle de la langue? Jusqu'k pr6sent, la r£ponse est
negative : les Basques ne paraissent pas 6tre les repr^sentants
d'une cinquifeme race, distincte des quatre grandes races n6oli-
tiques qui forment la base de la population de I'Europe occiden-
tals
Le peuple euskarieu, d'aprfes ce qui ressort des travaux d'an-
thropologie les plus r6cents, se r^vfele k nous comme le produit du
croiseuient trfcs 61oign6 d'un 616ment ib&re (Homo Mediterranceus,
brun, petit, dolichoc^phale) et d'un autre appel£ improprement
ligure ou celte (Homo Alpinus, petit, brachyc^phale), avec infil-
tration posterieure de sangkymris(//o/ri0 Europceus), rouge, 6le\6,
dolichoc6phale) et avec cette note caract&ristique que le type bra-
chyc6phale pr&Lomine parmi les Basques fran^ais, et le type doli-
chocephale parmi les Basques espagnols et que les premiers sont
l'anneau anthropologique qui rattache les seconds aux Auvergnats.
Comme la langue basque devait n6cessairement appartenir k un
seul des composes ethniques, et qu il faut ecarter le kymrique, il
en r^salte, pour le moment, que l'anthropologie r^duit le problem©
de l'origine de la langue basque k ce dilemme : ou elle est celte, ou
elle est ib&re.
Les linguistes, laissant de c6%6 l'anthropologie, ont tent£ k leur
tour de d6chiffrer T6nigme : compulsant des vocabulaires dans le
cercle de leur sp6cialit6 ou de leurs preferences, ils y ont cherch6
k la loupe des affinity, des ressemblances et jusqu'fc une parents
r6elle entre le basque et l'h^breu, I'arabe, le Sanscrit, le persan, le
i. J'exaraine ce probleme avec lout le d£veloppemenl que j'ai pa y apporter
dans raoQ ouvrage: Les Orlgines du peuple basque, Geltes, Ibereset Basques;
eludes d'anthropologie, histoire et lingaistique, ea cours de publication
dans la Revue Euskal-Erri. II sera traduit en francais.
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LA LANOUE BASQUE 449
chaldlen, le grec ; entre le basque et les langues ouralo-altaiques.
(tare, samoy&de, vogoul, maggiar), caucasiques, esquimales, am^
ricaines ; et cela, avec la rigueur scientifique, qui se traduit par ce
r&ultat monstrueux, s'il £tait vrai, que le basque serait une sorte
de langue franque, non plus des C6tes du Levant, mais du monde
entier. Le d6sir immodlrf de trouver des parents au basque et de
diminuer la richesse indigene de son vocabulaire a conduit aux
plus atroces exc&s de linguistique. On est alll jusqu'k couper arbi-
trairement les mots et k attribuer la paternity des morceaux aux
langues les plus disparates entre elles.
(Test ainsi que j'ai vu expliquer alor (heritage, champ de labour)
par al 9 article arabe, et hortus, subs tantif latin; aker (bouc), par le
Sanscrit dga (chfevre), et er, alteration suppos£e du basque ar
(male).
Beaucoup des analogies entre le basque et d'autres idiomes,
quand elles se bornent au lexique, ce qui est le cas le plus ordi-
naire, doivent &tre regardles, presque toujours, corame des coin-
cidences fortuites; et quand elles s'61&vent jusqu'& l'organisme
grammatical, ce sont des analogies g£n£rales et vagues, propres
au type linguistique (ragglutinant) auquel appartiennent les lan-
gues compares. Mais il est encore k 6crire, le iivre ou la concor-
dance lexique et grammaticale prouve clairement la parents du
basque avec une quelconque des langues connues.
Laissant de c6t£ les analogies de la premifere classe, je dirai
quelques mots seulement des secondes, qui meritent plus d'attention
et d 1 etude.
LE BASQUE ET l'aGGADIEN
La langue basque 6tant comprise dans la famille trfes etendue des
idiomes appeles touraniens, dont faisait partie, k titre d'anedtre
venerable, ou du moins de module tr&s ancien, l'accadien ou som-
m£ranien, idiome pr£-s6mitique de la Chald6e, une illustre per-
sonnalite scientifique, M. Sayce (Principles of philology), a indi-
qu£ la parents du basque et de la langue primitive de la Chaldee.
- L'id£e a appele mon attention et j'ai voulu l'examiner. Voici
quelques analogies ou ressemblances auxquelles ont pu arriver
mes faibles moyens d'informations.
- L'accadien n'a pas de d£clinaison : les relations grammaticales
se forment au moyen de suffixes appeles casuels, quand ils font
office de cas, qui s'unissent au radical ou th&me invariable. Trois
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450 LA LANGUE BASQUE
•de ces suffixes ressemblent aux suffixes basques : celui du datif
ra : addara (au pere), dont le radical ra (se diriger sur), et dont,
en effet, le sens originaire et la forme correspondent a ceux du
directif basque : eche-ra (a la maison) ; le comitatif kit (avec), ad-
dakit (avec le pfcre). Kite est apocope de kita, qui signifie littlra-
lement : « lieu dans », c'est-a-dire que o'est un locatif, relation qui
figure aussi par hasard dans l'unitif basque ki-n ( altar ekin). Le
suffixe qualificatif ou adverbial accadien est as, es; le basque
marque la relation instrumentale au moyen de la sifflante %. Taku
est une postposition qui signifie « depuis » et ne differe pas beau-
coup du separatif basque tik, dik.
L'accadien forme 1' immense majority des derive* par le moyen
de suffixes. Le de>iv6 est consider^ comme radical pouvant rece-
voir d'autres suffixes. Le suffixe le plus usit6 du pluriel, mes, se
place apres le radical, et le suffixe casuel le suit : addames (les
peres), addamesra. C'estle mdme proc£d£ primitif dans le basque :
gizonak-en, gizonak-ai. Parmi les pronoms, celui de la seconde
personne zu, zae t et celui de la troisieme an : le premier est iden-
tique au pronom basque et le second rappelle le demonstratif bis-
cayen a.
La seconde se>ie pronominale possede un pronom de la premiere
personne dab ; les flexions objectivo-pronominales basques repr6-
sentent le regime indirect par une dentale, r£sidu, indubitable-
ment, d'une forme inconnue et mysterieuse : dit (il me Fa), didate
(ils me Font). II y a en accadien un cas forme par la suffixation du
pronom de la troisieme personne bi t dont le th&me est ft, et en
basque, les troisiemes personnes de l'impeYatif montrent un b pr€-
fix£, que Ton croit le r£sidu d'un pronom perdu : beza (qu'il Fait),
bedi (qu'il soit). Ge pronom accadien remplace Farticle, comme, en
basque, le demonstratif.
L'accadien indique quelquefois les cas par simple position syn-
taxique ; le basque Fimite, quand il supprime le suffixe de posses-
sion : eche-andre (dame de la maison), au lieu de echearen andre.
II peut des adverbes deliver des substantifs, pour exprimer une
quality ou modality appr£ci£e subjective ment, en recourant au suf-
fixe bi : de gal (grand), galbi (grandement).
Le basque, de audi (grand), tire andiki (grandement).
II manque de genre grammatical. Le substantif precede Fadjec-
tif, et celui-ci recoit les desinences du pluriel et les suffixes des
cas : autant l'accadien que le basque impriment au dernier mot la
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LA LANGUE BASQUE 4^1
relation grammaticale qui est commune k plusieurs : eche zuri an-
dietan (mot k mot : maison blanche grande les en). II connalt une
certaine harmonie th6matique de voyelles.
L'accadien possede la conjugaison p6riphrasique, dont l'auxi-
liaire est men (6tre).
Sa conjugaison, au point de vue morphologique, peut se diviser
en prepositive et postpositive : la premiere est la plus habituelle,
avec formes simples qui incorporent au radical les pronoms sujets,
et avec formes objectives qui incorporent le pronom regime. La
conjugaison postpositive manque de formes objectives et consiste
simplement dans la suffixation au thfeme ou radical, sous sa forme
de pass£ ou present, des pronoms sujets. Tout cela, en partie, re-
produit les deux types organiques des flexions basques, les unes
pr£fix£es, les autres suffixees au sujet : naiz, det.
L'accadien emploie le nombre duel pour d£nommer les objets
qui par eux-m£mes sont doubles, en suffixant au substantif le
numeral kas (deux) : sikas (les deux yeux), pikas (les deux
oreilles).
Gette formation pr£sente, k mon avis, une analogie surprenante
avec celle de certains noms basques d'objets naturellement doubles,
ou semble palpiter le numeral bi pr£fix£ : begi (oeil), beso (bras),
belarre (oreille), birika (poumon), belaun (genou), bular (sein,
mamelle).
Le lexique accadien, que je connais fort peu, m'a fourni une
trentaine de mots extr£mement ressemblants k d f autres mots bas-
ques ; plusieurs appartiennent k cet ordre £l£mentaire de connais-
sances que forme, pour ainsi dire, la premiere couche du langage.
Les maitres de la science linguistique d6cideront, en dernier
ressort, s'il y a lieu ou non de suivre cette voie de comparaison.
Moi, je ne sais pas si les ressemblances sont dues seulement k ce
que les deux langues sont agglutinantes, et je n'ose pas non plus
decider « si, suppose le large intervalle ouvert par le temps, Fes-
pace et le d6faut de relations sociales » dont parle Sayce, ces ana-
logies acquierent un caractfere de plus grande Evidence ou la per-
dent complfetement.
LE BASQUE ET LES LANGUES OURALO-ALTA1QUES
M. A.-Th. d'Abbadie, dans ses Protegom&nes aux fitudes gram-
maticale* sur la langue euskarienne, de Ghaho, a signals la res-
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45a LA LANGUK BASQUE
semblance entre la syntaxe basque et celle de « ce groupe d'idiomes
dont les principales branches sont le hongrois, le finnois et le
lapon ». II a indiqu£ plusieurs analogies : le nombre des cas de la
prltendue d£clinaison et m£me la similitude syllabique de quel-
ques-uns, le d£faut de genre, la presence du regime dans le verbe,
la liberty absolue de crier des verbes dlnominatifs, la position et
la forme des desinences ats, ke % etc.
Tout cela 6tait le rlsultat d'un coup d'oeil plus on moins gonial,
mais trfcs soramaire, et les choses ne sortirent pas du domaine des
glnlralitls jnsqa'au jour oil, vingt-six ans aprfes, le distingul
prince Bonaparte publia son mlmoire : Langue basque et langues
finnoises.
Le prince disait que ces langues, dont le g6nie est postpositif,
prlsentent d'ltonuantes analogies dans leur grammaire ; ce qui
n'est pas peu dire, quand il s'agit du basque, si different des autres
langues.
Les affinitls que le prince met en lumi&re sont : k pluriel en la-
pon, finmark, hongrois et basque ; les fonctions de Particle rem-
plies par le dlmonstratif en mordwin et en basque ; l'existence
d'une conjugaison objectiyo-pronominale en mordwin, vogul,
hongrois et basque ; l'harmonie des voyelles, sous la formule de
I antagonisme en basque (les fortes avec les douces et vice versa)
et du dualisme dans les idiomes finnois (les fortes avec les fortes
et les douces avec les douces).
La question des aflinitls basco-finnoises n'a pas fait nn pas de-
puis le prince Bonaparte. Les linguistes ont jug£ sans doute que
dans cette voie il n'y avait pas k attendre des rlsultats positifs. Le
professeur hongrois Ribary, auteur d'un estimable Essai sur la
langue basque, n'a mfime pas songl k renouveler la tentative.
Loin de Ik, il a dlclarl que si taut est qu'il y ait dans la grammaire
basque, en outre de certains radicaux analogues, des formes qui
rappellent l'altafen, les differences sont si grandes dans les choses
plus essentielles que le basque continue k &tre sai generis.
Gertainement, le chapitre du prince Bonaparte sur les affinitls
n'est pas inutile, surtout si Ton 6tend la comparaison, non seule-
ment aux langues du groupe finnois, mais encore k d'autres de la
famille ouralo-alta'ique.
Le mordwin montre un recours analogue k celui du basque pour
supplier au dlfaut de pronom rlfllchi, en additionnant les suffixes
possessifs au substantif : pr'a (t£te), pfarik (ma tfcte ou moi-m^me).
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LA LANGUE BASQUE #>3
pr'at (ta t£te ou toi-mdme). L[/ est particulier au hongrois ; les
autres idiomes du groupe finnois le remplacent par p ; le lapon
partage cette repugnance et emploie b ; ce n'est pas non plus un
son originairement basque. Le mordwin possfede une negative ez
qui se prtfixe au verbe et perd sou vent la consonne finale, ph6no-
mfene qui se retrouve dans les flexions negatives souletines.
Les idiomes ugro-finnois et turco-tartares en g£n£ral placent le
relatif avant le substantif dont il depend ; le basque observe le
m&me ordre avec les flexions relatives.
Le suflixe t> derive de celui du pluriel, qui dans le reste des
langues ugro-finnoises a le sens de l'indefini, apris la signification
de l'accusatif dans lostiake et le hongrois. Les flexions transitives
basques renferment un element pluralisateur objectif, it, ditut (je
les ai), ditugu (nous les avons), etc.
Les langues du groupe turc, comme celles du groupe ugro-finnois,
comme le lapon, expriment le genitif par la nasale n, pure ou ac-
compagn^e d'une voyelle : tin (votiake), niu (turc oriental), nen
(koibal), in (zyrian), na (ostiak), iana (yakoute), etc. ; n (finnois,
vepse, lapon, mordwin), etc. ; le locatif ou inhesif du lapon est n,
in; de l'ostiak et du yakoute na.
En est le suflixe possessif basque et n le locatif.
Les num£raux se pr&tent de m6me k une legfcre approximation ;
ils commencent par la labiale, comme le basque bat(\m), le yakoute
et l'osmanli bir, le tchuvache per, et comme le basque bost (cinq),
l'ingour bis, le tchuvache pil-ik, l'osmanli be&.
Ils ont des sifflantes comme le basque %a%pi (sept), le finnois
seiceman, l'esthonien seice.
La comparaison du lexique fait voir d'abondantes et curieuses
correspondances ; mais ni celles-ci ni les affinites grammaticales
signages n'autorisent k comprendre le basque dans la famille
ouralo-altaique : les quelques ressemblances sont noyees dans la
masse des differences.
LE BASQUE ET LBS LANGUES Alfl&RICAINES
La th^se de la parents du basque avec les langues am6ricaines
date d'assez loin, elle remonte au moins k Mann. Humbold, tout en
avouant que la comparaison de ces idiomes produit certainement
des r^sultats etonnants, rejeta cependant toute aflinite et soutint
energiquement que le basque est une langue « purement euro-
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454 LA LANGUE BASQUE
pgenne ». M. A.-Th. d'Abbadie, influence par sa preoccupation de
chercher des analogies entre les mille formes de la parole eparses
sur la terre, « parce que les lois de l'humanite sont partout les
monies », nota certaines similitudes que lui offraient le mexicain
et le quichua. Ges id£es furent reprises plus tard par M. Pruner-
Bey et M. de Charencey.
Suivant ce dernier auteur, la famille americaine qui a le plus
d'affinite avec le basque est la famille algique (langues du Canada).
II enumere com me caracteres communs le manque de/, l'emploi
de postpositions, la manure de former les noms composes, l'usage
de suffixes personnels et materiels (equivalent de ce que les am£*
ricanistes appellent genre noble et genre innoble ou inanime), la
copieuse distinction des degrees de parents, la conjugaison des
noms, le systeme vigesimal de la numeration, la quasi-identit£ des
pronoms personnels iroquois (ni = ni, n\ nin; hi = ki,k\ kin;
hau (mais celui-ci est demonstratif) = o : guki; Incorporation du
pronom au verbe, la distinction tres marquee entre la conjugaison
transitive et intransitive, et d'autres similitudes grammaticales
et lexiques qu'on peut lire dans la ,brochure : Des affinilis de la
langue basque avec les idiomes da Nouveau Monde.
La brochure deM.de Charencey, dans laquelle il ne manque
pas d'erreurs palpables relatives au basque, n'a pas non plus ou-
vert de nouveaux horizons k la science, et la majority des linguistes
ont observe une prudente reserve et approuve Topinion de Hum-
bold, que de telles ressemblances denotent « le degre* de formation
des langues ». Pour le moment, on ne peut rien aj outer k ces
judicieuses paroles de mon docte ami particulier, M. Vinson :
« Nous croyons avoir d£montr6 que les affinites entre ces deux
groupes, signalees avec tant de complaisance, ne sont pas
exclusives, qu'elles s'etendent plus ou moins k d'autres idiomes
europ£ens et asiatiques; qu'elles sont purement exterieures et
s'expliquent parfaitement par l'6galit£ de developpement ou de
decadence. »
La plus grande ressemblance entre le basque et les idiomes am£-
ricains se tire de la conjugaison et de la composition des mots ;
mais les phenomenes d' incorporation n'arrivent jamais, en basque,
jusqu'k noyer le nom comme regime du verbe, ni ceux depolysyn-
th&isme jusqu'k la confusion extreme de conglomerer beaucoup
de paroles en une seule, au moyen de syncopes et d'ellipses les
plus violentes.
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LA LANGUE BASQUE 4^5
LE BASQUE ET LA LANGUE IB&UQUE
L'id6e que la langue basque est ceile des habitants primitifs de
l'Espagne se pr^sente k l'esprit si naturellenient a priori, qu'il ne
faut pas s'^tonner qu'elle soit venue k beaucoup d'lcrivains enfants
ou non du pays ; mais celui qui lanca v£ritablement cette these
dans la circulation scientifique fut Guillaume de Humbold, plus
encore par l'autorit£ de son nom que par les preuves de la c^lfebre
Pr&fung, etc.
La theorie ib£ro-euskarienne r6gna quelque temps sans contra-
diction s£rieuse, mais depuis il s'£leva une croisade qui la com-
battit avec une dpret£ que les questions scientifiques ne rev&tent
pas d'ordinaire et qui pourrait en partie s'expliquer par des anta-
gonismes provinciaux et des antipathies contre la signification re-
ligieuse et politique des Basques.
La naive supposition que l'ibfere est identique au basque mo-
derne est demeur£e rlduite en cendres ; mais la reaction est allee
trop loin : il en est qui pour combattre Humbold sont all£s jusqu'k
nier que le basque connaisse le changement de r en Z, alors que le
nom mfime national Euskaldun le renferme.
Malgre tout, la formule du grand linguiste Pott est celle qui
reste la plus probable : « Je ne me cache pas d'attribuer k 1' antique
langue iberique le titre descendant du basque actuel, supposes,
bien entendu, les trfes nombreuses modifications que celui-ci a du
6prouver dans le cours des siecles. »
Qu'on ne pense pas que je me laisse entrainer k aborder mainte-
nant ce probleme embrouille\ par une analyse sommaire et une
comparaison plus sommaire encore de l'ib£rien, de cette langue,
comme le dit plaisamment Hiibner, « que tout le monde lit et que
personne ne comprend ».
Get illustre Ipigraphiste a reuni tous les renseignement desira-
bles dans ses Monumenta lingua ibericce, et il n'y a qu'a les 6tu-
dier avec m6thode, patience et sagacity.
Une nouvelle tendance s'est fait jour, celle de considerer Tib6-
rique comme langue hamitique : mais cette hypothese ne ferme
pas encore la porte a la parents ibe*ro-basque, car des savants ac-
courant k l'app&t, tels que le professeur Glaudio Giacomino, d£cou-
vrent des relations entre le basque et l'antique Sgyptien. Ce que
j'ai dit suflit pour se convaincre que le probl&me est tres complete
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456 LA LANGUE BASQUE
et que le basque n'a pas encore perdu definitivement soncaractere
de langue solitaire.
LA LANGUE BASQUE ET LA CULTURE INTELLECTUELLE
DU PEUPLE BASQUE
Les linguistes qui cherchaient a tort et a travers des affinit£s
entre le basque et tous autres idiomes connus, et les plus models,
comrae MM. Hovelacque et Vinson, qui abordaient Fetude du
lexique basque sans cet amour qui est une lumiere ajoutee a In-
telligence, et reduisaient Temprunt Stranger a ce qu'a pu fournir
Foment latin et roman, ontcontribue a r6pandre ces idees inexac-
tes et incompletes que le vocabulaire basque est tr&s pauvre et
que par suite grande est 1' inferiority intellectuelle des Basques et
notoire l'inutilite du basque comme instrument de culture.
Mais les critiques de Tun et de l'autre parti n'ont raison que par-
tiellement. Le basque est le langage habituel du peuple, c'est-a-dire
des laboureurs, des pasteurs et des pScheurs. Par consequent,
demander que son vocabulaire excede ses besoins, c'est demander
un miracle. Est-ce que par hasard les villageois du centre de la
France possedent le lexique des poetes Racine ct Victor Hugo, des
philosophes Cousin et Taine, des savants Cuvier et Pasteur?
Prendre a un autre peuple un mot pour donner un nom a un
objet, cela ne signifie pas toujours, comme beaucoup d'historiens
et de linguistes se sont trop hates de le conclure, que c'est recevoir
de ce peuple 1' objet ou la notion de l'objet. De ce que les Basques
modernes disent gorputz et Jerde, il n'y a pas lieu de deduire
l'absurde supposition que jusqu'a la venue des Romains avec leur
corpus et leur viridis, les Basques ne s'etaient pas apercus qu'ils
avaient un corps de chair et d'os, ni que les monts et les arbres qui
les entouraient de toutes parts etaient verts.
L' acquisition de mots Strangers ne suppose, a bien penser, que
la cohabitation, le contact ou les relations de deux peuples. Les
autres consequences, d'ordinaire deduites, ne sont que des preemp-
tions qui demandent un complement de preuves. J'ai assiste, pour
ainsi dire, a la disparition, dans un village de Navarre, du mot
osaba (oncle), et a son remplacement par le castillan tio. II a suffi
que ce mot fftt en usage dans une fain i lie qui allait passer l'ete ail-
leurs et parlait un basque tres espagnolise, phenomene d'imitation
indefiniment r£p£te.
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LA LANGUE BASQUE 4$7
Beaucoup d'objets out deux noms : Tun basque, l'autre latin ou
roman. Celui-ci, peu k peu, supplante l'autre. En voici un exemple :
denbora a 6t6 tir6 du latin, probablement par le clerg6, poor signi-
fier Tid6e m&aphysique du temps. Gomme, en espagnol et en fran-
$ais, tiempo, temps, signifie en outre un £tat atmosphlrique ou
m&6orologique, il est d6jk trfes frequent d'entendre de la bouche
des Basques cet affreux barbarisme : denbora ona, denbora charra
(le temps bon, le temps mauvais), au lieu de 1' expression pure et
encore employee : eguraldi ona, eguraldi charra.
La mdme chose est arriv^e pour/er<fe, qui doit se dire eze.
Avant d'affirmer que le basque actuel manque d'un mot, il faut
scruter les composes, dans lesquels se conservent les simples,
quoique inusitls. Pour exprimer l'id£e catholique de ciel, on eut
recours au latin et on lui prit zeru. Aujourd'hui, 1'idSe physique
s'6nonce de la m£me mani&re, avec le m£me mot. Gependant, le
mot indigene existe : orz t oz, visible dans ozadar (arc-en-ciel ;
litt£ralement : rameau au ciel), dans ozgarbi (ciel serein ; littlra-
lement : ciel propre), etc. Peut-Stre fut-il le nom d'une divinity et
figure-t-il dans ozzegun (jeudi ; littlralement : jour du ciel), et
ortziral (vendredi), plus difficile a expliquer.
La pauvrete actuelle de termes indigenes pour 6noncer des idles
religieuses, morales et psychologiques, s*explique par 1'influence
du catholicisme, dont la langue liturgique est le latin.
En r¨, les insuffisances du yocabulaire ont 6t6 fort exag£-
r6es et la langue poss&de des ressources propres pour les remplir,
comme Ta dlmontre Axular en traduisant habilement des passages
de Platon, d'Aristote, des saints P£res et des theologiens scolas-
tiques qui £maillent les pages de son beau Geroko gero. Le basque
est plus riche d'61£ments naturels d'expression que le castillan, le
frangais et les autres langues parlies par ces dldaigneux, qui ne
pourraient 6mettre une idle llevle si on leur fermait le d6p6t du
latin et du grec. Le fameux Pere Moret, protestant contre les
Ipithetes « grossifere et barbare x> que le P6re Mariana appliqua
k la langue basque, rlpliqua : « S'il disait « peu Itendue et
« peu cultivle » , nous accepterions sa censure ; mais champ
fertile n*est pas condamnl comme mauvais parce qu'il est peu
cultiv6 ; ce qui est condamnable, c'est le peu d'industrie des hom-
mes. »
L'ltude analytique qui forme la substance de ce mlmoire d6-
montre, a elle seule, qu'attribuer I'inflrioritl suppos6e du peuple
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459 LA LANGTJE BASQUE
basque ksalangue est une proposition fausse, erron£e et trompeuse
qui ne m^rite m£me pas les honneurs de la refutation.
LE BASQUE ET LA PERSON NALIT^ MORALE ET HISTORIQUE
DBS BASQUES
Louis Lande, dans la Revue des Deux-Mondes, disait en parlant
des Basques : « On peat, peut-ttre, quand on les connalt, ne pas
Sprouver un profond sentiment d'estime et de respect, ni rendre
hommage k leur caractfere. » Moi, je pourrais tresser une couronne
d'or avec des phrases louangeuses prononcges en leur faveur par
dss hommes illustres d'Espagne, de France, d v Allemagne et d'An-
gleterre, et la poser sur le front de mon peuple.
Je pourrais c£16brer la noblesse de son cceur, la loyautl de ses
sentiments, la Constance de ses desseins, PhonorabilitS de ses
moeurs ; je pourrais montrer les moissons et les fruits abandonn£s
dans les champs « sans autre garde que le septi&me commandement
de la loi de Dieu » ; exalter la solidite de la famille, l'amour de la
religion, le respect de la hierarchie naturelle, la difficile alliance
de la tradition et du progr&s, la democratic chr£tienne, antith&se
vivante de la democratic politique, de celle que Proudhon a
marquee de cette phrase au fer rouge : « La democratic, c'est
Ten vie. »
Je pr^ftre c6der la parole k V Anglais Bowles : a En parcourant
ces pays, il me semblait £tre transports au si&cle et aux coutumes
que d£crit Homere ; et celui qui cherche la simplicity, la vigueur
et la veritable gaiety, les trouvera dans ces montagnes et compren*
dra que si leurs habitants, en general, ne sont pas les plus opu-
lents, ils sont essentiellement les plus heureux, les plus amou-
reux de leur pays et ceux qui vivent les moins soumis aux puis-
sants. »
Toutes ces quality heureuses sont comme enchalnees k la lan-
gue : l'experience est faite en Espagne d'une mani&re definitive et
solennelle : le type social qui reinplace le basque est inferieur ; le
cordon sanitaire a 6X6 rompu en m&me temps que la langue a
disparu, et tout autour de lui campent toutes les infections.
Ge n'est pas moi, c'est un Fran^ais, Ramond, qui avertit les
Basques du danger : « C'est fait de vous si vous cessez de vous
estimer plus que tout ce qui vous environne. » Physiquement, les
enfants de ceux qui parlaient basque et ne le parlent plus appar-
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LA LANGUE BASQUE 4^9
tiennent a la mfime race; mais cependant quelque chose leur
manque ! presque rien : ils out chang^ d'ame !
lis ont perdu le nom de Basque ; ils ont rente leur race, leur
souche, leur lignage. Malheureux! ils ont r6pudi6 leur m&re!
Pampelune, 3i octobre 1897.
Arturo Campion.
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* * - .'*'" , ^
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SUPPLEMENT A LA DEUXlfiME PARTIE
HISTOIRE
BIOGRAPHIE — HAGIOGRAPHIE
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MAULtON et le pays de soule
PENDANT LA REVOLUTION
PAR
M. LE DOCTEUR LARRIEU
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MAULfcON ET LE PAYS DE SOULE
PENDANT LA REVOLUTION
LE DOCTEUR LARRIEU
Le 5 mai 1789, s'ouvrirent a Versailles, sous la presidence de
Loois XVI, les fitats generaux duroyaume, La presque tota-
lite dc la France y etait representee : seuls la Bretaguc, le Beam
et la Soule n'avaient pas envoye de deputes a l'Assembiee. La Bre-
tagne, par attachement pour ses antiques droits, refusa m£nie de
ehoisir une deputation. En Beam, oh un sentiment semblable avait
lougtemps doming, les £tats ordinalres du pays ginirent la pre-
tention de nomine r eux- monies les deputes aux fitats generaux,
tout en soulevant des diffieultes d'un autre genre. Le pays de Soule
s'etait retranche derriere la 111 i sere publique, et, pour ne pas aug-
menter les charges considerables qui pesaient sur lui, hesitait a
nouimer des representants qu'il faudrait defrayer des depenses du
voyage et du sejour a Versailles. Au fond, la m&me consideration
qui avait arrfcte les Bretons et les Bearnais etait, bien plus que la
situation financiere du pays, la cause de ce desistement. La Soule,
en effet, n avait jamais ete representee dans les Etats generaux
tenus precedemment, bien que des avant le regne de Louis XI elle
fit partie du royaume de France.
Enfin pourtant, le jour m£nie de Touverture des titats gene-
raux, Clement Meharon de Maytie, conseiller du Roi et lieutenant
civil et criminel en la chatcllenie de Licharre, convoquait pour le
3o
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466 MAULEON ET LE PAYS DE SOULE
1 8 mai suivant une assemble extraordinaire des fitats da pays, a
leffet d'61ire des deputes. Disons un mot de ces assemblies et des
coutumes du pays.
La Soule 6tait essentiellement un pays de franchises person-
nelles. LaCoutume, r6dig6eem520,portaitquetous«lesSouletains
sont francs, de franche condition et sans aucuue tache de servi-
tude; qu'ils peuvent porter les armes en tout temps pour leur
defense et pour celle du pays ; qu'on ne peut exiger aucun droit
sur leurs personnes, ni s'en faire suivre, soit dans la province,
soit hors de ses limites, si ce n'est en temps de guerre... ; que tous
ses habitants, en se mariant, peuvent ordonner clercs, c'est-a-dire
faire des institutions h6r6ditaires, ce qui en France ne peut avoir
lieu qu'entre nobles; que, chez eux, les coupablesde crimes graves,
ou de trahison envers le Roi, auront la t£te tranch£e, ce qui n'ap-
partient qu'a la noblesse ; que tous ont le droit de chasser et de
pScher dans Tetendue du pays, sans Stre inquietes ni troubles dans
ces deux privileges... En fin, suivant le Censier du pays, il ne doit
Hen au Roi, quoiqu'il ne reconnaisse point d'autre seigneur que
lui f ». — « II est a remarquer, dit l'intendant de Bezons, que la
Cour des Aydes ny le Bureau des finances n'ont aucunejuri diction
dans la Soulle ; il ne s'y l&ve point d impositions extraordinaires
pour le Roy. »
Le pays s' ad mini strait lui-m&me par ses fitats, qui, a 1'origine,
se tenaient au bourg de Licharre, le premier dimanche aprfesla fete
de saint Pierre. lis etaient convoqu^s en consequence des lettres
adressees par le gouverneur ou son lieutenant aux trois ordres du
pays, par rinterm£diaire des messagers. Ceux-ci remettaient des
lettres d'appel individuelles aux gentilshommes et aux d£gans, ou
repr^sentants des districts. Les d£gans. a leur tour, convoquaient
lesfermances vezialeres ou messagers ruraux, qui mandaient eux-
m&mes les habitants de leurs paroisses respectives.
L'assembi£e durait ordinairement un jour, pendant lequel le
grand corps (clerg6 et noblesse) prenait ses deliberations. Le
resultat en etait transmis aux repr£sentants du tiers r£unis au
nombre de treize, sept d£gans et six deputes des bourgs. Ceux-ci
retournaient ensuite vers leurs commettants pour rendre compte
des aflaires sur lesquelles il fallait deiib^rer, et environ quinze
jours apres, iis rapportaient chacun Tavis de leurs quartiers et
i. Sanadon, E8sai sur la noblesse des Basques, p. a43.
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PENDANT LA REVOLUTION $6j
bourgs respectifs al'assemblle du Silviet, et discutaient les affaire?
du pays en presence de tous ceax des habitants qui voulaient s'y
trouver. Le seul objet des Etats 6tait le reglement des impositions
et lad ministration interieure du pays ; en niatiere financiere,
com me cela avait lieu en Navarre, le tiers-eta t l'emportait, du
moins en principe, sur les deux corps r6unis de la noblesse et du
clerge\
Une modification sensible fut apportle a la tenue des Etats en
1730. Des lettres patentes du Roi supprimerent leSilviet et ordon-
nerent aux deputes des bourgs et aux d£gans de d61ibe>er concur-
remment avec le grand corps, sans avoir a demauder avis aux
habitants du pays.
Le grand corps comprenait la noblesse et le clerge\ L'introduc-
tion du clerge dans les Etats ne paralt avoir eu lieu qu'a une date
relativement recente, et en fait il n'y assistait jamais, quoique les
comptes rendus duxvm e siecle, les seuls qui nous soient parvenus,
observent, chaque annee, qu'il a £te convoqu£ ».
La noblesse en Soule etait rtelle, et n'avait que deux degres : la
potestaterie et la noblesse proprement dite. Elle etait charged,
sous la preside nee du chatelain de Mauleon, de la connaissance dc
toutes matieres et actions civiles ou criniinelles, avec le droit d'ad-
ministrer la justice haute, inoyenne et basse, dans toute l'£tenduc
du pays. Le chatelain ou gouverneur £tait premier juge et presi-
dent de cette assembled de la noblesse ou Cour de Licharre, Les
pote stats, au noinbre de dix, suppleaient le president, en cas d' ab-
sence, en leur qualite de po testa ts, e'est-a-dire de principaux
juges. lis portaient T£p6e au edte* et avaient la faculte* de s'asseoir
1. La Goutume de Soule, dans la rubriquc qui traite de la Cour dCOrde (ou
ordre) ou reunion des trois Etats, est muette sur le rdle du clerg£, et ce nom
n'y est meme pas ecrit. Dans la premiere phrase de Tart. 1, il est dit que les
messagers« deben mandar los tres E stats a la Cort d'Orde », et Ton indiquc
par apres le mode de convocation des potestats, gentilshommes et sages
homines du pays. Pas la moindre mention du clerge.
Les mots « tres Estats » ont du Stre inseres par le redacteur de la Coutumc
par imitation de ce qui scpassait en France. On est d'autant plus fonde a le
penser que jamais en Jait le clerge n'a pris part a la tenue des Etats. D'ail-
leurs dans tous les Pays Basques le role du clerge dans les affaires civiles et
politiques etait nul ou a peu pres. Et meme dans certains d'entre eux, non
seulement il etait inter dit au cure d'avoir voix del ibera trice dans les affaires
communales, mais encore il ne pouvait etre ni electeur ni eligible a aucune
charge municipale. Un accord intervint, en 1786, entre 1'Eveque et la noblesse
pour l'assistance duclerg6 aux Etats, mais ce dernier corps n'y assista pas
plus qu'il ne l'avait fait auparavant.
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468 MAULEON ET LE PAYS DE SOULE
en jugement. La Soule, dit B61a, commentateur de la Coutume de
ce pays, a vu ce tribunal d'autant plus respectable qu'il £tait com-
post de dix potestats r6put6s pr6sidents-n£s de cette Cour, et de
plus de quarante autres gen tilsho mines consid6r£s cooiuie en Itant
conseillers. Exemple unique en France.
La noblesse avait, en Soule, seulement charge de justice, etelle
ne jouissait d'autre privilege que de Peremption des impositions
ordinaires du pays ; les potestats avaient en outre, en raison de
leur titre, la franchise en tout temps de certains troupeaux de bes-
tiaux Strangers dans les terres vagues du pays.
La noblesse 6tait r^elle, c'est-a-dire inh6rente a certaines mai-
sons du pays ; seuls les proprietaires de ces maisons pouvaient se
qualifier nobles, quelle que fut dailleurs leur origine, et seuls ils
pouvaient faire partie, comme tels, de la Cour de Licharre, et
assister, dans la tenue des fitats, aux deliberations du grand corps.
La Coutume les appelle gentilshommes terre-tenants. Les cadets et
His de maisons nobles ne pouvaient assister aux stances de la
Cour ni des 6 tats, s'ils n'avaient, par mariage ou autrement, acquis
inaison qualifiee noble *.
Telle etait l'organisation de la Soule de par la Coutume r&ligle
en i5ao. L'institution dun lieutenant de robe longue a la Cour de
Licharre, en i55o, officier qui n'£tait pas choisi parmi les gen-
tilshommes terre-tenants, fut la premiere alteinte port^e a cette
Coutume dans l'ordre judicial re ; plus tard, vinrentles infeodations
i. La noblesse de Soule est d'origine jadicialre tres probablement. Elle
representait le degre superieur de la judicature dont les fermances vista-
teres elaientle premier. Cette derni ere charge, comme la noblesse, elait reelle,
c'est-a-dire inherente a certaines maisons, qui existaient au nombre de une a
quatre, et merae plus, par paroisse, sutvant l'importance de la population.
Elle ne donnait droit d'entree ni aux titats ni a la Cour de Licharre. C'est
au xv* siecle seulement que Ton voit pour la premiere fois l'autorite royale
soustraire une paroisse a sa juridiction naturelle, la Cour de Licharre. La
fait se produisit plus frequemment depuis, non sans protestation de la part
de la noblesse. La resistance qu'elle opposa fut raeme si vive a la suite de
l'infeodation du ao mars 1614, que le sieur de Hegoburu, lieutenant de robe
longue, ne put arriver a la vaincre momentanement qu'en faisant delraire
en i6a5 la maison ou se tenaient les audiences de la Cour de Licharre. II
semble qu'il y ait eu, a la fin du xvin* siecle, un retour a la coutume primi-
tive. Du moins, voyons-nous leRoi, par lettres patentes duao seplembre 1778,
« anoblir et affranchir la maison et enclos de May tie, sis a Licharre, en accor-
dant a ses possesseurs le droit d'entree aux Etats, et ensemble tous autres
droits, avantages et privileges dont jouissent et doivent jouir les autres pos-
sesseur sdebiens et terres nobles ».
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PENDANT LA REVOLUTION $6g
avec creation de justices seigneuriales. Les intendants, a partir de
la seconde moiti£ du xvn # siecle, furent les agents de la centrali-
sation administrative, et la Soole, pas plus que les autres pro-
vinces, n'£chappa a leur influence nefaste. lis furent singulierement
seconds dans cepays par les lieutenants de robe longue, veritables
despotes poor la plupart, et qui m£contenterent aussi bien la
noblesse que le tiers. Les lettres patentes de i?3o, en modifiant la
tenue et la composition des Etats, faciliterent singulierement Tac-
tion du pouvoir central, et, au moment oil £clata la Revolution, les
articles de la Goutume qui assuraient les franchises personnelles
des Souletins etaient lettre morte ou a peu de chose pres.
Les fitats extraordinaires convoques pour le 18 mai ne termi-
nerent leur session que le 3 juillet. Les deputes furent : pour lc
clerge\ M* r de Villoutreix de Faye ; pour la noblesse, le marquis
d'Uhart, bien qu'il n'eut pas Tage requis ; et pour le tiers-6tat,
d'Arraing, maire de Maul£on, et d'Escuret-Laborde , notaire
royal.
Le cahier du tiers-^tat est une longue protestation contre les
impdts sans nombre dont, au mtfpris de la Coutume, le pays avait
ete charge depuis le commencement du xvm° siecle. Quant aux
motions d'un ordre general, elles sont en petit nombre et imbues
pour la plupart de l'esprit philosophique du temps. Les Souletins
y demandent Igalementla confirmation de leurs anciens privileges
presque aneantis par la centralisation administrative.
On connalt la marche des ^venemenis a la suite de la reunion
des 6tatsg6ne>aux. A 1' Assemble Legislative succ£da 1' Assembled
Gonstituante, et les transformations et suppressions que celle-ci
decr£ta ne soule verent pas de bien gran des protestations en Soule.
II faut dire, avant d'entrer dans le vif de notre sujet, que le mou-
veinent r^volutionnaire y fut dirig£ par des personnes d'un naturel
tres doux et paciflque qui devaient tourner tous leurs efforts a nc
pas trop molester les reTractaires, sans paraltre violer les lois et
d£crets du gouvernement.
P^RIODE ANT^RIEURE A LA TERREUR
La Gonstituante avait vote la suppression des couvents le i5 fe-
vrier 1790, et interdit les voeux monastiques. II n'existait eu
Soule qu'un seul monastere, celui des Gapucins, fonde a Mauleon,
vers 1668, par les soins de M^ de Maytie, JllvSque d'Oloron. La
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47<> MAULEON BT LE PAYS DE SOULE
municipality ne prit une decision a 1'egard de ces religieux que le
u6 mai suivant, et d^lib^ra qu'ii scrait proc^de a l'inventaire des
ineubles et effets du couvent en presence de tousles religieux, tout
eu leur en laissant la charge et la garde ; qu'on dresserait un 6tat
des religieux profits qui devraient declarer leur intention de sortir
des maisons de leur Ordre ou d'y rester. Plus tard, lorsque fut
dress6 le relev6 des biens nationaux, la municipality ne decida
d'acquerir le couvent des Gapucins « qu'autant que 1' Assemble
Nationale jugerait necessaire d'enordonner la suppression, le vceu
unanime des habitants de la ville et du pays Itant que cette maisou
fut conservee pour la retraitedes religieux qui ne voudraient point
rentrer en liberte ». (Seance du 4 septeinbre 1790.)
La Constitution civile du clerg£ avait 6X6 d6cret6e le 12 juillet
1790, mais ne devait 6tre approuvSe par le Roi que le 28 decembre
suivant. Ce fut la mesure la plus audacieuse de TAssembl^e r£for-
matrice, aggrav^e encore par le d^cret du 25 novembre, quiordon-
nait a tous eccl^siastiques de prater serinent a la Constitution.
Entre temps Maul£on£taitdevenu, lors de lanouvelle division ter-
ritoriale de la France, le chef-lieu d'un district comprenant exac-
tement l'ancien pays et vicomt6 de Soule. Devant la tournure que
prenaient les ev^nements, le marquisd'Uhartetd'Escuret-Laborde
avaient quitte l'Assenibl£e Nationale. En vain la municipality de
Maul^on conjura-t-elle ce dernier d'aller rejoindre sonposte aupr&s
de son collfcgue d'Arraing, en le chargeant de demander a TAs-
semblee le maintien du college de Mauleon, fond£ par M. de
Bela-Lassalle, et de d^montrer que le partage 6gal dans les succes-
sions serait une loi destructive en Soule, ou le morcellement des
domaines apporterait le plus grand de tous les nialheurs et au-
cune utilite, etc. Sur le refus de Laborde, le cur6 de Mauleon,
M. d'Etcheberry, fut nomme depute, del^gue extraordinairement,
pour soutenir les interets du pays et de la ville. Mais il ne partit
pas ! .
Le 6 novembre 1790, eut lieu un changement notable dans la
composition du corps de ville, oil s'introduisirent desofficiers plus
imbus des idees nouvelles. Ces derniers devaient Stre dans les
anndes suivantes les terroristes du pays. Mais comme nous le ver-
1. II dut cependant faire un voyage a Paris pour prendre les ordres de son
Kvequc, depute a l'Assemblee. Et s'il faut en croire le regislrc du Comite de
surveillance, e'est lui qui aurait apporte, de ce voyage, de nombreux exem-
plaircs des bulles du Pape condamnanl la Constitution civile du elerge.
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PENDANT LA REVOLUTION ^Jl
rons plus loin, les elements mod6r6s d^joueront tous leurs eilorts.
En France, la prestation du serment avait 6t6 &x6e au 4 Jan-
vier 1791. Grace au bon vouloir des membres du directoire du
district, ce fut bien apr&s cette date que les cur6s de Soule furent
appel6s a pr&ter le serment. Les defections ne devaient pas 6tre
nombreuses dans la Soule septentrionale ; elles le furent davan-
tage dans la Soule mlridionale. N6anmoins c'est a peine si Ton
compte une dizaine de cur£s qui aient pr£t6 le serment pur et
simple. Tous les autres, le cur£ de Mauleon en t£te, le pr^terent
en r^servant formellement tout ce qui depend de Tautorite spiri-
tuelle 1 . La conduite des Capucins fut tout autre : a 1' unanimity ils
prfit&rent purement et simplement le serment civique, et perdirent
par la l'estinie du peuple, reste foncierement attache a l'orthodoxie.
Ils furent mftme a plusieurs reprises Tobjet de railleries et d'in-
jures publiques. Le registre des deliberations municipales a con*
serv^ le souvenir d'une de ces scenes :
« II a 6te dit par un membre que les Capucins de cette ville don-
nent en toutes les occasions des preuves de patriotisme et d amour
pour la nouvelle Constitution. Une fille a injuria scandaleusement
le P&re Yves, vicaire des Capucins; elle lui a dit qu'il £tait un
higanaut cochon, qu'on le ferait courir sur Tane ; qu'il aspirait a la
cure de Mauleon, mais que s'il mettait les pieds a l'eglise parois-
siale on le tuerait. Cette fille est Marie, cadette de Toinieu, coutu-
rifcre. » La municipality, 6mue de tant d'audace, le fait ayant
d'ailleurs 6te confirm^ par deux temoins, cita la coupable a com-
paraltre a sa barre. Elle dedaigna de se presenter devant le corps
municipal, qui la condamna a cinq jours de prison, avec ordre au
valet de ville de l'arrdter partout 011 il la trouverait.
Lors de la nouvelle division territoriale, les trois pays basques
de France avaient 6t£r6unis au Bearn pour former le departement
des Basses-Pyrenees. L'adniinistration sup6rieure se composait de
43 membres 61us par canton. Un president et dix des adminis-
trateurs formerent le directoire du departement, tandis que les
autres restaient attaches a leurs districts respectifs oil, au nombre
1. « Le sieur d'Etcheverry, apres avoir celebre la messe, esl monte en
chaire, ou etant il a explique son opinion sur le serment en question, et a
pr6t6 le serment de veiller avec soin sur les fideles de la paroisse qui lui
sont confies, d'etre tidele a la Nation, a la Loi et au Roi, et de maintenir do
tout son pouvoir la Constitution deoretee par l'Asseniblee Nationale et accep-
ted par le Roi, exceptant formellement les objets qui regardent le spirituel
et qui pen vent interesser la religion... » (Doc. part,)
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47^ MAULEON ET LE PAYS DE SOULE
de cinq, avec Tun deux pour president, ils form^rent les direc-
toires de ces districts.
Partout s'organiserent les nouvelles municipality, et mfirnc on
forma dans les villes de quelque importance des bataillons de
garde nationale pour le maintien du repos public. CVtait a Elec-
tion populaire a pourvoir a toutes les fonctions administratives on
civiles, et, il faut le reconnaltre, le choix des electeurs se porta
presque partout en Soule sur les personncs les plus respectables
par leur situation ante>ieure et les honnStes gens. Ainsi nous
voyons la municipality de Maul6on maintenir son cure\ bien qu il
eut pr£te serment avec restriction des droits de Tautorite* spiri-
tuelle, et noinmer, comme juge de paix du canton, 1'abbe* D'Arhets,
6galement nou conformiste, aumdnier de l'hdpital. Mais cette situa-
tion ne devait pas durer bien longtemps.
L' Election constUutionnelle de l'Evgquedudepartementavaiteu
lieu a Pau, dans Teglise des Cordeliers, le i* r mai 1791. 176 voix
de d4Ugu6&-6lecteurs s^taient port^es au deuxieme tour de scrutin
sur la t£te de Sanadon, principal du college de Pau, et 96 seule-
ment sur l'abbe* de Guirail. Le premier fut 6ln, et alia prendre
possession de son siege (Oloron), le samedi 21 mai. Le veritable
&v£que d'Oloron, depute* a Paris, ne revint pas dans son dioc&se et
alia finir ses jours en Angletcrre. Malgre* le manque de ses conseils
et de ses encouragements, les cur6s de Soule refuserent, en grandc
majority, de lire dans leurs eglises le mandement et la lettre de
rfiveque intrus. Ils purent n6anmoins se maintenir dans leurs
paroisses respectives, l'organisation nouvelle n'ayant pas encore
6te* eflectu6e. Sanadon se concerta avec les assemblies administra-
tives au sujet de la circonscription des futures paroisses et pr^para
les Elections qui devaient les pourvoir de leurs titulaires. Ces
elections eurent lieu pour le district de Maul6on les 9 octobre 1791
et jours suivants, dans l^glise de Berraute, paroissiale de la ville.
Les dtfldgufo-decteurs du district, au nombre de 34, sous la pr6si-
dence de Jaur^guiberry, de Libarrenx, proc^derent done a la nomi-
nation de « cures conformistes », et, le 11 octobre, « au moment
que Tassembl^e, le peuple et le clerge 6taient disposes a entendre
la messe, le president a proclame* a haute et intelligible voix, en
leur presence : MM. Carricaburu 1 , cure" de Mauleon; Elissondo,
1. Carricaburu, cur 6, fut quelque temps apres, le i3 uovembre, nomm6
membre du conseil de ville, a titre de notable.
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PENDANT LA REVOLUTION ^3
cure d'Ordiarp; Bisquey, cure* de Tardcts; Agie, cure" d'Ossas;
Loge, cure* de Barcus; Erbin, cure* de Larraun; Castillon, cure" de
Mosculdy ; Harissabalet, care de Licq ; Inchauspe, cure* de Montory ;
Jaure'guiberry, cure* de Cheraute ; Phordoy, cure d'Ainharp ; Arca-
bisquey, cure* d'Abensc ; et Habiague, cure* d' A roue. Apres quoi la
messc a 6te* cel£br£e par le sieur d'Etchandy, en presence da corps
municipal de Maul^on qui y a assiste, revelu de leur 6charpe*. »
Telle est la liste des cures r^gulierement nomm£s par Tasseni-
bl£e des d61£gu£s-61ecteurs, qai comprenait plusienrs prfctres et
cur£s : l'abbe* D'Arhetz, aumonier de l'hdpital, pr6c6demment
nomme* juge de paix ; Carricaburu, cur6 d'Ordiarp, qui se fit nom-
mer a la cure de Maullon ; Duro, cure* de Lacarry ; Etchandy, cure"
de Trois-Villes(?). Ces deux derniers, probablement non confor*
misteSy ne se firent pas adjuger de cure ; mais ils resterent, com me
lea autres non conformistes, dans leurs paroisses respectives ou
lcurs paroisses d'origine jusqu'au jour oil la persecution les obli-
gea, vers le commencement de l'ann£e 1793, de fuir en Espagne.
Quelques-uns, tels que B6hiateguy, Aguerremendi, ce dernier
ancien vicaire de Sainte-Engrace, puis cure" constitutionnel d* Ar-
rast, qui avaient prgte le sermentpur et simple, ou reconnu l'auto-
rite* de Sanadon, s'adjugerent de leur pro pre autorite\ et sous la
protection de Tad ministration du district, quelques cures a leur
convenance. Parmi les prfttres jureurs, quelques-uns, entre autres
de Tartas, cure" de Barcus, ayant reconnu leur erreur, se r^tracte-
rent et continuerent le plus longtemps qu'il leur fut possible a
evangeliser le pays.
reinstallation des cur6s conformistes ne se fit pas partout sans
protestations; a Maul6on, pour ne citer que cette locality, quel-
ques citqyens adresserent au maire d'Arraing une petition ten-
dant a provoquer une assemble g6ne>ale de la municipality au
sujetde rejection du cure* constitutionnel; Election, pr^tendaient-
ils, 6tait vicieuse puisque la municipality n'avaitpas 6te" consulted.
Au fond Ton tenait a conserver le cure" « non conformiste », d'Et-
cheberry, originaire du lieu et tres estime" de toute la population.
Mais les d^crets 6taient la, et le corps de ville rejeta la petition.
Les voisins de T^glise de Berraute, paroissiale de Maullon, et dis-
tante de la ville d'environ un quart de lieue, se refuserent a tout
1. Extrait des registres deft deliberations du directoire du district de Mau-
leon.
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474 MAULEON ET LE PAYS DE SOULE
service de l^glise (sonnerie des cloches, etc.) et ne voulurent
jamais fournir le feu pour les offices au nouveau cure. Devant leur
t6nacit£, la municipality prit des mesures rigoureuses a regard dcs
trois personnes qui habitaient la petite maisonnette, ancien hftpital
attenant a i'6glise, devenue bien national. Elles furent expuis6es
et remplac&s par un sonneur aux gages de la ville. (Obliteration
du 4 avril i jgs.)
PJ&RIODE DE LA CONVENTION ET DE LA TERREUR
Des le mois de mai 1792, le corps des officiers municipaux de
Maul eon s'6tait £mu des attaques auxquelles etaient en butte les
cur£s constitutionals, les institutions nouvelles et leurs partisans.
Et m£me un cur£ non conformiste, coupable sans doute d'avoir
manifesto publiquement des id£es «r6trogrades », 6tait gard6 a vue f .
Le corps municipal de Maul<§on, d'od sortiront, en majeure partie,
les d^nonciateurs des partisans du regime dechu ou des gens
coupables seulement de ne pas 3tre assez enthousiastes de la Cons-
titution, ce corps, qui s'adjugera le droit de nommer un comity de
surveillance, fit aflicher aux « lieux accoutum£s » le discours pro-
nonc6 au sein de son assembler par le procureur communal :
« Messieurs, on se plaint de toutes parts que certains individus
mal intentionnes ne cessent d'avilir la nouvelle constitution par
des propos enhardis, et m^priser les personnes qui la r^vferent,
particuli&rement les prfitres conformistes, qui, sous Tapparence
d'un Bref du Pape, sonttraitds de h6r£tiques et schismatiques. II me
paralt done de toute urgence de surveiller ces captieux qui ne
voient dans les calamity pubiiques qu'une occasion favorable a
leur caprice. En consequence, je vous requiers, Messieurs, de
prendre les mesures suivantes :
1. Belapeyre, procureur de la commune deMauleon, se plaignait (seance du
1 3 oclobre 179a) de s'etre a apercu que les habitants de la campagne, imbus du
fanatisme que certains pretres avaient seme* dans leurs families, couraient
en foule a la messe que l'abbe D'Arthez, ci-devant chanoine, celebrait dans
l'oratoire de la ville ; et aussi que plusieurs d'entre eux affectaient de dldai-
gner la messe et les autres ceremonies des ecclesiastiques conformistes ».
Dans le m^rne oratoire officiait quotidiennement le citoyen Urruty, ancien
Capucin ayant prcte le serment pur et simple. Mais sa messe ne devait guere
etre suivie. Cet etal de choses ne pouvait durer, et l'assemblee communal e
interdit a l'abbe D'Arthez de c£16brer la messe a l'oratoire de la ville, et le
renvoya, si bon lui semblait, la dire a Berraute, en se concertant au prea-
lable avec le citoyen Garricaburu, cure (constitutionnel).
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PENDANT LA REVOLUTION (\*p
« i° De prohiber qu'on avilisse la Constitution et les personnes
qui la r6v&rent, sous quelque prltexte que ce soit ;
« a De prier par la voie de la publication (sic) tous les bons
citoyens de vous dlnoncer tous individus qui contreviendront &
votre ordonnance... * » Sign6 : Belapeyre, procureur de la com-
mune.
Les deliberations du corps municipal ne mentionnent aucune
mesure prise dans la suite contre les contrevenants ; il eut seule-
raent k s6vir contre un citoyen de la ville qui, le a5 juin, avait
« prof<6r£ des paroles indlcentes... en traitant de f... arpaillans
(parpaillots) tous les membres ». Peut-Stre les membres du conseil
de ville, presides par un maire aristocrate, chevalier de Saint-
Louis, voulaient-ils seulement se donner lair de faire du z&le.
Le a septembre, eurent lieu a Oloron les Elections des deputes
a la Convention. Un des 61ecteurs de Maul£on, Neveu, avocat en
Parlement, fut nomm£ comme reprlsentant du district, mais il
n'avait de « pouvoirs suflisants et illiniit£s, que pour juger la
d£ch6ance du Roy seulement * ».
J usque-la, les Capucins avaient v£cu en paix dans leur monas-
tfere, et les Soeurs qui etaient chargles de Thdpital g6n6ral conti-
nuaient a soigner les malades et a instruire les enfants de la ville.
Les Capucins avaient donn6 des gages suflisants a la Constitution
nouvelle, ay ant tous pvH6 le serment civique pur et simple, et on
les voyait circuler librement dans la ville. Le procureur de la
ville, qui plus haut encourageait les ddnonciations, prit "ombragc
de l'habit monastique des uns et des autres, « costume qui r6pugne
au droit que la nature concede a 1' ho mine » et qui inspire « dans le
general des idees inconstitutionnelles », bien qu'au particulier on
fdt convaincu du dlvouement a la chose publique de ceux qui le
portaient. La municipality se rangea a i'avis du procureur.
A quelque temps de la, 1'lglise de Berraute 6tait convertie en
magasin a fourrage, le sihge de la paroisse ayant 6t6 transfere
dans la chapelle des Capucins ; ce a quoi avait consenti le cure
i. Arch, man, de Mauteon, Reg. BB. 4* p. 393.
a. Etienne Neveu, natif de Maul£on, licence £s droits civil et canonique de
rUaiversite" de Pau, fut inscril comme avocat au Parlement de Navarre, le
a juillet 1777. (Arch des B.-P. : B, 4767, i* id.) 11 ne vota point, de meme que
ses colleguesdes Basses-Pyrenees, la mon de Louis XVI. On ne cite qu'an
autre departement, celui des Hautes-Alpes, dont la deputation tout entierc
ait cu une conduite semblable.
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fyfo MAULEON ET LE PAYS DE SOULE
constitutional. Au mois de decembre eut lieu un remaniement du
corps de ville. Quelques-uns des elements moderns disparurent ;
Beiapeyre ne fut plus, il est vrai, procureur de la commune, mais
il devait £tre remplace par un de ses concitoyens, non moins
ardent que lui, de qui les registres municipaux nous ont conserve
les extravagants discours. C'etait d'ailleurs un partisan z£16 des
idees nouvellcs. II provoqua au mois de fevrier la plantation d'un
arbre de la liberty, ce signe « qui doit nous caracteriser dans les
principes de la regeneration... » et qui « etend ses racines depuis
le rempart de Nice jusqu'aux frontieres des tyrans ». Une autre
fois, au mois d'octobre, demandant l'application de decrets relatifs
a la cherte des grains, il ne put s'empfccher d'attirer sur un point
special Tattention de ses collogues du corps municipal : « Ce
n'est pas tout, citoyens ; nous pouvons par un effet de notre sur-
veillance ajouter au grand bien qui doit r£sulter de cette loi. Tout
le monde convient, en connaissance de cause, que les biscuits
absorbent une quantity considerable de farine et des oeufs, sans
qu'ils servent du tout a la sustentation, et de plus qu'il est tr&s
facile de frauder la loi dans la vente de ces sortes de friandises,
qui doivent leur naissance a la sensuality des castes oubliees, et
sont, par cela m£me, autant d'orties pour les bouches des republi-
cans. Je demande done que vous interdisiez la vente de ces vile-
nies. II est encore un autre objet qui doit tomber sous votre
patriotisme, les fruits ; ces productions deiicieuses de la nature sont
particuli&rement destinies pour les republicains. Nous devons par
consequent lever tous les obstacles qui les rendent inaccessible^
aux facultes evidemment bornees des republicains. La manie de la
revente en est un, les deux mains, Tune plus ambitieuse que
F autre, se reunissant toujours pour donner un prix enorme a toutes
sortes de fruits. Je demande done que vous interdisiez l'achat des
fruits pour les revendre. En travaillant ainsi, vous ferez glapir une
deini-douzaine de personnes interessees, mais vous ouvrirez mille
bouches qui vous combleront de benedictions ' . »
La permanence avait ete etablie dans la maison municipale de
Mauieon vers le 16 juin IJ93; mais cet exemple ne semble pas avoir
ete suivi en fait par beaucoup de municipalites du district. Trois
mois et derai apres, le conseil de ville convoqua les citoyens actifs
de la commune, pour proceder, en execution du decret du 21 mars
1. Arch. mun. de MaulSon, Reg. BB. 4» P- 4 l5 «
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PENDANT LA REVOLUTION 477
pr6c6dent, a la formation d'un comit6 de surveillance. Le direc-
toiredu district, compose essentiellementd'&lments niod6r6s,avait
jug6 inutile de provoquer une telle mesure. Mais certains Mau-
l£onnais, rlvolutionnaires ardents, aspiraient a terroriser le pays ;
c'est a eux que Ton dut la nomination d'un comity de surveillance,
ou fort malheureusement ils se trouv&rent assez longtemps en
majority pour provoquer et effectuer la presque totality des arres-
tations qui eurent lieu. Nous en parlons plus loin avec details.
Le 3 ventdse an II, sur un arrSte du directoire du district, la
municipality est contrainte de faire enlever les meubles et orne-
inents de l'6glise des ci-devant Capucins, qui sera transformee en
hopital pour les nialades de Farm^e des Pyr6n£es occidental's. —
Le 21 ventdse, ou environ, un membre propose la suppression du
culte : « Aujourd'hui que la Revolution inarche a grands pas a
une fin heureuse, nous ne devons pas avoir qu'une et mfirae opi-
nion, ni d' autre culte public que celui de la raison; ainsi il
demande que les Iglises de la commune soient sur-le-champ fer-
inees et que Fargenterie qui se trouvera dans les £glises soit en-
voy6e a la Nation par le ministere de l'administration du district,
ct qu'enfin les ministres du culte catholique soient invites de
cesser de faire aucune fonction de prfctrise '. » Mais la municipa-
lity n'ose prendre de sa propre autoritl une telle mesure ; elle de-
cide qu'une commission de quatre membres du conseil general de
la commune ira demander avis la-dessus au directoire du dis-
trict.
Dans plusieurs communes 6loign£es du centre du district, le
culte, du moins prive, ne paralt pas avoir £t£ suspendu, rafime
aux jours les plus sombres de la Terreur. Si dans la plupart
il cessa par la force in£me des 6v6nements, du moins n'y subs-
titua-t-on pas le culte de la Raison, et les municipality se conten-
tment des fetes d£cadaires autour des arbres de la liberty. Une
municipality cependant fait exception, celle d'Aroue, ou l'agent
national de la commune, Sunhary fils, etait, a l'instar de celui de
Maul6on, un admirateur convaincu des £tres sanguinaires qui d6-
solaient la France. II entralna le conseil de sa commune a voter
toutes les mesures antireligieuses et antiroyalistes : d£fendre de
sonner les cloches ; faire enlever de l'lglise la banni&re aux fleurs
de lis, et les marques de la royaut£ de tous les lieux ; anlantir
i. Arch. mun. de Maulion, R«g. BB. 4, p. 449.
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4?8 MAULEON ET LE PAYS DE SOULE
toutes les croix des endroits publics ; mettre a la disposition de
T administration les grilles du cimeti&re et la croix du cloche r :
d6molir le clocher de l'£glise, envoyer au district les cloches, lar-
genterie, le linge de l'lglise, et consacrer l^glise an culte de la
Raison 1 . L'on vit ce mfime Sunhary organiser des bals dans l'6glisc
d'Aroue, transform^ en temple de la Raison.
La SocUti populaire * de Maul£on s*6tait contents de planter
un nouvel arbre de la liberty, et d'£tablir un antel de la Patrie an
portail de la maison nation ale, sur la place pub li que. Presque
toutes les £giises furent entiferement d6pouill£es de leurs objets
les plus pr^cieux et des cloches, qui furent adress£s d'abord au
si£ge du district, pour 6tre de la dirig£s sur Pay.
ComiM de surveillance; les suspects.
La ville de Mauleon, nous vcnons de le voir, s'6tait adjug£ 1c
droit de nommer un comity de surveillance compose de douze
inembres, trois de plus que celui du Salut public. L'assembl£e
pl£niere des citoyens actifs de la commune, reunis dans i'oratoirc
de la haute ville, fait choix des citoyens J.-Philippe Belapeyre,
juge du tribunal du district, prec6demnient procureur de la com-
mune; Bayonnes ain6, officier municipal, Laborde Tr^bucq, F^lix
Andreau, Lagarde, Bel^aguy, directeur des postes, J. -P. Tomieu
ills, Crohar6, Darthez, president du tribunal', Michau fils, Aguer
et Cadet Amis.
Le comite entre en stance des le 4 novembre et choisit pour pre-
sident le citoyen Belapeyre et pour secretaire Andreau. Les citoyens
Laborde-Tr£bucq et Pierregni Crohare sont nomnils commissaires
d£l£gu£s pour se rendre de suite aupres des reprlsentants du
i. Arch, manic. d'Aroue, Reg. jaune, pp. i33, i35, i3g, i63, 166, 174.
a. II n'y eut pas dans le district de Mauleon d'autre SoeUU populaire que
celledu chef-lieu. Suivant des notes manuscrites de l'agent national do district
rectigees peu avant la chute de Robespierre, elle s'gtait epuree a plusieurs
reprises, et sa composition avait tini par elre tres bonne : e'etaient « de bona
sans-culottes, prets a mourir pour le maintien de la Republique et la defense
de la Convention nationale, et dont la prineipale ambition etait de voir l'a-
neantissement de tous les tyrans ». — Les jours de decadi, disent ces mimes
notes, il y avait toujours quelques membres qui donnaient des instructions
au peuple au pied de l'arbre de la liberte, ou les citoyens et les cttoyennes
se rendaient au bruit du tambour et das instruments. (Doe. part.J
3. Arch, manic, de Mauleon, BB. 4* Seances des 3i oct. et a nov. 1793; tout
ce qui suit est extrait du registre IV L af a, conserve aux archives des
Basses-Pyrenees, et des series AF 11 (i33* carton), et 111 (a55* carton), des
Archives Rationales.
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I
PENDANT LA REVOLUTION 479
peuple. L'un de ces derniers, Feraud, se trouvant a Mauieon pour
la surveillance des recroes demandees pour Farmee des Pyrenees
occidentals, accorde la surveillance provisoire dans l'etendue du
district au comity du lieu, qui, dfes lors, fait choix d'une salie dc
deliberations et demande a la municipality « une maison pour la
r€clusion des personnes que le comity jugera necessaire d'y fairc
enfermer ».
II faudra k tout prix trouver des suspects, et « pour donner,
dit Fun des membres, une preuve des principes republicans
dont nous sommes p6n£tr£s, nous devons commencer par sevir
contre les personnes qui appartiennent par les liens du sang a
quelqu'un des membres du comity ». La liste est longue des per-
sonnes arr&tees pendant pr£s de deux annees qu'un comite de sur-
veillance a si^ge k Mauieon, et les motifs d'arrestation sont parfois
des plus futiles et des plus inattendus. Nous en reproduirons seu-
lement une partie, en faisant choix des plus curieux.
Elisabeth Tomieu : servante de la veuve Beia-Charritte, emi-
gree en Espagne ; y a suivi sa maltresse, en est revenue ; y est aliee
rejoindre sa maltresse, est revenue de nouveau; a ete emissaire de
sa maltresse, et n'a cesse de donner des preuves inciviques de sa
conduite. — Mandatd'amener 1 .
Marie Tomieli : propos inciviques contre un cure assermeute
(voir plus haut).
Le citoyen Casamajor : ci-devant baron de Cheraute, et conseil-
ler au ci-devant parlement de Pau ; a manifeste qu'il n'avait pas
de confiance dans les pr&tres constitutionnels, ni dans les decrets ;
n*a pu obtenir dans sa commune de certificat de civisme ; a tenu
des assembiees secretes dans sa maison appeiee de Cheraute.
La femme et les deux lilies dudit Casamajor, comme etant cen-
&6e& avoir les m&mes principes que lui.
Lancel : suspect d'incivisme comme etant ci-devant noble et
*procureur du Roi, ayant aussi manifeste des sentiments inciviques
et eu des entrevues frequentes avec des personnes jugees sus-
pectes.
Mercatbide, meunier du moulin de Cheraute : accapareur de
grains ; a participe a discrediter les assignats, en ne vendant son
grain que contre des esp&ces metalliques.
i. C'est an raandat d'amener qae Ton voit decerner k chaque denoncia-
tion.
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48o MAULEON ET LE PATS DE SOULE
Ducoudrai, musicien : n'a donne aucune marque de civisme ; a
enleve un arrete du departement au moment ou il venait d'etre
affiche.
Etcheberry, marchand (de Mauleon), a manifesto avec perseve-
rance son attachement pour I'ancien regime et pour les pretres
insernientes, et frequents des personnes reconnues suspectes.
La cadette de Herrero (de Gotein), gouvernante du ci-devant
cure refractaire dudit lieu ; actes inciviques ; a fait plusieurs voya-
ges en Espagne.
La citoyenne Basterreche (d' Alos) : a eu des relations et des cor-
respondances avec des pretres d£port£s, et donne des preuves
signages d'incivisme. — Deux religieuses demeurant chez ladite
Basterreche, suspectes pour « avoir germe » le fanatisme dans la
paroisse d'Alos en eloignant les paroissiens de la confiance qu'ils
avaient dans le cure constitutionnel, et avoir eu des entrevues
fr6quentes avec des personnes suspectes.
Marianne Lateulade : a dedaigne les pretres constitutionals,
fait une risee de leurs ceremonies ; a eu enfin des relations avec
des personnes reconnues et jugees suspectes.
Vignave dit Arroquain (de Garindein) : a eloigne le peuple des
principes decretes ; a convoque des assembiees communes les
jours de fete au moment que le cure constitutionnel ceiebrait les
offices divins, pour einp&cher le peuple d'y assister, et faire ger-
mer par la le fanatisme ; a publie de pretendues bulles du paque
(sic) portant que les pretres constitutionals etaient des kereti-
ques et scbismatiques ; a fait des affronts au cure constitutionnel ;
estenGn ci-devant noble.
Carrere dit Bedat (d'Abense) : pour avoir tenu des propos anti-
civiques et dit que les patriotes sont des pecs, pour avoir dit en-
core qu'il serait plus avantageux pour nous de laisser entrer l'Es-
pagnol en France, et que si nous nous levions en masse, eux, e'est-
a-dire lui avec les autres ci-devant nobles, nous attaqueront par
derriere.
Sunhary, notaire d'Aroue : pour avoir manifeste des propos
anticiviques, avoir dit aussi que le cure constitutionnel etait un
« cochon » et que sa messe ne valait rien ; pour avoir dit qu'aucun
general n'avait train la France ; enfin pour avoir 6te en relation
avec les pretres deportes.
Landuix et sa mere (d'Aroue) : pour avoir desapprouve publi-
queuieut la Constitution republicaine et dit qu'elle ne serait pas de
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PENDANT LA REVOLUTION 4^1
loague dur£e ; pour avoir dit aux personnes qui revenaient de la
messe, si elles venaient de la comedie ; pour avoir eu des relations
^pistol aires avec les prGtres deportes ; enfin pour avoir fr^quente
constamment des personnes suspectes.
Phordoy, cure constitutionnel d'Aroue, qui lui-meme avait de-
nonce, peu auparavant, Les trois personnes ci-dessus : i° pour
avoir dit, de l'eglise Saint-Blaise de l'Hftpital, dans le temps du
serment des prfitres exige par la loi, que pour lui, il ne le pr&te-
rait pas, qu'il laisserait plutftt r^pandre son sang de toutes ses
veines ; a pour avoir dit, quelque temps apres la mort de Louis
Capet, qu'il le regrettait infiniment, et qu'il voudrait l'ancieu
regime de toute son Ame ; 3° pour avoir prfcche un jour, de l'autcl
de l'eglise d'Aroue, qu'il y avait des personnes, ou pour micux
dire, des charlatans qui faisaient r^pandre des fausses nouvelles et
causaient des troubles, en disant que les prfctres se marieront,
mais que tout cela etait faux et qu'il n'en fallait rien croire ;
4° pour avoir voulu... exiger du froment... pour la benediction de
l'air ; 5° pour avoir voulu exiger un sol ou deux liards de chaque
personne qui s'est confessed k lui au temps pascal, etc., etc. ; pour
avoir dit (en presence de i'accusateur) que, pour ^tre bien et heu-
reux, nous avions besoin d'une religion dominante, et que ee
propos a ete tenu depuis le gouvernement r6publicain.
Galland, Chaho et Mons£gu (de Tardets) : pour n'avoir pas, etant
sergents publics, fait viser leurs certificats de civisme par lc
comite, ni donne* de marques de civisme, et pour elre regardes
comme suspects par le public.
Laberrondo (de Barcus) : comme ayant un frere ex-capucin, un
autre pr&tre, aussi deporte ;... ayant eu des relations suivies avec
des personnes suspectes.
Abbadie (d'Arrast), notaire public : pour n'avoir pas fait viser
son certificat de civisme par le comite ; comme ci-devant abbe-lai ;
pour n'avoir jamais donne* des marques de civisme ; enfin pour
avoir eu des relations avec des personnes suspectes.
D'autres personnes furent egalement arreiees ou gardees a vue
pour des motifs varies : les d'Arthez, oncle et neveu, chanoines ;
d'Arthez-Lassalle ; Philippe d'Abense et sa fille ci-devant religieuse ;
d'Onismendy, la citoyenne I ratchet, Harrielgui ; Marie Cupereix ;
Tartas (d'Etcharry) et sa mere ; Sallenave pere (d'Arroue) et son
fiis, ex-abb^; Etchecopar-Choco (de Licharre) ; J. -P. Vigneau (de
Barcus) ; Montauban ; Vignerte (de Larrory) ; Belcun<?uburu et
3i
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4Ha MAULEON ET LE PAYS t>E SOULE
Alcat (de Barcus) ; Berterr&che de Menditte ; Sunhary p&re et
Gasenave fils (de Licharre); Landestoy, ancien juge; Lassalle
(de Saint-fitienne) ; Sagarciague et Jaur6guiberry et ses soeurs (de
Mendibieu), etc.
Mais toutes ces arrestations ne sont pas maiatenues : Ambroise
d'Arthez est mis en liberty sur une demande des jeunes gens de
Maul6on. Et, si le comity s'6tait ing£ni6 k trouver des motifs d'ar-
restation, il ne sera pas embarrass^ pour en trouver qui justifieront
la raise en liberty de certains suspects, ou bien il alllguerade Fin-
suflisance des premiers : Marie Tomieu etait en etat d'ivresse lors-
qu'elle prononga les paroles rapport^es plus haut, et puis il y a
deux ans de cela; la fern me du citoyen Gasamajor de Ch£raute et
sa fille ainee sont mises en liberty purement et si m piemen t, la
cadette provisoirernent, comme moins r£servee dans la conduite
que Talnee. Sont 6galement mis en liberte : Lancel; Mercatbide,
meunier; d'Arthez, prdtre ; Berterr&che de Mendite ; Sunhary et
Gasenave (de Licharre) ; Ph. d'Abense, Vignave(de Garindcin); les
citoyennes d'Andurain-Camou, de Carsusan-B6hic. (Seances des 5,
8 et ii frimaire an II.) Les principaux denonciateurs avaient 6te :
certains membres du comite que les comptes rendus ne dlsignent
pas par leurs noms; Etchebest (de Mendibieu); Arcabisquay,
cure constitutionnel d'Abense ; Phordoy, cure constitutionnel
d'Aroue; Arc6n6guy f commissaire du canton de Domezain, et
Sunhary fils, agent national d'Aroue.
Un arrSte de F£raud, le repr£sentant du peupie a Famine des
Pyrenees, et qui etait loin d'etre aussi sanguinaire que son collo-
gue Monestier, suspendit, le 10 frimaire, le comite de ses fonctions
et chargea le directoire du district d'en nommer un nouveau, qui
eut k sa tete d'Escuret-Laborde, ancien depute k 1' Assemble
Nationale, et Marmisolle pour secretaire ; les autres membres elus
furent : D'Elissegaray, deja president de 1' administration du
district ; Appalaspe, d' Arraing, fils de Fancien depute, procureur
syndic du directoire ; Hagou, Haget-Lambert, Capagorry, Crohare,
Pourtauborde, Habiague, Chuhando-Poeydevant.
Le premier soin du nouveau coniite est d'empScher les derniers
elargissements consentis par Fancien, sauf k examiner k son tour
les motifs de delusion ; en attendant sont faites deux ou trois nou-
velles arrestations. Une demande adress6e au president de Fan-
cien comity, au sujet de renseignements k fournir sur certains
detenus, se termine par ces paroles etonnantes de moderation et
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ET LE PAYS DE SOULE 4^3
d'equite, pour une epoque si trouble : « Tels so at, citoyen, les
edaircissements qui sont demandes a votre comite, qui nous sont
absolument n^cessaires pour r£gler nos operations. Le simple
soupcon suffit dans ce temps de revolution pour ordonner des
incarcerations, mais apres cette operation n^cessitee par les me-
sures de sfkrete generate, il faut scruter avec scrupule la conduite
des detenus pour les faire juger s'ils sont coupableset les renvoyer
en liberty s'ils ne le sont pas. Salut et fraternity. » Signe : d'Escu-
ret-Laborde et Marmissolle.
Apres examendes dossiers fournis et des informations nouvelle-
ment recueillies, le comite ordonne Telargissement des citoyens
et citoyennes pour lesquels les motifs de r&lusion lui ont paru
insuffisants : Elisabeth Tomieu, Lassalle (de Saint-£tienne), les
deux religieuses d'Alos, Marianne Lateulade (les relations inti-
mes que cette derniere avait eues avec des gens suspects n'ayant
6t6 que des relations galantes), Casamajor (de Chlraute), Abbadie
(d'Arrast), Sunhary pere (d'Aroue) 1 .
Avis est demande sur ces elargissements au citoyen Feraud,
qui les approuve pleinement. Plusieurs autres detenus vont
etre encore remis en liberty, ce sont les citoyens et citoyennes :
Arthez-Lassalle (bien qu'il ait voulu arracher la cocarde nationale
au citoyen Capagorry, inais ce n'a ete qu'en badinant); la cadette
de Herrero (de Gotein) ; Sallenave, pere (d'Etcharri) ; la ci-
toyenne Landuix, Justine, Philippe et Marianne Carrere; la
citoyenne Iratchet, Marie Cupereix et la citoyenne Tartas.
Des mandats d'arrfct sont d£cern6s contre vingt-cinq habitants
de Gestas (4 nivdse an II), coupables d'avoir organist une emeute,
m^connu la loi, et meprise* le pouvoir municipal, en bafouant le
citoyen Etchebarne, maire, et en le promenant revGtu de son
echarpe sur un ane, avec menace de le pendre.
Quelques autres detenus sont encore elargis : Jaur6guiberry,
Touyaret, Etcheberry, marchand, Landuix, Tartas, Sallenave,
cadet, Carrere-Bedat, Dubarbier-ELlissague, Landestoy.
Avant de se dissoudre pour des raisons d'incompatibilite de
fonctions, plusieurs de ses membres faisant partie de 1' adminis-
tration du district, le comite ordonne la delusion de Laberrondo,
notaire de Barcus, denonce par le comite de surveillance de sa
commune, et fixe a 19 livres 3 sols la somme que chacun des
1. Seances du a3 an a6 frimaire.
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484 MAULEON ET LE PAYS DE SOULE
detenus mis en liberte aura a payer pour frais da prestation.
C'etait, on le voit, se tirer a bon compte d'une situation qui eut
et6 bien p^rilleuse presque partout ailieurs.
Le i3 pluvidse an II, un comity fut forml pour la troisi&me fois,
qui se composait des citoyens Chuhando, Escuret-Laborde, Capa-
gorri, d6ja membres du pr£c£dent ; filoi Landetchepare, Lagardc,
Vidart, Goulette, Rospide, Lanalette, Michelot, Grison, president,
et Tomieu, secretaire.
Parmi ses actes intlressants, nous nous contenterons de men-
tionner une instruction au sujet de la dlnonciation port6e contre
le cur£ et le maire de Gestas, faite a la requite du comit6 d'Or-
thez; la mise en surveillance, sur l'ordre du reprlsentant du
peuple, de Lancel et Cazenave d6ja elargis, de Durruty, ex-capu-
cin, « qui se permet de reprendre et d'instruire le peuple dans des
id£es fanatiques ». Un arr$t6 du inline Feraud r^voque de ses
fonctions de juge au directoire du district « le sieur Darthez, an-
cien syndic des Etats de Soule, membre du precedent comity de
surveillance, parce qu'il n'a jamais eu dans ee pays la reputation
d'un patriote ; qu'au contraire, il reste constant qu'il a entretenu
chez lui son fr&re Ambroise Arthez, ex-chanoine, qui a r£tracte
son serment, et qui a £t£ arrSt6 par nos ordres, dans sa propre
maison, et traduit au tribunal du dlpartement des Basses-Pyr£-
i. Ambroise d' Arthez, cbanoine, quoique simple olerc tonsure, par suite
de la resiliation faite en sa faveur par son oncle, prdtre, du canonicat dont
il etait pourvu a l'eglise cathedrale de Sainte-Marie, avail deja ete arrets,
comme on a pu le voir plus haut, de meme que cet oncle, pour explication
par eux donnee du serment qu'ils avaient prel6 en execution du decret du
i4 aout 179a. (Ce serment n'etait deja plus celui impose par la Constitution
civile du clerge : il consistait a jurer de maintenir la liberty et l'egalite ou
de mourir en les defendant.) Remls en liberty, Tun d'eux, l'ancien doyen du
cbapitre d'Oloron, ne fut plus inquietl ; mais son neveu, j'ai en vain cherch£
pour quels motifs, fut l'objet des rigueurs de Feraud. II avail 6t& delivr6
sur le vu d'une petition signee de tous les jeunes gens de Mauleon qui
avaient 6te « aussi surpris que consternes de I'arrestation du citoyen Am-
broise d' Arthez, leur frere d'armes ». La petition ajoutait qu'il n'avait cesse
de donner des preuves d'un civisme pur et decide, avait exactement rempli
le service de la garde nationale, avait 6te Tun des plus empresses toutes les
fois que les pelitionnaires avaient du prendre les armes pour la defense de
la frontiere ; qu'il avait toujours paru au-devant d'eux et s'etait le plus ex-
pose au feu de l'ennemi ; qu'entin, depuis le moment oil ils avaient et6 mis
en requisition, ils avaient forme le voeu unanime de 1'avoir pour un de
leurs ofliciers. — Abusa-t-il de cette situation pour rendre la jeunesse bos-
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PENDANT LA REVOLUTION 4^5
Le comity dut encore s'occuper de retablir lordre dans la maison
de inclusion, dont les gardes s'etaient relaches, depuis la prece-
dente administration, au point que cette maison « ne respirait que
la jubilation ». Un r&glement en dix articles assura la police inte-
rieure des reclus.
Queiques remaniements eurent lieu dans la composition de ce
comite. Grison, president, et Tomieu, secretaire, sont remplaces,
le i er vent6se, par les citoyens Lagarde et Vidart ; le 18 ventdse,
d'Escuret-Laborde redevient president, avec Goulette pour secre-
taire; et, conform 6 men t a la loi, ces changements se font de quin-
zaine en quinzaine.
Les arrestations ne sont plus bien nombreuses. L'eineute qui
avait revolution^ la paroisse de Gestas fait les frais de bien des
stances, et treize des coupables sont transfers a Pau pour com-
paraitre devant le tribunal criminal du departement. Les enqufctes
continuent sur les detenus. Elles nous revMent que deux d'entre eux,
BelQun^aburu et Alcat, de Barcus, etaient coupables : le premier,
d'avoir trouble, le a decembre 1792, Tassembiee primaire reunie
pour I'eiection d'un juge de paix ; il avait, en outre, lea7 avril 1793,
a I'occasion d'une fausse alerte (irruption des Espagnols), fait
« marcher par la force et violence la municipalite, la menagant de
la percer avec une broche, si elle ne marchait pas ». Le second l'a-
vait appuye dans ses violences, et m&me mis « son fusil en joue
contre un garde national ».
Jusque-la la Terreur avait ete fort douce en somme dans le dis-
trict : c'est que, nous I'avons donne a entendre plus haut, des
hommes moderes se trouvaient a la t£te des diverses administra-
tions; et s'ils se laissferent aller parfois a des arrestations en ap-
parence bien arbitraires, ils surent remedier aux actes injustes
que la timidite, sou vent mauvaise conseiliere, ou la crainte de plus
grands maux les avait portes a commettre. Ils ne furent pas tou-
jours eux-m£mes a l'abri des delations. Mauleon ne manquait pas
de sans-culottes, qui etaient vexes de ne pas voir les directeurs
du district ou les membres du nouveau comite se plier a toutes
leurs injonctions. L'un deux denonga un jour au citoyen Feraud,
tile a la Convention? Je ne saurais le dire. Quoi qu'il en soit, il fut con
damne a mort; et, s'il faut en croire Berriat Saint-Prix, dans ses Etudes sur
la justice revolulionnaire a Paris et dans les departements, ce fut la seule
condamnation a mort, prononcee revolutionnairement, qui eut lieu a Pau.
Au moment ou il allait etre execute, on le trouva mort dans sa prison.
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486 MAULEON ET LE PATS DE SOULE
repr£sentant dn peuple, un personnage notable de la vilie, Ton-
malin, ancien notaire apostolique et qui, sans se mettre beaucoup
en evidence, avait ete pendant ces temps troubles Tame de la con-
ciliation ; on Faccusait d'aristocratie, parce qu'il n'allait point a la
messe (des car£s constitutionnels bien entendu) et paraissait n'a-
voir point de confiance dans les pr^tres, et d'etre i'emissaire
d'£migr6s. II n'eut pas de peine pourtant a se justifier, dans un
memoire qu'il adressa sans retard a Flraud. Ge dernier le d£char-
gea de l'accusation portle contre lui dans une note adress£e au co-
mite de surveillance, qui des l'abord, avait rejete la demande des
denonciateurs : « Vu que ce genre d'aristocratie est comniun a tous
ceux que la raison et la philosophic £clairent, qu'il n'est aucuu
patriote eclair^ qui soit plus longtemps le jouet du charlatanisme
des prStres, qu eux-m£uies ont €16 forces d'avouer et que la con-
fiance ne se couimande pas ; vu qu'il est muni dun certiflcat de
civisme delivre* par le conseil general de la commune;... d'un
second certiflcat... vis6 et approuve par le district de Maul£on et
par V administration £ puree du d6partement..., nous d£clarons que
le citoyen Toumalin ne pourra ^tre recherche pour les faits rela-
tifs a la liberty de ses opinions, ni pour les autres faits mention-
n6sdans l'accusation... » (6 pluvidse an II.)
A la suite d'une lettre du Comite* du Salut public, en date du
18 germinal, aux counted pour recommander une plusgrande vigi-
lance relativement aux detenus, lettre signle de Lindet, Carnot,
Saint-Just, C. A. Prieur, B. Barrere, Collot d'Herbois et Robes-
pierre, les membres du comite de surveillance se soumettent aux
prescriptions qu'elle renferme, mais avec une sage lenteur. Les
tableaux relatifs aux rectus et destines au Comite du Salut public
sont cependant achev£s pour le 19 Aortal ; mais ils seront au prea
lable adress^s aux maires des communes respectives des reclus
pour gtre affich6s trois jours durant, et recevoir les modifications
qu ils comportent.
Rien de bien saillant ne se passe avant la reaction thermido-
rienne ; le comite* ne fait que deux ou trois nouvelles arrestations,
et continue a mettre en liberte des detenus coupables de futility
grossies a plaisir. II ne reste plus au 8 thermidor dans la maison
de reclusion que les citoyens Darthez aine, ancien juge; d'Arthez-
Lassalle, Casamajor, baron de Che>aute, tous deux reclus pour la
seconde fois ; Laberrondo, notaire ; Cambot, cure* de Gestas ;
Alcat ; Belcuncaburu ; Harrielguy, et les citoyennes B aster r6che,
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ET LE PAYS DE SOULE 4$7
Bartibas, Guichen6, Fourcade, Garricondo, ex-religieuses ; Barti-
bas et Sat^oury, ex-Sceurs converses.
Les coniptes rendus des stances a partir du a3 theruiidor men-
tionnent la plupart que les membres du comity ont ai6g6 jusqu'a
sept heures sans qu'il se soit presents personne. Peu a peu les
reclus restants sont remis en liberty*. C'est ainsi que finit, en
Soule, ce regime de la Terreur, qui avait seme la desolation et la
mort dans tant de regions.
La reaction thermidorienne raarqua la fin des horreurs qui
avaient ensanglant6 la France, et un d6cret en date du 12 prairial
an III autorisa, moyennant conditions, la r6ouverture des Iglises
et i'exercice priv6 du culte cathoiique. Quelques prfctres non con-
forinistes sortirent de leurs retraites et regagn&rent leurs parois-
ses ; ils ne devaient cependant pas &tre reconnus encore oflicielle-
ment par les autorit6s locales, et Ton voit les prdtres conformistes
se reinettre a la t£te des paroisses dont ils avaient 6X6 investis par
l'llection ou qu'ils s'etaient d'eux-m£ines attributes.
D&s le Q9 prairial, une vingtaine de citoyens de Maul6on deman-
dent par voie de petition a la municipality l'usage de la chapelle
du quartier d'en haut pour Texercice de leur culte. Ce qui leur est
accord^, a charge par eux « d'entretenir la chapelle et de la Spa-
rer ainsi qu'ils verront », et le corps de viile arr£te « que le culte
sexercera avec la plus grande tranquillity, paix et union, aux dix
heures du matin, sans qu'il soit permis auxdits citoyens de s'assem-
bler au son des cloches ». Le mSine jour, le citoyen Fabian Dur-
ruty, prStre cathoiique, apostolique et romain 1 , ex-capucin, se
presente a la maison commune de Maul£on pour declarer se sou-
mettre aux lois de la R£publique et dire qu' « il se propose d'exer-
cer le niinistfere de son culte, connu sous la denomination de culte
cathoiique, dans l'£tendue de la commune ». A quelque temps de
la, le « citoyen Carricaburu, ex-cure » (constitutionnel), fait une
declaration identique (i er messidor). — A la suite des menses roya-
listes qui avaient eclate sur divers points du territoire, la formule
du serment change, et Carricaburu et Durruty prdtent le serment
1. Lorsque se fit, le 20 frimaire an III, le renouvellement des autorites
constitutes da district, noas voyons nommer comme fonctionnaires plusieurs
anciens reclus : d'Arthez-Lassalle, adjoint au directoire ; Lancel, president
du tribunal ; Sunhary pere, suppleant au meme tribunal ; Detcheverry, La-
xague et Lassalle de Saint-Etienne, membres du comity de surveillance.
2. Ces quatre mots sont en surcharge, de la main meme de Durruty.
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488 MAULEON BT LB PAYS DE SOULB
« de haine a la royaute* et a I'anarchie, d'attachement et de fidelite
a la Republique et a la Constitution de Fan III », et choisissent
pour l'exercice de leur culte, le premier l'eglise de Berraute, an-
cienne paroissiale de Mauleon, et le second, « la ci-devant eglise des
Capucins ». L'abbe* d'Arthez qui, pendant la Terreur, s'^tait sous-
trait aux poursuites exercees contre lui au titre de suspect et n'avait
prete le serment que conditionnellenient, declare sirnplement faire
choix pour Texercice du culte de la chapelle de Thospice civil,
dont ii etait i'aumonier 1 .
Dans les communes voisines se passent des faits identiques :
Phordoy, ancien cur6 constitutional, qui, le qo ventose an III,
avait ete choisi pour secretaire greffier de la commune d'Aroue,
declare vouloir profiter de la nouvelle loi qui autorise le culte au
sein des 6glises, en disant qu'il a vecu en bon citoyen et qu'il ne
troublera point Tordre public ; de nierue Aguerremendy a Arrast,
etc., etc., et successivement les serments de reconnaissance de
luniversalite des citoyens pour le souverain et de haine a la
royaute et a l'anarchie sont exig6s deux.
Nous nous arrgtons ici : la Soule, qui restera quelque temps
encore district ind£pendant, a perdu tout espoir de recouvrer ses
libert6s per dues, pour ne devenir qu'une portion d'un d6partement
et d'un diocese nouveaux.
D r Larrieu.
i. Arch. man. de Mauleon, Reg. du a3 prairial a Tan 9 (BB., 5?). L'abbe
d'Arhelz, comme tous ses confreres non conformisles deportes, s'elait reTugie
en Espagne, d'oa ii pouvait assez facilement entretenir des relations avec la
Soule. Detail a noler, e'est que, a notre connaissance, aucun pretre oonfor-
miste ne se maris.
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II
UNE PAGE OE L'HISTOIRE DU LABOURD
Eleonore d'Autriche et la rangon de Francois I er
M. FRANCISQUE HABASQUE
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UNE PAGE DE L HISTOIRE DU LABOURD
Eteonore d'Autriche et la rancon de Francois I er
M. FRANGISQUE HABASQUE
Conaeiller a la Cour dappel de Bordeaux,
Corre8pondant da Ministere de Vlnatruction publique.
Le o4 f&vrier i5a5, apres avoir combattu sous Pavie comme un
h£ros d'Homfere, le roi Francois I w , perdant son sang par
deux blessures, 6taitdemeur6prisonnier des capitaines de Charles-
Quint. Bientdt transfer^ d'ltalie en Espagne, il y avait subi la plus
dure captivity. Enferme dans I'Alcazar de Madrid, d£<ju £ans son
espoir d'une paix prompte et honorable, ulcere par les implacables
exigences de l'Empereur, il avait contracts une maladie des plus
graves qui l'avait conduit aux portes du tombeau. Entrl en conva-
lescence et convaincu que rien ne ferait flechir les pretentions de
son ennemi, il s'ltait decide a feindre d'y c£der. Arguant de ce
que, d'aprfes les lois de la chevalerie, un prisonnier surveill6 n'est
pas tenu de garder la foi que la contrainte lui a arrach£e, il avait,
par avance, dresse un acte de protestation contre ce qu'il allait
faire, puis il avait sign6 le traits de Madrid.
L 'article fondamental de ce trait£, celui dont le refus avait si
longtemps empGche tout accord, 6tait la retrocession a Charles-
Quint du duch£ de Bourgogne et de ses d£pendances, domaines de
son bisa'ieul Charles le T£m£raire, repris, en vertu du droit
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49 2 ELEONORB d'aUTRICHE
salique, a sa grand-m&re, Marie de Bourgogne, par la couronne de
France.
Pour aller faire sanctionner par les Etats et les parlements du
royaurae cette restitution de la Bourgogne, Francois I er obtenait
imrnediatement sa liberte. Mais il envoyait a sa place, en otages,
les deux fils aines qu'il avait eus de la feue reine Claude, le dau-
phin, Age de huit ans et demi, qui ne regna pas, et le due d'Or-
leans, age de sept ans, qui fut depuis Henri II. Messieurs les
Enfants, comrae on disait, devaient Stre rendus apres la ratification
et Tex£cution du traite. Alors aussi, Francois devait epouser
El^onore d'Autriche, reine douairiere de Portugal, sceur de
Charles-Quint. Co in me gage de raccoiuplissement de ce manage,
d'6tranges fiancailles avaient eu lieu. Un matin le Roi, alit£ et
souffrant de la fievre, avait vu entrer, dans sa chambre de l'Alcazar
de Madrid, le vice-roi de Naples Lannoy, house et £peronne, qui,
muni de la procuration de la reine de Portugal, venait la fiancer
avec son futur 6poux. Les paroles consacrles furent exchangees
entre les deux hommes, et, de ce jour, TEmpereur dit que Fran-
cois I er devait appeler El^onore sa femme. II conduisit son nouveau
beau-frere faire a celle-ci deux ou trois courtes visites d'apparat.
II la fit m&me danser en sa presence, ce qu'elle faisait avec beau-
coup de grace, et ce fut tout. Le Roi partit et, de tres loin, la Reine
le suivit a petites journ^es.
On sait ce qui advint. Francois I ep , de retour dans ses fitats, en
mars i5a6, refusa d'executer le traits ; ses fils, s6par6s de leurs
serviteurs, demeurerent captifs, et sa royale fianc6e fut retenue en
Kspagne. Bientot une ligue formidable se formait contre Charles-
Quint, dont T^norme puissance faisait redouter Taccession a la
in on are hie universelle, et de toutes parts la guerre recommen$ait.
Elle eut de nombreuses p6rip6ties et fut f&conde en Granges
incidents, pour ne parler que du sac de Rome par le connetable de
Bourbon et des provocations en combat singulier que s'adresserent
le Roi et TEmpereur. Enfin elle fut termin^e, le 3 aout i5a9, par le
traite* fameux que signerent a Cambrai, pour les deux monarques,
la reine-mfere Louise de Savoie et Marguerite d'Autriche, r^gente
des Pays-Bas, tante de Charles-Quint.
De ce traite, qui visait presque toutes les contrees de V Europe
occidentale, nous n'avons a retenir ici que deux clauses, les prin-
cipals a la v^rite, celles qui 6taient en quelque sorte le pivot de
la paix. Aux termes de Tune, TEmpereur renoncait a cette r6tro-
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ET LA RANgON DE FRANgOIS V T 4&^
cession de la Bourgogne, pierre d'achoppement du traits dc
Madrid, et, a la place, il recevait 2.000.000 d'6cus d or formant
« l'honn&te rancon » dont Francois l er s'6tait toujours reconnu
redevable envers lui et moyennant le paiement de laquelle il s'en-
gageait a rendre les jeunes princes ses otages. Aux termes de
Fautre, iemariage d'fil^onore d'Autriclie avec Francois I cr , a denii
c616bre* en i5a6 et demeure* depais en suspens, devait recevoir sa
consecration definitive.
L'exlcution de ces deux clauses allait ajouter une nouvelie page
a Thistoire si riche du Labourd. Sa situation formant trait-d'union
entre la France et l'Espagne, le d£signait en eftet, comme il arriva
si sou vent par ailleurs, pour etre le theatre de ces deux actcs
d'importance : Techange de la rancon contre les princes et Fentree
de la Reine dans son nouveau royaurue.
Actuellement, avec les banques, le tel^graphe, le telephone et les
cheinins de fer, en quelques jours tout eut 6t6 termini, et un beau
matin, les Labourdins eussent appris par leur journal que la
rancon 6tait pay£e et que la Reine et les enfants royaux etaient
dans la capitale, installed dans leur palais.
Mais, naguere, il n'en allait pas de meme ; les conditions de
temps et de lieu etaient singulierement difflrentes et les habitants
du pays frontiere leur durent alors d'avoir sous les yeux, pendant
six mois, d'interessants et parfois de m£ mora b les spectacles.
Le traits de Cambrai avait 6t6 signe* en aout 1529 ; le 20 Janvier
de la ni&me ann£e (le premier de Tan 6tait encore fixe au q5 mars),
les Saint- Jean-de-Luziens constaterent enfin, a leur grande satisfac-
tion, qu'onenpoursuivait lexecutionnoriuale, en voyant, kl'heure
de diner, un train brillant de trois cents chevaux faire halte sur
leurs places. C'6tait le vicomte de Turenne, qui, avec des conseil-
lers, des secretaires etune fringante elite de jeunes gentilshommes,
s'en allait a Toiede, en gaiante ambassade, vers El£onore d'Au-
triche, resserrer au nom du Roi les engagements matrimoniaux si
singulierement £bauches par Lannoy.
M. de Turenne venait de se reposer un peu a Rayonne de la
penible traversee des Landes ; il 6tait aile voir, sur la greve, une
baleine capture^ dans le golfe par les p&cheurs de Riarritz ; et
maintenant, ayant mis sa caravane en bon ordre, il se pr£parait a
prendre contact oflic\el avec l'Espagne en recevant aux abords de
Saint-Jean-de-Luz les officiers d'l^leonore charges de faciliter son
voyage au dela des monts.
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494 ELEONORE d'aUTRICHE
Les badauds do lieu n'avaient pas Oni de disserter sur le luxe
dSploye* par le vicomte de Turenne, sur les habits de velours a ses
couleurs de ses pages et de ses laquais, sur le riche equipement de
ses mulets, le uombre de ses palefreniers, les 6pais troupeaux de
moutons que ses vivandiers poussaient devant eux, que deja un
nouvel aliment s'offrait a leur curiosity.
Gette fois, c'6tait Messire Louis de Flandre, seigneur de Praet,
chevalier de la Toison d'Or, qui, envoys de FEmpereur, se rendait
a Bayonne avec des sp£cialistes experiment's pour y surveiller le
bon aloi des i.aoo.ooo 6cus d'or qui devaient bient6t remplir le
tresor toujours aflame de son puissant souverain.
Ces i.aoo.ooo 6cus d'or au soleil, d'une frappe uniforme et du
poids de seize grains, formaient la partie payable coniptant des
2.000.000 de la rancon. Des 800.000 6cus restants, une part devait
etre employee a retirer des obligations souscrites et des joyaux
gag's au roi d'Angieterre par les empereurs Maximilien et Charles-
Quint, notamment une grande fleur de lis en diamants contenant
du bois de la vraie Croix ; le surplus 'tait Tobjet d'arrangements
sp'ciaux.
Neanmoins le versement a faire constituait pour I'epoque une
somme enorme et, alors que le Nouveau-Monde n'avait point
encore d'vers' sur TEurope les richesses de ses mines, repr6sen-
tait une masse de m'tal pr'cieux presque invraisemblable. Aussi,
depuis la fin de Tannee i5a8, Francois I er , dans la provision de sa
rancon, travaiilait-il a la r'unir. II avait, des divers ordres du
royaume, obtenu des subsides, les avait fait lever activement dans
toutes les provinces et, a la fin de i5a9, des instructions avaient 6t6
donn'es pour diriger sur Bayonne les sommes recueillies.
Pour remplir la trfcs importante et complexe mission deprfsider
a la concentration du tr'sor, de T'changer contre les Enfants de
France, de recevoir la Reine au seuii du royaume et diriger son
voyage jusqu'au Roi, ce n'ltait pas trop d'un des premiers person-
nages de l*£tat.
Le choix de Francois I er se fixa sur Messire Anne de Montmo-
rency, grand-maltre et mar'chal de France et gouverneur du Lan-
guedoc, lequel recut ses pleins pouvoirs.
L' entourage de ce haut et puissant seigneur r'pondait aux
diverses phases de Toeuvre qu'il devait accomplir. Pour le conseil-
ler et Taccompagner, ii avait de grands dignitaires d'^giise et de
robe longue ; pour r'gler les questions d'argent, de9 g£ne>aux des
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J
BT LA RANgON DE FRANCOIS l<* Qcfi
finances ; pour se garder, lors de l'lchange, des capitaines dc
choix ; pour escorter la Reine, les plus brillants gentilshommes de
la cour ; pour la servir et assurer son voyage, les meilleurs officiers
de la maison du Roi.
Cette superbe compagnie, qui coraptait au moins deux mille
chevaux, arrivait dans le Midi soucieuse de figurer avec un £clat
digue d'elle en face des Espagnols et devant la souveraine. Aussi
attirait-elle k sa suite des nu£es de marchands qui comptaient sur
cette riche clientele pour 6couler leurs ItofTes de luxe et leurs
somptueuses garnitures.
Le an mars 1529, le grand- maitre entrait dans Bayonne et, sui-
vant i'ordre logique des choses, donnait d'abord ses soins & la
ran^on. Les g6n£raux des finances de Bourgogne et de Normandie,
h ce d£partis, d6ploy&rent une diligence infatigable ; jour et nuit,
d£p£ches et expr&s, envoy^s dans toutes les directions, press£rent
les envois de numeraire ; sans rel&che, & mesure que les esp&ces
arrivaient, les maltres des monnaies, pi&ce k pi&ce, les 6prou-
vferent et les pes&rent ; de telle sorte qu'un mois k peine 6tant
ecoule, put se passer au Ch&teau- Vieux une sc&ne probablement
unique en son genre.
Le mercredi 29 avril i53o, le grand-maltre, ayant invite a diner
en son logis le seigneur de Praet. le pria, le repas fini, ainsi que
les membres de son ambassade, parmi lesquels figurait le g6n6ral
et mattre des monnaies de Flandre, de vouloir bien l'accompagner
au Chfttcau- Vieux. Une fois Ik, on se dirigea vers la chambre r6ser-
v6e au g£n£ral de Normandie. Un spectacle, tel qu'k le contempler
« les yeux 6ballissaient », y attendait les arrivants. Au milieu de
la chambre, sur un tapis vert recouvrant les carreaux, s'^levait un
monceau scintillant, rutilant, £blouissant de 3oo.ooo 6cus d'or au
soleil. A l'entour du monceau, ranges, dit la chronique, comme
les apdtres autour du Maitre, se dressaient, l'orifice b6ant, soixante
ou quatre-vingts sacs regorgeant d'autres esp&ces d'or : nobles a la
rose, de Henry, angelots, ducats, doubles ducats, 6cus vieux, royaux,
ecus k la couronne, alphonsines, rixdales, florins et philippes.
Encore n^tait-ce Ik qu'un commencement. De la chambre du
general de Normandie on passa dans celle du g£n£ral de Bour-
gogne, ou un ingme arrangement frappait les regards. II y avait
cette difference, n6anmoins, que le cas central comptait 600.000
6cus au soleil au lieu de 3oo.ooo. Cette fois le flegme imperturbable
des Espagnols fut vaincu, et ils avou&rent qu'ils trouvaient beaux
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49^ ELEONORE d'aUTRICHE
les deux monceaux d'or. Quant au grand-raaltre, il fit suivre la
presentation de tant de richesse de ces politiques et philosophiques
paroles : « Messieurs, vous voyez com me le Roi, qui vent tenir et
executer les articles de la paix, se met en son devoir pour faire
paiement a l'Empereur, pour avoir et retirer Messeigneurs ses
Enfants ; et vaut beaucoup mieux de 1 employer en cette affaire que
de faire la guerre et causer la perdition de sang humain. »
Montmorency fit 6galement voir au seigneur de Praet les obli-
gations, la fleur de lis et les joyaux retires a la decharge de l'Em-
pereur des mains du roi d'Angleterre ; et, de plus, courant par les
coins, quelque 100.000 marcs d'argent fin en cendr6e. II prouvait
ainsi aux envoy^s d'Espagne, malgre leurs secretes defiances, qu'il
6tait en etat de parfaire la rancon et qu'il se trouvait maintenant
en droit de les inviter a arrSter, de concert avec lui, les mesures a
prendre pour l'echange de ceux qu'on nommait Messieurs les
Enfants.
Ces jeunes princes, gardes depuis longtemps au milieu des mon-
tagnes, dans la forteresse de Pedrazza de la Sierra, avec une
vigilance d'autant plus soupconneuse qu'on redoutait qu'ils ne fus-
sent enlev£s par le moyen de quelque sortilege, ces jeunes princes
avaient enfin depuis quelques semaines quitte leur prison et
s'etaient rapproches de la fronti&re sous la conduite de Don Pedro
Hernandez de Velasco, conn6table de Castille. Investi, apr&s son
pfcre, du soin de leur surveillance, le connetable avait pris toutes
les mesures pour les tenir a distance a l'abri dim coup de main,
et lui-m£me s'etait etabli a Fontarabie. Ayant recu de l'Empereur
la rn&me haute mission que Montmorency du Roi, il lui appartenait
de fixer avec celui-ci les details de l'echange des royaux otages. II
donna ses instructions au seigneur de Praet pour suivre a Bayonnc
les n£gociations necessaires. .
Ces n6gociations ne laisserent pas d'etre longues et laborieuses.
En effet le connetable et le grand-mattre se tenaient Tun et l'autre
pour de vaillants capitaines et de dignes chevaliers ; mais les
moeurs du temps toieraient parfois, sous couleur d'habilete ou de
ruse, certaines licences qui seraient aujourd'hui plus severe men t
qualifies. Or, tout au fond, le connetable craignait que le grand-
maltre ne songeat a enlever les Enfants et la Reine tout en gardant
le tr£sor, tandis que le grand-maltre n'eftt pas ete etonne outre
mesure que le connetable n'eftt l'idee de prendre le tr^sor sans
rendre la Reine et les Enfants. De cette preoccupation reciproque
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ET LA RANgON DE FRANCOIS I er 497
et da soaci orabrageux de ne pas laisser prendre a la nation
adverse le moindre avantage de ceremonial dont sa vanity ptkt se
targuer comme d'une ombre de superiority, naquit enfln un traits
longuement libelie en vingt-huit articles. II descendait aux pins
minutieux details et semblait plutot destine a preinunir les con-
tractants contre les entreprises d'un mortel ennemi qu'a r^gler les
formalites d'un acte supreme de paix.
Le lien fixe pour l'echange fut Fentrde de la Bidassoa, juste sur
la ligne frontiere, a 6gale distance entre Hendaye et Fontarabie ; le
moment, celui de la pleine mer. Au point choisi on installeraitun
ponton de 4<> pieds de long sur i5 de large, muni aux quatre coins
d'un systfcme d'ancres et de cables assurant sa fixite* et sa flottaison.
Une barri&re de 4 pieds de hauteur devait, dans sa largeur, diviser
le ponton en deux parties 6gales.
Deux gabarres de m£me grandeur amarr^es en face, l'une fran-
$aise, sous Hendaye, 1' autre espagnole, sous Fontarabie, seraient
armees chacune de douze rameurs de sa nationality et monies,
celle d' Hendaye, par douze gentilshommes fran<?ais dont le grand-
maltre, celle de Fontarabie, par douze gentilshommes espagnols
dont le conn^ table. Les gentilshommes, en cape, ne porteraient
que l'^p^e et le poignard ; les rameurs auraient des rames scrupu-
leusement pareilles de longueur et de forme. La gabarre de France
porterait Tor de la ran^on ; mais la gabarre espagnole, pour qu'elle
n'e&t pas 1* avantage de la legerete\ serait lestee d'un mfime poids
de fer. Dans la gabarre espagnole seraient, avec le seigneur de
Brissac, les Enfants de France arrays de poignards; mais dans la
gabarre franchise, pour maintenir l'egalite de force, seraient, avec
Don Alvaro de Lugo, deux pages espagnols de m£me taille et de
m£me age que les princes, ayant le poignard au cote. Apres une
visite r^ciproque du ponton pour s'assurer qu'il ne cachait aucun
pi&ge, les deux gabarres, a un signal donne, s'en approcheraient
simultan6ment et, avec de strictes precautions, l'echange aurait
lieu.
La barque de la Reine, avec un Equipage mi-parti francais et
espagnol, quitterait a ce moment les eaux espagnoles pour entrer
dans les eaux de France.
Mais ce n'etait pas assez de se garantir d'une surprise au ponton
m&me, et les n^gociateurs jugerent prudent de se garder contre
une attaque en r&gle prepare d'avance soit par terre soit par eau.
Pour parer a toute entreprise des forces de terre il fut decide* que,
32
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49$ ELEONOHE d'aUTRICHE
dix jours avant et dix jours apr&s celoi de la dElivrance, aucune
troupe d'hommes de goerre & cheval on h pied ne pourrait approcher
de dix lieues de la fronti&re; le jour de la dllivrance, tout rassem-
blement de gens da pays Etait interdit dans nn rayon de trois
lieoes. Ghacnn des deux chefs pouvait seulement conserver sous sa
main sept cents fantassins et deux cents cavaliers, identiquement
arm£s et Equipls ; et, pour s' assurer que la convention ne serait
point violEe, il avait le droit, douze jours durant, avant l'&hange,
de Cure battre l'estrade dans la zone interdite du pays par douse
de ses gentilshommes. Quant au chateau de Fontarabie, ses canons
Itaient enlevEs pour Eviter toute volEe intempestive. Afin de pr6-
venir une attaque navale, la mer serait surveillle par un galion
espagnol croisant devant Saint- Jean-de-Luz et par un galion fran-
$ais croisant devant Passages, tandis que, montles par des Equi-
pages mixtes, deux barcrues garderaient la riviere, Tune en amont,
Tautre en aval du ponton. Aucune autre embarcation ne devait se
trouver sur les deux rives.
Cependant que duraient les nlgociations, on avait achevl de
classer les espfcces de la ran$on, dont beaucoup se trouv&rent trop
16gferes, si bien qu'aux i. 200.000 Ecus il fallut en ajouter 40.000 de
tare; on avait enclos le tout dans soixante caisses scellEes des
sceaux des commissaires fran$ais et espagnols, et il devenait urgent
d'activer les prEparatife compliquls nEcessitEs par la convention
d'lchange.
Pour les surveiller de plus pr&s, Montmorency quitta Bayonne
et vint s'installer k Saint-Jean-de-Luz.
Ce lieu charmant, si coquettement posE au fond de sa baie arron-
die, n'avait pas encore £t£ mutilE par la fureur des flots; son com-
merce Etait florissant, sa population nombreuse et prosp&re, et il
est facile de se figurer le pittoresque encombrement et Inanimation
joyeuse qu'il prEsenta durant le sEjour de trois semaines qu'y fitle
grand-maltre. Dans les carrefours, sur le port oh ils musaient,
dans les tavernes ou ils buvaient, chez les bourgeois od ils logaient,
c'Etait un fourmillement de beaux soldats et d'616gants gentilshom-
mes. Montmorency avait donnE ordre aux marchands de Bayonne
de Tapprovisionner pour quatre mille homines et deux mille che-
vaux. Aussi aflluaient les chariots charges de vivres et de grains,
les pinasses rentrant de la p£che, les convois d'outres rebondies
gonflEes de vin de Navarre. Ghaque matin, de six ou sept grandes
lieues, accouraient, sveltes et accortes, 61anc£es sous leur fiardeau,
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ET LA. RANgON DE FRANgOIS I er 499
les filles de la cdte et des villages environnants, portant sur leur
tfcte qui da pain, qui du poisson, des fruits, des legumes et du four-
rage. Les rues, a toute heure, retentissaient du galop des cour-
riers : les uus allaient a Bordeaux, ou 6tait le Roi, exp£di£s des
diverses Stapes ou s'arrStait £l£onore d'Autriche, qui s'acheminait
alors leutement de Tolfcde vers la France ; les autres arrivaient
avec les d^pfiches et les ordres de la cour. Une nouvelle succ£dait a
Tautre. Les 6v£nements se pr^cipitaient. Un jour, repassait le sei-
gneur de Turenne revenant de sa galante ambassade. D'autres fois,
sous la conduite des officiers et des palefreniers de la Reine, d6fi-
laient des centaines de mulets harnach£s a l'espagnole, transpor-
tant a Bayonne ses richesses, ses objets pr£cieux, sa garde-robe et
les bagages de ses dames et de ses gens. Puis on apprenait que la
Reine elle-mSine 6tait de l'autre c6t6 de la Bidassoa, tout pr&s, a
Rcnteria. Successivement, en pompe, le grand-maltre, le Cardinal
de Tournon, s'y rendaient pour lui presenter leurs respects. Le
premier president de Toulouse faisait de m&me et Ton parlait fort
de la harangue « tr&s belle et bien trouss6e » qu'il lui avait
adressle.
Vers la fin de juin tout 6tait pr&t et il fut convenu entre Mont-
morency et le connetable de Castille que le vendredi i er juillet a
la pleine mer de huit heures du matin, au lieu dit, les i. 200.000
ecus seraient remis, Messieurs les Enfants d61ivr6s et que la Reine
passerait en France.
Done au matin du 3o juin, cent hommes d'armes des compagnies
d'ordonnance et trois cents hommes de pied, complement de l'es-
corte dont le grand-maltre avait droit de se faire accompagner a
Hendaye, quitt&rent Bayonne, ou ils avaient 6X6 laiss£s a la garde
du tr6sor, pour se diriger sur Saint- Jean-de-Luz, au point de con-
centration. Chaque troupe avait d6ploy£ tout le luxe en son pou-
voir. Les hommes de pied, la toque couverte de plumes, portaient
chausses aux couleurs de la Reine, jaune, blanc et noir. Les cava-
liers, appartenant a cette gendarmerie cel&bre ou commander cent
hommes 6tait un honneur insigne m£me pour un prince du sang,
les cavaliers caracolaient sur des chevaux d'Espagne couverts de
housses de satin ou de velours aux couleurs des compagnies et por-
tant un plumet de m6me au chanfrein. Cette magnifique cavalerie
dut cantonner a GuSthary tellement Saint- Jean-de-Luz £tait plein;
une place pourtant y avait 6t6 rlservle aux fantassins, quilogfcrent
a l'hdtellerie de l'Estoile sur les sables.
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500 ELEONORE d'aUTRICHE
Deux heures apr&s le depart de ces troupes de Bayonne, le tr£sor
se mit en marche, rtpartie par charges 6gales sur trente mulcts.
Un trente et unienie portait la fleur de lys en diamants, les obliga-
tions remises par le Roi d'Angleterre et des liasses de papiers
rolatifs a des cessions de droits. Le tout 6tait sous la garde de cent
soldats a pied, sans armes, le baton a la main et sous la surveillance
jalouse du commissaire espagnol Don Alvaro de Lugo, qui ne devait
plus perdre les caisses de vue. En effet, a SaintJean-de-Luz, selon
Taccord fait, il s'enferma et coucha avec ses Espagnols dans la
chambre du logis du grand-maltre oil elles furent d6pos6es. Mais
le gardien lui-m&me etait strictement garde* par de solides postes
francais places en haut et en bas de la maison, de telle sorte qu'il
y avait quelque chance pour que, dans cette nuit du 3o juin au
i w juillet, le tremor reposat en paix.
Absorbs tout entier par le soin de donner ses ordres et d'en assu-
rer l'exlcution, le grand-maltre, lui, ne reposa point. Dans la soi-
ree, apres que le salut fut sonnc, il avait fait publier a son de
trompe, de par le Roi, que personne, le lendemain, ne fut assez
ose\ sous peine de la hart, pour franchir sans permission, vers
l'Espagne, le pont de Saint-Jean-de-Luz. Puis, present partout, il
avait inspects ses postes et organise le depart. A une heure apres
minuit les trompettes sonnaient le boute-selle, les tambourins
criaient que chacun se rendlt a son enseigne, et, a trois heures du
matin, une premiere troupe de cinquante chevaux se mettait en
marche pour 6clairer la route d'Hendaye. Trois enseignes de gens
de pied suivaient ; apres venait le tr£sor, chaque mulet encadre* de
quatre hommes pour le relever, s'il lui arrivait de rouler par les
chemins. Quant au grand-maltre, v£tu d'une robe a chevaucher de
velours noir chamarrSe de gros fils d'or, il 6tait superbement
monte* sur un genfct caparacouue' a ses couleurs ; derriere lui, qua-
rante gentilshommes d'^lite et, pour fermer la marche, cent cin-
quante hommes d'armes, la lance au poing. Le senechal d'Agenais
avec des archers de la garde du Roi demeurait a la garde du pont.
Vers les sept heures du matin, l'ltincelante colonne arrivait a
Hendaye, en face de ce merveilleux cirque de montagnes Itagees
que la nature semble avoir dispose* pour servir de theatre aux
grandes scenes historiques. La mer montait, le ponton se balan-
ce xit au milieu de la Bidassoa; mais Fontarabie semblait dormir
dans ses rem parts; sa marine, que l*on s'attendait a voir grouillante
de monde, etait absolument ddserte, et le grand-maltre apprenait
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ET LA RANgON DE FRANCOIS V* 501
avec stupefaction que le connEtable, refusant l'Echange desEnfants
de France, venait de leur faire prEcipitamment reprendre le che-
min de Renteria, d'ou ils Etaient partis a l'aube. Un espion Tavait
avisE que les chemins de France se couvraient de troupes bien au-
delk du chiffre convenu, et, redoutant V enlevement de vive force et
sans rangon de ses augustes otages, il les avait mis hors de portEe.
La surprise de Montmorency n'eut d'Egale que sa colore. Prenant
k tEmoins les gentilshommes espagnols qui Etaient avec lui du scru-
pule avec lequel il-s'Etait conformE aux conditions de l' accord, il
se mit en mesure d'envoyer deTier le connEtable, le sommant d'exE-
cuter le traits, sinon « qu il l'appellerait en lieu qu'il lui ferait
confesser avoir failli a sa foi ».
La Reine, de son cotE, depuis trois jours arrivEe k Fontarabie,
avait cru enfin, apr£s avoir EtE marine deux fois par procuration
au Roi de France et apres deux ans d'attente, que le jour avait lui
de son entree dans son royaume ; sa fortune enti&re Etait k Bayonne,
et voici qu'au dernier moment tout paraissait manquer. DEsespErEe,
elle, d*ordinaire si douce et si calme, s'einporta et en vint aux
menaces k Tencontre du connEtable.
Enfin cependant, apres Echange de messages et force explica-
tions, le malentendu se dissipa. Des courriers envoyEs ventre k terre
k Renteria en firent revenir les jeunes princes. On se mit en
mesure de faire de chaque c6tE les inspections et verifications prE-
vues, et, corame il avait 6t6 dit, l'Echange se fit ce jour du i er juillet
i53o ; mais ce fut k la pleine mer du soir au lieu de l'Etre k celle
du matin.
II Etait huit heures quand les deux gabarres avec leur prEcieux
chargement quitterent les rives opposEes et vinrent se ranger,
celle du trEsor, montEe par les Francais, au bord du ponton qui
regardait Hendaye, celle de Messieurs les Enfants, montEe par les
Espagnols, au bord du ponton vis-i-vis Fontarabie ; chaque Equi-
page se massa k Tune des extrEmitEs de son bateau ; puis le cons-
table et le grand-maltre, months simultanEment sur le ponton et
sEparEs par la barriere, appelerent un k un chacun de leurs com-
pagnons, qui, traversant aussi d'un mouvement simultanE, allerent
prendre place k rextrEmitE laissEe libre du bateau adverse ; jus-
qu a ce qu'enfin tout ¥ Equipage espagnol se trouv&t sur la gabarre
du trEsor et tout 1 'Equipage francais sur la gabarre des Princes.
Chaque navire alors, par une extrEmitE difFErente, contourna le
ponton et fit force de rames vers la rive opposEe.
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502 ELEONORE d'aUTRICHE
A cet instant precis, le bateau de la Reine, cessant d'etre conduit
par son patron espagnol pour passer sous la direction d'un patron
francais, franchissait la ligne m6diane du fleuve. 6leonore d'Au-
triche 6tait en France, ou elle prenait pied sur le territoire de
Labourd presque au m&me instant que ceux qu'elle appelait dej&
ses enfants.
Dans sa stipulation essentielle, le traits de Cambrai 6tait exe-
cute. La paix re'gnait entre la France et l'Espagne.
Mais le temps pressait ; il fallait se hater de quitter cette greve
et, au prix d'une course longue encore, aller chercher la couches.
Aussi vit-on bient6t les longues flies du cortege remonter la pente
des vertes collines qui dominent Head aye. La Reine 6tait port£e
sur une litiere de drap d'or frise sur frise ; le Dauphin et le due
d'Orl6ans raccompagnaient a cheval, tandis que ses dames et ses
demoiselles suivaient assises en selle a la mode de Portugal sur
des mules harnachSes de velours. Peu a peu cependant le voisinage
de la mer, la brume s'elevant des valines, avaient rafraichi Fair ;
£l6onore, redoutant pour les jcunes princes les suites des fatigues
et des Amotions des jours precedents, les fit monter dans sa litiere.
Puis l'obscurite* s'6tait faite et, pour dclairer la route, il avait fallu
allumer des flambeaux, dont les lueurs espacles dissipaient ademi
les ombres de cette belle nuit d'£te\ lorsque tout a coup, a mi-che-
min de Saint- Jean-de-Luz, lair retentit de fr£n£tiques acclamations,
et cinq cents jeunes Saint-Jean-de-Luziens, tons brandissant des
torches, accourant comme une vague de feu, entourerent la litiere,
qui, au milieu de cette mouvante clart6, d£passa Giboure et attei-
gnit le pont de la Nivelle.
C'6tait Tendroit oil Saint-Jean-de-Luz recevait officiellenient la
Reine.
La population n'avait gufere reposS la nuit pr£c£dente, mais,
celle-ci, qui eut songe* a dormir ? On attendait la plus grande dame
du monde, la Reine de France, la « meilleure » soeur de l'Empe-
reur, roi des Espagnes, dont toutes les soeurs portaient la couronne
royale. On attendait cette princesse, dont Theureuse influence
empfceherait sans doute le retour, entre les deux plus puissants
monarques de la chreHiente*, de guerres terribles si lourdes au
peuple, si de*sastreuses a la frontiere. Gomme plus tard une douce
fille de France allant £pouser un roi d'Espagne, celle-ci d£ja pou-
vait s'appelait la Reine de la paix. D'ailleurs £tait-elle done 6tran-
gere, cette 6l6onore d'Autriche, toute Franchise de langage et d f <-
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ET LA RANgON DE FRANCOIS I«* 5o3
ducation, et dans les veines de laquelle coulait le sang des grands
dues de Bourgogne de la maison de Valois? Sanjs doute, faisant
cesser k la cour le r&gne on6reux des favorites, elle allait y faire
refleurir les temps regrett6sde la yertueuse Annede Bretagne etde
la bonne reine Claude. Son histoire d'ailleurs attendrissait : son
p&re enlev6 subitement en pleine jeunesse, sa m£re, affolle, inyst£-
rieusement enferm^e dans un ch&teau d'Espagne, elle avait 6t6
61ev6e, aln6e de six petits enfants, dans la Flandre, sa patrie, k ce
que Ton appelait encore la cour de Bourgogne. LA, jeune fille, elle
n'avait pu empfceher son cceur de parler en faveur d'un jeune et
beau paladin, cadet de Bavi&re sans apanage. Mais Tidylle avait
6X6 impitoyablement brisle dans sa fleur. Princesse, elle se devait
k sa maison et, k dix-neuf ans, on Pavait marine au roi Emmanuel
de Portugal, le souverain, disait-on, le plus riche du monde, mais
contrefait, deux fois veuf, ayant une cinquantaine d'annee et buit
enfants. Dans toute leur severe grandeur, elle avait accepts et
rempli ses devoirs de souveraine, d'£pouse et de m&re. Apres la
mort de son mari et apr&s avoir eu d'autres vues sur elle, Charles-
Quint, un beau jour, avait jug^ utile de la liancer au Roi de France
pendant sa captivity ; puis il F avait retenue pendant quatre ans en
Espagne, et voici qu'elle arrivait pour rejoindre un mari dont elle
aurait k conqu^rir l'affection, conduisant d'une effusion vraiment
maternelle deux pauvres enfants, deux flls de France qui, k un &ge
oil la liberte est si nlcessaire, venaient de souffrir longuement,
emprisonn6s pour la patrie !
Aussi les coeurs 6taient profond£ment £mus chez ces braves habi-
tants de Saint- Jean-de-Luz, « si loyaux serviteurs de la couronne
de France qu'ils se seraient fait crucifier pour la querelle d'icelle » ;
- et, depuis le matin, Tincertitude et l'attente exaltaient les esprits,
lorsqu'& la vue de la foule qui bordait la Nivelle, apparurent & la
tfite du pont, dans une lumi&re aussi vive que celle du jour, la
Reine et les deux princes. Elle, dans sa liti&re d'or, brune, p&le, le
visage bienveillant et gracieux dans Tattrayante maturity de ses
trente ans, telle qu'on peut la voir encore au Louvre dans le
tableau des Noces de Gana ; eux, dans un costume de faerie, robe
de drap d'or fris6 sur frise doublle de satin cramoisi, pourpoint
de satin violet et saie de velours cramoisi.
Ge fut un instant d'inlnarrable enthousiasme, un veritable
d61ire ; les cris ne pouvaient tarir de « France ! France ! vive le
Roi! vive la Reine! vive le Dauphin! » Le pays paraissait en flam-
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5<>4 ELEONORE d'aUTRICHE
mes, tellement nombreux s'allumaient les feux de joie ; tout y £tait
bon et on y jeta jusqu'aux bois de construction des navires, sacri-
fice sans prix pour ce peuple de niarins.
Gependant, sur le pont, les pr&tres avec la croix et l'eau blnite,
la torche en main, chantaient le Te Deum laudamus ; le Bayle
adressait a la Souveraine un discours de bienvenue d'une brievete
tres gotlte^e ; puis les feinmes des principales families du lieu, an
nombre de vingt-cinq ou trente, coiflees, a leur mode, de grandes
comes sur la tSte, venaient en tourer la litiere et, portant elles aussi
des torches, sans cesser d'acclamer les royaux arrivants, les accom-
pagnaient au logis oft Eleonore allait enfin pouvoir goftter quelque
repos.
Elle y entra, tenant de chaque main Tun de Messieurs les En-
fants ; mais ceux-ci ne tarderent point, conduits par le Grand-Maltre,
a gagner a pied leur propre logis assez eloigned Chez eux les atten-
dait un souper auquel ils firent honneur avec l'app&it de leur age;
la Reine de son cdte* se mettait a table, tandis que ses dames et ses
demoiselles, aflam£es par le voyage, demandaient aux officiers du
pain qu' elles se hataient dalier manger cach6es derriere la tapis-
serie.
Montmorency n'avait plus qu'a annoncer au Roi le succes de sa
mission. II y employ a le reste de la nuit, envoyant aussi des cour-
riers au Pape et aux puissances amies, le Roi d' Angle terre, la R6-
publique de Venise et Messieurs des Ligues. Ddja, de Hendaye
mSme, il en avait exp6di£ un autre aux grands personnages denieu-
r^s a Bayonne pour les prevenir que la Reine venait de toucher le
sol du Royaume et pour qu'ils eussent a faire connaltre incontinent
la bonne nouvelle au peuple par des salves d'artillerie. Ge message
tourna d' assez plaisante facon. II ^tait minuit quand le courrier
arriva aux portes. Tout dormait ; on mit quelque temps a lui
ouvrir ; il alia droit a Tarchev^que de Bordeaux, lequel envoya
qu^rir le seigneur de Saint-Bonnet, qui commandait la ville ; bref,
d'avis en avis, d'ordre en ordre, il 6tait deux heures du matin
quand tout a coup, dix ou douze grosses pieces de canon, tonnant
avec furie, vinrent en sursaut r6veiller les habitants. Depuis des
ann^es ont vivait en guerre, depuis des mois on parlait de surprise,
la ville £tait pleine d'Espagnols, les Bayonnais croient a une
attaque soudaine ; les hommes s'arment pr6cipitamment et courent
a leur poste de combat, les femmes s'empressent a amasser des
pierres et a bouillir de Thuile. II y fallut assez longtemps pour
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ET LA HANSON DE FRANQOIS I er 5o5
leur faire comprendre de quoi il s'agissait. Chacon se remit enfin
d'une alarme si chaude et, « mettant gaiement le couteau sur la
table », acheva la nuit en faisant bonne chere.
D'ailleurs, ce joar qui se levait 6tait celui oix leur ville allait
recevoir la Reine de France.
Ce samedi 2 juillet, celle-ci se leva fort tard ; il en fut de mCme
de Messieurs les Enfants. Chacun en leur logis, ils entendirent la
messe, cUnerent k midi, puis tous les trois se reunirent pour monter
dans la litiere royale et se diriger sur Bayonne, accompagn£s du
Grend-Mattre et du Cardinal de Tournon.
Ce fut encore un fier ct slduisant defile* de dames et de seigneurs
que les Saint-Jean-de-Luziens virent s'eloigner vers Bidart et Gu6-
thary; mais par-dessus tout, l'image des princes et de la Reine
devait rester dans leur souvenir comme un el)louissement. Le Dau-
phin et son frere avaient, en effet, revetu des ro*bes a chevaucher
de velours cramoisi brodees selon la mode r^gnante avec de gros
tils d'or, ils portaient des pourpoints de satin cramoisi, des hou-
seaux de maroquin noir, et leurs bonnets, od s*enroulait une plume
d'autruche, Itaient de velours noir richement ferret de fers d'or
emails. Quant au costume d'l«!16onore d'Autriche, il ne faut rien
dter de sa saveur k la description d'un temoin oculaire : « Elle
avait une fine robe de velours noir doublee de satin cramoisi ; les
manches montees satin cramoisi bandies de grandes bandes de
drap d'or separ^es qui se tenaient k aiguillettes de rubans de fine
soie ferries de fers d'or £maill£, charges de perles fort belles. Sa
t&te £tait accoutre et habillee k la Portugalaise. Sur icelle il y
avait un pourpris garni de pierres precieuses, beau et riche, k Ten-
tour duquel il y avait d autres grosses perles qui donnaient fort
beau lustre k la beaut6 et reluisance des cheveux ; sur son estomac
avait un colleral garni triplement encore d'autres perles plus
grosses ou 6taient in£l6s, parmi, des rubis et des diamants grands,
beaux et de grande valeur qui reluisaient fort. Son dit estomac
6tait tout d6couvert et blanc. comme l'alb&tre et da vantage un taut
doux et benin visage avec un maintien de princesse sentant sa
maison et le faisant tres beau voir. »
Ainsi par6e comme une icdne, les pierreries dont elle £tait cou-
verte jetant mille feux sous le soleil, majestueuse dans sa litiere de
drap d'or, la Reine arriva jusqu'k la porte Saint-L6on de Bayonne.
Devant elle chevauchaient, avec Montmorency, les Enfants dc
France, qui avaient mont£ leurs haquen£es k une ported d'arbalete
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5o6 ELEONORE d'aUTRICHB
de F enceinte ; k ses porti&res se tenaient, sur leurs moles aux har-
nachements dor£s, deux princes de rfiglise, le Cardinal de Tour-
non et F&vGque d*Aire.
De toutes parts, sur les remparts, au Ch&teau-Vieux, an Ch&teau-
Neuf, le canon tonnait. A la porte 6taient massls les quatreOrdres
mendiants, les chanoines de la cathldrale, tout le clerg£, les offi-
ciers de justice, les jurats et les consuls en robe et chaperon 6carlates.
Sous le porche, le derc de ville fit une harangue oil, par licence
oratoire, tutoyant la Reine comme on tutoie la Divinite, il vantait
sa puretl et sa simplicity colombine, son bon vouloir, sa beaute
tr£s excellcnte, et la comparait savamment k Esther, k Abigail, k
Julia, femme de Pomple, k Deborah et k la reine de Saba. 11 ne
pouvait que plaire, et « ladite dame l'6couta tr£s volontiers sans
tourner les yeux qk et Ik ».
Alors, au son triomphant des trompettes et des clairons, les
musiques jouant, les cloches sonnant k Xante voile, le clerg£ et les
magistrate de Bayonne en tdte, la procession superbe s'achemina
lentement vers la cath6drale, au long des rues sabl£es, toutes ten-
dues de tapisseries, sur le fond diapr6 desquelles se d6tachaient en
notes vives les toilettes et les parures des dames entass£es aux
fendtres. La Reine s'avan$ait sous un po£le de damas jaune et
rouge port£ par les consuls ; devant, dansaient et jouaient du tam-
bourin trente enfants de la ville vStus de pourpoints et chausses
£cartel6s de satin vert et rouge et coiflfes de bonnets rouges k plumes
blanches. A Notre-Dame, on rendit gr&ce k Dieu et k la bonne Dame
sa Mire ; puis la Reine, que le Cardinal et le Grand-Maltre soute-
naient par-dessous les bras, d'une allure hilratique, sedirigea vers
son logis.
fel^onore d'Autriche venait d'accomplir, k travers le Labourd,
la premiere 6tape du voyage triomphal au cours duquel elle allait
enfin rencontrer son royal Ipoux et dont le terme devait fctre cette
apothlose des reines de France, le couronnement, prelude trop
souvent de bien des deceptions et de bien des tristesses.
Le lendemain, 3 juillet, elle partait pour Saint-Vincent, common-
$ant la dure travers£e des Landes.
Francisque Habasque,
(Jonseiller d la Cour d'appel de Bordeaux,
Correspondent da Ministire de f Instruction pnbliqae.
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Ill
UHE PAGE D'HAGIOGRIPHIE BISQUE
SAINT FRANgOIS-XAVIER
LE R. P. ETCHEBARNE
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UNE PAGE D'HAGIOGRAPHIE BASQUE
SAINT FRANQOIS-XAVIER
LE R. P. ETCHEBARNE
Cb qui fait la force et la grandeur d'un peuple, d'une race, dit
Guizot, c'est sa foi et ses convictions religieuses. Or les
nombreux historiens de ce peuple basque, aux origines lointaines
et myst£rieuses, affirmeut qu'il aeutoujoursa coeurde garder avec
un soin jaloux sa religion et ses vieilles croyances.
A travers les ages, l'ambition de leurs maltres, les calculs de la
politique, les grandes crises sociales, ont pu jeter, au sein de ces
populations, des idees nouvelles et des aspirations inconnues.
Mais si le Basque a suivi la fortune d'un conqu6rant heureux, s'il
a vu partager son territoire entre deux princes rivaux, il n'en est
pas moins rest6 profondement religieux. (Test ce qui explique
peut-Gtre son existence apr&s tant de peuples disparus et sa vitality
parmi tant de ruines.
II y a quelques ann£es, en un jour a jamais beni ', j'avais le
bonheur de recueillir le t£moignage de cette v€rit6 profonde de la
bouche m£me du glorieux Pontife qui preside avec tant de sagesse
et de fermet6 aux destinies de l'figlise. Je garde avec amour, vous
le comprenez, chacune des paroles tomb£es de ses levres augustes.
i. 6 Janvier. — Reception des jeunes gens de l'lnstitut Catholique de Paris
par Leon XIII.
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5lO UNE PAGE d'hAGIOGRAPHIE BASQUE
« Les Basques, nous disait L6on XIII, doiveat rester unis k l'figlise
avec le m&me attachement qui les fixe aux flancs de leurs mon-
tagues ; c'6tait leur gloire dans le pass£, ce sera leur sauvegarde
dans l'avenir. »
De tout temps, cette fid£lit6 k la foi des ancStres a multiple an
sein du Pays Basque ces nombreuses families chr£tiennes ou la
religion est cousid£r£e comme la plus belle part de l'h6ritage pa-
ternal.
Fran$ois-Xavier, notre biros, que vous connaissez dlj&, et dont
le souvenir ne devait pas rester Stranger k nos belles fttes, naquit
k Tun de ces foyers chr6tiens.
Laissons aux Irudits le soin de fouiller encore biblioth&ques et
archives avant d'&ablir dlfinitivement Torigine de ses aieux.
Qu'ils appartiennent k la Navarre espagnole ou franchise, peu
importe. Pour nous, on l'a d£jk dit, il n'y eut jamais de Pyr£n6es,
et nos armes peu vent porter aujourd'hui, avec tout l'lclat de la
v6rit6, cette vieille et ftere devise : Saspiak bat 1 .
Le pere de Fillustre ap6tre des Indes, Jean de Jasso, vint au
monde vers le milieu du quinzieme siecle, dans la maison Sala, de
la paroisse Saint-Saturnin-de-Jassou, aujourd'hui Jaxu, a quelques
kilometres de Saint-Jean-Pied-de-Port 1 .
Seule une vieille chapelle, k peine reconnaissable et de venue
l'lcole du village, indique aujourd'hui l'emplacement de l'antique
manoir, solidement assis non loin de la belle voie romaine qui
conduisait de Lapurdum k Pampelune.
Jean de Jassou, nous dit un de ses excellents biographes s , fut
envoys dans la capitale de la Navarre pour y faire son Education.
II se livra avec ardeur k l'&ude, surtout a celle des lois du pays.
S'il faut en juger par le titre 4 que lui donnerent ses concitoyens et
par les hautes charges qu'iloccupa, il obtint les plus grands succes.
Honore* de la confiance de son souverain, il devint bientdt premier
president du conseil du royaume, et, en cette quality, il assista,
le 10 Janvier i494» au couronnement de Jean d'Albret et de Cathe-
rine de Navarre dans la cathldrale de Pampelune.
Une femme accomplie, Marie, unique heritiere de Martin d'Az-
i. Sept provinces, une race,
a. Basses-Pyrenees.
3. M. Haristoy, le docte curl de Ciboure (Basses-Pyrenees) ; Recherche*
historiques sur le Pays Basque.
4. « El egregio doctor, Juan de Jasso. »
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SAINT FRANCOIS-XAVIER 5ll
picuelta et de Jeanne de Xavier, avait nni sa destined k celle du
noble Navarrais.
Des six enfants que Dieu lenr donna, Xavier, notre heros, devait
illustrer k tout jamais le nom de sa mere. II Tit le jour au chateau
de Xavier, le 7 avril i5o6\ CSette demeure seigneuriale qui se trouve
aux pieds des Pyrenees, k sept ou huit lieues de Pampelune, appar-
tenait depuis deux cent cinquante ans k la maison de Xavier. Ses
aleux maternels l'avaient obtenue du roi Thibaudl er , en recompense
des services signaler qu'ils avaient rendus k la couronne de Na-
varre.
Au milieu d'une nature merveilleuse de ftcondite et de fraleheur,
sous les regards de parents vigilants et pieux, Francois grandit,
caresse* par les influences salutaires de la belle nature et environne*
de la tendresse 6clair£e des siens. « II avait le corps robuste, nous
dit son historian ; beaucoup d'agr£ment en son e*t£rieur ; surtout
Thumeur gaie, complaisante et propre k se faire aimer 1 . »
Dfes que son esprit fut assez ouvert pour s'interesser aux con-
naissances humaines, son pire, sans nlgliger personnellement son
education, le confia k un de ses parents, aussi celebre par ses
grandes vertus que par sa science profonde. II s'appelait Martin
de Azpicuelta, mais il est plus connu sous le nom de docteur
Navarre*.
(Test probablement sous l'inspiration de ce maltre illustre que
Francois prit le parti d'aller achever ses Itudes k FUniversit^ de
Paris, devenue le rendez-vous de la jeune noblesse d'Espagne,
d'Allemagne et d'ltalie. Elle brillait d'un incomparable 6clat au
moment ou Jean de Jasso donnait k son fib l'autorisation de se
rendre en France.
Le jeune Francois avait dix-huit ans. D'heureuses dispositions,
un esprit penetrant, une mlmoire impeccable, un goftt tres stir, le
portaient vers l'ltude des lettres. II laissa la profession des armes
k ses freres.
Comme notre jeune Francois ne retournera plus en Navarre, sinon
1. Le Pere Bouhours, Vie de S. FrangoiS'Xavier.
a. Charles-Quint, dans plusieurs trails, avait promts de restituer la Na-
varre a son possesseur legitime, Henri II. Mais cet empereur et son ills,
Philippe II, la conservaient toujours, non sans quelques scrupules. S'6tant
adresses au docteur Navarre, qui passait pour un des premiers theologiens
de son temps, celni-ci eut le courage de leur r6pondre que ia conscience et le
devoir les obligeaieat a restituer a son maltre cette province usurpee.
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5l2 UNE PAGE D'HAGIOGRAPHIE BASQUE
pour la traverser en se rendant k Lisbonne, d'oii il gagnera les
Indes, c'est pendant cette periode -de sa vie qu'ii faut placer ses
nombreux voyages aux terres de Jassou. Les Annates de Navarre
nous disent, en effet, que Jean de Jasso prenait souvent le cherain
du pays natal et de la raaison paternelle avec sa famille, mais le
plus souvent avec le jeune Francois. Celui-ci n'oublia jamais une
demeure toute remplie des souvenirs de son enfance et gardienne
peut-etre des cendres de son pere. Les premieres impressions de
la vie ne sont-elles pas les plus durables? Le jour qui suit le jour
s'envole, rapide, avec ses preoccupations et parfois ses surprises,
laissant k peine une legere empreinte sur la trace profonde des
premiers pas dans le chemin de la vie. Francois connut assur£ment
les consequences de la commune loi. Son imagination ardente, aux
jours de sa gloire mondaine, comme a l'heure des rudes et saints
labeurs, dut le reporter souvent aupres de son vieux pere, reste*
fidele au prince legitime et, pour ce motif, retire k Jassou, oil la
mort vint probablement le surprendre ; car, apres l'usurpation de
la Haute-Navarre par Ferdinand le Catholique, et malgre* les solli-
citations de Charles-Quint, son successeur, la plupart des gentils-
hommes basques suivirent la mauvaise fortune de Henri II. lis ne
repasserent plus les Pyrenees.
Sans nul doute les malheurs de son pays aviverentle patriotisme
du jeune Navarrais. Aussi, k peine arrive k Paris, Francois, qui
produit ses titres de noblesse, n'a garde d'oublier celui de Jasso,
dont il est juste meat fier. Desormais, il se fera appeler Francois
de Josse jusqu'aii jour ou, pour repondre k l'appel d'un autre Basque
illustre, Iguace de Loyola, il foulera aux pieds, et pour toujours,
les hochets de la vanite.
Mais Theure de Dieu n'a pas encore sonne pour cette &me eprise
de gloire et r§vantdes succes nouveaux. Pourquoi s'etonner alors
de Tardeur qu'apporte Francois a Tetude de la philosophic ?
En peu de temps, son savoir et sa reputation lui valent, apres
une these brillante, le titre de <x maltre es arts » et une chaire de
sciences au ceiebre college de Beauvais. C'etait en i53i, et Frangois-
Xavier avait vingt-cinq ans.
« En gentilhomme qu'il etait, nous dit un critique distingue *, le
i. M. l'abbe Soubielle, cnr£ de Saint-Jacques de Pan : Origine francaise de
saint Franco! s-Xavier, Revue des questions historiques, 55* livr., n* da
i** juillet 1881 ; travail tres serieux et tres documente que termine une con-
clusion irrefutable.
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SAINT PBANgOIS-XAVIER 5l3
jeune Navarrais voulut, ayant de paraltre dans sa chaire, faire
preuve de noblesse. II s'adressa pour en avoir les moyens a Don
Miguel, son fr&re aln6 ; et l'enquftte se fit avec un soin minutieux.
Les pieces devant servir a une production legale et publique furent
choisies, class£es avec exactitude et v^rifiees avec une rigueur
toute juridique : il y en a m&me qui portent 1' attestation de quel-
ques chanceliers du royaume signant an nom de leurs souverains.
Quelles Itaient done ces pifeces qui devaient 6tablir pour Francois
sa filiation et la noblesse de sa race? Sans doute celles de la
maison de Xavier ou d'Azpicuelta?Non. Elles n'^taient autres que
sa gen£alogie de Basse-Navarre et les titres attestant qu'il descen-
dait de la maison de Jaxu. EnquSte pr£cieuse, dont les documents,
heureusement conserves aux archives de la famille, sont devenus
la source des plus sures et des plus authentiques informations. »
Pendant que Francois enseignait la philosophie au college de
Beauvais, il continuait de demeurer dans celui de Sainte-Barbe, ou
il avait fait ses etudes. (Test la qu'il eut le bonheur de commencer
ses relations avec Pierre Lefebvre, jeune Savoyard, dont les ma-
nures douces et simples captivferent son cceur. Ne faut-il pas
admirer, s'ecrie un illustre orateur *, comment la grace, cette excel-
lente ouvri&re, pr6vient, dispose, ordonne toute chose, rappro-
che les ames a leur insu, les ouvre Tune a l'autre, les touche
r£ciproquement, et les 61feve ensemble dans les voies de la per-
fection ?
Francois et Pierre Lefebvre occupaient au college de Sainte-
Barbe la m£me cellule. L'^tude, les repas, les recreations, tout
leur £tait commun. N'ayant qu'un seul cceur, ils n'avaient qu'une
seule bourse. L'agr£able difference de leur caractfere resserrait
encore les liens de cette etroite amitie. Le gentilhomme de Navarre
etait plus vif et plus hardi ; le paysan de Savoie, plus contenu et
plus mod£r£. Tous deux etudiaient avec le mdme z&le ; mais Tun
se passionnait pour l'honneur, l'autre pour la science ; Tun voulait
briller, l'autre voulait savoir.
Mais voici le maltre qui leur enseignera la vraie science et la
vraie gloire. Ge maltre, nous Tavons deja nomml, e'est Ignace de
Loyola. En peu de temps, il devient Tel&ve, le confident et enfin le
p&re spirituel des deux amis. Ame ardente et gen^reuse, pr6par£e
par la mortification et la retraite aux luttes de la vie et a la con-
i. M" Besson, PanSgyrique du bienheureux Pere Lefebvre.
33
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5l4 TINE PAGE D'HAGIOGRAPHIE BASQUE
qu6te des coeurs, elle n'a plus qu'une ambition, engager la bataille
et triompher pour Dieu.
Le glorieux blessl de Pampelune reraet aux jeunes 6tudiants un
petit livre qu'il a compost dans la caverne de Manr&se. C'est le
livre des Exercices spirituels. Sa lecture remue profondlment le
coeur de Frangois ; la parole de nos saints Livres : « Que sert k
l'homme de gagner l'univers s'il vient k perdre son &me? » decide
sa volont£ 6branl6e et l'entralne k la suite d'Ignace.
D&s cet instant, une lumi&re surnaturelle d6couvre k ses yeux le
n6ant des choses humaines. Ignace, qu'il regarde comme son pere,
parce qu'il a 6t6 son sauveur, n'aura pas de fils plus humble, plus
sounds, plus capable de comprendre les saints 61ans de son z&le
apostolique.
Dans une lettre ou il annonce & son frfere Don Miguel son in£-
branlable resolution, Fran$ois-Xavier parle en ces termes du pere
de son &me : « Non seulement il m'a secouru par lui-m&me et par
ses amis dans les n£cessit£s ou je me suis trouv6, mais ce qui est
plus important, il m'a retir£ des occasions que j'ai eues de con-
tracter amitil avec des gens de mon Age, pleins d'esprit et de poli-
tesse, mais qui cachaient la corruption de leur coeur sous des
dehors agr6ables ; lui seul a rompu des liaisons si dangereuses ou
je m'engageais imprudemment 1 . »
Ge premier 6cueil une fois surmont£, il restait encore k Francois
bien des assauts k soutenir. Au prix de quels sacrifices et de quelle
lutte va-t-il se dlbarrasser de la vaine gloire, son plus dangereux
ennemi ! Mais comme il a appris d'Ignace qu'on ne pent remporter
une victoire complete sur ses passions sans r£primer et mortifier
sa chair, il entreprend de maltriser son corps par des aust£rit£s de
toutes sortes. Encore ici, dans l'exercice de la penitence, Francois-
Xavier nous apparalt avec les quality mattresses de sa race. Qui
ne reconnaltra le Basque, plein d'une courageuse ardeur, dans ce
trait caractlristique raconte par ses historiens? Avant de partir
pour Venise, d'oii, avec Ignace et ses compagnons, il devait gagner
la Palestine, Xavier s'£tait lie les bras et les jambes pour se punir
de je ne sais quelle complaisance qu'il avait 6prouv6e en sautant
et en courant mieux que les jeunes gens de son &ge. « Car il 6tait
habile, dit Bouhours; et de tous les jeux d'6colier, il n'avait guire
aiml que les exercices du corps. » Une operation fort douloureuse
i. Leltres de saint Franeois-Xavier (Pages).
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SAINT PRANgOIS-XAVIER 5l5
fut jug£e n6cessaire pour extraire les liens qui avaient p6n6tr6
profond£ment dans les chairs.
J'espere bien qull ne viendra jamais k Yidte d'un moraliste
quelconque, si 6ciair6 fot-il, de recommander cette pratique de
mortification k nos jeunes s£minaristes et k nos vicaires basques,
si fierement attaches au jeu de balle national, k ce noble desport,
comme disaient nos anc&tres. Au contraire, et c'est le voeu de tons,
qu'ils continuent dans Tint^r^t de leur sant£ et pour 1' amour sacre*
de nos chores traditions, k entretenir leur agility en s'initiant chaque
jour da vantage k tous les secrets du rebot et du blaid s .
Gependant Ignace a fait de nouvelles recrues. A Lefebvre et k
Francois-Xavier viennent s'adjoindre quatre jeunes disciples, dis-
tingu6s et pieux.
Sous la conduite d'un tel chef, ces hommes admirables avancent
k grands pas dans la voie du renoncement et de la saintete\ Outre
les trois voeux d'oblissance, de pauvrete* et de chastete\ ils sea-
gagent au voyage de la Palestine, s'il est possible, ou k celui de
Rome pour demander au Souverain Pontife de servir T^glise au
gr£ de ses d£sirs.
Ge fut le i5 ao&t i534 qu'Ignace et ses compagnons voulureui
sceller dans une communion fraternelle ces engagements sacr6s.
Une chapelle souterraine de Montmartre, oil la pi£t£ des fiddles
croit que saint Denys fut d6capite\ donna asile k ces h6ros ignores
du monde, mais que le regard de Dieu encourageait avec amour.
Ils communierent tous de la main de Pierre Lefebvre, le seul prfitre
de la soci£te\ La Compagnie de J6sus £tait fondee. A peine k son
berceau, elle allait se partager le monde.
L'ann6e suivante, Francois-Xavier, en attendant, k Venise, le
moment favorable pour exlcuter le projet de pelerinage k Jeru-
salem, recoit de son suplrieur l'ordre de se preparer au sacer-
doce. Nulle parole ne pourrait exprimer la ferveur et le recueil-
lement de l'homme de Dieu pendant la retraite de quarante
jours qui pr£c6da sa premiere messe. Redoutant les distractions
de la ville, il se retira sur le mont Felice, k quatre lieues de
Padoue, dans une miserable hutte couverte de chaume et exposed
k tous les vents : il couchait sur la dure, ch&tiait rudement son
corps et ne vivait que d'un peu de pain mendie* dans les environs.
Ainsi pr6pare\ Francois monta pour la premiere fois k l'autel, dans
i. Deux sortes de jeux de paume.
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5l6 UNE PAGE d'hAGIOGRAPHIE BASQUE
l'6glise de Vicence, oil Ignace fit venir tous ses compagnons. De
douces larmes coulferent de tous les yeux pendant cette pieuse c6r6-
monie, tant 6tait vive Taffection mutueUe de ses fibres en religion
et profonde ieur reconnaissance pour le divin Roi da ciel.
Sur ces entrefaites, le roi de Portugal, Jean III, d£sireux d'ini-
planter le r&gne de Dieu dans les immenses domaines que dlcou-
vraient ses h^roiques navigateurs, demanda au Souverain Pontife
quelques missionnaires de la Compagnie de J6sus.< Ignace indiqua
le Pere Frangois-Xavier, qui accepta avec effusion la mission des
Indes. II ne prit que le temps de raccommoder sa robe, d'embrasser
ses confreres et dialler recevoir la benediction du Pape. « Allez,
lui dit Paul III, au nom de Dieu et par l'autorite de son Vicaire.
Ne craignez pas d'etre faible, car Dieu favorise ceux qu'il a
choisis... »
Xavier quitta Rome, le i5 mars i54o, avec l'ambassadeur de Por-
tugal, Mascarenhas. Commeil traversait les # Pyr6n6es, on l'engagea
fortement a alier saluer sa mfere, qu'il ne verrait peut-fitre plus en
ce monde* « A Dieu ne plaise, dit-il, que je renouvelle la tristesse
des premiers adieux ! je me reserve de voir mes parents au ciel. »
Peut-on supposer que ce ne fut pas un cruel sacrifice pour 1$ coeur
aimant dun fils si parfait ?
Framjois-Xavier resta cinq ann£es enti&res dans la capitale du
Portugal. Ses travaux et ses vertus frapp&rent d'admiration le roi
Jean et ses sujets, qui voulurent s'opposer a son depart. Mais
Thomme de Dieu, malgrl leurs larmes et leurs instantes prieres,
s'embarqua pour les Indes le 7 avril i545, sur le vaisseau rafime
qui emportait le gouverneur, Alphonse de Sousa. Deux autres reli-
gieux de sa Compagnie partaient avec lui.
Le voyage dura treize mois, a cause du long s6jour de la flotte
portugaise a Mozambique, sur la cdte occidentale de TAfrique. LA
encore, comme a bord du Saint-Jacques, malgrd la fi&vre qui le
minait, il ne cessa un seul jour d'assister les malades et de prdcher
a tous les sublimes v£rit£s de T^vangile. Enfin, le i3 aoftt i54a,
la flotte abordait a 60a, mcHropole des Indes portugaises, residence
de I'Evfcque et du gouverneur.
Avec quels transports de reconnaissance Frangois-Xavier dut
baiser cette terre b^nie vers laquelle il soupirait depuis si long-
temps ! Douze rois a baptiser, trente royaumes a parcourir, onze
cent mille anies a prfccher, a benir, a civiliser, les Grandes-Indes.
le Japon. TOrient tout entier a faire passer de l'idolatrie au chris-
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SAINT FRANCOIS-XAVIER 5lJ
tianisme, des ombres de l'erreur aux clart^s de la vie 6ternelie,
voil& la mission magnifique qui attendait notre Basque intrepide.
Dix annles suffiront pour achever cette colossale entreprise ; au
prix de quelles souffrances et de quelles fatigues, Dieul seul le
sait !
Je n'essayerai pas de suivre le saiut P&re, comme on l'appelait
d6ja, dans chacune des contr£es ou Tentralnait son zMe admirable.
II faudrait des volumes pour raconter les prodiges accomplis par
sa charity.
Goa, Travancor, sur la c6te de la PGcherie, M&iapour au
royaume de Coromandel, Malacca, les Moluques, visits kplusieurs
reprises par le vaillant Navarrais, con<?oivent la plus haute id6e de
sa vertu et lui t6moignent la plus douce con fiance. II en profite
pour reprimer les scandales et les abus, pour fonder de ntfuvelles
chr6tient£s, pour b&tir des eglises et des hdpitaux. Rien ne peut
FarrGter, rien ne d^courage son ardeur apostolique, ni les intem-
plries des saisons, ni les violentes temp&tes, ni les embuches des
prfctres paiens dont il d6nonce les secretes fourberies.
D6j& l'immense continent paralt trop £troit k son ambition d6-
vorante. II tourne ses regards vers les lies du Japon; et comme on
lui repr£sente les difficulty de Tentreprise et les dangers qui l'at-
tendent : « Je m'ltonne, r6pond-il, que vous vouliez m'emp&cher
d'aller, pour le bien des Ames, ou vous allez vous-ni£me pour un
peu de profit temporel... Je ne puis soufFrir que les marchands
aient plus de courage que les missionnaires. »
Le jour de l'Assomption, le i5 aout de l'annle i549, Fran$ois-
Xavier arrivait au Japon 1 . Au moment ou TEurope entiere a les
yeux fix£s sur ce vieil empire, rajeuni par son entree dans la voie
des conqugtes et de la civilisation moderne, il est int£ressant de
connaltre de la bouche m£me de notre glorieux compatriote l'ltat
de ce peuple, appel6 des lors par ses qualitls natives & de hautes
destinies.
« Je crois, ^crit-il, qu'il n'existe pas de nation sup£rieure aux
Japonais pour l'excellence du nature]. Leur esprit est vif et plein
d'ouverture ; ils sont tr6s avides de distinctions et de dignit6s et
pr^ferent l'honneur a tons les autres biens. La plupart sont pau-
vres, mais la pauvret6 n'est un d£shonneur pour personne ; les
i. II dlbarqua a Cangozima (vers le 3o* lat. Nord), ville capita le et port
da royaame japonais de Saxoma.
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5l8 UNE PAGE d'hAGIOGRAPHIE BASQUE
nobles sans fortune ne jonissent pas (Tune moindre consideration
vis-fc-vis dn public que s'ils 6taient dans l'opulence ; et le noble le
plus pauvre et le plus d£pourvu ne consentirait, k aucun titre, k
s'allier au riche sans naissance... Les armes leur plaisent au plus
haut point, et chacun met dans ses armes sa principale assurance.
Les seigneurs, comme les gens du peuple, sont toujours arm£s du
cimeterre et du poignard, m&me les enfants de quatorze ans... lis
sont sobres et mod£r£s dans les aliments, mais il n'en est pas de
m£me pour l'usage du via, qui s'exprime du riz ; il n'en existe pas
d*autre dans le pays. lis ont horreur des jeux de hasard comme de
la chose la plus honteuse, parce que les joueurs se passionnent
pour le bien d'autrui et que l'amour du gain conduit souvent k la
passion du vol. La plupart d'entre eux connaissent l'6criture, ce
qui pent nous 6tre d'un grand secours pour leur enseigner les for-
mules des priferes et leur donner l'intelligence des articles de la
religion. lis n'ont qu'une seule Spouse. II existe peu de voleurs
parmi eux, k cause de Fexcessive rigueur des peines inflig£es au
vol, tous les coupables 6tant mis k mort. Toute nature de larcin
est reputee abominable... Les Japonais sont merveilleusement dis-
poses pour tout ce qui est bien et tr&s dlsireux de s'instruire 1 . »
Vous le savez, Favenir a donne raison a saint Frangois-Xavier.
Le succ&s de Fran$ois-Xavier au Japon fut immense. Pendant
que les peuples se convertissaient en masse, les princes et les rois,
fortement 6branl6s, faisaient publier des ^dits pour la r£forme des
moeurs et la propagation de la religion chrltienne. Mais les bonzes
mirent tout en ceuvre pour arrGter ses progr^s et le rendre odieux ;
ils essay&rent de persuader au peuple que l'abandon de ses vieiUes
croyances attirerait sur le pays des calamity sans nombre. Le
peuple, nlanmoins, d6m£la sans peine les motifs de cette guerre,
fidifie par la vie p6nitente de Xavier, il nlgligea les clameurs des
pr&tres idoldtres.
De son cdt£, le saint missionnaire ne pouvait cacher sa joie k la
vue des succ&s de son minist&re. II £crivait k ses frfcres d'Europe :
« Quoique je sois d6\k tout blanc, je suis plus vigoureux et plus
robuste que jamais : car les fatigues qu'on endure en cultivant une
nation raisonnable, qui aime la \6vii6 et desire son propre salut,
donnent beaucoup de joie. Pendant toute ma vie, je n'ai jamais
goute autant de consolations \ »
i. Lettrea de saint Francois-Xavier, t. II, i, 149.
a. Ibid., vn.
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SAINT FRANgOIS-XAVlER 5l9
Le bonheur de Francois-Xavier eftt 6U sans melange si, par un
attachement excessif a ses idees, Tun de ses confix res, laissl a
Goa, n'avait trouble la communaute* de cette ville, et particuliere-
ment le college de Saint-Paul. Ges divisions interieures le decide-
rent a hater son retour. Le 20 novembre i55i, lapotre infatigable
qnittait le Japon avec, deja, le secret projet de p£n£trer dans ce
yaste empire de Chine, ferm£ depuis des siecles aux hommes de
TOccident.
En effet, des que les affaires de la Compagnie furent r£gl£es,
Francois exposa a ses confreres les d£sirs de son ame ; et, a limi-
tation de notre Sauveur dans ses derniers entretiens avec les dis-
ciples, il les consola par des lecons plus intimes, par des exem-
ples plus touchants et des miracles plus sensibles et plus prodi-
gieux.
On devine qu'il a le pressentiment de sa fin prochaine ; aussi
recommande-t-il instamment aux religieux de la Compagnie la
perseverance dans leur vocation, l'amour de Tinstitut, la prompte
ob6issance d'action, de volonte\ d'intelligence, en un mot toutes les
vertus qui distinguent le vrai fils de saint Ignace.
Nombreuses sont les difficulty's qui Tattendent; mais, malgre*
tons les obstacles, Xavier veut mettre son projet a execution. Le
gouverneur de Malacca, jaloux de n 'avoir pas la direction de
l'ambassade de Chine, oblige le navire qui emporte notre Saint a
faire voile vers File de Sancian. Ge n'est pas la route directe, mais
Xavier se console a la pens6e qu'il se rapproche quand m6me du
but de ses d£sirs.
Dieu l'attendait dans cette lie lointaine pour r£compenser ses
travaux et ses vertus. Francois avait fait assez pour sa gloire. Le
20 novembre i55a, une fievre intense qui ne le quitta plus s'empara
de son pauvre corps, amaigri par les fatigues et les privations.
Gomme le mouvement du navire lui causait des maux de tdte vio-
lents qui empechaient son union avec Dieu, il se fit descendre a
terre. C'est la, dans une pauvre cabane ouverte de toutes parts, en
face des cotes de la Chine, qu'il expira doucement, le 2 d£cembre
i55a. II avait quarante-six ans.
Bientot d'6tonnants prodiges s'opererent aupres de sa d£pouille
mortelle : sa parfaite conservation, d'innombrables miracles, pro-
clamerent bien haut la sainted de l'illustre missionnaire. La
science humaine et la critique la plus jalouse resterent confondues;
et, tandis que les reprtsentants les plus autoris^s des e*glises
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520 UNE PAGE D'HAGIOGRAPHIE BASQUE
dissidentes l m&laient leurs t£moignages d T admiration a ceux des
catholiques fervents, TEglise inscrivait Fran$ois-Xavier an cata-
logue des Saints, soixante-dix ans apres sa mort.
Mais inimldiatement apr&s son bienheureux tr£pas, la voix des
peuples, devan$ant la decision du Souverain Pontife, avait pro-
clam£ les vertus h£ro'iques de celui qui, par la croix du Christ J6-
sus, leur avait donn£ an avant-gout de la civilisation et du vrai
bonheur.
Le i5 mars i554, le corps de saint Fran$ois-Xavier est port6 en
triomphe a Goa. Les multitudes accourent de toutes parts ; et le
s6pulcre glorieux ou reposent ces restes v6n6r6s devient une source
feconde de graces pr^cieuses et de bienfaits signals. Le culte du
saint apGtre gagne bientdt les contr^es voisines pour se rlpandre
en pen de temps dans la terre entiere. Les cotes qu'il a 6vang6li-
s6es, les mondes qu'il a visits, les lies qu'il a arros6es de ses
sueurs, le Grand-Mogol lui-mgme, envoient des repr£sentants au-
pr&s de ce corps v6n6rable que respecte la corruption.
Que fait la vieille Europe en presence du pieux enthousiasme de
rExtrGme-Orient ? Elle unira sa voix a ce concert unanime de
reconnaissance et d'admiration. On ne peut imaginer avec quelle
Itonnante rapidite la devotion publique multiplie les autels et les
images de notre Saint. Les villes le prennent pour leur protecteur
et leur patron. Des temples magnifiques lui sont d6di£s. Les Sou-
verains Pontifes enrichissent de faveurs spirituelles les pratiques
de pi6t6 en son honneur*. Des presents magnifiques affluent a son
tombeau. Enfin un Bref pontifical du i3 avril 1637 donne pour pa-
tron a la Navarre le plus illustre de ses enfants.
Tandis qu'on transformait en un pieux sanctuaire la chambre ou
il naquit an chateau de Xavier, la maison de Jaxu et la petite cha-
pelle qui rappelait le s&jour de notre Saint dans la demeure sei-
gneuriale devinrent un lieu de p^lerinage c61&bre. La fureur des
h6r£tiques de B6arn, excites par Jeanne d'Albret, eut beau entas-
ser dans ce pays ruines sur ruines, elle n'arrSta point l'elan de
pi6t6 de ces chr^tiennes populations. Le souvenir de Tapdtre des
1. Baldeus, Hist, des Indes. — Haklvit, Navigations de la nation an-
glaise.
2. II faut citer en premier lieu la neuvaine de graces, da 4 au ia mars, jour
anniversaire de la canonisation de saint francois-Xavier(i6aa). Des la fin du
dix-septieme siecle, cette devotion est pratiquee en Espagne, en Portugal, en
France, en Italie, en Allemagne, en Pologne et jusqu'au Nouveau-Monde.
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SAINT FRANgOIS-XAVIER 5a I
Indes resta vivant dans le pay 9. « On vit souvent, nous dit l'au-
teur des Annates de Navarre \ de grands perso images, commeles
£v£ques de Dax, de Bayonne et d'autres illustres seigneurs, faire
k pied plusieurs lieues pour venir v6n6rer ces murs d'oii saint
Francois-Xavier tirait son origine et od il avait passe* une partie
de son enfance. »
Apres la tourmente r6volutionnaire, nialgre* le passage dun
prdtre assermente* a la cure de Jaxu, les populations basques furent
fideles k la m6moire de leur glorieux patron. Si ce n'ltaient plus
les belles manifestations publiques des Ages passes, le culte du
souvenir ne s'affaiblit jamais. N'est-ce pas en notre siecle, plus
qu'en tout autre, que le nom et les exemples de saint Francois
Xavier susciterent cet enthousiasme sublime qui emporte chaque
ann£e loin de notre pays ces jeunes et vaillants missionnaires,
avides des m6mes sacrifices et des monies succes ?
Depuis plus de vingt ans, un prGtre selon le cceur de Dieu * s'ap-
plique avec un zele infatigable k faire revivre le culte de saint
Frangois-Xavier dans la paroisse de Jaxu. Soutenu par les encou-
ragements des iWSques de Bayonne et la sympathie de ses confre-
res, il a su attirer de nouveau les populations chr£tiennes de la
Navarre vers ce coin de terre privil6gie\ Dieu a recompense" ses
efforts, et le pelerinage de Jaxu est restaur^. Deja, en 1887, M^ Du-
cellier venait lui-m£me offrir k la petite 6glise du village une
riche statue de saint Franc.ois-Xavier et consacrait son autel. Se
faisant l'lcho de la tradition et de la pi6te* de ses auditeurs, le v6-
ne*rable prelat disait : « Nos ancStres Tont vu parmi eux ; tout en-
fant il a foule* votre terre et il est venu, sans aucun doute, prier
avec son pere dans votre vieille 6glise : vous Stes les compatriotes
d'un Saint. Un mfime sang coule dans vos veines ; la nationality,
c'est bien, mais quelque chose de plus intime vous unit a. lui ; il
est un lien sacre\ une plus noble et plus haute alliance, celle-ia
vous ne Favez jamais bris^e, et ce pays ne la brisera jamais : la foi
est son tr6sor, l'ob£issance a Dieu son besoin et son bonheur 3 . »
Depuis lors surtout, chaque ann6e, k la cldture de la neuvaine
de graces en Fhonneur de saint Fran<?ois-Xavier, le 12 mars, tous
les sentiers de la montagne, tous les chemins des environs, ver-
1. Le Pere d'Aleron, t. V, 1. xxxv.
a. M. Seleri, cur6 actuel de Jaxu.
3. Bulletin cath. du diocese de Bayonne, 29 mai 18
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5m UNE PAGE D'HAGIOGRAPHIE BASQUE
sent dans le petit vallon de Jaxu des caravanes de pieux pelerins.
A pareil jour, il n'y a pas bien longtemps 1 , un bon religieux,
appel£ k prendre la parole devant tin immense auditoire, s'£criait
avec un air de bonhomie qui ne manquait pas de finesse et d'fc-pro-
pos : « Mon Dieu, donnez & M. le cur6 de Jaxu un temple plus
grand qui lui permette de mieux honorer son Saint et de recevoir
plus commod6ment la foule des pelerins. » (Test aussi la pri&re que
nous adressons tous k Dieu en ce moment, n'est-il pas vrai?
Quand aurons-nous le bonheur d'aller dans notre sanctuaire natio-
nal demander & saint Fran$ois-Xavier de garder au coeur de ses
compatriotes cette religion qui rend les peuples forts et ces vertus
chr&iennes qui font des Saints ? Sans doute l'entreprise est consi-
derable et demandera beaucoup de temps et beaucoup d'argent. Le
temps, Dieu l'accordera k M. le cur^ de Jaxu. L'argent, les Basques
le donneront voiontiers pour une oeuvre si belle.
R. P. Etchebarne.
i. ia mars 18
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.1
IX
LE MAREGHAL HARISPE
M. ALBERT DDTET-HARISPE
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LE MARfiCHAL HARISPE
PAR
M. ALBERT DUTEY-HARISPE
Messieurs,
Je n'ai pas la pretention de vous presenter une biographie
complete du marlchal Harispe. Ge n'est pas seulement le
temps qui me manquerait, c'est surtout la competence en matiere
militaire.
Je me propose d'etudier en Harispe le Basque, ses attaches au
pays natal, le role qu'il y a joue\ Tamour qu'il lui a porte\ 11 me
semble par Ik me conformer au programme trace* k vos conf&ren-
ciers en ces reunions destinies k mettre en lumiere les titres
d'honneur de notre petite patrie.
Jean-Isidore Harispe etait Basque. Son nom Tindique. II signifie,
en notre langue euskarienne, au pied du chSne. Si loin que m'aient
permis de remonter dans le passe* nos archives communales, je
ne lui ai trouve" que des ancGtres basques. Malheureusement, ces
archives sont bien incompletes ; elles s'arrfttent au dix-septieme
siecle 1 . Ses grand-meres, dont j'ai pu retrouver la trace, avaient
nom Officialdeguy, Sarry, Oxalde. Sa mere etait une Harismendy.
Les deux dernieres, sur lesquelles j'ai 6X6 k m£me de recueillir
quelques details, £taient des femmes de rare intelligence et de
i. La maison Harispia d'Ascarat, d'ou est issue notre famille, porte sur
le linteau de sa porte d'entree le millesime de 1687.
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&;
LE MAR EG UAL HARISPE
remarquable Inergie. (Test en partie d*elles sans doute que leur
petit-fils et fils tint cette force de volontl qui lui permit d'exercer
un si grand ascendant snr tons ceux qui l'entouraient.
Lefotnr inarlchal naquit a Baigorry en d^cembre 1768. Son grand-
pfcre, Charles Harismendy, £tait syndic de la valine et, en cette
quality, soutint un long proc&s contre les seigneurs d'Echaux qui
pr&endaient au titre de vicomtes de Baigorry. Cette qualification
blessait la fiert6 des Basques d'alentour qui n'entendaient Stre les
yassaux de personne. Harismendy prit leur cause en main et finit
par obtenir du Parlement un arr£t qui leur donna raison. De la
une rivalite ardente entre les deux families. Leur querelle ne fut
pas sans rappeler celle, jadis calibre, des Capulet et des Montaigu;
car, quelques ann£es apr&s la Revolution, le petit-fils du syndic,
devenu le brillant chef de brigade des Chasseurs basques, Ipousait,
apr&s mille p6rip£ties, la belle Marguerite, hlritifere des d'Echaux.
Dans sa premi&re jeunesse, Harispe ne songeait gufere a la
gloire des armes. Comme son pfere, comme son grand-pfere, il se
destinait au commerce. Ses heures de loisir, il les consacrait a la
chasse, pour laquelle il avait une vive passion. (Test ce qui lui
permit de connaltre tous les sentiers et d£fil£s des montagnes
avoisinant Baigorry.
Mais, en 17912, TEurope semble vouloir se liguer contre la France*
La patrie est declare en danger. De tous cdt6s des legions surgis-
sent de notre sol. Aux menaces de l'Espagne, qui a groups sur nos
fronti&res des forces importantes, Narbonne, notre ministre de la
guerre, repond en ordonnant la creation d'une arm6e du Midi.
Elle s'organise au prix d'eflbrts prodigieux qui attestent, non
seulement le patriotisme ardent des troupes, mais celui des popu-
lations elles-mgmes. Les Basques ne sont pas des derniers a se
lever. Bien avant l'ouverture des hostility, ils se grqupent en
compagnies franches, compos^es d'hommes robustes et agiles dont
le courage naturel et l'habitude de lamontagne ne pouvaient man-
quer de faire de pr^cieux auxiliaires. Vers la fin de d6cembre 17929
quatre de ces compagnies occupent les environs de Saint-Jean-
Pied-de-Port. Elles sont commandoes par Harispe, Iriart, Lassalle
et Berindoague, qu'elles out £lus pour capitaines 1 . De nouveaux
1. Les quatre freres de Harispe s'engagerent a sa suite dans les Chasseurs
basques. Le dernier, Pierre, ag6 de quinze ans, debuta comme tambour. II
devint capitaine, aide de camp de son frere, et mourut pendant la eampagne
d'Espagne, en 1812.
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LE MARECHAL HARI8PE &WJ
groupes ne tardent pas a se former a la voix de d'Etchas et de
Fargues. Au mois de septembre 1793, ils sont au nombre de dix,
avec un effectif d'environ 1800 hommes.
Au d6but de la guerre, les habitudes traditiounelles d'ind^pen-
dance de ces montaguards les rendaient peu susceptibles dune disci-
pline r6guliere. (Test surtout comme partisans qu'ils furent
employes dans les premieres rencontres. II en fut de brillantes.
Le col d'Isplguy, les crates d'Orisson, les Aldudes, le rocher
d'Arrola virent de beaux faits d'armes.
Tons les documents officiels s'accordent pour dire l'ascendant
extraordinaire qu'Harispe acquit aussitdt sur ses compatriotes
par sa bravoure, son sang-froid, son coup d'oeil ; il les 61ectrisait
et leur faisait accomplir des prodiges.
Voici comment les Fastes de la Legion (Thonneur * racontent le
premier combat auquel il prit part :
« Le jeune capitaine Harispe se distinguait le 3 juin 1793 k l'af-
faire de Baigorry, oil le commandant Mauco, frapp£ d'une balle qui
lui sillonnait le front, s'6criait en tombant : « Ce n'est rien, mes
« amis ; mais songez k me venger. » A ces mots le courage des
troupes se change en fureur. Harispe est bientdt maltre du rocher
d'Arrola, qui s'616ve entre Baigorry et Saint-Jean-Pied-de-Port...
Le lendemain, 3ooo Espagnols gravirent au point du jour la mon-
tagne et cern&rent, en poussant des cris de fureur, ce nid d'aigles
oil pas un homme n'apparalt ; mais, d&s qu'essouffl6s par leur course
rapide, ils en atteignent le couronnement, une grSle de balles pleut
sur eux; a toutes les crates se dressent des Baigorriens qui
triomphent aiseinent d'un ennemi ext£nu6 de fatigue.
« Au milieu du jour, les Espagnols retournent a la charge, mais
ils arrivent en desordre et viennent encore 6puiser leur fureur
contre ces pierres d'ou part un feu terrible. Une troisi&me fois, ils
essaient l'attaque, et elle ne r&issit pas mieux que les deux pre-
mieres. CulbutSs derechef et poursuivis jusqu'au bord de la
montagne par les Baigorriens, ils virent avec douleur ceux-ci
ramener prisonniers 5oo hommes, c'est-a-dire plus que leur effec-
tif. »
Quelque cinquante ans plus tard, des fengtres de son modeste
chateau de Lacarre, le vieux marshal de France aimait a regarder,
sur le flanc de la montagne d'Adarga, l'anias de rochers, veritable
1. T. Ill, ann£e 1844.
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5*28 LE MARECHAL HARISPE
forteresse naturelle, oil, jeune capitaine, il avait regu le baptftme
du feu.
A la fin de la campagne de 1793, une nouvelle organisation est
donn£e a Tarm^e. Les compagnies franches et notamment les
Chasseurs basques sont group£s en bataillons. Les acclamations
de ses coinpatriotes appellent Harispe au commandement du
n e bataillon basque, form£ des volontaires de Baigorry et de la
Fonderie.
Quelque temps aprfes, le g£n£ral en chef nommait adjudant-g£-
n£rai le nouveau commandant. A cette occasion, les hommes
places sous ses ordres adress&rent a l'autorite sup£rieure la lettre
suivante. Elle m*a paru intlressante : elle est en eflfet bien caracte-
ristique de l^poque oil elle fut ecrite, et marque a quel point Ha-
rispe avait su se faire aimer de ses soldats tout en s'en faisant
ob£ir mieux que personne :
« General, Notre commandant vient de nous apprendre le grade
auquel le Comity de Salut public l'a promu. Ses services ont m6rit£
cette recompense; mais le bien du service y gagnera-t-il? Nous
allons te soumettre, g£n£ral, nos observations la-dessus.
« C*est au citoyen Harispe que nous devons en grande partie d'avoir
pu Gtre utiles a notre patrie. 11 inocula T6nergie de son patriotisme
a toute la jeunesse de ce canton qui se leva tout entiere pour
defendre sa patrie et ses foyers ; il nous a depuis lors toujours
conduits par le sentier de l'honneur a la victoire.
« Le Basque, qui jusqu'alors n' avait point l*id6e du metier des
armes, devint soldat a limitation de son chef. II avait plus de con-
naissances que nous tous. Ses moments de loisir etaient consacres
a nous les communiquer. II s'est fait aimer de nous, nous le regar-
dons tous plutdt commo notre p£re que comme notre chef; et nous
le perdrions !
« Oui, nous ferions le sacrifice sans nulle reclamation, s'il pouvait
fitre remplac^ ; mais tu connais aussi bien que nous, g£n£ral, qu'il
ne peut YMve. II a des talents, il connatt les locality, il est du
pays. Le Basque, naturellement m6fiant, donne diflicilement sa
confiance ; il a la n6tre, il Ta tout entifere. Tu nous as vus marcher
sur ses pas ; nous ne doutions de rien, et cependant, a Touverture
d'une campagne, nous sommes menaces de ne plus l'avoir a notre
tSte.
« Jaloux de son devoir, notre commandant n'a pu 6couter nos tr&s
justes reclamations ; il est pr&t a aller a son nouveau poste. II a
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. LE MAREGIIAL HARISPE 5^9
n£annioins c£d6 a nos instances, lorsque nous lui avons dit que
nous all ions implorer ton appui auprfes du g£n£ral en chef et aupr&s
des repr6sentants du peuple pour qu'il soit uiaintenu commandant
de notre bataillon. »
La supplique fut agre^e. Harispe resta a la tfite de ses Baigor-
riens.
Dans la campagne qui s'ouvre, il prend part a plusieurs affaires.
Au col d'Arrieta, il s empare dune redoute ennemie et ram&ne
47 prisonniers. Le chef de brigade, dans son rapport au general de
division, declare que la conduite de nos braves Chasseurs a 6t6
au-dessus de tout eloge.
Le 7 florlai (27 avril 94), les Espagnols prennent Inoffensive et
abordent notre frontifere sur trois points *. Ba'igorry est menace par
une forte colonne comprenant une legion d'emigr^s. L'attaque est
furieuse, nos troupes sont un moment ebranl6es, elles reculent et
du camp d'lramehaca vont se reformer autour du rocher d'Arrola.
L'ennemi les y poursuit. Nos soldats, voyant son nombre croltre
sans cesse, sont sur le point d'abandonner leur nouvelle position.
Mais le commandant Harispe arrive au pas de course avec 4oo de
ses braves ; il tourne les Espagnols, les prend a revers et fond sur
eux aux cris r£p6t6s de : Ba'igorry ! Ba'igorry ! Saisis par l'imp^tuo-
sit6 du choc, sentant leur ligne de retraite menac6e, les assail-
lants hesitent, reculent et bientdt se retirent en d^sordre. Les
£inigr£s laisserent 80 de leurs morts sur le champ de bataille;
1 5 furent faits prisonniers. Ces malheureux furent le lendemain
dirig^s sur Bayonne pour y tHre guillotines.
Lc general en chef, pour r£sumer les 61oges qu'il adresse aux
Chasseurs basques, £crit : « La conduite des Baigorriens a 616 admi.
rable. »
A peu de temps de la, notre arm£e prend a son tour l'offensive.
Elle s apprete a p6n6trer en Espagne par la valine de Baztan. Pour
cela, il lui faut s emparer des cols de Maya, Isp£guy et Berdaritz.
Harispe et son bataillon sont dans la colonne de gauche, qui a pour
objectif les Aldudes et Berdaritz.
Le a5 prairial (3 juin 1794)* la lutte s'engage sur toute la ligne.
700 Chasseurs basques, qui viennent de faire quatorze heures de
1. Les pages suivantes ne sont guere que le resume du livre du capita ine
Labouche : Harispe et les Chasseurs basques. Je me suis cru autorise a ces
emprunls, le travail du capitaine ayant en grande partie 616 fait a Taide des
documents recueillis par moi au ministere de la guerre.
34
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" /
53o LE MARECHAL HARISPE .
marche a travers la niontagne sans vouloir prendre un moment
de repos, gravissent les flancs d'Urisca. lis ont a leur t£te le g6n6-
ral La Victoire, r6cemment promu a ce grade et auquel les repr^sen-
tants du peuple ont enjoint sous peine de mort d'enlever la redoule
qu'il a devant lui. Mais des la premiere decharge, La Victoire tombe
gravement blesse. Harispe prend sa place, retablit parmi ses
ho in me s l'ordre quelque peu ebranle* et, malgre* les balles et la
mitraille que vomit sur eux le fortin espagnol, il franchit a la t6te
de ses chasseurs le fosse\ escalade les palissades, p^netre dans
i'enceinte et assure ainsi le succes de la journ^e.
II est promu sur le champ de bataille chef de brigade. En rati-
fiant, quelques jours apres, cette nomination, la Convention Natio-
nale dcrivait aux repr£sentants par la main de Carnot : « Nous
avons vu avec grande satisfaction T61oge merits que vous donnez
ja la brave arm£e des Pyr^nees-Occidentales et en particulier au
eune Ha rispe et au general La Victoire. »
Le 1 3 juin, la demi-brigade basque eta it constitute et placed sous
les ordres dn chef qui lui etait tout naturellement designe* et en qui
se persoimi fia it si bien la vaillance de ses soldats.
Le nouveau corps ne tarda pas a se distinguer. Le general Mon-
cey, qui en toutes circonstances se montra l'ami devout de nos
compatriotes, venait de prendre le commandement de la division
de Saint-Jean-Pied-de-Port.
Ayant r£solu d'enlever un camp, dit des 6migr6s, que les Espa-
gnols avaient etabli sur la niontagne d'Arguinzu, a Tentr^e du
Baztan, il assigne un rdie important aux Chasseurs basques. Ceux-ci
doivent assaillir de front la position, tandis qu'une autre colonne
la tournerait et couperait toute retraite a Tennemi. Les Basques
remplissent bravement leur tache, escaladent la niontagne sous un
feu violent, penetrent dans le camp et fondent sur ses defensenrs;
ces derniers, s'apercevantace moment qu ils vont Stre enveloppSs,
se retirent precipitamment. Par malheur, la seconde colonne fran-
caise a etc* un peu retardee par les diflicultes du chemin, elle ne
peut parvenir a fermer completement le cercie, et une partie des
adversaires s'6chappe. Mais ils laissent entre nos mains, avec de
nombreux prisonniers, dont 49 emigres, leurs tentes, leur caisse
et tous les bagages de leurs officicrs.
Cette journ^e du 22 messidor (10 juiliet) nous ouvrait d^finitive-
ment les portes du Baztan. Dans son rapport le g£n£ral disait :
« Harispe, par ses connaissances locales, sa bravoure et son intel-
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LE MAREGHAL HARISPE 53 1
ligence, nous a parfaitement servis dans les dispositions et dans
1' execution. »
L'arme*e francaise pen^tra en Espagne par trois points : la haute
Bidassoa, Vera et Iran. La division Moncey form ait la gauche.
Sans entrer dans le detail, je puis dire que les Chasseurs basques
prirent une part brillante a l'invasion duGuipuzcoa. La campagne
aboutit a la prise dlrun, Fontarabie, Passages et Saint-S£bastien.
Le 29 thermidor, la Convention Nationale d£cr6tait que l'arm£e des
Pyr6ne>s-Occidentales avait bien merits de la patrie.
En fructidor, Moncey fut investi du cominandement en chef de
cette ann^e et s'appr£ta a completer l'ceuvre de son pre*d6cesseur.
II avait rSsolu d'enlever les forces espagnoles concentres dans la
valine de Roncevaux, esperant provoquer ainsi la reddition de
Pampelune. Ses dispositions furent habilement prises. Nos forces
devaient, de Santesteban et d'Elizondo, de Saint-Jean-Pied-de-
Port et de Tardets, converger vers Burguete et envelopper l'ennemi.
Les Basques formaient l'avant-garde d'une coionne de m.ooo hom-
ines, qualified coionne infernale a cause de Texcellence des troupes
qui la composaient, et qui devait jouer le principal rOle. Elle £tait
commandee par le g£ne>al Delaborde. Cette coionne rencontra
Tadversaire sur les hauteurs d'Eugui et de Viscarret, et, apres une
lutte acharn6e, le refoula, lui tuant 5 a 600 hommes et lui faisant
1200 prisonniers. Mais Delaborde eut le tort grave de s'arrGter a
Viscarret pour laisser reposer ses troupes, malgre* les instances de
Harispe et sans doute de quelques autres dc ses lieutenants, qui le
suppliaient de poursuivre ses avantages et d'occuper au plus t6t
Burguete, seule ligne de retraite pour les Espagnols*. Sans cette
faute, ces derniers £taient enfermes dans un cercie de feu oi\ ils
auraient 6te contraintsdemettre bas les arnies. Le retard de Dela-
borde leur permit d'^chapper.
Pour sauver la t£te de son subordonnl, Moncey, dans son rap-
port au Comity de Salut public, eut la g6ne>osit6 de mettre son
£chec sur le coinpte des difficult^ mate>ielles de Tentreprise et
surtout du mauvais temps. N6anmoins les Espagnols avaient perdu
q ou 3ooo hommes, 5o canons eta drapeaux. Les fonderies d'Eugui
et d'Orbaiceta furent d^truites.
L'hiver 1794-95 fut des plus rigoureux et les troupes eurent
1. Ceci r£sulte pour Harispe d'un certificat a lui delivre par Moncey et qui
est entre mes mains.
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532 LE MARECHAL HARISPE
beaucoup a souffrir du froid, de la faim et des maladies. Dans la
presque impossibility d'agir uti lenient, Moncey r£solut de battre
en retraite ; niais les representants du peuple s'y opposerent for-
mellement et ordonnerent la reprise des hostilites. Le 4 frimaire
(a5 novembre 1794)* la division Marbot attaque les Espagnols.
Apres un succes sur sa droite, elle eprouve un 6chec sur sa gauche
par deTaut de munitions et doit reculer jusque sur les hauteurs
d'Ostiz. Mais le lendemain matin, le general Castelvert, a la t&te
de deux bataillons, dont le a bataillon basque, aecourt a son
aide. Harispe tourne la position des ennemis, tombe a l'improviste
sur ieurs derrieres et, par une attaque violente, jette la panique
dans leurs rangs. lis s'enfuicnt laissant iooo tu6s ou blesses sur
le champ de bataille, et ne s'arr£tent que sous les murs de Pam-
pelune. Castelvert 6crivait le m^me jour a son lieutenant : « Je
suis 01 position avec un bataillon de grenadiers et nous t'aurions
secouru au cas de besoin ; mais tu as su te passer de nous et rem-
porter une victoire flatteuse sur les satellites. Recois-en mon
compliment et ceux de mes freres d'armes. »
Gependant le Comite" de Salut public venait de donner raison a
Moncey et d'approuver son projet de retraite. Elle s'eflectua en bon
ordre. Les Chasseurs basques rentrerent a Baigorry.
La reprise des operations, en 1795, fut retarded par une cruelle
£pid£mie qui d^ciina notre armee. On n'estima pas a moins de
3o.ooo le nombre des victimes qui succomberent. C'est a la fin de
juin seulement que nos troupes se mirent en mouvement.
Le 18 messidor (6 juiilet), eut lieu la bataille d'Irurzun, qui slpara
Taile gauche de laile droite espagnole et aurait permis k Moncey
de poursuivre le g6ne>al Crespo et d'obtenir d'importants avan-
tages. Dans cette journee, les Chasseurs basques eurent a soutenir,
dans le village d'Aizcorbe, enleve par eux, le principal effort de
l'ennemi. lis y deploy erent comme d' ordinaire la plus eclatante
bravoure.
Peu de jours apres, etait signee la paix de Bale, qui mit fin a la
guerre avec l'Espagne. Nos Chasseurs recurent Pordre de rentier en
France, oiiilsfurent cantonn^s autour de Saint-Jean-Pied-de-Port.
On trouvera peut-elreque je me suis longuement etendu sur cette
partie de la carriere de Harispe. Mon excuse, c'est qu'elle in'a paru
non moins honorable pour ses soldats que pour lui-me'me. Le Pays
Basque a le droit d'etre fier des deTenseurs que, en ces circons-
tances critiques, il a donnes a la France.
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LE MARECHAL HAH1SPE 533
J'abrlgerai d£sormais.
Harispe resta a la tSte de ses compatriotes jusqu'a l'e*poque 011,
par me sure g£nerale, les corps francs furent versus dans l'armee
de ligne. Les Chasseurs basques furent incorpores dans les i5* ct
17° demi -brigades lege res (prairial an 9).
Attache* provisoirement a l'^tat-major du g£ne>al Moncey, il fut,
le 28 florlai an io,nomm^ au commandement de la i6 e lege re. II en
fit un des plus beaux regiments de France. C'est a sa tele qu'il prit
part a la bataille d'I6na (14 octobre 1806). Charge* par l'empereur
d'enlever des hauteurs regard£es comrae inexpugnables, il accomplit
sa tache, mais fut gravement biesse* et porte* comrae mort sur les
etats de l'armee. La nouvelle de la fin glorieuse du brave Baigor-
rien produisit dans le Pays Basque une Amotion extreme. Un ser-
vice solennel fut c616bre a son intention dans sa paroisse natale,
et de tous cot6s ses anciens compagnons d'armes accoururent pour
y assister. Mais Harispe se relablit et sa nomination comme gene-
ral de brigade le d6dommagea d'avoir He remplace* a la t£te de son
regiment (29 Janvier 1807).
C'est avec ce nouveau grade qu'il prit part, dans le corps du
marechal Lannes, a la bataille de Heilsberg (10 juin) et de Fried-
land (14 juin).
Vers la fin de l'ann^e, Moncey, nomine au commandement du
Corps d'observation des cdtes de l'Oc£an, demandait Harispe, pour
lequel il avait depuis longtemps une grande estime et une sincere
ami tie, comme chef d'6tat-major.
A sa suite, Harispe franchit de nouveau la frontiere d'Espagne
(1808).
Napoleon avait dit de Moncey : « C'est le plus honnSte hommc
de mon arm£e. » Le lieutenant £tait digne de son g£n£ral, et, bien
qu'il n'aimat guere a se vanter, il a pu dire cette parole que nous
avons recueillie comme un heritage d'honneur : « Je suis entre
pauvre en Espagne, j'en suis sorti pauvre. »
Moncey, seconds par son chefd'etat-major, £tablitune discipline
severe parmi ses troupes ; il sut se montrer juste et humain vis-a-
vis des Espagnols. Aussi plusieurs de ses malades et blesses, £tant
tomb£s aux mains de l'ennemi, durent la vie a ces mots : « Nous
sommes soldats de Moncey. »
Je ne puis suivre Harispe dans la part qu'il prit a la guerre d'Es-
pagne. Cela m'entrainerait trop loin.
11 6tait a Madrid lors de l'insurrection du 2 mai 1808 et fut Tun
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534 ' LE MARECHAL HARISPE
des ofliciers que Murat chargea de contenir les insurg6s et de les
ramener par des paroles de paix.
II prit une part active a l'expgdition de Moncey sur Valence.
II se distingua dans l'importante journSe de Tndela (a3 novembre)
et au sifege de Saragosse.
Devenu chef d'6tat-major de Suchet, il eat a combattre en Ara-
gon, en Catalogue, en Navarre.
A la bataille de Maria (i5 Janvier 1809), ^ transforma un mou-
vement de retraite en victoire 1 . Engage dans une. charge contre le
centre de Tennemi, il la ponrsuivit a fond, r£pondant aux injonc-
tions r6it6r6es de rebrousser chemin qu'il y avait plus de danger a
reculer qu'a persister dans son attaque. Blacke fut complfetement
battu.
Le ioavril 1810, il repoussait avec une poignlede troupes deux
sorties des Espagnols assi£g£s dans Lerida, et le a3, par un coup
d'audace, il arrgtait rarm6e de secours amende par le g£n£ral
O'Donnel pour d£bloquer la place et pr£parait ainsi le succ&s de
la journ£e de Margalef.
Le grade de g£n£ral de division vint le r6compenser de ces ser-
vices (12 octobre 1810).
Au si&ge de Tarragone, il prend part a l'assaut du fort de l'Olivo
et regoit peu apr&s la plaque de grand-ofticier de la Legion d'hon-
neur(3o juin 181 1).
A la bataille de Sagonte, il enfonce le centre de la ligne ennemie
et a deux chevaux tu6s sous lui (a5 octobre 181 1).
Le 26 decembre, il ouvre le passage du Guadalaviar, sous Va-
lence, puis coopere au si&ge de cette place.
Le 3 Janvier i8i3, il est fait comte de TEmpire.
Pendant cette annee, on le vit prendre la part la plus active aux
operations de TannSe d'Aragon.
Dans les derniers jours de i8i3, il re^ut l'ordre d'aller rejoindre
le marshal Soult, charg6 de couvrir la retraite de Tarm^e fran$aise.
II le seconda energiquement.
Ayant appris que Mina occupait avec ses troupes la vallee de
Baigorry, il accourut et n'hlsita pas a battre en br&che sa propre
demeure pour en d^loger le chef espagnol.
Cepeudant les allies avangaient to uj ours, et les Fran$ais, par
trop inferieurs en noinbre, ne pouvaient que leur disputer vaillani-
1. Voir Biographie Michaud et Fastes de la Legion d'honnear.
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LE MARECHAL HARISPE 535
ment le terrain. Harispe, avec sa seule division, 6puis£e par nne
lutte incessante, eut un moment k soutenir l'effort de l'armdo an-
glaise etla contint une journSe entiere k Garris (i5 ftvrier 1814).
Le 27 Kvrier, il prenait part k la bataille d'Orthez, et, lc
20 mars, au combat qui fut livre* pres de Tarbes.
La bataille de Toulouse eut lieu le 10 avril. II fut charge de
defendre sur les hauteurs du Calvinet la redoute du Mas des Au-
gustins. On sait que c'est vers le Calvinet que convergea le principal
effort de l'ennemi. Deux fois, la division ecossaise s'elanca a 1'as-
saut de la position confine k Harispe, deux fois elle fut obligee de
reculer apres des pertes cruelles ; mais Harispe, frapp6 par un
boulet qui lui enlevait une parti e du pied, tombait sur le champ de
bataille. La blessure 6tait grave ; il resta done au pouvoir des
Anglais. Wellington, qui avait eu occasion d'appreeier la valeur de
son prisonnier, lui temoigna les plus grands egards et alia le voir
en personne.
La journSe de Toulouse fut la derniere oil Harispe commanda
devant l'ennemi.
La Restauration le mit k l'£cart.
Le gouvernement de Juillet le rappela k l'activit6 et lui confia
d'importants services.
Le Prince President couronna sa noble carriere en lui conferant'
la dignity de marlchal de France (n d^cembre i85i).
Harispe, en 182 1, avait achet6 une propriety k Lacarre, pres de
Saint-Jean-Pied-de-Port. C'est Ik qu'il venait passer les heures dc
liberty que lui laissaient ses fonctions. II 6tait heureux de se trou-
ver au milieu de ces populations basques qu'il aimait tant et dont
il £tait l'idole. Elles £taient fieres de lui et surtout s6duites par sa
bienveillance et son exquise simplicity.
Deux fois, la confiance de ses compatriotes Tenvoya sieger k la
Chambre des deputes (i83i et i834).
C'est k Lacarre que s'est £coule*e sa verte vieillesse. II s'y est
£teint a l'&ge de quatre-vingt-six ans. Son corps y repose au milieu
de ces montagnes du Pays Basque qui le virent si souvent com-
battre pour la defense et la gloire de la Patrie.
A. Dutey-Harispe.
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ANTOINE DABBADIE
M. CHARLES PETIT
CONSEtLLER A LA COUR DE CASSATION
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Antoine d'Abbadie
PAR
M. CHARLES PETIT
Conseiller a la Cowr de Cassation
Mesdames, Messieurs,
J'ai plus consults ma bonne volonte* que mes forces, en me char-
geant de vous faire uue conference sur Antoine d'Abbadie. II
ne me suffit pas, en effet, pour remplir convenablement ma tache,
de tirer de l'obscurite* de nombreux faits volontairement caches ;
je dois encore exposer, sommairement au moins, un ensemble con-
siderable de travaux scientifiques de tout genre. Vous permettrez
a mon incompetence de se couvrir a leur sujet de l'imposante auto-
rite* de nos maltres les plus acci^dites.
Antoine d'Abbadie est ne* le 10 Janvier 1810, a Dublin, d'un
pere basque et d'une mere irlandaise. Son pere descendait d'une
ancienne famille d'abb£s laics d' Arrest, commune du canton de
Mauleon. Ces abb£s laics 6taient des seigneurs qui avaient le droit
de percevoir les dimes et qui participaient a la nomination des
cur£s par leur designation au choix de l'for&que.
Michel d'Abbadie, pere, avait dti se reTugier a l'ltranger,
pour £chapper aux dangers de la tourmente revolutionnaire. II
revint en France sous l'Empire et se fixa a Toulouse. — C'est dans
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54o ANTOINE DABBADIE
cette ville qu'Antoine d'Abbadie fut 6leve\ II y eut pour camarades
de college trois homines qui ont laisse* un nora dans les lcttres
et les sciences : M. Granier de Cassagnac, dcrivain d'une grande
Erudition et d'un vigoureux talent, pere de M. Paul de Cassagnac;
M. L^once de Lavergne, 6conomiste distiugue\ et M. Duchartre,
un de nos botanistes les plus c&febres.
Ses Etudes brillamment termin£es, il se sentit attire par une
ardente vocation vers les voyages et les sciences, et, avec une pre-
voyance et une tenacity qu'on rencontre rarement a cet age, ii leur
consacra ses premiers efforts et ses premieres veilies. D^sireux de
p£n£trer dans les regions encore inexplor^es de FAfrique et d'y
apporter la civilisation et la foi, il prepara son corps aux fatigues
et aux privations par plusieurs annees d'exercices physiques et un
severe regime d' alimentation. II apprit tout ce que la gymnastique
enseigne, s'essaya a tous les jeux de force et d'agilite\ s'habitua a
coucher sur la dure, a faire a pied par tous les temps et toutes les
temperatures les plus longues courses et devint un nageur habile
et intrepide. On se rappelle encore cette particularity de sa jeu-
nesse : a Fepoque ou il habitait le chateau d'Audaux, il s'impatienta
un jour d'attendre le bac qui, a Laas, faisait passer les voyageurs
d'un bord a Fautre du Gave. Son frere cadet Arnauld 6tait avec lui.
On les vit soudain se jeter Tun et Fautre tout ha bi lies dans la
riviere, puis, apres Favoir traversed, courir, ruisselants d'eau,
d'une course eflr6n6e, jusqu'a Audaux.
II assouplit avec la mdme energie son estomac. Proscrivant toute
viande, il s'accoutuina a ne se nourrir que doeufs, de legumes et
de lait.
Son esprit, en meme temps, s'attachait a Fetude de tout ce qui,
au point de vue scientifique ou pratique, 6tait propre a faci liter
plus tard ses recherches. II lisait les ouvrages des voyageurs les
plus connus et tirait profit de leurs observations, en notant les
difficulty qu'ils avaient rencontr^es, et les moyens qu'ils avaient
employes pour les vaincre.
II s'apprGtait a mettre a execution les projets d'exploration
depuis longtemps concus, lorsque Arago, qui s'int£ressait a
lui, le fit charger, en i836, d'une mission au Bresil, pour des obser-
vations sur le magnltisme terrestre, mission qu'il accomplit avec
un plein succes.
En 1837, il se rendit a Alexandria ou son frere Arnauld l'avait
precede ; au bout de quelques mois ii s'aper^ut que les instruments
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ANTOINE D'ABBADIE 5^1
qu'il avait emportes Itaient defectueux ou insuflisants : il retourna
en France pour en acheter de nouveaux. II y completa son assor-
tment, mais sans pouvoir trouver tout ce qui lui manquait. Le
theodolite qu'il s'dtait procure etait iir. par fait; toutefois, comme le
braconnier qui fait merveille avec le mauvais fusil qu'il connait,
il sut tirer un excellent parti de ce theodolite. Bien plus : il par-
vint a le transformer et a cr6er sous le noni d'Abba, diminutif du
sien, un instrument qui rend les plus grands services.
On sait par les conseils qu'il a donnas dans plusieurs de ses
publications comment, apres un accident occasionne par un e*clat
de capsule qui l'avait oblige* a fa ire soigner en figypte son ceil
atteint d'une ophtalmie douloureuse, il put r^aliser le programme
qu'il s'6tait trace. II comprit de suite que l'isolement est une con-
dition essentielle de succes ; que, quelque vif que soit le plaisir de
se retrouver loin du sol natal avec les amis et les parents les plus
chcrs, il ne faut pas h£siter a s'en separer. Voici en quels termes
parle de son frere et de lui le Cardinal Massaja dans le premier
volume de ses Memoires : « En Abyssinie, £crit-il (p. 118, a la
note), M. d'Abbadie avait avec lui un frere appel6 Arnauld qui
l'aidait dans ses etudes. Les deux freres s'aimaient tendremcnt et
ne faisaient qu'un cceur et qu'une amc, mais ils avaientune nature
bien differente. Antoine, d'un caractere austere, d'une morale plus
austere encore et d'une exquise int^grite de mosurs, ne vivait que
pour ses Etudes. Rien autre chose n'avait d'attrait pour lui.
Arnauld, au contraire, £tait un homme plein d'entrain et ami de
la soci6te\ II s'adapta facilement a la maniere de vivre du pays.
Lie* avec tous les grands de ces contr^es, il obtint le titre de Ras
et on l'appelait Has Mikael. Ses relations lui permirent d'aider
son frere plus eflicacement dans ses etudes et dans ses recherches. »
Antoine d'Abbadie s'exprime d'une maniere plus precise non
sur sa nature et celle de son frere, mais sur les a vantages qu'il y
avait pour tous deux de voyager s£parement. « Ori sait assez, dit-il,
la difference d'esprit qui existe souvent m£me entre freres. Ne*
pour commander, le mien prenait son parti rapidement et s'expri-
mait d'ordinaire sur un ton qui n'admettait pas la contradiction. II
etait tout simple que par sa maniere de parler et d'agir il faconnat
son entourage, meme sans le vouloir, a cette pente de son esprit.
La mienne 6tait toute diffe>ente ; au lieu de surmonter hardiment
I'obstacle, je trouvais qu il <Hait plus facile de le tourner : c£dant
en apparence, je pers£ve>ais toujours et parvenais, a force de
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54a antoine d'abbadie
patience, a gagner le m£me avantage que mon frere obtenait de
prime abord. »
Antoine d'Abbadie a done voyage seul, mais lentement, en
se inenageant, an fur et k uiesure qu'il avancait, les moyens de
r^ussite les plus sftrs. La connaissance des langues des pays tra-
verses lui a paru avant tout indispensable, et il a passe des ann£es
k les etudier, frequentant les ecoles oil l'enseigneinent etait distri-
bue largement et gratuitement.
II s'est preserve ainsi de l'inconvenient des interpretes, qui tra-
duisent mal, en general, la pens£e d'autrui. S'il a ete force parfois
d'y recourir, il s'est adresse de preference aux enfants, qui, sans
rechercher la portee des paroles, en transinettent exactement le
sens. II s'est bien trouve, en outre 1 , d'avoir engage comme servi-
tcur une espece de bouflbn, « ayant pour habitude d'etre heureux
partout et voulant que tout le inonde le fttt... Toujours pr£t k faire
rire ct jouant toujours l'etonne de maniere a prolonger la gaiete de
tout le monde, ne doutant jamais de rien et jetant sur tout comme
un manteau couleur de rose, il domptait les obstacles et assouplis-
sait les volontes rebelles. S'il riait, on lui tenait compagnie ; s'il
pleurait, on riait encore... »
Respectueux des usages, Antoine d'Abbadie s'y conformait :
il marchait coiffe d'un turban, les pieds nus, parce que les rustres
et les lepreux portaient seuls des sandales, et il evitait de s'em-
porter ou de mettre les mains derriere le dos de peur d'etre consi-
dere comme un dement. II n'avait pour arme qu'un baton qui ne
pouvait inspirer de niefiance, et sachantqu on avance plus avec les
mains qu avec les pieds, il avait soin de se frayer la route par des
cadeaux dont il vantait l'importance et qu'il ne semblait faire qu'&
regret*. II se gardait de pratiquer la medecine, ayant vu un ancien
interne des hdpitaux de Paris 6chouer dans des cas ou reussissaient
les empiriques familiers avec le climat et les maladies du pays.
Les Ethiopiens b'adniettaient pas qu'on coup&t un membre. L'am-
putation etait, k leurs yeux, une preuve edatante d'ignorance.
Parmi leurs operations heureuses, on citait, dit-il, la taille, labla-
tion du goitre, la substitution dun os de ruminant k un os
humain trop brise et la guerison de l'obesite par le couteau*.
Les perils auxquels il a ete expose ont 6X6 de toutes sortes :
i. Notice sur les langues de Kam, p. 38 et 39.
2. Instructions sur les voyages d'exploration, p. 307.
3. Credo d*un vieux pqyageur, p. 12.
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ANTOINB D'ABBADIE 543
perils provenant des fauves, perils provenant de certaines mala-
dies, perils provenant d'une classe dEuropeens.
Les premiers n'ont jamais menace se>ieusement la vie d'Antoine
d'Abbadie. Les seconds, dans une conjoncture que je vais vous
signaler, lui ont inspire' une inquietude que vous allez com pren-
dre. Une nuit, par erreur, ilavaitpris dans Tobscurite une chemise
qu'il avait donnee a un lepreux alors a son service. Justement
effraye, en faisant au jour cette constatation, il se dlpouilla de ce
vehement, se jeta dans une riviere et gagna en la traversant une
region ou la lepre n'existait pas. GrAee a sa presence d'esprit et a
son talent de nageur, il eut ainsi le bonheur de se soustraire a une
effroyablc contagion.
Les derniers dangers qu'il a eu a affronter ont £te* ceux qui l'ont
le plus douloureusement impressionne.
Le prince de Bismarck a proclam£ deux principes contre lesquels
la conscience publique a protests, a savoir que « la force prime le
droit », et que « bienheureux sont ceux qui possedent », compre-
nant dans ces mots la possession indue comme la possession legi-
time. Les Anglais, dont personne n'admirerait plus que moi le
patriotisme s'U ne s'inspirait trop sou vent d'une ego'iste cupidity,
se gardent bien d'approuver ouvertement ces principes ; mais ils
en font a tout instant l'application, abusant de la force contre la
faiblesse, eludant sous les plus mauvais pretextes les engagements
les plus formels. Trop frequemment, heias! les regies sacr£es de la
morale, qui s'imposent au respect des nations comme a celui des
individus, restent impun^ment vioiees, mais la justice ne perd
jamais ses droits, et, plus d'une fois, Dieu lui reserve, pour les
exercer, le jour b6ni de la revanche.
Les Anglais etaient p£n£tr£s, il y a un demi-siecle, de m6me
qu'ils le sont aujourd'hui, de Fid6e qu'exprimait dernierement le
sous-secretaire d'fitat de leurs Affaires etrangeres, en declarant
qu'il y aurait une veritable hypocrisie a nier que, dans le monde
entier, les intents de la France sont en hostility avec ceux de
l'Angleterre. G'est dire qu'Antoine d'Abbadie a eu a lutter
constamment contre les intrigues des Anglais, contre la resistance
et les refus qu'elles lui suscitaient de la part des chefs des regions
qu'il voulait explorer. Sans faiblir un seul instant, il s'est obstine*
a en triompher. Unjour son frfere Arnauld, inquiet de le voir en
butte, a nioitie aveugle, a des diflicultes to uj ours et partout renais-
santes, lui a propose de ne pas pousser plus loin son entreprise.
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544 ANTOINE D'ABBADIE
Avec une indomptable 6nergie, il lai a repondu qu'il irait jusqu'au
bout, dOt-il, sans guide, un baton a la main, chercher oil poser le
pied, et dut-il perdre la vue et la vie !
II ne s'est pas en effet arrGte, il a su tourner les obstacles qnand
il ne lui a pas ete* possible de les snrmonter, et, apres onze ans de
fatigues et de travaux, il a pu f son ceuvre accomplie, venir retrou-
f% ver son plus jeune frere Charles, qui, sans nouvelles et tremblant
$ pour son sort et pour celui d'Arnauld, 6tait accouru a leur recher-
che. Quelques jours avant le coinmun depart pour la France, on
s'est apercu qu' Antoine d'Abbadie n*£tait plus Ik : il avait disparu,
sans mot dire, et avait £te* escalader une haute montagne
£■'-'- pour y verifier un calcul ou y completer uue observation ; il reparut
£:." tout joyeux d'avoir combl£ cette lacune, mais avec les pieds geles.
Les r6sultats obtenus par Antoine d'Abbadie ont 6te" consid£-
- rabies pour la science, pour la religion et pour la France.
Par la m£thode qu'il a imagined et appliqu£e, simplement muni
■:• du theodolite qu'il a perfection^, il est parvenu, au moyen <Tun
r enchalnement de triangles, qui a necessity cinq mille relevements
r de positions effectues en trois cent vingt-cinq stations successives,
'•V a dresser exactement la carte d'unimmeuse pays. II estle cr^ateur
X de la g£od£sie exp6ditive, appel£e a rendre un prdcieux service
aux explorateurs.
Ses travaux d'ethnographie, de linguistique, ont 6te de la plus
grande valeur. II a recueilli les renseignements les plus com pie ts
sur les moeurs, les usages, le droit, la procedure liiSnie, et il a
r6dig6 un dictionnaire ammarina-francais bien suplrieur k ceux
publics avant lui. II a r£uni des monnaies et des m£dailles tres
appr£ci£es des numismates. Sa collection de manuscrits £thiopiens
est unique au monde, elle dlpasse en richesse toutes les autres '.
Frappe\ au cours de ses voyages, de la facility avec laquelle cer-
taines populations, les Gallas notamment, acceptaient le bien-
faisant enseignement de notre religion, il a Icrit, le 6 mars i845,
au Cardinal Prefet de la Propagande, la belle lettre qui figure k
l'appendice du premier volume de l'ouvrage du Cardinal Massaja.
Son appel a 6t6 entendu par le Saint-Siege, et les missions' qu'il
1. MM. le colonel Bassot, de llnstitut, et Henri Deherain, dans la Revue gene-
rale des Sciences, 1897, p. 286-288 ; Henri de Parville, dans la Nature, 1897,
p. 307, et MM. Gilbert et Thirion dans la revue beige des Questions scienti-
fiques, 1 896-1897, ont analyse avec comp6tence et autoritl ces travaux ainsi
que les travaux posterieurs de M. d'Abbadie.
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ANTOINB D'ABBADIE 545
a fait fonder comptent aujourd'hui plus de cent mille catholiques.
II a enfin puissamment contribue* a faire aimer par les Ethio-
piens le pays dont son frere Arnauld et lui se proclamaient les fils
et dont on croyait voir en eux la fidele image. Par des qualit6s
diff6 rentes, tous deux ils se sont concilie la confiance non settle-
ment des simples indigenes, mais encore de leurs chefs, au point
d'&tre charges, Tun d'aller chercher, avec une escorte de mille
guerriers, la fiancee d'un chef, Fautre de commander les troupes
dans de nombreux combats. Leur nom estreats populaire, on leredit
encore, et le courant desympathie qu'ils ont, les premiers, ctabli, a
servi k attirer k la France les preferences qu'on lui tlmoigne main-
tenant. Chaque fois qu'une menace a 6te dirigee contre FEthiopie,
les voeux d'Antoine d' Abbadie ont £t£ au petit peuple dont il a connu
la loyaut£ et la bravoure. Un premier ministre, qui puisait ses
inspirations et ses exemples chez le prince de Bismarck, a cru
pouvoir se permettre un jour de denature r au profit de FItalie le
sens d'un traits. M£n61ick a proteste contre cette d£naturation en
declarant que ce traite* librement consenti formaitla loides parties
qui Favaient signe* et qu'il devait 6tre scrupuleusement execute*
par chacune d'elles. Sa protestation n'ayant pas 6te ^coutee, il a
du en appeler aux armes. Les calculs de la deloyautl ont 6te\ cette
fois, trompes ; la cause de la justice, pour laquelle battait le cceur
d'Antoine d* Abbadie, a triomphe, et le monde a assists, dans
un sentiment de profonde admiration, au magnifique spectacle
qu'a donne* le chef d' une nation soi-disant barbare s'61evant, par sa
magnanimity apr&s la victoire, a la hauteur des plus grands sou-
verains.
J'ai lu quelque part qu'Antoine d' Abbadie, qui a conserve*
toute sa vie des relations avec FEthiopie, a offert a M6n61ick,
dans ces derniers temps, un telescope en aluminium et une
statue artistique en bronze, et que M£n61ick a gracieusement
repondu k cet hommage par Fenvoi d'une croix enrichie de dia-
mants.
La Society de Glographie avait suivi avec inte>6t les travaux
d'Antoine d'Abbadie et de son frere Arnauld pendant leurs onze
annles de voyage en Ethiopie, et elle leur a d£cern£, le 26 juillet
i85o, la grande m6daille d'or. <c Les auteurs de ce voyage, dit le
rapporteur M. Daussy, sont deux freres qui, unis par les liens
d'une amitie profonde aussi bien que par Fardent d£sir d'^tendre
nos connaissances, se sont lances dans les regions africaines, ont
35
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546 ANTOINE DABBADIE
voulu p6n£trer Ik ou aucun autre voyageur n'avait encore 6t£, et
explorer ces myst^rieuses regions qui d£robent a notre curiosity le
berceau du fleuve le plus c^lfebre de l'antiquitl.
« Nous nh^ si tons pas a dire, ajoute-t-il, que ce voyage est un de
ceux que nous regardons comme devant servir de module aux
explorateurs fran^ais. Et quand on pense que tout ce travail est le
r£sultat du d£vouement de deux particuliers, qui ont su trouver
dans leur £nergie les moyens de poursuivre pendant onze ans leur
exploration et y ont consacre leur temps, leur vie et leur fortune,
on ne peut qu'admirer un si beau denouement et souhaiter qu'il
ait des imitateurs. »
Les deux (Veres d'Abbadie ont re^u ensemble, leu5 septembre de
la m&me ann6e, la croix de chevalier de la Legion d'honneur.
Le 20 juillet i85n, Antoine d'Abbadie, qui avait continue ses
Etudes sur di verses branches de la science, a 6t6 nomml corres-
pondant de 1' Academic des Sciences. II s'est produit a cette occa-
sion un incident qui devrait donner k r£fl£chir et servir d'enseigne-
ment a quelques esprits etroits et sectaires de notre £poque. Au
moment du vote, lorsque les titres des candidats Itaient en dis-
cussion, Tun des votants a objects qu' Antoine d'Abbadie 6tait
un ardent catholique. « Nous n'avons pas, dit le grand Arago, a
dissequer ce qu'il y a de plus intime dans l'homme ; nous n'avons
a examiner que les travaux de M. d'Abbadie. Ses opinions reli-
gieusesne sont pas de notre domaine. Quant k moi, je porte envie
a ceux qui croient. »
Le aa avril 1867, Antoine d'Abbadie fut nomm6 membre
titulaire de l'Acad^mie des Sciences, et le 9 aout 1878, membre du
Bureau des longitudes.
II s'£tait rendu, en i85i, en Norwfege pour observer une Eclipse
de soleil et, en i860, en Espagne pour en observer une autre. En
1882 ii a 6t6 charg6 par l'Acad^mie des Sciences d'6tudier le
passage de V6nus sur le Soleil. II s'est acquittl de cette mission
avec un rare talent.
En 1892, une double Election l'a fait monter au fauteuil de la pr6-
sidence de F Academic des Sciences et a celui de la Soci£t6 de Geo-
graphic
C'est comme president de T Academie des Sciences qu'il a assists,
cette mSme ann^e, a Huelva, au quatrieme centenaire de la d^cou-
verte de l'Am&rique par Christophe Golomb.
Enfin, le 27 Janvier 1896, l'Acad£mie des Sciences lui a d£cern6
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ANTOINE DABBADIE 547
comme supreme honneur la m£daille Arago, la plus haute des
distinctions qu'il lui appartienne de conferer.
Si Antoine d'Abbadie s'est donne* a la science sans compter
avec les fatigues et les perils, il s'est donne aussi au Pays Basque,
berceau de sa faniille, sans manager les encouragements et les
sacrifices.
Son p&re Michel lui a transmis a cet 6gard un heritage qui a 6t6
l'objet de sa plus vive sollicitude.
Michel d'Abbadie, pendant son sejour a Toulouse, avait fait
la connaissance de M. Lecluse, professeur de literature grecque a
la Faculty des iettres de cette ville. M. Lecluse, qui 6tait Parisien,
s'6tant epris d'une veritable passion pour la langue basque, il
l'avait aide* dans ses etudes et l'avait g£ne>eusenient seconds de
son argent pour ses publications. II a r£dig£, en i8a6, le prospectus
du Manuel de la langue basque de cetauteur. II y felicite M. Lecluse
d' avoir voulu faire une etude particuliere de la langue des Ganta-
bres, dont l'antiquite* se perd dans la nuit des temps et qui a prl-
sente* a ses meditations un caractere de simplicity, d'6nergie,
d'originalite* et de richesse qui doit la faire placer parmi ces Ian-
gues inspires que parlaient les peuples nomades de l'Asie dans
ces temps recul£s qui remontent peut-£tre a l'enfance du genre
humain et pr6c6derent le berceau de ^agriculture et de la civili-
sation.
M. Llcluse avait dedie* la premiere partie de son Manuel, consa-
cr6e a la grammaire, a M. i'abbe* Darrigol, supe>ieur du grand
seminaire de Bayonne, en s'excusant de livrer au public un travail
auquel il aurait sans doute renonce\ si M. i'abbe* Darrigol avait
fait de*ja paraltre celui qu'il preparait depuis longtemps. II en a
dedi£ la deuxieme partie, contenant les vocabulaires basque-
francais et francais-basque, a M. A.-M. d'Abbadie. II l'y remer-
cie de l'avoir autoris^ a publier, a la suite de sa grammaire, une
elegante traduction de la fable du Corbeau et du Renard, de lui
avoir fourni, par sa collaboration, les elements precieux qui lui
ont permis de doubler a pen pres ses vocabulaires, ainsi que du
noble d£sint£ressement avec lequel il a bien voulu se charger des
frais de son ouvrage.
M. l'abb£ Dubarat et M. l'abbe Haristoy ont eu l'heureuse id£e
de publier, dans leur Revue des fitudes historiques et religieuses
du diocese de Bayonne, des Iettres qui attestent un service plus
important rendu par Michel d'Abbadie a son pays natal en d6ci-
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548 ANTOINE D'ABBADIE
cidant par ses instances M. Fabb6 Darrigol a presenter au con-
cours ouvert par l'Acad£mie franchise le beLouvrage qui a illustr6
son nom 1 .
Antoine d'Abbadie manifeste a son tour, dfes i836, 1' amour
qu'il porte a son Pays Basque. II se lie, a cette 6poque, avec Au-
gustin Chabo, dont le nom est rest£ cker a ses compatriotes, et fait
dans le Bulletin de la Sociiti de Giographie un compte rendu du
Voyage en Navarre de son ami, qui, dit-il, est £crit en style de
feu et empreint dun admirable patriotisme. La mgme ann6e, il
publie avec Cbabo les Etudes grammaticales sur la langue
basque, sous cette 6pigraphe d'Axular, 6crite en basque et tra-
duite en frangais : « On dirait que toutes les langues humaines
sont confondues et m&lees les unes avec les autres, tandis que
l'Eskuara conserve encore son originality et sa puret£ primitives. »
Ges 6tudes sont d6di£es en souletin aux Basques des Sept Provin-
ces : « Zaspi Uskal herrietako Uskalduner ». Les prol£gom&nes
portent la signature : A. Th. d'Abbadie de Navarre.
i. Voici ce qu'on lit dans Tone de ces lettres, ecrite de Paris a M. I'abbe
Darrigol, le 5 aottt i8a8 :
« Monsieur,
« L'automne dernier, me trouvant avec ma famille a Biarritz pour prendre
des bains de mer, je (is l'acquisition de votre ouvrage sur la langue basque.
Je l'ai lu et relu avec la plus grande satisfaction. Vous y faites ressortir avee
tant de precision et de justesse la richesse, la superiority de notre belle
langue, vous en faites connaltre si bien le genie, en donnant des notions si
justes sur sa syntaxe; vous avez su donner un developpement si prodigieux
a notre verbe izatea (etre), que je n'hesite pas a dire que c'est le plus beau
monument qui ait ete 61ev6 a notre langue.
... « En vous pay ant l'humble tribut de mes applaudissements... vous ne
trouverez pas etrange que je vous invite a meriter de nouveaux succes : je
suis convaincu d'avance que vous les obtiendrez facilement... II s'agit de
concourir au prix offert par l'Academie francaise pour la meilleure analyse
raisonnee du systeme grammatical de la langue basque. » — M. Miohel d'Ab-
badie adressait a M. I'abbe Darrigol, dans une autre lettre du 7 mars, ces
lignes : a Si le jugement de l'Academie trompait mes espe>ances, je me ferais
un plaisir d'en appeler au public, avec votre permission, en faisant impii-
mer, a mes frais, votre exccllente analyse. » II lui ecrivait enlin, le 24 avril
1829:
« Mon cher compatriote,
« Je sors en toute hate de la seance publique des quatre Academies, avant
qu elle ne soit terminee, pour profiler du courrier d'aujourd'hui aiin de vous
a nn oncer que vous avez ete couronn6.
« L'Academie a fait l'61oge de votre memoire et vous a adjuge le prix.
C'est avec In plus vive joie que je vous donne cette nouveile; agreez, je vous
en prie, mes felicitations empressees. »
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ANTOINE d'aBBADIE 549
Antoine d'Abbadie a fait paraltre, en 1859, une analyse des
travaux regents sur la langue basque. Apres avoir rendu un £cla-
tant hommage aux ouvrages dus au prince Lucien Bonaparte, il
cite ceux de plusieurs de nos compatriotes espagnols ou francais.
Parmi ces derniers compatriotes, il en est un que nous entourons
d'une respectueuse sympathie et d'une profonde veneration et
vous ra'approuverez de mettre sous vos yeux quelques-unes des
lignes qu' Antoine d'Abbadie lui consacre : « Le Verbe basque
de M. Fabbe* Inchauspe contient, dit-il, le de>eloppement complet
du verbe basque, insaisissable jusqu'ici et si vari6 qu'en se bor-
nant k l'indicatif present de la voix transitive, on trouve plus de
3^8o modifications, toutes diflferentes les unes des autres. Le verbe
entier en offre 17.820. L'usage de ces formes si coinpliquces exige
plus de mlmoire encore que d'intelligence : mais le paysan basque
manie cette prodigieuse conjugaison avec facility... Le livre de
M. Inchauspe est l'ouvrage capital sur la langue basque. »
Antoine d'Abbadie a fait aussi imprimer en 1864, k Paris, un
opuscule, en basque, intitule* Zubernoatikaco gutun bat, signe*
Antonio Abbadia. Je regrette de n'avoir pu me le procurer pour
vous en donner un resume\
Mais ce n'est pas par ces Merits qu'il a acquis les plus grands
droits a notre gratitude : e'est par la perseverance qu'il a mise k
faire conserver intacts notre langue, nos moeurs, nos jeux et nos
traditions.
Notre langue 6tait, a scs yeux, un tr^sor inestimable qu'il fallait
preserver de toute atteinte. Quels efforts n'a-t-il pas faits, quels
sacrifices n'a-t-il pas consentis et n'a-t-il pas 6t6 dispose k consentir
pour qu'elle fut l'objet d'une sorte de culte de la part de ceux qui
la parlent? II a sans cesse cherche* k coinmuniquer autour de lui le
feu dont il brulait pour elle. Pour ne citer que quelques-uns de
ceux qui, sur notre sol francais, en sont les plus ardents admira-
teurs et les plus jaloux gardiens, quelles relations n'a-t-il pas
entretenues avec le capitaine Duvoisin, l'abbe* Haristoy, les cha-
noines Adema et Inchauspe ? De quelles instances n'a-t-il pas
presse* M. l'abbe Maurice Harriet pour decider ce savant ecclesias-
tique k publier son Dictionnaire basque-franc. ais, depuis longtemps
attendu, oeuvre de premier ordre qu'il comparait au Dictionnaire
francais de Littre* ?
P6n6tr6 de cette conviction qu'exprimait M. Leciuse a M Tabbe^
Darrigol, dans la d£dicace de son Manuel de la langue basque,
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550 ANTOINB D'ABBADIE
que c'est au clerg£ qu'il appartient principalement de conserver le
prlcieux d£p6t de notre langue, il a offert de cr6er, a ses frais, au
grand s£minaire de Bayonne, one chaire od cette langue serait en-
seignee de maniere k pouvoir Stre prSch^e ensuite dans sa purete*.
II a 6te* profondlment pein£ du rejet de sa proposition. J'ai par-
tag6 son douloureux etonaement et ce n'est pas sans une moindre
affliction que j'ai appris dernierement un fait qui, j'en ai le ferine
espoir, ne manquera pas de provoquer Intervention de ceux qui
ont le pouvoir de l'empgcher. II paralt que, dans nos £coles libres
m£me et surtout dans celles dirigges par les religieuses, le cate-
chisme est appris en franca is et que les prieres sont dites en
francais. Est-ce done la sauvegarder les inte>6ts de la religion,
que la langue basque a si efficacement prote*ge*e pendant tant de
siecles contre les mauvaises doctrines ? Les religieuses, et c'est \k
le beau cdte* de leur mission, jouent le rdle de meres aupres de
leurs elfeves : remplissent-elles ce r6le quand, par leur fait, les en-
fants, rentrees au foyer domestique, nepeuvent ni reciter en
basque le cat6chisme que leurs meres ont autrefois appris et
qu'elles leur auraient enseign6 en basque si elies n'avaient coinpte
sur leurs remplacantes, ni faire en commun avec elles leurs
prieres dans leur vieille langue, ni m^rne chanter a l'£glise, dans
cette langue, les plus magnifiques cantiques ?
L'Eskualduna, ce vaillant deTenseur de nos mceurs et de nos tra-
ditions, et M. Tabbe" Haristoy, le d6voue* collaborateur de M. l'abbe
Dubarat, ont fait entendre a ce sujet une eloquente protestation,
qui a trouve de Techo dans le cceur de tons nos compatriotes.
Un etr anger, Van Eys, dans un Essai de grammaire de la langue
basque, public a Amsterdam, a d£plor6 le systeme employ 6 dans
un certain nombre d'£coles, pour empecher les enfants basques de
parler basque entre eux. « On sait, ecrit-il, que, dans plusieurs
villes et villages, le maitre d'6cole a i'habitude d'administrer
chaque samedi une correction a celui de ses eleves qui s'est rendu
coupable d'avoir parle* sa langue maternelle. Le systeme de correc-
tion est assez curieux. L'eleve qui parle basque recoit un jeton :
des qu'il attrape (sic) un de ses camarades en contravention, il lui
repasse ce jeton, qui, de cette facon, peut faire le tour de l'eeole :
mais malheur a celui qui n'a pas pu s'en d6barrasser avant le sa-
medi! car il paie pour les autres ! » II paratt, detail que je ne veux
pas qualifier, que le jeton dont il s'agit est d'ordinaire un morceau
de regie sur lequel est eerit le mot ant ib as que.
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ANTOINE D'ABBADIE 55 1
Antoine d'Abbadie, lui, n'a pas cherche k empecher les enfauts
d'apprendre le francais : seulement il a cru devoir encourager
ceux qui, apres leur premiere communion, parlent le mieux
le basque, en leur faisant distribuer des recompenses par des
petites commissions constitutes k cet effet en dehors et avec exclu-
sion du clerge\
Le basque est pent-e^re encore interdit (ce qu'ignore certaine-
ment le chef venere de ce diocese et ce que je viens de savoir moi-
m£me) au petit seminaire de Larressore et au grand seminaire de
Bayonne. Le jeune clerg£ l'y desapprend ; par suite, il ne le parle,
apres dix ou quinze ans d'etudes classiques et theologiques,
qu'avec un odieux melange de mots francais, alors qu'au grand
seminaire il devrait Stre prepare par de frequents exercices, par
des essais de sermons, k le bien prgcher.
Antoine d'Abbadie etait juste ment fier de voir les Basques
perpetuer, depuis les temps les plus recuies, leur reputation de
bravoure et de loyaute, de les suivre a travers l'histoire dans les
luttes herolques qu'ils ont soutenues pour la defense de leur inde*
pendance, de leurs traditions, de leurs libertes et de leur foi. II
aimait a les retrouver aujourd'hui tels encore qu'ils etaient il y a
des milliers d'annees. Ovide a dit dans des vers bien connus :
Os homini sublime dedit, coelumque tueri
Jussit et ereotos ad sidera tollere vultus.
Ces vers semblent s'appliquer aux Basques, et dimanche dernier,
M. le doyen de Saint-Jean-de-Luz etait heureusement inspire quand,
reprenant et developpant, en orateur chretien, la pens^e du poete
paien, il s'ecriait, dansun mouvement d'une entrainante eloquence,
que si les Basques ont dans leur attitude, dans leur physionomie,
dans toute leur personne, je ne sais quelle dignite et quelle
noblesse, s'ils marchent la tete haute, leur ferme regard cber-
chant souvent le ciel, c'est qu'ils ont profondement grave dans leur
cceur l'amour du bien, de la vertu, de I'honneur, c'est qu'ils con-
naissent leur eternelle destiaee, qu'ils savent qu'ils viennent de
Dieu et qu'ils doivent retourner k Dieu I,
Antoine d'Abbadie, en creant les primes qu'il a distribuees
tantdt en France, tantdt en Espagne, s'est uniqueraent propose de
faire aimer k ses compatriotes ce qu'ont aime leurs peres.
Les concours de poesie qu'il a organises ont provoque des com-
positions pleines souvent de charme et d'originalite. On en ferait
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552 ANTOINE d'aBBADIE
un riche recueil. Ceux d'improvisations po&iques ont montre* que,
chez les concurrents basques-espagnols conime chez les concur-
rents basques-francais, l'imagination est vive, que les id£es sont
abondantes et varices, et que, suivant les sujets imposes, elles
prennent un tour famiiier ou £leve\ se>ieux ou comique. Les
applaudissements de la foule surexcitent la verve des improvi-
sateurs et provoquent de ieur part les traits les plus imprevus et
les reparties les plus spirituelles. C'est chose vrairaent remar-
quable de voir d'humbles artisans ou de simples cultivateurs,
sur Fair choisi par l'adversaire, chanter avec une parfaite aisance
les couplets les plus harmonieux.
Les anciennes melodies du Pays Basque et les vieilles danses
traditionnelles ont eu aussi en Antoine d'Abbadie un protecteur
d£voue\ M. Charles Bordes, qui met un soin enthousiaste a re^unir en
£blouissantes gerbes le trSsor £pars de tant de riches £pis, pour-
rait dire avec quel inte>£t notre Eminent compatriote l'a suivi
dans ses patientes recherches et de quels voeux ardents il en appe-
lait la publication.
Les pastorales conservent leur attrait puissant, non seulement
pour les populations naives de nos campagnes, qui en suivent avec
un int^ret croissant les pe>ip£ties, mais encore pour les connais-
seurs, qui aiment a retrouver, dans ces anciens spectacles, les
curieux vestiges du passe.
Parmi tous les jeux qu'Antoine d'Abbadie s'est plu a encou-
rager, il en est un qui a obtenu ses preferences. C'est celui du
rebot. II y a vu le jeu vraiinent national, qui, depuis bien des siecles,
fait briller avec le plus d'£clat les qualit£s incomparables des
Basques. II aurait assur£ment voulu lui conserver le caraclere qu'il
a eu chez nos aieux, ou il consistait en une lutte ardente entre
champions de locality diff&rentes, oil les habitants de ces locality
se passionnaient pour un camp et pour l'autre, oil, sous le premier
Empire, pour ne pas manquer au rendez-vous assigne* par un dSfi,
des Basques quittaient l'armle du Rhin afin de jouer la partie con-
venue et allaient rejoindre ensuite leurs regiments pour y combattre
en h6ros.
Malheureusement, le souffle nouveau a pass£ sur nos campagnes;
nos compatriotes d'Amerique ont tenu a revoir le spectacle qui a
ravi leurs anc&tres ou qui a s6duit leur jeunesse, et nos plus habiles
joueurs, trails en artistes en representation a Buenos-Ayres ou a
Montevideo, ont pris l'habitude d'exiger, pour leur concours a
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ANTOINB D'ABBADIE 553
nos fdtes, des cachets excessifs. Quelque regret qu'on puisse avoir
du change meat qui s'est produit k cet 6gard, il reste toujours que
le jeu de rebot est un jeu admirable, auqnel il faut maintenir le
premier rang dans ies preferences du public. Ceux qui, comme
moi, ont 6t6 t6moins, il y a un demi-sifecle, des parties qui alors
£lectrisaient joueurs et spectateurs, ne peuvent que souhaiter ar-
demment ce maintien. Un Basque au coeur chaud, tour k tour
pofete d&icat et ecrivain brillant dans notre belle langue euska-
rienne, M. le chanoine Ad£ma, a public dans le Courrier de
Bayonne des articles non sign£s, mais dont il ne pent r£cuser la
paternity ; il y explique et il y vante les r&gles et les m£rites du
jeu de rebot. II y raconte notamment la partie inoubliable qui a
eu lieu, le 9 aoftt 1846, k Iran, entre Basques-Espagnols et Basques-
Fran^ais. Les estrades entourant la place 6taient garnies de mil-
liers de curieux ; les paris, de minute en minute, se multipliaient,
plus formidables selon les perip£ties de la lutte; un instant la
balance sembla fortement pencher du c6t6 des Espagnols ; mais
aussitdt, changeant de tactique, 6tant ses espargates pour marcher
pieds nus, Gascoina, le chef du camp fran$ais, donna k voix basse
des instructions k ses partenaires, puis, remplacwt les coups k
effet par les coups habilement calculus, il s'6tudia et parvint avec
une adresse inouie k placer la balle de mani&re k ce quelle ne
put gtre renvoy^e par le camp adverse. La partie s'acheva au
milieu de l'lmotion g£n£rale, ^nergiquement disputle jusqu'au
bout, et lorsque, grftce k Gascoina, la victoire des Basques-Francais
lut proclam^e, ce fut F explosion d'un veritable d£iire. N'avait-on
pas, en effet, assist^ k un tournoi vraiment h£roique, oil, de part
et d'autre, toutes les ressources de la force, du coup d'oeil, de l'agi-
lit£, de 1' adresse, avaient 6t6 merveilleusement d6ploy£es ? L'his-
toire vante avec raison la gloire des g6neraux qui se sont illustrls
sur les champs de bataille ; nos bardes, de leur c6t6, chantent les
exploits des Perkain et des Gascoina et en transmettent le memo-
rable souvenir k nos descendants. II y a deux jours, ici m£me,
nous avons eu la joie inesp6r6e de retrouver dans les joueurs de la
partie de rebot des successeurs dignes des ain£s que Sare et Has-
parren ont eu longtemps le privilege de fournir k nos fetes. II n'y
* avait parmi ces joueurs que deux Basques-Francais, tandis que
les Basques-Espagnols en comptaient huit. Encore un effort, et
nous pourrons opposer, en nombre £gal, des adversaires redou-
tables k nos chers voisins !
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554 ANTOINE DABBAD1E
Le jea de blaid a mains nues, qu'Antoine d'Abbadie a aime*
a pratiquer lui-mSme, n'a pas 6t6 oublie* non plus dans ses recom-
penses. II atteste aujourd'hui nne telle perfection de la part de
ceux qui s'y livrent (et c'est la son pips bel eloge), qu'il ne me
paralt plus provoquer les memes ardentes emotions qu 'autrefois.
Antoine d'Abbadie le preTerait cependant au jeu de blaid au
chistera, pour lequel il a ct66 egalement des primes et qui compte
des amateurs enthousiastes. II est certain qu'avec leurs longs gants
d'osier, ceux qui y montrent le plus d'adresse jouent des parties
propres a 6merveiller le public.
N x otre regrett6 compatriote, a qui rien de notre passd n'est reste*
indifferent, s'est plu meme a encourager les irrintcinas. Ges vieux
cris de guerre, aux intonations prolongees, sont encore pousses,
surtout dans nos montagnes. Repercutes au loin par l'£cbo, ils ser-
vent de signal et produisent, la nuit, un effet singulier sur ceux
qui les entendent.
Antoine d'Abbadie, coinme vous venez de le constater en
ecoutant ce trop long expose\ n'a connu que deux passions, celle
de la science et celle de son pays. 11 aurait pu gouter toutes les
satisfactions d' amour-propre, recueillir distinctions et honneurs :
il a preT6re* rester dans l'ombre et travailler en silence. A une
epoque, il lui eut 6X6 facile de beaucoup demander et de beaucoup
obtenir : il n'a voulu rien demander; bien plus, il a decline* l'offre
la plus gracieuse dans une circonstance qu'il convient de signaler,
Vous avez retenu qu'il s'est rendu en mission au Bresil au cours
de lannee i836. A bord de la frigate qui le portait se trouvait le
prince Louis Napoleon, expulse* de France a la suite de son aven-
ture de Strasbourg. Antoine d'Abbadie, qui avait 616 l'eleve de
la celebre M me Lenormand, se plaisait a preMire l'avenir. Le prince
l'ayant consults : « Vous serez, lui declara-t-il, appele* a gouverner
la France ; je vous donne rendez-vous aux Tuileries. » Le prince
etait, seize ans apres, President de la Republique, et comme
Antoine d'Abbadie lui rappelait que ce n'6tait pas a l'&yse'e,
mais aux Tuileries, qu'il lui avait donn£ rendez-vous : « L'^lysee,
r6pliqua le prince, n'est pas loin des Tuileries*. »
i. Le prince Louis Napoleon a fait allusion a ce fait, revile" par le Courrier
de Bayonne, le 27 mars 1897, dans une lettre, recemment publie*e, qu'il a
ecrite a sa mere en vue de Madcre, le 12 decembre i836, et 011, sans doute par
prudence, il laisse un caractere vague aux paroles de M. d'Abbadie. « 11 y a
en outre a bord, y lit-on, deux passagers qui sont deux types : i'un, M. D...,
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ANTOINE D'ABBADIB 555
Pendant la traversed de i836, le prince avait, de son cdte\ dit a
Antoine d'Abbadie : « Si jamais j'arrive an pouvoir, ce que vous
demanderez sera accord 6 d'avance. »
Devenu Empereur : « Je vous avais promis une discretion, lui
d6clara-t-il un jour a brftle-pourpoint, l'avez-vous oublie ? »
Antoine d'Abbadie lui repondit fmement : « Sire, je construis un
chateau pres d'Hendaye pour y finir mes jours. Si vous daignez, a
votre prochain voyage a Biarritz, faire pour moi quelques kilo-
metres, je me considererai comme tr&s honore* de vous voir poser
la derniere pierre de ma demeure. » L'Empereur sourit et promit.
Mais on 6tait en 1870, et Napoleon III ne retourna plus a Biarritz.
Voila pourquoi une pierre manque, et, selon la volonte* de son
ancien propri&aire, ne sera jamais pos£e, au balcon d'une des
fenetres du chateau d' Abbadia 1 ...
La simplicity des gouts et des habitudes n'a eu d'6gal chez
Antoine d'Abbadie que son eloignement des salons en vue et des
reunions bruyantes. II a recherche* le commerce discret avec les
savants et les explorateurs de tons les pays, la causerie in time oil,
dans un charmant abandon, son esprit se laissait aller aux obser-
vations les plus piquantes entrem&16es du rlcit de quelque Episode
de ses voyages. Sa vie £tait r£gl6e en deux parts, la plus impor-
tante consacrle a l'£tude. Leve" to u jours de grand matin, il faisait
deux repas d'une extreme frugality. On ne le rencontrait qu'a pied,
quelque temps qu'il fit. Pendant ses scours a Abbadia, il eHait, en
vrai Basque, coiffe* d'un beret blanc et chauss6 d'espargates. Les
exereices physiques entretenaient sa robuste sante\ On l'a vu traver-
ser a la nage le vaste espace qui, devant Saint- Jean-de-Luz, separe
Sainte-Barbe de Socoa. Jusqu'a ses dernieres annees, il jouait au
blaid a mains nues tout pres d' Abbadia. Chose etrange ! un corres-
pondent de journal, mal renseign£, a imaging de repr^senter le plus
simple et le plus accessible des hommes comme imbu d'une morgue
hautaine et infatue* de pretentions nobiliaires. M. Charles d'Ab-
badie a cru devoir, dans une lettre eloquente, protester contre les
est on savant de vingt-six ans, qui a beaucoup d'esprit et d'imagination, meies
d'originalite et meme d'un peu de singularity : par exemple, il croit aux pre-
dictions et il se mfile de pre dire a chacun son sort; II ajoute une grande foi
au magnetisme, etil m*a dit qu'une somuambule lui avait prldit, il y a deux
ans, qu'un membre de la famille de l'enipereur viendrait en France et delrd-
nerait Louis-Philippe. 11 va au Bresil faire des experiences sur l'electricite. »
1. Le recit de ce dernier episode est empruDte a M. Henri de Parvilie (n e de
la Nature du 17 avril 1897, p. 309).
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556 ANTOINE D'ABBADIE
allegations sans fondement dirigees contre son frere, allegations
dont la notoriety publique avait deja fait justice.
Plein de sollicitude pour ses metayers, Antoine d'Abbadie les
assistait de ses conseils etde sa bourse. Son in^pui sable generosite
ne se renfermait pas dans les limites de la France. Elle s'exer-
cait encore a l'etranger, mais de preference en faveur des savants,
des missionnaires et de ses compatriotes du Pays Basque. Que
de fois, a l'heure oil nous reposons tous a la ville, sa porte
ne s'est-elle pas ouverte aux jeunes religieux venant deman-
der a ses lumieres et a son experience les lecons et les conseils
n£cessaires pour le succes de leur lointaine et p£rilleuse entre-
prise !
II m'a ete afDrmequ'il avait largement contribue a l'organisation
de l'observatoire de Madagascar, et, detail piquant ! que les Mal-
gaches, qui etaient en train de detruire cet observatoire, au
moment oil ils se sont enfuis, affbies a l'approche de nos soldats,
avaient pris pour un canon la lunette qu'il avait donn£e !
Ce qui ajoute un prix particulier aux libe>alites d' Antoine
d'Abbadie, c'est le mystere dont il les a envelopp£es. M. de
Nansouty, dans un article recent du Bulletin de la Society Ramond
(1897, p. 45), a revele* avoir recu de lui, pour la publication de la
Grammaire de Pierre d'Urte, une somme de 900 francs, avec
recommandation expresse de n'en rien dire.
II semble done qu' Antoine d'Abbadie a pris pour guides de sa
vie ces deux devises de son salon mauresque d'Abbadia : « Plus
estre que paroistre », et « In labore Jelicitas », et que c'est pour
lui qu'a ete dit ce mot vrai et charmant : « Le bien ne fait pas de
bruit, et le bruit ne fait pas de bien. »
Et, puisque j ai ete anient a soulever le voile qui a cache une
partie des actes de l'homme prive, vous m'excuserez peut-£tre de
ni'engager davantage dans la voie des indiscretions, en ajoutant
que M me d'Abbadie s'est personnellement et largement associee a
ses generosites, qu'on Fa vue, pendant une epidemie de cholera,
prodiguer ses soins ct ses secours pecuniaires aux malades, et que
sa main droite ignore aussi ce que sa main gauche a donne.
Les Basques out §aisi deux occasions d'exprimer a Antoine
d'Abbadie leur reconnaissance et leur admiration. L* Association
amicale Bearnaise et Basquaise de Paris, au lendemain de sa for-
mation, Fa appele a sa presidence. En 1892, lors des premieres
fetes traditio une lies de Saint- Jean-de-Luz, un banquet lui a 6X6
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ANTOINE D'ABBADIE 55^
donn6 et, au nom de tout le Pays Basque, un makila d'honneur
lui a 6t£ offert. II en a 6t6 profond£menttouch6 et il a exprim£ ses
reraerciements dans un toast dont j'extrais le passage suivant :
«... En ces temps oil la force des choses tend k m£ler tous les
peuples, k changer les moeurs, et, h£las ! a amoindrir les belles
choses du passl, il me plait de croire que mes chers Basques se
serreront les uns contre les autres pour r^sister, dans une sage
raesure, k cet envahissement, pour conserver intacts leur langue,
leurs moeurs, leurs coutumes seculaires, leur g6nie naturel, leur
sentiment de I'honneur et de leur foi, autant de tr6sors ! C'est Ik
un faisceau sacrl qu'ils devront garder avec jalousie. Et qu'ils se
souviennent que si les grandes choses d6fendent les petites, celles-
ci defendent aussi les grandes. Elles sontcomme cesfaibles roquets
dont les jappements inoffensifs avertissent pourtant le maltre de la
maison : « II y a Ik quelqu'un, disent-ils, faites attention. »
« Eh bien ! un fragment de vieille coutume, un chant national,
un simple irrintzina, pen vent, k certains moments, jouer le rdle de
ces petits gardiens si utiles. lis peuvent rappeler, en un instant, ce
pass6, tellement ancien que la science nouvelle, habile cependant
k retrouver les origines, s'arrGte devant lui tout interdite.
« Qui sait ? cet air, ce cri, pourront faire vibrer dans une &me
basque, en m^rae temps que le souvenir du pays, un bon, un noble
sentiment, digne du vieux temps et de nos grands ancdtres.
« Chers compatriotes, disait-il en terminant, joignez vos voix k
la mienne, d£jk bien £teinte, et crions tous ensemble : Zas-
piak bat ! »
Antoine d'Abbadie assistait, avec une rare exactitude, aux
stances des compagnies ou des soci£t6s savantes dont il faisait
partie. II tenait k suivre leurs travaux et k s'y associer.
Le 1 5 mars 1897, il si£geait k l'lnstitut, au milieu de ses col-
logues, qui ne savaient ce qu'il fallait admirer le plus en lui, de la
science ou du mlpris des managements qu'exigent, k un Age avanc6,
l'£branlement de la sant£ et l'affaiblissement des forces. En
rentrant k son hotel, il en gravit avec beaucoup de peine l'es-
calier.
Les jours suivants, il ne sortit pas : il se sentait bris6 de fatigue.
II ne voulut, cependant, rien changer k ses habitudes, et il consa-
cra au travail les heures accoutum6es. Le 19 mars, il s'assit encore
k sa table pour son frugal dejeuner, mais, k bout d'6nergie, il dut
se lever et, appuy£ sur le bras de celle dont la tendre et inge-
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558 ANTOINE D* ABBADIE
nieuse sollicitude a puissamment contribu£ a prolonger ses jours,
il parvint a se trainer jusqu'& son cabinet de travail. La, son £tat
prit bientdt un caractere alarmant. Le mldecin fnt appel£ ; le
pr&tre accourut pour lui porter les derniers secours de la religion.
Le soir, la cloche de la chapelle voisine des Missions 6trangeres
annoncait le salut : Antoine d' Abbadie sembla s'unir , dans un pro-
fond recueillement, aux prieres qui s'61evaient pour les courageux
ap6tres de la foi dans les lointains pays ; puis, quand, sous le
redoublement des sons de la cloche, les fideles prosternes rece-
vaient la sainte benediction, une sorte d'extase le transflgura ; il
leva les yeux au ciel comnie si, au terme de son long voyage, il
apercevait, dans une mysterieuse vision, les montagnes 6ternelles;
sa respiration devint plus lente : tout a coup, sans lutte, sans dou-
leur, sans contraction, elle s'arrfcta... Antoine d' Abbadie avait
cesse* de vivre.
Paris lui aurait fait de belles fun6 rail les. On aurait vu marcher
derriere son cercueil l'Academie des Sciences, le Bureau des lon-
gitudes, la Soci&e de Geographic les explorateurs les plus
illustres, et, r^unis dans un deuil commun, les Basques des deux
versants des Pyr£n£es. Mais il avait, d'avance, decline toute
porape et tout honneur funebres, et sa volonte* a 6t6 ob£ie. Seule-
ment, une main pieuse et discrete a fait parvenir aux pauvres une
abondante iiberalite, supreme adieu d'un bienfaiteur inconnu.
Les corps et les soci£t£s auxquelles Antoine d' Abbadie a appar-
tenu se sont empresses d'acquitter le tribut de leurs regrets et
de leur gratitude a notre illustre compatriote f .
i. Je crois devoir reproduire ici les paroles prononcees a 1' Academic des
Sciences et a la Societe de Geographic : a Votre Eminent et sympathique
confrere, M. A. d' Abbadie, a dit M. Chatin, president de l'Acadimie des
Sciences, a la seance du aa mars 1897, qui appartenait a notre compagnie
depuis i85a comme membre correspondant, et depuis 1897 comme membre
titulaire, et qui, lundi dernier, assistait encore a notre stance, vient de
s'eteindre a i'age de quatre-vingt-sept ans, dge qui n'6tait pas encore la
vieillesse pour sa robuste constitution tant physique que morale.
« M. d' Abbadie a honor6 et fait aimer le nom francais dans ses voyages
scientiflques, au Bresil, en Abyssinie surtout, ou il penltra Fun des
premiers.
aA la fois astronome, geod^sien, geographe, physicien et numismate,
comme le rappelait M. le president Gornu, en lui remettant la medaille
Arago, M. d' Abbadie a voulu concourir, memeapres sa mort, au progres des
sciences...
« L'Academie, qui lui a decern^ les honneurs (pr£sidence et medaille
Arago) dont elle dispose, et qui eut voulu plus, veiUera pieusement,
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ANTOINE DABBAD1E 5.5Q
La presse de notre region a traduit, dans un langage £mu, le sen-
timent da Pays Basque.
ISEskualdnna, V Union Vase on gad a, le Courrier de Bayonne,
YEuskal erria, le Patriote des Pyrinies, les Etudes historiques
et religieases du Diocdse, la Revue Ramond, ont, dans de beaux
articles, d£cern6 les 61oges les plus m£rit£s au compatriote dontla
vie s'est 6puis6e a servir la grande et la petite patrie.
Parmi tons les hommages qu'a regus sa m&noire, il en est un,
discret, dict£ par nos vieilles traditions, et qui est profond£ment
touchant dans sa simplicity. Le corps d' Antoine d'Abbadie, avant
d'etre inhum£, est rest£ d6pos6, pendant dix-huit jours, dans la
chapelle d'Abbadia, od alia it 6tre creusee sa torn be. Gbaque soir,
ses metayers se sont dispute le soin de veiller, la nuit, pr&s de son
cercueil, et les pri&res jaillies de leur coeur, dans des £lans de foi
et de reconnaissance, ont d& monter k Dieu avec une force toute-
puissante...
Quandje songe qu'a moins de cinquante ans d'intervalle, deux
grands representants de deux antiques races aux nombreuses affi-
nity sont morts, animus de la mdme foi, dans le m&me bdtel, a
Paris, je ne puis m'emp6cher (sans oublier la distance que marque
le g£nie par des degr£s differ ents entre les homines de la plus
haute valeur) de faire un rapprochement et de relever un contraste :
dans sa reconnaissance, a 1'execution des voeux de son bienfaiteur, Imminent
confrere a qui eUe adresse un triste et supreme adieu. »
Le prince Roland Bonaparte, a la seance du a avril 1897 de la Societe de
Geographie, s'est rendu, en ces termes, l'interprete de cette Societe :
€ Depuis notre derniere stance de quinzaine, un voyageur hors dc pair,
M. Antoine d'Abbadie, s'est Iteint assez brusquement, a l'age de quatre-
vingt-sept ans,alorsque sarobuste constitution semblait devoir le con server
encore un certain temps a sa compagne et a ses amis.
€ Exposer les travaux qui remplireut une existence si laborieuse, ce serait,
en quelque sorte, ecrire un chapitre de l'histoire de la geographic, et nous
fa i sons des voeux pour qu'il soit ecrit par l'un des n6tres. Quant a present,
nous devons nous borner a exprimer nos profonds regrets de voir dispa-
raltre du milieu de nous un homme de grand caractere, de savoir pro fond
et d'un devouement plein de generosite aux int6rels de la science.
€ Geux qui connaissaient bien Antoine d'Abbadie nous diraient que jamais
esprit ne se consacra plus passionnement, plus exclusivement, a la recherche
de la verite et de l'exactitude ; ceux qui connaissent son oeuvre pourraient
afHrmer que jamais tache d'exploration aussi considerable, aussi solide, ne
fut accomplie par un seul.
€ Avec Antoine d'Abbadie, notre pays a perdu l'un de ces savants qui sont
l'honneur d'une nation, et notre Society un ami lldele, qui lui avait, a maintes
reprises, prouve la sincerity de son attachement. »
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O . ANTOINE DABBADIE
tateaubriand, qui a illuming le commencement de ce siecle des
Lairs de son prodigieux talent, 6pris de gloire outre mesure et
ursuivi par la trop ambitieuse id£e d'^galer Napoleon devant la
ste>ite\ a tenu a dormir son dernier sommeil dans sa Bretagne
sn-aimee, sur un rocher battu par les flots, au milieu dun cadre
andiose, propre, en frappant l'iniagination, a rappeler son nom
x generations a venir. Antoine d'Abbadie, l'intr6pide serviteur
la science, l'ami g£n£reux et incomparable de ses compatriotes,
roulu, de son cdte\ reposer dans son cher Pays Basque, mais loin
9 regards, sans signe exte>ieur de nature a eVeiller l'attention,
mine le plus inconnu des chr£tiens. Ge trait d'humilite* n'a-
eve-t-il pas d'imprinier un caractere special de grandeur a sa
He et noble physionomie ?
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APPENDICE
36
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SOClfiTfi D'ETHNOGRAPHIE NATIONALE
ET DART POPULAIRE
DISCOURS
PRONONCE A LA SORBONNE LE lf\ MARS 1 896
PAR
M. GASTON PARIS
A LA REUNION DES DBLEOUKS DBS SOCIBTBB DBPARTEMBNTALB8 DB PARIS
Mesdames et Messieurs,
C'est un grand honneur pour moi d'avoir H6 appele a pr£sider
cette reunion, qui marquera peut-Stre une date importante et
feconde dans l'histoire morale de notre pays. Je dois cet honneur
a 1' absence bien involontaire de notre cher president, M. Andr6
Theuriet; vous partagerez les regrets qu'il m'a charg6 de vous
ex primer, en y joignant les vceux les plus ardents pour l'ceuvre a
laquelle vous Stes appeWs a collaborer et dont on va vous exposer
l'esprit et l'objet.
II n'en est pas de plus intlressante, de plus digne d 1 encourage-
ment. Elle parle a l'esprit et au coeur ; elle regarde a la fois le pass6
et l'avenir. Ceux qui Font con^ue avec l'enthousiasme le plus
ardent, le plus g6n£reux et le plus d6sint£ress£, aiment passionn£-
ment la France ancienne qui nous a faits et cette France a venir
que nous contribuons a faire. lis voudraient rajeunir le genie
national en le retrempant a ses sources seculaires, a ses sources
multiples et spontanges. lis voudraient que tous les courants divers
qu'elles ont formes, tout en se fondant dans le fleuve large et
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I;
ft
SOCIETE D ETHNOGRAPHIE NATIONALE
majestueux qui les r6unit, y gardassent quelque chose de la saveur
du terroir natif, de la couleur du ciel qu'ils out d'abord refl6te\ lis
esperent que si le grand foyer oh la France actuelle concentre et
brftle sa vie sollicite lui-mgme les foyers jadis actifs, aujourd'hui
en grande partie languissants, a reprendre conscience de leur ori-
ginality et de leur 6nergie, les flammes qui ne font peut-£tre que
sommeiller pourront se r6veiller et, sous des formes nouvelles,
retrouver leur antique puissance. Est-ce une illusion? Votre pre-
sence ici sernble prouver le contraire. Vous repr£sentez en efFet,
en majority, ces groupes provinciaux qui se sont formes dans Paris
meme, et qui font, de plus en plus, de notre grande ville, non
seulement le centre, mais l'abr6g£ de la France dans toute sa varied
encore si grande et si riche. Norm and s, Bretons, Gascons, Auver-
guats, Provencaux, Bourguignons, Champenois, Lorrains, Picards,
vous avez beau Stre Francais et devenir Parisiens : vous sentez
toujours entre vous un lien plus intime; vous vous £tes envoys,
comme les oiseaux disperses d'une mgme bande, les appels connus
qui vous ont rassembl6s... Mais ces reunions, si cheres au cceur,
n'ont servi jusqu'ici qu'a en satisfaire le besoin intime. II peut, il
doit en sortir autre chose. Que toutes ces Soci£t£s de Paris, rest^es
en communication avec leurs provinces, s'efforcent d'y seconder,
d'y propager notre ceuvre, et qu'en mfime temps elles soient ici les
repr^sentantes de leurs provinces pour raccomplissement de cette
ceuvre ; qu elles servent de trait d'union entre 1'idSe commune et
son execution multiple : peut-Stre alors verrons-nous cette id6e se
r^aliser au dela ni^me de nos esp£rances. Excises par vous, que
les Soci£t£s des d£partements prennent, dans leurs regions respec-
tives, la tSte du mouvement que nous voudrions inaugurer; que
chacune d'elles se pique, dans une g£n£reuse Emulation, de faire
mieux que les autres, de savoir mieux d^couvrir, r£v£ler et mettre
en lumiere les tresors d'arts, de traditions, de po£sie de son pays,
d'en exprimer le g^nie propre avec plus de plenitude et de varied :
et l'Exposition qui doit clore ce siecle offrira un spectacle qui
emerveillera le monde et nous remplira d'une profonde et salutaire
Amotion. La France aura suscit£ ou ressuscite* une image d'elle-
ra^rae dans toute la richesse de son infinie diversity, dans toute la
puissance de son d£veloppement milllnaire, dans toute la ftcondite*
inepuisable de son g£nie. Cette image, elle se la doit, elle la doit
a la nature, qui a verse* sur elle a pleines mains ce qu'ailleurs elle
n'a donne* que s6par6ment.
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et d'art populaire 565
Est-ce done pour rien que nous sommes le pays privilege* entre
tous, qui r£unit les climats et les dons les plus opposes, qui voit
ses cdtes baign6es et par la dure mer Germanique, et par TOc^an
aux horizons sans fin, et par la mer caressante et tiede oil toutes
les grandes civilisations se sont mirees et dont les flots ont enfant^
la beaute 6ternelle? Est-ce pour rien que nos frontieres, nigme
restreintes, he7as ! enferment des regions aussi diffe>entes, des
montagnes gigantesques et des plaines infinies, un d6veloppement
incomparable de rivages et des campagnes k perte de vue, forfits et
p&turages, maigres landes et riches labours, toutes les cultures, de
Toranger au houblon, toutes les chasses, toutes les p£ches, toutes
les richesses du sol et du sous-sol, toutes les plantations et toutes
les industries? Est-ce pour rien que sous ce nom de Francais, qui
n'est pas un nom de race, mais un nom d'amour et de longue his-
toire commune, les vieux habitants primitifs dont nous ignorons
les noms, et les Iberes, et les Ligures, et les Celtes, et les Ro mains,
et les Germains, et les Scandinaves, melent aujourd'hui leur sang
et leur ge*nie? Avons-nous recu de la nature cette admirable
mosa'ique, dont les pierres multicolores forment un harmonieux
tableau, pour la laisser se perdre en une grisaille uniforme et
terne? Non : ravivons, au contraire,avec un soin jaloux, l^clat de
chacune des pierres dont elle se compose, et soyons assures que la
grande figure qui r£sulte de leur assemblage n'en ressortira que
plus distincte, plus brillante et plus ineffacable.
Mesdames et Messieurs, la question posee par la Societe d'Eth-
nographie nationale est susceptible d'etre trait^e k bien des points
de vue. Elle touche k Thistoire, k la politique, k la p6dagogie
nationale. Je n'ai pas la moindre intention d'aborder ces sujets
difliciles, ou jc trouverais plus d'un obstacle et d'un embarras. J'ai
hate de c6der la parole k ceux qui vont vous donner sur Tobjet
imrn6diat de notre ceuvre et les moyens de la r^aliser des details
precis que vous 6couterez avec interGt. Je ne veux, en terminant,
insister que sur un point de notre programme, celui oil tous peuvent
Stre d'accord, celui qui concerne Fart populaire. Sans rechercher a
serrer de trop pres la definition de ces deux mots, je vous dirai
seulement qu'ils d^signent tout jce qui se produit ou se conserve
dans le peuple, loin de l'influence des centres ur bains, en fait de
costumes, de mobilier, d'imagerie, de ffctes, de jeux, de danses, de
musique, de chansons, de contes, de proverbes, de devinettes, de
facons originates de parler. Rassembler tous ces produits, qui
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SOCIETE D ETHNOGRAPHIE NATIONALE
out se font rares et tendent a s'alt^rer, c'est faire une ceuvre
5 et excellente, quelle que soit 1' opinion qu'on ait sur la d6cen-
sation politique, administrative et intellectuelle. Qu'on les
udere avec piet£, corame les souvenirs d'un passe a jamais
t, ou qu'on les regarde avec espoir, comme les gages d'un
lir souhaite : il faut to u jours les sauver de la destruction et de
bli. Quand vous ne collaboreriez a notre ceuvre que par la,
9 auriez bien merite de la science d'abord et de la France
lite. Et vous trouverez par surcrolt a cette tache, pour peu que
3 vous y livriez avec simplicity de cceur, un attrait qui vous la
Ira de plus en plus chere. Vous serez Itonnls de ce que vous
>uvrirez de charmant ou de curie ux dans ces vieilleries d6dai-
js ; vous pourrez y prendre, m£me d'un art tr&s 61ev6, un sen-
mt tout nouveau, qui n'est pas Stranger a l'inspiration des plus
Lds maltres ; vous y surprendrez, au milieu de bien des gros-
3t6s ou des vulgarity, des delicatesses que vous ne soup<?onniez
le pas, et plus d'une fois vous serez 6mus et ravis d' entendre,
j ce qui vous semblait d'abord un gazouillement enfantin ou
le un balbutiement informe, d'entendre vibrer Fame mfime, la
lie et toujours jeune ame de notre ch&re France. C'est elle qui,
i une au fond qu'elle est diverse dans ses formes, anime ces
ibles efforts comme les puissantes tentatives de l'art pleinement
•cient. En le constatant, vous £prouverez le plaisir qu'on res-
, au sortir d'une exposition de roses embaum£es et splendides,
teillir et a respirer sur l'6glantier la fleur simple et fraiche, a
sur fine, au 16ger coloris, qui, savamment cultiv£e, a d6velopp6
u'a cette Qoraison magniGque la grace de sa corolle, l'6clat de
xmleurs et la fragrance de son parfum.
Gaston Paris.
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LA
RESTAURATION DE LA VIE PROVINCIALE
PAR L'ART ET LES MOTORS
CONFERENCE DE M. GUSTAVE BOUCHER
DONIf&B A LA SORBONNB
U 24 mart 1895
SOUS LA PR&S1DENCE DE M. GASTON PARIS
Mesdamrs, Messieurs,
Le problfeme provincial est avant tout, d'autres que nous Font
d£clar6, un probl&me d'esthltique, et aucune solution n'inter-
viendra utilement, dans le doinaine administratif ou politique,
qui n'aura €\& pr£par6e par une r£forme des nioeurs op£r£e par les
sacerdotes de l'Art enfin rendu a sa mission sociale. Et par Art,
nous entendons l'ensemble de Fintellectualite nationale, depuis
l' expression la plus rudimentaire du g£nie populaire jusqu'aux
manifestations ies plus 6 levies de la maltrise.
U ne suflit pas en effet d'enlever aux prlfets certaines preroga-
tives, d'augmenter les attributions des niaires ou des conseils
locaux, pour rendre la province habitable a tous ceux de ses
enfants qui l'abandonnent parce qu'ils ne trouvent pas au foyer
natal Tatmosphtre spirituelle, la nourriture c£r£brale, que Paris,
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SOCIETE D ETHNOGR APHIE NATIONALS
seul, est aujourd'hui k mgme de dispenser. Aussi bien la plupart
des Emigrants provinciaux n'encombrent pas la capitale pour des
motifs aussi excusables : beaucoup sont victirues d'une deplorable
Education familiale qui tend de plus en plus a discr£diter dans
l'esprit des enfants le travail manuel, le commerce ancestral, les
travaux agricoles, les petites industries; au contraire, le fonction-
narisme, les carriferes liberates, sont les seules vocations que des
parents affol6s de consideration posthume permettent a leur pro-
g£niture; pour r£aliser ce r£ve, qui s^vanouit le plus souvent
sous le souffle des pires catastrophes individuelles, il faut la capi-
tale, parce que la sont les puissants, les dispensateurs de la manne
publique.
Tant que ces pr6jug6s r£gneront, tant que le travail manuel
apparaltra comme une marque d'inf£riorite sociale pour ceux qui
le pratiquent, tant que Ton consid£rera comme une recompense
d£volue aux gens instruits ou enrichis de s'en pouvoir libe>er,
tant qu'on ne lui aura pas rendu ses lettres de noblesse, tant que
Ton n'aura pas accompli cette tache de salut democratique, les
parents aveugles continueront a pousser leurs enfants dans les
voies du fonctionnarisme. Ghaque jour nous forgeons nous-m6mes
un anneau nouveau a cette chalne. Ne nous plaignons done pas de
la tyrannic des bureaux. Cette tyrannie, nous la nourrissons de nos
pr^juges et de notre £go'isme. Devenons meilleurs, et nous serons
plus libres !
Avons-nous done un systeme a opposer a Fempirisme politique
ou administratif ? venons-nous d^velopper un plan de decentrali-
sation ?
A quoijjon?
« Ne nous mettons en souci d'enseigner la vie nouvelle, pro-
clame Frederic Mistral, a ceux qui sauront Tacquerir. La cigale
qui sort des profondeurs du sol, avant que d'en percer la croute,
s'inquiete-t-elle de la facon dont elle existera au pays de la lu-
miere ? »
« Prends ton lit et marche », disait le Christ au paralytique. Et
celui-ci marchait parce qu'il avait la foi. Laboureurs et semeurs,
voila de quoi nous occuper. Quand le bl£ sera mur, les faucilles
viendront bien d'elles-inSmes.
Mais du moins, convient-il de connattre le terrain que nous
allons labourer, de savoir ou prendre le grain que nous allons
semer.
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et d'art populaire 569
Le terrain, c'est celui des traditions franchises abolies ou d6fi-
gur£es, c'est celui des franchises intellectuelles et des activity
regionales.
Pour le grain, nous allons prier un honirae d'fitat de nous indi-
quer en quel lieu nous le trouverons.
Au cours des recentes f£tes universitaires lyonnaises, le Ministre
de Flnstruction publique, M. G. Leygues, reprenant le theme qu'il
avait deja de>eloppe a Caen, pr^conisa le retour aux Universites
regionales libres et autonomes, telles qu'elles existaient au trei-
zieme et au quatorzieme siecle. Et a ceux que pouvait Conner
I'eloge ofliciel de ce Moyen-Age tant caloinftid, M. Leygues repli-
quait cranement : « N'ayons pas peur des vieilles nouveaut£s qua
connues le treizieuie siecle ; la democratic est la saison des
audaces ! »
La question des Universites libres nest pas la seule vieille nou-
veaute a laquelle il nous faudrait revenir. Le Moyen-Age est le
grenier d'abondance de Tart national. C'est la qu'il faut aller cher-
cher le grain nouveau. La Renaissance du paganistne nous a fait
retrograder de plusieurs siecles : au regime d£mocratique de saint
Louis, elle a substitue le regime c6sarien de Louis XIV et la cen-
tralisation, qui est la consequence fatale du c6sarisrae ; elle a rem-
plac£ l'egalite dans l'Art, la liberty dans l'expression, la probite
dans la production et dans Y usage, par une hierarchie odieuse
codified dans l'edit de 1648, par l'obligation a Timitation servile
de chefs-d'oeuvre crees pour d'autres temps et pour d'autres races,
par la v£nalit£ et la fraude en faisant de l'Art un moyen d'enri-
chissement et de flatterie, et partant de decadence sociale.
Le peuple ne ressentit plus devant les nymphes, les dianes, les
amours de la Renaissance et du dix-septieme siecle, 1 'emotion qui
le poignait autrefois devant la representation sincere de person-
nages qu'il avait connus, aim£s ou halts ; il ne voulut plus recon-
naltre ses rois dans ces empereurs romains a perruque ; il se d£-
tourna de ces choses mortes et glacees : l'Art devint aristocratique,
affaire de mode, instrument de corruption et de tyrannie, car le
peuple se d£sinte>esse facilement de la liberte, lorsqu'il n'est plus
livre* qu aux app£tits materiels.
Au Moyen-Age, au contraire, chacun etait artiste. Le peuple de
chaque ville, grande ou petite, edifiait a son usage des palais comme
aucun roi n'en habita jamais. « L'£glise, £crit Michelet, 6tait le
vrai domicile du peuple. La maison de 1'homme, cette miserable
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O'JO SOGIETE D ETHNOGR APHIE NATIONALE
masure ou il revenait le soir, n'£tait qu'un abri monientan6. 11 n'y
avait qu'une maison, a vrai dire : la maison de Dieu... La vie
sociale s'y Itait refugi£e tout entire. L'homme y priait, la com-
mune y d£liberait, la cloche £tait la voix de la cit£ ; elle appelait
aux travaux des champs, aux affaires civiles, quelquefois aux
batailles de la liberty. » Aussi de quel amour entourait-on cette
maison commune ! Tons voulaient contribuer a sa parure ou a son
animation. Ymagiers, verriers, peintres, eniumineurs, tapissiers,
emailleurs, ferronniers, musiciens, pontes, dramaturges, collabo-
raient a l'envi a son ornemehtation ou composaient en son hon-
neur des hymnes -et des mystires. En m£me temps, une extraor-
dinaire floraison litt£raire s'6panouissait : satires, chansons,
fabliaux, romans, Epopees, racontaient les hauts faits des cheva-
liers crois£s, les aventures des barons f&odaux, ou critiquaient les
actes et la personne des puissants avec une liberty que nous
pourrions envier.
L'Art n'6tait done pas, dans ces temps pr6tendus barbares,
l'apanage de quelques-uns. II £tait rafime le privilege du peuple,
qui par lui s'affranchissait de la tyrannie feodale. Dans chaque
cit6, les relations que faisait nattre cette pratique en commun
des arts 6tablissaient entre artisans des liens d'ou naissaient les
corporations, les maltrises, qui assuraient la bonne fagon des oeu-
vres et defendaient les ouvriers contre Tusure et le marchandage
en fixant des lois de production selon un 6quilibre savant.
Si Fartisan trouvait dans son labeur une subsistence loyalement
assure e, s'il jouissait d'une liberty compatible avec les obligations
de son etat et les int6r£ts sacres de la communaute, eprouvait-il
au moins un bonheur Equivalent ?
M. William Morris, le restaurateur de Tart d£coratif en Angle-
terre, va nous r£pondre. Dans une conference faite a l'ecole de
dessin de la Societe des Arts a Birmingham, Tillustre artiste
sociologue, parlant des cathedrales gothiques et des merveilles qui
les remplissaient, s'exprime ainsi :
« Qui leur avait donnE (a ces artisans) les modules de ces 6glises
ou compose la decoration ? Un grand architecte, instruit a cet effet
et dispense des occupations et des fatigues du commun des mortels ?
Nullement. C'etait parfois un moine, le frfcre du laboureur, plus
souvent son autre fr&re, le charpentier du village, un forgeron, un
magon, un simple ouvrier, dont le travail quotidien elaborait des
monuments qui font aujourd'hui le desespoir et radmiration de
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ET DART POPULA1RE O^I
plus d'un actif et habile architecte. Est-ce qu'il s'ennuyait k ce
travail ? N011, c'est impossible. J'ai vu, vous avez peut-£tre vu
dans qaelque hameau ecarte qu'aucun etranger ne visite et dont les
habitants ne s'eloignent guere de quelques lieues k la ronde, j'ai
vu, dis-je, des travaux ex£cut£s avec tant de soin, de finesse et
d'invention, que rien dans ce genre ne leur est supe>ieur. Et j'af-
firme, sans crainte de dementi, que le g£nie humain n'a pu creer
des oeuvres de cette valeur sans que la satisfaction de leur auteur
fut au moins 6gale k Intelligence qui les con<?ut, au talent qui les
faconna. Ges chefs-d'oeuvre n'£taient pas rares ; le trdne du grand
Plantagenet n'6tait pas plus finement sculpte* que le fauteuil du
magister de village ou l'armoire de la fermiere.
« Quelques compensations rendaient done la vie tolerable a cette
£poque. On ne massacrait pas tous les jours, quoi que l'histoire
donne a penser; mais tous les jours le marteau r£sonnait sur l'en-
clume et le ciseau fouillait le chSne, et jamais sans que naquit de
ce contact un beau travail, une invention g£niale et, par conse-
quent, du bonheur; car j'entends par l'Art vrai la manifestation
exterieure du plaisir qu'£prouve l'homme k son travail. Je ne
crois pas qu'il puisse 6tre heureux au travail sans traduire son
bonheur particulierement dans les ouvrages qu'il excelle. »
Le secret de la renovation sociale vient de nous Stre livre :
rendez la noblesse et la probite* au travail manuel, et l'ouvrier,
aflranchi d'une complicity d^shonorante avec l'agio et l'usure,
retrouvera de la dignite* et du bonheur a son travail; en cherchant
a imprimer k ce travail le cachet de sa personnalite\ il en fera une
oeuvre d'art contre laquelle les mefaits de la concurrence n'auront
aucune prise ; sa famille vivra heureuse et fiere k l'ombre de son
inspiration et de son g£nie; sa cite* s'enorgueillira de lui, le d£-
fendra contre la tentation d'une gloire lointaine en l'entourant de
consideration et d'admiration ; ses oeuvres inspireront des poetes ;
les vers des poetes feront eclore des melodies que les paysans
apprendront, pour, k leur rythme, retrouver la joie aux travaux
des champs. Et la vie nationale, etouffi&e depuis trois siecles
sous le regime des hierarchies artificielles, reprendra son cours,
retrouvera sa grandeur et son genie propre.
Telle devrait Stre la fonction sociale de l'Art, ainsi apparait la
necessity de sa renovation.
II ne s'agit pas, on le comprend, de recommencer le Moyen-Age,
mais de renouer des traditions interrompues. Baffler, Rupert-
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5^2 SOCIETE D ETHNOGRAPHIE NATIONALS
Carabin, Carries, d'autres encore, savent, ou ont su, tout en restant
de leur temps, nous donner des 03uvres vivantes et vraiment fran-
<jaises, parce que, de rafiuie que leurs devanciers da douzieme et da
treizieme sifccle, ils sont altes demander k la nature ambiante, on
k l'expression manifesto du genie de la race, leur inspiration.
La vie provinciate se trouverait singulierement fortiftee, si le
respect du travail manuel, conduisant fatalement celui qui en est
Tobjet vers les regions de l'Art, arrivait k penetrer dans les
masses; mais suflit-il de connaitre ces Veritas et de les publier ? ne
vaut-il pas mieux les vivre en nous rapprochant nous-m£nies des
foyers eteints pour essayer de l^s ranimer ?
Sans doute, et ceux-lk seraient coupables, qui, pouvant se livrer
a l'apostolat par le fait, se contenteraient de platoniques proclama-
tions.
Je cite, & ce propos, de M. Jean Carrere, quelques lignes extraites
d'un manifeste que le jeune poete publiadans la France d'Oc apr&s
avoir quitte Paris :
« Autant que vous le pourrez, aidez au r^veil de la province en
vivant pres de la terre des a'ieux.
« Par votre attitude, vous retiendrez sur le seuil de leur ville
natale ceux qui se disposaient a l'abandonner. Vous rendrez k vos
concitoyens, ahuris par trois sifecles de soumission aux modes
parisiennes, la conscience de leur propre liberty et le d£sirde pen-
ser et d'agir par eux-m£mes. Ainsi, mieux encore qu'avec des pro-
jets de loi, vous prSparerez vraiment l'autonomie des provinces et
F^panouissement des libres cit£s. »
Mais la vie des cit£s n'est pas seule en cause. L' agriculture n'est
pas moins abandonnee que Tart manuel. Les paysans subissent la
m&me fascination que les artisans, et viennent, chaque annee, en
nombre grossissant, apporter dans les grandes villes.leur contin-
gent k Tarm^e des d£class£s et des futures r^voltes.
M. Gustave GefTroy, traitant derni&rement ce sujet, pr6voyait
que si les paysans continuaient a deserter leurs champs et a faire
la France inculte, les employes et les bourgeois iraient a leur
place, emportant avec eux leur bagage scientifique, et que la bonne
nourriciere redeviendrait feconde par leurs soins. Cette prophetic
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et d'art populaire 5y3
pourra paraltre os6e a quelques-uns ; a ceux-ci je citerai l'exemple
d'un avocat du barreau de Paris, Jacques Bujault, qui, uu jour,
jeta la robe aux orties, et s'en alia vivre en plein Poitou au milieu
des paysaus. II n'y alia pas en « monsieur », mais en rural ; il prit
la blouse, mit les bceufs sous le joug et entama le sillon. Les
paysans, comme on peut penser, sourirent dabord. L'avocat laissa
faire, il agrandit ses domaines avec le produit de ses premieres
recoltes ; il les peupla de troupeaux qui multiplierent a Fabri des
epid£mies. Alors l'adniiration succlda a Tironie... l'admiration et
Timitation aussi, et c'6tait a quoile laboureur apdtre tenaitle plus;
en cinquante ans, il a r6g6ne>e* sa province, qui est devenue Tune
des plus riches de France par ses paturages et son elevage* Mais il
a fait plus : il a attache le paysan au sol. Le Poitevin campagnard
Emigre peu : en souvenirde Maitre Jacques, il a conserve* la blouse
traditionnelle ; il envoie ses fils au lyc6e de Niort ou de Poitiers,
et ceux-ci, devenus bacheliers, entrent a Grignon pour retourner
bientdt au pays prendre la direction de l'exploitation paterae lie.
To uj ours ils ont soin, dans les marches, les f&tes, les solennit£s
publiques et ofBcielles, de placer la luisante blouse bleue sur le
vehement de derniere coupe. Et dites-moi, vous en avez vu, en
1889, de ces maires poitevins, de ces paysans cossus, qui n'avaient
pas consenti a se dlguiser en bourgeois : avez- vous remarqul qu'ils
fissent moins bonne figure que les clients de la Belle-Jar-
diniere ?
Maitre Jacques 6tait un homme de pratique, mais aussi un
theoricien ; il a publie, en langage populaire poitevin, des trait6s
d'economie rurale et domestique qui font delui le Franklin fran-
ca is. Ces trait£s se r££ditent chaque annle par cent niille exem- "
plaires, dans des almanachs qui portent son nom etcontribuent a la
fortune de ceux qui s'impregnent de leur esprit.
La proph£tie de M. Gustave Geffroy n'est done pas paradoxale.
Mais a notre 6poque m&me, n'avons-nous pas vu un autre bour-
geois, M. Paul De>oulede, dire adieu a la politique et s'en aller en
Gharente se livrer, au milieu de ses fermiers, a la reconstitution
des vignobles ?
N'est-ce pas lui qui fut redeem ment le heros d'une aventure bien
ordinaire, mais dun symbolisme vraiment grand ?
C'6tait a Saintes, je crois. Dans la boutique d'un horloger, un
paysan, accompagn6 de sa fille et de son fils, marchandait une
montre. II la d6sirait belle, bonne... et pas chere. Oh ! le paysan
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574 societe d'ethnographte nationale
saintongeois n'est pas avare ; il fut m£me prodigue taut que le
phylloxera ne l'eut pas ruin£ ; mais maintenant il faut compter. Le
commercant £tait scrupuleux — il en existe de tels ; — il d6clara
ne pouvoir garantir une montre sielle n'atteignait un certain prix,
et le paysan, a la grande navrance de ses enfants, allait partir,
laissant Ik l'objet convoke. Cest alors que M. Paul D6roulede, qui
de 1'arriere-boutique avait assists k la scene, s'avanca, et, s'adres-
sant an paysan : « Yraiment, vous ne pouvez donner de cette
montre le prix qui vous en est demands ? » Et sur la d6n£gation du
Saintongeois, Fancien d£put£ s f approcha des enfants et leur dit :
« Promettez-moi de ne jamais quitter la terre que vous cultivez, et
la montre est k vous. » Les jeunes gens promirent et emporterent
la montre, et soyez assures qu'ils tiendront parole.
Helas! nous ne pouvons pas tous, comme Jacques Bujault,
comme M. D£roulede, aller cultiver des champs que nous ne pos-
sedons pas : mais du moins, si nous savons les saisir, nous ver-
rons se multiplier sous nos pas les occasions de contribuer, dans
lamesure de nos forces, k cette renaissance de la vie provinciale,
rurale oucitadine.
Pendant les mois d'£te\ que n'allons-nous, au lieu de transporter
dans des casinos nos habitudes malsaines et de revenir k Paris,
h&les par l'air de la mer mais £puises par les veilles au jeu et au
theatre, que n'allons-nous vivre au milieu despaysans, nonpas en
protecteurs arrogants, mais en amis; participant a leurs travaux,
saluant leurs filles et leurs Spouses de ce titre de dames qu'elles
m^ritent bien, puisque, avec leurs coiffes blanches, elles perp6-
tuent le souvenir du hennin que portait la dame francaise alors
qu'on pouvait la distinguer d'une Anglaise, d'une Allemande on
d'une Autrichienne ? Consei lions leurs fils en leur racontant nos
miseres dories, nos amertumes, nos rancoeurs au milieu des villes.
Et si parfois nous entendons un de ces enfants, encourage* par la
tendresse ignorante d'une mere, manifester le d£sir d'6changer un
jour sa blouse contre le paletot de l'employe" ou du fonctionnaire,
prenons cet enfant par la main, conduisons-le sur la route, et dans
le lointain, montrons-lui le besacier cheminant sous l'ceil soupcon-
neux du fermier, et disons-lui : « Tu vois ce pauvre vaincu k qui
la loi fait un crime de sa malechance ou de son inaptitude k 1'in-
trigue : comme toi il est fils de paysan, comme toi il a voulu
^changer sa blouse contre le paletot. Le pere s'est ruin6 pour l'ins-
truire et s'est ruine* davantage pour le remplacer, k l'6poque de la
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bt d'art populaire 5^5
moisson, par des mercenaires improbes. Les usuriers ont fait
vendre le champ, et le paysan a 6te* trouve* mort an matin an fond
de son puits. Quant au fils, tn le vois. II a dans sa besace nn par-
chemin macule, d6chir£ par de frequents et inutiles depliages :
c'est son dipldme de bachelier. Veux-tu troquer ta blouse contre
son paletot ? »
Oui, allons aux ouvriers, aux paysans ; mieux, si nous le pou-
vons, devenons paysans, ouvriers nous-memes, melons-nous a
leurs f&tes ; faisons renaitre celles que l'intolerance ou l'oubli ont
tu£es ; cr£ons-en de nouvelles. Citadins, appelons chez nous, k cer-
tains jours, nos freres des campagnes pour les faire participer aux
joies de l'esprit ; campagnards, faites de temps en temps largesse
k vos freres des villes de votre air pur, de vos boissons saines, de
vos refrains rlconfortants.
Ce sont 14 les principes qui ont preside* k la fondation de la
Socilte* d'Ethnographie nationale et d'Art populaire ; ce sont ceux
qu'elle aura k deTendre.
L'id£e de notre fondation n'est pas la consequence, j'ai quelque
fierte* k le declarer, du mouvement provincialiste qui s'aflirme
maintenant d'une facon si generate et si intense ; au contraire, elle
l*a pr6c£de\ II y a quelques ann6es deji que nous en avions concu
le projet au cours de conversations que nous eftmes, k Niort, avec
le tres doux poete Emile Dutiers, qui lui, de me* me que Mistral et
Emile Pouvillon, n'a jamais quitte* sa province. C'est en parlant
de nos belles paysannes poitevines, de nos Mothaises, ces Arle-
siennes de l'Ouest, en nous extasiant sur les admirables sympho-
nies de nuances claires que jouaient sur nos promenades les
theories de jeunes campj&gnardes, que des d6sespoirs nous £trei-
gnaient en pensant k la disparition prochaine de toutescesbeaut£s,
de toutes ces genialit^s. Et nous cherchions le moyen de r6agir.
Notre projet a £te* pour la premiere fois rendu public dans une
reunion tenue k la mairie Drouot, le i5 d^cembre 1893. Depuis,
il n'a cesse* de rencontrer des sympathies qui lui ont permis de
prendre corps, et la Soci&e* d'Ethnographie nationale a£te* fondle,
gr&ce au denouement et au talent de mon excellent ami M. Barthe-
lemy, qui a amene* k nous toute une pl&ade de noms illustres.
L'Etat, en la personne de deux de ses plus 6minents fonction-
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I:
SOGIETE D ETHNOGRAPHIE NATIONALE
naires, nous a secondes, et vous n'en serez pas surpris, lorsque
voas apprendrez que les deux fonctionnaires dont il est question
etaient hier encore les collaborateurs du ministre qui redamait
la liberty et l'autonomie pour les University regions les recons-
titutes.
Ce m'est un devoir tr£s doux de remercier M. Xavier Gharmes
et M. le Directeur des Beaux- Arts du patronage si prlcieux qu'ils
nous ont accords jusqu'a ce jour, et qu'ils nous continueront sans
aucun doute.
Notre programme s'enonce enquelques lignes :
« Repandre le goftt des Etudes traditionnistes franchises ; reagir
dans la mesure du possible contre 1'unification chaque jour plus
complete des moeurs et des modes ; mettre en relief les industries
d'art propres a chaque contrle ; inciter an respect pour les mille
objetede la vie locale ayant un caract&re d'originalite ; faire con-
nattre par des expositions, des representations, des conferences,
les parlers, les chansons, les danses, les legendes, la musique, la
literature de chaque province », tels sont ses points essentiels.
11 ne difTere pas, sans doute, de celui dont beaucoup d'initiatives
privies, d'eftbrts locaux, de societes savantes, poursuivent la reali-
sation ; mais toutes ces tentatives isoiees, partielles, et qui se can-
tonnent le plus souvent sur le terrain de l'£rudition pure, manquent
d'un lien qui permette le reveil simultane et methodique des acti-
vity provinciales.
Nous avons l'ambition d'etre ce lien ; non pas en centralisant —
ce que nous voulons 6viter a tout prix — ces efforts divers sous
une direction unique, mais en les encourageant par notre aposto-
lat, en agissant par persuasion sur les volontes indecises, en pro-
voquant des concours nouveaux et peut-fitre, a tort, dedaignes jus-
qu'ici. Nous ferons des conferences ; nous susciterons des exposi-
tions, des fetes locales sp6cialement destinies a faire connaltre et
aimer par leurs compatriotes les artistes, les musiciens, les litte-
rateurs du terroir. En un mot, nous voulons, comme Ta defini avec
tant de justesse Frederic Mistral, dans la lettre d'adhesion qu'il
nous a adressee, « faire comprendre a la pauvre province mouton-
niere que Paris est hautement sympathique a tout ce qui est pro-
vincial dans le meilleur sens du mot ; apres quoi, elle reviendra,
attendrie, a sa vie naturelle et propre, comme l'enfantprodigue au
foyer domestique ».
En outre, nous apporterons a TEtat la collaboration la plus active
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et d'art populaire 577
pour rorganisation de la section des provinces a l'Exposition de
1900, section pour laquelle nous avons des 189a concu un projet
qui pourra etre utilise sinon dans son ensemble, du moins dans
quelques-unes de ses parties.
Voila l'oeuvre patriotique a la realisation de laquelle nous vous
convions. Notre mission est une mission populaire ; c'est done a
tous que nous nous adressons, e'est aux concours les plus divers
que nous faisons appel. Pour re*ussir, nous devons commencer par
une sorte de reconstitution des provinces au sein m&mede Paris en
instituant des comites qui auront sur leur region unelibre prepon-
derance. Nous esp£rons done que de chaque society provinciale
existante, un membre, ou plusieurs, a titre individuel ou comme
element d'affiliation de leur association a la ndtre, viendront gros-
sir nos rangs et elargir le champ de notre action.
II est bon que ce mouvement parte de Paris. « Paris, comme le
dit Mistral, qu'il faut to uj ours citer en ces questions, Paris est un
levier tout-puissant pour le bien comme pour le mal ; Paris plus que
jamais est assoiffe de renouvellement, Paris est comme l'ivrogne
qui soupire apres un verre d'eau fralche. Profitons de l'ecoeure-
ment, de la satiete qu'il a de son vieil ordinaire, pour lui montrer
les belles grappes qu'il ne tient qu'a lui decueillir dans une France
renovee. »
Provinciaux, mes freres, aidez-nous done dans notre croisade !
aidez-nous, comme l'ecrivait si eloquemment l'anonyme auteur de
l'etude parue ces jours derniers dans la Nouvelle Revue, aidez-
nous a « rappeler les campagnards a leurs champs, les provinciaux
a leurs provinces, les coutumiers a leurs coutumes : restaurons
cette idee de la petite patrie, sans laquelle l'idee de patrie est trop
vaste, devient metaphysique, sujette a contro verse, parce qu'elle
n'est plus dans le sang et passe dans la discussion ». Laissons pous-
ser en liberte, sur le chgne robuste de notre langue nationale, le
gui sacre des idiomes locaux. Revivifions les sources de Tinspira-
tion francaise par l'amour de nos legendes, de nos chansons, de
nos epopees, de nos fttes traditionnelles, de nos coutumes. Et
ainsi, apres avoir cueilli les grappes savoureuses qui m&rissent,
abandonees, nous irons ensemble vers la vie, vers la joie !
Gustave Boucher.
37
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BUREAU DE LA SOCIETY
PRESIDENTS d'hONNEUR
MM. Xavier Charmes, membre de l'lnstitut ;
Henri Roujon, directeur de8 Beaux-Arts.
PRESIDENT
M. Andr6 Theuriet, de l'Acad6mie fran^aise.
VICE-PRESIDENTS
MM. Bonnat, membre de l'lnstitut ;
N...
secretaire gEnEral
M. Gustave Boucher.
SECRETAIRE ADJOINT
M. Johannes Plantadis.
trEsorier
M.N...
COMMISSION D'INITIATIVE
MM. L6once BEnEdite, conservateur du Musee du Luxembourg ;
De Fourcaud, professeur k TJ&cole des Beaux- Arts;
Ed. Garnier, conservateur du Mus6e de Sfcvres;
Vincent d'Indy, professeur au Conservatoire ;
Georges Lafenestre, membre de l'lnstitut, conservateur de
la peinture au Mus6e du Louvre ;
Armand Landrin, conservateur au Mus6e du Trocad^ro ;
Paul SEbillot, secretaire g6n£ral de la Society des Traditions
populaires
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SOGIETE D ETHNOGRAPHIE NATIONALS
COMITt
Ars&ne Alexandre, critique d'art;
Baguenier Desormeaux, industriel ;
Ant. Barth£lemy, charge de mission du Minist&re des Beaux-
Arts;
Charles Beauquier, d6put6 ;
Bigard Fabre, chef de bureau & la Direction des Beaux-Arts ;
Prince Roland Bonaparte ;
Charles Bordes, directeur des Chaoteurs de Saint-Gervais ;
Bourgault-Ducoudray, professeur au Conservatoire ;
Armand Dayot, inspecteur des Beaux- Arts ;
Gaston Dbschamps, critique au Temps ;
Paul Desghanel, d£put£ ;
Guillaume Dubufe, artiste peintre ;
G61is Didot, directeur de YAH pour tons;
Oct. Grousset, chef ^institution ;
D r Hamy, membre de l'lnstitut ;
Gabriel Hanotaux, de V Acad6mie fran^aise ;
Gaston Paris, de l'Acadlmie fran$aise ;
Comte de Puymaigre ;
F£lix R£gamey, artiste peintre ;
Antonin Proust, ancien Ministre des Arts ;
Roger Ballu, inspecteur des Beaux-Arts ;
A. Saglio, sous-commissaire des Expositions ;
Sarradin, r£dacteur au Journal des Dibats;
Julien Tiersot, professeur au Conservatoire ;
Charles Yriate, inspecteur des Beaux- Arts.
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STATUTS
Article premier
II est forme k Paris one Societe sous le titre de : Sociftrf
d'Ethnographie nationals et d'Art populaire.
Cette Society a poor but :
i° De r£pandre, concurremment avec les Societes similaires
distant k Paris ou en province, le gout des etudes traditionnistes
francaises; le respect pour les mille objets de la vie locale ayant
un caractere d'originalite, et dont la conservation importe k In-
telligence de notre vie nationale ;
a D'encourager, en mettant en lumiere lmterGt qu'elles pre-
sentent, les industries d'art propres k chaque province, autres que
celles continuant des styles disparus ;
3° De mettre en relief, par des expositions, des representations,
des auditions et des conferences, Tart populaire disparu ou exis-
tant, les legendes, le parler, la musique, les chansons, la danse, la
literature de chaque province ;
4° De contribuer, dans la mesure de son action, a l'eclat de la
section d'Ethnographie et d'Art populaire k l'Exposition univer-
selle de 1900.
Article 2
La Societe se compose de membres actifs et de membres corres-
pondants.
Nul ne pent devenir membre actif s'il n'est presents par deux
societaires.
Pour devenir membre correspondant, il suilit d'adresser son
adhesion au Secretaire general.
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58a societe d'ethnographie nationals
Article 3
La Societe est regie par uu Bureau, par une Commission d'ini-
tiative et d'adniinistration; et par un Comity.
Le Bureau et les membres de la Commission dinitiative se re-
crutent parmi les membres du Comity.
Article 4
Le Bureau comprend :
Deux Presidents d'honneur ayant voix consultative et delibe-
rative ;
Un President ;
Deux Vice-Presidents ;
Un Secretaire general ;
Un Secretaire adjoint ;
Un Tresorier.
Le premier Comite et son Bureau sout nomm£s pour une period©
de six annees k partir du i ep Janvier 189$; aprfcs cette peri ode, la
duree des mandats sera modifiee.
Article 5
Chaque societaire paie une cotisation annuelle de 10 francs.
Nul n'est engage au delk de sa cotisation.
Le societaire pent racheter sa cotisation moyennant le verse-
ment, une fois fait, de 100 francs.
Article 6
Le montant des cotisations annuelles et les dons que pourra
recevoir la Societe, ainsi que les subventions qui pourront lui etre
accord ees, seront employes k solder les frais d'administration,
local, installation, publication.
Article j
Le deces ou la demission d'un membre ne constitue, soit au profit
du societaire demissionaaire, soitau profit des heritiersdu membre
decede, aucun droit de repetition sur les sommes par lui versees
ou sur l'actif de la Societe.
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et d'art populaire 583
Article 8
Le Comity se r£unit une fois par mois; le Bureau convoque
extraordinairement lorsque leg circonstances l'exigent.
En l'absence du President et des Vice-Presidents, les stances
sont pr6sid6es par le plus ancien des membres presents. Les deci-
sions sont prises a la majority des voix. En cas de partage, la
voix du President est pr6pond£rante. Nul ne pent voter par pro-
curation.
Article 9
La Society d'Ethnographie nationale et d'Art populate a son
siege au Palais de l'lndustrie.
Le TrSsorier reprlsente la Society en justice, et dans tons les
actes de la vie civile.
Articles additionnels imposes aux SocUtte
par la Prefecture de police
Article 10
Le President fera connaitre a l'autorit^ compltente les change-
ments survenus dans la composition du Bureau, et, chaque ann£e,
lui adressera un compte rendu sur la situation morale et financi&re
de la Society.
Article ii
Les discussions politiques et religieuses sont interdites dans les
reunions.
Article 12
Nul ne pent assister aux reunions s'il n'a 6t6 recu membre actif
dans la forme pr£vue par les statuts,
Article i3
La Soci^te devra se pourvoir dune autorisation sp£ciale pour
chaque ftte organis£e par ses soins a laquelle seraient admises
d'autres personnes que les soctetaires.
Article 14
Nul ne pent Stre 61u membre du Bureau s'il n'est Francais, ma-
jeur, et ne jouit de ses droits civils, civiques et politiques.
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sogiete d ethnographie nationale
Article i5
e dissolution, la liquidation s'eflectuera suivant les
oit common.
Article 16
modifications aux statute, la Soci£t6 devra demander
k la Prefecture de police l'autorisation prescrite par
du Code p6nal.
lutorisation pr&fectorale du 3i dicembre l8g4)
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INSTRUCTIONS SOMMAIRES
RELATIVES AUX
Collections provinciates d'Objets ethnographiques
PAR
HH. ARMAHD LANDRIN ET PAUL StBILLOT
L'Habitation
Architecture splciale aux diverses regions, principalement en
ce qui concerne les habitations rustiques.
Aire g6ographique dun type de construction.
Constructions rustiques pr6sentant un type primitif (huttes de
sabotiers, de charbonniers, etc.).
Transformations op6r6es en ce si eel e. Recueillir les anciennes
gravures, les dessins ou sculptures repr6sentant les demeures
d'autrefois.
Rites de la construction (libations a la pose de la premiere
pierre ; bouquet lors de la lev6e de la charpente, etc. ; pronos-
tics).
Ornements exterieurs. — Sculptures ou inscriptions au-dessus
des portes (calice sculpts d6signant la demeure d'un pretre ; un
compas, celle d'un menuisier ; « Dieu blnisse X..., qui a fait batir
cette maison »).
Formes particulieres des portes et fenetres.
La toiture. — Comment elle est formed.
Epis en faience ou en plomb sur le sommet du toit ou sur le
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586 COLLECTIONS PROVINCIALES
haut des fenfires des greniers (faiences verniss^es repr£sentant
des mousquetaires, dix-septieme siecle ; Fr6d6ric de Prusse, dix-
huitieme siecle ; des coqs ou des gendarmes, dix-neuvi&me
sifecle).
Ardoises sculpt6es portant la date de la toiture.
Pierres amul6tiques mises sur le toit pour preserver de la foudre
ou des mallfices.
Mobilier et Interieur
Disposition g6n£rale.
Comment le mobilier est plac6 dans la maison principale ; le lit
du maltre ; la place d'honneur au foyer.
Forme des lits (lits a colonnes torses on en quenouilles, lits se
fermant avec des portes ajourees, lits a plusieurs Stages).
Ornements sculptes dans le bois ; faiences, draperies ou images
qui les ornent.
Croyances en rapport avec le lit (en certains pays, T6pous6e doit
apporter le sien ; « un lit mal orients peut porter malheur » ;
objets protecteurs du lit).
Les armoires. — Formes anciennes ; formes modernes ; sculptures
des panneaux ; inscriptions et dates.
Arrangements int£rieurs ; souvenirs ou prgservatifs.
Ceremonies a l'entr£e de Tarmoire d'une epousee.
Hets ou huches & pain. — Leur forme, leur place ; respect qu'on
leur porte : on ne doit pas s'asseoir dessus, non plus que sur les
tables oil Ton mange. Formes des tables rustiques.
Panetieres ou perches a pain : formes et ornementations ; coffres ;
horloges et coucous.
Dressoirs : comment est disposed la vaisselle ; sea formes les
plus habituelles.
La cheminte. — Comment elle est disposed ; sa forme ; celle de
la pierre du foyer ; plaques de chemin£e ; landiers ; tourne-broches
et leurs contre-poids ; pincettes.
La pose de la crSmaillere.
Croyances relatives au trepied, aux mar mites, aux bassines,etc.
Leurs diverses formes : changements depuis le commencement de
ce siecle.
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d'objets ethnographiques 587
ficlairage rustique; chandeliers on porte-rSsine : lampes en
poterie ou en mStal : leurs noms et leurs formes ; lampes a mesu-
rer Fheure.
Ustensiles divers de cuisine : plaques en poterie ou en mStal
pour les galettes, avec les ustensiles accessoires. Soufflets ornSs ;
fusils a souffler.
Boltes a sel; boissellerie ; cuillers ou fourchettes, couteaux,
leur ornementation.
Ornements du dessus de la cheminSe (Vierge, chandeliers, fu-
sils, images).
Decoration intirieure. — Images populaires, statuettes, souvenirs
(numSros de tirage, certificats, brevets, etc.) ; ornements en jonc,
paille, etc. ; dScoupages.
Tables, chaises, bancs.
Yaisselle. — Vases en Stain ou en poterie ; leurs noms ; inscrip-
tions ou signes, dessins peints ou graves. Faiences patronales.
Pichets pour porter aux champs ; pots a puiser de l'eau.
Ghaufferettes, chauffe-lits.
Ustensiles servant au lait, a la fabrication du beurre (moules a
beurre ornSs), a celle du fromage.
Pots k conserver le beurre.
Moules a chandelles.
Rouets, dSvidoirs. — Formes, noms, transformations, croyances
(en certaines saisons, le rouet ne doit pas Stre mis en mouvement,
ne doit pas Stre transports, etc.).
Quenouilles sculptSes.
Bibelots et ustensiles divers. — PiSges a mouches, a souris ou a
rats (conjurations), moustiquaires.
Plaques a repasser le linge; objets en poterie de formes va-
rices qui contenaient la braise : leurs noms a cause de leurs
formes. Battoirs de lavandiSres. Guviers a lessives, en bois ou en
poterie.
D6pendances de la Maison
Les Stables. — Comment elles sont disposes. Rites au moment
ou on les amSnage, ou un nouvel animal y entre.
Amulettes des Stables et des animaux.
Les cellier8. — Formes des tonneaux, des pressoirs.
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588 COLLECTIONS PROVINCIALES
Gours et jardins. — L'aire ; c£r£monie de l'aire neuve; malpro-
pret6 des cours de ferme ; leurs cldtures.
Formes des puits : maniferes de puiser de l'eau. Offrandes aux
puits et aux fontaines (pain au premier de Fan, tison de la saint
Jean).
Les auges.
Formes des ruches d'abeilles. Groyances et superstitions.
Les magnaneries; coutumes, etc.
La loge du chien ; formes de colliers.
Agriculture
Formes anciennes des charrues araires, se terminant, comme
jadis en Auvergne, par des silex ; ornements et amulettes des
charrues; superstitions qui s'y rattachent.
Outils. — Formes particuli&res des baches, des houes, etc. ; leurs
pieds, ornements ou marques.
Charrettes. — Formes et ornements divers : celles qui sont en
figure de carfene, comme dans le Finistfere, ou qui rappellent les
tralneaux (region des Alpes) ; croyances qui s'y rattachent ; super-
stitions des charretiers ; ornements des fouets ou des aiguillons ;
formes des brouettes.
Les b£tes de trait. — Ornements des jougs k boeufs, des colliers
de chevaux ; peau de blaireau ou de tout autre animal plac6e sur la
croupe; houppettes et fibules; cris pour faire avancer.
Les troupeaux. — Sonnettes des vaches et des boeufs ; houlettes
des bergers ; ornements des chiens ; croyances, superstitions et
chansons des bergers ; signes 61ev6s par les bergers ; signes qui
montrent que des champs ne doivent pas fctre traverses ; cornes
pour appeler ; morceaux de bois ou plumes pour einpScher les ani-
maux d'entrer dans les champs.
Les foins. — Formes des faux, et en parti culier des pieds ;
ornements, croyances, le chant de la faux ; coutumes de faucheurs ;
pierres & aiguiser : leur 6tui, ses ornements ; premiere et derni&re
charrette ; coutumes des faneuses ; conjurations contre le vent.
La moisson. — Formes des faucilles ou des faux; premi&re et
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d'objets ethnographiqubs 589
derniere gerbe ; modes divers de battre le bl£ ; fl£aux et formes
anciennes.
Formes et meales.
Amulettes et gpouvantails des champs ; branches b&iites ; conju-
rations contre ies mulots; feux ; mannequins ou instruments pour
Eloigner les oiseaux des r^coltes.
Cueillette des fruits (raisin, pommes, olives, etc.) ; formes parti-
culieres des paniers ou des instruments destines k la r6colte.
Pressoirs. — Leurs formes et celles des instruments accessoires ;
lss cuves; amulettes et superstitions.
Tailles de compte. — Comptabiiit£s primitives ; balances ; poids ;
mesures de longueur et de super ficie ; mesures orn^es.
Alimentation
Les moulins. — Formes anciennes des tours, des moulins carr6s
et des moulins k eau. Maniere de disposer les voiles ; leur langage
t£l£graphique. Croyances en relation avec les meules ou la cons-
truction des moulins. Moulins portatifs.
Fabrication du pain. — Formes des p^trins; leurs ornementa-
tions ou leurs inscriptions. Croyances relatives k la panification.
Saints qui y president.
Jattes pour transporter la p&te.
Formes des ustensiles pour enfourner. Dispositions particu-
lieres des fours ; leur fermeture (la pierre 6tait autrefois orn£e
dune croix).
Fabrication des galettes de sarrazin ou de mais : instruments.
Les bouillies d'avoine, de sarrazin, etc.
Moeurs 6pulaires. — Ordre des repas. Comment ils ont lieu.
Tables oil se trouvent des trous en forme d'Scuelle. Libation de la
premi&re cuiller6e de soupe ou de bouillie. Les pr£s6ances : gi les
hommes mangent avec les femmes, ou les ouvriers avec les maltres ;
metiers qui ne s'asseoient pas avec les cnltivateurs : tailleurs en
Bretagne.
L'hospitalitl aux pauvres ou aux passants.
Patisseries locales. — G&teaux k formes humaines ou animates ;
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590 COLLECTIONS PROVINCIALES
a quelles epoques ils etaient fabriques (Noel, Pftques, etc.)- Varia-
tions du type jusqu'a nos jours; alterations de formes; gateaux
phaiiiformes se modifiant peu a peu.
Moules a patisseries ; fers a gaufres.
Chasse et peche. — Pifeges, armes rustiques, appeaux; chaperons
et autres objets de fauconnerie. Filets et flotteurs de fabrications
locales; ardoises rempla$ant les plombs de filets; hame$ons de
bois, nacre, etc. ; pieges k poissons et crustac£s.
Metiers non agricoles
Apprentissage : formes du contrat; symboles, brimades, bien
venues.
Passage d'apprenti a ouvrier ; redevances a payer ou survivances
de cette coutume.
Habillements ou ornements particuliers a un metier.
Fetes civiles ou religieuses des metiers.
Souvenirs des anciens chefs-d'oeuvre.
Marques d*artisan. Mereaux. Banniires de corporations.
Metiers m£prises (tailleurs, cordiers).
Metiers honoris (forgerons, menuisiers).
Ghapelles ou oratoires de corporations. Signes grave* sur les
tombes.
Marques de metiers (aigles de masons ou de charpentiers).
Marchands
Coutumes de marches.
Enseignes ou emblemes particuliers a certains commerces.
Superstitions de marchands et d'acheteurs.
Dispositions particulieres des boutiques.
Transports
Formes particulieres des bateaux; ornements, amulettes.
Ancres de pierre. Vehicules divers; charrettes, traineaux. Pro-
cedes de locomotion sur la glace ou la vase ; patins, raquettes,
a$ons, etc.
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d'objets ethnographiques 591
Fabrications locales
Rechercher principalement celles qui se rattachent au mobilier,
telles que les meubles, armoires, lits, cofires, dressoirs ; la boissel-
lerie ; la vannerie.
Celles de poteries ou de faiences.
Celles qni tiennentaux mltaux (pieces defer orn£es ou sculpt6es;
poterie detain; croix ou bagues locales, £maill£es ou ornles de
pierres; croix normandes, 6maux bressans; bijoux avec encrines
des Alpes).
Industrie de la paille et du jonc; corbeilles, chapeaux.
Industrie de la dentelle et de la broderie.
' Relever : a) les ornementations particulieres a chacun de ces
groupes.
b) Les 6poques oil les produits £taient mis en vente ; qui les
achetait.
c) Oh se trouvent des specimens de ces diverses industries.
d) Quelles sont celles qui subsistent; celles qui ont disparu.
e) Rechercher dans les archives ou les livres les passages qui
s'y rapportent.
Les Vdtements
Anciens costumes locaux; leur aire glographique.
Description de leurs diverses parties.
Par qui ils Itaient tiss£s, tailless ou cousus. Anciennes fabriques
locales.
Dessins, photographies ou poup6es les repr^sentant.
Musses ou collections oft ils figurent.
Bibliographic des livres qui les ont d6crits ou represented. Re-
cherches dans les anciennes gravures, dans les sculptures et dans
les vitraux des formes des costumes d'autrefois.
Coiffures : Coiffures de femmes; leurs transformations ; leur aire
glographique.
Dispositions particulieres des serre-t£te, des capuchons, etc.
Coiffures de marine.
Coiffures de deuil ou de culte (usage de detacher les 6pingles
pour aller communier).
Peignes rustiques : leur ornementation.
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!>92 COLLECTIONS PRO VINCI ALES
Coiffures masculines. — Ghapeaux ; rubaus qui les ornent (glace
ou ornement provenant de p&lerinage).
Bonnets, burets, etc.
Bijoux. — Boucles d'oreilles.
Bagues de fiangailles (mains entrelacles); de souvenir (t&te de
mort, dent enchassle).
Perdre son anneau porte malheur.
fepingles de corsage : 6pingles de bois ; superstitions.
fipinglettes orndes de houppes ou de fibules.
Croix de femmes.
Boutons de calotte orn£s ou de fabrication locale (bouton double
en buis). Boutons avec dessins.
Crochets a suspendre les ciseaux; porte-quenouille ; porte-
aiguilles a tricoter sculpt£s dans des noyaux, des coquillages, etc.
Souliers anciens.
Sabots : leurs formes, leur ornamentation.
Les bas et les jarreti&res.
Batons de formes singuli&res.
La Vie humaine
La naissance. — Premier bonnet. Formes de berceaux. Emmail-
lottement. V&tements.
Ustensiles pour aider a apprendre k marcher.
Bonnets des gar$ons et des filles : signes qui les distinguent ;
bonnets a amulettes. Colliers-amulettes.
Biberons rustiques.
Cuillers et Scuelles a bouillie.
fecuelles d'accouchle. Gateaux de relevailles.
Parrains et marraines : leurs fonctions, cadeaux aux enfants ou
aux assistants.
L'dcole et le catichisme. — Coutumes scolaires; punitions parti-
culates (bonnet d'ane, etc.). Jeux a F6cole. L'aller et le retour de
l'6cole.
Coutumes de cat6chisme.
Le tirage au sort. — Amulettes et superstitions. Coutumes de J
consents au depart du bourg, a la ville, au moment de se rendre a
l'arm6e.
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d'objbts ethnographiqxjbs 593
Le baptgme. — Bonnets de baptgme. Insignes de parrainage.
Le mariage. — Comment on se fait la cour. Presents aux amou-
reuses; quenouilles sculpt6es, affiquets pour tricoter, rubans, etc. ;
mani&res symboliques d'encoarager ou de repousser les amou-
reux ; moyens de se faire aimer ; ordalies pour savoir quand et avec
qui on se mariera.
Les demandes en mariage : les entremetteurs; les formules de
demande ; conventions et fian^ailles ; transport du mobilier.
Jours favorables ou nlfastes; pronostics tir^s du temps ou de
diverses circonstances.
Toilette de la marine ; comment et par qui elle est faite ; orne-
ments symboliques. Souvenir des manages par capture; obstacles
sur la route des maries; presages a l'£glise. Arriv6e a la maison ;
usages singuliers a 1' entree (balai devant le seuil, quenouille).
Repas de noces : gateaux particuliers.
Danses.
Goucher de la marine. Roties et soupes.
Charivari aux veufs ou aux personnes de mauvaise vie.
Le manage et la famille. — Situation du mari et de la femme
vis-a-vis Tun de 1' autre. L'autorit6 au dehors ou au dedans. Repar-
tition des fonctions.
La mort. — Signes avant-coureurs : pronostics tir£s des oiseaux,
insectes, etc.
L'agonie : usages particuliers.
Habillement du mort. Veill^es mortuaires.
Ghapelles ou le mort est expose. Signes ext£rieurs du deuil
(maison, chemin, etc.).
Argent dans la main ou la bouche du mort. Libations. Lessive
apr&s 1'enterrement. Cachets pour sceller la bouche des morts.
Formes des bi&res ; par qui le mort est port£ ; usages sur la
route, a Tentr^e et a la sortie de l^glise. L'enterrement, pleu-
reuses; chants mortuaires ou survivances de cette coutume.
Comment sont disposes les tombes; stales et pierres tombales ;
souvenirs places dessus ou auprds.
Couleurs et formes des vfttements de deuil; grands manteaux ;
coiffes non empesees, etc.
Danses mortuaires.
Arbres et plantes funeraires.
-38
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594 COLLECTIONS PROVING I ALES
Jeux des enfants
Joujoux rustiques fabriqu6s a leur intention : petites charrettes
de saule; joujoux de jonc; sifflets; toupies; instruments de balis-
tique (arcs, frondes, arbalfetes).
Musiques rustiques.
Formulettes et coutumes de jeux.
Rebates de petits bateaux.
Jeux d'adultes ; jeux en commun
Jeux dans lesquels il y a lutte.
Survivances du papegai.
Jeux de balle : la soule ; boules ; quilles, etc.
Plantations de mais; jeux de cartes, tarots, etc.
Les Arts populaires
Instruments de musique rustiques. Airs populaires. Danses lo-
cales. Survivances de danses kieratiques. Sculptures et gravures
ex6cut6es par les patres et les paysans ; ornementation d'objets
divers. Broderies. Dessins sur rochers et arbres. Images popu-
laires. Tatouages.
Veiltees
Gomment elles se tiennent.
Contes, legendes, chansons, devinettes, etc., qui s'y disent ou y
sont chantees.
Differences entre les veill£es d'autrefois et celles de nos jours.
Heros populaires.
Gultes
Materiel des Cultes. — Anciens vStements sacerdotaux particu-
liers; encensoirs, sonnettes, etc.; roues de prieres a sonnettes;
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DOBJETS ETHNOGRAPHIQUES 09D
fonts baptismaux ; reliquaires ; troncs de carrefours ; dessins de
croix de cimetieres singuli£res; vuesde calvaires; cierges orn6s;
confr£ries religieuses (costumes, insignes, etc.); lustres de la
Ghandeleur.
C6r6monies religieuses. — PMerinages (ex-voto, enseignes et
souvenirs de p£lerinage ; images de plomb, rubans a inscriptions,
croix, coquillages, sachets, rosettes, m£dailles, etc.); Saints gu6-
risseurs (sachets, cordes, etc., vendus a leurs chapelles; ex-votoen
cire et en m<Hal) ; fete de l'fipiphanie (images pour tirer les rois,
gateaux sp£ciaux); fete des Rameaux (rameaux b£nits, raineaux
que portent les enfants) ; fete de Paques (oeufs de Paques orn^s de
dessins, gateaux sp^ciaux); fetes de mai (arbres et couronnes de
mai) ; fete de la saint Jean (couronne de feux de la saint Jean,
souvenirs du feu de la saint Jean, roues qu'on enflamme a la saint
Jean, bouquets d'herbes de la saint Jean, beurre de la saint Jean,
etc.) ; fetes de Noel (b&ches de Noel, souvenirs de cette fete aux-
quels on attache des idees superstitieuses) ; images et dessins des
statues de Saints locaux.
Superstitions
Sorcellerie. — Amulettes, gardes, phylact^res, talismans et
autres objets de superstition (pierre de foudre, pierre de serpent,
pierre de petite v£role, pierres guerissant les maladies des homines
et des bestiaux, etc.) ; porte-bonheur (monnaies perches ou mar-
quees, os de poissons, cornes de lucanes, animaux divers, eiligies);
cuillersde peste ; formules magiques £crites ; inscriptions magiques
ecrites ; inscriptions magiques sur les maisons ; dessins cabalia-
tiques ; bagues avec dents humaines enchassees ; dents d 'animaux,
yeux dess£ch£s et haches pr^historiques, perches ou mont^es en
bijoux ; bagues et bijoux divers contre le mauvais ceil ; ligatures
d'herbes ; colliers d'ambre; brius.
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TABLE DES MATURES
INTRODUCTION
De Fourcaud : Discours prononc6 a Saint-Jean-de-Luz a Tocca-
sion de Fouverture du Gongres de la Tradition Basque, le
i5 aout 1897 3
PREMIERE PARTIE
Bernardou : Gompte rendu des fetes de la Tradition Basque a
Saint-Jean-de-Luz, du i5 au 22 aout 1897. — Discours de
MM. GOYENECHE, LlZARRITURY, LEON BoNNAT, GUSTAVE
Boucher 4 1
— L'Exposition d'Ethnographie et d'Art populaire de Saint-Jean-
de-Luz, du i5 au 22 aout 1897 5?
— Laureats des fStes de la Tradition Basque. Poesies couron-
nces . . . 78
DEUXlfiME PARTIE
TRAVAUX ET COMMUNICATIONS
D r R. Collignon : La Race basque, £tude anthropologique . . 96
Adrien Plante : Les Basques ont-ils une histoire ? 11 1
Alexandre NicolaX : Basques d'autrefois 141
Berdeco : Goutumes morales du Pays Basque 167
Louis Etcheverry : Les coutumes sucessorales du Pays-Basque. 179
Garmelo de Eghegaray : L'ide'e religieuse dans la famille
basque 193
Clement Hapet : La contrebande au Pays Basque so3
Antonio Arzac : L'^migration 211
Ducere : Recherches historiques sur les corsaires de Saint-Jean-
de-Luz 217
Wentworth Webster : Les pastorales basques 243
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5q8 TABLE DES MAT1ERES
J.-D.-J/ Sallaberry : Les mascarades soule tines, avec airs
not£s a65
Abbe Haristoy : Proverbes, sentences et dictons basques . . . 089
Charles Bordes : La rausique populaire des Basques : 54 chan-
sons, nogls, melodies, airs nationaux, avec musique .... 297
Jean de Jaurgain : Quelques 16gendes poetiques du pays de
Soule 36i
Arturo Campion : La langue basque 4*3
SUPPLEMENT
D r Larrieu : Mauleon et le pays de Soule pendant la Revolu-
tion 465
Francisqub Habasque : Une page de Thistoire du Labourd :
£leonore d'Autriche et la rancon de Francois l tr 49 1
R. P. Etchebarne : Une page d'hagiographie basque : Saint
Francois Xavier £07
Albert Dutey-Harispe : Le marshal Harispe 5a5
Charles Petit : Antoine d'Abbadie 539
APPENDICE
Gaston Paris : Discours prononce* a la Sorbonne, le 24 mars 1895,
a, l'occasion de la fondation de la Socie"te* d'Ethnographie na-
tionale et d'Art populaire 563
Gustave Boucher : La restauration de la vie provinciale par
Tart et les moeurs ; conference faite k la Sorbonne, le 24 mars
1895, a l'occasion de la fondation de la Society d'Ethnographie
nationale et d'Art populaire 567
Liste des membres du Comity de la Socie'te' d'Ethnographie na-
tionale et d'Art populaire 579
Statuts 58i
Instructions sommaires relatives aux collections pro vine i ales
d'objets ethnographiques, par MM. Arm and Landrin et Paul
Sebillot 585
*
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LIGUGE (VIENNE)
IMPRIMKRIE SAINT -MARTIN
M. BLUTK
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